Category: culture

  • Ebrahim Mokhtari : « J’ai beaucoup appris des femmes »

    Ebrahim Mokhtari : « J’ai beaucoup appris des femmes »

    Ebrahim Mokhtari est né en 1947 en Iran et y vit toujours, bien qu’il ait fait une partie de ses études de cinéma à la Sorbonne « avant la révolution », précise-t-il. C’est-à-dire avant 1979, et la transformation de l’Iran en république islamique.

    Principalement réalisateur de films documentaires, Ebrahim Mokhtari s’est intéressé aux difficultés de vie de la population, aux problèmes de logement, aux expulsions locatives, aux difficultés des pêcheurs… mais il a surtout aimé filmer les femmes. Il s’en explique : « Les femmes savent résoudre les nombreuses difficultés qui se présentent à elles. J’ai appris d’elles pour affronter les problèmes que je rencontre en tant qu’homme de culture. » Il compare d’ailleurs le manque de liberté des femmes « dans la société traditionnelle » avec celui des cinéastes.

    Non qu’il parle de censure – « à condition de ne pas franchir de ligne rouge, ni d’attaquer frontalement le régime » – mais la difficulté en Iran, précise-t-il, est de trouver le moyen de diffuser les films. « La télévision est un peu fermée quand il s’agit de films documentaires, surtout sociaux. » Comme beaucoup de ses confrères cinéastes, il contourne la difficulté grâce aux plateformes, qui sont un des moyens pour leurs films d’exister à l’international.

    Ceux d’Ebrahim Mokhtari l’ont fait avec succès, puisque Zinat, son premier long-métrage de fiction réalisé en 1994, fut sélectionné à la Semaine de la critique à Cannes et présenté dans de nombreux festivals dont le Fica de Vesoul en 1996, où il a remporté le prix du public.

    Zinat, le courage fait femme

    Il faut dire que Zinat est une jeune femme qui se bat pour garder son métier d’infirmière après son mariage. C’est aussi la première femme de l’île du golfe persique où elle habite à avoir osé enlever le voile traditionnel de cette région. Plusieurs années plus tard, cette fois pour un documentaire, le cinéaste a suivi Zinat qui se présente, à l’occasion de l’élection d’un Président plus modéré, aux élections communales. La rencontre savoureuse entre la jeune femme tenace et son opposant à l’élection est une caricature des arguments du patriarcat.

    Réaliser un film est évidemment difficile, mais Ebrahim Mokhtari a pu trouver un producteur qui habite en France pour ses trois films sur les femmes. « Maintenant j’essaie de faire avec des budgets très bas », sourit-il. « Le cinéma commercial marche bien en Iran et le cinéma indépendant trouve son budget », analyse-t-il assurant que le cinéma iranien se trouve dans une situation double : « Beaucoup de problèmes et beaucoup de succès. ». « Je crois que la société iranienne est une société vivante. On dit chez nous que 1 000 films documentaires sortent chaque année. » En réalisera-t-il un sur le mouvement « Femme, vie, Liberté » ? « Je n’ai pas de scénario, confie-t-il mais il est possible que je fasse quelque chose. »

    * Le 14 novembre à 16h30 projection de « Zinat » ; à 20h30 projection de « Zinat, une journée particulière » au cinéma Kinépolis (Polygone de Béziers). Entre les deux séances débat avec les deux invités, Ebrahim Mokhtari et Laurent Cambon, critique de cinéma.

  • Marseille objectif dansE se remet en mouvement

    Marseille objectif dansE se remet en mouvement

    Depuis sa première programmation aux Bernardines en 1987, Marseille objectif dansE inscrit de « manière permanente et affirmée de la danse contemporaine dans l’espace culturel de la cité ». Mais des « coupes de subventions terribles », intervenues en 2022, rappelle sa déléguée générale Josette Pisani, ont interrompu les activités de diffusion de cette association lors des deux dernières années. Mais, c’était sans compter sur la ténacité et « la gestion rigoureuse » de son équipe, qui relance un programme de six représentations et d’une lecture-performance, du 13 novembre au 5 décembre, à la Friche Belle de Mai.

