Category: culture

  • [Cinéma] Péril en la demeure

    [Cinéma] Péril en la demeure

    Septembre 2022, Vladimir Poutine décrète la mobilisation pour le lancement de l’« opération militaire spéciale » (terminologie officielle pour désigner la guerre en Ukraine). Dans une petite ville de province, Gleb (Dmitri Mazourov), patron prospère d’une entreprise de transports, doit remettre au maire une liste de quatorze de ses employés en âge d’être envoyés sur le front. Le nombre renvoie à la mythologie grecque et au sacrifice des quatorze jeunes qu’Athènes devait envoyer en Crète pour satisfaire les besoins alimentaires du Minotaure. Une créature mi-homme, mi-taureau qui incarne la dualité humaine, oscillant entre la raison (la civilisation) et la colère (la tyrannie).

    L’homme d’affaires tentera de trouver une solution pour maintenir ses collaborateurs en poste et faire face au départ de salariés. Une scène obscène se tient dans un restaurant gastronomique. Gleb dîne en compagnie d’amis entrepreneurs. Ces derniers dissertent sur leurs prochains voyages au soleil tandis que des familles tentent d’échapper à leur enrôlement dans une guerre « aussi impitoyable qu’insensée », selon Zviaguintsev.

    Sur fond de guerre et d’instabilité économique, se greffe une histoire d’adultère. Le réalisateur a souhaité transposé le film de Claude Chabrol, La Femme infidèle (1969) dans la Russie contemporaine. Gleb vit avec sa femme Galina (Iris Lebedeva) et leur fils dans leur villa moderne, perdue au milieu d’une forêt de bouleaux blancs. La famille y mène une existence confortable et bien rangée jusqu’au jour où le mari soupçonne Galina de le tromper. L’amant est identifié et la passion folle se déchaîne.

    Un thriller où le crime pour trahison conjugale annonce le chaos de la guerre. Où la vie du couple restitue les sombres perspectives qui règnent dans le pays. Où l’intime joue comme une radiographie des tensions géopolitiques.

    Le film à rebondissements

    Tout s’emboîte à l’image de cette villa moderniste aux grandes baies vitrées où vit Galina, tenue à distance, observée et domestiquée. Derrière un calme apparent, sans aspérité, se cache une ambiance mortifère chargée de brume.

    Tourné en Lettonie, non loin de la Russie, le cinéaste joue avec la lumière froide et le silence pesant des lieux. Chaque prise de vue est scrutée à la loupe, respectant l’architecture des lieux, les lignes épurées de la maison de plain-pied en opposition avec les immenses barres en béton de la banlieue rappelant le boom des cités construites dans les années 1980 et ses coins de rue tristes. Le quartier où se rend Galina pour retrouver Anton, son amant, un photographe qui vit au 7e étage d’un HLM est saisissant de contraste. Galina qui étouffe chez elle vient capturer du plaisir et de la vie dans ce studio où sont affichées des photos d’elle. Comme l’œuvre d’un avant et d’un après. Et lorsque Gleb se rend seul chez Anton, ce dernier l’accueille avec compréhension. Le comportement civilisé du mari effondré et de l’amant attentionné ne durera pas. Dans un sursaut de colère froide, la confrontation basculera dans le sang.

    « Je ne voulais pas réaliser un film de propagande mais me concentrer sur les hommes, les souffrances qu’ils traversent et les choix moraux auxquels ils sont confrontés », précise Zviaguintsev, face à cette guerre interminable. Minotaure a été choisi pour représenter la France aux Oscars 2027 du meilleur film international.

    Minotaure, d’Andreï Zviaguintsev

    (France/Allemagne/Lettonie, 2h15)

    Sortie le 14 octobre

  • Aix-en-Provence : concilier patrimoine et tourisme durable

    Aix-en-Provence : concilier patrimoine et tourisme durable

    Ils sont une dizaine de professionnels du patrimoine, de l’urbanisme, de la culture et du tourisme arrivés du monde entier à s’être retrouvés dans la capitale de Provence, le temps d’une semaine. Venus de Croatie, de Palestine, du Liban ou d’Amérique du Sud, ils ont entamé lundi une semaine de formation internationale, pilotée par l’association des Sites et Cités Remarquables de France.

