Category: culture

  • La venue de Joann Sfar suscite une polémique

    La venue de Joann Sfar suscite une polémique

    L’auteur du célèbre Chat du rabbin est programmé dans le cadre du festival littéraire « Oh les beaux jours ! » pour un « concert dessiné », vendredi à 20h30, à La Criée.

    En réaction, le collectif « cultures en lutte 13 » a lancé un appel au boycott sous le mot d’ordre « Sionistes hors de nos villes », recevant le soutien de l’eurodéputée LFI Rima Hassan.

    Bruno Benjamin, président du Crif Marseille Provence, a aussitôt réagi : « Joann Sfar n’est pas un représentant d’un État. Il n’est ni un gouvernement, ni une armée. C’est un écrivain, un dessinateur, un cinéaste, un homme de culture dont l’œuvre a toujours été traversée par le dialogue, l’identité, la mémoire et la complexité humaine. Le désigner comme une cible à boycotter en raison de ses convictions supposées ou revendiquées constitue une dérive inquiétante. »

    « Le courage du dialogue »

    De son côté, la maire de secteur, Sophie Camard (GRS), a apporté son soutien à l’auteur de bandes dessinées : « Non à la haine, un jour contre les Arabes, un jour contre les juifs ! Je soutiens Joann Sfar menacé de boycott à Marseille. Achetez son album “Terre de sang” avec des témoignages de Palestine. Rien à voir avec Netanyahu ! Le courage, c’est aussi le dialogue entre les peuples. » Serge Tavitian, président de la Licra Marseille Métropole, indique dans un communiqué, ce mercredi : « La Licra saisit ce jour les autorités judiciaires d’une plainte pour provocation à la discrimination. L’antisionisme est un antisémitisme qui ne s’ignore pas ! »

    Joann Sfar n’a pas souhaité réagir à la polémique. Dans un entretien accordé à La Marseillaise, en juin dernier, il expliquait apprécier les « lieux de rencontre, de débat, où contrairement à ce qu’on voit sur les réseaux sociaux, les gens prennent le temps de se parler. Il y a parmi mes lecteurs beaucoup de personnes d’origine arabe, c’est l’occasion d’échanger. Et quand on laisse s’exprimer les gens, on se rend compte qu’il y a beaucoup moins de désaccords que ce que l’on imagine. »

  • Le roman noir prend le parti d’en rire

    Le roman noir prend le parti d’en rire

    « Rira bien qui rira le dernier ! », avertit l’affiche. En ces temps de désordre mondial, le Festival international du roman noir (Firn), porté par la Ville de Frontignan, a décidé de miser sur l’humour. Vache, sarcastique, désopilant, noir, pince-sans-rire… « L’humour sous toutes ses formes est un outil de critique formidable très usité dans le roman noir, qui se caractérise par un regard porté sur la société et une critique sociale », explique Camilla Bailbe, directrice de la culture et du patrimoine de Frontignan la Peyrade.

    C’est donc l’humour qui fera le lien entre les 15 auteurs (8 femmes, 7 hommes) de 6 nationalités différentes (Italie, Maroc, Grande-Bretagne, Belgique, Espagne, France) invités les 29 et 30 mai pour cette 29e édition. Un plateau international, donc, composé de Gianni Biondillo, Manu Causse, Zainab Fasiki, Pascale Ferroul, Koé, Anouk Langaney, Hicham Lasri, Iain Levison, Melvina Mestre, Nadine Monfils, Michèle Pedinielli, Mabrouck Rachedi, Christophe Siebert et David Torres.

    Comme l’an dernier, la manifestation se déroulera à la médiathèque Montaigne et sur la place du Contr’un, juste en face. Les auteurs et autrices, mêlant littérature jeunesse, bande dessinée, science fiction, roman noir, proposeront des séances de dédicace vendredi (9h-19h) et samedi (9h-19h) sur le stand des librairies partenaires.

    Nouveauté cette année, le festival propose, le vendredi matin (9h-12h), une journée professionnelle (mais ouverte également au grand public) dédiée au polar arabe autour de deux figures tutélaires : Driss Chraïbi, créateur de la série de l’inspecteur Ali, dont on commémore en 2026 le centenaire de la naissance et Naguib Mahfouz, prix Nobel de littérature et auteur du premier roman noir moderne en arabe (Le voleur et les chiens), mort il y aura 20 ans. L’occasion d’échanger avec des universitaires et des auteurs de la nouvelle scène marocaine.

    Comme chaque année, des rencontres thématiques seront proposées avec les auteurs, toute la journée du vendredi et du samedi. Par exemple : « Rire de tout, c’est sérieux », avec Manu Causse, « Mourir(e) dans la ville sourde », avec Gianni Biondillo et Michèle Pedinielli, « Le rire du désespoir » avec Iain Levison, « Guignol’s Band » avec Nadine Monfils et Mabrouck Rachedi ou encore « À chacun(e) ses armes », avec Melvina Mestre et David Torres. Des formats de rencontre plus courts et plus conviviaux appelés « apérobook », seront également au rendez-vous : « On se retrouve autour d’un verre pour un échange un peu plus rapide entre un éditeur et un auteur, suivi d’un temps de questions avec le public. »

    Le festival fera aussi la part belle à la lecture à voix haute, avec des performances offertes par les membres de la Brigade d’action livre et lecture engagée (Balle), qui liront des extraits de romans. « On a aussi des auteurs qui se prêtent au jeu, avec par exemple une lecture dessinée [ le retour de l’Inspecteur Ali, par Hicham Lasri et Zainab Fasiki, Ndlr] et une lecture musicale [Karnaval par Christophe Siébert, Ndlr] prévues pendant le festival », précise Camilla Bailbe.

    Deux remises de prix, une brasucade inaugurale, une exposition et un escape game dans les années 50 sont également au programme, sans oublier, le samedi, la traditionnelle « dictée noire » durant laquelle 200 enfants, adolescents, adultes tenteront de déjouer les subtilités orthographiques concoctées par l’autrice Anouk Langaney.

    * Tout le programme sur : www.frontignan.fr/firn-2026

  • Marion Mazauric : « Protéger l’œuvre des auteurs »

    Marion Mazauric : « Protéger l’œuvre des auteurs »

    « Le droit moral protège l’œuvre des auteurs. C’est un droit inaliénable, si on perd ça, on perdra l’artiste. » Au moment où le développement exponentiel de l’intelligence artificielle (IA) s’accompagne d’un pillage culturel en règle des écrits littéraires ou des images de films, Marion Mazauric s’inquiète. Sans savoir si la proposition de loi Ducros adoptée en avril au Sénat sera validée par l’Assemblée nationale, ni si son contenu final sera à la hauteur du défi, l’éditrice gardoise voit d’un bon œil l’initiative parlementaire.

    « Très facile de battre l’IA »

    Celle-ci vise à mieux protéger les œuvres culturelles face aux IA génératives en créant une présomption d’utilisation des travaux des musiciens, écrivains, cinéastes ou photographes par les systèmes d’IA. Autrement dit, si la loi était adoptée, la charge de la preuve serait inversée et il reviendrait à l’entreprise d’IA de prouver qu’elle n’a pas pillé un contenu.

    Fondatrice des éditions du Diable Vauvert, Marion Mazauric y voit un premier pas tout en fixant les priorités : d’abord obtenir une autorisation de l’auteur ou d’un ayant droit sur une œuvre. La question de la compensation financière venant ensuite. « On est tous pillés, ce serait forcément un progrès ».

    L’éditrice n’a pas en soi d’a priori négatif sur l’IA. Pour elle, le défi reste celui de son utilisation et donc du pouvoir qu’elle procure. « La science sans conscience n’est que ruine de l’âme. Le problème n’est pas tant la fusion nucléaire que ce qu’on en fait ». Dans le domaine culturel, « si l’IA permet d’accélérer les progrès de la médecine ou d’avoir des calculateurs de droits d’auteur performants, eh bien j’applaudis l’IA ». Et d’ajouter : « Si le but de l’IA c’est de faire des humains de stricts consommateurs qui ne réfléchissent pas et qui sont dirigés par des IA elles-mêmes pilotées par des humains… ».

    Pour elle, cette technologie dont on oublie qu’elle n’est qu’un « super calculateur », n’est d’ailleurs pas nouvelle. « Je suis familière de l’IA depuis 40 ans que je lis ou regarde de la science-fiction », confie Marion Mazauric en citant notamment le film 2001, l’Odyssée de l’espace. Dans son métier, elle confie avoir déjà testé l’IA jusqu’à l’avoir « poussée dans ses retranchements et lui faire avouer ses limites ». Verdict : elle n’est pas convaincue. « Sur les quatrièmes de couverture, l’IA ne nous arrive pas à la cheville. Elle peut vous écrire un roman à la manière de Houellebecq mais ce sera du sous- Houellebecq avec des clichés ». Selon elle, un éditeur cherche tout le contraire d’un académisme singé : de la nouveauté, de l’originalité. Si elle n’écarte pas un vilain scénario pour les auteurs voire une « société à deux vitesses », Marion Mazauric ne croit pas à leur disparition ni à celle des acteurs prophétisée par Elon Musk. « L’IA n’atteindra jamais la perfection ni surtout l’imperfection humaine. »

  • À Aix, ces écrivains en herbe lauréats du prix littéraire

    À Aix, ces écrivains en herbe lauréats du prix littéraire

    Quelque 800 lycéens et apprentis de la région se sont rejoints, ce mardi, dans la salle de concert d’Aix-en-Provence pour la 22e édition du Prix littéraire. Dans la catégorie Roman, Gabriella Zalapi a été sacrée lauréate pour son ouvrage intitulé Ilaria. Quant au prix du scénario et du dessin, il a été remis à Djilian Deroche et son camarade Eldiablo pour leur bande dessinée. Enfin, cinq autres élèves, issus des lycées de Marseille, Aix-en-Provence, Toulon et Manosque ont été récompensés dans les catégories « jeunes ». « Félicitations aux huit lauréats de cette 22e édition, dont les travaux reflètent une belle créativité et une vraie sensibilité artistique », indiquent les représentants de la Région Sud, qui accompagne le dispositif avec l’Agence régionale du livre.

    Transmission culturelle

    Tous les ans depuis 2004, établissements scolaires, librairies et bibliothèques s’allient pour sensibiliser aux activités et aux métiers de la filière du livre. Cette année, 26 établissements se sont engagés pour participer à cette transmission des pratiques artistiques. La volonté, donc, de « rendre la culture plus accessible », précise la Région, en « développant le plaisir de la lecture » chez les lycéens et apprentis. Le concours vise à pousser les jeunes à s’intéresser à l’art en leur proposant d’écrire mais aussi de créer. Ainsi, lors de cette cérémonie quelques-uns des jeunes jurés ont pu présenter leurs ateliers artistiques.

  • Ces collégiens primés pour leurs nouvelles à Marseille

    Ces collégiens primés pour leurs nouvelles à Marseille

    Au cœur du théâtre rempli de jeunes où le brouhaha se mêle au discours du présentateur, on célèbre l’écriture collective. Sur scène, chaque collège est représenté par un élève et l’écrivain qui a accompagné l’ensemble de la classe sur ce projet. La présentation de chaque nouvelle sélectionnée se fait par le prisme d’une pièce de théâtre réalisée par une classe du collège Jean-de-Bernardy en compagnie de l’artiste Tim Dup. « Ces événements leur offrent un espace créatif où leur liberté de proposition est grande », explique l’artiste. « On nous donne une voix et ça nous permet de dépasser nos propres limites », raconte Wafik, un des élèves qui a participé à la mise en scène.

    Écrire pour créer du lien

    Les gagnants cette année, ce sont les élèves du collège Lacordaire pour leur nouvelle Le Lapin sauvage. Aux côtés de l’autrice Laetitia Bianchi, les élèves ont mis à l’honneur l’orthographe. « Bien que j’aie initié le thème parce que je voulais faire un pas de côté par rapport aux autres années, ce travail, c’est surtout l’expression de leur créativité », explique l’écrivaine. Pour Clémence et Kalil qui ont participé à l’écriture : « C’est une grande fierté et ça prouve qu’on a bien travaillé. »

    Au-delà de l’espace d’expression permis par ce travail mené sur plusieurs mois, l’exercice a soudé de nombreuses classes, comme le confie Lucie : « Quand on a travaillé ensemble, les relations entre nous se sont améliorées. »

    Pour l’auteur Marwan Chaim, qui a travaillé avec le collège Château Forbin, « les élèves étaient tous enthousiastes de participer à cette expérience d’intelligence collective et ils étaient le moteur de chaque nouvelle ». Ce travail collectif a permis aux élèves de dépasser la peur de prendre la parole en public et d’avoir découvert la lecture. Pascale Albier, professeur de français du collège lauréat, exprime sa surprise : « La récompense me donne beaucoup de joie pour eux, mais ça a surtout été une révélation pour moi. Le travail en groupe leur a permis de trouver le mot juste. »

  • À Villes-sur-Auzon, un concert de Jean-Louis Aubert pour la restauration du toit de l’église Saint-André

    À Villes-sur-Auzon, un concert de Jean-Louis Aubert pour la restauration du toit de l’église Saint-André

    Ce lundi 25 mai fera date à Villes-sur-Auzon avec le concert donné par Jean-Louis Aubert au bénéfice de la restauration du toit de l’église du village.

    Juste avant le spectacle Jean-Louis Aubert a reçu la presse dans un contact simple. Il a raconté son enfance passée dans ce village où sa famille (parents, grands-parents et arrières-grands-parents) ont vécu. Son père était sous-préfet, son grand-père était communiste et instituteur. Un membre de sa famille a même été moine. C’est dire la diversité, et « le vécu » au sein du village. Il a évoqué son enfance, les chansons dans les champs avec ses collègues, et les bêtises faîtes. Sa mère a été a dernière personne passée à l’église pour la messe de funérailles. Quinze jours après le maire fermait l’église.

    À l’occasion de la conférence de presse, notre journal lui a remis l’article rédigé il y a quelques années à l’occasion de son concert aux carrières du Bruoux à Gargas (près d’Apt) pour l’enregistrement de l’émission de France 2 Le concert unique. Quand Jean-Louis Aubert donne un spectacle, il « va vers les gens », ce qui explique la relation privilégiée qu’il a avec le public. Il a aussi dit avoir été ami avec Patrick Vian (le fils de Boris Vian) qui résidait à Saignon. Il a également précisé que son album RockEclerc avait été enregistré à La Fabrique, studio d’enregistrement à Saint-Rémy-de-Provence.

    Il a évoqué ses parents et notamment son père qui avant de mourir lui a confié : « Merci pour tout ce que tu as fait, je crois que j’aurais voulu faire tout ce que tu as fait ! » (un bel hommage). Il a aussi salué sa sœur disparue il y a peu et qui, lors de le visite de Jean-Louis à l’hôpital, lui a dit : « Je suis désolée d’être malade et de te déranger » . Il a salué son autre sœur présente dans le public.