    Résonances

    Parmi celles-ci, Un monde réel de Rémy Héritier, qui ouvrira le bal. Avec Bryan Campbell au plateau, ce duo « pensé comme une caisse de résonance des autres qui circulent », s’interroge sur les imaginaires liés à la danse, dans le but de « se défaire de l’habitude propriétaire de penser que, dans mes mouvements, il n’y aurait que moi qui bouge », écrit-t-il.

    Ce programme de Marseille objectif DansE comporte « des formes très singulières qui sont assez inédites dans la ville et la région », estime Josette Pisani, avant de pointer Fasl. Visible lui aussi en ouverture, ce solo, de Nivine Kallas, la met en scène, « un casque sur les oreilles », cette danseuse « travaillant les diacritiques de la langue arabe » en fondant ses gestes « à partir du texte qu’elle entend ».

  • « Falstaff » va conclure sa cure jubilatoire à l’Opéra de Marseille

    « Falstaff » va conclure sa cure jubilatoire à l’Opéra de Marseille

    La nouvelle saison de l’Opéra de Marseille s’ouvre sur un diamant brut. En témoigne la très longue ovation qui a salué Falstaff de Verdi à la première, dimanche après-midi. Venue de Lille, la mise en scène, très « décalée », de Denis Podalydès, aurait pu heurter le spectateur. Elle passe la rampe et contribue au succès de l’entreprise. Dans la fosse, le travail d’orfèvre du chef Michele Spotti mène un Orchestre de l’Opéra de Marseille chauffé à blanc. Le plateau étonne par son homogénéité, d’autant que, pour la grande majorité, il s’agissait d’une prise de rôle.

    Falstaff est l’opéra du mouvement perpétuel, dernière œuvre d’un jeune homme de 83 ans. Une bouffonnerie douce-amère qui doit autant aux Joyeuses Commères de Windsor de Shakespeare qu’à la malice et la science musicale à son sommet de Verdi. Denis Podalydès convoque la Montagne magique de Thomas Mann et nous installe dans un hôpital avec son grand décor blanc signé Éric Ruf, joliment éclairé par Pierre Loof. Falstaff vient y soigner son encombrant embonpoint. Autour de cet énorme épicentre gravitent les personnages : infirmiers, médecins et malades. En guise de sérum, on distribue du vin rouge en intraveineuse et on s’y fait livrer des pizzas. Une fois le parti pris digéré, tout fonctionne à la perfection.

    Podalydès travaille en homme de théâtre. Chaque note est livrée avec l’intention idoine, chaque rythme s’accompagne d’une discrète (mais fort drôle) chorégraphie. Le ballet des protagonistes est millimétré. Au final, le corps du « Pancione » est dépecé, vidé de son contenu : des livres ! Car Falstaff n’est-il pas un être de littérature ? Tout semble n’avoir été qu’une mascarade cruelle livrée sous anesthésie. « Tutto nel mondo é burla » (Tout dans le monde est une farce).

    Rien ne se perd,

    tout se transforme

    Dans la fosse, Michele Spotti ordonne l’abyssale polyphonie verdienne avec un élan, une verve et maestria de chaque instant. On entend chaque couleur de l’orchestre, chaque impulsion. On ne perd jamais les couches superposées des voix qui s’entrecroisent, se mêlent jusqu’à l’ivresse. Toute l’architecture musicale tient au bout d’une baguette qui ne ploie jamais. Jusqu’à la fugue finale, l’orchestre se donne avec une implication qui rend honneur à cet incomparable chef-d’œuvre de l’art lyrique.