    Fondée en 2001, elle compte désormais 320 villes et territoires français en son sein. Son activité consiste notamment à réfléchir à la protection et la valorisation du patrimoine. L’événement, privé, a lieu une fois par an dans une ville différente. Un thème sert de fil rouge aux débats et ateliers proposés qui rythment l’emploi du temps des participants : le « patrimoine et tourisme durable ».

    « Au cours de cette semaine de discussions et d’échanges, on va se rendre compte qu’au travers de cultures, de pays différents, nous avons en fait des projets communs, des visions qui peuvent être identiques comme différentes. Et l’on s’enrichit des différences des autres », contextualise Marie-Pierre Sicard-Desnuelles, vice-présidente de l’association et adjointe au patrimoine de la Ville. Pour intégrer la semaine de formation, les participants ont dû répondre à un appel à projet, lancé par Sites et Cités il y a quatre mois. Plusieurs visites des lieux culturels de la ville et de ses alentours sont au programme pour les participants sur place.

    « Aix est une ville

    assez exemplaire »

    Notamment le musée Granet, le grand site de la Sainte-Victoire, mais aussi le village de Puyloubier… Plusieurs conférences, échanges et débats sont également prévus. Parmi les intervenants attendus, Michel Fraisset, directeur de l’Office de Tourisme d’Aix, Edane Edane Dorgelet Adonis, directeur de l’Office de tourisme d’Ebolowa, au Cameroun, Anne Vourc’h, docteur en sociologie et conseillère du réseau Grands sites de France…

    « L’idée globale de cette rencontre est de voir comment une ville, grâce à son patrimoine, peut être attractive sans rester sous cloche. Soit trouver un équilibre entre un cadre de vie pour les habitants tout en étant touristique, précise Florence Sirot, directrice de Sites et Cités. Aix est une ville assez exemplaire sur cette caution d’attractivité touristique, de gestion du tourisme… Cela nous semblait naturel de le faire ici. Aussi, tout le département travaille sur (la question du tourisme durable), pour éviter, par exemple, que les mêmes sites soient visités. »

    Mais Florence Sirot de préciser : « Attention, nous ne sommes pas là pour dire quoi faire. On reste sur de l’échange et du partage d’idées. »

  • Après leur vol, deux tableaux de Renoir mis à l’abri à Marseille

    Après leur vol, deux tableaux de Renoir mis à l’abri à Marseille

    Elle a beau avoir servi de modèle à Auguste Renoir il y a 114 ans, Madame Colonna Romano (1913) apparaîtrait presque, sur la toile qui la fige, encore traumatisée par ce qu’elle a subi le 8 septembre. La main gauche posée sur un coussin déchiré par son chapardage et son regard bleu perçant devenu hébété, la voilà soumise aux inspections de scientifiques, en ce lundi 12 octobre au Centre interdisciplinaire de conservation et de restauration du Patrimoine (CICRP) de Marseille. Avec Femmes au puits, datant quant à elle de 1886, deux huiles sur toile et bois retrouvées par les enquêteurs vendredi, suite à leur vol, un mois auparavant au Musée Renoir de Cagnes-sur-Mer. Des cambrioleurs s’étaient alors introduits dans ce musée municipal, où le peintre impressionniste installa son atelier et passa les dernières années de sa vie (1841-1919), pour scier au petit matin leurs accroches.

    Dommages divers

    « Afin de s’assurer de leur état et de garantir leur préservation, la ministre de la Culture a demandé le transfert des deux tableaux au CICRP. Les spécialistes y procéderont à un examen approfondi des œuvres et, si nécessaire, à leur restauration, sous la responsabilité scientifique du Musée d’Orsay », stipule un communiqué du ministère de la Culture, daté du 12 octobre, à propos de ces toiles retrouvées dans l’Hérault vendredi par les services de police. « à chaque fois qu’une œuvre est endommagée, c’est une blessure culturelle car notre patrimoine est atteint » estime Claire Rannou, directrice des Affaires culturelles de la région Paca. Pour l’esquisse sur bois Femmes au puits, « pas de dommages importants hormis pour le cadre et ses angles endommagés », pointe avec soulagement Annick Lemoine, présidente de l’établissement public du Musée d’Orsay qui en a la collection et fait le dépôt au Musée Renoir de Cagnes en 1985. En ce qui concerne le Portrait de Madame Colonna Romano, « les dommages sont plus importants avec des déchirures sur la toile ».

