Category: culture

  • La Maison des arts Marseille sous le signe de l’hospitalité

    La Maison des arts Marseille sous le signe de l’hospitalité

    À partir d’un héritage que l’on connaît et que l’on respecte, nous allons proposer quelque chose qui n’a rien à voir, de très contemporain », rappelle Julie Kretzschmar, en ce vendredi 10 avril, sous un écriteau portant le nom du réalisateur moldave Emil Loteanu. L’un des vestiges du Théâtre Toursky, fondé en 1970 sur la butte de Saint-Mauront, dont la reprise par Les rencontres à l’échelle, le Théâtre Joliette et la compagnie Dans6T a été validée il y a tout juste un an devant le tribunal judiciaire. Après 53 années d’une riche histoire incarnée par le seul Richard Martin, place désormais à une aventure collégiale pilotée par ces trois structures, sous le nom de MAM, Maison des arts Marseille, qui accueillera le 3 mai la soirée de clôture de la Biennale des écritures du réel ou encore l’ouverture du festival des Rencontres à l’échelle le 2 juin.

    « Nous allons travailler le programme au semestre et non pas sur une année entière, avec la notion de temps fort », prévient Nathalie Huerta, directrice du Théâtre Joliette. Premier thème prévu à l’automne prochain, sous le signe de « l’hospitalité ». Une notion que la Maison des arts Marseille n’a pas attendue bien longtemps à mettre en œuvre, elle qui a déjà accueilli depuis la rentrée 2025 « une trentaine de compagnies. En septembre, on a ouvert un centre de danse pour lequel on a essentiellement communiqué en direction du quartier et du voisinage. On a une centaine d’adhérents. On a aussi ouvert un club sportif aux femmes du quartier. Nous voulons ouvrir le lieu au maximum », campe Géraldine Garnier, déléguée générale de la MAM. « On a vu depuis septembre des personnes entrer dans le lieu pour la première fois et trouver leur place petit à petit », souligne Bouziane Bouteldja, chorégraphe, danseur et fondateur de la compagnie Dans6T qui ne ménage pas ses efforts depuis quelques mois pour transmettre sa passion contagieuse pour le mouvement, entre autres à travers des « impromptus pour cours de récréation dans huit écoles du quartier ».

    Champ des possibles

    « Nous défendons l’idée d’un service public de la culture, à l’écoute des réalités sociales », affirme Nathalie Huerta à propos de la MAM qui est, à ce jour, presque exclusivement financée par la Ville de Marseille. « Pour l’instant », ajoute-t-elle, « on a aussi reçu une subvention de la Région. Elle est petite mais importante car elle témoigne d’une confiance. Et on attend une réponse du Département pour cet été ». Salle principale de 732 places dont les travaux d’étanchéité et de chauffage sont sur le point d’être achevés, salles destinées aux ateliers, aux résidences d’artistes, studios de danse, « cour pour les fêtes et guinguettes », bar, restaurant avec un projet d’insertion… Si la Maison des arts Marseille reste en chantier, elle poursuit son élan et constitue un bel outil pour explorer le champ de tous les possibles.

  • La Roque d’Anthéron ouvre la billetterie au public

    La Roque d’Anthéron ouvre la billetterie au public

    La 46e édition du festival international de piano de La Roque d’Anthéron se déroulera du 16 juillet au 16 août, mais les activités commenceront dès le 6 juin avec des Préludes dans différentes villes de la région, comme Aix-en-Provence, Gordes, Lambesc, Manosque, Marseille, Miramas ou Rognes. Il faut se préparer à être très occupés pendant toute cette période.

    Car le trio qui à la demande du président Jean-Louis Blanc a pris en charge les destinées du Festival a concocté des programmes qui vont inciter les amateurs de l’instrument roi à passer des journées entières entre Auditorium, allée de séquoias et salle de concerts, depuis les rencontres ou d jusqu’aux… découvertes à faire dès le matin, jusqu’aux soirées, voire Nuits du piano. Claire Désert, Nelson Goerner et Victor Julien-Laferrière, par des choix cooptés, assurent brillamment la continuité en recevant les grands noms des habitués, les incontournables de demain et même les amateurs les plus doués. D’ailleurs eux-mêmes seront aussi amenés à se produire S’il y a peu de jazz, la musique française trouve une large place, Messiaen fait un grand retour et Phil Glass lui-même se glisse entre Mozart, Beethoven, Schubert, Brahms ou Satie. On vous propose aussi des concerts sous les séquoias, pour animer le parc en plus des soirées, de passer une heure avec… De quoi faire des festivaliers des amateurs très occupés.