    Le plateau chante et s’amuse, danse et joue la comédie, truculente et un rien sadique autour de ce Falstaff finalement très humain. Giulio Mastrototaro, armé d’un corps postiche, est le dindon de cette farce très appétissante. On sent dans la voix et dans le jeu une intense jubilation. En pyjama, en blouse laissant voir son énorme postérieur (et bien plus !), ou en Orson Welles avec cigare et chapeau mou, le baryton occupe l’espace avec une grâce gargantuesque.

    Florian Sempey, en Maître Ford, chante sa jalousie dans un confondant soliloque tragicomique, entre Othello et Don Bartolo. C’est magistral ! On retient le joli ténor très nuancé d’Alberto Robert, qui livre un touchant Fenton. Raphaël Brémard joue les Docteur Caïus avec entrain. Quant Carl Ghazarossian et Frédéric Caton, ils font une paire savoureuse en Bardolfo et Pistola.

    Après avoir livré pendant toute sa carrière ses héroïnes aux morts les plus douloureuses, Verdi les venge toutes avec une brochette de commères très « me-too » avant l’âge. Inutile de détailler les performances vocales, toutes sont le rôle et la voix à la perfection. Salome Jicia est maîtresse-femme en Alice Ford, bien campée. Héloïse Mas fait une Mrs Page fort alerte. Hélène Carpentier livre son air féerique de Nanetta avec beaucoup de grâce. Teresa Iervolino (Reverenza !) est la Mrs Quickly idéale, timbre sombre et allure alerte.

    Falstaff est un pur joyau lyrique, drôle et inventif, servi à Marseille par ce qui se fait de meilleur. Ultimes représentations ces jeudi et samedi (20h).

  • Des séries à gogo avec le festival CréaTVty à Sète

    Des séries à gogo avec le festival CréaTVty à Sète

    Mettre en lumière la création audiovisuelle. Tel est le leitmotiv du festival CreaTVty, qui revient à Sète pour une seconde édition du 12 au 15 novembre. Au programme, neuf projections de séries ou films de télévision en compétition. Et tous en avant-première, pour le plus grand bonheur des cinéphiles. Parmi les plus attendus, Après la fin, réalisé par Frédéric Lopez, qui revient sur l’histoire vraie de la reconstruction de Louis Derungs, amputé des deux bras et que le présentateur avait reçu dans une de ses émissions, en 2017. Mais également la série italienne Mussolini, le fils du siècle, revenant sur la création du fascisme (12/11, à 15h) ou encore la série très attendue Un Prophète (15/11, à 19h30). Si les personnages ne sont pas les mêmes que dans le film d’Audiard, on retrouvera néanmoins la patte du film puisque ce sont Abdel Raouf Dafri et Nicolas Peufaillit, scénaristes du film d’Audiard, qui sont à l’écriture. « Comme dans le film, on suit un jeune qui se retrouve en prison et comment il organise sa lutte dans le monde carcéral », détaille Stéphane Caput, président de CreaTVty.

    Si des comédies sont également au programme, « on note le caractère très social du festival. Nous sommes à une époque de bouleversement. Il y a beaucoup de films autour des luttes, des combats, des gens qui se battent dans les associations », poursuit Stéphane Caput. À l’instar de L’Affaire Laura Stern, créée par Marie Kremer et Frédéric Krivine, revenant sur les violences faites aux femmes (14/11, 17h).

    Un festival 100% gratuit

    Pascal Elbé, président du jury, aura la lourde tâche de départager les films en compétition. Ce dernier présentera également – hors compétition – son prochain film, La bonne étoile avec Benoît Poelvoorde (14/11, 20h). Le festival met également à l’honneur la jeune création puisqu’est organisé un prix du meilleur court-métrage, le 13 novembre. « On met en lumière des jeunes réalisateurs qui n’ont jamais été diffusés. Ce sont souvent des étudiants qui sortent des écoles, c’est la première compétition pour certains », précise Stéphane Caput. Une aubaine également pour ces réalisateurs en herbe puisqu’un des objectifs affichés de CreaTVty est de mettre en relation producteurs et réalisateurs.