    Inspection de A à Z

    « Les dommages sont certes impressionnants mais pas trop importants. Et ils pourront être restaurés. Cela aurait pu être bien plus grave » assure Annick Lemoine, aux côtés de l’équipe scientifique du Centre interdisciplinaire de conservation et de restauration du Patrimoine (CICRP), rassemblée autour des deux tables recouvertes de papier blanc où sont exposés les Renoir, comme on ausculte un patient à qui l’on s’apprête à prodiguer des soins. Autant de dégâts dont ce fleuron marseillais va désormais s’occuper. Avec pour première étape, « un dossier d’imagerie scientifique, à savoir des images et photos en lumière directe, rasante, pour voir absolument tous les désordres de la couche picturale », détaille Dominique Vingtain. L’amorce d’un long diagnostic, souligne la directrice du CICRP, qui aboutira à des « opérations de restauration dans nos différents ateliers ». Et au bout de combien de temps le Portrait de Madame Colonna Romano et la Femmes au puits retrouveront leur éclat ? « On espère le plus tôt possible. Bien des semaines ou des mois. Mais parler en année serait déraisonnable. »

  • Comédie de troupe familiale à Martigues et Aix

    Comédie de troupe familiale à Martigues et Aix

    C’est l’histoire de Louise, qui a plaqué ses études pour se lancer dans une carrière humoristique. Si bien que l’un de ses sketchs épicés lui a valu une fâcherie avec sa mère. Trois ans plus tard, là voilà de retour dans le foyer familial à l’occasion de la Fête des mères qui va se transformer progressivement en « un règlement de comptes aussi cruel que salvateur ». Le point de départ de Fête des Mères : diptyque familial, qui prend ses quartiers lundi 12 et mardi 13 octobre au Théâtre des Salins, et dont la trame narrative s’étire jusqu’au mariage de l’héroïne, cinq ans plus tard.

    Sel tragicomique

    Le cœur de l’action de cette comédie de troupe se déroule dans la maison familiale où le sel tragicomique est aussi assaisonné grâce à ses frères, Gabriel et Ziggy, mais aussi avec leur compagnon Arthur et Florence, « dont les excès d’alcool enveniment autant qu’ils détendent l’atmosphère. Étant moi-même issue d’une famille de quatre enfants, c’est un sujet que je connais bien et qui me paraît propice à des situations à la fois drôles et sensibles », rappelle Adèle Royné auteur et interprète de la pièce. Selon elle, Fête des Mères : diptyque familial lui « permet d’aborder des questions vitales et plus larges sur l’amour, l’engagement et la place qu’on occupe les uns vis-à-vis des autres ». Écrite avec Guillaume Vincent, une pièce en deux volets qui passera également les 14 et 15 octobre à Aix, sur la scène du Jeu de Paume.

    www.les-salins.net et www.lestheatres.net
  • « Naza », le film-événement sur les dessous d’un génocide à Gaza

    « Naza », le film-événement sur les dessous d’un génocide à Gaza

    Événement cinématographique et politique, Naza, film réalisé par deux journalistes israéliens, Yuval Abraham et Rachel Szor, sort enfin sur les écrans en France. C’est peu dire qu’il fait débat. Il est même devenu une affaire d’État en Israël. Les deux journalistes sont voués aux gémonies par Benyamin Netanyahou et son gouvernement d’extrême droite, montrés du doigt, voire pourchassés par l’armée.

    Le documentaire est coproduit par le quotidien britannique The Guardian et le cinéaste Jonathan Glazer, auteur de La Zone d’intérêt (la vie d’une famille allemande pendant la guerre dont le père dirige le camp de concentration d’Auschwitz). Une standing ovation de 25 mn a salué la remise du Prix du jury de la Mostra de Venise qui lui a été décerné. Un documentaire visible en France pendant deux jours (sur YouTube fin novembre), car un visa d’exploitation classique n’aurait pas permis une mise en ligne rapide en vertu de la chronologie des médias.

