Category: culture

  • [Entretien] Souleymane Bachir Diagne : « Marseille montre l’avenir de notre humanité »

    [Entretien] Souleymane Bachir Diagne : « Marseille montre l’avenir de notre humanité »

    La Marseillaise : Quel regard portez-vous sur Marseille ?

    Souleymane Bachir Diagne : J’ai eu l’occasion d’y venir quelques fois. Je connais un tout petit peu la ville, le chemin entre le Vieux-Port et la gare. J’ai une attirance particulière pour Marseille car elle me semble être le type même de la ville cosmopolite et multiculturelle. De ce point de vue, je pense qu’elle nous indique l’avenir de notre humanité, celle que nous avons en partage. Des cultures et langues différentes mais toujours orientées vers l’universalité.

    Dans les années 1920, Marseille a été l’une des terres d’élection du poète jamaïcain Claude McKay, qui a inspiré le mouvement de renouveau artistique afro-américain Harlem Renaissance, qui a lui-même préfiguré le courant de la Négritude…

    S.B.D. : Il faut souligner la conscience qui a été la sienne, notamment avec son roman Banjo. Claude McKay a donné une impulsion au mouvement de la Négritude. Mais cette histoire marseillaise a été éclipsée par ce que l’on appelait le Paris noir. Pour autant, il ne faut surtout pas oublier l’importance de Marseille mais aussi de Claude McKay, et l’influence qu’il a pu avoir sur quelqu’un comme Ousmane Sembène [un Sénégalais qui a débarqué à Marseille en 1946, où il devient docker CGT, de tous les combats anticolonialistes, avant de devenir une figure majeure de la littérature et du cinéma, Ndlr].

    Au contraire de Marcus Garvey, précurseur du panafricanisme, Claude McKay estimait que tous les noirs à travers le monde étaient différents et qu’ils devaient s’émanciper partout où ils se trouvaient. Une réflexion aidée par sa grande conscience de classe. Vers « l’universel » auquel vous appelez, quel rôle doit jouer cette dernière ?

    S.B.D. : Sur ce point, je suis plutôt du côté de McKay avec son insistance du pluriel. Il ne faut pas avoir l’impression que tous les noirs aillent dans la même direction car les cultures noires sont des cultures au pluriel. Quant à la question de classes, il ne faut pas la négliger. Quand on parle de classes, cela implique de parler d’inégalités socio-économiques. Dans la construction d’une humanité commune, qui est le premier universel, il est donc important que nous combattions tout ce qui s’y oppose, parmi lesquels les inégalités socio-économiques.

    La quête de « l’universel » est entravée par les replis identitaires qui submergent le globe. Un « monde de tribus », dîtes-vous…

    S.B.D. : Ce sont les tribus qui estiment qu’elles sont tout naturellement opposées et hostiles aux autres tribus. Cette manière de s’enfermer dans une conception carcérale de l’identité, comme une sorte de forteresse assiégée, relève d’un esprit de tribu. On le voit aujourd’hui avec une sorte de réaffirmation de suprématie où certains se regroupent par exemple entre blancs. Une solidarité nouvelle comme c’est le cas avec les Afrikaners en Afrique du Sud. Leur suggestion récente, qu’on puisse les considérer comme des réfugiés, ne tient qu’à une chose : une sorte de concept d’identité raciale. Que dire encore de ceux qui veulent partir en croisade, censément pour protéger les chrétiens au Nigeria ? Ce sont des manières de penser immédiatement en termes d’identités : « Ce sont des gens de ma tribu car nous partageons la même couleur de peau ou la même religion. » Cet esprit tribal, on le voit partout. Pas seulement en Europe ou en Amérique, mais aussi en Afrique. Il y a une recrudescence de nationalismes aplatis sur les identités. Et l’on parle beaucoup plus de souveraineté que d’ouverture.

    L’universel auquel vous aspirez nécessite que les hommes ne soient plus ethnocentrés. Votre dernier livre et votre travail autour de la Galerie des cinq continents du Louvre, anciennement Pavillon des sessions, va dans ce sens. Pouvez-vous revenir sur ces enjeux ?

