Category: culture

  • Un livre pour ne pas oublier l’histoire et l’œuvre d’Ahmed Zitouni

    Un livre pour ne pas oublier l’histoire et l’œuvre d’Ahmed Zitouni

    « Nous n’avons rien écrit, nous avons compilé. » Quelques mois avant le décès d’Ahmed Zitouni, Françoise, son épouse, lui fait une promesse : « Je lui ai dit que j’essaierai de le faire éditer. » De son vivant, l’auteur n’a jamais voulu se plier aux maisons d’édition. « Il savait qu’il n’avait pas les codes. On lui demandait des choses qu’il ne voulait pas, donc il a récupéré tous ses droits. »

    À sa disparition, le 5 juin 2024, Françoise s’inquiète qu’Ahmed Zitouni soit oublié : « Je voulais qu’on se rappelle de son œuvre. » Avec l’aide de plusieurs proches, elle fonde l’assoaZ. « On se demandait comment faire pour que les gens relisent et découvrent Ahmed. » Naît alors l’idée de l’ouvrage intitulé Je suis un écrivain !, qui regroupe des textes inédits de l’auteur, ainsi que des lettres et des entretiens.

    Henriette Stoffel, amie du couple, développe : « Ce livre doit permettre de comprendre qui il était et ce qu’il a fait. » Dans l’ouvrage, qui sera présenté à Marseille le jeudi 11 juin, des réflexions sur sa vie d’écrivain se mêlent à une analyse de sa condition. « On retrouve des inédits : la lettre à Ada, sa fille, et le journal du vieil écrivain, où il étudie son cancer », indique Françoise Zitouni. « Il y a aussi Houria, qui parle d’un amour de jeunesse. Il revient vers l’Algérie et raconte l’histoire de deux gamins amoureux pendant la guerre et les émeutes à Oran », complète Henriette Stoffel.

    Le scribe de Saïda

    S’il était un écrivain en France, Ahmed Zitouni était surtout « un enfant de la guerre d’Algérie et de la colonisation, ce qui a laissé des traumatismes importants chez lui ». Sans pour autant revendiquer une identité, l’homme disait qu’il n’en était d’aucune, il « refusait d’être l’arabe de service » et voulait « déblanchir la langue française et la refriser ». Dans ses ouvrages, plusieurs thématiques font écho à cette vision du monde et à ses racines. « Il y a par exemple l’exil, qui est vraiment une thématique majeure chez lui. Il y a le racisme, la folie. Il a toujours pensé qu’il avait une dette envers les siens et voulait les représenter », expliquent les deux femmes.

    Une œuvre d’actualité

    Ses écrits restent très actuels. « Il revendiquait un certain féminisme, il évoquait la femme forte, mais écrasée par l’histoire comme il a pu le voir en Algérie. » Françoise poursuit : « En France, il a eu le parcours traditionnel d’immigré : les inégalités, le racisme… Il y a là aussi quelque chose de très moderne. »

    En trouvant un éditeur pour ses livres, l’association espère « permettre à plus de gens de s’identifier à lui ». Avant d’être emporté par la maladie, Ahmed Zitouni était « extrêmement inquiet et critique du racisme systémique », porteur d’une colère qui ne l’a jamais lâché. En faisant vivre ses ouvrages, l’association rappelle que ni lui, ni ses combats, n’appartiennent au passé.

  • Au Festival de Gordes, terrasse sur les musiques

    Au Festival de Gordes, terrasse sur les musiques

    Enserré par les falaises avec le massif du Luberon comme horizon, le Théâtre des Terrasses. « Ici, c’est un face-à-face avec l’artiste qui se joue », imagent les organisateurs du Festival de Gordes dont la 43e édition s’élancera le 3 août à travers un concert de Yael Naim. L’occasion pour cette chanteuse et musicienne pop de défendre Solaire, son dernier album en date qui sonne comme un autoportrait également mâtiné d’électro. « J’avais honte de cette lumière en moi, maintenant, je l’assume », rappelait-elle il y a quelques mois à La Marseillaise, à propos de cet opus que l’artiste voit « comme une libération ».