    Témoignages

    On comprend que les tenants de la guerre génocidaire menée depuis trois ans contre les Palestiniens de la bande de Gaza n’apprécient guère que certains secrets soient révélés au grand jour. Naza (nezek agavi en hébreu) est le terme utilisé pour désigner les « dommages collatéraux ». Autrement dit le nombre de civils dont la mort est jugée acceptable pour éliminer un cadre du Hamas.

    Sur le toit d’un immeuble de Tel Aviv, de nuit, vingt-quatre militaires israéliens, certains de la fameuse unité 8 200, responsable du renseignement d’origine électromagnétique et du décryptage de codes, sont interrogés par Yuval Abraham. Les visages et voix ont été numériquement modifiés. Le documentaire de 77 minutes examine technologie, systèmes de renseignement et processus décisionnels derrière les frappes aériennes israéliennes à Gaza. L’un d’eux affirme même que l’approbation a été donnée pour une attaque censée tuer 500 civils afin de tuer un seul membre du Hamas.

    Le film est intelligemment bâti. Pour les réalisateurs, il s’agit aussi de questionner voire de confronter la société israélienne elle-même. Des toits, la caméra zoome sur les appartements alentour, là où, dans de confortables logements, les Israéliens « vivent » la guerre via les écrans télévisés. Mises bout à bout, ces scènes dressent le portrait d’un système où le génocide serait accepté, drapé du mot « vengeance » sans que sa vérité profonde ne soit interrogée.

    Le chef d’état-major, Eyal Zamir, a qualifié le film de tissu de calomnies sanguinaires et a ordonné une enquête juridique pour identifier ses sources au sein de l’armée et des services de renseignement. Le ministre israélien de la Culture, Miki Zohar, a annoncé son intention d’engager une procédure pour révoquer la citoyenneté israélienne d’Abraham et de Szor, les accusant de « trahison envers l’État ». Il a qualifié le documentaire d’« ignoble » et a affirmé que les cinéastes étaient prêts à « nuire à leur patrie pour s’attirer les applaudissements d’antisémites du monde entier ». Quant à Benyamin Netanyahou, il affirme qu’il s’agit d’« une incitation mondiale à l’antisémitisme ». Le chef du gouvernement israélien, poursuivi par la Cour pénale internationale pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, a prévenu : « Nous les frapperons au portefeuille et nous nous en prendrons également à leur citoyenneté, ils n’ont pas leur place parmi nous. »

    Yuval Abraham rappelle que Naza a été conçu « pour susciter un débat public sur les actes du gouvernement à Gaza, le massacre de plus de 73 000 êtres humains, dont la plupart sont des civils, la normalisation de la guerre d’extermination, de l’idée qu’”il n’y a pas d’innocents“. »

    « Naza » (1h17) : sortie les 12 et 13 octobre. En Paca, le film est projeté dans plusieurs salles notamment aux Variétés à Marseille (mardi à 17h45 et 19h45), ainsi que dans des cinémas Pathé

  • Gaëlle Privat, l’architecte qui dessine les montagnes alpines

    Gaëlle Privat, l’architecte qui dessine les montagnes alpines

    Elle n’aurait pas parié dessus, et pourtant, les dessins de paysages alpins de la Guillestrine Gaëlle Privat ont depuis quelques mois un petit succès. En parallèle de son travail d’architecte dans son cabinet à Eygliers, la jeune femme de 34 ans dessine, entre autres, les montagnes des Hautes-Alpes qu’elle aime tant. Ses œuvres se vendent sur son site internet et sont régulièrement exposées dans le département et aux alentours. Jusqu’à mi-octobre, elles sont même l’objet d’une exposition à la Librairie des Alpes, à Paris.

    Gaëlle Privat a grandi à Nîmes avant de bouger : son père, militaire, était régulièrement muté. Elle a ensuite passé beaucoup de temps à Paris, où elle a étudié, puis débuté sa carrière en travaillant pour des marques de luxe, notamment Dior. Petite, ses parents l’emmenaient skier à Vars (Hautes-Alpes). Quelques années plus tard, elle prenait le train de nuit, chaque semaine, pour rejoindre son ex-compagnon : « Je ne sais pas si c’était lui, ou bien le territoire que j’aimais tant ! » Elle a ensuite redécouvert Guillestre avec son regard d’architecte et s’y est installée, persuadée d’avoir trouvé sa place.