    S.B.D. : Il y a d’abord eu le fait que le Louvre, sous l’impulsion du président Jacques Chirac en 2000, s’est ouvert à des arts venus des quatre autres continents. Si l’Égypte et la Mésopotamie étaient présentes auparavant, tout cela était centré autour d’un universalisme européen. La présence d’œuvres venues d’Océanie, d’Asie, du Pacifique, d’Afrique et de l’Amérique précolombienne était une forme d’ouverture. Mais tant qu’elles restaient au Pavillon des sessions, dans l’entre-soi, elles restaient encore un peu en marge. Alors le passage du Pavillon des sessions à la Galerie des cinq continents, c’est donc l’idée qu’il faut, non pas seulement mettre les arts, que l’on appelait les arts premiers, dans une sorte d’espace à part, mais qu’il faut faire véritablement en sorte que les œuvres venues du monde entier se retrouvent ensemble et dialoguent. Cela permet à quelqu’un qui vient visiter le Louvre de les regarder ensemble, de considérer ensemble les créations venues de l’ensemble de l’humanité, et d’avoir le sens de la créativité d’une seule et même humanité. C’est la raison pour laquelle le passage du Pavillon des sessions à la Galerie des cinq continents est une forme de matérialisation de ce que j’appelle l’universel latéral : un universel de cultures posées côte à côte, dans leurs équivalences et qui, toutes, donnent un visage particulier à notre humanité commune.

  • [Exposition] Nîmes en mutation sous l’œil des photographes

    [Exposition] Nîmes en mutation sous l’œil des photographes

    Depuis le 15 octobre, l’exposition TransUrbaNîmes investit les murs de la Faculté d’éducation de Nîmes. Présentée dans le cadre de la mission photographique Regards sur la Ville, cette édition 2025 réunit dix artistes gardois autour d’un thème aussi poétique qu’essentiel : les métamorphoses urbaines. Cinéma disparu, collège fantôme, sites industriels ou quartiers en reconstruction… leurs œuvres racontent une ville en perpétuel mouvement. Le 4 novembre, les visiteurs avaient pu rencontrer les artistes lors d’une soirée d’échanges organisée par NegPos, structure à l’origine du projet. Pour Patrice Loubon, son directeur artistique, « TransUrbaNîmes interroge les états transitoires de notre espace urbain, les traces qui résistent et celles qui s’effacent ».

    L’urbanisme en transition

    De la démolition des tours de Pissevin captée par Jocelyn Banabera à la fermeture du cinéma Le Forum, immortalisée par Chantal Auriol, chaque série d’images documente un morceau de mémoire. Gwenaëlle Bourriaud explore la poésie du quotidien dans le même quartier, tandis que Marcelle Boyer saisit l’atmosphère d’un collège déserté. Sarah Malclès s’attarde sur la mobilisation citoyenne face à la bétonisation de certains secteurs, et Yann Roubeau fixe sur pellicule les vestiges industriels du site de la Sernam. Entre regards documentaires et approche sensible, TransUrbaNîmes dresse le portrait d’une cité en mutation, où la photographie devient archive vivante d’un patrimoine souvent éphémère. Une exposition à la fois esthétique et citoyenne, qui rappelle combien les images peuvent préserver ce que la ville efface.

    Jusqu’au 15 janvier 2026
    à la Faculté d’Éducation de Nîmes (62 rue Vincent-Faïta). Entrée libre du lundi au vendredi, de 9h à 17h. Fermeture du lundi 22 décembre 2025 au 5 janvier 2026

  • Conte, riffs et légendes new yorkaises au Lollipop

    Conte, riffs et légendes new yorkaises au Lollipop

    Rencontre et concert. C’est une « release party » originale qui se tient ce vendredi (19h) au Lollipop où se produit New York Toys, le groupe fictif de Tom, le héros de One way or another, premier roman de Stéphane Signoret. Activiste rock, guitariste des fiévreux Pleasures et Neurotic Swingers, et co-gérant de ce mythique magasin de disques et label marseillais, ce dernier nous plonge dans un récit entre fiction et hommage à la scène rock new-yorkaise des années 1970.