    Il a interprété : « La Bombe humaine », « Alter ego » , une chanson en hommage à Barbara, et un de ses titres , et aussi « Temps à nouveau » , « Juste une illusion » et bien d’autres titres. Rappelons que Jean-Louis Aubert était le 23 Mai au grand concert du Vélodrome à Marseille : « Corsu Mezu, Mezu » . Il a terminé le concert avec « Voilà c’est fini ». Et il s’est écrié : « C’est un bonheur d’être avec vous ! ».

    Les bénéfices du concert seront reversés pour la rénovation de l’église. Un chantier que le maire, Frédéric Rouet, chiffre à 1,5 million d’euros et pour lequel des financements de l’État et de la Région Sud ont été actés. L’édile mise aussi sur le loto du patrimoine et sur les dons de particuliers.

    José VINCENTELLI

    Pour envoyer des dons pour la restauration : site fondation du patrimoine https://www.fondation-patrimoine.org ou association pour la sauvegarde de l’église de ville-sur-Auzon 4, place de la mairie, 8457O Villes-sur-Auzon.

  • L’âge d’or de la musique arabe revit à Marseille

    L’âge d’or de la musique arabe revit à Marseille

    « Du plus loin que je m’en souvienne, c’est Fairouz qui m’a donné envie de chanter », confiait il y a deux ans, à La Marseillaise, Hind Chraïbi, qui écumait alors les scènes de la région avec un projet reprenant l’œuvre de la diva libanaise. C’est lors de l’un de ces concerts que cette Casablancaise installée à Aix rencontre le joueur tunisien de oud, Oussama Bounawass, avec lequel elle décide de former le Zaman Trio, complété par le percussionniste Nicolas Derolin, qui se produit vendredi 29 mai à Archipel 49 – Maison du Chant à Marseille.

    De Oum Kalthoum à Warda

    Mais cette fois-ci, outre Fairouz, le répertoire du Zaman Trio s’étend à « l’âge d’or de la musique arabe ». Et ce, pour un « voyage entre nostalgie, émotion et héritage culturel », indiquent les trois compères. « Je veux partager ma culture musicale et mettre en avant la beauté et la richesse du chant arabe, souvent méconnu du public occidental », espère Hind Chraïbi qui déploiera entre autres sa voix sur différents medleys, l’un d’eux étant dédié au chanteur égyptien Mohammed Abdel Wahab. L’une des escales d’un « voyage dans le temps » qui rendra également hommage à « l’Astre d’Orient », Oum Kalthoum, au virtuose du oud syro-égyptien Farid El Atrache, ou encore à la chanteuse algérienne Warda.

    Vendredi 29 mai à 20h30

    49, rue Chape Marseille 4e

    www.archipel49.fr

  • Léna, une enfance fracassée en quête d’émancipation

    Léna, une enfance fracassée en quête d’émancipation

    « Comment se construire quand sa vie commence par un infanticide manqué ? » La question traverse chaque page de Léna, le roman coécrit par l’actrice aixoise Mylène Jampanoï et le réalisateur marseillais Samuel Massilia. Un récit sombre et sensible, porté par une héroïne cabossée qui tente de se frayer un chemin vers elle-même dans la France des années 1990.

    « C’est une enfant, puis une adolescente, qui n’accède jamais vraiment à l’âge adulte », précise Mylène Jampanoï. Elle a imaginé cette histoire il y a une dizaine d’années, alors qu’elle était pensionnaire à la Fémis, l’École nationale supérieure des métiers de l’image et du son, à Paris. « Cette jeune fille cherche sa voie, même si elle n’a pas les mots pour s’exprimer ou pour fuir les milieux qui lui semblent menaçants. Elle cherche sa liberté tout en étant constamment contrainte », poursuit-elle. Marquée dès l’enfance par une tentative d’infanticide, Léna développe un instinct de survie presque viscéral. Elle tente de se construire dans un environnement hostile, tout en cherchant sa propre identité, entre la précarité de sa vie avec sa mère à Aix-en-Provence et le dandysme parisien auquel elle aspire pour s’élever.