    La billetterie est ouverte. Pour toute information 33(0)4.42.50.51.15 et info@festival-piano.com

  • Arlette ton cirque plante son chapiteau à la Mosson

    Arlette ton cirque plante son chapiteau à la Mosson

    Arlette ton cirque ! » fait son retour avec le printemps pour proposer, le 18 avril, une après-midi et une soirée de cirque et de son dans le parc Sophie-Desmarets*, quartier de la Mosson.

    Les « cabarets-jardin » impulsés en 2018 par une bande de copains sont devenus un rendez-vous attendu, qui accueille environ 2 000 personnes chaque année pour une journée festive. Entièrement gratuit et porté par une équipe bénévole, le festival a tissé des liens avec les acteurs associatifs du quartier où il est désormais implanté, lesquels participent à la manifestation à travers de nombreux stands de restauration ou d’animations.

    Nouveauté cette année, outre une scène extérieure en plein air sous les arbres, Arlette étrenne son nouveau chapiteau, acquis grâce au budget participatif de la Ville en 2024. C’est là, à partir de 14h, que débutera le traditionnel « Cab’arlette », cabaret-cirque où se succèdent des formats courts mêlant du clown, de la danse, des acrobaties et autres surprises, proposés par des artistes émergents ou amateurs rémunérés au chapeau.

    Se succéderont ensuite, le reste de l’après-midi, trois spectacles de cirque de compagnies professionnelles. De 16h à 16h40, la compagnie Das Arnak proposera, en extérieur, « Bakana », un spectacle de danse et mât chinois sur une musique bien rock n’roll ; entre 17h10 et 18h, la compagnie Shreu présentera sous le chapiteau « Imbroglio », porté par « une acrobate loufoque et bourrée de vie » ; enfin de 18h30 à 19h15, place à « Vilain chien », concert acrobatique et gesticulé de la Générale Posthume.

    Concerts et boum !

    À partir de 19h30, la musique prendra le relais pour une soirée en plein air, éclectique, festive et ouverte à toutes les générations. Au programme : un concert afrobeat d’Ina’timbô (19h30-20h45) ; un show case rap avec Taliano (21h-21h30), artiste d’origine italo-marocain « qui transforme les galères en lumière et les langues en passerelles » ; un concert afro-rock du quintet Saf Feh, soudé autour de la voix de sa chanteuse Sabrina (21h45-22h45) ; la soirée musicale se clora sur le DJ set de Marina Rabita (23h-00h), à la fois DJ, danseuse et chorégraphe.

    Les plus jeunes pourront eux aussi se déhancher sur la piste, avec, pour la première, une boum proposée à 18h. Tout au long de la journée, ils pourront également profiter des ateliers de découverte des arts du cirque (dès 3 ans) encadrés par des animateurs de l’école Balthazar (15h30-18h). Un atelier écologie « Au fil de l’eau de la Mosson » sera également proposé de 14h à 19h, sous une forme ludique. Sans oublier le concert participatif de la violoncelliste Sara Valero, à 16h40, accessible dès le plus jeune âge.

    * Tram ligne 1 direction Mosson, arrêt Halles de la Paillade

  • Un musée itinérant du Centre Pompidou en zones rurales

    Un musée itinérant du Centre Pompidou en zones rurales

    Qui l’aurait cru, avoir le Centre Pompidou qui vient nous voir à Valensole. » Le maire de la commune rurale, Gérard Aurric, se réjouit que son village ait été choisi pour la première étape du musée itinérant, qui part en tournée dans tout le département, jusqu’au 9 mai. « Notre commune est particulièrement fière et heureuse d’avoir été choisie pour accueillir le tout premier musée itinérant et gratuit d’art moderne et contemporain », s’est félicité l’édile lors du lancement du musée, mardi dernier. « C’est une véritable opportunité pour notre territoire de voir la culture venir à nous, ici, au cœur de nos zones rurales, parfois éloignées des grands centres culturels. »

    Les visites de scolaires s’enchaînaient pour cette première étape à Valensole. Le musée peut soit être réservé pour ces visites organisées pour des enfants, soit être ouvert au grand public pour des visites libres. Il sillonne à bord d’un bus les routes sinueuses du département, avec à son bord des médiateurs, là pour faire le lien entre le public et l’exposition sur le thème du cirque et du saltimbanque.

