Category: edito

  • Au pied du mur

    Au pied du mur

    « Nous avons échoué » à limiter le réchauffement climatique à 1,5°C, objectif le plus ambitieux de l’Accord
    de Paris, a lancé jeudi
    le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres avant le début de cette COP30. Un constat implacable et factuel,
    qui ne l’empêche pas
    de faire preuve de détermination, considérant que « nous n’avons jamais été mieux équipés pour contre-attaquer », au regard des énergies alternatives et des politiques pouvant être menées d’un bout
    à l’autre de la planète. Pour autant, l’augmentation en nombre et en intensité des catastrophes naturelles directement liées au dérèglement climatique est une réalité. Au-delà de l’aspect dramatique et du nombre de morts qui ne cesse d’augmenter.

    Une décennie d’atermoiements

    C’est une réalité d’ores et déjà chiffrée aussi par les assurances. Des vagues de chaleur qui ont quadruplé en quarante ans, des épisodes de sécheresse qui endommagent récoltes et bâti, tempêtes à répétition, inondations… Premier impact visible, la hausse des tarifs et des surprimes pour faire face aux dépenses… Avec un risque majeur à plus ou moins long terme, très redouté par l’État et les collectivités, celui de se retrouver avec des « déserts assurantiels », des territoires où les risques sont tellement importants et récurrents qu’ils ne seront plus couverts. Après
    une décennie d’atermoiements, de renoncement et de dénis, il reste à espérer, comme le fait le secrétaire général de l’ONU que les pays réunis au Brésil s’emparent de ce défi qui impactera chacun d’entre nous.

  • La fraternité fertilise la réussite économique

    La fraternité fertilise la réussite économique

    Les travailleurs de Duralex, de Scop-Ti ont refusé la mort annoncée de leur outil de travail. Ces femmes et ces hommes ont relevé la tête, ensemble, pour bâtir un projet commun où chacune et chacun prend sa place pour développer, dans le respect mutuel, ces métiers exigeants, aux savoir-faire inestimables. Les citoyens ne s’y trompent pas. S’ils soutiennent ces coopératives pour la qualité de leurs produits, ils sont aussi conscients d’accomplir un acte de solidarité et de participer à une économie à visage humain.

    Des boîtes où le travail fait sens

    Pour tout cela nous pouvons nourrir l’espoir d’un nouveau système économique et travailler à une société plus désirable. Vivable, égalitaire et fraternelle. Une société où le capitalisme serait mis en échec par l’intelligence collective. Où l’individualisme mortifère, les ressentiments qui macèrent dans des esprits de plus en plus étriqués faute de visée émancipatrice et abrutis par un environnement ubérisé, deviendraient de vieux cauchemars.

    Les coopératives tracent des perspectives car dans sont ces boîtes le travail fait sens. Elles portent des histoires de luttes. Pendant des années, les travailleurs de Scop-Ti se sont battus contre une multinationale, Unilever. Ils ont gagné car la fraternité fertilise la réussite économique. C’est aussi le cas de la coopérative de presse et de messagerie méditerranéenne sans qui le droit à l’information dans le sud-est, serait encore plus affaibli. Les combats des coopératives continuent et leur réussite éclatante est un formidable message d’espoir pour le monde du travail.

  • Par-delà la défiance

    Par-delà la défiance

    Quelque chose s’est brisé entre la police et la population. Difficile de dater précisément la fracture mais elle s’élargit. 20 ans après la mort de Zyed et Bouna à Clichy-sous-Bois, électrocutés dans un poste électrique dans lequel ils étaient entrés afin d’échapper à un contrôle de police, le constat est sans appel.

    2 ans avant le drame, Nicolas Sarkozy alors ministre de l’Intérieur mettait à bas la police de proximité. Devenu président de la République, il supprimera près de 10 000 postes de fonctionnaires de police tout en tenant un discours martial avant de finir lui-même derrière les barreaux cette année.

    Où en est la police aujourd’hui ?

    Ces autres cols-bleus

    Oui dans une société où l’extrême droite atteint 37% d’intentions de vote, le racisme existe dans la police. Oui, les violences policières sont des faits. Oui, elles peuvent entraîner la mort. Dans le Sud de la France, le décès de Zineb Redouane, vieille dame de 80 ans ayant reçu une grenade lacrymogène en plein visage, est là pour le rappeler.