    Brut et punk

    Publié chez Melmac dans la collection Urban Vibes, le livre s’inspire de son univers musical et de sa passion pour le punk-rock. Autour de Tom, disquaire marseillais obsédé par la Big Apple, ce conte mêle présent et passé. Sa vie ordinaire à Bruxelles bascule après une dispute. Tom se retrouve alors mystérieusement projeté en 1974 au cœur d’une ville sale, électrique, en pleine ébullition culturelle où tout semble possible. CBGB, Chelsea Hotel, graffitis naissants, et figures mythiques (Jean-Michel Basquiat, Andy Warhol, Richard Hell, Jerry Nolan, Debbie Harry) composent un décor brut où punk, poésie et survie s’entremêlent.

    Signoret y croise souvenirs, culture rock et imaginaire pour composer un texte vibrant, entre roman initiatique et documentaire, sur fond de films cultes, playlists et anecdotes ressuscitant une époque. Une déclaration d’amour à New York, à la musique et à l’utopie rock, traversée par la mélancolie d’un homme en quête de sens et de liberté.

  • [Exposition] Un voyage dans le temps entre Aden et Marseille

    [Exposition] Un voyage dans le temps entre Aden et Marseille

    En pénétrant dans la première salle d’exposition du musée de la Vieille Charité, le visiteur plonge dans l’Antiquité. « À la genèse de ce projet, on a un ensemble de pièces archéologiques originaires du Yémen qui ont été offertes aux musées de Marseille par la Compagnie des Messageries maritimes et par la famille Riès, présente Ann Blanchet, conservatrice en chef du patrimoine au sein des Musées de Marseille, dont cette magnifique dalle en albâtre, fragment d’un trône du VIIe siècle avant JC, venue d’un temple au sein du royaume de Saba », ajoute-t-elle. « Pour la première fois à Marseille, c’est l’occasion de présenter cette civilisation qui s’est épanouie au Sud de la péninsule arabique et avec laquelle il n’y a cessé d’y avoir des interactions. » Les prêts ont été consentis par le Louvre et par des grands musées européens tel que le British Museum.

    Quatre salles d’envergure, quatre espaces-temps qui remontent le fil de l’histoire. Les œuvres exposées témoignent des influences culturelles, sociales, économiques qui se sont tissées entre Marseille et la ville portuaire d’Aden. Dès le premier millénaire avant notre ère, les routes caravanières reliaient le sud de l’Arabie au monde méditerranéen et mésopotamien. L’écriture, centrale, y revêtait des formes originales et artistiques, au point que des marchands découpaient et revendaient les inscriptions esthétiques. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, ces territoires deviennent projections de fantasmes exotiques. Le développement de la consommation de café, d’encens, les rend attractifs. L’Alcazar de Marseille a fait le prêt de manuscrits retraçant les expéditions d’explorateurs sur ces terres de plus en plus cosmopolites. Le Yémen deviendra société coloniale, notamment sous l’influence d’Antonin Besse, homme d’affaires français au XIXe siècle.

    Rimbaud au Yémen

    Il y a des pièces inattendues. « Rimbaud a porté cette montre à gousset. Et nous avons ici l’un des rares portraits de l’artiste », explique Juliette Honvault, chargée de recherche à l’Institut de recherche et d’études sur les Mondes arabes. « Rimbaud a atteint le port d’Aden en août 1880 avant de s’associer avec de puissants hommes d’affaires européens sur place », développe-t-elle. L’exposition se poursuit avec la période industrielle. « La main-d’œuvre yéménite bon marché était embauchée dans les cales de navires marseillais, poursuit Juliette Honvault, ce qui a donné des destinées rares comme celle du yéménite Hayel Saees An’am qui finira par construire un groupe industriel avec ses compétences accumulées. » Il rentrera au Yémen et continuera de nourrir le lien en faisant connaître Marseille.