    Déjouer les limites de l’art

    La présidente du Département, Eliane Barreille a salué lors du lancement une « initiative qui déjoue les habituelles limites associées à l’art contemporain et à sa diffusion pour aller directement à la rencontre de nos concitoyens ». « Le musée mobile, c’est avant tout la promesse que l’art contemporain va aller à la rencontre de tous les publics », a-t-elle souligné. Le camion musée a été élaboré en 2022 par la Fondation Art Explora, en collaboration avec le Centre Pompidou. Il offre un espace d’exposition de 65m2. Cette initiative « a d’autant plus de valeur que le Centre Pompidou est fermé depuis septembre dernier, pour une durée de 5 ans, dans le cadre d’un vaste chantier de réaménagement. Grâce au MUMO, il continue de faire vivre ses collections en les faisant voyager dans les territoires ruraux et périurbains », s’est réjoui Eliane Barreille. « C’est une chance inouïe pour notre département. Nous croyons profondément en ce projet, raison pour laquelle nous avons été la première collectivité à répondre favorablement à la proposition d’Art Explora. » En visitant le musée sur roues, on retrouve des œuvres de grands maîtres, comme Marc Chagall, Victor Vasarely ou encore Henri Matisse. Le musée a choisi de faire étape dans « des zones rurales et des quartiers politique de la ville en priorité ». « C’est le cœur du projet depuis sa fondation », explique Elisa Argenziano, chargée du projet.

    Castellane du 13 au 15 avril, Annot du 16 au 17, Jausiers du 25 au 27, Barcelonnette du 28 au 29

  • [Le coin de la BD] Foot féminin et foot révolutionnaire et banni en Angleterre

    [Le coin de la BD] Foot féminin et foot révolutionnaire et banni en Angleterre

    Vingt-trois mars 1920. Le match opposant les Newton au Stone Hills Ladies s’annonce légendaire avec 60 000 spectateurs dans le stade de Liverpool. Il est l’aboutissement de l’enthousiasme né dans les années précédents autour du football féminin, symbole de l’émancipation des femmes par le sport dans l’Angleterre de l’après Première Guerre mondiale mais aussi de l’importance alors du mouvement ouvrier dans ce sport au départ aristocratique. Tout commence dans le Royaume-Uni de 1915 quand Katie, Linda et Emily se sont substituées dans l’usine aux hommes sur le front en France. Elles les ont remplacés au point de jouer comme eux au football durant les pauses, et même d’y jouer très bien. Julie Billault et Sébastien Piquet racontent comment de simple passe-temps, le football va devenir leur activité principale, leur notoriété se développant match après match, d’abord pour soutenir l’effort de guerre, puis les grévistes de l’après-guerre. Mais le retour de bâton sera violent : les hommes étant de retour et la fièvre révolutionnaire inquiétant le pouvoir, les autorités décident en 1921 un « ban » qui interdit aux femmes de pratiquer le football ainsi que toute compétition féminine. Une interdiction qui perdurera jusqu’en 1971. Pourtant, ces sportives féministes vont réussir à contourner ces interdictions via des tournées à l’étranger. Une superbe fiction inspirée de faits réels indispensables pour les amateurs éclairés de football.

    L’affaire des hommes disparus

    À la croisée du Club des cinq et de la culture Pulp, bienvenue à Hobtown, village de 2 006 habitants situé en Nouvelle-Écosse, au Canada anglophone, où Kris Bertin et Alexander Forbes situent leur triptyque Les mystères de Hobtown dont voici le premier volume. Car oui, il s’en passe des événements étranges à Hobtown, heureusement le club de détectives des lycéens est là pour mener l’enquête sur d’étranges disparitions et découvrir que même dans un petit bourg les faux-semblants sont nombreux. Une BD aussi palpitante que pleine de charme et de rebondissements.

