Category: culture

  • La boutique éphémère de Jul a lancé les festivités à Marseille

    La boutique éphémère de Jul a lancé les festivités à Marseille

    Plus les heures avancent, plus la ville devient un véritable lieu de festivité pour les fans, dans l’attente du premier concert du rappeur Jul, ce vendredi. Pour faire monter l’ambiance, l’artiste avait tout prévu, avec une boutique éphémère, comme l’an passé, inaugurée dans la matinée au parc Chanot, à proximité du Stade Vélodrome.

    Sur place, des milliers de personnes étaient au rendez-vous pour acquérir un souvenir : t-shirts, survêtements, casquettes, mais aussi des lunettes, tous à l’effigie d’un artiste devenu une véritable légende de la cité phocéenne. Ce « Jul Store » est ouvert jusqu’au 17 juin, de 10h à 20h. Samuel, vendeur dans la boutique, observe : « Depuis 9h, je suis arrivé et impossible de prendre une pause, les clients arrivent en nombre, mais pour nous, en tant que vendeur, c’est un plaisir. Jul, c’est notre légende ici à Marseille. »

    Des fans de toute la France

    Cette boutique est l’occasion de mesurer l’ampleur que prend le rappeur depuis quelques années. Reconnu à l’échelle nationale puis internationale, il se distingue en touchant toutes les générations. « Dès qu’on écoute Jul, on est obligé d’être de bonne humeur. C’est mon deuxième concert à Marseille. Pour moi, c’est le plus beau concert que j’ai vu de ma vie », insiste Louna, originaire de Lyon. « Cette boutique représente beaucoup d’émotions pour nous : elle est assez grande, avec pas mal de choix, c’est superbe », complètent Chloé et Pauline, jeunes qui ont fait le déplacement depuis l’Île de Beauté. De nombreux visiteurs n’ont pas hésité à venir malgré des contraintes de transports.

    Le Jul Store a marqué le début d’un week-end riche en festivités. Ce vendredi, les musiques du rappeur résonnent dans la boutique et les fans commencent à chanter en chœur, à quelques heures du premier concert. « Je pense que c’est un artiste qui a un véritable écho auprès de la jeunesse, et surtout des Marseillais. C’est une très bonne chose. On le voit notamment à l’attente depuis 10h pour entrer dans la boutique », décrit Véronique, Marseillaise du bel âge qui accompagne des jeunes. Une bonne ambiance règne en marge de ces concerts qui rassembleront, au total, environ 100 000 personnes sur deux soirs.

    Jul Store, du 29 mai au 17 juin,
    de 10h à 20h au Parc Chanot
    à proximité du Vélodrome.

  • Éclats de lire revient pour une 13e édition au Vigan

    Éclats de lire revient pour une 13e édition au Vigan

    Face aux écrans, les festivals de littérature jeunesse font de la résistance ! Ce sera encore le cas les 29, 30 et 31 mai au Vigan qui accueille la 13e édition des Éclats de lire et espère rassembler une partie des enfants des Cévennes en proposant des ateliers, lectures, spectacles et des rencontres avec des auteurs.

    Le festival s’ouvre par une soirée vendredi 29 mai (18h) au cinéma Le Palace avec la projection Le Secret des mésanges, un long-métrage d’animation en papier découpé d’Antoine Lanciaux et Pierre-Luc Granjon, qui sera suivie par un échange avec Samuel Ribeyron, directeur artistique des décors du film.

    Dédicaces et spectacles

    À partir du samedi, pas moins de 11 ateliers sont organisés autour d’une fresque de la nature, d’images perdues du monde, de dessins de BD et de mangas ou encore sur les différentes techniques de dessin. Trois lectures « vitaminées » sont également au programme (15, 16 et 17h). Le spectacle Folkestone qui interroge les préoccupations de préadolescents, clôturera la journée à l’école Jean-Carrière (19h30, dès 8 ans).

