Category: culture

  • [Entretien] Bashar Murkus : « Ce n’est pas juste avec le théâtre qu’on va arrêter la guerre »

    [Entretien] Bashar Murkus : « Ce n’est pas juste avec le théâtre qu’on va arrêter la guerre »

    La Marseillaise : Lors du dernier festival d’Avignon, vous avez déclaré : « Aujourd’hui, le théâtre nous semble insignifiant. La culture n’a jamais arrêté la guerre. Nous sommes tous responsables du génocide. » Qu’est-ce qui vous donne alors encore la force d’exercer votre art ?

    Bashar Murkus : Quand on vit dans un endroit occupé comme la Palestine, on voit les choses très clairement. À partir de là, penser que l’art va changer les gens et l’humanité, ce n’est pas réaliste. Le théâtre ne peut pas arrêter la guerre, ne peut pas sauver une famille dont la maison est bombardée. Ce n’est pas juste en faisant du théâtre qu’on va arrêter la guerre. Il faut faire plus que ça.

    À quoi sert donc l’art, et le théâtre en particulier ?

    B.M. : Il nous aide à poser des questions importantes pour notre avenir. Il peut nous aider à construire nos pensées avec les groupes avec lesquels on travaille. Et c’est ce rôle qui est assez grand et significatif. Mais donner au théâtre un rôle plus grand que cela, c’est une forme de fainéantise politique.

    Vous dirigez avec d’autres artistes palestiniens, le Khashabi Theatre, implanté à Haïfa. Quelles sont ses missions et à quels obstacles êtes-vous confrontés ?

    B.M. : Le Khashabi Theatre est un théâtre palestinien complètement indépendant qui existe à Haïfa. Le mot indépendant est très important à souligner car, rien que le fait qu’il se situe à Haïfa signifie qu’il subit la colonisation israélienne. Avec Khulood Basel [créatrice et dramaturge de Yes Daddy, Ndlr], et d’autres, je fais partie de ceux qui ont créé ce théâtre. Dès sa fondation, il était très important de refuser tout argent qui vienne de la colonisation israélienne pour développer notre identité palestinienne sans l’intervention de cette puissance colonisatrice. Pendant 10 ans, ce théâtre existait physiquement. À Haïfa, c’était l’un des espaces d’expression les plus importants pour le public palestinien. Malheureusement, pour des raisons politiques très spécifiques, sur lesquelles je ne peux pas m’étendre, on a été dépossédé de notre théâtre il y a moins d’un an. Aujourd’hui, même si nous jouons toujours en Palestine, nous sommes devenus une compagnie sans espace. On a été très tristes de le perdre. Selon moi, Israël essaye de détruire tout ce qui est palestinien et d’effacer toute trace de notre culture, y compris notre théâtre. La destruction qui se passe actuellement à Gaza est différente de notre cas. Car elle, elle se voit. Mais à Haïfa, il y a une autre forme de destruction, pas forcément palpable. En tant que résident d’Haïfa, on ne peut que la constater. Mais, même si elles ont une forme différente, ces deux types de destruction relèvent d’une même approche.

    Peut-on voir dans « Yes daddy » une allégorie de la guerre ?

    B.M. : Il n’est pas possible d’analyser le spectacle dans le contexte de la guerre actuelle. Ça en diminuerait sa portée. Le thème principal de la pièce est le suivant : si on occupe la mémoire d’une personne, est-ce que cela signifie qu’on va aussi occuper son avenir ? Sur scène, il y a un vieillard qui a perdu la mémoire. Et le deuxième personnage essaye de réécrire cette mémoire. Cela transforme en fait la mémoire en outil de contrôle. Si tout cela est pleinement politique et parle de la guerre, Yes daddy va beaucoup plus loin. Car la pièce parle de la relation d’un humain avec lui-même et aussi avec l’autre en face de lui. Cela pose des questions sur ce que fait l’être humain quand il est seul et qu’il n’est pas surveillé.

    Face à ce vieillard dont la mémoire flanche, se trouve un jeune travailleur du sexe. Est-ce lui qui va l’aider ?

    B.M. : Il y a plusieurs couches superposées dans Yes Daddy. Il ne va pas l’aider mais lui implanter une nouvelle mémoire. Je voulais créer un moment de rencontre secret entre eux deux. Quand le vieillard se retrouve complètement seul, sans famille ni amis, que va-t-il faire pour chercher quelqu’un qui va venir chez lui ? Et le fait que le jeune en face de lui soit un travailleur du sexe ajoute une couche supplémentaire sur la question de l’identité sexuelle.