  • Migrant’scène, pour porter un autre discours sur les migrations

    Migrant’scène, pour porter un autre discours sur les migrations

    Prendre de la hauteur et remettre de l’humain au cœur de la question des migrations. Tel est le credo du festival Migrant’scène porté par la Cimade, qui revient à Béziers du 11 novembre au 12 décembre. « Il s’agit de lutter contre cet esprit nauséabond où l’immigré est porteur de tous les malheurs. On essaye d’aller à contre-courant de cette perception avec plusieurs événements pour prôner l’hospitalité, la richesse interculturelle et dénouer tout ce qui entraîne le rejet de l’autre avec des discours propageant la peur », détaille Jackie Bost, membre de la Cimade Béziers.

    Pour ce faire, plusieurs projections – suivies de débat en présence de membres des films ou des équipes de la Cimade – sont programmées. Loin des clichés xénophobes et racistes portés par l’extrême droite et une partie (de plus en plus importante) de la droite, le festival met en lumière plusieurs épisodes de la migration. Notamment Nouveau Monde, de Vincent Cappello, qui revient sur l’arrivée d’un jeune réfugié afghan à Paris cherchant un travail pour envoyer de l’argent à sa mère (10.12 à Béziers et une séance unique à Bédarieux le 16 novembre).

    Un film sur les CRA

    Ou encore, Les astres immobiles, dessin animé de Noémi Gruner et Séréna Picques, où l’on suit le quotidien de Chengdua, 9 ans, sollicitée par ses parents comme traductrice (17.11 à 14h30). Car la migration ne se résume pas à la traversée de la Méditerranée. En ce sens, le documentaire Outrepasser d’Elsa Putelat et Nicolas Dupuis s’arrête sur la frontière franco-espagnole (12.12, 16h30). « On voulait faire le parallèle avec la guerre civile espagnole où des réfugiés arrivaient en France en passant la frontière, vue comme un espace de liberté, sans se poser de questions. Aujourd’hui, quand on traverse le Perthus, on est soumis aux contrôles permanents, l’accord de Schengen est bafoué », soupire Jackie Bost.

    Un parcours semé d’embûches dont le calvaire ne prend pas fin une fois arrivé dans le pays d’exil. En effet, nombre de personnes peuvent être enfermées dans des Centre de rétention administrative (CRA). Un sujet au cœur du documentaire d’Annick Redolfi, Devant – contrechamp de la rétention (03.12, 20h). « Ce film montre comment les familles attendent des heures dans des conditions parfois indignes quelqu’un que l’on a enfermé alors qu’il n’a rien commis, à part ne pas avoir de papiers. De ce problème administratif, on fait un contentieux, un délit, mais ce n’est pas du tout le cas. Parfois, cette situation est créée par l’État lui-même qui ne délivre pas dans les temps les documents nécessaires au titre de séjour », observe Jackie Bost. Les personnes se retrouvent alors avec une Obligation de quitter le territoire français (OQTF) pouvant conduire à leur enfermement pendant plusieurs mois dans un CRA. À cela s’ajoute la dématérialisation des procédures, qui rend les démarches encore plus compliquées pour des personnes ne comprenant pas forcément le français.

    Les Biterrois sont on ne peut plus concernés par ce dernier film. En effet, l’édile d’extrême droite Robert Ménard s’est trouvé une lubie avec le projet d’un CRA dans la cité de Riquet – prévu pour 2027. Une occasion de plus pour l’adepte des plateaux télés de recracher son discours xénophobe, associant immigration et insécurité, repris en boucle par une grande partie de la sphère médiatique. « La migration est une richesse pour le pays et non une plaie. L’extrême droite est une frange de la politique française mais il y a tout un réseau associatif local qui montre une tolérance d’un large public, la solidarité existante. Mais tout ça est couvert par l’extrême droite, laissant croire le contraire. C’est une lutte permanente. »

    * Programme complet à retrouver sur migrantscene.org

  • Barbara Hendricks, exemple à suivre dans « son » collège à Orange

    Barbara Hendricks, exemple à suivre dans « son » collège à Orange

    « Je dis à tout le monde que c’est mon collège. Vous faites partie de ma famille depuis 30 ans maintenant », lance la chanteuse lyrique américaine Barbara Hendricks devant un parterre de personnalités et d’élèves du collège qui porte son nom depuis trois décennies désormais.

    En concert à Aix-en-Provence cette semaine, celle qui était également ambassadrice du Haut-Commissariat pour les réfugiés à l’ONU en a profité pour faire un crochet dans le Haut-Vaucluse et voir ceux qu’elle considère comme ses « enfants et petits enfants ».

    « On parle de valeurs, des droits humains. On a vu le travail des élèves sur le harcèlement par exemple. À chaque fois que je viens, ils ont quelque chose à me montrer qui me rend très, très fière, car cela montre qu’ils prennent ces valeurs très au sérieux », lance-t-elle dans un français avec un accent yankee. Quelques minutes auparavant, la chorale et l’orchestre de l’établissement ont joué en son honneur L’Hymne à la joie en allemand et en provençal. Et la septuagénaire, qui fête son 77e anniversaire ce jeudi 20 novembre, n’a cessé de bouger la tête en rythme et avec un large sourire malgré les quelques petites fausses notes, sûrement dues au fait que certains ne jouaient d’aucun instrument il y a quelques semaines encore. Un plaisir de revenir à Orange donc, notamment après de nombreux passages au festival des Chorégies dans le Théâtre antique où elle garde l’un de ses meilleurs souvenirs de sa carrière « malgré le mistral glacial qui m’obligeait à chanter avec des habits de ski sous ma robe », se remémore-t-elle tout en riant. La plantation d’un rosier en son honneur a conclu la matinée.

    Et c’est notamment le parcours et les actions véhiculées par Barbara Hendricks qui ont été soulignés par les représentants du collège et des différentes organisations, mais aussi par les élèves et la chanteuse elle-même.

    Engagement permanent

    Fille de pasteur née dans l’Arkansas « 20 jours avant la Déclaration universelle des droits de l’Homme par les Nations unies », comme elle le rappelle, elle a connu la ségrégation dans son État du Sud des États-Unis, confiant avoir le sentiment d’être « née apatride dans son propre pays ».

    « Par votre engagement permanent, notamment auprès des plus fragiles, nous retrouvons cet esprit chez les élèves », assure Philippe Koszyk, Dasen de Vaucluse, en faisant ensuite un parallèle, peut-être un peu hasardeux, entre « les élèves qui n’ont pas besoin d’aide et un certain nombre dans ce collège qui ont vraiment besoin d’être accompagnés ». D’autant plus lorsque l’on sait que professeurs et personnels éducatifs demandent depuis plus d’un an le passage du collège en réseau d’éducation prioritaire renforcée (Rep+), et qu’à ce jour, d’après nos informations, cette demande n’a eu aucune réponse de la part des instances.

  • Un fossile de crocodile marin du Jurassique exposé à Lodève

    Un fossile de crocodile marin du Jurassique exposé à Lodève

    Le lieu a été découvert par un promeneur, « un grand curieux », se souvient Stéphane Fouché, le responsable des collections de paléontologie du musée de Lodève. Depuis le 18 octobre, le scientifique spécialisé dans les restes d’animaux disparus compte un nouvel arrivant parmi ses collections : un fossile de crocodile marin datant du Jurassique, c’est-à-dire il y a 180 millions d’années.