    Dimanche, le programme sera encore plus fourni avec 13 ateliers, deux lectures, une parade (16h) et deux spectacles à l’auditorium. Le premier, Puisette et fragile (dès 4 ans) se déroule à 11h et s’appuie sur des papiers découpés pour illustrer un monde fantastique et aborder la notion de partage. Le deuxième, Cache-toi, Arsène! (16h45, dès 6 ans) rappelle le film Ratatouille où le rat n’est cette fois pas amoureux de la bonne cuisine française mais de la musique, passion qu’il partage avec son maître, Jean le pianiste.

    Tout le week-end, des séances de dédicaces avec huit auteurs présents, dont Romain Badel ou Magali Bardos, sont aussi organisées (samedi après-midi et dimanche toute la journée) dans les jardins du château d’Assas. Trois expositions seront aussi disponibles sur les insectes et les carapaces à plume à la médiathèque et sur l’école de l’imaginaire dans le hall du château.

  • Un artiste qui fédère toutes les générations

    Un artiste qui fédère toutes les générations

    La culture hip-hop est intrinsèquement contestataire. Lorsque, en 2010, le rappeur Jul – de son vrai nom Julien Mari – débarque dans l’industrie, il bouleverse tous les codes. Benjamine Weill, philosophe spécialisée dans la culture hip-hop, rappelle que l’artiste marseillais a dû se faire une place : « Beaucoup de rappeurs de l’ancienne génération méprisaient le travail de Jul. C’était surtout du mépris de classe. »

    Jul entre aussi en rupture avec des monuments du rap français parisien en offrant des sonorités plus légères et gaies. Il aborde des thématiques similaires, mais à sa manière. « L’environnement influence la création. Parisiens et Marseillais vivent la même galère, mais pas de la même façon », explique la philosophe.

    « Tout le monde peut

    y adhérer »

    Selon Benjamine Weill, la popularité de l’artiste peut s’expliquer par plusieurs raisons : « Ce que je dis reste de l’ordre de l’hypothèse, mais on peut envisager que son succès tient à sa générosité vis-à-vis de son public et à son efficacité. » En effet le Marseillais a sorti 26 albums sur une période de huit ans. De nombreuses mixtapes ont été diffusées gratuitement, traduisant une démarche fondamentalement hip-hop. « En recyclant et détournant à l’extrême des titres des années 80 et 90, il a surfé sur la nostalgie, toutes les générations peuvent l’écouter. »

    D’après Benjamine Weill, « Jul est politique sans avoir de conscience politique, parce qu’il ne se positionne pas, tout le monde peut y adhérer. Il raconte son quotidien, ni plus, ni moins, c’est droit au but. Comme quoi ça lui va très bien le Vélodrome ! »

  • Ciné-Palestine célèbre la convergence des luttes

    Ciné-Palestine célèbre la convergence des luttes

    Cette année, le festival porte le focus sur la « Solidarité des luttes ». Une membre de l’association Ciné-Palestine explique : « Chaque année, on consacre une partie de la programmation à un focus spécifique. En 2026, l’idée est de montrer que les luttes anticapitalistes, antiracistes, anti-impérialistes et antifascistes sont connectées. » C’est aussi une manière, pour le festival, d’expliquer « comment les pratiques de production ou de diffusion participent à mettre les gens en action ».

    La sélection du festival inclut Palestine vaincra, le premier documentaire français réalisé en soutien au mouvement de libération palestinien et diffusé pour la première fois depuis 50 ans en France, ce vendredi (19h), à Vidéodrome 2. à la Baleine, la soirée se poursuivra avec « une séance de courts-métrages expérimentaux. Dans ce programme, il y a trois films qui parlent directement de Gaza, dont deux de Mahmoud Alhaj, arrivé en France dans le cadre du Programme Pause. »

    Des luttes internationalistes

    En clôture, ce dimanche à l’Alhambra et en présence de la réalisatrice Amal Ramsis, le festival diffuse You come from far away, film qui traverse les frontières de l’Espagne au Liban. Un moment musical conclura cette édition marseillaise, dimanche soir au Denis bar, « pour se retrouver, se donner la force et continuer la lutte », précise l’adhérente. Ciné-Palestine est à retrouver du 5 au 14 juin, en Île-de-France.

