Category: culture

  • Grains de sel, le festival qui fait dévorer le livre jeunesse

    Grains de sel, le festival qui fait dévorer le livre jeunesse

    Vingt-quatre auteurs de livres jeunesse invités, des illustrateurs, des scénaristes de bande dessinée, de mangas… Après deux jours consacrés aux scolaires, Grains de sel ouvre ses portes au public*. Avec un beau plateau d’auteurs et dessinateurs jeunesse. Et cette année, Jean-Claude Mourvelat pour invité d’honneur. Né en 1952 à Ambert, en Auvergne, l’auteur commence à écrire des livres jeunesse en 1997. Le Combat d’hiver, L’enfant Océan « sont reconnus comme des classiques de la littérature de jeunesse », renseigne le site Fabula. Ses romans se caractérisent « par des valeurs humanistes ». En 2021, il a été lauréat du plus important prix de littérature jeunesse, le prix Astrid-Lindgren. Pour Grains de sel, l’auteur viendra avec, sous le bras, son dernier livre, Jefferson se fâche, troisième enquête de son « hérisson timide ». Samedi après-midi, à la salle de spectacles, il lira à voix haute des extraits choisis parmi ses nouvelles, textes courts ou romans jeunesse ou adultes.

    Lectures, ateliers collaboratifs ouverts aux enfants et animés par exemple samedi après-midi par Loïc Clément, scénariste et auteur de bande dessinée, illustration avec Gaëtan Doremus, auteur et illustrateur, dimanche matin ; atelier manga dimanche en milieu d’après-midi avec Daniel Ballin, mangaka et illustrateur… À 15h samedi, à l’Espace Rencontres, le public a rendez-vous avec Isabelle Simler, autrice et illustratrice pour l’édition et la presse. Elle a réalisé l’affiche de Grains de sel. Diplômée des Arts décoratifs de Strasbourg, son univers est un hommage à la nature dont elle pousse l’observation jusqu’au plus infime détail. Son dernier ouvrage paru est l’illustration d’Alice aux pays des merveilles, de Lewis Carroll (2025). La Partie, maison d’édition de livres illustrés pour tous les âges, créée en 2021, dévoilera son catalogue. « Nous souhaitons donner à lire des textes et des images qui questionnent et offrent à rêver », décrit-elle. De belles promesses de lecture.

    * Av. Antide-Boyer. Ouvert sam. 9h à 19h, dim. 9h à 18h.

  • Quand la violence relègue « la conversation »

    Quand la violence relègue « la conversation »

    La conversation, cette « façon d’être ensemble », « serait-elle en danger ? », s’interrogent les Rencontres d’Averroès, dont la première table ronde prend ses quartiers vendredi, à 14h30, à La Criée. Qui dit conversation implique forcément diplomatie qui, en ces temps incertains, est hélas trop mise en sourdine par le bruit des canons, comme a pu l’illustrer la guerre à Gaza et l’impunité dont continue de bénéficier l’État israélien. Selon la sociologue Laetitia Bucaille, autrice de Gaza quel avenir ?, « les Européens ont brillé par leur absence et passivité pour jouer les pacificateurs ». D’autant plus sous l’ombrageux Trump et sa « diplomatie brutale, imposée », à l’origine d’un plan dont la 2e phase a été votée lundi par le Conseil de sécurité de l’ONU.

    « Appétits financiers »

    « C’est une sorte de protectorat international qui s’installerait sur la bande de Gaza, qui écarte pour le moment toute souveraineté palestinienne et qui, si on cherche ses mérites, pourra peut-être faire cesser les bombardements israéliens », sonde Laetitia Bucaille. Avant d’estimer : « On peut plutôt craindre que ça soit l’occasion, certes de reconstruire Gaza, mais de développer aussi un secteur des affaires entre pays du Golfe et États-Unis qui, finalement, réponde surtout à des appétits financiers plutôt qu’aux besoins primaires des Palestiniens. »

