Category: culture

  • Porteurs recherchés au Fort Saint-André

    Porteurs recherchés au Fort Saint-André

    « Pour l’instant, on a prévu de faire visiter le fort à 10 personnes, mais on aimerait en accueillir 20 à 30 », lance Nicolas Chevalier, fondateur de l’association Portez-moi pour un rêve, à propos de la visite pour personnes en situation de handicap du Fort Saint-André, à Villeneuve-lès-Avignon, le samedi 18 et le dimanche 19 octobre.

    Et ce, pendant la fête médiévale « Monument jeu d’enfant » qui se tient le même jour sur place. « Sur ce genre d’endroit, on ne peut pas demander de mettre des ascenseurs. Donc la seule solution, c’est de porter », précise Nicolas Chevalier, dont la structure a déjà organisé des visites similaires dans 49 monuments à travers l’Hexagone. Des personnes supplémentaires pour porter les jeunes sont d’ailleurs recherchées (contact en fin d’article).

    Étoiles dans les yeux

    Une occasion donc, pour des jeunes mais aussi des moins jeunes en fauteuil roulant, de visiter des endroits généralement inaccessibles. « Les personnes en situation de handicap ne doivent pas être privées de culture. Et ce genre d’événement est idéal pour passer un super moment en famille et s’amuser. Le but est que tout le monde reparte avec des étoiles dans les yeux », souligne le responsable de l’association.

  • Redwane Rajel, un « miraculé » passé de l’ombre à la lumière

    Redwane Rajel, un « miraculé » passé de l’ombre à la lumière

    C’est au détour d’ateliers avec le metteur en scène Olivier Py, au centre pénitentiaire d’Avignon-Le Pontet, que Redwane Rajel a découvert le théâtre en 2018. Abonné depuis aux rôles de tyrans – Xerxès, Créon ou Macbeth – s’amuse-t-il, voilà désormais ce gaillard au grand cœur prêt à endosser celui de sa vie : dans À l’ombre du réverbère, seul en scène qui fait jaillir la lumière du théâtre depuis la nuit noire dans laquelle il était plongé, à partir du mardi 30 septembre sur les planches des Bernardines. « Il y est forcément question des ténèbres de la prison, des lumières du théâtre. Baudelaire a lui aussi parlé du réverbère, de la solitude, de l’isolement. Comme une fine silhouette et des ombres qui passent », situe avec poésie Redwane Rajel pour évoquer cette pièce qui retrace sa trajectoire tempétueuse et aujourd’hui apaisée. Il l’a mise noir sur blanc, et en scène, avec son premier professeur de théâtre, Enzo Verdet, ainsi que l’ancien directeur de prison, Bertrand Kaczmarek.

    « À 38 ans, je n’étais pas programmé pour aller en prison », rappelle celui qui était auparavant vendeur de voitures chez Renault. « On dépeint surtout la violence carcérale. La majorité des détenus sont des personnes très fragiles, qui viennent du bas de l’échelle, avec un énorme taux de récidive. C’est la pauvreté qu’il faut combattre et ne pas se tromper d’ennemi », prévient Redwane Rajel, qui dédie sa pièce « aux victimes mais aussi aux comédiens avec qui j’ai joué pour la première fois, la plupart aujourd’hui en prison ou morts ».

    « Pas misérabiliste »

    « Je suis un miraculé, une exception. La prison est tellement mal faîte que si on y entre violent, on en ressort encore plus violent. Si entre drogué, on ressort encore plus drogué », déplore celui qui est devenu comédien professionnel grâce à la compagnie Louis Brouillard de Joël Pommerat, avant de remercier le directeur de théâtres marseillais et aixois, Dominique Bluzet, qui lui « a ouvert toutes les portes pour cette création ».