    Une première dans le Sud de l’Europe

    « C’est une découverte extraordinaire pour le musée. Il est très rare de trouver des fossiles aussi bien conservés. » Le squelette quasi complet est en « connexion anatomique », c’est-à-dire qu’il a conservé la disposition naturelle de ses os « quasiment au millimètre près ». Il mesure 5 mètres de long et « environ la largeur d’un homme », d’après Stéphane Fouché. « On connaissait déjà cette famille d’animaux en Allemagne et en Angleterre, mais c’est la première fois qu’on en trouve un dans le sud de l’Europe. Il nous reste à déterminer s’il s’agit d’une espèce connue ou nouvelle. »

    Il aura fallu 12 ans entre la découverte du lieu de fouilles et l’exposition du crocodile. « En 2013, un promeneur avait présenté au musée plusieurs vertèbres fossilisées qu’il avait découvertes », explique le paléontologue. « Elles venaient d’un ichtyosaure, un reptile marin aux allures de dauphin. Il nous a indiqué le lieu de sa trouvaille et après avoir reçu l’autorisation du propriétaire du terrain, nous avons commencé à creuser. » Les fouilles dureront de 2017 à 2020. « On cherchait l’ichtyosaure et son crâne mais on a trouvé autre chose. »

    L’animal exposé temporairement

    Sorti de terre, le fossile du crocodile marin est authentifié et restauré pendant six mois avant d’être intégré à l’exposition temporaire « Anatomie comparée des espèces imaginaires », présentée jusqu’au 15 mars 2026 au musée de Lodève. Celle-ci prend le parti d’appliquer la méthode scientifique d’analyse corporelle des biologistes aux animaux imaginaires comme le dragon, le yéti, les aliens, Totoro ou encore le marsupilami. Des créatures qui s’inspirent bien souvent d’espèces réelles, actuelles ou préhistoriques comme ce nouveau squelette.

    Une fois l’exposition terminée, le crocodile marin quittera le musée pour être étudié par des chercheurs. Espèce, famille, environnement, mode de vie mais aussi conditions de conservation, les analyses permettront éventuellement à terme de mieux comprendre l’évolution des océans. « On sait que le crocodile a été parfaitement conservé grâce au manque d’oxygène dans les fonds marins. Cela a empêché le développement de bactéries qui l’auraient grignoté. Mais grâce à l’étude de sa fossilisation, on va pouvoir déterminer le réchauffement de la mer et les conséquences de ce manque d’oxygène. On va pouvoir comparer le passé à l’évolution actuelle des océans. »

  • [Entretien] Bashar Murkus : « Ce n’est pas juste avec le théâtre qu’on va arrêter la guerre »

    [Entretien] Bashar Murkus : « Ce n’est pas juste avec le théâtre qu’on va arrêter la guerre »

    La Marseillaise : Lors du dernier festival d’Avignon, vous avez déclaré : « Aujourd’hui, le théâtre nous semble insignifiant. La culture n’a jamais arrêté la guerre. Nous sommes tous responsables du génocide. » Qu’est-ce qui vous donne alors encore la force d’exercer votre art ?

    Bashar Murkus : Quand on vit dans un endroit occupé comme la Palestine, on voit les choses très clairement. À partir de là, penser que l’art va changer les gens et l’humanité, ce n’est pas réaliste. Le théâtre ne peut pas arrêter la guerre, ne peut pas sauver une famille dont la maison est bombardée. Ce n’est pas juste en faisant du théâtre qu’on va arrêter la guerre. Il faut faire plus que ça.

    À quoi sert donc l’art, et le théâtre en particulier ?

    B.M. : Il nous aide à poser des questions importantes pour notre avenir. Il peut nous aider à construire nos pensées avec les groupes avec lesquels on travaille. Et c’est ce rôle qui est assez grand et significatif. Mais donner au théâtre un rôle plus grand que cela, c’est une forme de fainéantise politique.

    Vous dirigez avec d’autres artistes palestiniens, le Khashabi Theatre, implanté à Haïfa. Quelles sont ses missions et à quels obstacles êtes-vous confrontés ?