    La pièce traite de la relation d’amour-haine. Un sentiment plus qu’un autre vous a-t-il habité pendant sa création ?

    B.M. : Il y a toujours eu le même degré de présence d’amour et de haine. J’ai trouvé intéressant de créer ces deux personnages, totalement seuls, qui n’ont pas d’autre choix que d’être ensemble à ce moment-là, même s’ils sont opposés. Après, il faut préciser que le public n’est pas seul dans ce spectacle. Et que, malgré cela, on laisse des trous que les spectateurs peuvent remplir avec leur propre histoire. Quant à la métaphore, elle y est très présente, je ne la laisse pas planer.

  • JR joue les prolongations au Carré Ste-Anne, à Montpellier

    JR joue les prolongations au Carré Ste-Anne, à Montpellier

    Au cœur de Sainte-Anne restaurée, l’installation a déjà séduit plus de 225 000 visiteurs. Face à ce succès public, l’exposition est prolongée jusqu’au dimanche 4 janvier 2026 inclus.

    Avec cette installation participative et collaborative, JR explore la mémoire des lieux et des âmes à travers un arbre monumental et vivant dont les frondaisons, composées des mains des visiteurs mais aussi envoyées depuis le monde entier, ont évolué au fil des mois. En effet, grâce aux deux photocopieurs mis à la disposition du public au sein de l’ancienne église, chacun(e) pouvait laisser son empreinte et contribuer
    à la vie de l’installation. Aujourd’hui, ce sont plus de 45 000 mains qui emplissent la nef du Carré Sainte-Anne.

    * La visite est libre et gratuite

  • « Marseille & friends » : galette hip-hop à l’ancienne dans les bacs

    « Marseille & friends » : galette hip-hop à l’ancienne dans les bacs

    À Marseille, les bonnes idées naissent souvent autour d’une bonne « pizze ». Il y a un an « presque jour pour jour », c’est autour d’une ronde à la marseillaise que le beatmaker Excès Zbraa lance à Olivier Gilles, taulier de Galette Records, disquaire implanté dans le quartier du Cours Julien : « ça te brancherait pas de faire un maxi qui s’appellerait Galette and friends, dans lequel on réunirait les rappeurs qu’on connaît ? », se remémore le dernier cité, avant d’embrayer : « Je lui ai répondu oui sur le principe. Mais ça s’appellerait plus Mars & friends car Galette, ça fait trop égocentrique », rappelle avec humour celui qui se retrouve alors propulsé directeur artistique d’un projet prenant rapidement le tour d’un vrai album. En ligne sur les plateformes de streaming, mais aussi et surtout en vente dans son échoppe de la rue des trois frères Barthélémy depuis vendredi 14 novembre.

    Le résultat ? 10 titres qui fleurent bon le hip-hop à l’ancienne, comme on les aime. « Ce que les gens écoutent actuellement, c’est du pop rap, pas du vrai hip-hop », constate Olivier Gilles, du haut de son œil d’expert mais aussi d’après le retour de ses clients. « De plus en plus de gens veulent un retour au hip-hop qu’on a connu dans L’école du micro d’argent [l’opus mythique du groupe IAM, sorti en 1997, Ndlr], à ce qu’on appelle le boom bap ».

    Internationale marseillaise

    « On a demandé à 38 artistes de donner leur vision de Marseille depuis chez eux », situe-t-il à propos de Marseille & friends. De Gino 1313, qui a « grandi entre le Panier et l’Opéra, et traîné jusqu’à l’heure où les requins côtoient les rats » à Nejma Nefertiti, tout droit venue de Brooklynn, qui clame qu’« elle adore New York, mais que Marseille est dans ses rêves », un panel réjouissant qui fait renouer les auditeurs avec les bons vieux rythmes à quatre temps ainsi que les samples chiadés. Que dire encore du Mc américain installé à Marseille, Napoleon Da Legend, qui répand son flow sur Marseille la nuit, ou encore du rappeur Inoki, « l’équivalent d’Akhenaton en Italie », dixit Olivier Gilles, qui triture avec jubilation La langue du rap aux côtés du Mc du Panier, Costello… Le tout, sur des instrus signées par le jazzeux Fred Spider, le plus funky des Marseillais, Mofak, et même Imhotep d’IAM.