  • François Bazzoli à Luminy : l’enseignant majeur

    François Bazzoli à Luminy : l’enseignant majeur

    C’était un Diogène du XXe siècle : né en 1947, ce célibataire drôle et éclectique, fut inventif et curieux en face des brèches de son époque. Avant de devenir un insatiable découvreur-recenseur d’images contemporaines, il explora plusieurs registres. Dans son logis, 13 boulevard Longchamp, on heurtait des empilements de livres, des accrochages furieusement discrets. Les DVD et les cassettes d’enregistrements de films rares et d’émissions improbables se multipliaient. La littérature du côté de Buzzati et d’Alphonse Allais, la science-fiction, les bandes dessinées, Charlie Hebdo, les monstres, les fous et la transversalité le passionnaient ; pour Pilote, Métal Hurlant et Caza, il rédigea des scénarios. Un accident de voiture avait tué son père, il fut employé par la Caisse d’Épargne des Chartreux, libraire à la Touriale où il organisa une exposition de Roland Topor, rédacteur assidu du Breteuil boulevard Notre-Dame, coprogrammateur de la Cinémathèque de Marseille basée en Maison Diamantée.

    Avant d’œuvrer à Luminy entre 1984 et 2012, ses activités d’enseignant débutent en 1976 à l’École d’Art de Toulon. Il noue amitié avec Marie-Claude Beaud (1946-2024) qui lui demande d’aider au musée pour Louis Pons et Georges Bru ou bien d’offrir une première chance à Judith Bartolami. De 1984 à 2008 il donne des cours à l’École nationale de photographie d’Arles.

    Levé à cinq heures du matin, jusqu’au bout clivant-blaguant, François Bazzoli travaillait prodigieusement, pour confier à ses auditeurs l’énorme iconothèque, les complicités qu’il avait croisées. En sus de ses cours pendant plusieurs années joyeusement orchestrés avec Gérard Traquandi, il siégeait dans des jurys et commissions afin de frayer la voie aux artistes : ses amitiés électives, ce sont entre autres Anne-Marie Pêcheur, Caccavale, Gérard Fabre, Eric Pasquiou, Olivier Rebufa, Patrick Sainton.

    En dépit de ses innombrables publications et des amis qui sollicitaient ses conférences depuis Bruxelles jusqu’à Saint-Étienne-les-Orgues, depuis l’Algérie de son enfance en passant par La Clayette en Bourgogne, malgré ses greffes aux Bains-Douches de la Plaine qu’il a cofondés, sa place sur l’échiquier fut celle d’un outsider. Son diabète engendra chutes, désastres, amputation, hospitalisations. Dans l’émotion d’un ultime retournement grâce à l’écoute à Digne de Nadine Gomez, Sandra Cattini et Lydie Rekow-Fond, ses donations furent menées jusqu’au terme. Des camions arrivèrent au port qu’il souhaitait : 3 000 ouvrages pour la bibliothèque de Luminy, sa collection d’œuvres d’art offerte au musée Gassendi.

    Obsèques samedi 22 novembre, 9h30 cimetière Saint-Pierre, 11h au crematorium.

  • [Entretien] Souleymane Bachir Diagne : « Marseille montre l’avenir de notre humanité »

    [Entretien] Souleymane Bachir Diagne : « Marseille montre l’avenir de notre humanité »

    La Marseillaise : Quel regard portez-vous sur Marseille ?

    Souleymane Bachir Diagne : J’ai eu l’occasion d’y venir quelques fois. Je connais un tout petit peu la ville, le chemin entre le Vieux-Port et la gare. J’ai une attirance particulière pour Marseille car elle me semble être le type même de la ville cosmopolite et multiculturelle. De ce point de vue, je pense qu’elle nous indique l’avenir de notre humanité, celle que nous avons en partage. Des cultures et langues différentes mais toujours orientées vers l’universalité.

    Dans les années 1920, Marseille a été l’une des terres d’élection du poète jamaïcain Claude McKay, qui a inspiré le mouvement de renouveau artistique afro-américain Harlem Renaissance, qui a lui-même préfiguré le courant de la Négritude…

    S.B.D. : Il faut souligner la conscience qui a été la sienne, notamment avec son roman Banjo. Claude McKay a donné une impulsion au mouvement de la Négritude. Mais cette histoire marseillaise a été éclipsée par ce que l’on appelait le Paris noir. Pour autant, il ne faut surtout pas oublier l’importance de Marseille mais aussi de Claude McKay, et l’influence qu’il a pu avoir sur quelqu’un comme Ousmane Sembène [un Sénégalais qui a débarqué à Marseille en 1946, où il devient docker CGT, de tous les combats anticolonialistes, avant de devenir une figure majeure de la littérature et du cinéma, Ndlr].

    Au contraire de Marcus Garvey, précurseur du panafricanisme, Claude McKay estimait que tous les noirs à travers le monde étaient différents et qu’ils devaient s’émanciper partout où ils se trouvaient. Une réflexion aidée par sa grande conscience de classe. Vers « l’universel » auquel vous appelez, quel rôle doit jouer cette dernière ?

    S.B.D. : Sur ce point, je suis plutôt du côté de McKay avec son insistance du pluriel. Il ne faut pas avoir l’impression que tous les noirs aillent dans la même direction car les cultures noires sont des cultures au pluriel. Quant à la question de classes, il ne faut pas la négliger. Quand on parle de classes, cela implique de parler d’inégalités socio-économiques. Dans la construction d’une humanité commune, qui est le premier universel, il est donc important que nous combattions tout ce qui s’y oppose, parmi lesquels les inégalités socio-économiques.

    La quête de « l’universel » est entravée par les replis identitaires qui submergent le globe. Un « monde de tribus », dîtes-vous…

    S.B.D. : Ce sont les tribus qui estiment qu’elles sont tout naturellement opposées et hostiles aux autres tribus. Cette manière de s’enfermer dans une conception carcérale de l’identité, comme une sorte de forteresse assiégée, relève d’un esprit de tribu. On le voit aujourd’hui avec une sorte de réaffirmation de suprématie où certains se regroupent par exemple entre blancs. Une solidarité nouvelle comme c’est le cas avec les Afrikaners en Afrique du Sud. Leur suggestion récente, qu’on puisse les considérer comme des réfugiés, ne tient qu’à une chose : une sorte de concept d’identité raciale. Que dire encore de ceux qui veulent partir en croisade, censément pour protéger les chrétiens au Nigeria ? Ce sont des manières de penser immédiatement en termes d’identités : « Ce sont des gens de ma tribu car nous partageons la même couleur de peau ou la même religion. » Cet esprit tribal, on le voit partout. Pas seulement en Europe ou en Amérique, mais aussi en Afrique. Il y a une recrudescence de nationalismes aplatis sur les identités. Et l’on parle beaucoup plus de souveraineté que d’ouverture.

    L’universel auquel vous aspirez nécessite que les hommes ne soient plus ethnocentrés. Votre dernier livre et votre travail autour de la Galerie des cinq continents du Louvre, anciennement Pavillon des sessions, va dans ce sens. Pouvez-vous revenir sur ces enjeux ?

    S.B.D. : Il y a d’abord eu le fait que le Louvre, sous l’impulsion du président Jacques Chirac en 2000, s’est ouvert à des arts venus des quatre autres continents. Si l’Égypte et la Mésopotamie étaient présentes auparavant, tout cela était centré autour d’un universalisme européen. La présence d’œuvres venues d’Océanie, d’Asie, du Pacifique, d’Afrique et de l’Amérique précolombienne était une forme d’ouverture. Mais tant qu’elles restaient au Pavillon des sessions, dans l’entre-soi, elles restaient encore un peu en marge. Alors le passage du Pavillon des sessions à la Galerie des cinq continents, c’est donc l’idée qu’il faut, non pas seulement mettre les arts, que l’on appelait les arts premiers, dans une sorte d’espace à part, mais qu’il faut faire véritablement en sorte que les œuvres venues du monde entier se retrouvent ensemble et dialoguent. Cela permet à quelqu’un qui vient visiter le Louvre de les regarder ensemble, de considérer ensemble les créations venues de l’ensemble de l’humanité, et d’avoir le sens de la créativité d’une seule et même humanité. C’est la raison pour laquelle le passage du Pavillon des sessions à la Galerie des cinq continents est une forme de matérialisation de ce que j’appelle l’universel latéral : un universel de cultures posées côte à côte, dans leurs équivalences et qui, toutes, donnent un visage particulier à notre humanité commune.