    Avant-premières, rencontres avec réalisateurs et acteurs, le tout entièrement gratuit. Le public sétois va être ravi.

    Programme complet à retrouver sur creatvty.fr.

  • Montpellier enfile ses habits de lumière

    Montpellier enfile ses habits de lumière

    Du 13 au 15 novembre, « le centre-ville de Montpellier va vibrer au rythme des prouesses techniques, de la créativité et de la magie du son et lumière. Trois soirées pendant lesquelles les visiteurs vont découvrir ou redécouvrir Montpellier et son patrimoine comme ils ne l’ont jamais vu », promet le maire Michaël Delafosse. Montpellier la culturelle, la sportive, la verte, la festive… : chaque projection illustrera en effet une facette de la capitale héraultaise. De 18h30 à 22h33, 13 sites emblématiques du centre-ville* seront mis en lumière à travers 22 scénographies, « tour à tour produites par cinq artistes de renom de la production monumentale et par quelque 200 étudiants issus de 8 écoles créatives du territoire », indique Michaël Delafosse. Les projections, comprises entre 3 minutes 30 et 8 minutes, seront diffusées en boucle, avec un temps d’attente entre 5 et 10 minutes pour laisser aux visiteurs le temps de se rendre d’un site à un autre. Quatre formats différents seront proposés à l’occasion de cette édition anniversaire : des mappings architecturaux, qui habillent les façades d’images en mouvement et redonnent vie au patrimoine par la projection ; des jeux vidéo mappés, qui invitent le public à interagir avec les bâtiments ; une performance son et lumière, spectacle vivant au cours duquel le DJ CNL compose en direct un dialogue entre la musique, la lumière et l’architecture (hôtel Saint-Côme) ; et des structures lumineuses, qui ponctuent la ville d’ambiances poétiques.

    Pour la deuxième année consécutive, une game zone sera également installée au théâtre de l’Agora à l’occasion de deux soirées gaming, jeudi 13 et vendredi 14 novembre. Les visiteurs seront invités à tester des jeux vidéo grandeur nature conçus par les étudiants de différentes écoles.

    « À la veille des fêtes de fin d’année, nul doute que ces trois soirées contribueront également à lancer les achats de Noël », se réjouit le président de la CCI de l’Hérault, André Deljarry. « L’affluence est un levier puissant pour notre tissu commercial », assure-t-il, précisant que les commerçants du centre-ville enregistrent une augmentation de 30% de leur chiffre d’affaires durant cette manifestation qui a attiré l’an dernier plus de 430 000 visiteurs.

    * Aqueduc des Arceaux, musée Fabre, église Saint-Roch, Opéra Comédie, Hôtel Saint-Côme,Hôtel d‘Aurès, Arc de triomphe, cathédrale Saint-Pierre, Cour de l’Agora, théâtre de l‘Agora, place Notre-Dame-des-Tables , place de la Canourgue, kiosque Bosc.

  • Le film « Le convoi sacrifié » veut résoudre une énigme

    Le film « Le convoi sacrifié » veut résoudre une énigme

    La date est symbolique. Le 30 octobre, Régis Michel, journaliste et réalisateur installé dans la région, a lancé la campagne de financement participatif pour son film sur Ulule, qui s’achèvera mi décembre.* Le même jour, en 1942, le Président-Doumer, paquebot de luxe construit en 1933 dans les chantiers navals et réquisitionné par les Anglais en 1940, est torpillé par les sous-marins allemands. Les 260 hommes à son bord, dont une vingtaine originaire de Marseille et sa région, périrent. Le Président-Doumer faisait partie du convoi SL 125, 42 navires arrivés de Sierra Leone pour rallier Liverpool. « Cette attaque d’un convoi civil est la plus meurtrière de toute la guerre », souligne Régis Michel. 11 navires sont coulés et 407 marins tués (dont les 260 du Doumer). Voilà pour le cadre. « Le sujet du film, c’est réellement résoudre cette énigme, révéler ce secret, que ce convoi a bel et bien été sacrifié, pour la grande cause », déclare Régis Michel. « Le convoi SL 125 a été sacrifié pour que l’opération Torch réussisse. Et Torch, c’est le tournant de la guerre », avance-t-il.