    Chez Delcourt, 29,95€

    Matisse, le rêve absolu

    Jörg Mailliet et Julie Birmant évoquent à travers un graphisme inspiré un large pan de l’existence du peintre, de ses débuts difficiles jusqu’à la reconnaissance internationale à près de 40 ans, mais aussi de sa vie privée tiraillée entre son épouse et son modèle russe Lydia. Matisse y est peint comme un artiste en plein doute, rongé par l’angoisse et cherchant en permanence à explorer de nouvelles voies jusqu’à devenir un maître incontesté de l’art du XXe siècle sur lequel le Grand Palais à Paris organise une exposition-évènement jusqu’au 2 août.

    Chez Les Arènes BD, 24€

    Du pied gauche

    Dessinateur de presse originaire de la Drôme, Lara a suivi les élections présidentielles à gauche mais aussi la campagne des législatives après la dissolution qui aboutira à la constitution du Nouveau Front populaire. Mêlant aux espoirs et désillusions politiques de cet homme de gauche les drames familiaux qui le touchent, il livre une excellente chronique de la vie politique et de la gauche qui ne parvient plus à s’entendre. Un regard informé sur tout le spectre allant des écologistes à LFI en passant par les communistes et les socialistes.

    Chez Charivari, 21,50€

    Marcel Bascoulard

    Clochard magnifique et artiste de génie, marginal et travesti, Marcel Bascoulard a marqué la ville de Bourges jusqu’à son sordide assassinat crapuleux en 1978. Frantz Duchazeau rend un magnifique hommage en noir et blanc à ce virtuose du dessin, permettant de le redécouvrir ou tout simplement de le découvrir. Une belle biographie de cet artiste inclassable qui avait décidé de vivre et produire selon ses propres lois, pourtant soutenu par certains commerçants chez qui il échangeait des dessins contre de la nourriture.

    Chez Sarbacane, 25€

    Chagrin

    Rodolphe et Griffo s’inspirent du célébrissime « La peau de chagrin » d’Honoré de Balzac pour plonger leur lecteur dans le Paris des romantiques de ce début du XIXe siècle où aurait vécu le héros qui aurait inspiré le roman. Raphaël de Valentin, un jeune noble ruiné erre en quête d’un peu d’amour, de bonheur et d’argent ! Au bord du suicide, il entre dans une boutique d’antiquités, espérant y trouver quelque chose susceptible de le distraire. Un vieil homme mystérieux, lui montre un objet étrange : une peau… Et tout ira mieux. Ou pas !

    Chez Delcourt, 24€

    Woodstock 69

    Sous-titrée « Le concert du siècle », cette BD de José Luis Munuera et Kid Toussaint en met plein les yeux et plein les oreilles si on suit la bande-son de ce concert de légende de 1969. Il n’a d’ailleurs pas eu lieu à Woodstock, mais à Bethel, à 100 kilomètres de là. Rien n’était prêt pour la marée humaine qui y déferle : pénurie de nourriture et d’eau, toilettes impraticables, pluies diluviennes, état d’urgence déclaré… Et pourtant ce fut un festival qui marqua l’histoire pour un demi-million de jeunes. Voici l’odyssée de quelques-uns d’entre eux.

    Chez Le Lombard, 21,95€

  • [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] Au Mucem et gare Saint-Charles, Yves Jeanmougin

    [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] Au Mucem et gare Saint-Charles, Yves Jeanmougin

    Il vit au Panier, dans la proximité de la cathédrale de la Major. Pendant 25 ans, son atelier se situait dans la Friche de la Belle de Mai où l’avait convié son inconditionnel ami d’enfance Philippe Foulquié.

    Issu de plusieurs séjours entre 2021 et 2023 au Palais Farnèse, siège de l’Ambassade de France et de l’École française de Rome, son prochain livre imagera un chantier de restauration et la vie quotidienne dans les bibliothèques. Parmi ses ouvrages antérieurs figurent Déliés, une descendance algérienne, Carcérales images de prison, éditions Parenthèses, Alger préfacé par Thierry Fabre, un album coédité en 2013 avec Bec en l’air à propos de la Mémoire du Camp des Milles, ainsi qu’un hommage au poète Jean Senac. Dans Marseille, ses images les mieux connues, à propos du Vieux-Port et de L’Estaque, des cités de la Bricarde et de La Paternelle ont pour origine une exposition du Musée d’Histoire coordonnée en février 1992 par Myriam Morel et Anne-Marie Lapillonne, catalogue édité chez Parenthèses.