    « Le grand dramaturge Peter Brook disait qu’on pouvait faire voyager les gens juste avec un tapis », cite Redwane Rajel qui l’a presque pris au mot. Au milieu d’un banc, d’une servante et d’un miroir, l’Avignonnais de naissance et Marseillais d’adoption déroule le fil de ses mille vies : rameur dans l’équipe de Provence d’aviron, boxeur de bon niveau à la Savine, major de corps d’élite dans l’armée… autant d’expériences dont il se sert dans À l’ombre du réverbère. « Même si je suis beaucoup dans la résilience, le piège était de tomber dans quelque chose de misérabiliste. »

    Joindre le geste à la parole

    Loin de lui, donc, la tentation du pathos pour exposer son parcours qui pourrait légitimement y recourir. Son jugement ? Pas question d’en parler dans la pièce. « J’ai trop de respect pour les victimes qui ont déjà vécu le procès », affirme ce quadragénaire, parmi les premiers à avoir suivi des ateliers de justice restaurative en France. « J’ai tout de suite fait le pont entre ça et le théâtre, deux endroits de réconciliation par la parole », exprime Redwane Rajel pour qui, l’art oratoire a été une bouée de sauvetage. Une thérapie pour celui qui s’est retrouvé, à l’âge de 12 ans, avec « une mère en psychiatrie. C’était une militante CGT, un exemple pour moi. Elle s’est battue, seule avec ses enfants, écrasée par le capitalisme. Elle a fait partie des premières suicidées chez France Télécom », livre-t-il, l’œil humide mais le poing serré, lui qui a hérité de son sens de la lutte. « Ce spectacle, c’est une façon de m’émanciper. Je joue au théâtre depuis 2018 et ce qui revient souvent, c’est “l’ancien détenu devenu comédien”. J’aimerais bien en sortir », concède-t-il, presque gêné. « Je suis là pour me raconter et après, on pourra passer à autre chose. »

  • Les chemins du vivant, le second souffle de Montpellier 28

    Les chemins du vivant, le second souffle de Montpellier 28

    Près deux ans après avoir échoué au pied du mur pour faire de Montpellier la capitale européenne de la culture en 2028, l’association M28 – qui portait la candidature – ne s’avoue pas vaincue. Ainsi, du 26 septembre au 5 octobre, l’association propose « l’événement 25 – les chemins du vivant », soit plus de 100 manifestations culturelles dans 80 lieux (le territoire de la candidature, à savoir Montpellier, Lunel, Sète, Pic-Saint-Loup, Vallée de l’Hérault, Agde) réalisées par plus de 150 artistes, scientifiques ou encore chercheurs.

    « Cette programmation est variée, nous voulons montrer une diversité de territoires, une diversité de propositions artistiques qui va se déployer sur dix jours. Nous invitons le public à venir emprunter les chemins du vivant, à se déplacer là où on n’a pas l’habitude d’aller, à échanger avec les artistes », souligne Sophie Léron, présidente de l’association M28. Premier rendez-vous est donné à la cité européenne du théâtre du Domaine d’O, pour la soirée d’ouverture avec un concert de Blick Bassy (19h30).

    Et il y en aura pour tous les goûts. « Une particularité de cette collection est qu’elle est pluridisciplinaire avec des arts visuels, du spectacle vivant, de l’architecture, des réflexions sur le paysage. Il est assez rare de voir dans le même temps toutes ces disciplines qui dialoguent les unes avec les autres. Il y a aussi une place pour les arts culinaires, la musique, la danse », détaille Nicolas Lebourg, directeur artistique de M28. Notamment du théâtre de rue au Peyrou, à Montpellier, avec la compagnie Beagat theater « qui réalise des installations, qui invite à la lecture, à la réflexion. Ça va être magnifique » (05.10, 18h). Ou encore les danseurs Nicolas Fayol et Salia Sanou (avec la compagnie Mouvements perpétuels, 4 et 5 octobre, à 18h, Université Paul-Valéry à Montpellie

    Sept lieux phares

    L’occasion également de découvrir les différents sites du territoire et notamment sept lieux phares : la Mosson à Montpellier, le Quai des Moulins à Sète, l’abbaye d’Aniane, le canal de Lunel, les sources du Lez et le château Laurens à Agde. « Découvrir à travers des lieux patrimoniaux, symboliques, dans lesquels vont pouvoir s’exprimer des artistes, c’est vraiment nous interroger à travers ces différentes formes d’expression sur ce que nous sommes, c’est vraiment un sujet actuel dans cette période de bouleversement », observe Loïc Linarès, président socialiste de Sète Agglopôle.

    Un tel projet qui n’aurait pas pu être réalisable sans la coopération entre les différents acteurs. « M28 est une démarche de coopérations des communes, des EPCI à une échelle plus large que celles sur laquelle nous exerçons nos responsabilités. Une coopération en faveur de la culture qui rassemble », estime Michaël Delafosse, président PS de la métropole de Montpellier.

