Category: culture

  • [Grand entretien] Vladimir Cosma : « La culture marseillaise ne m’a jamais quitté »

    [Grand entretien] Vladimir Cosma : « La culture marseillaise ne m’a jamais quitté »

    La Marseillaise : Dans la région, le grand public a surtout gardé en mémoire vos compositions pour l’adaptation de « La gloire de mon père » et du « Château de ma mère » par Yves Robert, en 1990. Cela a-t-il été votre porte d’entrée vers la culture marseillaise et provençale ?

    Vladimir Cosma : J’ai commencé à connaître la région lorsque Roger Luccioni m’a invité dans le festival de jazz qu’il avait créé [le Marseille jazz des cinq continents, Ndlr.]. Et quelque temps avant, à travers ces films d’Yves Robert, d’après Marcel Pagnol. Ils m’ont largement ouvert la porte de la culture marseillaise et cela ne m’a jamais quitté. D’ailleurs, une partie de mon répertoire en découle et vient de là.

    Pour ces deux films, vous êtes allé à rebours des clichés autour de la culture provençale. Loin d’utiliser fifres et tambourins, vous avez plutôt livré une musique aux accents méditerranéens. Pourquoi ?

    V.C. : Je ne voulais surtout pas faire une musique telle que vous l’avez décrite. Je ne voulais pas d’une couleur trop folklorique. Pour éviter cela, je me suis plongé dans la musique de la jeunesse de Marcel Pagnol, dans les années 1930. Les inspirations folkloriques étaient alors plutôt espagnoles, il y avait aussi la habanera… C’est plutôt ceci qui m’a donné l’idée, par la suite, d’employer de réelles cigales que j’ai samplées [fait d’échantillonner un extrait sonore déjà existant pour le réutiliser ensuite dans un autre contexte]. J’ai par exemple gardé le battement de ces cigales avec lesquelles j’ai rythmé la habanera de La gloire de mon père.

    À vos yeux, Marseille, c’est davantage la Méditerranée que la Provence ?

    V.C. : Mes liens personnels avec Marseille viennent surtout par la connaissance de l’œuvre de Marcel Pagnol, qui m’est venue grâce aux films d’Yves Robert. Par le passé, j’ai d’ailleurs eu l’occasion de rencontrer Marcel Pagnol. Il m’a même écrit une lettre dans laquelle il me faisait part de son goût pour des musiques que j’avais faites, comme celle de Michel Strogoff [adaptation en feuilleton du roman éponyme de Jules Verne], et qu’il aimerait bien, un jour, que je fasse de la musique sur ses propres œuvres.

    Comment décririez-vous votre rapport à la mandoline ?

    V.C. : J’ai découvert cet instrument assez tôt, car il est similaire au violon. La seule différence est que, sur la mandoline, on pince les cordes et il n’y a pas d’archet. Le son vient donc du pincement des cordes. On joue en quelque sorte ce qu’on appelle un violon pizzicato. Car le problème de la mandoline, c’est la durée du son. Et pour prolonger la durée de la note, il faut utiliser le trémolo [répétition rapide d’une même note].

    Vincent Beer-Demander, le directeur du Mandol’in Marseille festival, écrit à votre sujet : « Ses mélodies si populaires, qui appartiennent à la mémoire collective, nous font parfois oublier le grand compositeur classique qu’il est »…

    V.C. : Je ne me considère pas, par exemple, comme un compositeur de musiques de films. Je ne fais pas une musique spécifique par rapport à un film, je ne fais pas de musique descriptive. Même les musiques qui semblent le plus descriptives possibles, comme Le grand blond avec une chaussure noire ou La boom, ne décrivent en fait rien. C’est de la musique pure. Si on les écoute sans penser à l’image du film, elles ne dictent pas une action spécifique. Mais elles accompagnent l’image et lui apportent un surplus de beauté et d’émotion.

    L’idée, c’est de laisser libre cours
    à l’interprétation de chacun
     ?