  • Liens poétiques de la culture afro-caribéenne à Marseille

    Liens poétiques de la culture afro-caribéenne à Marseille

    Imaginé il y a 14 ans pour dépasser les clichés autour de la culture afro-caribéenne, Kadans Caraïbe a désormais « atteint son objectif », estime Mona Georgelin. « Quand on a créé le festival, nous avions l’impression que le public ne connaissait que le zouk, musique qui a par ailleurs tout mon respect. Mais maintenant, on voit qu’il est informé sur toutes les musiques traditionnelles, le jazz caribéen et les autres fusions existantes », se réjouit la fondatrice de l’association Mamanthé, organisatrice de Kadans Caraïbe dont la 14e édition prend ses quartiers samedi 30 mai à la Cité de la musique de Marseille.

    « D’où » le projet Lyannaj poétique, qui en sera le cœur battant, basé sur la Poétique de la relation, concept développé en 1990 par le philosophe Edouard Glissant, puis par Patrick Chamoiseau L’idée d’un dialogue humain, égalitaire et fécond entre les cultures, comme pourra l’illustrer un concert, prévu à 21h, réunissant Yann Cléry et Yewhe Yeton. « Lyannaj », comme le lien, sa traduction créole, qui unit pour l’occasion le flûtiste guyanais et le chanteur et rappeur béninois. Le fruit mélodieux d’une résidence de création qui « contribue à ce dialogue entre les cultures », explique Mona Georgelin. « Rappeur, chanteur, percussionniste, Yewhe Yeton fait tout un travail sur les musiques traditionnelles du Bénin en les croisant avec d’autres univers », décrit-elle, dans la même veine que Yann Cléry, qui « à partir des musiques guyanaises, peut aller vers le rap ou encore le rock ».

    Gros cœur et Gwoka

    Un peu plus tôt dans la soirée, une table ronde animée par le journaliste Stéphane Galland se tiendra à 18h « avec les artistes pour approfondir la pensée du Lyannaj poétique. Cette poétique de la relation nous invitera à croiser nos imaginaires créatifs, créer des rencontres étonnantes et ouvrir de nouveaux champs esthétiques », résume Mona Georgelin.

    S’ensuivra une heure plus tard, un concert mené par le groupe marseillais Kolèktif Ka et danseur et chorégraphe Max Diakok. Au centre de toutes leurs pratiques, le Gwoka, « musique traditionnelle de Guadeloupe née pendant la période de l’esclavage » et principalement jouée sur des tambours appelés « Ka ». « Après l’abolition de l’esclavage, il y a eu un déni, inscrit dans une démarche d’assimilation. Puis le Gwoka est revenu sur le devant de la scène avec certaines revendications politiques dans les années 1970, notamment dans les plantations agricoles où d’anciens esclaves étaient encore maltraités. Aujourd’hui, c’est une musique qui symbolise la résistance », éclaire Mona Georgelin qui souhaite, à l’avenir, « organiser une conférence sur le thème de l’esclavage et aussi s’interroger sur le passé colonialiste de Marseille. Et pourquoi pas, aussi, recevoir à nouveau deux artistes dans le cadre d’une résidence de lyannaj poétique ».

    Programme complet sur www.kadans-caraibe.com

  • [Entretien] Florian Gulli : « Le capitalisme produit une résistance individuelle »

    [Entretien] Florian Gulli : « Le capitalisme produit une résistance individuelle »

    La Marseillaise : Qu’aborde concrètement le livre « La matrice des classes sociales » de Vivek Chibber, dont vous avez écrit la préface ?