    On retrouve dispersés en trois endroits, six noirs et blancs d’Yves Jeanmougin dans l’exposition du Mucem, Les Mères. Entre autres, une Mère et ses filles, cité Bassens 1981, et trois visages de la Manifestation organisée après la mort de Lahouari Ben Mohamed, 17 ans, abattu par un CRS le 18 octobre 1980 à la Cité des Flamants. Non loin de cette tragédie, on apercevra une photo miraculeusement prise dans un bidonville de l’Estaque, une jeune grand-mère qui danse avec sa petite-fille (reproduction sottement inversée, page 142 du catalogue).

    Une grande partie de ses images vient d’être numérisée suite à sa donation en région parisienne auprès de la MPP, Médiathèque du Patrimoine et de la Photographie. La MPP programme actuellement sur des grands panneaux de la terrasse de la Gare Saint-Charles, une exposition consacrée aux photographes de Marseille (entre autres, Alphonse Terris, les frères Seeberger, Marcel Bovis et Serge Assier). Sur un cube de l’entrée de la gare, on découvre une insolite photo dédoublée d’Yves Jeanmougin prise en 1986 dans le grand miroir de la salle de gymnastique qui occupait alors le toit-terrasse de l’immeuble du Corbusier.

  • Pétrarque, Mont Ventoux et Peste Noire

    Pétrarque, Mont Ventoux et Peste Noire

    Pétrarque est né à Arezzo en 1304. Ses parents quittent les abords de Florence et s’expatrient pour s’établir à Carpentras en 1312. Notaire de son métier, son père voulut qu’avec son frère Gherardo, François Pétrarque suive des études de droit à Montpellier et puis à Bologne.

    Deux deuils marquent son adolescence et sa jeunesse en Vaucluse. Pétrarque perd sa mère quand il a 14 ans, son père décède en 1326. Il abandonne brutalement le droit, revient à Avignon, donne un élan neuf à la poésie et à la connaissance des Antiques. Simultanément et c’est moins glorieux, c’est un habile courtisan, un idéologue dévoué à la puissance de la riche famille des Colonna. Sa trajectoire n’est pas rectiligne. Quand il raconte son ascension du Mont Ventoux, il se différencie de son frère qui n’a pas souhaité s’intégrer aux cercles du pouvoir et qui devint un moine chez les Chartreux. Pour atteindre le sommet du Ventoux, Gherardo ne change jamais son cap. Par contre, Pétrarque louvoie, emprunte des détours.

    Désireux de construire un monument pour sa gloire posthume, le poète maquille continuellement ses conditions de vie. Il réécrit ses manuscrits et sa correspondance, embellit ses souvenirs, élimine sans vergogne ce qu’il doit aux femmes de sa vie. Pétrarque occulte, n’évoque jamais les deux mères de ses deux enfants. Tout porte à croire qu’il n’a jamais approché Laure, la jeune femme dont il se serait épris, lors d’une sortie de messe à la chapelle Sainte-Claire, dans la proximité de la rue des Teinturiers.

    « Les ombres sont ténues » disait Virgile, les chercheurs n’ont jamais établi l’identité de Laure. On évoque Lacan et le cinéma hollywoodien pour écrire que sa fiction serait simplement l’expression d’un désir masculin. Cette éphémère apparition engendra pourtant un chef-d’œuvre de la lyrique amoureuse. Le Canzoniere inspira de nombreux auteurs italiens, Ronsard, Maurice Scève, Jean-Jacques Rousseau, Lamartine et Hugo. Ce prototype prit curieusement son essor autour d’une absence ainsi que de la catastrophe de 1348, la Peste Noire qui provoqua le décès de Laure et d’un tiers de la population d’Avignon.

    Avignon XIVe siècle, nouvelle Babylone ?