    N’en jetez plus, Marseille & friends sonne comme une madeleine de Proust de l’âge d’or d’un hip-hop hélas englouti par une industrie qui l’a dénaturé aux oreilles du grand et jeune public. Mention spéciale pour Ronin de Mars, son tour à tour héroïque et lyrique, ponctué d’un couplet de Faf Larage, déplorant avec verve : « Quand l’amitié devient un mirage cruel, que les promesses sont bafouées et les sourires balafrés, quand la bienveillance de ceux qu’on a aimés s’effrite sous la semelle, la douleur nous plante sa dague affutée et le mode sombre dans le soupçon et l’anxiété ». Autant de titres estimables qui appellent une « release party, en préparation », et même une suite « à laquelle on est déjà en train de réfléchir », confie avec fierté Olivier Gilles. « Il est même possible qu’on y trouve Shurik’n », fait-il déjà languir.

    Vinyle disponible chez tous les bons disquaires, surtout chez Galette Records, et sur www.galette-records.com

  • [Théâtre] « Le misanthrope » pas insensible au genre humain

    [Théâtre] « Le misanthrope » pas insensible au genre humain

    Dur de s’attaquer à un classique tel que Le misanthrope, adapté et décliné à l’infini par quiconque se dit homme ou femme de théâtre. Un défi relevé avec une ardente rigueur par le metteur en scène Georges Lavaudant, comme pourront le constater les nombreux spectateurs aixois ayant déjà répondu présent, entre le mardi 18 et le samedi 29 novembre, sur la scène du Jeu de Paume. Dans son costume noir cintré, Eric Elmosnino campe le personnage d’Alceste avec flamboyance pour en extraire tout son registre tragi-comique. Il en faut pour se soustraire à des mondanités qui l’obligent malgré tout, face aux courtisans de sa Célimène dont il sonde les sentiments.

    Intime et social

    Comme l’explique Georges Lavaudant dans sa note d’intention, « l’intrigue a deux versants. L’un et social, l’autre est intime. Les deux sont inextricablement liés et se rejoignent dans la personne d’Alceste ». Et le metteur en scène de développer : « D’un côté, nous suivons les péripéties d’un duel entre un homme et une femme. Lui veut la faire parler une fois pour toutes. Elle refuse cette parole qui l’engagerait ». Quant à l’aspect social, il se matérialise notamment par la formule d’Alceste : « Je hais tous les hommes ». « S’il est fou », estime-t-il, « sa folie est très sérieuse et cohérente. Il n’est pas un misanthrope de salon, ses idées ne sont pas de la théorie pure, elles se traduisent concrètement en humeurs et passions qui le tourmentent. Il ne peut pas vivre dans un monde sans vérité ».

  • Une autre image de Damas chez Negpos

    Une autre image de Damas chez Negpos

    Lancé en pleine période Covid, le festival Villes invisibles se pérennise à la galerie Negpos de Nîmes malgré la « diminution impressionnante des membres permanents de l’équipe due principalement à la disparition intégrale des emplois aidés », précise Patrice Loubon, le directeur artistique de la galerie.

    Pour autant, le festival renouvelle sa proposition d’éclairer les villes invisibles autour d’une exposition du photographe arlésien Jean-André Bertozzi, qui s’était rendu à Damas, capitale de la Syrie, en 2005, six ans donc avant la révolution avortée suivie par l’émergence de l’État islamique, la guerre civile et la chute de Bachar El-Assad fin 2024. « On a beaucoup entendu parler de cette ville ces 15 dernières années, mais ici, on se plonge dans la période précédant les Printemps arabes où l’on peut percevoir que quelque chose va se passer. Il y a comme une tension sourde dans ces photographies, qui révèle une explosion imminente », résume Patrice Loubon.

    « Tourner la page »

    Avec cette exposition, Negpos se projette désormais sur la suite après une année 2025 marquée par les actes de vandalisme contre l’exposition « Benzine Cyprine », de Kamille Levêque Jégo, fin avril, quinze jours après son inauguration. Suite à ce saccage, la galerie avait été contrainte de revoir son programme pour accueillir à nouveau cette exposition féministe jusqu’au 15 octobre dernier. « L’enquête est au point mort. Le principal suspect doit être convoqué prochainement mais il manque des preuves concrètes même si cette personne nous avait plusieurs fois menacés. Mais nous sortons enfin de ce tunnel et « Villes invisibles » a permis de tourner la page », confirme le directeur artistique de Negpos.

