Category: culture

  • « Le droit international permet de qualifier les crimes »

    « Le droit international permet de qualifier les crimes »

    La Marseillaise : Sur quelle partie
    de la Méditerranée portent vos rec
    herches ?

    Jérôme Heurtaux : J’ai travaillé sur des contextes de changement de régime, en commençant par l’Europe centrale, qui m’ont conduit en Tunisie au moment du printemps arabe. Depuis 2011-2012, j’ai réorienté mes recherches vers cette région. Je les ai élargies récemment à l’occasion de la guerre menée contre Gaza, après le 7 Octobre 2023, dans un travail sur le droit international et les zones de conflit. J’ai publié, l’an dernier, Le droit international est-il mort à Gaza ?*. Cet ouvrage interroge les limites du droit international et son impuissance à empêcher la survenue de la guerre et que des crimes internationaux y soient commis, mais aussi à ne pas permettre non plus une reddition des comptes à travers des poursuites judiciaires contre les criminels supposés.

    C’est ce qui vous a poussé à écrire
    sur le sujet
     ?

    J.H. : Si j’ai écrit ce livre, c’est bien parce que j’ai constaté que les crimes commis le 7 Octobre 2023 par les groupes armés palestiniens suscitaient une indignation légitime, dans le public, dans les médias et dans la classe politique française. Mais paradoxalement, les crimes commis par Israël à Gaza suscitaient plutôt des formes de minoration, de justification et de légitimation parfois, de la part de toute une série de gens, de commentateurs. Cette espèce d’unilatéralisme explicatif, ce « va t’en guerre isme » sans limite qui s’est propagé dans toute la classe politico-médiatique française et jusque dans les universités, m’a profondément blessé. Ce travail m’a conduit à dépasser le simple constat d’une impuissance du droit pour envisager d’autres potentialités du droit international.

    Quelles sont ces potentialités ?

    J.H. : Le droit international n’empêche pas que des crimes soient commis, mais il permet, dès lors que les acteurs pertinents le mobilisent, de nommer et qualifier les crimes en mobilisant des catégories juridiques universelles, que tout le monde comprend. Cette capacité du droit à qualifier permet précisément de s’en indigner. Le droit alimente donc les mobilisations contre la manière dont la guerre est menée, par exemple, et qui mettent la lumière sur les crimes commis. On pourrait dire aussi que le droit permet d’entrevoir des horizons judiciaires et, dès lors, de susciter des demandes de justice. C’est le cas de Gaza depuis le 7 octobre 2023. Depuis deux 2 ans et demi, des procédures, des associations, des individus et même une juridiction internationale comme la Cour pénale internationale cherchent à poursuivre des criminels de guerre. Je rappelle ici que le Premier ministre actuel, Benjamin Netanyahou, et son ancien ministre de la Défense, Yoav Gallant, font l’objet de mandats d’arrêt de la Cour pénale internationale. Mais c’est l’arbre qui cache la forêt. Il y a beaucoup de procédures qui ne sont peut-être pas encore validées : des dépôts de plaintes sont faits auprès des justices nationales, au nom de la compétence universelle des tribunaux, pour poursuivre des soldats israéliens ou des binationaux. Il y a tout de même une amorce de justice qui est en train de se mettre en place et tout ça constitue les potentialités, les ressources que le droit international autorise.

    Comment comprenez-vous la thématique de la table ronde : « Quand la puissance s’affranchit du droit » ?

    J.H. : Cette table ronde est la résultante d’une situation internationale qui a des résonances nationales. Le droit international est fondamentalement nié, cloué au pilori par de grandes puissances, mais aussi en partie par leurs alliés moins puissants. Cela crée un contexte assez inédit de disqualification du droit international. La « puissance » dont il est question désigne celle incarnée par les empires d’aujourd’hui : les États-Unis, la Russie ou la Chine, parfois soutenus par des États qui sont d’ailleurs dépendants de ces grands empires. Je crois que la question posée est : comment le droit peut-il à nouveau être au cœur des rapports de force internationaux, être la grammaire des conflits et des post conflits, et comment peut-il s’affranchir de la puissance ? Je répondrai à partir d’un regard de sociologue politiste qui voit comment le droit est saisi concrètement par les acteurs. J’évoquerai ce que j’appelle les effets collatéraux du droit international, c’est-à-dire ces multiples effets inattendus, ambivalents, incertains, mais pour autant puissants, lorsqu’il est saisi par la société civile, les États dominés dans l’ordre international, les juristes internationalistes et l’opinion publique.