    « L’appât »

    Selon lui, le convoi aurait servi « d’appât ». Pendant que les sous-marins allemands s’acharnent sur ces navires, 200 bâtiments de guerre et 140 navires de transport vont, quelques jours plus tard, débarquer 107 000 hommes sur les côtes de l’Algérie et du Maroc. Il s’agit de l’opération Torch, « le plus grand débarquement de tous les temps, avant celui de Normandie ». Si ce « sacrifice » n’a jamais été prouvé, Churchill aurait par exemple qualifié, dans ses mémoires, d’« accident acceptable » le sort du convoi. « C’est toujours une hypothèse que les historiens ont évoquée mais on n’a jamais eu la preuve exacte. On veut aller chercher les preuves dans les archives en France, aux États-Unis, au Royaume-Uni », lance le réalisateur. Celles-ci viennent d’être déclassées secret-défense. «Les descendants des victimes n’ont jamais su réellement ce qui s’était passé. On veut leur rendre hommage », dit-il. Régis Michel, qui travaille sur ce projet depuis dix ans, le mène de concert avec Romain Legras, océanographe. Il a été mis sur la piste de ce sujet par Marius Fayard, le grand-oncle de l’ex-femme de Legras, qui lui a raconté l’histoire du Président-Doumer. Le film sur Le convoi sacrifié devrait être présenté dans un an en avant-première au cinéma Eden-théâtre à La Ciotat.

    * www.sl125.com

    Conférence sur le sujet le 13 novembre à 18h à l’Institut
    de la mer à Marseille.

  • [Quoi de neuf ?] « Transmettre les valeurs républicaines aux jeunes »

    [Quoi de neuf ?] « Transmettre les valeurs républicaines aux jeunes »

    La Marseillaise, en partenariat avec radio Divergence FM 93.9, participe à l’émission politique « Quoi de neuf ? » .

    Cette semaine,
    notre invité est Manuela Parra, présidente de l’association Voix de l’extrême.

    Du 19 au 25 novembre, se déroule à Montpellier la 6e édition des Rencontres franco-espagnoles, portée par l’association Voix de l’extrême. Conférences, films, lectures, pléthore d’événements culturels sont programmés pour ne pas oublier ignominie de la dictature franquiste. Sa présidente, Manuela Parra, revient sur cette édition particulière, cinquante après la mort de Franco.

    Louis Dupin : Ces rencontres sont un événement culturel mais également mémoriel puisque vous revenez sur la période sombre de la dictature franquiste. Aujourd’hui, ce devoir de mémoire est-il d’autant plus important à l’heure où on voit le retour de l’autoritarisme de l’extrême droite un peu partout dans le monde ?

    Manuela Parra : Bien sûr qu’il est important. Il est nécessaire de réveiller ou de réactiver les consciences et de transmettre ces valeurs républicaines aux jeunes qui, contrairement à ce que l’on peut penser, comprennent rapidement et s’impliquent. Dans les rencontres franco-espagnoles, on s’adresse à tout public, mais une large partie est basée sur la transmission à la jeunesse. L’année dernière, nous avons eu, durant les rencontres, 480 lycéens qui ont participé. Cette année, je pense qu’on va doubler. Mais si les lycéens s’impliquent, c’est parce qu’il y a des professeurs qui s’impliquent avec eux, pour eux. Et c’est extraordinaire, c’est une belle récompense.