    V.C. : Oui. Je ne vois d’ailleurs toujours pas le rapport que font les gens entre la musique du Grand blond avec une chaussure noire, réalisée avec une flûte de Pan roumaine avec une inspiration plutôt folklorique, avec le sujet du film et les aventures de ce héros. C’est surtout une musique qui a du caractère, un style, mais qui n’est pas dictée par l’image. Je n’ai jamais aimé les musiques descriptives. J’estime même que des musiques de Bach ou n’importe quel autre prélude ou fugue, ne vous décrivent ni l’aspect religieux, ni d’autres cotés qu’on veut bien leur attribuer.

    La musique est surtout un sentiment pour vous ?

    V.C. : Oui, la musique dégage des sentiments. Mais elle ne délivre ni un sens, ni une histoire…

    Des sentiments perpétués par des musiciens de tous âges qui joueront une partie de votre répertoire pendant le festival. D’autant plus que le Conservatoire d’Aubagne sera bientôt officiellement rebaptisé de votre nom…

    V.C. : Je suis très flatté de voir mon nom accolé à celui de Pagnol, un auteur que j’apprécie énormément et qui m’a beaucoup inspiré dans ma musique. Je suis très content de tout cela. Et cela me touche beaucoup de savoir que de jeunes musiciens jouent encore ma musique.

    Mandol’in Marseille festival, du 30 juin au 6 juillet. Programme complet sur le site mandolinmarseillefestival.com

  • [Entretien] Justine Van Minden : « Carpentras a souffert de l’antisémitisme »

    [Entretien] Justine Van Minden : « Carpentras a souffert de l’antisémitisme »

    La Marseillaise : Quel est le but de votre association ?

    Justine Van Minden : C’est une structure fondée en 1992 dont l’objectif culturel est de faire rayonner la culture judéo-provençale. Car il est important pour nous de mettre en avant l’ancienneté de la présence juive sur le territoire. Pour rappel, on a trouvé des traces qui remontent à l’an 0. Et cette présence a été continue, contrairement aux autres endroits en France, même si ça a parfois, voire souvent, été compliqué. Mais il en reste beaucoup de traces, que ce soit dans la langue, dans la cuisine ou simplement dans le patrimoine, avec les nombreuses synagogues, dont celle de Carpentras qui est la plus ancienne en activité de France, et c’est un bijou patrimonial !

    Que souhaitez vous porter en tant que nouvelle présidente ?

    J.V.M. : On veut rayonner dans toute la région et ouvrir l’association à tous, pas seulement aux descendants de juifs du Comtat Venaissin ! Je descends du grand rabbin d’Avignon et il était progressiste. Il considérait par exemple davantage les femmes que d’autres et permettait aux filles de faire leur bar-mitsva, ce qui n’est pas commun. On veut donc se déployer dans toute la région et renouveler les membres, pour rajeunir un petit peu notre organisation, et donc créer plus d’événements. On va également davantage communiquer et refaire le site, qui est vieillissant. On est aussi présents à Aix-en-Provence et à Marseille avec des membres qui sont très motivés. Ou encore à Paris, où on a aussi des attaches.

    Est ce complexe dans le contexte actuel ?

    J.V.M. : On veut montrer que le judaïsme est quelque chose de constructif et ne pas le voir seulement sous le prisme de l’antisémitisme ou de la guerre au Moyen-Orient. Carpentras est une ville qui a souffert de l’antisémitisme et on n’oublie pas l’Histoire, évidemment. C’est aussi symbolique d’être élue ici et d’avoir tenu notre assemblée générale dans la synagogue.

  • Festival à la Bonne Mère, le théâtre au clair de lune

    Festival à la Bonne Mère, le théâtre au clair de lune

    Organisé depuis quelques années par l’association Théâtre des Criques, le Festival à la Bonne Mère est de retour pour une nouvelle édition à vivre jusqu’au 20 juin et toujours au pied de l’emblématique Notre-Dame de la Garde. Si de nombreuses pièces de théâtre proposées dans les jours à venir affichent déjà complet, celle qui se jouera ces samedi et dimanche est encore accessible.

    Louison et Monsieur Molière raconte l’histoire vraie de Louison, héroïne du roman éponyme de Marie-Christine Helgerson qui est adapté pour la toute première fois au théâtre par Axelle Masliah, jeune adaptatrice et metteuse en scène de 22 ans.

    Une toute première adaptation théâtrale

    Louison a 10 ans. Entre une mère autoritaire et un père effacé, elle ne trouve pas sa place. Jusqu’au jour où ses parents rejoignent la troupe du Palais Royal, celle de Molière. Une rencontre bouleversante avec l’icône, qui voit en elle quelque chose d’unique et lui écrira le rôle de Louison dans sa toute dernière pièce avant de mourir : Le Malade imaginaire. Pour Louison, c’est une évidence désormais, elle sera comédienne.

    Pour rappel, la représentation théâtrale sera comme à l’accoutumée précédée de visites gratuites et sans réservation du Sanctuaire aux côtés d’un guide à partir de 18h30. Vous aurez également l’occasion de vous restaurer à la guinguette le Bon Air ouverte tout au long de la saison estivale. Le coucher de soleil pointera le bout de son nez au moment où le public sera invité à s’installer pour la représentation et cette dernière commencera à 21h45 pour un moment de théâtre au clair de lune et ainsi découvrir la pièce Louison et Monsieur Molière d’une durée totale d’1h20 et accessible à un public large.

    « Louison et Monsieur Molière »

    samedi et dimanche à 21h15.

    Entre 16 et 39 euros la place.

  • Label rue célèbre la beauté de nos fragilités

    Label rue célèbre la beauté de nos fragilités

    Voilà 5 ans, maintenant, que le festival Label rue, porté par l’association Eurêk’art
    – structure des arts de la rue travaillant exclusivement en milieu rural – a posé ses valises au cœur du piémont cévenol, dans le village médiéval de Sauve. Chaque année, ce rendez-vous désormais attendu attire environ 4 000 personnes dans cette commune de 2 000 habitants dont les rues et les places se muent, l’espace d’un week-end, en scènes à ciel ouvert.

    La programmation de cette 22e édition, toujours pluridisciplinaire et éclectique, accueille une quinzaine de compagnies professionnelles qui présenteront leurs spectacles samedi 13 et dimanche 14 juin. Comme chaque année, une partie de la programmation est tournée vers les familles, avec des propositions de spectacles jeune et très jeune public. Un « espace kids » sera également proposé en continu, avec un coin lecture, des jeux en bois, une ludothèque poétique pour fabriquer des poèmes ou encore une fête foraine un peu décalée tout en récup’.

    Comme il est de coutume, la journée du samedi sera consacrée aux spectacles issus du « plateau création », un dispositif de repérage des créations de l’année pour l’espace public « destiné à donner de la visibilité aux compagnies émergentes et aux spectacles nouveaux nés », choisis sur dossier avec l’aide d’une quinzaine d’habitants complices. « L’idée est de présenter un panorama des arts de la rue, avec de la danse, du cirque, du clown, du théâtre de rue en déambulation… », énumère Julia Paglinghi, directrice d’Eurek’Art.

    Le lendemain, dimanche 14, place aux coups de cœur de l’édition 2026, avec des propositions qui célèbrent nos fragilités et la beauté du doute face à un monde « qui donne la primeur à la force, au pouvoir, aux rapports de domination. On a l’impression que ce monde marche sur la tête, que les valeurs sont inversées. On a donc eu envie de programmer des spectacles peuplés d’êtres vulnérables, maladroits, abîmés, marginalisés, qui essaient de trouver leur place par la tendresse, la douceur, l’amour  », décrit Julia Paglinghi.