    Florian Gulli : Déjà, il faut souligner que, malgré ce que pourrait suggérer le titre, il ne s’agit pas de dire qu’il faut revenir à la façon dont la gauche parlait de classes sociales dans les années 1950. L’ambition est d’intégrer toutes les critiques qui ont été adressées à l’analyse de classe pour proposer une version plus robuste du matérialisme.

    Le cœur du livre part d’une question classique du marxisme. Karl Marx défendait que le capitalisme allait forcément s’effondrer sous le poids de ses propres contradictions. L’idée est qu’il fait mécaniquement souffrir de plus en plus de monde et qu’il crée, du même coup, ses propres fossoyeurs. Mille fois, on a annoncé que le capitalisme allait s’effondrer. Ça ne s’est jamais produit. Pour le justifier, des explications ont commencé à émerger à partir de la Seconde Guerre mondiale avec l’idée que le non-avènement de la révolution résulterait de l’émergence de médias manipulateurs. L’aspect matérialiste a été progressivement abandonné, pour laisser place à une gauche plus élitiste, qui perd progressivement le lien avec les classes populaires. Ici, l’auteur tente de donner une explication de classe au non-effondrement du capitalisme.

    Quelle explication propose-t-il ?

    F.G. : Lui, en suivant le schéma classique du marxisme, dit qu’en effet le capitalisme nous paupérise, nous prolétarise et nous fait souffrir. Une situation qui produit effectivement une résistance, mais individuelle, pas collective. La thèse est que l’erreur de Marx et des marxistes a été de croire que le capitalisme produirait forcément une résistance collective. Les gens souffrent du capitalisme et essaient de s’en sortir, mais en tentant de grimper à l’intérieur de leur entreprise, pour obtenir une meilleure position. Donc, s’ils n’ont pas fait la révolution, ce n’est pas parce qu’ils ont été abrutis par les mass media mais parce qu’ils se sont résignés. Cette perspective est compatible avec une certaine bienveillance à l’égard des classes populaires. C’est un phénomène de résignation générale.

    Comment expliquer l’émergence de cette résistance individuelle quand on sait qu’une résistance collective a pu exister ?

    F.G. : Il y a eu des transformations des conditions historiques et sociales. Au début du XXe siècle, la grande industrie rassemblait 30 000 ouvriers au même endroit, ce qui facilitait de fait le militantisme. On touche 30 000 personnes avec un tract en une heure, quasiment. Alors que dorénavant, les unités sont beaucoup plus petites, tout est très déconcentré. Donc, forcément, c’est plus difficile. Vivek Chibber parle aussi de l’évolution des villes et de la disparition des quartiers ouvriers, où il pouvait se créer des sentiments de solidarité et de proximité. Tout ça a disparu. L’idée n’est pas de dire que tout est foutu, mais qu’il faut trouver un moyen de briser la résignation.

    Et les partis et les syndicats sont dans ce cadre un outil indispensable pour l’auteur…

    F.G. : La perte de crédibilité de la gauche auprès des classes populaires vient d’abord de l’abandon de la conception matérialiste, mais aussi de la disparition des partis dans le quotidien des gens, avec des cellules de quartiers, ce genre de choses. Lui suggère d’y revenir. En fait, tant qu’on n’a pas créé une culture de partis, ce n’est pas très rationnel de faire grève. Autant ne pas y aller et laisser les autres s’engager. S’ils gagnent un truc, tant mieux. S’ils perdent, je n’ai rien perdu. Le seul truc qui a permis de mettre un terme à la logique du « passager clandestin », ce sont les partis, qui lient les uns avec les autres par des liens moraux.

  • Le phénomène Jul embarque les foules

    Le phénomène Jul embarque les foules

    Ces vendredi et samedi soirs, Jul, l’artiste le plus vendeur de France après Johnny Hallyday, enflammera le Vélodrome, après deux représentations données au Stade de France les 15 et 16 mai derniers. Les concerts proposés dans la célèbre enceinte phocéenne, en 2022 puis en 2025, avaient déjà remué la ville, des Goudes aux Aygalades.

