Category: culture

  • Bo Widerberg, anti-Bergman à Aix-en-Provence

    Bo Widerberg, anti-Bergman à Aix-en-Provence

    Qui dit cinéma suédois fait forcément surgir la figure tutélaire d’Ingmar Bergman, cinéaste ayant collectionné tout au long du XXe siècle des prix à Cannes, Berlin et Venise. Un totem dont Bo Widerberg (1930-1997), qui fait l’objet d’un cycle du 5 février au 1er mars à l’École supérieure d’art d’Aix, s’est pourtant démarqué dès ses débuts, lui qui estimait que le public ne peut pas « se reconnaître dans les personnages de Bergman. Ils ne sont que des figures dans un théâtre mental ».

    « Cinéaste, romancier, scénariste et critique de cinéma », Bo Widerberg fait davantage dans le charnel et le sensible. « Considéré comme le chef de file d’une nouvelle vague suédoise. Il a ouvert la voie à un cinéma libre et hédoniste, teinté des couleurs de l’impressionnisme », plante le programme de l’Institut de l’image d’Aix, à l’initiative de ce cycle.

    « Le quartier du corbeau »

    Le premier film réalisé par Bo Widerberg, qui lorgnait plutôt du côté de la Nouvelle vague française, coïncide ainsi avec Le péché suédois (1963). Un drame autour de l’histoire de « Britt, ouvrière en usine et Björn, bourgeois cultivé, qui disparaît », tandis qu’elle « tombe enceinte de Robban, guitariste canaille ». Il faut dire que ce cinéaste, dont l’œuvre a été éclipsée par celle de Bergman, a le goût pour des films « empreints d’humanisme et de préoccupations politiques et sociales », comme pourront également l’illustrer les projections du Quartier du corbeau, dans les pas d’« Anders, qui vit avec un père alcoolique et une mère bourreau de travail. Pour dénoncer l’injustice sociale, il veut devenir écrivain », résume-t-on du côté de l’Institut de l’image qui proposera au total huit de ses films.

    www.institut-image.org

  • Le cinéma s’invite à l’école élémentaire au Rove

    Le cinéma s’invite à l’école élémentaire au Rove

    Grâce à un projet initié par leurs enseignantes en partenariat avec l’association ACA et le soutien de la municipalité dans le cadre des sorties financées par la municipalité, les élèves découvrent l’univers du 7e art.

    L’objectif de ce projet est double : faire découvrir l’histoire du cinéma tout en sensibilisant les élèves aux nombreux métiers liés à un tournage. Cette semaine, les élèves ont vécu un temps fort du projet avec une semaine de tournage. Tour à tour acteurs, réalisateurs ou cameramen, ils ont réalisé un film d’environ 15 minutes… Un visionnage est prévu en fin d’année scolaire en présence des parents et de la municipalité,

    Autre moment marquant : la visite, début janvier, de Malek Hamzaoui, directeur de production et comédien du réalisateur Robert Guédiguian. Il était accompagné de Romain Silvi, membre de son équipe, et accueilli en présence de Chantal Giraud, adjointe aux écoles.

  • [Festival] Du rire et du vin pour réchauffer l’hiver dans l’Hérault

    [Festival] Du rire et du vin pour réchauffer l’hiver dans l’Hérault

    Durant trois week-ends d’affilée, du 30 janvier au 13 février, les Hivernales du rire et du vin sont de retour dans l’arrière-pays héraultais pour une 35e édition. Organisé par la communauté de communes des Avants-Monts, ce festival original marie, comme son nom l’indique, l’humour et la viticulture. Un beau programme pour réchauffer le cœur de l’hiver, « à une période où il y a très peu d’événements sur notre territoire, qui est plutôt touristique donc s’anime davantage aux beaux jours », explique Olivia Losse, responsable du service culturel de la communauté de communes des Avants-Monts.