  • [Exposition] Nîmes en mutation sous l’œil des photographes

    [Exposition] Nîmes en mutation sous l’œil des photographes

    Depuis le 15 octobre, l’exposition TransUrbaNîmes investit les murs de la Faculté d’éducation de Nîmes. Présentée dans le cadre de la mission photographique Regards sur la Ville, cette édition 2025 réunit dix artistes gardois autour d’un thème aussi poétique qu’essentiel : les métamorphoses urbaines. Cinéma disparu, collège fantôme, sites industriels ou quartiers en reconstruction… leurs œuvres racontent une ville en perpétuel mouvement. Le 4 novembre, les visiteurs avaient pu rencontrer les artistes lors d’une soirée d’échanges organisée par NegPos, structure à l’origine du projet. Pour Patrice Loubon, son directeur artistique, « TransUrbaNîmes interroge les états transitoires de notre espace urbain, les traces qui résistent et celles qui s’effacent ».

    L’urbanisme en transition

    De la démolition des tours de Pissevin captée par Jocelyn Banabera à la fermeture du cinéma Le Forum, immortalisée par Chantal Auriol, chaque série d’images documente un morceau de mémoire. Gwenaëlle Bourriaud explore la poésie du quotidien dans le même quartier, tandis que Marcelle Boyer saisit l’atmosphère d’un collège déserté. Sarah Malclès s’attarde sur la mobilisation citoyenne face à la bétonisation de certains secteurs, et Yann Roubeau fixe sur pellicule les vestiges industriels du site de la Sernam. Entre regards documentaires et approche sensible, TransUrbaNîmes dresse le portrait d’une cité en mutation, où la photographie devient archive vivante d’un patrimoine souvent éphémère. Une exposition à la fois esthétique et citoyenne, qui rappelle combien les images peuvent préserver ce que la ville efface.

    Jusqu’au 15 janvier 2026
    à la Faculté d’Éducation de Nîmes (62 rue Vincent-Faïta). Entrée libre du lundi au vendredi, de 9h à 17h. Fermeture du lundi 22 décembre 2025 au 5 janvier 2026

  • Conte, riffs et légendes new yorkaises au Lollipop

    Conte, riffs et légendes new yorkaises au Lollipop

    Rencontre et concert. C’est une « release party » originale qui se tient ce vendredi (19h) au Lollipop où se produit New York Toys, le groupe fictif de Tom, le héros de One way or another, premier roman de Stéphane Signoret. Activiste rock, guitariste des fiévreux Pleasures et Neurotic Swingers, et co-gérant de ce mythique magasin de disques et label marseillais, ce dernier nous plonge dans un récit entre fiction et hommage à la scène rock new-yorkaise des années 1970.

    Brut et punk

    Publié chez Melmac dans la collection Urban Vibes, le livre s’inspire de son univers musical et de sa passion pour le punk-rock. Autour de Tom, disquaire marseillais obsédé par la Big Apple, ce conte mêle présent et passé. Sa vie ordinaire à Bruxelles bascule après une dispute. Tom se retrouve alors mystérieusement projeté en 1974 au cœur d’une ville sale, électrique, en pleine ébullition culturelle où tout semble possible. CBGB, Chelsea Hotel, graffitis naissants, et figures mythiques (Jean-Michel Basquiat, Andy Warhol, Richard Hell, Jerry Nolan, Debbie Harry) composent un décor brut où punk, poésie et survie s’entremêlent.

    Signoret y croise souvenirs, culture rock et imaginaire pour composer un texte vibrant, entre roman initiatique et documentaire, sur fond de films cultes, playlists et anecdotes ressuscitant une époque. Une déclaration d’amour à New York, à la musique et à l’utopie rock, traversée par la mélancolie d’un homme en quête de sens et de liberté.