    Désormais tourné vers l’avenir, Patrice Loubon connaît déjà le thème de la 7e édition du festival de l’an prochain : « Ce sera Gaza parce que c’est obligatoire. Ce sera le travail d’une photographe grecque avec un jeune Gazaoui qui a déménagé au Caire. Cela évoquera aussi ce jeune photographe palestinien car nous ne voulons jamais détacher l’urbain de l’humain ».

  • Abraham Poincheval, performeur utopiste, Don Quichotte décalé

    Abraham Poincheval, performeur utopiste, Don Quichotte décalé

    Son nom et son prénom ne sont pas inventés. Poincheval est le patronyme de ses parents Christian et Evelyne, troubadours de jazz manouche, chanteurs-compositeurs actuellement en tournée. Sa mère adorait la sonorité des trois A de cet Abraham à la fois burlesque et grandiose. Leur fils trouvait qu’en face des enfants de son âge, son prénom était un rude prétexte pour des moqueries et des exclusions. Depuis belle lurette, la situation s’est renversée : affectueuse ou bien mystérieuse, cette appellation est un mot de passe anti-routine.

    Abraham Poincheval est le producteur et l’acteur-performeur d’un régime de vérité à la fois modeste et audacieux : à propos de notre rapport au corps et de nos liens avec le monde animal, il pose des questions insolites. Ses aventures, sa méthodologie et ses explorations ont traversé des moments d’acmé qu’aucun biographe méticuleux ne pourra retracer. Il a lentement élaboré des situations de vie, des protocoles inédits et périlleux qui tissent d’étonnantes relations avec un public inattendu. Par exemple en bord de mer, à Rennes, en Espagne ainsi qu’à Paris en face de l’horloge de la Gare de Lyon, il s’est hissé sur un mât, de 10 ou 20 mètres de hauteur. Pendant une semaine il aura vécu comme un stylite-vigie sur une plate-forme où il dormait en chien de fusil. Les passants l’interrogeaient, conversaient avec lui, transmettaient de quoi manger. Chaque fois, ce fut la fine surprise d’une expérience physique et sensorielle : avec de l’humour, des vertiges, de la joie et de l’effroi, la mise en forme d’un vecteur de communication.

    En 2011, suite à l’invitation du Centre d’Art de Nadine Gomez, l’une de ses inventions s’était déroulée sur 300 kilomètres de sentiers montagneux, depuis Digne jusqu’à Carigliano, au-delà de la frontière italienne. Abraham avait imaginé qu’une épreuve de Sisyphe le conduise à faire rouler en quatre étapes un véhicule qu’il avait baptisé « gyrovague », le détournement d’une capsule jules vernesque, un cylindre métallique qui lui servait d’abri et de repli pour la nuit. Occasion pour consigner sur journal de bord des rencontres incongrues : sur son chemin il croise des chiens, des sangliers, des moutons, des marmottes et des loups, des bergers hospitaliers et des ébats de jeunes couples, des citernes et des cimetières, des orages et des chutes de neige, des tunnels et des paysages, une multitude d’incidences et pas seulement la solitude.

    Un chantier futur, avec les reines des abeilles

    Des critiques comme Roxana Azimi, Paul Ardenne et Thomas Schlesser ont décrit sa trajectoire. Sa quête et ses recherches sont réfléchies. Abraham Poincheval n’est pas un candide, un excentrique en quête de visibilité. Son statut d’artiste « hors-champ » est identifié, il peut arriver que les marges des réseaux sociaux l’accompagnent passionnément. Jean de Loisy qui l’a convié au Palais de Tokyo, parle de lui comme d’un « explorateur » capable d’affronter avec soin et délicatesse des questions de survie, des « zones de frôlements » qui déplacent les limites convenues et déclenchent de l’impensé. La directrice de l’École d’Art d’Aix est heureuse du rôle d’aiguilleur transdisciplinaire qu’il joue dans son établissement. Pour Barbara Satre, Abraham Poincheval est un « utopiste concret » qui décloisonne les lourdeurs de nos époques ; il capte intuitivement les sensibilités et les contingences d’un territoire.