    Pour mesurer la réussite de cette poésie, l’écart qui sépare ce sommet de la littérature européenne et son peu d’insertion et de vérité parmi les grandeurs, les dédoublements et les misères de la biographie de Pétrarque, les découvertes et réflexions de l‘ouvrage d’Étienne Anheim sont cruciales. Né en 1953, cet historien proche de Patrick Boucheron et de Valérie Theis, auteur d’un livre coécrit avec Paul Pasquali à propos de Panofsky et Bourdieu, a soutenu en 2004 une thèse « La forge de Babylone » qui rappelle que sous le règne d’un pape né en Corrèze, Clément VI, Avignon ville cosmopolite, fut la capitale de l’Europe : son rôle fut considérable du point de vue des finances, de la théologie et de la création, entre autres grâce aux fresques de Matteo Giovanetti peintes au Palais et grâce à Pétrarque. L’ouvrage est quelquefois aiguisé par des anachronismes de belle facture : dans son argumentaire, l’historien convoque des modernes comme Samuel Beckett, Albert Cohen, Pierre Michon et Monique Wittig, la « machine du désir » et les « transfuges de classe ».

    Pour donner plus de chair et d’incarnation à ce Pétrarque en manuscrits et parchemins et pour compléter cette savante confrontation avec un poète-stratège truqueur et carriériste, soucieux d’échafauder des coups afin de devenir immortel, on lira volontiers une seconde parution, le récit d’un écrivain nantais familier de L’Isle-sur-la-Sorgue et de Ménerbes, Jean-Pierre Suaudeau.

    Partiellement autobiographique, hanté par la chimère d’un amour qui peut ressembler à l’emprise de Laure, le roman de Suaudeau emprunte quant à lui des chemins fictionnels qui ne peuvent pas faire douter de sa sincérité. En début de récit, en contrepoint aux paysages de la Fontaine du Vaucluse, on entrevoit les affrontements et les débauches d’Avignon, les embourbements de « l’antre papal ». On rencontre aussi la figure intransigeante du père de Pétrarque, capable de brûler une grande partie des livres de son fils. Tout en fabulant, par exemple en imaginant que Simone Martini ait composé pour Pétrarque un portrait de Laure, Jean-Pierre Suaudeau évoque des dimensions manquantes dans le livre de grande érudition d’Étienne Anheim, la lumière et le vent du Sud ou bien la beauté des « petits blocs de marbre » des sonnets de Pétrarque, magistralement retraduits par Yves Bonnefoy.

    Étienne Anheim : « Pétrarque, portrait de famille », éditions de Minuit. Jean-Pierre Suaudeau, « Courir à ce qui me brûle » éd, Joca Séria, Nantes.

  • « Les Montpelliérains » jouent les prolongations

    « Les Montpelliérains » jouent les prolongations

    L’occasion de découvrir, puisés parmi 34 ans d’archives, 330 clichés qui dessinent, à travers le temps, le portrait tendre et attachant d’une ville mouvante et diverse. Présentées deux par deux dans des juxtapositions qui font sourire ou interpellent, ces photos drôles, tendres, poétiques, décalées livrent une autre lecture de l’ordinaire, cultivent le pas de côté et offrent une visite guidée inédite, improbable et délicieuse, « de cette ville faite de toutes les autres, qui les vaut toutes et dans laquelle j’ai été tout simplement heureux », confie Jean-Michel Mart. Capturés dans un cadre professionnel ou non, ces instants, visages, rencontres, hasards, émotions écrivent « une lettre d’amour à cette ville devenue grande qu’est Montpellier, ses rues et leur lumière et surtout à ses habitants toujours plus nombreux et toujours plus divers, si divers qu’on ne se sent jamais rejeté par eux. Vous les reconnaîtrez peut-être, jeunes, vieux, riches, pauvres, sur deux ou quatre pattes, solitaires ou en foule (…). »

    Vous serez nombreux à dénicher un souvenir et à repartir le sourire au cœur de cette expo qui rend aussi un bel hommage au métier de photographe de presse « en train de disparaître, j’en ai peur »

    A.G.

    * Du mardi au dimanche de 10h à 13h et de 14h à 18h, aux Echelles de la ville, 1 place Paul-Bec à Montpellier. Entrée libre.

  • [Grand entretien] Sarah Schwab : « Les imitations sont arrivées par hasard »

    [Grand entretien] Sarah Schwab : « Les imitations sont arrivées par hasard »

    La Marseillaise : Chanteuse, imitatrice, vous pouvez reproduire 200 voix, quel est votre parcours pour les personnes qui ne vous connaissent pas encore ?