  • [Exposition] Un voyage dans le temps entre Aden et Marseille

    [Exposition] Un voyage dans le temps entre Aden et Marseille

    En pénétrant dans la première salle d’exposition du musée de la Vieille Charité, le visiteur plonge dans l’Antiquité. « À la genèse de ce projet, on a un ensemble de pièces archéologiques originaires du Yémen qui ont été offertes aux musées de Marseille par la Compagnie des Messageries maritimes et par la famille Riès, présente Ann Blanchet, conservatrice en chef du patrimoine au sein des Musées de Marseille, dont cette magnifique dalle en albâtre, fragment d’un trône du VIIe siècle avant JC, venue d’un temple au sein du royaume de Saba », ajoute-t-elle. « Pour la première fois à Marseille, c’est l’occasion de présenter cette civilisation qui s’est épanouie au Sud de la péninsule arabique et avec laquelle il n’y a cessé d’y avoir des interactions. » Les prêts ont été consentis par le Louvre et par des grands musées européens tel que le British Museum.

    Quatre salles d’envergure, quatre espaces-temps qui remontent le fil de l’histoire. Les œuvres exposées témoignent des influences culturelles, sociales, économiques qui se sont tissées entre Marseille et la ville portuaire d’Aden. Dès le premier millénaire avant notre ère, les routes caravanières reliaient le sud de l’Arabie au monde méditerranéen et mésopotamien. L’écriture, centrale, y revêtait des formes originales et artistiques, au point que des marchands découpaient et revendaient les inscriptions esthétiques. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, ces territoires deviennent projections de fantasmes exotiques. Le développement de la consommation de café, d’encens, les rend attractifs. L’Alcazar de Marseille a fait le prêt de manuscrits retraçant les expéditions d’explorateurs sur ces terres de plus en plus cosmopolites. Le Yémen deviendra société coloniale, notamment sous l’influence d’Antonin Besse, homme d’affaires français au XIXe siècle.

    Rimbaud au Yémen

    Il y a des pièces inattendues. « Rimbaud a porté cette montre à gousset. Et nous avons ici l’un des rares portraits de l’artiste », explique Juliette Honvault, chargée de recherche à l’Institut de recherche et d’études sur les Mondes arabes. « Rimbaud a atteint le port d’Aden en août 1880 avant de s’associer avec de puissants hommes d’affaires européens sur place », développe-t-elle. L’exposition se poursuit avec la période industrielle. « La main-d’œuvre yéménite bon marché était embauchée dans les cales de navires marseillais, poursuit Juliette Honvault, ce qui a donné des destinées rares comme celle du yéménite Hayel Saees An’am qui finira par construire un groupe industriel avec ses compétences accumulées. » Il rentrera au Yémen et continuera de nourrir le lien en faisant connaître Marseille.

  • Migrant’scène, pour porter un autre discours sur les migrations

    Migrant’scène, pour porter un autre discours sur les migrations

    Prendre de la hauteur et remettre de l’humain au cœur de la question des migrations. Tel est le credo du festival Migrant’scène porté par la Cimade, qui revient à Béziers du 11 novembre au 12 décembre. « Il s’agit de lutter contre cet esprit nauséabond où l’immigré est porteur de tous les malheurs. On essaye d’aller à contre-courant de cette perception avec plusieurs événements pour prôner l’hospitalité, la richesse interculturelle et dénouer tout ce qui entraîne le rejet de l’autre avec des discours propageant la peur », détaille Jackie Bost, membre de la Cimade Béziers.

    Pour ce faire, plusieurs projections – suivies de débat en présence de membres des films ou des équipes de la Cimade – sont programmées. Loin des clichés xénophobes et racistes portés par l’extrême droite et une partie (de plus en plus importante) de la droite, le festival met en lumière plusieurs épisodes de la migration. Notamment Nouveau Monde, de Vincent Cappello, qui revient sur l’arrivée d’un jeune réfugié afghan à Paris cherchant un travail pour envoyer de l’argent à sa mère (10.12 à Béziers et une séance unique à Bédarieux le 16 novembre).

    Un film sur les CRA

    Ou encore, Les astres immobiles, dessin animé de Noémi Gruner et Séréna Picques, où l’on suit le quotidien de Chengdua, 9 ans, sollicitée par ses parents comme traductrice (17.11 à 14h30). Car la migration ne se résume pas à la traversée de la Méditerranée. En ce sens, le documentaire Outrepasser d’Elsa Putelat et Nicolas Dupuis s’arrête sur la frontière franco-espagnole (12.12, 16h30). « On voulait faire le parallèle avec la guerre civile espagnole où des réfugiés arrivaient en France en passant la frontière, vue comme un espace de liberté, sans se poser de questions. Aujourd’hui, quand on traverse le Perthus, on est soumis aux contrôles permanents, l’accord de Schengen est bafoué », soupire Jackie Bost.

    Un parcours semé d’embûches dont le calvaire ne prend pas fin une fois arrivé dans le pays d’exil. En effet, nombre de personnes peuvent être enfermées dans des Centre de rétention administrative (CRA). Un sujet au cœur du documentaire d’Annick Redolfi, Devant – contrechamp de la rétention (03.12, 20h). « Ce film montre comment les familles attendent des heures dans des conditions parfois indignes quelqu’un que l’on a enfermé alors qu’il n’a rien commis, à part ne pas avoir de papiers. De ce problème administratif, on fait un contentieux, un délit, mais ce n’est pas du tout le cas. Parfois, cette situation est créée par l’État lui-même qui ne délivre pas dans les temps les documents nécessaires au titre de séjour », observe Jackie Bost. Les personnes se retrouvent alors avec une Obligation de quitter le territoire français (OQTF) pouvant conduire à leur enfermement pendant plusieurs mois dans un CRA. À cela s’ajoute la dématérialisation des procédures, qui rend les démarches encore plus compliquées pour des personnes ne comprenant pas forcément le français.

    Les Biterrois sont on ne peut plus concernés par ce dernier film. En effet, l’édile d’extrême droite Robert Ménard s’est trouvé une lubie avec le projet d’un CRA dans la cité de Riquet – prévu pour 2027. Une occasion de plus pour l’adepte des plateaux télés de recracher son discours xénophobe, associant immigration et insécurité, repris en boucle par une grande partie de la sphère médiatique. « La migration est une richesse pour le pays et non une plaie. L’extrême droite est une frange de la politique française mais il y a tout un réseau associatif local qui montre une tolérance d’un large public, la solidarité existante. Mais tout ça est couvert par l’extrême droite, laissant croire le contraire. C’est une lutte permanente. »

    * Programme complet à retrouver sur migrantscene.org

  • Barbara Hendricks, exemple à suivre dans « son » collège à Orange

    Barbara Hendricks, exemple à suivre dans « son » collège à Orange

    « Je dis à tout le monde que c’est mon collège. Vous faites partie de ma famille depuis 30 ans maintenant », lance la chanteuse lyrique américaine Barbara Hendricks devant un parterre de personnalités et d’élèves du collège qui porte son nom depuis trois décennies désormais.

    En concert à Aix-en-Provence cette semaine, celle qui était également ambassadrice du Haut-Commissariat pour les réfugiés à l’ONU en a profité pour faire un crochet dans le Haut-Vaucluse et voir ceux qu’elle considère comme ses « enfants et petits enfants ».

    « On parle de valeurs, des droits humains. On a vu le travail des élèves sur le harcèlement par exemple. À chaque fois que je viens, ils ont quelque chose à me montrer qui me rend très, très fière, car cela montre qu’ils prennent ces valeurs très au sérieux », lance-t-elle dans un français avec un accent yankee. Quelques minutes auparavant, la chorale et l’orchestre de l’établissement ont joué en son honneur L’Hymne à la joie en allemand et en provençal. Et la septuagénaire, qui fête son 77e anniversaire ce jeudi 20 novembre, n’a cessé de bouger la tête en rythme et avec un large sourire malgré les quelques petites fausses notes, sûrement dues au fait que certains ne jouaient d’aucun instrument il y a quelques semaines encore. Un plaisir de revenir à Orange donc, notamment après de nombreux passages au festival des Chorégies dans le Théâtre antique où elle garde l’un de ses meilleurs souvenirs de sa carrière « malgré le mistral glacial qui m’obligeait à chanter avec des habits de ski sous ma robe », se remémore-t-elle tout en riant. La plantation d’un rosier en son honneur a conclu la matinée.

    Et c’est notamment le parcours et les actions véhiculées par Barbara Hendricks qui ont été soulignés par les représentants du collège et des différentes organisations, mais aussi par les élèves et la chanteuse elle-même.

    Engagement permanent

    Fille de pasteur née dans l’Arkansas « 20 jours avant la Déclaration universelle des droits de l’Homme par les Nations unies », comme elle le rappelle, elle a connu la ségrégation dans son État du Sud des États-Unis, confiant avoir le sentiment d’être « née apatride dans son propre pays ».

    « Par votre engagement permanent, notamment auprès des plus fragiles, nous retrouvons cet esprit chez les élèves », assure Philippe Koszyk, Dasen de Vaucluse, en faisant ensuite un parallèle, peut-être un peu hasardeux, entre « les élèves qui n’ont pas besoin d’aide et un certain nombre dans ce collège qui ont vraiment besoin d’être accompagnés ». D’autant plus lorsque l’on sait que professeurs et personnels éducatifs demandent depuis plus d’un an le passage du collège en réseau d’éducation prioritaire renforcée (Rep+), et qu’à ce jour, d’après nos informations, cette demande n’a eu aucune réponse de la part des instances.

  • Un fossile de crocodile marin du Jurassique exposé à Lodève

    Un fossile de crocodile marin du Jurassique exposé à Lodève

    Le lieu a été découvert par un promeneur, « un grand curieux », se souvient Stéphane Fouché, le responsable des collections de paléontologie du musée de Lodève. Depuis le 18 octobre, le scientifique spécialisé dans les restes d’animaux disparus compte un nouvel arrivant parmi ses collections : un fossile de crocodile marin datant du Jurassique, c’est-à-dire il y a 180 millions d’années.

    Une première dans le Sud de l’Europe

    « C’est une découverte extraordinaire pour le musée. Il est très rare de trouver des fossiles aussi bien conservés. » Le squelette quasi complet est en « connexion anatomique », c’est-à-dire qu’il a conservé la disposition naturelle de ses os « quasiment au millimètre près ». Il mesure 5 mètres de long et « environ la largeur d’un homme », d’après Stéphane Fouché. « On connaissait déjà cette famille d’animaux en Allemagne et en Angleterre, mais c’est la première fois qu’on en trouve un dans le sud de l’Europe. Il nous reste à déterminer s’il s’agit d’une espèce connue ou nouvelle. »

    Il aura fallu 12 ans entre la découverte du lieu de fouilles et l’exposition du crocodile. « En 2013, un promeneur avait présenté au musée plusieurs vertèbres fossilisées qu’il avait découvertes », explique le paléontologue. « Elles venaient d’un ichtyosaure, un reptile marin aux allures de dauphin. Il nous a indiqué le lieu de sa trouvaille et après avoir reçu l’autorisation du propriétaire du terrain, nous avons commencé à creuser. » Les fouilles dureront de 2017 à 2020. « On cherchait l’ichtyosaure et son crâne mais on a trouvé autre chose. »

    L’animal exposé temporairement

    Sorti de terre, le fossile du crocodile marin est authentifié et restauré pendant six mois avant d’être intégré à l’exposition temporaire « Anatomie comparée des espèces imaginaires », présentée jusqu’au 15 mars 2026 au musée de Lodève. Celle-ci prend le parti d’appliquer la méthode scientifique d’analyse corporelle des biologistes aux animaux imaginaires comme le dragon, le yéti, les aliens, Totoro ou encore le marsupilami. Des créatures qui s’inspirent bien souvent d’espèces réelles, actuelles ou préhistoriques comme ce nouveau squelette.

    Une fois l’exposition terminée, le crocodile marin quittera le musée pour être étudié par des chercheurs. Espèce, famille, environnement, mode de vie mais aussi conditions de conservation, les analyses permettront éventuellement à terme de mieux comprendre l’évolution des océans. « On sait que le crocodile a été parfaitement conservé grâce au manque d’oxygène dans les fonds marins. Cela a empêché le développement de bactéries qui l’auraient grignoté. Mais grâce à l’étude de sa fossilisation, on va pouvoir déterminer le réchauffement de la mer et les conséquences de ce manque d’oxygène. On va pouvoir comparer le passé à l’évolution actuelle des océans. »