    Murviel, Roujan et Laurens

    « Sur chaque commune où nous allons, on invite un vigneron qui y est domicilié à venir présenter ses vins. Le spectacle se déroule et à la fin de la représentation, nous organisons un moment convivial avec dégustation et rencontre avec les artistes et les vignerons », détaille Olivia Losse. « Notre but est que tout le monde puisse accéder à la culture, même en ruralité. On n’a pas de salle dédiée sur le territoire, donc on transforme les salles polyvalentes ou les salles des fêtes des différentes communes pour accueillir les spectacles, afin que les habitants s’y sentent comme dans un vrai théâtre. On favorise aussi l’accès à la culture en pratiquant des tarifs accessibles* », poursuit la responsable du service culturel.

    Pour cette édition 2026, quatre spectacles seront proposés dans trois communes différentes. Entre sketch, stand-up, danse et musique, le Montpelliérain Kevin Levy assurera l’ouverture du festival vendredi 30 janvier à Murviel-lès-Béziers avec son premier seul en scène, « Cocu ». « À la fois drôle et authentique, il séduit un public toujours plus large. Dans son spectacle en solo, il retrace la désillusion amoureuse et en profite pour croquer notre époque. »

    Le lendemain, toujours à Murviel-lès-Béziers, c’est « Madame Fraize » qui investira la salle multi-activités. « Clown lunaire à contre-courant des lois de l’humour et des diktats de l’efficacité, Monsieur Fraize est un personnage culte dans l’univers du one man show. Cette fois, il rend hommage à Madame, avec un spectacle délicieusement drôle et absurde. »

    Le week-end suivant, 6 février, cap sur Roujan avec Amor à mort, de la compagnie Boulègue Production. « Un spectacle d’humour noir cathartique, audacieux. Amor à mort, c’est une série de tableaux féroces, drôles, grinçants et résolument transgressifs sur des histoires d’amour. »

    Enfin, en clôture du festival le 13 février, Bernard Mabille, qu’on ne présente plus, se produira à Laurens avec « Loin des cons », « un spectacle incisif et intimiste démontant politiques et société avec humour et liberté. » Le tout en présence, à chaque représentation, des vignerons du territoire invités pour la soirée.

  • Expos entre guerre et lumière à la Friche Belle de Mai

    Expos entre guerre et lumière à la Friche Belle de Mai

    « La culture en Ukraine est presque une arme de défense », explique Alban Corbier-Labasse, directeur de la Friche Belle de Mai, à l’heure d’introduire « Le Gué – culture sous guerre ». Exposé dans la salle des machines, un parcours signé Paul Gilonne, suite à ses récents séjours en Ukraine, où il a constaté une « chasse à l’identité ukrainienne ».

    Un fil que ce graphiste tente de rembobiner depuis les années 1920 jusqu’à l’invasion russe actuelle. Sur les murs, la retranscription de ses rencontres : de l’Académie nationale des arts de Lviv, « où sont aujourd’hui fabriqués des filets de camouflage qu’ils envoient au front », jusqu’à Izolyatsia, friche de Donnetsk « prise par les milices russes qui en ont fait une prison politique et un lieu de torture », indique Paul Gilonne, tandis qu’un écran diffuse le témoignage d’un journaliste sur ces atrocités. Sur des murs griffés de bleu et jaune, l’engagement d’artistes dans le conflit se signale par des références à Maksym Kryvtsov, poète devenu soldat, tué en 2024, ou de la peintre Marharyta Polovinko, fauchée par un drone russe.

    « D’un monde à un autre »

    Au 4e étage de la tour panorama de la Friche, théâtre de l’exposition « Au grand jour », réalisée par Anita Ingarden, changement d’ambiance, mais pas d’angoisse, fut-elle parfois teintée de lumière. Sous d’immenses volumes, quatre installations en verre brisé donnent l’impression que les lieux ont été habités. « Un travail sur la question du regard et de la transparence », situe la commissaire, Victorine Grataloup, alors que des écrans diffusent des images d’acteur façon caméra de vidéosurveillance. À l’ère des réseaux sociaux et du flicage généralisé, et « si le regard pouvait tout traverser ? ». Passés ces « portails » allant « d’un monde à un autre », de brutes et fines sculptures en verre et matériaux de chantier suspendues. Comme si elles étaient « en train d’exploser » devant la baie vitrée de cet espace d’exposition qui embrasse le nord de Marseille. Le chemin vers l’intimité ?

  • Les 300 bougies de l’Académie de Marseille

    Les 300 bougies de l’Académie de Marseille

    Le nouveau président de l’Académie, l’architecte Didier Rogeon fut décoré de la médaille de la Ville de Marseille. Pour cette circonstance Benoît Payan confirma ses goûts de bon chineur : il offrait en guise de cadeau d’anniversaire un superbe plan ancien de Marseille, une gravure de l’allemand Johann Christian Leopold réalisée en 1727.

    Auparavant Didier Rogeon avait présenté la programmation culturelle que sa Compagnie orchestre dans le courant de l’année 2026. À côté de soirées musicales et de concerts imaginés par Jean-Robert Cain, il mentionnait un colloque les 24/26 avril à propos des « Coups de cœur » qu’on peut ressentir dans les musées de Marseille, une exposition de faïences anciennes qui se tiendra cet été à Notre-Dame de la Garde ainsi qu’en octobre une réunion qui fera dialoguer des représentants des 35 autres académies de nos provinces.

    À quoi s’ajoutent au musée d’Histoire l’exposition des photographies de la famille Detaille et la tenue dans l’auditorium de l’Alcazar d’une conférence chaque dernier mercredi de chaque mois. La première de ces conférences s’est déroulée le 25 janvier.

    Question cruciale, comment se renouveler ?

    En face d’une salle comble Élisabeth Mognetti et Régis Bertrand évoquèrent à compter de 1726 la succession de domiciles, le difficile nomadisme de leur Académie avant qu’elle n’obtienne, en 1904 suite à un don exceptionnel, sa demeure permanente, les maisons des 38 et 40 rue Thiers.

    L’Académie de Marseille n’est pas foncièrement conservatrice puisque sans parler des nombreux scientifiques et médecins qui figurent dans ses rangs, on y rencontre des historiens de qualité, Xavier Daumalin, Renée Dray-Bensoussan, Catherine Dureuil et Jean Guyon ainsi que des personnes liées à la modernité artistique, Jean-Noêl Bret, Marc Gensollen et Daniele Giraudy. Tricentenaire aidant, pour envisager l’avenir, on voudrait souhaiter à cette Compagnie une plus large ouverture, au niveau de ses prochaines recrues. Exceptions faites pour Marcel Brion, Pierre Barbizet et Marcel Maréchal qui occupèrent le fauteuil 35, les meilleurs noms du XX° siècle en furent trop souvent absents.

    Du côté des Lettres on n’a pas croisé rue Thierry des gens de théâtre comme Louis Ducreux et Antoine Bourseiller, les historiens Philippe Joutard et Émile Témime, les écrivains ou poètes Gabriel Audisio, Jean Ballard, Louis Brauquier et Jean-Claude Izzo. De même, liste trop longue, dans cet inventaire des morts ou bien des vivants qui n’ont rien demandé, manquent cruellement le promeneur Michéa Jacobi, le psychanalyste Roland Gori, les avocats Paul Lombard et Pierre Guerre, les cinéastes René Allio et Robert Guediguian, les architectes Fernand Pouillon et André Dunoyer de Segonzac. Parmi les récents aveuglements de l’Académie, on ajoutera, frondeur, savant et convivial, le linguiste Médéric Gasquet-Cyrus : sa candidature vient d’être par deux fois fâcheusement déboutée.