    D’où l’intérêt d’intervenir dans un tel festival, à Marseille…

    J.H. : On organise des tables rondes sur le droit international lors d’un festival aussi prestigieux que celui d’Averroès, des émissions de radio et de télévision sur le droit international… Des jeunes, aujourd’hui, savent ce qu’est le droit international parce qu’ils se mobilisent pour la Palestine ou pour l’Ukraine. Il y a une sorte d’actualité du droit international qui me rend assez optimiste : c’est un langage vivant. Si personne n’en parle, ça devient une langue morte. Vous allez me dire, un langage, c’est bien, ça sert à parler, mais ça n’empêche pas les guerres. Mais le fait même de désigner les crimes, les criminels, les responsables, le fait même qu’il y ait des règles internationales que chacun est capable de reconnaître, ça n’est pas tout à fait anodin. La Méditerranée est un des cœurs de la dialectique du droit international. C’est l’endroit où on en a certainement le plus besoin et on l’utilise. C’est un lieu central de circulation, d’échanges. C’est un épicentre des tensions mondiales. C’est aussi un des lieux de la tragédie du droit international, puisque c’est l’espace où les droits de la personne sont sans doute les moins respectés : des dizaines de milliers de migrants meurent dans cette mer. C’est le lieu idoine pour évoquer ces questions, constater l’état extrêmement critique de la situation et échanger sur des solutions avec la volonté d’esquisser un avenir plus souhaitable.

    Dimanche à 11h au Théâtre de l’Odéon
    à Marseille. Entrée libre,
    réservation conseillée

    * « Le droit international est-il mort à Gaza ? », Riveneuve(2025), 250 pages, 12,50 euros

  • Silence ! la caméra du vague à l’âme tourne

    Silence ! la caméra du vague à l’âme tourne

    Dans « Roma », publié en 1982, Colette Fellous s’abandonnait au hasard des lieux et des rencontres. À l’époque de la sortie de cette première œuvre, on écrivait que l’atmosphère y était érotique et énigmatique. Quarante-quatre ans plus tard, elle revient dans la capitale italienne, dont Alberto Sordi disait qu’elle était un grand musée à traverser sur la pointe des pieds. Sordi, qui commença sa carrière d’acteur comme figurant à Cinecittà, rivale d’Hollywood. Ça tombe bien, dans Via Veneto, son nouveau récit autobiographique, l’autrice nous entraîne sur les traces du cinéma italien des années 1960, dont les thèmes principaux sont la cruauté, la dérision, la tragédie, la farce, l’aliénation urbaine, la folie des institutions, la corruption ; et les réalisateurs emblématiques : Fellini, Antonioni, Visconti, Pasolini, et autres.

    Un scénario à soi

    Parsemée de photographies en noir et blanc, couleurs nostalgiques qui nous relient au passé, cette errance dans la mémoire et la Rome d’autrefois, où l’on entend en bruit de fond la musique de Gino Paoli ; où la protagoniste suit un inconnu et se laisse emporter par lui ; où l’on s’écrit un scénario pour se jouer à soi-même une fiction, entre le dramatique et le romanesque ; où l’on fourre la réalité dans ses rêves, parce qu’ils sont la meilleure des cachettes ; où l’Italie n’est plus un pays mais un sentiment ; où les mots sont devenus des yeux, éclipse, par sa singularité, nombre d’ouvrages de cette rentrée littéraire. Un livre palpitant de sensations, peuplé d’images et de pensées. Il s’y dégage l’émotion que Colette Fellous s’était certainement promis de faire naître en nous.