    Lorient, Fribourg et un Centre d’art proche de l’Ardèche seront en 2026 ses lieux d’investigations et de réalisations. Depuis plusieurs années, Abraham Poincheval étudie les mœurs des abeilles, consulte des apiculteurs et des scientifiques. Pour l’heure, cohabiter dangereusement pendant une semaine avec des reines, construire une niche auprès d’une ruche semble relever de l’impossible : c’est pourtant l’entreprise que ce rêveur obstiné veut mener à bien.

    Son travail ouvrira des brèches inattendues, comme ce fut le cas pendant les Jeux Olympiques lorsqu’Abraham itinéra dans une grande bouteille sur les bords du canal de Saint-Denis. Son humour n’est pas exactement celui d’un perdant magnifique. En fait preuve l’invitation d’Aude Fanlo et Helia Paukner, les commissaires de l’exposition Don Quichotte du Mucem : l’apparition de sa flamboyante armure entièrement recréée et la projection du film de Matthieu Verdeil prouvent qu’un mythe coriace et drôle comme celui du Chevalier errant, quand il rencontre les éoliennes et les forêts de la Bretagne, peut connaître un vif renouvellement.

  • « Sur scène, tout vient du cœur »

    « Sur scène, tout vient du cœur »

    La Marseillaise : « 60 ans d’amour » est le nom de votre tournée, c’est aussi 60 ans de carrière. Que représentent pour vous toutes ces années ?

    Mireille Mathieu : Je n’y pense pas vraiment. Je le fête, en effet, mais je ne pense pas au fait que ça fait 60 ans que je fais ce métier. J’ai la chance de vivre de ma passion, donc j’en profite pleinement.

    C’est quoi, selon vous, le secret de votre longévité dans un monde, et notamment l’industrie musicale, qui va de plus en plus vite ?

    M.M. : C’est grâce au public que j’en suis là, d’abord. Mais aussi parce que je mène ma vie de manière très disciplinée. J’aime ça, j’ai besoin de ça et, chaque jour, je fais mes vocalises pour préserver ma voix. Je compare souvent mon métier à celui d’un sportif qui a besoin d’entraînement quotidien. C’est comme cela que je le conçois.

    Votre tournée s’accompagne du best-of « Mon Credo », sorti au début du mois d’octobre, dans laquelle il y a des inédits et des chansons rares. C’était important, pour vous, d’offrir
    de la nouveauté à votre public
     ?

    M.M. : C’est un triple CD, un objet collector qui est très beau à voir. On retrouve des chansons que le public aime, comme Mon Credo, qui est d’ailleurs la chanson de mes débuts écrite par mon premier chef d’orchestre, Paul Mauriat, un Marseillais qui a travaillé avec Aznavour et qui s’est occupé de moi, à mes débuts. J’interprète aussi des chansons allemandes en français et certaines qui, sur scène, marchent très bien, dont L’Amour en robe noire, qui est un hommage à Edith Piaf.

    à vos débuts, vous étiez d’ailleurs beaucoup comparée à Edith Piaf…

    M.M. : Oui, parce qu’à mes débuts dans « Le Jeu de la Chance », c’est là que j’ai été découverte d’ailleurs, je n’interprétais que des chansons d’Edith Piaf puisque je n’avais pas encore de répertoire. Ce n’est qu’après qu’on m’a habillée sur mesure.

    Vous avez deux dates à Avignon, votre ville natale. Que signifie pour vous ce retour devant un public qui vous a vu naître ?

    M.M. : C’est incroyable, ça fait plus de 11 ans que je ne me suis pas produite à Avignon ! C’est un moment qui sera pour moi une immense émotion. La dernière fois, ma maman, qui était encore de ce monde, était là et je sais que cette fois-ci, l’émotion sera très intense. Je suis également ravie et très honorée de revenir à Marseille, après toutes ces années. Sans compter que le journal La Marseillaise m’a accueilli à mes débuts. J’ai été la marraine de l’une des fêtes de La Marseillaise et je n’en garde que de bons et beaux souvenirs.

    Vous êtes connue dans le monde entier, chantez en 12 langues… Quel regard portez-vous sur la situation géopolitique actuelle ?

    M.M. : Le monde, actuellement, est en ébullition… Pour mes dates à l’Olympia, le public a repris avec moi Mille Colombes, parce que c’est un message de paix et d’espoir dont nous avons tous besoin et j’espère qu’à Marseille ce sera pareil et qu’on pourra casser la Canebière avec nos voix (rires).