  • [Le grand entretien] Sanseverino : « Protégeons-nouset luttons »

    [Le grand entretien] Sanseverino : « Protégeons-nouset luttons »

    Sanseverino : Oui c’est un peu ça l’idée, même si on peut pas faire fermer leur gueule aux gens car ils ont la bouche un peu trop lourde. En tout cas, on essaie de leur dire que c’était pas mieux avant, mais c’est juste qu’ils ont perdu leur jeunesse, moi y compris. Après, c’est vrai que le monde actuel est critiquable. Regardez les horreurs qu’il se passe en ce moment aux États-Unis par exemple. Mais cet album, c’est aussi pour dire aux jeunes gens : « Courage, on va s’en sortir. »

    Dans votre album, vous dressez tout de même un tableau de la société peu reluisant à bien des égards. Quelles sont les lueurs d’espoir que vous décelez dans notre époque alors ?

    Sanseverino : C’est juste en y croyant qu’on va s’en sortir. Il faut chercher absolument à être heureux. Moi, je ne peux rien contre l’ICE. Que puis-je faire depuis chez moi en chaussettes, si ce n’est commenter des posts, contre cette milice ultra-violente, cocaïnée et défendue par un énorme pouvoir ? On ne peut pas se dire chacun dans son coin « tout est pourri » et se contenter de ça. Il faut faire des rencontres, des amis, des amours, consommer de l’art, être curieux de tout… C’est possible d’être heureux, sans oublier d’être solidaire avec les gens qui souffrent.

    Sur le titre éponyme de l’album, vous pointez « ceux qui disaient fuck off, rebelles de circonstance, se noient dans la Smirnoff et ont viré vieille France ». À qui pensez-vous en particulier ?

    Sanseverino : Pas à des gens connus, mais plutôt des copains qui ont quitté le perfecto pour, soit finir par devenir RN, soit baisser les bras. En vieillissant, on fatigue tous. Des gens votaient pour le Parti communiste il y a bien des années et votent RN aujourd’hui. Un truc par facilité qui les empêche de réfléchir. Après, la lutte est difficile. Les idées de gauche sont moins faciles à défendre parce qu’elles sont larges et contre le profit. Alors que celles de droite, sont plus simples et consistent à dire : « laisse-moi, je veux être tranquille et bourré de pognon ».

    Tentez-vous de ramener ces connaissances aux idées rances sur le chemin de la justice ?

    Sanseverino : Si je le fais, j’essaie de rester ouvert. Quand on a des amis, c’est pour la vie, même s’il a fait des conneries comme celles-là. Tant que les gens restent dans la discussion, moi, je veux continuer à parler avec les gens qui ne sont pas du même avis que moi. Ça me rappelle un peu les repas de fête où on se retrouve attablé avec le tonton facho. Après, avec ceux-là, faut éviter de parler de certains sujets car on sait comment ça va se finir et il ne changera pas d’avis.

    Sur le morceau « On n’est pas bien là ? », vous décrivez cette drôle d’époque où « on voit des flics courir derrière des pauvres geeks qui manifestent contre leur licenciement économique ». Qu’est-ce que vous inspire la situation sociale en France ?

    Sanseverino : La même chose qu’il se passe aux États-Unis, les morts en moins. Qu’est-ce qui va nous sortir de là ? Entre la gauche et la droite, je ne vois personne qui m’inspire, hormis des gens pas présidentiables, qui ont l’air d’être assez intelligents mais qui n’ont pas de personnalité assez forte. Moi qui suis né en 1961, je suis allé voter un paquet de fois. Même si j’estime que c’est utile, je suis déçu à chaque fois. Il faudrait peut-être que plus personne ne vote ou mettre en place un vote blanc généralisé pour qu’on s’aperçoive qu’il y a quelque chose à remettre en cause. Mais il n’y aura que mes copains qui m’écouteront. Regardez Macron aux dernières élections, il avait contre lui le RN. J’ai dû voter Macron la mort dans l’âme. Je le regrette mais je ne pouvais pas ne pas voter. Les gens dans la rue ne sont pas écoutés. Regardez, quand les pauvres infirmiers descendent dans la rue, tout le monde compatit. Mais pourtant, ils ont des conditions de travail ignobles dans les hôpitaux et continuent quand même à nous soigner, même fatigués et les yeux en vrac. Il y a toujours quelqu’un qui vous soigne, gratuitement avec une carte vitale. Même si la situation n’est pas géniale, on reste quand même dans un pays splendide avec des trucs qui ont été gagnés par des luttes. Aux États-Unis, ils en sont à demander des crédits parce qu’ils se sont cassés la jambe.