    Olivier Nottale : Et puis cette jeunesse va peut-être être aussi touchée parce que vous racontez des histoires de très jeunes gens qui ont été victimes du franquisme…

    Manuela Parra : Certains ont été notamment fusillés parce qu’ils militaient en distribuant des tracts pour la République espagnole. C’est vrai que c’était des jeunes qui croyaient en l’avenir de liberté, comme des jeunes peuvent le faire aujourd’hui. C’est comme les 13 Roses, des jeunes femmes qui ont été d’abord jugées par un tribunal militaire parce qu’elles étaient mineures, donc elles ne pouvaient pas être jugées par un tribunal civil. Elles ont été fusillées, il y en avait même qui avaient 16-17 ans. On ne se rend pas compte de la répression qu’il y a eu en Espagne, c’est quelque chose d’effarant, certaines statistiques montrent que pour les crimes hors conflit armé, l’Espagne arrive en deuxième position après le Cambodge.

    Louis Dupin : Pour illustrer cette répression, vous mettez à l’honneur plusieurs militants notamment Pablo Casals, un violoncelliste humaniste qui fera l’objet d’une conférence animée par Jean-Jacques Bedu…

    Manuela Parra : Jean-Jacques Bedu a écrit une biographie sur Pablo Casals. Sa mère était de Prades et donc elle a bien connu Pablo Casals quand il vivait à la Villa Colette avec Joan Alavedra. C’est un homme qui a refusé de jouer dans des pays qui n’ont pas soutenu la République espagnole et il a fallu vraiment qu’il y ait beaucoup de diplomatie pour qu’il crée en France le festival Pablo Casals. C’est pour ce festival que Jean-Jacques Bedu a écrit ce livre qui nous sera présenté à la maison des relations internationales, le 19 novembre.

    Louis Dupin : La période qui a suivi la mort de Franco s’est caractérisée par une faible présence de l’extrême droite en Espagne. C’est ce devoir de mémoire réalisé après la mort du dictateur qui a permis de l’endiguer ?

    Manuela Parra : Elle s’est peut-être mise en retrait, s’est fait oublier. Dans les gouvernements démocratiques de gauche espagnols, il y a eu des efforts énormes pour reléguer le patrimoine laissé par les fascistes et les franquistes en Espagne. Pour mémoire, la première loi sur la mémoire et a été promulguée en 2007. À ce moment-là, ils ont commencé à vouloir déboulonner les statues, gommer les plaques, essayer de remettre en scène la démocratie. Je pense que le fascisme n’a pas de frontières, comme la liberté et on voit aujourd’hui en Espagne le retour de l’extrême droite avec le parti Vox. Sauf que le gouvernement espagnol actuel de Pedro Sanchez ne se laisse pas intimider. Si on regarde les récentes initiatives qu’il a prises avec la loi de mémoire démocratique et les réouvertures de fosses communes pour identifier, le fait de sortir Franco du Valle de los Caídos. C’est très symbolique pour continuer le nettoyage de cette période horrible.

    Louis Dupin : La jeunesse est également au centre de ces rencontres puisque plusieurs actions dans des établissements scolaires ont été réalisées pour inculquer cette histoire, ce devoir de mémoire ?

    Manuela Parra : Ce sont des petits groupes de professeurs qui travaillent collectivement au sein de leur établissement et ensuite font appel à nous. Par exemple, le lycée Jean-Mermoz à Montpellier, où les élèves – en partenariat avec un lycée madrilène – ont réalisé un projet autour de la mémoire historique de la guerre au chemin de l’exil. Ils partiront prochainement en Espagne pour travailler sur les fosses communes d’Alcalá-de-Henares. Il y a aussi la soirée « Graines de résistance », le 24 novembre, où le grand public pourra observer ce travail extraordinaire des professeurs et des élèves sur des faits de résistance passés à Montpellier.