    30 à 80 heures de travail

    « Le dessin, ça a toujours été mon truc, j’étais douée. C’est héréditaire, mon père dessinait bien. Même si petite, je n’aimais pas ça ! » Au début, ses dessins étaient personnels, dans des carnets de voyage. Elle s’est lancée il y a deux ans dans le dessin de montagne, après qu’on lui a proposé par hasard de monter une exposition : « Ces dessins de montagne n’existaient pas encore ! J’ai monté l’expo en trois jours et on a eu que des retours positifs. Enfant, j’avais un monde intérieur très riche, je me sentais très proche de la nature. Le paysage montagnard représente un peu ça. »

    Depuis, elle dessine les sommets du département à partir de ses photos. Passion qui lui permet de retrouver une part de créativité qui lui manquait un peu en architecture, bien qu’elle adore son métier. Pour ses grands dessins en noir et blanc, il faut compter 30 à 80 heures de travail. « Je suis à la recherche de véracité : c’est comme un portrait, si on se loupe sur un trait, ça ne fonctionne pas. » La série plaît particulièrement « aux guides, aux anciens, aux alpinistes ». Elle réalise aussi une autre série en crayons de couleur, plus « freestyle » et à la mode. « Je n’aurais jamais pensé que ça marcherait autant, confie-t-elle. J’ai perdu mon petit frère dans un accident de surf, l’année dernière, et je suis certaine qu’il est derrière toute cette chance. »

    Agathe Di Lenardo

  • À Aix, une action pour alerter le public de « La Dame de Pierre »

    À Aix, une action pour alerter le public de « La Dame de Pierre »

    « Ce show musical n’a rien de neutre. Il revisite l’histoire française à travers une grille conservatrice et réactionnaire », peut-on lire sur l’un des tracts distribués devant l’entrée de l’Arena du Pays d’Aix. Ce dimanche soir, La Dame de Pierre était à l’affiche. À l’appel de la CGT Spectacles, une trentaine de militants issus d’organisations antifascistes, syndicales et associatives se sont donc mobilisés deux heures avant le début de la représentation afin d’« informer » les spectateurs du « révisionnisme » qu’ils estiment véhiculé par le spectacle.

    Cette représentation musicale, qui propose de revivre « les grandes heures » de la cathédrale Notre-Dame de Paris, est en partie soutenue par le Fonds du Bien Commun, fondé par Pierre-Édouard Stérin, milliardaire d’extrême droite. Selon le tract distribué par les manifestants, son metteur en scène serait par ailleurs « réputé proche de l’Action française ».

    « Ce n’est pas un spectacle comme les autres, ça distille des idées d’extrême droite, une ode à Marie. Ce n’est pas neutre », affirme Magali Braconnot, de la CGT Spectacles. Un second volet motive la mobilisation : celui du respect du « droit du travail ».

    « Fragilisés »

    L’an passé, une mobilisation avait déjà été organisée au même endroit pour dénoncer ce spectacle. Un signalement de la CGT Spectacles avait alors été transmis à l’Urssaf et à l’Inspection du travail. « 120 bénévoles étaient présents. Mais la loi l’interdit sur des spectacles dont l’entrée est payante. Au mois de juin dernier, on s’est rendu compte que ça avait fonctionné : il n’y a plus que des pros maintenant », précise Magali Braconnot.

    Elle poursuit : « Ils sont fragilisés. Ils ont 2,5 millions de déficit et ne savaient pas s’ils allaient continuer la tournée », selon la CGT, une seule tournée est programmée en octobre, trois dates auraient été annulées et une seule représentation, contre deux l’an dernier, est prévue à Aix-en-Provence.

    Le tout dans un contexte de restriction budgétaire dans le secteur culturel. « Là où le service public se rétrécit, les privés s’engouffrent : ils mettent leurs sous, mais avec leur idéologie. Ce n’est pas possible. »

    L’action de l’année dernière « avait été éclairante. Certains découvraient ce qu’ils allaient voir », souligne Claudie Hubert, pour le Collectif aixois contre l’extrême droite. À l’issue de la représentation de l’an dernier, une spectatrice avait adressé un témoignage aux organisations mobilisées. Elle y dénonçait notamment une représentation de la Révolution française qu’elle jugeait historiquement trompeuse, en contradiction avec ce que son enfant avait appris à l’école. « Aujourd’hui, il voyait un spectacle où la Révolution française détruit les églises dans la violence en disant : “Dieu n’existe plus”. C’est une déformation de l’histoire ! »

  • La Fiesta du dimanche va ambiancer le J4

    La Fiesta du dimanche va ambiancer le J4

    De beaux moments festifs

    Entre spectacles, initiations, concerts ou encore moments de découvertes, cette journée promet d’être riche en émotions pour tous les âges. « Parmi les temps forts ce dimanche il y aura un spectacle comédie musicale qui s’appelle 1936 : Les jours heureux ! et qui a été rendu possible grâce à notre partenariat avec la mutuelle Solimut. Cette comédie musicale retrace l’histoire du Front populaire, des congés payés et des acquis sociaux à l’occasion de ce 90e anniversaire. Il est également question de tous les acquis sociaux », continue-t-elle. « C’est véritablement un événement dans l’événement et il nous tient tout particulièrement à cœur surtout dans cette période. »

    Autre moment à ne pas manquer, le grand couscous solidaire qui lui sera accessible dès l’ouverture des portes et qui sera là aussi gratuit et accessible au plus grand nombre « dans le but de favoriser et de promouvoir l’insertion et la valorisation des femmes dans les quartiers Nord de la ville ». Sans oublier aussi de nombreux ateliers, animations participatives, un jeu de l’oie géant ou encore des ateliers culinaires pour apprendre par exemple à manger mieux aux côtés notamment du collectif Baga, une association qui propose de l’upcycling de bâches d’événements pour une mode engagée et durable.

    Un événement mené
    aux côtés d’associations

    Ce qu’il faut également retenir de cette journée, c’est qu’elle est organisée en collaboration avec les structures associatives, culturelles et institutionnelles du territoire, dont la Cité de la musique et les élèves de la récente classe de rap et beatbox qui monteront sur scène pour partager leur énergie au cours des battles hip-hop Flashlight des Ben Brothers. « C’est l’un des moments incontournables de cette Fiesta puisque les jeunes proposeront un showcase et il ne faut pas oublier que notre ADN depuis 4 ans c’est aussi de révéler de jeunes talents, là c’est une occasion parfaite ! », sourit Marion Bergé-Lefranc. « Nous accueillerons aussi pour la quatrième année consécutive la Cité des minots. La grande scène sera à eux pour rendre compte d’une rencontre avec des artistes donnant naissance à une création émouvante et foisonnante avec plus de 250 enfants sur scène. »

    Et de poursuivre : « Cette autre facette de la Fiesta nous permet aussi de faire venir un public qui n’oserait pas en temps normal, le tout dans la bienveillance. »

    Pour réserver : fiestadessuds.com

  • [Grand entretien] Elias et Mayya Sanbar : « On veut montrer l’universalité de l’œuvre de Mahmoud Darwich »

    [Grand entretien] Elias et Mayya Sanbar : « On veut montrer l’universalité de l’œuvre de Mahmoud Darwich »

    Mayya Sanbar : Non, mais c’est peut-être ce qu’il en ressort, car ses poèmes racontent son histoire et sa situation politique et, malheureusement, ils sont encore d’actualité. L’idée de départ était de raconter nos liens à la Palestine à travers ses poèmes.

    Elias Sanbar : Nous voulons avant tout introduire un univers poétique, son monde. Ce qu’on montre au public, c’est l’universalité de l’œuvre. Souvent, on présente Mahmoud Darwich comme un poète palestinien. Mais ce n’est pas un poète palestinien. C’est un poète de Palestine. Car la nationalité poétique se rapporte à la langue et non au passeport. Prenez l’exemple d’Apollinaire, qui est présenté comme un grand poète français, ce qu’il est, mais il est Polonais. Mahmoud Darwich est donc un poète arabe de Palestine.

    Dans son poème « Je dis tant de choses », qui donne son nom à votre lecture, Darwich interroge : « Mesdames et messieurs aux cœurs bons, la terre des hommes est-elle, comme vous l’affirmez, à tous les hommes ? ». À l’heure de l’occupation et du génocide d’Israël dans le silence de la communauté internationale, qu’est-ce que leur lecture provoque chez vous aujourd’hui ?