    Sur « Pas la guerre », vous évoquez les conflits sur le globe et de certains qui pensent : « La guerre est là-bas. Et c’est pas chez moi. Alors je ne dis rien, alors je ne fais rien. » Finalement, votre album dresse le constat d’une époque parfois effrayante, mais face à laquelle il ne faut pas se résigner…

    Sanseverino : Totalement. À quoi servent les manifestations par exemple ? D’abord, à se réunir, à parler ensemble. Au moins, on sait qu’on n’est pas seuls à se révolter contre une boucherie, quelle qu’elle soit. Si tout le monde continuait, ne serait-ce qu’à exprimer son désaccord, les choses pourraient quand même changer, même si la route est longue et dure. Les Américains, par exemple, se réunissent par milliers dans les rues depuis des mois. Même si des représentants du pouvoir continuent d’assassiner impunément, les manifestants ont réussi à faire virer l’espèce de nazi dont j’ai oublié le nom. Il sera peut-être remplacé par quelqu’un d’encore pire. Mais il faut bouger. Ne fermons pas les yeux. Les événements, aujourd’hui, chacun les voit depuis son téléphone. On est assailli par la violence. Donc, protégeons-nous et luttons.

  • Carte blanche à un plasticien à l’Inguimbertine

    Carte blanche à un plasticien à l’Inguimbertine

    Artiste plasticien originaire de Carpentras, René Guiffrey expose ses œuvres avec « Les fragments de rétrospective » à voir à la bibliothèque-musée Inguimbertine de la ville à partir de ce dimanche et jusqu’au 26 avril.

    Plus de cinquante ans de travail s’y trouvent condensés et réunis autour d’une démarche expérimentale, ayant pour fil conducteur la lumière que l’artiste explore au travers du blanc et de la transparence.

    Au total une centaine d’œuvres sont installées dans l’Hôtel-Dieu, un monument du XVIIIe siècle dont l’architecture répond à un souci aériste en multipliant les entrées d’air et de lumière, le tout dans de vastes salles aux murs historiquement blanchis.

    Jouer avec la lumière

    Ainsi, à travers différents supports et techniques allant de la peinture sur toile à la sculpture en passant par le verre, le vitrail ou encore la céramique, René Guiffrey joue à la fois sur les surfaces, les couleurs et les formes qui accrochent la lumière différemment en fonction des saisons mais aussi des différentes heures de la journée provoquant ce qu’il aime à qualifier d’« instabilité déroutante ».

    Autour de cette exposition, des conférences vont être organisées. Une première le 7 février en présence du plasticien et la seconde le 18 avril autour du travail de Pierre Soulages.

    Infos et réservations ici sur le site internet de l’Inguimbertine.

  • Django, Davis et Ellington à l’honneur à Bayssan

    Django, Davis et Ellington à l’honneur à Bayssan

    Lier création et tradition. Tel est le credo de la 4e édition de Jazz à Bayssan, qui se déroulera du 30 janvier au 1er février au domaine éponyme. Une nouvelle édition qui fait la part belle à de grandes figures de jazz : Django Reinhardt mais aussi Duke Ellington et Miles Davis. Un trio de stars qui sera revisité par des talents d’aujourd’hui – 33 artistes pour cinq concerts – tout au long du festival.

    Premier rendez-vous le 30 janvier, avec le trio de Baptiste Herbin pour un Django revisité pour le moins original puisque le concert se fera sans guitare ni piano. « C’est très audacieux. C’est une proposition qui donne une autre sonorité au répertoire de Django Reinhardt, Baptiste vient de sortir son nouvel album, “Django”. Mais on souhaitait avoir les deux versants. Ce concert sera précédé par Adrien Moignard avec son 4tet à cordes. C’est un des guitaristes de jazz manouche les plus reconnus aujourd’hui », détaille Bruno Houlès, directeur de la Scène de Bayssan.