    Justement, « Mille Colombes » est sortie en 1977, le couplet sur la guerre résonne encore de nos jours. Pensez-vous qu’elle est plus que jamais d’actualité ?

    M.M. : évidemment qu’elle est encore d’actualité ! C’est terrible ce qu’il se passe dans le monde, il y a des guerres de partout. C’est une chanson merveilleuse, dont le texte est simple, vrai. Tout le monde se sent concerné, touché par cette chanson.

    La situation politique en France est également très compliquée…

    M.M. : Ce n’est pas possible ce qu’il se passe en France, Vous vous rendez compte que des enfants dorment dans la rue, ils n’ont rien à manger, ils n’ont pas d’abri, rien ! Tout ça dans le pays de la liberté, dans notre beau pays, qui a un savoir-faire extraordinaire. C’est dommage que nous en soyons arrivés là.

    Vous avez reçu de nombreuses distinctions de chefs d’État, vous avez rencontré le Pape Jean-Paul II, vous faites partie du patrimoine et de l’histoire de France… Vous vous attendiez à ça, à vos débuts ?

    M.M. : Ah ça non ! On ne peut pas s’attendre à une si grande notoriété, mais je dois dire que la personne qui m’a le plus impressionnée, dans ma carrière, c’est le Pape Jean-Paul II. Quand j’ai commencé, mon manager Johnny Stark, à qui je dois tout, m’avait dit que ce serait difficile. Je le savais, mais je ne pensais pas que ça le serait autant. C’est une telle rigueur, mais j’ai la chance de vivre en faisant ce que j’aime et ce n’est pas le cas de tout le monde, alors j’en suis très reconnaissante. Sur scène, tout vient du cœur, je n’ai ni prompteur, ni oreillette, je pense que c’est avant tout le regard qui est le reflet de l’âme et c’est ce que je souhaite partager avec le plus grand nombre.

  • Le Magic circus show pour rêver en famille

    Le Magic circus show pour rêver en famille

    C’est un spectacle rempli de couleurs, d’émotions et d’évasion grâce à la troupe de jeunes artistes de la compagnie HAP. En tant que parrain de la Maison de Nina, c’est avec un grand plaisir que je partage la scène avec eux. C’est un vent de fraîcheur », détaille Norbert Ferré. Marseillais d’origine, médaillé de la ville, habitué des tournées internationales dans des styles très différents comme le Crazy Horse ou encore les Folies Bergères, sans oublier ses participations au Plus grand cabaret du monde, présenté par Patrick Sébastien.

    Pour le Magic circus show, il est Monsieur Loyal et il réalise aussi quelques numéros de magie, notamment avec son compère Patrick Dessi. Ce dernier est aussi Marseillais et a fait la connaissance de Nobert au club de magie local, alors que ce dernier n’a que 14 ans. Une longue histoire… Sa motivation est pourtant toujours intacte pour « faire prendre conscience au public de l’importance du spectacle vivant. Apporter du plaisir en proposant des numéros de grandes qualités de cirque et de magie », confie ce dernier.

    « Une véritable
    histoire humaine »

    Et de poursuivre : « À Marseille, ce n’est pas très courant. Alors, quand j’ai découvert la compagnie Hap, lors de son dernier spectacle, j’ai été emballé. C’est la rencontre de plusieurs générations. Une véritable histoirehumaine. »

    La compagnie Hap signe avec le Magic circus show, son 3e spectacle. D’une vitalité sans pareille, Hap, c’est l’histoire de neuf artistes de 11 à 18 ans passionnés de cirque, tous élèves de la Maison de Nina, à Marseille. « Je les forme pour certains depuis tout petits, dès l’âge de 3 ans. Je les vois grandir, se muscler, se perfectionner. En 2023, j’ai alors créé la compagnie Hap, sur les conseils d’Aurélia Cats, consultante artistique de la Maison de Nina et artiste circassienne de renommée internationale. L’occasion pour les élèves de vivre leur rêve, celui d’être sur scène », détaille Sophie Ortiz, directrice de la Maison de Nina.

    Jonglerie, trapèze, mats pendulaires, anneaux, danse, voltige, magie, mais aussi mentalisme, durant deux fois 45 mn avec un entracte de 20 mn, c’est un véritable show que propose la compagnie HAP.