  • La quinzaine du Japon est lancée dans le Gard

    La quinzaine du Japon est lancée dans le Gard

    Tout le Gard concerné

    Mais cette quinzaine qui séduit petits, adolescents et adultes autour d’une même culture va rayonner sur l’ensemble du territoire gardois. Ainsi, la Bambouseraie en Cévennes propose des « visites exclusives » du jardin d’inspiration japonaise « Le Vallon du Dragon » (les 8, 9 et 11 novembre). Toujours dans les Cévennes, le Vigan organise aussi une journée avec de nombreuses animations dimanche 9 novembre. Jusqu’au 28 novembre, la Maison de ma Région de Nîmes accueille une exposition sur les « Voyages autour du Mont Fuji ». Du 15 au 18 novembre, le Cinéplanet à Alès met, lui, en lumière le cinéma japonais.

    Quatre lycées du département vont également accueillir des animations autour du manga, du dessin, de la cuisine japonaise ou des expositions. La médiathèque de Saint-Christol-lez-Alès accueillera l’exposition « Curieux Japon » et celle de Saint-Hippolyte-du-Fort proposera de nombreux ateliers (8, 12, 15, 19 novembre). Enfin, le musée voisin de la soie présente une exposition de broderies japonaises traditionnelles.

  • Le festival Hype Occ célèbre les danses hip-hop et afro-urbaines

    Le festival Hype Occ célèbre les danses hip-hop et afro-urbaines

    « La culture hip-hop a donné naissance à une multitude d’esthétiques, toutes des danses sociales à la base. Il y a ensuite des formes annexes qui se sont créées dans les mêmes contextes urbains, sociétaux : bboying/bgirling, breaking, krump, waacking, house, électro, afro… C’est un panel de toutes ces esthétiques urbaines que propose de découvrir Hype Occ », explique Dirk Korell, fondateur de ce festival régional né en 2023 et porté par Camin Aktion, bureau de production et agence créative à plus-value solidaire basé à Montpellier.

    Du 6 au 15 novembre, Hype Occ est donc de retour dans sa ville natale. Une ultime étape qui marque la clôture d’un mois de circulation artistique à travers l’Occitanie, avec trente propositions dans cinq villes et onze lieux, dont plus de la moitié issue de compagnies régionales. « Aujourd’hui, cela s’améliore un peu, mais en région Occitanie notamment, ces cultures-là manquent cruellement de soutien », souligne Dirk Korell. D’où la dynamique de réseau dans laquelle s’inscrit le festival, la Ville de Tarbes ayant rejoint cette année les rangs des partenaires de la manifestation, aux côtés de camin aktion à Montpellier, l’Estive, scène nationale de Foix et la Casa Musicale à Perpignan.

    Jusque-là concentré au Théâtre d’O pour sa partie montpelliéraine, le festival se déploie, pour cette troisième édition, dans plusieurs lieux de la capitale héraultaise, reliant ainsi les quartiers de la Mosson, Figuerolles, Boutonnet et l’Écusson.

    La programmation montpelliéraine a débuté le 6 novembre au pôle chorégraphique Bernard-Glandier avec « #Mulunesh », l’un des portraits de la série « Histoire(s) Décoloniale(s) » de la chorégraphe franco-camerounaise Betty Tchomanga, interprété par la danseuse de Krump Adélaïde Desseauve.

    Elle se poursuit dimanche 9 novembre au cinéma Utopia (19h30-21h15) avec la projection de courts-métrages de danse et d’un documentaire immersif sur la communauté krump et ses codes.

    Le lendemain, 10 novembre, l’Agora, Cité internationale de la danse accueillera, de 20h à 21h45, deux spectacles proposés par la Cie Mazel Freten. Laura Defretin y proposera une exploration de la maternité et de la transformation du corps, suivie par une évocation des racines congolaises et de la paternité par Brandon Malboneige Masele, avec le langage de la danse électro.