    De bonnes aventures

    Autre discipline et registre le 5 août, avec l’humoriste et chroniqueur média Philippe Caverivière. Connu du grand public grâce à ses interventions dans des émissions telles que Quelle époque! sur France 2, il se lance désormais dans le one man show, avec un spectacle intitulé Tu crois que c’est une bonne idée ?. Ce dernier passera le relais, le lendemain, à Yuri Buenaventura. Déjà passé par Gordes et ayant marqué les mémoires par ses rythmes entraînants, ce chanteur colombien de salsa fera encore, à n’en pas douter, valdinguer les hanches des spectateurs.

    Toujours présidé par Bénabar, le Festival de Gordes s’achèvera les 8 et 10 août avec les venues respectives du trio du pianiste de jazz Fred Nardin et du groupe électro Deluxe.

    Programme complet sur festival-gordes.com

  • Fort d’une année record, le Théâtre des Salins dévoile sa nouvelle saison

    Fort d’une année record, le Théâtre des Salins dévoile sa nouvelle saison

    Nouvelle saison, nouvelle programmation, mais toujours la même exigence. Alors que le Théâtre des Salins, qui fait partie des 78 établissements labellisés « scène nationale », ferme ses portes pendant l’été, sa secrétaire générale, Joanna Boutté, se réjouit des résultats de l’année écoulée, avec près de « 90% de remplissage sur l’ensemble des spectacles ».

    Son équipe présente désormais la saison à venir. Dans le marasme ambiant, entre la précarisation des intermittents du spectacle, les difficultés auxquelles font face les productions, l’émergence ardue de nouveaux talents, elle « refuse de baisser les bras », fidèle à son engagement pour le « service public de l’art et de la culture ».

    En 2026-2027, le public pourra donc voir 40 spectacles, dont 15 créations, traversant le théâtre, la danse, le cirque, la musique et des formes hybrides. Comme toujours, une grande place est laissée à la jeunesse avec 12 spectacles accessibles aux enfants, à l’instar de Du bout des doigts, un ballet à quatre mains filmé en direct sur scène, ou des doigts traversent l’histoire de la danse ; ou de Frasques, où les acrobates de la compagnie Galactik Ensemble « chutent, se relèvent, dans un monde en perpétuel déséquilibre », raconte Joanna Boutté.

    Un focus sur la création grecque

    La saison s’ouvrira le 3 octobre sur une soirée cabaret, animée par quatre formations, entre effeuillage, cancan, paillettes et music-hall. En cette année de Biac 2027 (Biennale internationale des arts de cirque), le Théâtre des Salins propose d’explorer un large panorama de la création circassienne contemporaine. À l’affiche : les acrobates du collectif XY, reconnus pour leur spectaculaire maîtrise des portés, Nadine O’Garra, qui convoque le rapport aux écrans dans Amour au temps de l’algorithme, ou encore Cirque Le Roux, avec sa dernière création Nature morte, au croisement du cirque, du théâtre physique et la composition visuelle.

    Côté musique, Walid Ben Selim chantera de grands textes de la poésie arabe, en écho à l’exposition du musée Ziem consacrée à Ernest Pignon-Ernest dans l’écrin dans la chapelle de l’Annonciade, « avec une petite jauge » pour « un moment privilégié », souligne Joanna Boutté. Thibault Cauvin, guitariste le plus primé au monde à 20 ans qui a tourné avec M, présentera Alter Ego, inspiré de ses voyages aux quatre coins du monde.

    Au programme également, un focus sur le meilleur de la création grecque, qui mettra en valeur une nouvelle génération d’artistes : Mario Banushi avec sa pièce sensorielle d’une puissance rare Mami, salué au festival d’Avignon l’an dernier ; le chorégraphe Christophe Papadopoulos avec My Fierce Ignorant Step, interprété par dix danseurs qui feront corps dans leur pluralité ; et Anna Lemonaki avec son spectacle de théâtre performatif, à cheval entre cabaret et récit auto-fictionnel, Bleu.

    La danse occupera une place centrale, avec des artistes majeurs de la scène internationale, à l’instar de Wim Vandekeybus, qui viendra célébrer les 40 ans de sa compagnie Ultima Vez avec le spectacle qui a « révolutionné la chorégraphie contemporaine dans les années 1990 », What the body does not remember.