    La Muchmuche compagny présentera Amours, « un Ovni qui s’inspire d’un traité de Roland Barthes sur les différentes sortes d’amour » ; au croisement du cirque et de la musique, le trio de rêveurs hurluberlus de « Mange la vie avec les doigts » entraînera le public dans un voyage en absurdie pour trouver l’indispensable… ; dans un esprit plus punk, le spectacle de théâtre en déambulation « Spen et Lulla » plongera les participants dans la cavale de deux paumés désinvoltes en mal d’amour ; enfin « Good bye Persil », spectacle de rue gestuel, histoire sans parole accessible à un public sourd et malentendant, est un hymne à la fratrie, drôle et touchant, façon Laurel et Hardy.

    Autre temps fort à ne pas manquer le samedi soir (21h), un concert, sur la place Sivel, du groupe d’électro-trad’ Turfu, « qui plaît autant à ceux qui aiment danser le trad’ qu’à ceux qui aiment la techno », résume Julia Paglinghi.

    * Tout le programme sur : www.eurekart.fr/saison-label-rue/festival

  • Le Festival des fanfares remet le son

    Le Festival des fanfares remet le son

    Au programme : une vingtaine de fanfares venues de Montpellier, de France, mais aussi de l’étranger, pour deux jours de musique de rue. Le vendredi 12 juin, les fanfares se déploieront dès 20h dans plusieurs quartiers et communes partenaires. Des concerts sont annoncés à Port Marianne, autour du bassin Jacques-Cœur, mais aussi aux Arceaux, à Sainte-Anne, au parc Clémenceau, ainsi qu’à Clapiers, Castelnau-le-Lez et
    Saint-Georges-d’Orques.

    Le samedi 13 juin, le festival retrouvera ses quartiers historiques de Beaux-Arts et Boutonnet. La journée commencera avec des vide-greniers musicaux, notamment sur l’Esplanade de la musique et au parc Babut. À 16h, les fanfares seront présentées place Émile-Combes, avant une grande soirée de concerts de 19h à 1h. Gratuit et ouvert
    à tous, le festival des fanfares garde son esprit de fête de village : un rendez-vous sonore, joyeux et collectif.

  • Barjac m’en chante : un festival toujours plus ouvert

    Barjac m’en chante : un festival toujours plus ouvert

    Toujours soutenu par les collectivités, Barjac m’en chante porte la chanson française dans le nord du Gard. Dans un contexte où la culture est attaquée par les mairies d’extrême droite et où les subventions fondent comme neige au soleil dans de nombreux départements, le festival garde son identité et revendique sa capacité à ouvrir les consciences. « J’ai vraiment la chance d’être dans un endroit très privilégié car on est très soutenus par nos tutelles publiques. Par les temps qui courent, c’est assez rare », confirme Julie Berthon, directrice artistique du festival. « Maintenant, il faut que nous arrivions à donner envie au public de venir, de susciter la curiosité, de bien montrer que ce n’est pas un festival qu’on fait entre nous. La chanson est un vecteur populaire donc il faut franchir le premier pas pour ceux qui ne connaissent pas, et à coup sûr, ils reviendront. »

    Pour confirmer ce pari cette année, Julie Berthon s’est appuyée sur une programmation toujours aussi riche avec 30 concerts prévus tout en gardant les changements opérés ces dernières années qui ont bien fonctionné comme la dernière journée organisée exclusivement sous le chapiteau avec un concert surprise suivi d’un concert debout.

    Une édition féminine

    Côté programmation, c’est donc Vincent Dedienne qui ouvrira la première soirée samedi 25 juillet. L’acteur et humoriste, vainqueur de deux Molières de l’humour pour ses spectacles, s’est en effet essayé à la chanson en sortant un album l’an dernier intitulé Un lendemain soir de gala. « La démarche de Vincent Dedienne s’inscrit parfaitement dans l’histoire de Barjac m’en chante. Avec lui, la chanson a plein d’affinités avec le théâtre, avec l’écriture, avec la poésie. Cela montre aussi qu’il n’y a pas de frontières et que la chanson, c’est un moyen d’expression comme un autre. Vincent Dedienne parle beaucoup entre les chansons en y emmenant tout son savoir-faire d’homme de théâtre », précise Julie Berthon. Pour cette soirée d’ouverture, il sera accompagné de l’autrice compositrice et bassiste franco-québécoise, Marion Cousineau, qui allie chanson et slam.

    La directrice artistique du festival est aussi très fière pour cette 31e édition d’avoir pu composer une « programmation féminine » : « Il y avait la volonté d’arriver au moins à la parité concernant les artistes principaux. Mais l’équilibre homme-femme chez les musiciens est une catastrophe. Les femmes sont encore nettement minoritaires et ça va encore mettre des années avant que les musiciennes se sentent légitimes. »

    Lundi 27 juillet, Romain Didier, un habitué du festival, partagera la scène avec Alissa Wenz, « une chanteuse que j’aime beaucoup », reconnaît Julie Berthon. « Elle est aussi autrice, puisqu’elle a déjà écrit deux romans, dont un qui est paru assez récemment et que je conseille à tout le monde, qui s’appelle “Le désir dans la cage” ». La veille, Nicolas Moreau propose un spectacle original en reprenant les chansons les plus populaires du cinéma.

    Mardi 28 juillet, c’est au tour d’Hélène Piris d’occuper l’espace Jean-Ferrat, pour un spectacle engagé qui révèle l’absurdité de notre monde ultra-libéral et capitaliste. Cette critique se poursuivra avec le groupe « Les Goguettes, en trio mais à quatre », qui s’est fait connaître sur internet avec des reprises très politiques. Le 29, le double plateau accueillera l’univers musical et poétique de Louise O’sman puis le groupe Bonbon Vaudou, qui chante en français et en créole. « C’est une petite entorse mais on reste dans la francophonie. Je suis vraiment très contente qu’on ouvre tous nos oreilles à ces chansons », explique Julie Berthon.

    En plus de cette programmation d’artistes connus et reconnus, dix artistes « découverte » joueront sous le chapiteau durant les six jours du festival avec des styles éclectiques comme le slam de Lémofil ou la pop de Melba (les deux programmés le mercredi 29 juillet). Trois spectacles jeunes publics auront aussi lieu dans la salle Anne-Sylvestre de l’école municipale.

  • La note bleue voyage dans la métropole Aix-Marseille

    La note bleue voyage dans la métropole Aix-Marseille

    Si la 26e édition du Marseille Jazz des cinq continents illustre toutes les facettes de la note bleue dans différents endroits de la ville à partir du 1er juillet, ce festival propose, en parallèle de son programme phare, un « parcours métropolitain ». Sillonnant les communes alentour, une vingtaine de « rendez-vous musicaux » qui permettent « de découvrir à la fois la scène locale mais également des artistes internationaux venus partager leur propre vision du jazz et leurs inspirations multiples », indiquent les organisateurs de cette séquence dont la prochaine étape passe le samedi 13 juin par Jouques. Le Domaine de la Traconnade sera ainsi le théâtre d’un concert de l’indomptable trompettiste Daoud, « figure montante de la scène actuelle mêlant jazz, hip-hop et électronique ». Lever de rideau de la soirée prévu avec le Benoît Moreau trio. Une formation inspirée par l’esprit du grand guitariste de Baltimore, Bill Frisell, qui ne cesse d’explorer les contrées jazz, mais aussi rock et folk.

    Formations en tous genres

    Le parcours métropolitain fera également escale le 19 juin à Châteauneuf-les-Martigues pour un concert gratuit du sextet Oscarpicus dont le répertoire « mêle swing, chanson française et jazz moderne ». Le lendemain, cap sur Vauvenargues avec le Romain Morello Collective qui fera vibrer de ses cuivres l’héritage d’illustres jazzmen comme Charles Mingus ou Herbie Hancock (entrée libre). Autant de jalons mélodieux qui se poursuivront jusqu’à l’automne 2026.