    Gallimard, 19 euros

  • Une journée gratuite pour « Manger les images »

    Une journée gratuite pour « Manger les images »

    Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il y a de la gourmandise dans l’air au Mucem depuis mercredi (voir notre édition du 29 octobre). Effluves de sucre et autres douceurs attendent petits et grands ce dimanche à partir de 14h pour une célébration familiale autour de la nouvelle exposition, « Manger les images », qu’il faudra, pour l’occasion, prendre au pied de la lettre.

    Conférences et masterclass gourmandes

    Écouter, regarder, fabriquer et déguster sont les maîtres mots de cette journée. Dès l’entrée dans le hall J4, le ton est donné avec Ouidino, qui propose un stand de barbes à papa artisanales. Des douceurs qui relèvent autant de la gourmandise et du souvenir d’enfance que de l’œuvre d’art, puisque chacune d’elles sera façonnée et sculptée pour devenir un petit bijou pour les yeux comme pour les papilles.

    Le tout sera accompagné d’une sélection musicale de Dizonord, qui a choisi pour l’occasion les vinyles aux pochettes les plus appétissantes. Sans oublier les ateliers de design culinaire « Sculpture à dévorer », accessibles à tous et proposés par l’association En Chantier et le studio Mille Feuilles. L’objectif : modeler des créations comestibles avant de les faire disparaître… dans la bouche !

    Parmi les temps forts de l’après-midi, un cycle de conférences et de masterclass animé par Laurène Petit, journaliste et écrivaine, réunira pâtissières, artistes et designeuses culinaires. Chaque intervention sera suivie d’une dégustation.

    L’art n’est pas fait que pour être contemplé

    Pour rappel, l’entrée étant gratuite dans les musées marseillais chaque premier dimanche du mois, l’ensemble des animations ainsi que l’exposition, installée au deuxième étage du bâtiment, seront en accès libre.

    Le parcours artistique rassemble pas moins de 350 œuvres, dont environ 250 proviennent directement des collections du Mucem. Parmi elles figurent des pièces rares, habituellement conservées dans les chambres froides du musée. On y découvre notamment une importante collection de gâteaux et de pains figurés, qui invite les visiteurs à porter un regard différent sur les images qui accompagnent notre quotidien. Ces dernières influencent aussi nos croyances et nos rites, rappelant qu’elles ne sont pas uniquement faites pour être contemplées.

    Dimanche à partir de 14h. Gratuit.

  • [Rencontres d’Averroès] Ahmad Ashour témoigne pour préserver l’histoire gazaouie

    [Rencontres d’Averroès] Ahmad Ashour témoigne pour préserver l’histoire gazaouie

    Exilé en France depuis juillet 2025, Ahmad Ashour poursuit ses recherches dans le cadre du programme Pause. À travers ce dispositif, il veut « témoigner de la situation injuste et génocidaire que subit Gaza ». Il explique que « si le monde subit actuellement divers conflits, le cas de Gaza est spécial, c’est comme un camp de concentration ». En effet, si lui a pu s’extirper de Gaza grâce au programme Pause, il précise qu’en réalité, « il est impossible de quitter Gaza […] à cause du blocus géré par les Israéliens ». Selon lui, « environ 2 millions de Gazaouis sont actuellement retenus », contre leur gré.

    La culture menacée

    À côté des conditions de vie qu’entend dénoncer Ahmad Ashour, ce dernier souhaite également « témoigner pour préserver la culture, la mémoire et l’histoire palestinienne » qu’il juge en péril face au « déracinement qu’introduit l’occupation israélienne ». Il estime alors « nécessaire » l’expression de la culture gazaouie à l’internationale à travers notamment l’art, la musique ou encore l’écriture.

    Ces formes d’expression permettraient, à ses yeux, la « subsistance et la reconnaissance de l’identité palestinienne ». Il souligne également l’importance des « manifestations étudiantes actuelles [qui] défendent la cause palestinienne [car] pour ceux restés à Gaza, ce soutien est porteur d’espoir ». Ahmad Ashour conclut : « Témoigner permet de relier le passé au présent ».