    Et pour attirer de nouvelles têtes, l’événement 25 se délocalise dans six gares héraultaises (Montpellier, Frontignan, Vic-la-Gardiole, Agde et Sète) afin de mettre en avant les projets culturels ayant lieu sur le territoire. « La gare est un lieu de passage, de transition qui permet de faire venir la culture vers tous les publics, parfois non habitué à venir dans des lieux culturels », souligne Hilaire Hautem, directeur régional de SNCF Gare et connexion. Tout en permettant d’admirer le patrimoine et la richesse de la région.

    Programme complet à retrouver sur montpellier2028.eu.

  • L’œuvre de Claude Chabrol sonde l’âme humaine à Aix

    L’œuvre de Claude Chabrol sonde l’âme humaine à Aix

    « Moraliste gourmand et lucide sur les humains que nous sommes, Claude Chabrol a construit une œuvre qui, avec humour et cruauté, fait tomber les masques et tire à vue sur les puissants, les arrogants, les bien-pensants… et les cons », écrit Cécile Maistre-Chabrol. La fille et assistante pendant 25 ans de ce maestro des films noirs et des comédies de mœurs disparu il y a 15 ans, auquel l’Institut de l’image d’Aix-en-Provence consacre un cycle pendant le mois d’octobre.

    Avec 58 bobines réalisées en un demi-siècle, qui comportent « des chefs-d’œuvre, des films de commandes et même des navets », retrace-t-elle avec lucidité, Claude Chabrol a entre autres marqué cinéphiles et grand public avec sa capacité à gratter le vernis du charme, a priori si discret, de la bourgeoisie. Illustration éloquente en 1969 La femme infidèle, triangle amoureux incarné par Stéphane Audran, Michel Bouquet et Maurice Ronet, révélateur de sa fascination pour Alfred Hitchcock, autour de l’histoire d’un mari cocu qui engage un détective privé sur les traces de l’amant. Il faut dire que le cinéaste aime percer les dehors flatteurs de l’âme humaine, pour en extraire à l’écran toute la substantifique dramaturgie.

    « Auteur populaire »

    « Chabrolien ». Le mot s’est immiscé dans les pages de certaines encyclopédies pour évoquer « une exploration critique de la société et des comportements humains ». C’est dire son influence dans le monde du cinéma et parfois au-delà. Un credo notamment arpenté dans Le boucher (1970), chronique de « la vie quotidienne d’un village du Périgord, bouleversée le jour où une fille d’un bourg voisin voisin est retrouvée assassinée, la directrice de l’école suspectant le boucher, avec qui elle est encore amie », indique le programme de l’Institut de l’image d’Aix. Ou encore dans Les bonnes femmes, réalisé 10 ans plus tôt, qui s’inscrit dans les pas de quatre travailleuses parisiennes dans un magasin ménager, filmées avec une sociologie froide et un cœur chaud.

    « Parce qu’il n’a jamais brandi la carte du génie, il est devenu un auteur populaire », affirme Cécile Maistre-Chabrol, présente à Aix les 4 et 5 octobre pour présenter certaines pièces maîtresses de Claude Chabrol comme Que la bête meure, Juste avant la nuit et Les noces rouges.

    Le cycle initié par l’institution aixoise sera également l’occasion de voir ses deux premiers films : Le beau serge (1958) considéré par certains critiques comme le premier long-métrage de la Nouvelle vague, ainsi que Les cousins (1959), avec les performances de Gérard Blain et Jean-Claude Brialy, pour une cohabitation a priori banale mais qui va se révéler électrique.

    Programme complet sur www.institut-image.org

  • Cent ans de livres jeunesse au Carré d’Art

    Cent ans de livres jeunesse au Carré d’Art

    C’est un peu une madeleine de Proust pour plusieurs générations. Jusqu’au 13 décembre, le Carré d’Art accueille Dessine-moi une histoire, une exposition qui plonge le visiteur dans plus d’un siècle de livres destinés à la jeunesse. Albums illustrés, bandes dessinées, contes et périodiques y racontent l’évolution d’un genre littéraire, miroir de la société et source d’émotions intemporelles.

    À l’origine de ce fonds exceptionnel, il y a l’histoire d’une famille cévenole. