Category: edito

  • Hara-Kiri

    Hara-Kiri

    François Bayrou choisit de se faire Hara-Kiri. Le 8 septembre, il posera la « question de confiance » à une Assemblée nationale dans laquelle il est minoritaire. Il le sait et s’en était bien gardé en arrivant à Matignon. Avec cette décision qui est une démission de fait, il cherche à partir en martyr libéral du « sérieux budgétaire » en faisant passer les oppositions pour des irresponsables au regard du niveau de la dette publique.

    C’est cette petite musique qu’il a fait entendre, ce lundi, en expliquant aux Français que la « dette, c’est chacun de nous ».

    Comme si cette dette ne résultait pas de décisions politiques. Comme si son camp ne gouvernait pas la France depuis 8 ans. Comme si lui n’avait pas été, quatre ans durant, Haut-commissaire au plan, avec pour mission d’« éclairer les choix des pouvoirs publics ». Comme s’il n’avait pas approuvé chacun des choix fiscaux de la Macronie pour plaire aux plus riches et aux grandes entreprises tout en asséchant les recettes de l’État.

    Un si grand déficit de confiance

    François Bayrou partira le 8 septembre, c’est désormais une évidence. Avant de présenter sa potion amère pour réduire la dette,
    il aurait été bien inspiré de s’interroger sur le si grand déficit de confiance que les Français ont en lui. Dans le dernier sondage Elabe pour Les échos, 12% d’entre eux déclarent « lui accorder leur confiance pour affronter les problèmes qui se posent au pays ».

    Difficile, en effet, d’emporter l’adhésion lorsqu’on est le représentant d’une politique sanctionnée dans les urnes après
    la dissolution voulue par Emmanuel Macron.

    Puisque le président de la République a exclu une nouvelle dissolution, qu’il nomme enfin un ou une Premier ministre chargé de constituer un gouvernement de progrès qui marque un changement de politique.

    Pour l’y contraindre, les mobilisations de la rentrée seront décisives.

  • Préserver la nuit, pour préserver la vie

    Préserver la nuit, pour préserver la vie

    La nuit fait un pas.

    « Les choses de l’ombre vont vivre », écrit Victor Hugo dans un poème simplement titré La nuit. Car la nuit est aussi synonyme de vie et c’est pour permettre au monde nocturne de survivre et de se développer que des actions sont désormais menées par les communes pour diminuer la pollution lumineuse. La première motivation n’est certes pas la préservation du vivant. Elle est plutôt guidée par la dure réalité des budgets publics qui ont explosé lors de la crise de l’énergie, et par le tour de vis austéritaire imposé aux collectivités locales. Les villes et les villages ont alors croulé sous des factures insoutenables.
    Il a fallu éteindre les lumières pour des raisons budgétaires. Ces décisions ont néanmoins permis d’améliorer le bien-être de la faune
    et de la flore comme le démontrent de récentes études.

    Le service public a saisi les enjeux

    Mieux encore, des actions spécifiques sont orchestrées par des villes à l’image d’Aix-en-Provence qui travaille sur des corridors, une trame noire, pour protéger les chauves-souris. Une espèce « parapluie » essentielle pour protéger les autres espèces.

    Si le service public a en partie saisi les enjeux et améliore la lutte contre la pollution lumineuse, le privé est beaucoup moins sensible à cette bataille, pour ne pas dire indifférent. Laisser des bâtiments éclairés pour montrer sa présence dans le milieu urbain et, en conséquence, faire une démonstration de sa puissance économique, a des conséquences délétères sur la biodiversité mais aussi sur les êtres humains. D’où l’importance des actions de sensibilisation pour laisser la nuit reprendre toute sa place dans nos cités.

  • Retrouver le chemin du progrès

    Retrouver le chemin du progrès

    La rentrée sociale et politique s’annonce explosive alors que François Bayrou et les composantes du « socle commun », minoritaire à l’Assemblée nationale, cherchent à faire passer un budget prévoyant près de 44 milliards d’euros de coupes.

    Quelle est leur feuille de route ? Infliger recul social sur recul social, serrer la vis des dépenses publiques pour toujours mieux préserver la poignée de possédants qui s’est enrichie à une vitesse exponentielle depuis la première élection d’Emmanuel Macron.

    Budget inacceptable

    Inacceptable pour la majorité des Français. C’est dans ce contexte que s’organise confusément la riposte. L’intersyndicale se retrouve le 1er septembre pour examiner la situation. L’appel informel à « tout bloquer » le 10 septembre est désormais soutenu par toutes les composantes de
    la gauche politique.
    La perspective
    d’une censure du gouvernement se rapproche…

    En tout état de cause, il faudra un rapport de force construit dans la durée pour imposer de nouveaux choix au sommet de l’État. Et pour mettre l’extrême droite face à son imposture : elle qui prétend défendre les intérêts populaires n’a toujours pas annoncé qu’elle censurerait le budget Bayrou.

    Elle constitue une impasse pour toutes celles et ceux qui cherchent un nouveau chemin de progrès.

    L’histoire de notre pays, qu’une stèle de la honte tente de falsifier à Saint-Raphaël, nous enseigne que ce sont dans les pires situations que les plus grandes avancées peuvent être arrachées.
    À condition de courage et d’opiniâtreté.

  • Répondre à la question sociale

    Répondre à la question sociale

    La justice sociale et la dignité des travailleurs sont la grande réponse progressiste, celle de la gauche, à la grande question sociale et son lot d’inégalités. Elle doit irriguer plus encore les propositions du camp du progrès. Elles doivent aussi représenter, aux yeux des citoyens, une alternative solide face au rouleau compresseur des politiques antisociales mises en œuvre depuis 2017. Jean Jaurès fit de cet enjeu la priorité et l’élargissait à la défense de la démocratie, de la République et des droits humains. Il fut, à ce titre, l’incarnation de
    la défense du Capitaine Dreyfus. Assassiné par un nationaliste en 1914, Jaurès n’a eu de cesse de combattre la réaction.

    Banalisation
    du mal

    Les héritiers des ultranationalistes de son époque ont, en 2025, pignon sur rue. La banalisation de l’extrême droite lui a permis de faire infuser ses idées de haine dans la société. Ainsi, le projet de l’irresponsable François Bayrou de supprimer deux jours fériés, dont le 8 mai, illustre cette banalisation du mal.
    À quoi bon commémorer la victoire sur le nazisme ? Cet effacement de l’histoire se produit au moment où nous devrions puiser dans les conquêtes sociales de l’après-guerre pour faire grandir notre modèle social né du programme du conseil national de la Résistance.

    Bayrou, Macron et consorts marginalisent
    la question sociale.
    Ils l’ignorent ou, quand ils y répondent, c’est par la répression. Quant à l’extrême droite, sa réponse est le racisme euphémisé : « la préférence nationale », machine infernale pour exclure. Aucune de ces réponses n’est acceptable. La responsabilité des gauches est immense pour porter haut et remettre au mitan
    la justice sociale et
    le combat contre
    les inégalités.

  • Un cinéaste artisan de notre époque

    Un cinéaste artisan de notre époque

    Les œuvres de Robert Guédiguian ne sont jamais anecdotiques même celles qui semblent les plus légères. Elles nous accompagnent et nous nourrissent, elles nous heurtent et nous saisissent. De Marius et Jeannette, – au succès populaire qui a permis au cinéaste de construire un parcours artistique solide, en amitié et en fraternité avec le public – on retient souvent l’histoire d’amour formidable, ce miracle de la vie. Mais aussi, en filigrane, en sachant saisir un regard ou des mains qui économisent le reste d’un tube de sauce tomate, l’âpreté de la condition des femmes ouvrières, leur pugnacité aussi. D’autres figures féminines seront au cœur de son prochain film intitulé Une femme aujourd’hui. Un titre simple pour nous raconter une réalité complexe.

    Guédiguian élargit la question sociale

    En se saisissant toujours de la question sociale, Robert Guédiguian l’élargit à nos enjeux contemporains. Ici, les questions d’identité, de féminisme, d’immigration. Il entend les révéler au grand jour, avec les outils qui sont les siens, ceux du cinéaste, de l’artiste : un scénario, des actrices, des acteurs, des costumes, des décors, de la lumière et des couleurs. Georges Simenon écrivait des « romans durs » au sens où il était le conteur de son époque et de sa réalité crue, invisible à ses contemporains. C’est la fonction de la culture : être révélatrice de notre vie et nous offrir des clés pour s’émanciper.

    Impossible de dire si Une femme aujourd’hui va s’inscrire dans les films « durs » de Robert Guédiguian. Une chose est sûre : ce film, son 25e, est attendu avec impatience.

  • Que vive notre patrimoine commun !

    Que vive notre patrimoine commun !

    Gageons qu’il n’est jamais trop tard pour rattraper le temps perdu. Gageons aussi que cet adage s’applique à la protection du patrimoine bâti. Car aujourd’hui il y a urgence, notamment à Marseille, pour agir et préserver les monuments historiques des outrages du temps, du vandalisme de toute sorte ou, pire encore, de l’indifférence.