    Table ronde « Habiter l’entre-deux », ce vendredi à 16h30 au théâtre Odéon, à Marseille. Entrée libre, réservation conseillée : nouvellesrencontresaverroes.com

  • [Entretien] Bachar Mar-Khalifé : « Ma musique me permet de lutter contre l’effacement »

    [Entretien] Bachar Mar-Khalifé : « Ma musique me permet de lutter contre l’effacement »

    La Marseillaise : Pouvez-vous nous donner quelques détails sur le concert de ce vendredi ?

    Bachar Mar-Khalifé : On sera trois sur scène. Moi, je serai au piano, au chant et aux percussions. Il y aura également mon bassiste, qui fait aussi de la contrebasse, ainsi que mon batteur, qui fera également des percussions. On va jouer les sept morceaux de l’album consacré à Christophe, (sorti le 18 septembre), mais aussi d’autres compositions plus anciennes.

    Quelle importance accordez-vous à la scène ?

    B.M.-K. : J’ai arrêté la scène pendant deux ans, à cause de la fatigue et de questionnements. ça m’a permis de réaliser que la musique n’éclôt seulement que lorsqu’elle est écoutée sur scène. Pour moi, la scène, c’est un lieu de vie et d’inattendu qui permet de créer un lien direct, d’autant plus important à notre époque où tout est fait pour casser les liens entre les gens. C’est dur de mettre des mots, mais quand on monte sur scène, on se rappelle directement pourquoi c’est aussi important.

    Pouvez-vous revenir sur votre rencontre avec Christophe ?

    B.M.-K. : Quand j’ai rencontré Christophe, je n’étais pas du tout un expert de son œuvre. On s’est rencontrés par hasard dans des soirées musicales, on s’est directement bien entendus et on a parlé du Liban, où il avait réalisé plusieurs concerts. On a ensuite fait et écouté de la musique chez lui. Puis ,en 2018, on m’a proposé une carte blanche pour composer un morceau que l’on a enregistré en duo, Jnoun, et que l’on a performé. Musicalement, on se rejoint sur beaucoup de points. Beaucoup de mélancolie, de nostalgie et un certain soin du silence.

    Comment avez-vous sélectionné les titres réinterprétés sur l’album ?

    B.M.-K. : J’ai tout écouté et j’ai choisi des titres qui me permettaient d’exprimer mon parcours, ma vie. On peut pas reprendre une chanson et parler de quelque chose qui ne nous regarde pas. Dans Les Paradis perdus, je parle de mes propres paradis perdus et je pense que l’auditeur se réfère aussi au sien en écoutant.

    Comment, justement, ce parcours s’exprime-t-il dans votre musique ?

    B.M.-K. : Ça part toujours de quelque chose de vécu que je souhaite exprimer, dans mon enfance au Liban, dans mes cultures qui s’entrechoquent… Mais au final, tout cela n’est peut-être qu’une excuse pour exprimer la musique, qui en fait nous dépasse et nous rassemble dans ce dépassement.

    Comment la guerre et les bombardements israéliens au Liban influencent-ils votre musique ?

    B.M.-K. : Ça ne joue pas seulement musicalement, mais ça impacte aussi mon quotidien et celui de milliers de Libanais, de Syriens et de Palestiniens. Les bombardements quotidiens sur le sud Liban, ce n’est pas seulement une violence physique ou géographique, mais également psychologique. Des villages entiers sont rayés de la carte. C’est notre histoire, notre amour de la paix qui est menacé de s’effacer. Peut-être que certains métiers comme la musique permettent de résister face à cet effacement. La musique, c’est une trace et j’espère que chaque note laisse une trace chez mes auditeurs afin de lutter, à ma manière, contre l’effacement et la sauvagerie.

  • Quand l’art urbain rencontre la sérigraphie d’art

    Quand l’art urbain rencontre la sérigraphie d’art

    « Le grand public n’a pas une connaissance précise de cette pratique et a tendance à confondre sérigraphie avec reproduction », constate Sophie Ursella, commissaire de l’exposition « L’Original à l’épreuve », présentée jusqu’au 14 novembre à l’Espace Louis Feuillade, à Lunel.