    Côté théâtre, enfin, les spectateurs pourront notamment découvrir Orlando, mis en scène par Katia Ferreira d’après le roman de Virginia Woolf ; le diptyque familial entre règlement de comptes et comédie romantique Fête des mères d’Adèle Royné et Vincent Gardet ; ou Tellement sympa, une pièce qui brise l’omerta autour des violences faites aux femmes au sein de la communauté sourde.

    Une nouveauté à noter : la première édition du festival Vice Versa. Pendant deux semaines, en mars, les spectateurs seront installés au cœur du plateau pour une expérience immersive au plus près des artistes, avec une jauge resserrée.

  • L’été marseillais revient avec un programme riche et festif

    L’été marseillais revient avec un programme riche et festif

    Le coup d’envoi de l’Été marseillais, organisé pour la 7e année consécutive par la Ville de Marseille, se fera au diapason du début de la saison estivale : le 21 juin, piétons et musiciens pourront envahir la corniche Kennedy (7e) en toute sécurité, à l’occasion d’une édition nocturne de l’opération la Voie est libre. De 17h à 23h, Marseillaises et Marseillais pourront donc célébrer la Fête de la musique au bord de l’eau, où seront installées cinq scènes aux styles musicaux éclectiques : latino, musiques urbaines, hits, musiques électroniques et disco. Une première étape d’un été qui s’annonce chargé.

    Côté musique, la traditionnelle Scène sur l’eau, installée au Vieux-Port, accueillera pas moins de 24 artistes marseillais, francophones et internationaux pour un total de dix concerts gratuits (lire sur lamarseillaise.fr). C’est Julien Clerc, icône de la chanson française, qui ouvrira le bal le 3 juillet, à la veille de la Pride Marseille. De nouvelles scènes feront aussi leur apparition cette année, notamment au stade nautique Florence-Arthaud (8e).

    Autre nouveauté : des DJ sets seront proposés tous les vendredis dans le cadre des « week-ends guinguette ». Dès 19h, ils se tiendront à l’Espace Mistral, à l’Estaque (16e) en juillet, puis au parc du Grand séminaire (14e) en août. Le karaoké géant, qui offre à tous la possibilité de devenir la star d’un soir, reviendra lui aussi, le 15 août, à partir de 19h sur l’esplanade du J4 (2e). Il sera suivi d’un feu d’artifice et d’un spectacle de drones.

    Sports, culture

    et convivialité

    Les parcs de la ville seront aussi mobilisés, chaque mercredi, pour divertir les plus jeunes. En juillet, c’est le spectacle Boom boom ! qui fera la tournée des espaces verts, suivi, en août, du jeu de piste Protocole Panthera.

    Côté sport, la Ville proposera aux petits Marseillais, entre le 7 juillet et le 29 août, plusieurs « journées tremplin sport », implantées directement au cœur des quartiers. Les volontaires pourront profiter d’activités sportives encadrées sur des équipements multisports. En parallèle, quatre bassins mobiles seront déployés dans les 3e, 9e, 13e et 16e arrondissements, pour favoriser l’apprentissage de la natation. Ouverts 7 jours sur 7, de 9h à 17h, ils accueilleront les enfants de 4 à 12 ans, mais aussi les adolescents, les associations et le grand public.

    À cela s’ajoutent les activités nautiques gratuites proposées à la base de Corbière (16e) et Florence-Arthaud, du 6 juillet au 31 août. Jeunes et moins jeunes sont invités, du lundi au vendredi, à découvrir gratuitement le voilier collectif, le kayak ou encore le paddle.

    La culture n’est bien sûr pas oubliée, avec le retour des emblématiques séances de « ciné plein air » et l’apparition des « jeudis à la Vieille Charité » (2e). Deux jeudis par mois, le bâtiment édifié au XVIIe siècle ouvrira ses portes, à partir de 19h, pour que le public puisse découvrir sans frais les expositions temporaires au rythme d’événements musicaux imaginés par quatre collectifs d’artistes différents.