    Le cabaret l’Étoile bleue, 107bis, boulevard Jeanne d’Arc, 13005 Marseille.
    Complet tout le week-end.

  • Une plume contre le narcotrafic

    Une plume contre le narcotrafic

    Je veux la tête de ceux qui ordonnent. Ceux qui ne sont jamais directement souillés par le sang qu’ils font couler, mais qui vivent grâce à lui. » Dans son livre, Marseille, essuie tes larmes (éditions le Bruit du monde), Amine Kessaci ne mâche pas ses mots envers les chefs des réseaux et l’état, qu’ils jugent responsables des narchomicides. Depuis la sortie de l’ouvrage, en octobre, le Marseillais de 22 ans et sa mère ont été placés sous protection policière. Ce livre dénonce l’engrenage des réseaux, qui se nourrissent de la misère des cités. Dans cette lettre à son frère Brahim, tué dans un narchomicide, il pointe du doigt les chefs de réseaux et le désengagement de l’état dans les quartiers.

    « Le narcotrafic prospère sur le désengagement des structures protectrices. Là où l’école échoue, où les centres sociaux ferment et où les services publics se raréfient. » Depuis ce livre, le jeune écologiste a été interviewé dans de nombreux médias français et étrangers pour parler de sa lutte contre le trafic de drogue.

  • Un documentaire sur le Madrediosa, à Montpellier, pour France TV

    Un documentaire sur le Madrediosa, à Montpellier, pour France TV

    Réalisateur gersois originaire de Rodez et pas particulièrement lié à la communauté LGBTQIA+, rien ne destinait Adrien Cotonat à s’intéresser au Madrediosa et à sa clientèle. Ce bar ouvert en 2020 dans le quartier des Beaux-Arts s’est imposé au fil des ans comme le repère de la communauté LGBTQIA+ montpelliéraine. Cela n’a pas échappé aux scénaristes de France TV.

    « Le diffuseur avait repéré le Madrediosa comme un potentiel lieu de tournage d’un documentaire qui s’inscrirait dans sa collection ‘Week-ends avec la jeunesse française » explique Adrien Cotonat, le réalisateur. Le projet me tentait alors j’ai accepté. » La série en neuf épisodes réalisée par les antennes régionales de France télévisions dresse le portrait de la jeunesse d’aujourd’hui en suivant un groupe de jeunes, le temps d’un week-end. « Débarquer en tant qu’homme cisgenre (personne dont le genre correspond à celui attribué à la naissance, NDLR) et hétérosexuel n’a pas été un point fort pour légitimer ma demande. En rencontrant Sab et Audrey, les gérantes de l’établissement, nous avons beaucoup discuté sur la manière dont allait être traité la communauté LGBTQIA+ dans le documentaire, pour éviter la stigmatisation », se souvient-il.

    L’art comme moyen de lutte

    Durant treize jours, le réalisateur passe du temps au bar pour « saisir l’ambiance » et « rencontrer la clientèle ». « Je n’y avais jamais mis les pieds, je ne suis même pas de Montpellier, j’habite à Auch, dans le Gers. » Mais par l’intermédiaire des gérantes, il rencontre Hadir, stand-uppeuse, Lé, artiste drag, Julia, colleuse amatrice et Cécile, fan de couleurs et de maquillage. Alors que le documentaire prend place dans un contexte politique compliqué, après le premier tour des élections législatives de mai 2024 où l’extrême droite se positionne en tête, il documente leurs craintes, leurs histoires et leurs luttes. « Chacun·e, par un vecteur artistique différent, milite et s’exprime. Pour ces personnes perçues comme différentes dans la société, le Madrediosa est un repère, un lieu sûr dans lequel elles peuvent enfin être elles-mêmes. »

    Des élections à la Marche des fiertés, Adrien Cotonat découvre en immersion le lien qu’ont tissé Sab et Audrey avec leurs habitués. « Elles ont presque un rôle de “tatas”. C’est assez dingue de voir le nombre de personnes qui, instinctivement, vont entrer en cuisine pour discuter avec Audrey ou passer derrière le bar pour se confier à Sab, parfois même sur des histoires très lourdes. Elles agissent comme des éponges, comme si les gens entraient, se déchargeaient et quittaient le bar remplis d’énergie positive. »

    * Le documentaire est à visionner gratuitement sur France.tv