  • [Entretien] Juste Shani : « Avoir des textes engagés, c’est important et naturel pour moi »

    [Entretien] Juste Shani : « Avoir des textes engagés, c’est important et naturel pour moi »

    La Marseillaise : Vous rappez depuis 2018. Qu’est-ce qui vous a poussé vers ce style musical ?

    Juste Shani : J’ai toujours aimé la musique en général et le hip-hop en particulier. Quand j’étais petite, à la maison, avec ma famille, on écoutait ensemble plutôt de la variété, de la pop et du R’n’B. Et j’écoutais beaucoup de hip-hop US. Et à l’adolescence, j’ai commencé a écouté du rap français comme Sexion d’assaut qui a beaucoup forgé la façon dont je rappe aujourd’hui. Je me suis donc tournée vers le rap au fil des découvertes. J’ai toujours écrit et chanté plein de styles différents. Petite, j’ai d’abord écrit un peu de R’n’B en anglais et après, du rap français. Je ne sais pas ce qui s’est passé de particulier. Mais déjà, c’était en français et puis, moi, j’écoutais du rap avec des artistes assez engagés comme Youssoupha, ou Kenny Arkana. Les thématiques qui étaient abordées m’ont vraiment touchée à une époque où je commençais à comprendre aussi la société dans laquelle on évoluait. C’est vraiment un des styles de musique qui m’a le plus choquée en fait.

    Dans vos morceaux, vous parlez de la question du racisme, de la misogynie ou de sujets sociaux. C’est important pour vous d’avoir des textes engagés ?

    J.S. : Je ne sais pas si c’est important, mais c’est naturel pour moi. C’est juste que ce sont des sujets qui me tiennent à cœur, et qui ont toujours été importants pour moi. Mais c’est aussi ce que je vis aussi au quotidien, donc naturellement ça se retrouve dans mes textes.

    Dans la vie en général ou dans le monde du rap ?

    J.S. : En tant que femme et noire, on est confrontée à certaines de ces réalités. Et après, dans l’industrie ce sont les mêmes problématiques qu’on retrouve dans tous les milieux de la société. Après dans l’exemple du rap, c’est un style qui est réputé plutôt masculin. Du coup, dans les premiers événements rap où j’étais, car j’ai fait beaucoup d’open mic [scènes ouvertes], il y a un peu ce truc où tout le monde te regarde de travers. Ils se demandent ce que tu fous là. Je pense qu’on est encore aujourd’hui dans le rap, dans quelque chose où c’est encore vu comme un peu spécial d’être une femme qui rappe, alors que ça devrait être banal.

    À partir de 2025, vos morceaux Matrixée, Bonnes fêtes et Brillance ont eu une grande visibilité sur les réseaux sociaux. En quoi ça a été un tremplin pour vous ?

    J.S. : Ça m’a beaucoup aidée, les réseaux sociaux. Je pense qu’en tant qu’artiste, on a cette chance de pouvoir s’y développer de façon totalement indépendante au moins pendant un temps. À l’époque, dans les années 90, 2000, on était vraiment totalement dépendants des labels et des maisons de disques pour faire sa promo, même pour faire ce qu’on dit. Par rapport à la promo et à l’image les réseaux sociaux m’ont vraiment apporté beaucoup de visibilité. C’est vrai qu’en 2025, il y a eu vraiment énormément de visibilité qui s’est de plus en plus élargie. Je pense que ça m’a aussi rendu plus visible aux yeux de tous les professionnels de l’industrie, des maisons de disques. Et c’était pour moi un moyen d’exprimer tout ce que j’avais à dire.

    Ce qui a amené une grosse année : première partie de Aya Nakamura, tournée de festival et des dates de concerts dans toute la France.

    J.S. : C’est trop cool. C’est vraiment le fruit de plusieurs années de travail qui commencent à marcher. Je me suis entourée de plus gros partenaires professionnels, avec notamment d’autres tourneurs, société qui organise mes tournées. Et on sent qu’il y a cet accompagnement-là. Le projet rayonne et il y a un public qui est de plus en plus demandeur. Et il y a de plus en plus de programmateurs qui me font confiance.