    Sarah Schwab : Depuis toute petite je suis passionnée de musique. J’ai commencé par faire The Voice Kids quand j’avais 13 ans, puis The Voice plus grande à 19 ans avec ma vraie voix bien évidemment. Les imitations sont arrivées plus tard, en mai 2022 donc c’est assez récent. Je cherchais à faire une vidéo pour la poster sur les réseaux sociaux, j’en ai posté une première et les gens ont tout de suite apprécié, c’est comme cela que ça m’a lancé dans une carrière d’imitatrice.

    Vous le disiez l’imitation est arrivée assez tard au-delà de votre passion pour le chant. Comment ce talent s’est-il présenté à vous ?

    S.Sch. : Je ne sais pas du tout comment c’est arrivé (rires). C’était un peu par hasard, j’ai eu envie d’essayer alors que je n’avais jamais fait d’imitation auparavant et j’ai eu un bon feeling du coup ! La première vidéo a été postée sans trop d’expérience mais comme les gens se sont pris au jeu j’ai prêté attention aux commentaires et aux suggestions qu’ils me faisaient avec des propositions de voix de plus en plus complexes et c’est comme ça que je me suis rapidement fait repérer.

    Quelle a été la première personne que vous avez imitée et pourquoi avoir fait ce choix ?

    S.Sch. : Dalida est la première chanteuse dont j’ai reproduit la voix. Je l’aime beaucoup en tant que chanteuse mais aussi parce qu’elle a des marqueurs vocaux particuliers et une voix unique. C’était très intéressant pour moi de faire une voix aussi différente de la mienne dès le début puis je l’ai fait suivre directement par Vanessa Paradis, c’est vraiment deux opposés et c’est ça qui est intéressant aussi dans la vidéo.

    Justement, quel est le processus de travail pour arriver à l’imitation parfaite ?

    S.Sch. : C’est avant tout de l’écoute, énormément d’écoute. En général je marche au feeling donc je me concentre sur un segment d’une chanson qui me plaît en particulier. Je vais l’écouter en boucle jusqu’à ce que je retrouve vraiment tous les petits détails qui font l’imitation.

    Avez-vous une imitation favorite ?

    S.Sch. : Barbra Streisand c’est celle que je préfère en ce moment parce qu’elle me donne beaucoup d’émotions et elle donne aussi beaucoup d’émotions au public donc c’est toujours un moment hors du temps dans le show. Je pense que c’est pour cela qu’elle me plaît encore plus que les autres.

    Votre spectacle s’appelle « Du rêve à la réalité », est-ce l’histoire de votre vie ?

    S.Sch. : Oui totalement ! J’étais dans ma chambre enfant et je rêvais d’être une chanteuse et de pouvoir me produire sur scène régulièrement et c’est ce que j’ai voulu mettre en scène justement dans ce spectacle. Déjà parce que ça permet de faire rêver beaucoup de gens dans la salle, bon des enfants majoritairement mais pas que ! (rires)

    Mais aussi parce que c’est ce qu’il m’arrive finalement grâce aux imitations, et les gens assistent à ce début de carrière pour moi. Je trouvais donc intéressant de faire une autobiographie sur scène avec un côté un peu théâtral et un côté un peu concert.

    Justement, à quoi doit-on s’attendre sur scène, chantez-vous aussi avec votre voix ?

    S.Sch. : Oui même si je chante beaucoup moins que les imitations mais il y a un moment en particulier vers le milieu du spectacle où je chante Je suis malade au piano avec ma voix, je viens sur le devant de la scène a cappella et

    je me mets à nu devant les spectateurs. C’est un moment marquant et émouvant qui plaît beaucoup.

    Vos vidéos cartonnent sur les réseaux sociaux mais au-delà du succès vous avez reçu des commentaires grossophobes. Ces commentaires vous avez décidé de les mettre en scène et d’y répondre en chanson. C’était important pour vous de montrer l’envers du décor ?