    B.M. : Le Khashabi Theatre est un théâtre palestinien complètement indépendant qui existe à Haïfa. Le mot indépendant est très important à souligner car, rien que le fait qu’il se situe à Haïfa signifie qu’il subit la colonisation israélienne. Avec Khulood Basel [créatrice et dramaturge de Yes Daddy, Ndlr], et d’autres, je fais partie de ceux qui ont créé ce théâtre. Dès sa fondation, il était très important de refuser tout argent qui vienne de la colonisation israélienne pour développer notre identité palestinienne sans l’intervention de cette puissance colonisatrice. Pendant 10 ans, ce théâtre existait physiquement. À Haïfa, c’était l’un des espaces d’expression les plus importants pour le public palestinien. Malheureusement, pour des raisons politiques très spécifiques, sur lesquelles je ne peux pas m’étendre, on a été dépossédé de notre théâtre il y a moins d’un an. Aujourd’hui, même si nous jouons toujours en Palestine, nous sommes devenus une compagnie sans espace. On a été très tristes de le perdre. Selon moi, Israël essaye de détruire tout ce qui est palestinien et d’effacer toute trace de notre culture, y compris notre théâtre. La destruction qui se passe actuellement à Gaza est différente de notre cas. Car elle, elle se voit. Mais à Haïfa, il y a une autre forme de destruction, pas forcément palpable. En tant que résident d’Haïfa, on ne peut que la constater. Mais, même si elles ont une forme différente, ces deux types de destruction relèvent d’une même approche.

    Peut-on voir dans « Yes daddy » une allégorie de la guerre ?

    B.M. : Il n’est pas possible d’analyser le spectacle dans le contexte de la guerre actuelle. Ça en diminuerait sa portée. Le thème principal de la pièce est le suivant : si on occupe la mémoire d’une personne, est-ce que cela signifie qu’on va aussi occuper son avenir ? Sur scène, il y a un vieillard qui a perdu la mémoire. Et le deuxième personnage essaye de réécrire cette mémoire. Cela transforme en fait la mémoire en outil de contrôle. Si tout cela est pleinement politique et parle de la guerre, Yes daddy va beaucoup plus loin. Car la pièce parle de la relation d’un humain avec lui-même et aussi avec l’autre en face de lui. Cela pose des questions sur ce que fait l’être humain quand il est seul et qu’il n’est pas surveillé.

    Face à ce vieillard dont la mémoire flanche, se trouve un jeune travailleur du sexe. Est-ce lui qui va l’aider ?

    B.M. : Il y a plusieurs couches superposées dans Yes Daddy. Il ne va pas l’aider mais lui implanter une nouvelle mémoire. Je voulais créer un moment de rencontre secret entre eux deux. Quand le vieillard se retrouve complètement seul, sans famille ni amis, que va-t-il faire pour chercher quelqu’un qui va venir chez lui ? Et le fait que le jeune en face de lui soit un travailleur du sexe ajoute une couche supplémentaire sur la question de l’identité sexuelle.

    La pièce traite de la relation d’amour-haine. Un sentiment plus qu’un autre vous a-t-il habité pendant sa création ?

    B.M. : Il y a toujours eu le même degré de présence d’amour et de haine. J’ai trouvé intéressant de créer ces deux personnages, totalement seuls, qui n’ont pas d’autre choix que d’être ensemble à ce moment-là, même s’ils sont opposés. Après, il faut préciser que le public n’est pas seul dans ce spectacle. Et que, malgré cela, on laisse des trous que les spectateurs peuvent remplir avec leur propre histoire. Quant à la métaphore, elle y est très présente, je ne la laisse pas planer.

  • JR joue les prolongations au Carré Ste-Anne, à Montpellier

    JR joue les prolongations au Carré Ste-Anne, à Montpellier

    Au cœur de Sainte-Anne restaurée, l’installation a déjà séduit plus de 225 000 visiteurs. Face à ce succès public, l’exposition est prolongée jusqu’au dimanche 4 janvier 2026 inclus.