    Et samedi, Marsatac…

    J.S. : Ça me fait plaisir. C’est la première fois que je joue à Marseille. J’ai beaucoup joué dans d’autres régions, qui ne sont pas la mienne, comme à Lyon ou en Bretagne. Mais encore jamais Marseille. Je sais qu’il y a un peu de gens qui m’écoutent ici, donc ça me fait vraiment plaisir de les rencontrer.

    Quels sont les prochains projets ?

    J.S. : Pour moi, le futur, c’est un nouveau projet. Je vais continuer à bosser dans ce pays musical, à proposer des choses de qualité, parce que je suis encore dans une phase, malgré toute la visibilité dont je bénéficie, de développement de mon projet qui est émergent. Donc j’essaie de beaucoup bosser la musique, d’affirmer ma patte et ma signature.

  • 250 danseurs entrent dans la transe au Festival de Marseille

    250 danseurs entrent dans la transe au Festival de Marseille

    « Les gens ne la connaissent pas très bien, si ce n’est sa musique. Mais c’est l’une des démarches de mixité des cultures et du savoir musical les plus intéressantes et, en même temps, un savoir animiste à caractère spirituel », rappelle avec enthousiasme Khalid Benghrib à propos de la culture Gnawa. Inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’Unesco depuis désormais sept ans, un bagage très répandu au Maroc, mais pas seulement, que ce chorégraphe met en branle en invitant 250 danseurs marseillais dans Urban Gnawa Project, spectacle qui prend ses quartiers dimanche 14 juin à la Friche Belle de Mai dans le cadre de l’ouverture du Festival de Marseille.

    À ces fins, cet artiste n’a procédé à « aucune sélection. C’était le challenge. J’étais juste intéressé par des gens qui se retrouvent et s’accordent un temps pour partager quelque chose qui ne se dit pas, qui ne se guide pas », résume ce Casablancais arrivé en France il y a 40 ans et qui a « grandi avec les rites et rituels gnawas que [sa] grand-mère pratiquait » lorsqu’il était enfant.

    « Décharge organique »

    et « résistance absolue »

    « Cela m’a fait voir ce mélange de personnes qui se retrouvent pour vivre un cérémonial où la doctrine religieuse n’est pas la plus importante. C’est cet aspect qui m’a séduit », explique Khalid Benghrib, tout en évoquant cette culture dont le point d’orgue coïncide avec un état de transe. « C’est un espace dans lequel on se retrouve pour qu’il y ait une décharge organique qui permette un apaisement social », décrit-il encore. Un lâcher-prise, voir une délivrance qui s’exprimera en extérieur, sur le Champ de Mai de la Friche.

    Outre sa dimension culturelle et spirituelle, la culture gnawa est aussi « politique car elle exclut tout dogmatisme. Et donc, à partir du moment où il n’y a pas d’emprise sur la matière, la matière devient politique. C’est une forme de résistance absolue ». Un champ des possibles et de liberté dans lequel n’officie « aucun leader. Toutes les portes sont ouvertes et quiconque a envie de transer entre dans notre espace ». Rétif à tout ordre, une culture finalement très égalitaire. « Chacun se décharge à son rythme, selon ses envies et en fonction de ce qu’il ressent. Il n’y a pas de conduit endoctriné », développe le chorégraphe qui a confié la partition musicale à Maâlem Khalid Sansi et son ensemble, la partie électronique étant, elle, dévolue à Max Frimout. « Mon désir est d’inscrire le gnawa dans mon temps : c’est-à-dire en créant un espace de mixité. Mélanger les composantes de la musique traditionnelle avec l’électro allait donc de soi, comme le flux de l’eau », image Khalid Benghrib. Selon lui, son dialogue musical « n’est pas un dialogue de tradition mais de transition ».