    L’an dernier, l’intégralité des billets s’était vendue en seulement 35 minutes. Pour cette édition 2026, les stocks étaient quasiment épuisés dès la prévente, en novembre dernier. Environ 100 000 personnes seront présentes, au total, pour chanter sur les sons de l’icône de la cité phocéenne.

    Un engouement massif partagé par Enzo, 22 ans. Fan « depuis 2015 », propriétaire des « 25 albums en physique », il sera présent ce vendredi. Il s’agira de son quatrième concert de Jul. Depuis cette semaine, Marseille bat au rythme de cet événement. Des bars organisent des soirées « 100% Jul », les voitures diffusent les musiques de l’artiste à plein volume – encore plus que d’habitude -, et des passants, sur le Vieux-Port, arborent des vêtements siglés d’Or et de Platine, la marque du rappeur.

    À cette ferveur collective se mêle un autre son : celui du roulement des valises des fans venus de toute la France. Audrey, 30 ans, aide-soignante, et Tito, 19 ans, plombier, sont Nantais. Ils ont fait le déplacement en famille, loué un Airbnb, et déboursé « 170 euros chacun pour une place en pelouse ». Un budget conséquent, assumé sans hésitation : « C’est pour Jul ! »

    Elisa, 30 ans, est cheffe de projet image pour une marque de parfum parisienne. Elle vient à Marseille pour assister à un concert de Jul dès que l’occasion se présente. « Jul, c’est une icône de la ville », dit-elle simplement. Martin, 25 ans, professeur des écoles venu lui aussi de Paris, vivra son deuxième concert, ce vendredi. Après le Stade de France, l’an passé, il a choisi le Vélodrome pour une raison précise : « Les tribunes du stade sont toutes couvertes, donc niveau son, ça peut rendre quelque chose de plus impressionnant. » Luna, 25 ans, photographe et directrice artistique, est également Parisienne. Elle évoque une autre motivation : « Les fans ici sont plus impliqués, l’ambiance est meilleure et Jul est chez lui, donc il est plus à l’aise. »

    Un peu plus loin, sur le Vieux-Port, Valentin, 31 ans, vétérinaire belge, incarne une autre dimension du phénomène : celle qui traverse les frontières. « On écoute Jul partout. On vient pour l’expérience, pour le découvrir et comprendre le buzz et la mouvance autour de cet artiste. Quand je pense à Jul, je pense à Marseille. » Karine, 48 ans, est « venue du Luxembourg accompagner » ces filles adolescentes. Le concert représente aussi une « occasion de visiter la ville ».

    Marseillais

    devenu mondial

    Mélissa, étudiante en philosophie, elle, n’a pas pu se payer une place. « Il a commencé avec des albums gratuits à télécharger en MP3 et maintenant, il ne fait pas de tournées et les billets sont trop chers », juge-t-elle.

    Ce qui réunit tous ces visages si différents, c’est peut-être ce qu’exprime Alexis, Parisien de 25 ans, avec simplicité : « C’est un événement, c’est plus que de la musique. C’est aussi le personnage qui nous plaît. Il est entier, transparent et simple. Il représente tous les jeunes. On arrive tous à s’identifier à ce qu’il raconte. » Jul ne rassemble pas un public, mais des dizaines, tous horizons confondus.

    Enzo résume parfaitement ce phénomène marseillais né il y a plus de 12 ans : « Une fois que t’es tombé dans Jul, tu peux plus en sortir. Il a créé son propre style et c’est pour ça qu’on l’aime autant et qu’il vend autant. »

    L’Office de tourisme de Marseille, lui, a mesuré une hausse de 26% des nuitées lors des week-ends de concerts. Jul n’est donc pas qu’un phénomène musical : il est devenu un véritable levier touristique et économique pour sa ville.