    M.S. : Ce poème fait écho pour moi à l’hypocrisie du monde. Étant moi-même Palestinienne de France, j’ai l’impression que c’est une question qui se pose à nous depuis toujours. Et j’ai grandi dans une société où cette question se pose d’autant plus.

    E.S. : Cela pose la question de la revendication de reconnaissance. Une reconnaissance qui n’arrive pas, non pas depuis Gaza, mais depuis des décennies. Le poème Je dis tant de choses baigne dans une ironie triste. Il dit également à quel point ce conflit est interminable. La date de son démarrage n’a jamais cessé de reculer. Pendant longtemps, on nous a dit que c’était en 1967. Suite à des travaux d’historiens, on nous a dit après que cela avait commencé en 1948. Maintenant, avec le film Palestine 1936, on se rend compte qu’il y a eu, à l’époque, d’énormes maquis et luttes armées contre les Britanniques qui étaient alors la puissance coloniale. Et je pense même qu’on va bientôt faire remonter le début du conflit à 1917 avec la Déclaration Balfour. Et si on continue, on va arriver à 1897, l’année de la tenue du Congrès à Bâle, à la sortie duquel Herzl a dit « j’ai créé l’État juif ». Pendant ces 130 années, il n’y a pas eu une année calme.

    S’il est un poète de l’exil
    et de la lutte, Mahmoud Darwich est aussi celui
    de l’amour et de l’espoir. Dans «
     Un autre jour viendra », il finit sur une image de « colombes [qui] font la sieste dans un char abandonné »…

    M.S. : Cet espoir est dans l’ADN palestinien. On se le transmet dans la famille ou entre amis. C’est aussi un rappel constant dans les moments de doutes ou de désespoir. J’ai l’impression qu’il y a toujours quelqu’un ou quelque chose qui vient nous rappeler qu’un jour, on sera libre de toute occupation. Dans les poèmes d’amour de Mahmoud Darwich, il n’est jamais question d’amour sans entraves. L’occupation est toujours présente quelque part, mais l’espoir aussi.

    E.S. : Cela dit aussi que personne n’arrivera à nous sortir du paysage. C’est l’enjeu depuis 130 ans. Nous acceptons de devenir des absents absolus. Une absence imposée par des exils forcés, des expulsions et surtout l’effacement de notre nom. N’oublions pas que pendant des décennies, il y a eu cette phrase terrifiante : « Ils n’existent pas ». Lors des négociations de paix auxquelles j’ai participé pendant des années, les négociateurs israéliens étaient dans l’incapacité quasi-physique de prononcer le mot « Palestinien ». Pendant des décennies, ils nous ont appelés « réfugiés arabes de Cisjordanie, arabes de l’intérieur »… Et nous voilà aujourd’hui à lire Un autre jour viendra, alors que nous avons 40 000 enfants assassinés. Je ne sais pas si les gens réalisent. 40 000 cercueils de gosses. Cette semaine a eu lieu la commémoration du 7 Octobre 2023. Les jours d’après, j’avais écrit un article pour dire que c’était un crime de guerre. Mais je n’ai pas entendu un mot de compassion, sauf dans de petits cercles, pour les 40 000 enfants tués. Le gros problème, c’est que la reprise du dialogue va devenir terriblement compliquée. Moi, je continue à parler avec des gens de l’autre bord. Mais beaucoup me demandent : « Comment peux-tu leur parler encore ? » Netanyahou a réussi à créer un gouffre entre les deux peuples.

    Mahmoud Darwich exprime aussi son espoir vers quelque chose de « féminin ». Il a fait des émules chez les Palestiniens, notamment les femmes, avec de jeunes poétesses, comme Nour Elassy ou Asmaa Azaizeh. C’est aussi ça l’une de ses forces ?

    E.S. : Cette place des femmes, c’est surtout une force des Palestiniens. Nous n’avons jamais reçu autant de poèmes de poétesses. C’est extraordinaire.

    Allez-vous les lire à Marseille ?