    La cité phocéenne, plus ancienne cité de France avec ses vingt-six siècles d’existence, a longtemps subi la mauvaise réputation d’être une ville sans témoins solides de sa longue histoire, les édifices. Rien de plus faux. Encore fallait-il une volonté politique pour mettre au rang des priorités la protection des bâtiments, souligner leur portée et leur valeur historique. C’est la mission des fonctionnaires du ministère de la culture qui, avec peu de moyens, font preuve d’une énergie à saluer.

    L’expression
    de notre vie

    À Marseille, comme dans les autres communes des Bouches-du-Rhône et des départements du Var et du Vaucluse, de plus en plus de sites sont désormais inscrits grâce à l’action conjuguée des fonctionnaires et des associations, au premier rang desquelles Sites et Monuments.

    L’inscription aux monuments historiques permet aux habitants, aux visiteurs, de découvrir, via ces bâtiments, leur propre histoire. Car il s’agit ici de « biens communs », le patrimoine de tous. Une idée issue de la Révolution française et des principes de
    la République. Aussi, chaque atteinte à un édifice est une blessure, l’amputation d’une mémoire. A contrario, chaque geste de protection permet de ne pas effacer le passé. Les monuments historiques sont plus que des pierres. Ils sont l’expression de notre vie sociale.

  • Très chère rentrée

    Très chère rentrée

    La rentrée scolaire est synonyme de dépenses de plus en plus lourdes pour les familles.

    Pour celles aux revenus faibles, – près de 100 000 (97 036 précisément) dans le seul département des Bouches-du-Rhône – l’allocation de rentrée scolaire, versée à partir de ce mardi, est une bouée qui permet de ne pas complètement couler. Plus de trois millions de ménages sont concernés en France. Mais malgré
    la crise économique et sociale, cette année sa revalorisation est scandaleusement minime, de l’ordre de 1,7 %.

    Cette hausse très modeste (entre 7 et 8 euros par enfant) est en deçà des prévisions de l’inflation, c’est-à-dire de l’augmentation générale des prix. Une inflation qui frappe en priorité les citoyens pauvres et les travailleurs aux revenus au plancher.

    Réduction des inégalités

    Cette décision du gouvernement est d’autant plus condamnable qu’une récente étude (2023) de
    la Caisse d’allocations familiales, met en relief
    la faible proportion de cette aide dans le coût annuel de la scolarité des enfants et adolescents. L’allocation représente seulement un tiers des dépenses réelles des familles. Créée il y a 51 ans, cette allocation participe certes à la réduction des inégalités sociales à l’école mais sans les gommer. Elle est aujourd’hui insuffisante. Au-delà d’une politique de l’emploi et de l’augmentation des salaires qui nécessitent radicalement d’autres choix, il y a l’action immédiate des collectivités locales. Elles viennent épauler les familles en agissant pour assurer, par différents dispositifs, une rentrée la plus égalitaire et solidaire possible. Loin des économies coupables du gouvernement.

  • Une promesse à renouveler

    Une promesse à renouveler

    Ce n’était pas une utopie, mais une promesse. Le programme du Conseil national de la Résistance, appliqué dès la Libération, révélait une volonté, issue des idéaux de la résistance : restaurer la démocratie et rendre sa dignité au peuple. C’est avec ce souffle que la Sécurité sociale est élaborée, en 1945. Un modèle solidaire au cœur de notre pacte républicain, qui protège sans exclure, accompagne sans distinction, unit sans diviser.

    Une promesse portée par Ambroise Croizat, alors ministre du Travail (PCF). Ouvrier, syndicaliste devenu parlementaire, il incarne cette volonté farouche de mettre l’humain au cœur des politiques publiques. Ambroise Croizat ne théorise pas la solidarité : il l’organise. Cet anniversaire permet de rendre hommage à son action. Pour cela, il faut refuser le démantèlement silencieux de ce qu’il a bâti.

    Transformations

    Depuis 80 ans, la Sécurité sociale est un bien collectif qui s’adapte et accompagne les grandes transformations de la société française : création des caisses d’allocations familiales en 1946, minimum vieillesse en 1956, loi Veil sur l’intégration des personnes handicapées en 1975, RMI (devenu RSA) en 1988 ou encore les premières aides pour les aidants familiaux en 2007.

    La Sécurité sociale est une révolution sociale. Elle protège chacun, quel qu’il soit. Une vision comptable présente la cotisation comme une charge. On cherche à privatiser, rogner, affaiblir ce qui a été conquis de haute lutte. C’est commettre l’erreur d’oublier que la Sécurité sociale n’est pas un luxe, mais un droit fondamental. Elle n’est pas un coût, mais un investissement dans la dignité. Une promesse à renouveler.