    Le 31 janvier, Miles Davis sera revisité sous un air de flamenco, à travers la rencontre entre le trompettiste Erik Truffaz et Antonio Lizana (20h). Un concert précédé par celui du quartet Prima Kanta, nourri d’influences de Philip Glass.

    Il reviendra au jeune trompettiste Béesau de fermer la marche, le 1er février, pour un concert teinté de hip-hop et d’électro, dans l’intimité de la Chapelle Saint-Félix. « C’est une belle découverte, il viendra avec son quartet, sa trompette singulière et son souffle particulier.  »

    * Programme complet à retrouver sur : scene-de-bayssan.herault.fr.

  • Conflit judiciaire et bulles d’air frais

    Conflit judiciaire et bulles d’air frais

    Franck Bondoux est accusé par certains auteurs et collectifs de dérives mercantiles, management toxique, ou encore d’avoir licencié une salariée, suite à la plainte de cette dernière pour un viol commis en marge du festival d’Angoulême. Mais lors de la conférence de presse qu’il organisait jeudi 29 à Paris, le patron de 9e art+, association qui avait jusqu’à présent la charge de cette Mecque de la BD, balaye d’un revers de main ce qui lui est reproché. Les « où commence la toxicité ? » et autres « dans toutes les entreprises, des gens vont et viennent » illustrent le déni de celui qui a annoncé hier assigner en justice l’Association pour le développement de la bande dessinée à Angoulême, chargée de nommer un nouvel organisateur du festival suite aux revendications des auteurs et éditeurs, pour « concurrence déloyale et parasitisme ». Une « tentative de spoliation », selon Franck Bondoux.

    Grosses vs petites mains

    « 9e art+ n’a jamais fait preuve d’une prise de conscience de ce qui lui était reproché. Il faut que le festival d’Angoulême change de mains », estime l’autrice marseillaise Nine Antico. Alors que la 56e édition d’Angoulême, qui devait se tenir actuellement, a été annulée, des autrices ont répondu à l’appel du collectif Girlxcott pour tenir des Fêtes interconnectées de la BD. Au menu, à Marseille, du 30 janvier au 1er février, des rencontres avec de nombreuses artistes et expositions à l’Alcazar et à la Friche Belle de Mai, ou encore le parcours « Loisirs créatifs » autour de l’œuvre de l’Istréenne Anouk Ricard, Grand prix d’Angoulême 2025, à la salle polyvalente de l’Articho (3, rue des Abeilles, 1er).

    Programme complet sur girlxcott.org

  • [Entretien] Nine Antico : « Il existe une vraie lutte pour faire exister nos droits dans la BD »

    [Entretien] Nine Antico : « Il existe une vraie lutte pour faire exister nos droits dans la BD »

    La Marseillaise : Comment le mouvement Girlxcott est-il né ?

    Nine Antico : Un mécontentement germait depuis une dizaine d’années et a explosé l’an passé, suite à un article paru dans L’Humanité qui exposait clairement les dérives aussi bien artistiques que de gestion du festival d’Angoulême. Ce qui a aussi mis le feu aux poudres, c’est le licenciement d’une employée de 9e Art+ [association gestionnaire du festival, Ndlr], au lendemain qu’elle ait annoncé avoir été violée lors d’une soirée professionnelle.

    Dans le monde de la BD, comment les violences faites aux femmes, et plus généralement aux personnes vulnérables, se manifestent-elles ?