    Avec cette exposition, la maison d’édition d’art indépendante Anagraphis, qui fêtera ses 50 ans en 2027, entend faire découvrir les coulisses d’une technique où l’artisan ne se contente pas de reproduire une image : il participe à sa création. « La sérigraphie d’art est un moyen de production d’œuvres d’art originales mais en édition limitée, qui rejoint certains autres types d’artisanat d’art comme la lithographie ou la gravure. » Pour en expliquer les spécificités, Anagraphis a choisi d’exposer, côte à côte, 18 œuvres originales et 18 sérigraphies réalisées à partir d’une création de chacun de ces auteurs. « On s’est dit que le mieux, c’était de représenter ce qu’est une œuvre originale et ce qu’est une œuvre d’art multiple, en mettant les deux en regard. » Et ce dialogue fonctionne : « Bien que les artistes aient fait évoluer leurs pratiques et parfois même leur courant, les œuvres se répondent très bien. Il n’y a pas de trouble entre ce qu’un artiste fait aujourd’hui et ce qu’il pouvait faire il y a trois, quatre ou cinq ans et qu’on avait produit en sérigraphie. »

    Mist, Nasty, L’Atlas, Bella Bah, Da Cruz, Shaka ou encore Salamech figurent parmi les artistes exposés. Tous explorent, à leur manière, l’art urbain, entre graffiti, peinture et création contemporaine. Des sculptures complètent également le parcours pour témoigner de la diversité des supports artistiques.

    Le sérigraphe, partenaire de création

    Le passage de l’œuvre originale à la sérigraphie implique une adaptation de la création initiale. « Évidemment, on ne peut pas faire la même chose avec ses pinceaux qu’avec une table de sérigraphie », souligne Sophie Ursella. C’est là que le savoir-faire artisanal prend toute son importance. « L’idée de cette exposition est de valoriser le geste du sérigraphe d’art, qui a cette particularité de s’approprier l’œuvre de l’artiste quand ce dernier vient lui présenter un projet de sérigraphie. » La réalisation suppose des échanges et des ajustements entre les deux professionnels. L’artiste guide le travail, confie une partie de sa création à l’artisan. « À un moment donné, il faut que l’artiste lâche un peu son œuvre, la confie à l’artisan. Il se la réapproprie au moment où il la signe et la numérote », détaille la commissaire d‘exposition. Un geste de confiance qui fait de la sérigraphie une création à part entière, fruit d’un dialogue entre deux savoir-faire.

    Pour prolonger la visite par la pratique, deux ateliers gratuits de sérigraphie sont proposés. Le premier s’est déroulé le 17 octobre, le second aura lieu le 31 octobre à 15h. « Le public peut regarder le geste, poser des questions et ensuite appliquer lui-même le geste et repartir avec sa sérigraphie. » Des visites guidées sont également programmées les samedis 24 octobre et 7 novembre à 15h.

  • À Marseille, l’exposition « Manger les images » se dévore du regard

    À Marseille, l’exposition « Manger les images » se dévore du regard

    L’exposition « Manger les images » s’installe au Mucem, du mercredi 28 octobre au 12 avril 2027, à Marseille. Jérémie Koering et Raphaël Bories offrent un parcours multidisciplinaire croisant anthropologie et histoire de l’art. Œuvres anciennes et créations contemporaines se rencontrent autour d’un même thème : les images.

    Plus de 435 œuvres sont exposées, dont 250 proviennent des collections du musée. De l’Antiquité jusqu’à nos jours, les images sont constitutives de notre vie en société. « C’est particulièrement vrai aujourd’hui, nous en consommons véritablement sans cesse », explique la conservatrice du musée, Marie-Charlotte Calafat. Ces images « sont utilisées pour transmettre une certaine idée de la société, de son fonctionnement, des relations que les hommes tissent entre eux et leur désir ou non de se soumettre à un pouvoir », ajoute Jérémie Koering, commissaire de l’exposition et professeur à l’Université de Fribourg.