    Police et RTM au taquet

    Préfecture de police et régie des transports s’adaptent à l’affluence pour le concert de Jul. La RTM propose un service renforcé sur les deux lignes de métro dès 16h et prévoit une fermeture temporaire de la station Périer dès 23h15, vers Gèze. Elle ne va pas desservir plusieurs arrêts des lignes de bus B1, 15/15S, 17, 22/22S, 23, 44, 45, 41 et 72. Côté police, la préfecture prévoit « un dispositif conséquent (…) dès 11h et jusque tard dans la nuit ». Avec notamment « plusieurs unités de forces mobiles » en plus des effectifs locaux, des équipes de la mission Sentinelle…

    A.B.

  • L’adolescence questionnée au cinéma

    L’adolescence questionnée au cinéma

    Pour la sixième édition de cette création originale de la Maison des adolescents du Gard, des adolescents eux-mêmes s’impliquent pour proposer films et débats autour de leurs préoccupations et de leur quotidien. De la programmation des films au nom de l’édition en passant par la réalisation de l’affiche, le choix des animations de débats… ce sont les jeunes qui ont la parole et injectent leur vision à ce festival.

    Le 28 mai à 18h30, le film espagnol Yuli, qui retrace l’histoire incroyable du jeune danseur de rue cubain Carlos Acosta, sera projeté au Sémaphore. Le 29 mai et le 4 juin, c’est le choix de courts-métrages des adolescents qui sera présenté à Nîmes puis à Uzès. Le dernier long-métrage présenté s’intitule Mon héroïne et sera projeté en présence de la réalisatrice. Un festival gratuit et ouvert à tous.

  • « Oh les beaux jours ! » : à Marseille, des auteurs s’effeuillent au printemps

    « Oh les beaux jours ! » : à Marseille, des auteurs s’effeuillent au printemps

    « On essaye de montrer que la littérature est une manière d’habiter autrement ce monde qui tangue, une manière de faire entendre des voix multiples dans une époque où tout pousse à simplifier, accélérer et opposer », rappelle Nadia Champesme, co-directrice d’« Oh les beaux jours ! ». Lancée mardi, la 10e édition de ce festival littéraire propose 80 rencontres en tous genres auxquelles 130 auteurs participent, jusqu’au dimanche 31 mai.

    Un long voyage au fil

    des pages mondiales

    Ce long voyage au fil des pages mondiales se matérialise par un large éventail : d’un dialogue au Musée d’Histoire de Marseille, jeudi, entre l’historien Stéphane Mourlane et Marius Rivière, ainsi que Grégory Mardon, auteurs d’une savoureuse BD dans les pas du boxeur marseillais Kid Francis. Jusqu’aux « grands entretiens », accessibles gratuitement, d’auteurs illustres et chevronnés qui effeuillent leurs vies et influences, tels qu’Alain Guiraudie, vendredi à 14h30, Erri De Luca, samedi à 11h, Delphine de Vigan dimanche à 14h30 (tous à La Criée) et de l’immense auteur cubain Leonardo Padura, dimanche à 17h, au Mucem.

    Programme complet sur www.ohlesbeauxjours.fr

  • [Entretien] Philippe Sands : « Il y a un trou entre la définition publique et juridique du génocide »

    [Entretien] Philippe Sands : « Il y a un trou entre la définition publique et juridique du génocide »

    La Marseillaise : Hiérarchisez-vous le droit et l’histoire pour aider à la sauvegarde de la mémoire ?

    Philippe Sands : Non. Ce sont deux aspects différents, mais absolument liés. Par exemple, chaque procès auxquels j’ai participé comme avocat ou chaque livre que j’ai écrit comportent des aspects bien sûr fortement juridiques, mais il y a toujours des aspects historiques et intimes qui entrent en jeu. La question de la mémoire touche ces deux côtés.

    « 38, rue de Londres » se situe entre l’enquête historique
    et le thriller. Pourquoi
     ?

    P.S. : J’habite à Londres, dans le quartier d’Hampstead. Pendant 25 ans, mon voisin était John le Carré, un très grand écrivain de thrillers. Nous sommes devenus amis. Il a toujours été fasciné par les questions juridiques : sur la guerre en Irak, Guantanamo… Il me posait plein de questions. Il se trouve que, dans chacun de ses ouvrages, il y a un juriste épouvantable. Mon rôle auprès de lui était de vérifier que le juriste correspondait à la réalité. En lisant ses manuscrits, j’ai compris comment aider les lecteurs à entrer dans un sujet sérieux et complexe, comment les aider à continuer à lire.

    Votre récit s’échafaude autour des liens entre le criminel nazi Walter Rauff et le dictateur chilien Pinochet, qui ont tous deux bénéficié d’une certaine impunité. Quand on est victime ou descendant de victime, comment faire lorsque la justice échoue à préserver la mémoire ?

    P.S. : Après 1963, chaque jour qu’il vivait, Walter Rauff savait qu’il encourait des risques, qu’il avait la possibilité d’être attrapé, assassiné. Pinochet a, quant à lui, été arrêté à Londres en 1998. Il a passé 503 jours en détention, avant de rentrer chez lui et de perdre son immunité. Un procureur chilien, Juan Guzman, l’a poursuivi. À sa mort [en 2006], il était détenu chez lui, n’avait pas le droit de sortir. On peut donc parler d’impunité partielle. Mais, du point de vue des descendants des victimes, il n’y a pas de doute : il n’y a pas eu de jugement d’un tribunal disant que Pinochet était responsable de ses crimes. C’est peut-être, aussi, l’une des raisons pour lesquelles il reste une figure qui continue d’inspirer des gens comme on l’a récemment vu au Chili.

    Comment analysez-vous le retour au pouvoir ou en force d’héritiers de criminels de guerre, avec José Antonio Kast au Chili et l’AfD en Allemagne ? L’absence de reconnaissance juridique fait-elle bégayer l’histoire ?

    P.S. : L’histoire ne se répète pas exactement, mais il y a des points de comparaisons. Dans le contexte européen par exemple, la génération qui a vécu les années 1930 et 1940 a presque disparu. Aujourd’hui, la mémoire directe n’existe donc plus. Les gens oublient ce que nous sommes capables de faire contre d’autres êtres humains. De nos jours, les populismes et nationalismes sont de retour. Cela va certainement durer un moment et provoquer des désastres. Qu’apprend-on de l’histoire ? Finalement, peut-être pas grand-chose.

    Vos activités juridiques et littéraires trouvent leur épicentre dans le procès de Nuremberg en 1945-1946, notamment à travers la figure de Raphaël Lemkin et l’apparition du terme de génocide. Le trouvez-vous galvaudé de nos jours ?

    P.S. : On assiste à un grand débat. Autour du mot « génocide », il y a en fait une grande différence entre ce que pense le grand public et ce que décident les juges. Je viens par exemple de plaider une affaire de la Gambie, contre la Birmanie, sur la question du génocide des Rohingyas. Il y aura un jugement dans la deuxième partie de l’année. Les gens ne comprennent pas qu’il n’est pas toujours si simple de prouver un état d’esprit, l’intention de détruire un groupe partiellement ou totalement. Il existe ce trou entre la définition juridique et publique. Et, entre les deux, il y a forcément des interprétations différentes. Récemment, le New York Times m’a demandé si on pouvait considérer ce qu’il se passe à Gaza ou en Ukraine comme un génocide. Je ne peux pas, moi seul, répondre à cette question. La définition du génocide, inventée par Raphaël Lemkin en 1944, prend une approche beaucoup plus élargie du génocide, à tel point que s’il était encore parmi nous, il caractériserait ce qu’il se passe à Gaza actuellement, mais aussi le 7 octobre 2023 en Israël, comme génocide. Pour autant, cela ne veut pas dire que la Cour internationale de justice ou la Cour pénale internationale vont faire la même chose. Il faut juste attendre. En ce qui me concerne, je ne fais pas de hiérarchie entre crimes de guerres, contre l’humanité et génocide. C’est atroce dans tous les cas. À quoi sert donc d’avoir ce débat ?