    Pour autant est-ce la réalité de toute la police ? Sans doute pas. Les jeunes recrues interrogées par La Marseillaise témoignent du contraire.

    Et est-ce que « tout le monde déteste » vraiment la police ? Sans doute pas dans les quartiers populaires. Malgré toute la défiance qui s’est installée notamment à cause des contrôles au faciès, c’est là qu’on la réclame pour rétablir la tranquillité publique.

    Délaissés par une certaine gauche comme les habitants des quartiers populaires, les policiers sont pourtant les agents d’un service public essentiel. Comme les autres cols bleus, ils ont besoin de hausse de salaire, d’accès à des logements sociaux, de plus d’effectifs et de respect.

    Bref, c’est tout un lien de confiance et de proximité qu’il y a à reconstruire. À contre-courant de ceux qui veulent en faire les exécutants d’un projet politique antirépublicain.

  • Un si grand besoin de réparation

    Un si grand besoin de réparation

    Sept ans. Le même silence, la même souffrance. Lors de l’hommage rendu aux victimes des effondrements de la rue d’Aubagne, à l’heure du drame, la plaie est toujours béante.

    Les familles des huit Marseillais décédés sous les décombres le 5 novembre 2018 n’ont pas trouvé la paix après un procès tant attendu mais qui s’est soldé par un jugement très en deçà des réquisitions du procureur de la République.

    Ce mercredi, s’ajoutait à ce sentiment douloureux, une injustice supplémentaire : celle de l’expulsion de Reda Manaa, ressortissant tunisien, partie civile au procès, victime des effondrements de la rue d’Aubagne, malgré la demande de grâce adressée par sept parlementaires des Bouches-du-Rhône et le maire de Marseille, au président de la République.

    Enjeu de l’année à venir

    La Marseillaise, s’associe à l’hommage rendu aux victimes et à toutes celles et ceux qui réclament justice à l’occasion du procès en appel qui se tiendra dans un an.

    Engagée pour le droit au logement, elle avait lancé l’opération de #BalanceTonTaudis qui a provoqué des dizaines de révélations sur les profiteurs de misère et des milliers de délogements, avec la conviction qu’il fallait faire changer la honte de camp.

    Marseille, elle-même, a été touchée au cœur par ce drame et ses habitants doivent pouvoir se loger dignement avec des loyers abordables. La clé réside dans la rénovation et la construction de logements sociaux du XXIe siècle.

    Beaucoup a été fait mais beaucoup reste à faire. C’est l’un des grands enjeux de l’année à venir.

  • La Sécu, ce combat fondamental

    La Sécu, ce combat fondamental

    La santé est la priorité des priorités des Français avec le pouvoir d’achat. Les députés en train de débattre du projet de loi de financement de la Sécurité sociale doivent mesurer combien laisser en l’état le texte horrifique du gouvernement serait une déclaration de guerre à l’ensemble des travailleurs et à leurs familles. Dans ce débat de société, la « suspension » de la retraite à 64 ans (arrêt provisoire à 62 ans et 9 mois jusqu’en janvier 2028), -qui devrait être examinée au plus tard le 12 novembre à l’Assemblée- ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt des sévères coupes prévues dans les financements de notre système de santé. L’hôpital public notamment, pourtant applaudi pendant la crise Covid, pourrait être encore affaibli par des coups de tronçonneuse sans précédent.

    Éviter le pire

    Pour les fédérations hospitalières, c’est du jamais vu depuis 15 ans. Pas moins de 1,1 milliard en moins, soit l’équivalent de 20 000 postes d’infirmiers. Pour les patients, cela se traduirait par un accès aux soins encore plus difficile alors qu’ils vivent déjà une pénurie de médecins généralistes qui transforme de très nombreuses communes en désert médical. Des patients devront aussi payer de leur poche des franchises médicales augmentées, sans parler des personnes atteintes d’affections de longue durée qui verraient leurs droits reculer. Or, la Sécu n’est pas malade de déficit mais d’une politique qui la prive de recettes, en particulier les exonérations de cotisations qui se chiffrent en dizaines de milliards. Tel est l’enjeu de ce combat fondamental dans lequel le mouvement social doit prendre toute sa place pour éviter le pire.