    N.A. : C’est un milieu, comme tous les milieux artistiques, qui a été très masculin. Et donc, l’incursion de plus en plus d’autrices, ces dernières années, a provoqué certaines situations. Il existe de nombreux témoignages de violences sexistes ou sexuelles, d’agressions. C’est un milieu qui ressemble malheureusement à d’autres milieux artistiques où il y a eu très peu de représentations de femmes. Pour que les choses bougent, il faut du temps. Cela passe aussi parfois à travers l’expression de ras-le-bol comme cette année. Des autrices ont été à l’initiative du mouvement, mais on a été aussi rejoint par des hommes, des auteurs, des éditeurs… C’est un mouvement qui englobe plein de choses, mais décrit, en gros, une volonté de penser autrement un festival qui serait plus horizontal et inclusif. Qui représenterait le milieu de la BD tel qu’il est vraiment aujourd’hui.

    Certains ont aussi pu déplorer le côté « machine à cash » du festival. Quel cynisme face à la précarité dans laquelle les auteurs de BD se trouvent…

    N.A. : Ce festival, qui était payant, a vu son prix d’entrée pour le public augmenter ces dernières années avec des places autour d’une trentaine d’euros. Or le but du jeu est de rencontrer les auteurs et acheter des livres. Ça manquait aussi de générosité dans les lieux pour que les auteurs se rencontrent. Il y a aussi le cas de la présentation de certaines expositions qui ont déclenché de vives polémiques. L’enquête de Lucie Servin dans L’Humanité racontait comment l’esprit mercantile a écarté au fur et à mesure l’aspect ludique de ce festival qui avait été pourtant créé dans les années 1970 par une association à une tout autre échelle.
    Avec les auteurs qui vendent beaucoup, une minorité, et les autres, il y a deux endroits qui ne se rencontrent pas, qui plus est dans les bulles telles qu’elles avaient été façonnées à Angoulême. Les publics se croisaient dans les rues, mais pas du tout sous les chapiteaux. À côté des grosses maisons d’édition et des livres à gros tirages qu’on peut trouver en supermarché, il y a un nombre conséquent et majoritaire d’auteurs qui n’arrivent pas à vivre de leurs productions. Et qui, à Angoulême, se retrouvaient dans des conditions de festival se rapprochant davantage du camping qu’autre chose. Il y a en ce moment une vraie lutte pour faire exister nos droits, en faveur d’un système qui nous protégerait entre deux livres. Une BD, c’est un temps de fabrication très long, un travail solitaire. Pour que l’on gagne de l’argent sur nos livres, il faut que nos ventes dépassent les droits d’auteur qu’on a eus.

    L’idée des Fêtes interconnectées de la BD, c’est de renouer avec une dimension humaine ?

    N.A. : Oui, l’aspect solidaire, déjà. Rien que le fait de s’emparer de la programmation et de se rencontrer entre auteurs et autrices est déjà une avancée. On est au cœur de la décision et cela à un gros impact sur nos motivations à être là. On le fait de manière bénévole. Mais le but du jeu n’est pas que le festival d’Angoulême soit détruit ad vitam aeternam. Mais plutôt de dire : on n’est pas contents de cette version-là, on en voudrait une autre dans laquelle on serait plus impliqués, mieux traités et avec plus de diversité. Une diversité qu’Angoulême avait tendance à effacer.

    Et dans le cadre des Fêtes interconnectées de la BD, vous participez avec d’autres autrices, le 31 janvier, à une table ronde à l’Alcazar ainsi qu’à une exposition à la Friche Belle de Mai…

    N.A. : On se penche sur le désir sous l’angle féminin. Une thématique qui afflue dans nos derniers livres ou revues. Tout un imaginaire a été monopolisé par les hommes. On discute sur ce que nos regards et récits peuvent apporter au monolithe sur lequel on s’est construit, qui est un regard essentiellement masculin. Il y aura aussi par exemple Claire Fauvel, qui photographie les hommes nus, l’anthropologue Morgane Tocco dont le sujet de recherches est la représentation du nu masculin dans l’art. Elle montre à quel point il y a peu de représentations. La femme nue est toujours au cœur de l’art, tandis que le nu masculin, beaucoup moins. On soulève plein de points à propos du désir féminin ou queer sur l’homme.