    La saison se clôturera avec la Grande braderie, le 6 septembre, organisée de 10h à 19h dans le centre-ville et dans plusieurs noyaux villageois.

    Plus d’informations sur le site de la Ville de Marseille

  • [Lecture] Face aux empires, le rêve d’une voie méditerranéenne

    [Lecture] Face aux empires, le rêve d’une voie méditerranéenne

    Thierry Fabre publie Face aux empires, la voie méditerranéenne aux éditions Riveneuve. « Toute sa vie, il s’est fait une certaine idée de la Méditerranée. » Elle n’est pas seulement selon lui la source de notre civilisation et il n’a pas la nostalgie des « Andalousies perdues », encore moins de la colonisation du sud par le nord. Mais il pense qu’elle peut encore nous inspirer une alternative au chaos du monde actuel.

    Face aux empires qui ressurgissent et qui s’affrontent afin d’imposer leur domination sur une planète de plus en plus inégalitaire, en proie à une crise climatique et à la rapacité des oligarchies financières et techno-fascistes, il tente d’ouvrir un nouvel horizon, « un avenir désirable ». Pour n’en traiter qu’un, l’empire américano-israélien exerce désormais en Méditerranée une guerre d’une grande violence dont le cœur est le génocide perpétré contre le peuple palestinien, une guerre sans limite contre le Liban, la Syrie, l’Iran, le Yémen… Il veut redessiner une Méditerranée dont les ressources naturelles soient asservies aux intérêts de l’empire et de fabriquer « le Grand Israël » dont rêve l’extrême droite israélienne, quitte à le faire sur des milliers de cadavres à Gaza et ailleurs. Israël, seule puissance nucléaire en Méditerranée, en est devenu la figure de proue de l’Occident et son bras armé.

    Thierry Fabre constate, avec beaucoup d’observateurs, que désormais « le roi est nu ». En effet le monde assiste avec effroi aux massacres mais aussi aux obstacles croissants que la coalition américano-israélienne très isolée, rencontre dans son entreprise. Voilà pourquoi il propose de réinventer pour l’Europe et la Méditerranée une autre voie que le mythe occidentaliste. « Le temps est venu de sortir de cette fiction et de nous inscrire dans la pluralité de nos héritages grecs et romains mais aussi juifs et arabes. » Cela suppose d’en finir avec ce qu’il appelle « la tristesse européenne », cette Europe citadelle où ressurgit l’esprit colonial et raciste.

    Il propose d’inventer une « Europe sans rivages », ouverte aux deux rives de la Méditerranée et d’ouvrir un horizon de partage et de coopération. Cela suppose d’écarter toutes les logiques impériales et néocoloniales, de favoriser l’éclosion d’un monde arabo-musulman démocratique et laïc, de combattre les forces nationalistes, intégristes et xénophobes.

    Ce rêve méditerranéen, dont il convient qu’il est encore difficile à discerner, a pour ambition de bâtir « tout un monde en commun » face aux défis de notre temps. En somme, ce livre contribue à notre recherche d’un autre monde.

    Face aux empires,
    la voie méditerranéenne

    Thierry Fabre

    Éditions Riveneuve,

    150 p., 10,50€

  • [Lecture] Louis Aragon, vers l’infini et au-delà

    [Lecture] Louis Aragon, vers l’infini et au-delà

    C’est l’histoire d’un ouvrage mythique et inachevé de Louis Aragon : La Défense de l’infini. Des centaines de pages écrites presque en secret à partir de mai 1923, déchirées et brûlées à la fin de 1927 dont il subsiste malgré tout une vingtaine de chapitres.

    C’est ce texte que Valéry Molet a fait le choix d’explorer dans son essai Perpétuité pour les défenseurs de l’infini. Pas pour ces pages en elles-mêmes mais pour ce qu’elles disent de l’œuvre d’un des plus grands poètes français.

    À travers une analyse érudite et sensible, l’auteur éclaire les enjeux poétiques et philosophiques d’un texte qui rêvait de capturer l’infini. Cet ouvrage, à la croisée de la critique littéraire et de la réflexion intime, offre une immersion unique dans l’univers d’Aragon.