  • Tout schuss pour les transports

    Tout schuss pour les transports

    Clé du développement économique et social d’un territoire, les transports ont pourtant été longtemps le maillon faible de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur.

    S’il reste des décennies d’inertie à rattraper, plusieurs réalisations sont désormais lancées et, surtout, incluses et financées via un avenant décisif au volet « mobilité » du plan État-Région signé lundi à Marseille. Celles et ceux qui attendaient cet engagement avec impatience seront très attentifs à son application.

    1,8 milliard d’euros d’investissements au total seront injectés dans des projets indispensables aux six départements de la région, sur route, mer et fer. Citons notamment l’amélioration de la desserte routière de la Zone industrialo-portuaire de Fos et l’Étang de Berre (210 millions d’euros), à travers le contournement de Martigues-Port-de-Bouc et la liaison Fos-Salon.

    Hisser au plus haut l’hinterland

    Mais aussi le développement du fret ferroviaire à Fos, Arles et Miramas également dans les Bouches-du-Rhône, vital pour hisser au plus haut l’hinterland d’un des plus grands ports d’Europe. Car sans infrastructures de transports, le développement industriel restera au stade de l’incantation alors que la région dispose des savoir-faire pour bâtir l’industrie du XXIe siècle.

    Pour les habitants, des Alpes aux rives de la Méditerranée, pouvoir mieux se déplacer c’est s’ouvrir des horizons notamment pour étudier, travailler mais aussi s’évader. Si à bien des égards, les JO 2030 ne sont pas exempts de critiques, la préparation de l’événement planétaire aura permis d’accélérer l’engagement de l’État. Gageons que désormais, au sud de l’Hexagone c’est tout schuss pour les transports.

  • Des jeunes en première ligne de la précarité

    Des jeunes en première ligne de la précarité

    La conjoncture se dégrade. Encore. Selon la Dares, le chômage des moins de 25 ans, qui frappe environ un jeune sur cinq dans le pays, a progressé sur le trimestre de 6,8% pour la catégorie A et de 4,4% pour les catégories A, B et C. Sur un an, il a bondi de 29,8% pour ceux sans aucune activité et de 19,5% en incluant l’activité réduite.

    La hausse du chômage des jeunes n’est pas un accident. Elle est le résultat d’un système qui les abandonne. Dans un communiqué, la CGT dénonce cette situation sociale, dont les jeunes sont « les premières victimes », évoquant une « précarité qui explose ».

    Investir dans l’avenir

    Derrière les chiffres, une réalité brutale : contrats courts, absence de perspectives, précarité durable. Les réformes de l’assurance chômage ont aggravé la situation, pénalisant les plus fragiles, notamment les jeunes, les saisonniers et les intérimaires. La politique de l’offre menée depuis de nombreuses années aboutie à une impasse.

    Pendant que France Travail voit ses moyens fondre alors que les besoins augmentent, les missions locales tentent de maintenir le cap avec des initiatives, comme le « Lab de l’engagement » à Marseille, qui redonnent confiance et envie d’agir à une jeunesse trop souvent abandonnée.

    Mais ces efforts locaux ne suffisent pas à compenser une politique nationale défaillante. Il s’agit désormais d’investir dans l’accompagnement, la formation, les services publics. Et cesser de culpabiliser une jeunesse qui subit les choix politiques. Car investir dans la jeunesse, c’est aussi investir dans l’avenir.

  • Des rites et du patrimoine

    Des rites et du patrimoine

    Depuis le paléolithique, l’Homme procède à des rites funéraires. En ce début novembre où les cimetières se remplissent de vivants venant visiter leurs chers défunts, la période permet aussi de découvrir un patrimoine singulier où la grande histoire côtoie l’intime.

    Plus le cimetière est ancien, plus l’intérêt du public s’aiguise, en témoignent les visites commentées dans ces lieux de repos éternel. Car en arpentant les allées des cimetières, c’est paradoxalement des histoires bien vivantes qui émergent. C’est le cas du cimetière Saint-Pierre à Marseille, une ville dans la ville. Bien que la cité phocéenne compte 21 cimetières sur une surface totale de 125 hectares, Saint-Pierre est le plus emblématique et le plus riche en histoires.