    Avec cette installation participative et collaborative, JR explore la mémoire des lieux et des âmes à travers un arbre monumental et vivant dont les frondaisons, composées des mains des visiteurs mais aussi envoyées depuis le monde entier, ont évolué au fil des mois. En effet, grâce aux deux photocopieurs mis à la disposition du public au sein de l’ancienne église, chacun(e) pouvait laisser son empreinte et contribuer
    à la vie de l’installation. Aujourd’hui, ce sont plus de 45 000 mains qui emplissent la nef du Carré Sainte-Anne.

    * La visite est libre et gratuite

  • « Marseille & friends » : galette hip-hop à l’ancienne dans les bacs

    « Marseille & friends » : galette hip-hop à l’ancienne dans les bacs

    À Marseille, les bonnes idées naissent souvent autour d’une bonne « pizze ». Il y a un an « presque jour pour jour », c’est autour d’une ronde à la marseillaise que le beatmaker Excès Zbraa lance à Olivier Gilles, taulier de Galette Records, disquaire implanté dans le quartier du Cours Julien : « ça te brancherait pas de faire un maxi qui s’appellerait Galette and friends, dans lequel on réunirait les rappeurs qu’on connaît ? », se remémore le dernier cité, avant d’embrayer : « Je lui ai répondu oui sur le principe. Mais ça s’appellerait plus Mars & friends car Galette, ça fait trop égocentrique », rappelle avec humour celui qui se retrouve alors propulsé directeur artistique d’un projet prenant rapidement le tour d’un vrai album. En ligne sur les plateformes de streaming, mais aussi et surtout en vente dans son échoppe de la rue des trois frères Barthélémy depuis vendredi 14 novembre.

    Le résultat ? 10 titres qui fleurent bon le hip-hop à l’ancienne, comme on les aime. « Ce que les gens écoutent actuellement, c’est du pop rap, pas du vrai hip-hop », constate Olivier Gilles, du haut de son œil d’expert mais aussi d’après le retour de ses clients. « De plus en plus de gens veulent un retour au hip-hop qu’on a connu dans L’école du micro d’argent [l’opus mythique du groupe IAM, sorti en 1997, Ndlr], à ce qu’on appelle le boom bap ».

    Internationale marseillaise

    « On a demandé à 38 artistes de donner leur vision de Marseille depuis chez eux », situe-t-il à propos de Marseille & friends. De Gino 1313, qui a « grandi entre le Panier et l’Opéra, et traîné jusqu’à l’heure où les requins côtoient les rats » à Nejma Nefertiti, tout droit venue de Brooklynn, qui clame qu’« elle adore New York, mais que Marseille est dans ses rêves », un panel réjouissant qui fait renouer les auditeurs avec les bons vieux rythmes à quatre temps ainsi que les samples chiadés. Que dire encore du Mc américain installé à Marseille, Napoleon Da Legend, qui répand son flow sur Marseille la nuit, ou encore du rappeur Inoki, « l’équivalent d’Akhenaton en Italie », dixit Olivier Gilles, qui triture avec jubilation La langue du rap aux côtés du Mc du Panier, Costello… Le tout, sur des instrus signées par le jazzeux Fred Spider, le plus funky des Marseillais, Mofak, et même Imhotep d’IAM.

    N’en jetez plus, Marseille & friends sonne comme une madeleine de Proust de l’âge d’or d’un hip-hop hélas englouti par une industrie qui l’a dénaturé aux oreilles du grand et jeune public. Mention spéciale pour Ronin de Mars, son tour à tour héroïque et lyrique, ponctué d’un couplet de Faf Larage, déplorant avec verve : « Quand l’amitié devient un mirage cruel, que les promesses sont bafouées et les sourires balafrés, quand la bienveillance de ceux qu’on a aimés s’effrite sous la semelle, la douleur nous plante sa dague affutée et le mode sombre dans le soupçon et l’anxiété ». Autant de titres estimables qui appellent une « release party, en préparation », et même une suite « à laquelle on est déjà en train de réfléchir », confie avec fierté Olivier Gilles. « Il est même possible qu’on y trouve Shurik’n », fait-il déjà languir.

    Vinyle disponible chez tous les bons disquaires, surtout chez Galette Records, et sur www.galette-records.com