    Le lendemain, 11 novembre, à l’Agora de la danse toujours (de 20h à 20h50), carte blanche à la chorégraphe Sarah Cerneaux, qui explore, avec le trio féminin de Hidden project, les stratégies de camouflage des femmes en zones urbaines sensibles et leur adaptation dans des environnements hostiles.

    Enfin, à ne pas manquer, le Battle all styles (hip-hop, house, krump, afro, jazz, contemporain…) organisé le 15 novembre de 18h à 23h au Hangar Théâtre pour la soirée de clôture, auquel les spectateurs sont invités à participer. Avec, en prime, des musiciens live, un DJ et des showcases « où nous valoriserons le travail que nous menons à l’année auprès de la jeunesse en précarité ».

    *Programme et réservations sur https://caminaktion.eu/hypeocc-montpellier/

  • Mohamed Adi : 50% Français, 50% Algérien, 100% Marseillais

    Mohamed Adi : 50% Français, 50% Algérien, 100% Marseillais

    Après 40 ans à user les planches de théâtre comme comédien, conteur et marionnettiste, et transmettre son art à tous types de publics à Marseille, qu’est-ce qui a donc poussé Mohamed Adi à se raconter sur scène ? « Lors d’un stage de théâtre en 2017, j’ai présenté une saynète où je parlais en français avec quelques mots en arabe. Le professeur m’a demandé si je parlais l’arabe. Je lui ai répondu non. Il m’a dit : pourquoi ? C’est là-dessus qu’il faut que tu travailles », se remémore Mohamed Adi, aujourd’hui 70 printemps au compteur. « Ça a déclenché chez moi une hémorragie de mots que je n’arrivais pas à contrôler. Quelque chose de contenu en moi comme une bombe », explique-t-il, chamboulé mais sûr de lui, à une table de café des allées Léon-Gambetta, pour souligner la genèse d’Un Français comme les autres. Un solo qu’il incarne du 14 au 16 novembre au Théâtre du Hangart, quartier des Chartreux, ainsi qu’à l’Harmonie de l’Estaque, le 4 décembre. « Je parle d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître », relate-t-il façon Aznavour pour retracer le fil de ses multiples identités, jaillies depuis son enfance passée dans le quartier de la Calade. Comme une machine à remonter le temps, « à travers la voix d’un enfant ».

    « Algérien pour toujours, Français tous les jours »

    « Minots, on était fascinés par les marchands ambulants : de pognes, de glaces, d’escargots », rappelle Mohamed Adi, avant de fredonner la ritournelle dédiée à la vente de ces mollusques : « a l’aigo sau lei limaçons, y’en a des gros et des pitchons ». Symboles des identités ayant traversé sa vie, le provençal, l’arabe et le français imprègnent son spectacle dont le seul artifice est une malle à souvenirs, chaque objet convoquant une partie de son histoire. Mais avec la grande, en toile de fond. Si Mohamed Adi est né Français en 1955, ses parents font le choix de devenir Algériens, à l’indépendance en 1962. « Je deviens alors Algérien. Mais en 2000, je demande ma réintégration à ma première nationalité. Mais comme l’Algérie n’abandonne jamais ses enfants, je reste aussi Algérien. Comme le dit Rachid Taha : Algérien pour toujours, Français tous les jours », affirme celui qui estime qu’« on appartient tous à la terre sur laquelle on vit, et non pas à un drapeau ou une Nation. J’ai fait ce choix en 2000 car je ne pouvais pas me raconter d’histoires. Qu’est-ce que j’allais faire à Ouargla [ville ancestrale du Sahara algérien d’où est originaire sa famille, Ndlr] où il n’y avait même pas un baby-foot ou un flipper dans les bars ? ».

    Selon Mohamed Adi, l’identité n’est pas un vain, ni un gros mot. « Ou alors, un gros mot, dans le sens où il faut qu’on le voie », s’amuse cet homme « imbibé de poésie » dont le calme olympien cache des fêlures et qui se considère avant tout comme Marseillais.

    Réservations au 04.91.91.01.29