    Valéry Molet n’en est pas à son coup d’essai. Né le 18 février 1968, il est énarque et historien de formation. Écrivain, il a publié une vingtaine d’ouvrages : romans, nouvelles, essais et poésies. Il a créé et préside les éditions Sans escale depuis 2017.

    Perpétuité pour défenseurs de l’infini, essai sur Louis Aragon

    Valéry Molet

    Douro Éditions, 97 p., 18€.

  • [Le coin BD] François Ruffin, député et toujours reporter au chevet du pays

    [Le coin BD] François Ruffin, député et toujours reporter au chevet du pays

    Angry black woman » contre « white savior » … C’est à partir de ces concepts américains qu’ils ne se donnent même pas la peine de traduire en français que, sur les réseaux sociaux et dans les médias, d’anciens amis politiques de François Ruffin, des insoumis, l’attaquent allant jusqu’à le qualifier de raciste. Ces militants anticoloniaux ou décoloniaux ne se rendent même pas compte que leur imaginaire et leur conception politique sont eux-mêmes totalement colonisés par une pensée venue des USA et de l’idéologie libérale de ses campus, issue d’une société héritière de la ségrégation raciale alors que la France a, elle, été une puissance coloniale, avec d’autres tares et crimes à dénoncer. Oubliant l’approche de classes marxiste, tout aussi obsédés par la couleur de peau des gens que l’extrême droite qu’ils prétendent combattre, les auteurs de ces attaques en meute ne se donnent même pas la peine de regarder ce que dit cette BD et confondent les constats que dresse François Ruffin dans cette suite d’histoire prise sur le vif et les propres opinions de celui qui s’annonce aujourd’hui comme un futur candidat à l’élection présidentielle. Venu du journalisme indépendants, élu et réélu député de la Somme face à un Rassemblement National qui l’emporte partout autour, défenseur des travailleurs sous-payés du soin et du service, François Ruffin donne sans juger la parole à de nombreuses personnes dans cette BD et affiche son objectif : réparer une France atomisée afin que tous puissent vivre ensemble. Face aux attaques qui déchirent une gauche qui n’en a pas besoin, cette BD sous-titrée « Les aventures de François Ruffin député-reporter » est à lire pour faire sa propre opinion, positive ou négative, lui-même reconnaissant quelques erreurs.

  • A Nîmes, les Vers du ter-ter font pousser l’écologie populaire

    A Nîmes, les Vers du ter-ter font pousser l’écologie populaire

    Sous le béton, la terre. Sous les fins de mois, des colères. Et dans les quartiers, des graines d’avenir. Du 9 au 14 juin, Les Vers du ter-ter reviennent à Nîmes pour une 3e édition sous le signe d’une écologie populaire, joyeuse et politique. Son mot d’ordre, « Fauchons le blé, parlons oseille », dit tout : cette année, le festival met les pieds dans le plat de l’argent, de sa place écrasante dans nos vies et de son partage inégal.

    Porté par un collectif bénévole et indépendant, l’événement continue de tisser des liens entre Gambetta, Richelieu, Pissevin, Valdegour, la route d’Arles, la Placette ou Jean-Jaurès. « On entend souvent dire que l’écologie, c’est un truc de riches. On pense le contraire », défend le collectif, rappelant que les plus précaires sont aussi les premiers exposés aux problèmes environnementaux.

    L’oseille en débat

    Pendant une semaine, l’écologie quittera donc les discours hors-sol pour se frotter aux repas partagés, aux ateliers de débrouille et aux paroles d’habitants. Au programme : cuisine végétarienne avec Côté Jardins solidaires, encres végétales à La Virgule, spectacle autour de l’ancienne monnaie locale Krôcô, discussion sur « l’injuste prix » de l’alimentation ou débat autour de Taxer les riches avec Attac.

    À Valdegour, le film La Guerre des centimes ouvrira la discussion sur le quotidien des livreurs à vélo. À Pissevin, des ateliers radio feront entendre les voix des jeunes. À la Placette, saynètes et karaoké refermeront la fête. Ici, le lien social vaut monnaie forte.

  • [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] À l’Alcazar, le bureau et les tableautins de Louis Brauquier

    [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] À l’Alcazar, le bureau et les tableautins de Louis Brauquier

    On lui préférera, tranquillement solaire, le miracle de la toile peinte au même endroit qui figure sur la lucarne de cette chronique. Ce qui se donne derrière les deux fenêtres, c’est presque un jeu d’enfant, un miséricordieux moment de passé-présent. Le dehors et le dedans ne s’interrompent pas. On retrouve immédiatement en deux miniatures, sans gel, sans mélancolie ni froidure, les petits pans de mur et les architectures du paysage de l’ancienne rive.

    Sur les notices de cette vue du second étage du 17, du quai Rive-Neuve, on apprend que ce tableau fut peint entre juin et octobre 1956 : commencé à Marseille depuis l’immeuble qui abrite aujourd’hui le Théâtre Badaboum, achevé pendant l’automne depuis Alexandrie. Dans cette occurrence, Brauquier dont le style exotique et minutieux avoue d’ordinaire son étroite connivence avec Gauguin ou bien avec le Douanier Rousseau, s’empare de références à la fois intimes et avant-gardistes. Les couleurs du carrelage et la géométrie de son tapis, la savoureuse sobriété du mobilier et du décor, le repos de son épouse Geotte qui lit un livre peuvent être rapprochés des bonheurs d’expression d’Henri Matisse, par exemple pendant sa période de l’Intérieur aux aubergines vécue à Collioure en 1911.

    Louis Brauquier (1900 – 1976) avait coutume de dire qu’il devint très tard « un jeune peintre ». Un courrier adressé à Gabriel Audisio date d’avril 1953 sa décision. Cet autodidacte, ce peintre du dimanche ne fit pas de grands progrès. Il ne s’acharna pas vraiment. Il comprit très vite que « c’était passionnant et difficile ».

    Au troisième étage de la Bibliothèque de l’Alcazar, on peut découvrir cette toile dans le vrac d’un petit sanctuaire aménagé selon les directives de sa sœur Eugénie Brauquier, décédée en octobre 2003, la reconstitution à la fois dérisoire et attachante du bureau-atelier de son dernier appartement, situable au 367, avenue du Prado. Louis Brauquier parlait de cet espace comme s’il s’agissait d’un grand musée d’Espagne.

  • [Grand entretien] Gari Grèu : « Il faut militer mais continuer de dialoguer »

    [Grand entretien] Gari Grèu : « Il faut militer mais continuer de dialoguer »

    La Marseillaise : ORP nomme
    son premier album, sorti fin mai,
    «
     Le Village ». De quoi s’agit-il ?

    Gari Grèu : Le village, c’est une des idées de Toko [Blaze]. Pour lui, c’était un sanctuaire, un havre de paix et de bienveillance. Il pense, bien sûr, à Vitrolles, car c’est là qu’il a grandi. C’est ce qu’il dit dans son premier couplet. Il parle à des potes à lui, avec qui il a partagé son enfance et son adolescence, mais que la vie a fait dévier au niveau des idées. Des gars avec qui il s’est construit et qui sont devenus racistes. Donc, sa première idée c’est : passe nous voir au village pour qu’on se reconnecte, qu’on se fasse du bien.

    Peu à peu, cette idée de village est devenue une forme d’enclos de bienveillance et de solidarité sans adresse. Quand on fait des concerts dans l’espace public, comme je peux le faire avec les sardinades le 1er mai, mètre carré par mètre carré, on le construit, ce village. Au regard des difficultés qu’on a à faire société, c’est quand je joue dans l’espace public, là où je trouve des gens qui ne pensent pas comme moi, que je prends la mesure de la vraie utilité qu’on a en tant que musicien : faire danser tout le monde au diapason à un moment donné. Le village c’est ce truc qu’on arrive, tant bien que mal, à recréer quand on prend le micro. Et ce village peut exister partout. Dans un local des MTP [Marseille trop puissant – groupe de supporters de l’Olympique de Marseille, Ndlr], où tu croises tous les milieux et toutes les générations, par exemple. Ou dans n’importe quel endroit où les gens se mélangent.