    « Urban Gnawa Project » le dimanche 14 juin à la Friche Belle de Mai à 19h. Entrée libre

  • Sauramps : inquiets pour leur avenir, les salariés réclament des réponses

    Sauramps : inquiets pour leur avenir, les salariés réclament des réponses

    L’heure est grave, chez Sauramps. Voilà plusieurs mois, maintenant, que les rayons sont clairsemés et que les tables d’exposition se vident sous les yeux désolés et impuissants des clients fidèles et des salariés. « On n’achète quasiment plus rien depuis le mois de mars », confie une salariée sous le sceau de l’anonymat. « On continue à accueillir le public, mais on ne reçoit plus de nouveautés. Or on sait combien c’est important dans un commerce de livres, puisqu’il en sort chaque semaine. On ne peut plus non plus commander les livres que les gens recherchent. Le fait de durer dans ce fonctionnement nous inquiète. »

    Alors qu’elle fête cette année ses 80 ans, la librairie historique de Montpellier, qui fut l’une des librairies indépendantes les plus importantes de France, est plus que jamais menacée. Les pertes cumulées s’élèveraient à 3,5 millions d’euros, en lien avec la crise du secteur et, semble-t-il, un loyer trop élevé. L’actionnaire et propriétaire du groupe, l’architecte François Fontès, pourrait rapidement, si aucune autre piste n’aboutit, demander que l’entreprise soit placée en redressement judiciaire.

    Pour la première fois en 40 ans d’existence de la manifestation, Sauramps n’a pas été, cette année, en mesure de participer à la Comédie du livre, signe supplémentaire que les voyants sont au rouge.

    « Des risques majeurs sur l’emploi »

    Ce n’est toutefois pas la première fois que Sauramps rencontre de graves difficultés financières. En mars 2017, le groupe avait été placé en redressement judiciaire avant d’être racheté par la société Ametis, appartenant à François Fontès. L’entité comptait alors cinq sites : Sauramps Comédie, Polymômes, Sauramps Odyssée et un espace au musée Fabre à Montpellier ainsi que Sauramps Cévennes à Alès. Il ne reste aujourd’hui que deux sites : Sauramps Comédie à Montpellier et la librairie d’Alès, les effectifs étant passés de plus de 90 salariés en 2020 à 54 aujourd’hui (47 à Montpellier et 7 à Alès).

    « Depuis de nombreux mois et de manière beaucoup plus alarmante depuis début mars, nous subissons une dégradation continue de la situation économique, financière et sociale du groupe », alertent publiquement les salariés de Sauramps dans une lettre ouverte distribuée le 4 juin aux passants. « Malgré nos sollicitations, nous n’avons obtenu aucune communication directe avec notre actionnaire unique et propriétaire de notre entreprise. De ses décisions dépend notre avenir », déplorent les salariés qui disent vivre ce « silence prolongé » comme « une profonde marque de mépris et d’incompréhension, alors que les équipes continuent, chaque jour, à faire vivre l’entreprise avec professionnalisme et engagement malgré des conditions considérablement dégradées ».

    « La conjoncture actuelle du monde du livre nous fait craindre le pire », confie un salarié montpelliérain. Après Gibert en avril, le groupe Nosoli, qui réunit les enseignes Furet du Nord et Decitre, a été placé à son tour en redressement judiciaire fin mai, posant la question de l’avenir des librairies. Ces dernières années en effet, la concurrence du commerce en ligne s’est intensifiée tandis que les habitudes de lecture ont évolué. Pour la première fois, le bilan annuel du Centre national du livre (CNL) recense davantage de fermetures (85) de librairies en France que de créations (83) en 2025.

    « La situation actuelle fait peser des risques majeurs sur l’emploi, sur notre entreprise à laquelle nous sommes profondément attachés », insistent les salariés qui « appellent à la responsabilité de l’actionnaire » et « demandent des réponses claires, concrètes et immédiates concernant notre avenir ».

    Amélie Goursaud