    Scénographiée par l’architecte Sylvie Jodar, l’exposition débute par une première section intitulée Imaginaire de l’ingestion, dédiée « aux imaginaires, aux métaphores, qui sont fréquentes pour parler de l’acquisition du savoir », indique Jérémie Koering. La deuxième section, nommée Images salvatrices, est consacrée aux images comestibles qui créent un lien entre l’homme et le divin. « On commence par évoquer l’une des grandes raisons pour lesquelles un groupe se livre à cette pratique d’ingestion des images, à savoir se sauver, se guérir », précise Raphaël Bories, deuxième commissaire de l’exposition et conservateur responsable du pôle Croyances et religions au Mucem. L’exposition se clôture par une troisième section, Banquets d’images, qui met en avant le partage autour d’une table des images comestibles et « les effets que cela produit sur le corps social, sur son renforcement (…), sur son institution », explique Raphaël Bories.

    « Manger les images » présente une installation de l’artiste israélien Micha Laury, qui joue sur un contraste saisissant : la douceur sucrée du chocolat et la violence des combats militaires. Cette œuvre a la particularité d’être périssable car les soldats sont voués à disparaître après avoir été mangés. Ainsi, par cette action, l’artiste détourne aussi l’image des soldats pour dénoncer le pouvoir politique et son injonction à la violence.

    Tarifs : 11 euros ; réduit 7,50 euros. L’exposition « Manger les images » sera en accès libre ce samedi 31 octobre, de 19h à 23h. Programme et tarifs : mucem.org

  • Le Pic Saint-Loup sublimé aux Matelles

    Le Pic Saint-Loup sublimé aux Matelles

    Entre février et septembre derniers, l’artiste paysagiste a sillonné les trente-six communes de l’intercommunalité du Grand Pic Saint-Loup. Le résultat de ce périple est un ensemble de pastels représentant le Pic Saint-Loup et ses environs, comme la vallée de la Buèges. L’exposition culmine avec l’accrochage côte à côte de plusieurs dizaines d’images de vingt centimètres par vingt-quatre, le gabarit de prédilection de Thomas Verny. « Je suis originaire de cette région, où je suis revenu m’installer en 2010. Je recherchais la lumière du Sud : stable, contrastée et propice à la peinture en extérieur. (…) Je peins toujours au même format, 20 × 24 cm, parce qu’il me permet de travailler rapidement et de saisir un instant », explique-t-il. Thomas Verny perpétue la tradition de la peinture de paysage comme son professeur à l’école des Beaux-Arts de Paris, le peintre montpelliérain Vincent Bioulès. Ce dernier avait été accueilli à la Maison des consuls en 2019 pour aborder le même thème. Autour de l’exposition, un programme culturel est proposé. Il sera enrichi dans les semaines à venir. La Maison des consuls est aussi un musée d’archéologie. Une collection permanente d’objets néolithiques collectés dans la région est à découvrir.

    * Du mercredi au dimanche, de 14h à 17h.
    Entrée 5 euros.

  • Une crise sociale secoue le Théâtre du Briançonnais

    Une crise sociale secoue le Théâtre du Briançonnais

    Depuis plusieurs semaines, le Théâtre du Briançonnais est en proie à une profonde crise interne. L’élément déclencheur : une publication Facebook, fin août, qui rend publique des accusations de violences conjugales visant son directeur, Romaric Matagne. D’autres signalements, qui concernent à la fois la sphère professionnelle et la sphère privée du dirigeant, ont émergé. Ce qui a conduit la Direction régionale des affaires culturelles (Drac) à saisir le parquet de Gap, qui a ouvert une enquête préliminaire pour des soupçons de violences sexistes, physiques, verbales et psychologiques.