    La crémation, une tendance de fond en France

    Cet attrait pour le patrimoine de nos cimetières n’empêche pas une tendance de fond en France en faveur de la crémation. Selon un étude d’opinion d’Ifop datant de novembre 2023, 50% des Français opteraient pour la crémation. Ils étaient seulement 20% en 1979. Seuls 29% souhaiteraient être enterrés. Le changement est radical et tient à des raisons multiples. Le prix des concessions en fait partie. Il n’empêche que les cimetières doivent continuer à s’agrandir.
    À Marseille par exemple, où le manque de places est criant, la Ville veut créer plus de 5 400 emplacements supplémentaires. Mais au-delà de cette question matérielle, demeure la prégnance des rites de chacun vis-à-vis de nos disparus. Que l’historien romain Tacite a superbement résumé : « Le vrai tombeau des morts, c’est le cœur du vivant. »

  • Acier rouge et mains d’or

    Acier rouge et mains d’or

    L’histoire est connue : la multinationale ArcelorMittal a fait main basse sur les hauts-fourneaux, en France et en Europe, et s’est servie des infrastructures publiques et des subventions de l’État pour augmenter ses profits à moindres frais. Cette prédation s’est réalisée au détriment d’une vision industrielle stratégique à long terme et donc de l’emploi. Une fois gavée, la multinationale ferme boutique et continue à considérer l’acier comme un vulgaire produit à cash. Cette logique court-termiste de milliardaires sans scrupules met en péril les sites de production d’acier vitaux pour l’avenir de toute l’industrie. Française et européenne.

    Outil industriel

    Face à cette menace de voir disparaître leurs derniers hauts-fourneaux et peu soupçonnables d’être des révolutionnaires, les parlementaires britanniques n’ont pas craint de voter une loi pour prendre leur contrôle. Ce jeudi, la France a l’opportunité d’ouvrir le chemin de la nationalisation des actifs d’ArcelorMittal, grâce à la proposition de loi des sénateurs communistes. Ce serait, au-delà de la dimension morale après tant d’argent public offert sans aucun engagement, d’une efficacité totale pour sauver les emplois et muscler un outil industriel indispensable, qui doit absolument réussir le virage de la décarbonation.

    Il y a aussi une dimension cruciale dans cette bataille de l’acier. Les déserts industriels font le lit du vote d’extrême droite. Rien de fatal, car dans nos territoires, on veut plus que jamais, comme le chante Lavilliers « travailler encore, travailler encore, acier rouge et mains d’or ».

  • Il est encore temps d’agir pour le vivant

    Il est encore temps d’agir pour le vivant

    S’inspirer du vivant, comme le promeut le rendez-vous Biomim’expo et les signataires de l’appel du Pharo à Marseille, c’est avant tout lui rendre justice. C’est rétablir la balance d’un déséquilibre abyssal au détriment de la nature.

    Car la destruction silencieuse de la biodiversité continue. Des données scientifiques sont sans appel et disent l’urgence absolue d’arrêter de faire la guerre au vivant et à notre environnement au risque de périr avec lui. Le Muséum national d’histoire naturelle le rappelle notamment à propos du déclin de 70 à 80% des insectes constaté depuis ces vingt dernières années. « Nous pouvons encore agir pour l’arrêter », prévient tout de même le Muséum. Car il est encore temps. Pour les promoteurs du biomimétisme (mimer le vivant pour trouver des solutions aux maux de notre temps), il est impératif en priorité de prendre conscience de la puissance du vivant et de sortir de notre système de prédation à son endroit.

    Changement d’échelle

    Car faune et flore ont beaucoup à nous apprendre et sont sources d’inspiration. Mais le changement d’échelle est à penser. L’exception de certaines expériences et démarches vertueuses doit devenir la norme. Pour cela, il faut investir dans le vivant et la biodiversité. À ce titre, la tenue dans ces prochains jours de la conférence des parties sur le changement climatique, la COP30, à Belém au Brésil, aura le mérite de remettre le vivant sur le devant de la scène et au cœur du débat public. Des mesures systémiques au niveau mondial sont nécessaire. Et pour cause : le vivant, comme le capitalisme, n’a pas de frontières. Pour faire triompher le premier, il faut s’attaquer au second.