    S.Sch. : C’est important pour moi parce que les réseaux sociaux, à partir du moment où on s’affiche il faut s’attendre à avoir du bon comme du mauvais peu importe ce que l’on fait. Moi j’ai préféré répondre de manière humoristique pour dédramatiser un peu les choses bien que j’aie eu des propos à mon égard qui étaient très graves et border. C’est aussi un moyen de montrer aux gens qui sont confrontés au harcèlement qu’ils ne sont pas seuls et que ça peut arriver à tout le monde, même à ceux qui sont très présents en ligne.

    Vous affichez clairement les noms des personnes dans la vidéo où vous répondez. La réponse en elle-même demande aussi beaucoup de courage, c’est votre caractère ou la notoriété vous a aidée à avoir confiance en vous ?

    S.Sch. : J’ai toujours eu ce côté-là en moi mais honnêtement je pense que ma confiance en moi a énormément évolué grâce aux gens, grâce au public principalement qui est tellement gentil avec moi. Je me sens bien plus sereine et la proportion de commentaires positifs que je reçois est largement supérieure aux commentaires négatifs !

    Je pars donc du principe que même si j’affiche ces commentaires négatifs ça ne va pas les faire progresser, mais peut-être au contraire, les faire régresser et les gens seront là pour rétablir la justice ! (rires).

  • La Biennale d’Aix est lancée, l’Italie mise à l’honneur

    La Biennale d’Aix est lancée, l’Italie mise à l’honneur

    L’événement est devenu incontournable. La Biennale d’Aix-en-Provence revient, dès ce samedi 11 avril, pour une troisième édition. Jusqu’au 14 juin, la première partie de ce rendez-vous d’art et de culture présentera une cinquantaine de « propositions artistiques », dont 66 en accès libre, et 17 dans les quartiers et villages de la ville. Une centaine d’artistes issus de sept nationalités différentes, dont 18 locaux, animeront l’événement au travers de spectacles vivants, d’expositions, de rencontres et de performances. Au total, l’événement compte 70 partenaires pour sa tenue. Et ce samedi, plusieurs temps forts ouvriront la Biennale. Pour ces premiers jours, la programmation propose notamment un spectacle de voltige, depuis le haut du cours Mirabeau jusqu’à la scène installée sur la Rotonde. « Élévations » est une création de spectacle vivant d’une heure et demie, proposée par le Collectif XY, musicalement accompagné par des musiciens venus d’Italie et d’Occitanie. « Près de quarante artistes, trente acrobates et onze musiciens transforment le cours Mirabeau, lieu emblématique en une installation vivante », décrivent les organisateurs. Départ à 17h30, sur le cours Mirabeau, ces samedi et dimanche. En ville, d’autres installations impulsent, dès ce samedi, l’ouverture de la Biennale. Entre autres, le lancement, autour d’un brunch au 3bisF, de l’exposition d’art contemporain What Remains – Ce qui reste et ce qu’on laisse, de l’artiste Ghita Skali. Ou le vernissage, dès 16h à la Galeria Ramand de l’exposition Au Cœur du Tendre, de l’artiste Aurélie Sicas.

    L’Italie, invitée spéciale

    En invitée d’honneur cette année, l’Italie, avec une multitude d’artistes originaires du pays mis en avant. Un hommage sera rendu à Hugo Pratt, dessinateur de bande dessinée, célèbre pour ses dessins de la série Corto Maltese, ses planches seront exposées à La Manufacture, dans l’exposition Rencontres avec le 9e art. Divers musiciens italiens notamment seront sur les scènes de la Biennale. Entre autres, une soirée d’artistes féminines italiennes, entre rap, pop et poésie, le vendredi 29 mai, à La Manufacture, un concert de chants napolitains populaires, avec le Duo Lyra à la harpe et la mandoline et la soprano Pascale Sicaud-Beauchesnais, le samedi 30 mai sur la promenade de l’Arc. Pour ne citer que les dates proches…

    Effets réels, un festival littéraire inédit

    Sur le même temps que la Biennale, Effets Réels, festival littéraire de non-fiction, est lancé à Aix-en-Provence et à Marseille. En France, il est le premier festival international dédié aux « littératures du réel ». Jusqu’au 12 avril, des auteurs de toutes nationalités, tels que Vanessa Springora, Francesca Melandri, Maria Sanchez, présenteront rencontreront le public. Programmation sur le site du festival.