    M.S. : On a choisi quatre poèmes de Gaza qu’on lit presque en ouverture de notre lecture. Avec le Théâtre Joliette, j’ai aussi enregistré, avec d’autres comédiennes palestiniennes qui vivent à Marseille, des poèmes écrits pendant le génocide à Gaza.

    E.S. : Ce qui est aussi intéressant, c’est que Darwich était à la fois un laïc très clair et porteur de cette terre particulière commune au judaïsme, au christianisme et l’islam. Il y a un personnage féminin qui traverse son œuvre : Marie. Et aussi un homme, le Christ. La société palestinienne est plurielle et unique au monde. On a presque un rapport de propriété avec les religions. Nous avons toujours fonctionné à partir du fait que tout ce qu’il s’y est passé nous appartient. Chez nous, la religion est par rapport à un lieu et pas à un dogme. Dans le bureau d’Arafat, il y avait une majorité de chrétiens palestiniens alors que cela ne représentait pas la démographie. Il y avait aussi des juifs, dont mon ami, le regretté Ilan Halevi, qui était notre représentant à l’Internationale socialiste. Les gens ne le réalisent pas, mais nous portons les trois religions car nous sommes les trois. La poésie de Darwich reflète très bien cela.

    Et quid du Darwich communiste ?

    E.S. : Jusque durant la période où il réside encore à Haïfa, jusqu’à son départ à Moscou où il rejoindra la résistance palestinienne au début des années 1970, le seul espace dans lequel les Palestiniens qui n’ont pas été expulsés en 1948 arrivent à s’exprimer, c’est celui des partis communistes qui étaient mixtes. Un parti où vous avez des juifs israéliens et des Palestiniens. Mais ce qui est intéressant, c’est de voir comment il va, en partant toujours du particulier et de la quintessence palestinienne dans son œuvre, porter son peuple vers l’universel.

    Face à l’inertie des Nations, une des clefs de la résolution de cette guerre ?

    E.S. : Nous sommes à la croisée des chemins. Ou la barbarie absolue en train de se dessiner à l’échelle planétaire impose l’abandon du droit, ou bien l’obsession de justice et d’égalité va nous permettre une sortie par le haut et non par la folie. C’est pour cela qu’il faut continuer à chanter.

  • À la Fiesta des Suds, des ballades jusqu’à la transe

    À la Fiesta des Suds, des ballades jusqu’à la transe

    Soyeuse parenthèse dans le tumulte des musiques mondiales que celle offerte par la Fiesta des Suds, ce vendredi, sur l’esplanade du J4 avec Stephan Eicher, parmi les têtes d’affiche de la soirée. « Cette fois je ne lui annoncerai pas la dernière hécatombe, je garderai pour moi ce qui m’inspire le monde. Elle m’a dit qu’elle voulait, si je le permettais, déjeuner en paix », chantait-il en 1991 sur l’un de ses tubes écrits au moment de la Guerre du Golfe. 35 ans plus tard, les conflits se multiplient et le guitariste-baroudeur continue de propager sa douceur tourmentée sur les sillons, comme l’illustre son 18e et dernier album, Poussière d’or. « Un personnage à part dans le paysage de la chanson », situe Frédéric André, programmateur de la Fiesta des Suds.

    Rythmes occitans et colombiens

    Juste avant lui, c’est la chanteuse Mélissa Laveaux qui se produira sur la scène principale. Imprégné de pop-folk comme d’influences caribéennes, son dernier opus At my softest, I am most dangerous souligne son caractère atypique dans le paysage musical. « Je trouve que je fais de la musique bizarre car je n’écris pas de chansons d’amour, mais plutôt sur la mort, la maladie et la destruction de la planète », expliquait cet été, à La Marseillaise, cette artiste franco-canadienne d’origine haïtienne.

    Davantage axée autour de la découverte, la scène « Club Major » offrira, elle, une odyssée musicale traversée à 20h45 par le « duo féminin catalan mélangeant musiques traditionnelles et électro », Tarta Relena. Porté par le souffle des polyphonies occitanes, le « duo féministe et militant » Cocanha prendra son relais mélodieux à 22h30, avant que le groupe aux rythmes afro-colombiens luxuriants, Ghetto Kumbé, ne se charge, vers minuit passé, de faire entrer le public de la Fiesta des Suds dans la transe.