    Un roman féministe, engagé et pas manichéen

    Pour ses auteurs, Léna refuse les oppositions simplistes. « Le livre n’est pas binaire. Ce n’est pas elle contre le reste du monde. Elle n’est pas seule non plus », insiste Mylène Jampanoï. Le roman pose aussi le regard sur une époque, les années 1990, « où l’on voyait des adolescentes traverser des situations extrêmement gênantes ou violentes que l’on ne tolérerait plus aujourd’hui ». Très attachée à la féminité de son personnage, l’autrice explore les contradictions de Léna, ses fragilités autant que sa force.

    À cette écriture intime
    répond l’approche plus cinématographique de Samuel Massilia. Journaliste, réalisateur et scénariste, il apporte une attention particulière à la psychologie du personnage et à la question du déterminisme social. « Quand on lit le livre, on comprend d’où elle vient, notamment à travers ses origines vietnamiennes », explique-t-il. « Quand on est issu de l’immigration, il existe parfois une forme d’injonction à effacer son passé, à ne pas regarder d’où l’on vient. La société préfère parfois gommer ces héritages plutôt que les comprendre. » Mais Léna refuse cet effacement. Au fil des rencontres -tantôt lumineuses, tantôt destructrices-, elle tente de se réapproprier son histoire pour construire son propre avenir. Une quête d’émancipation, cœur battant du roman né de la collaboration entre Mylène Jampanoï et Samuel Massilia, entamée il y a quatre ans et pensée pour une adaptation au cinéma dans un avenir proche.

    Une soirée pour « célébrer ce livre » est prévue le jeudi 28 mai
    à partir de 18h à la librairie – galerie Rupture Art & Books à la cité radieuse le Corbusier,
    dans le 9
    e arrondissement

  • Festival de Cannes : le palmarès

    Festival de Cannes : le palmarès

    Au-delà du Palmarès dévoilé samedi dernier (lire ci-contre), les onze jours pendant lesquels s’est déroulé le Festival de Cannes, a montré la dichotomie entre deux sortes de cinéma. D’un côté, celui qui s’intéresse aux histoires intimes sans impact réel sur l’évolution de la société. De l’autre, des sujets essentiels dont la résolution marquera l’avenir collectif. Est-ce vraiment un hasard si l’on trouve dans la première catégorie, des films occidentaux et dans la seconde, essentiellement des productions venues d’ailleurs ? Comme la réalisatrice rwandaise, Marie-Clémentine Dusabejambo qui a reçu la Caméra d’or pour le bouleversant Ben’Imana. Elle expliquait : « Je voulais rendre hommage aux femmes de mon pays qui sont à la racine de la guérison de toute une nation […]. Cette humanité-là, cette bravoure méritent d’être saluées ».

    La sélection d’un Festival n’est évidemment qu’une petite partie de la production mondiale. Il reste néanmoins difficile d’éviter les grandes questions qui secouent la planète, le regard vers le passé pour mieux appréhender l’avenir. C’est en tout cas ce que le jury, présidé par le cinéaste coréen, Park Chan-wook, a voulu préserver, même si l’on peut regretter qu’un certain nombre de films ont été oubliés dans le Palmarès, à commencer par L’Être Aimé, de Rodrigo Sorogoyen. Javier Bardem y est magistral et méritait le prix d’interprétation.

    En recevant la Palme d’Or pour Fjord, le Roumain Cristian Mungiu (primé pour la deuxième fois, après Quatre mois, trois semaines en 2007), a rappelé que « l’état du monde n’est pas le meilleur », appelant à plus de « tolérance, d’inclusion et d’empathie ». Son film se déroule en Norvège et montre comment une société qui se veut très libérale a du mal à accepter la confrontation avec une autre culture, celle d’une famille religieuse venue de l’est de l’Europe.