    Si les accusations publiques sont nouvelles, les souffrances au travail au théâtre seraient bien plus anciennes, selon le collectif #ThéâtreDebout, créé mi-octobre. « Plusieurs salariés s’interrogeaient déjà depuis longtemps sur certaines difficultés professionnelles, managériales ou relationnelles au sein du théâtre », explique le collectif, qui réunit des salariés, des anciens salariés, des artistes ou encore des spectateurs. « Tensions, épuisement, pressions »… Selon le collectif, la situation se serait aggravée depuis la rentrée : « Il y a un cumul de problématiques de fonctionnement qui ressortent en ce moment, parce que le contexte fait que nous avons pris du recul sur la manière dont nous travaillons au quotidien au théâtre. » Au-delà de ce qu’il qualifie de « système problématique », le collectif dénonce une mauvaise gestion de la crise de la part du directeur et du président, René Bonnet : « En termes de dialogue social, c’est catastrophique. L’écoute concernant les souffrances est inexistante. On se retrouve face à un président qui est occupé à prendre la défense du directeur plutôt que de prendre conscience de la souffrance des salariés. » Le collectif demande la mise à pied du directeur actuel et le départ du président, ainsi que la refonte d’un conseil d’administration.

    De leur côté, Romaric Matagne et René Bonnet ont porté plainte pour diffamation le 13 octobre. « Romaric Matagne est toujours en poste parce que ni la Drac, ni qui que ce soit ne lui a communiqué un quelconque signalement le mettant en cause, et justifiant que le théâtre prenne une quelconque mesure à son encontre », a précisé leur avocat, Me Roland Lienhardt, qui parle de « calomnies » et « d’entreprise de déstabilisation ». « Ceux qui manifestent pour qu’il en soit autrement sont animés par des principes contraires à l’esprit démocratique, poursuit-il. Et ils sont soutenus par une organisation qui se revendique de l’anarchisme. » Le collectif est soutenu par le STUCS, le syndicat des travailleurs unis de la culture et du spectacle. « L’anarcho-syndicalisme constitue une tradition syndicale historique parfaitement légale », répond le collectif, qui précise que plusieurs de ses membres sont adhérents à la CGT.

  • [Exposition] Le Cercle de l’avenir met Cuba sous les projecteurs

    [Exposition] Le Cercle de l’avenir met Cuba sous les projecteurs

    L’objectif c’est faire connaître la réalité cubaine et développer les liens de solidarité et d’amitié », précise Marcel Rubio. Touchés par le blocus américain qui a été renforcé ces derniers mois par Donald Trump et face au manque d’approvisionnement en pétrole, nécessaire à la production d’électricité sur l’île, les Cubains sont actuellement en grande difficulté. « À l’agression contre le Venezuela a succédé, le 29 janvier, la mise en place de facto d’un blocus énergétique sur Cuba par la Maison Blanche. Conséquence immédiate : à l’exception d’un pétrolier humanitaire russe fin mars, plus aucun pétrolier n’est arrivé sur l’île, alors qu’il en faudrait au moins sept par mois pour que Cuba fonctionne a minima », ajoute le président du Cercle de l’avenir qui s’était rendu à Cuba en 2024 alors que « la situation était déjà difficile mais il y avait du carburant donc on pouvait encore se déplacer facilement ».

    C’est donc face à cette situation que le Cercle de l’avenir de Nîmes accueille jusqu’au 15 novembre les photos de Gérard Abizanda, un artiste touche à tout, de la peinture à la sculpture en passant par l’écriture de bandes dessinées. Cette exposition est issue d’un voyage réalisé en 2014. Les photos de Gérard Abizanda, dont une partie de sa famille vit à Cuba, mettent en lumière les habitants, les paysages, l’architecture et la vie quotidienne des Cubains sur leur île.

    Aider Cuba Coopération

    Tous les bénéfices de cette exposition seront reversés à l’association Cuba Coopération. « Après l’envoi de deux conteneurs de matériel médical en juillet, le Parti communiste appelle à organiser des actions d’informations et de solidarité partout en France. Au Cercle de l’Avenir nous répondons à cet appel aujourd’hui certes, mais c’est aussi depuis plusieurs années que nous travaillons avec Cuba Coopération pour continuer à tisser des liens de solidarité et d’amitié avec le peuple cubain », conclut Marcel Rubio.

    * 25 rue Nicot, Nîmes