    Dans votre titre « Citrons », vous dites : « L’autre a dit que l’autre a dit que l’autre est un con. L’autre fait peur, l’autre milite en réaction. » Avez-vous la sensation que le dialogue est devenu compliqué ?

    G.G. : Ça, je l’écris au moment de la mort de Quentin Deranque [militant d’extrême droite néofasciste, Quentin Deranque est mort en février à Lyon des suites d’une rixe contre des militants antifascistes, Ndlr]. Évidemment qu’on est militant. Évidemment qu’on veut faire passer nos idées. Mais on ne peut pas se mettre des coups de pied dans la tête et se tuer dans la rue parce que quelqu’un ne pense pas comme nous. Nous, en tant que grands frères, on se doit de les contenir, les petits. J’ai 58 ans et, maintenant, je me sens responsable des jeunes de 20 ans, de les aider à ne pas faire faire n’importe quoi. Évidemment qu’on a besoin de militer, qu’on a besoin que la jeunesse soit concernée, se mêle. Mais on doit arriver à dialoguer. On doit arriver à faire passer les idées avant les coups de couteau et les coups de pied dans la tête.

    Vous parlez beaucoup d’unité. C’est très présent dans l’album, notamment dans votre titre « D’ailleurs »…

    G.G. : C’est Marseille. Les couleurs, les accents, on vient tous d’ailleurs, ici. L’identité marseillaise, c’est le fruit de toutes ces arrivées successives. Moi, je suis un peu Italien, un peu Algérien, un peu Arménien, un peu Comorien, un peu Français, un peu tout ce que tu veux. Parce que je suis Marseillais. Je suis né à la Porte d’Aix. Pour aller à l’école, j’ai traversé l’Algérie, l’Afrique noire, l’Arménie. Avant de prendre l’avion, j’avais fait le tour du monde. C’est ça, être Marseillais. La leçon que Marseille donne au monde entier, c’est qu’on arrive à vivre tous ensemble en gardant nos spécificités et en étant tous Marseillais. Avec cette identité marseillaise qui se conjugue avec nos identités personnelles. C’est ça qui est magnifique à Marseille.

    À propos de Marseille, dans « Têtue », vous dites : « Il y a eu les Allemands maintenant Airbnb. » Que voulez-vous dire ?

    G.G. : Le Panier [2e] a été détruit par les Allemands pendant la Seconde Guerre mondiale. Ça s’est ensuite reconstruit, tant bien que mal, pour qu’aujourd’hui, et depuis 20 ans, ça se transforme en décor de Plus belle la vie. Je veux bien que tu loues ton appart trois semaines par an quand tu pars en vacances. Mais quand il y a un investisseur qui achète dix appartements pour louer toute l’année à des cohortes de touristes, forcément, les commerces de proximité commencent à fermer. Il n’y a plus que des sandwicheries et des magasins de souvenirs.

    Après, ça reste une image. Mais on est obligé de rentrer dans Marseille. On ne regarde pas Marseille avec complaisance. Il faut être hyper exigeant avec la Ville, avec les élus, avec les forces vives, avec les gens qui ont des capacités de faire bouger les choses.

    Après attention, il y a aussi un juste milieu. Dans le troisième arrondissement, boulevard de Strasbourg, chez moi, j’aimerais qu’il y ait un peu de gentrification. Que des artistes, des gens qui ont un peu plus de moyens, viennent à la Belle de Mai, autour de la Friche, pour qu’il y ait plus de mélange.

    Ce week-end vous jouez à La Seyne-sur-Mer, une ville qui vient de basculer à l’extrême droite. L’occasion de prêcher au-delà des convaincus ?

    G.G. : Alors, les Couleurs urbaines est un festival de reggae où nous sommes souvent allés, donc ce n’est pas là qu’on trouvera un public qui ne partage pas nos idées. Même si c’est intéressant que ce genre d’évènement puisse continuer d’exister là-bas. Mais c’est vrai que j’aimerai beaucoup faire des concerts dans des villes qui ont basculé au Rassemblement national. C’est là que ce qu’on fait prendrait vraiment tout son sens. Notre rôle est d’importance, en particulier cette année. Et le rôle de tous ceux qui ont un micro d’ailleurs. Il faut diffuser des messages de rassemblement.