    Le jury a voulu s’inscrire dans l’histoire, avec un grand H, sans vraiment départager le fonds et en mélangeant peut-être les sujets. Ainsi, le Prix de la Mise en scène est allé, ex-aequo, à Javier Calvos et Javier Ambrossi pour La Bola Negra et Pawel Pawlikosvki pour Fatherland. La guerre d’Espagne pour le premier à l’approche ambigüe. Les réalisateurs ont campé leurs deux personnages côté républicain pour l’un, franquiste de l’autre, avec Garcia Lorca au milieu, le tout relié non pas par un engagement politique mais par l’homosexualité. Le cinéaste polonais lui, a évoqué avec justesse la venue de Thomas Mann en Allemagne de l’ouest puis de l’est.

    Deux jeunes acteurs primés

    La première guerre mondiale n’est qu’un prétexte pris par Lukas Dhont pour parler des relations entre deux jeunes appelés, ce qui a valu à Emmanuel Macchia et Valentin Campagne, le prix d’interprétation masculine dans Coward.

    Notre Salut de Emmanuel Marre recevra le Prix du scénario qui suit un fonctionnaire français dans l’administration pétainiste et collaborationniste. C’est également un duo qui a reçu le prix d’interprétation féminine, attribué à Virginie Efira et sa partenaire japonaise Tao Okamoto dans Soudain de Ryusuke Hamaguchi, film qui aurait pu prétendre à la Palme d’Or. S’il est un personnage féminin qui a marqué les esprits, c’est l’héroïne de L’Aventure rêvée (prix du jury) de l’allemande Valeska Grisebach, l’histoire d’une femme qui s’érige contre la mafia bulgare. De guerre actuelle, il en a été également question à travers Minotaure, du réalisateur russe Andreï Zviaguintsev, qui a reçu le Grand Prix. Un vrai-faux remake de La Femme infidèle (1969) de Claude Chabrol, surtout remarqué pour son évocation de ces Russes enrichis et corrompus sur fond de mobilisation militaire des classes populaires. « Des millions de gens de part et d’autre ne rêvent que d’une chose : que les massacres cessent enfin. Et la seule personne qui puisse mettre fin à cette boucherie est le président de la Fédération de Russie. Mettez fin à ce carnage, le monde entier attend cela », a dit le cinéaste.

    Quant à la Palestine, il aura fallu qu’en remettant le prix de la mise en scène, Xavier Dolan lise un extrait de Sur cette terre, du poète Mahmoud Darwich pour déclencher une salve d’applaudissements.

    Palme d’Or. Fjord du Roumain Cristian Mungiu

    Prix de la mise en scène. Javier Calvo et Javier Ambrossi pour La bola negra et Pawel Pawlikowski pour Fatherland

    Prix du scénario. Notre Salut du Français Emmanuel Marre

    Grand prix. Minotaure du Russe Andreï Zviaguintsev

    Prix du jury. L’Aventure rêvée de l’Allemande Valeska Grisebach

    Prix d’interprétation masculine. Emmanuel Macchia et Valentin Campagne dans Coward du Belge Lukas Dhont

    Prix d’interprétation féminine. Virginie Efira et Tao Okamoto dans Soudain du Japonais Ryusuke Hamaguchi

  • Le réalisateur Christian Mungiu remporte la Palme d’Or pour son film « Fjord »

    Le réalisateur Christian Mungiu remporte la Palme d’Or pour son film « Fjord »

    Le jury du 79e festival de Cannes a décerné samedi la Palme d’or à Fjord du cinéaste roumain Cristian Mungiu qui décroche ainsi sa deuxième Palme d’or après celle attribuée pour 4 mois, 3 semaines, 2 jours en 2007. Dans Fjord, inspiré de faits réels, le réalisateur enracine son récit en Norvège pour mettre face à ses contradictions une société qui prône la tolérance et l’ouverture aux autres mais peut exclure brutalement ceux qui dévient du chemin tracé pour eux.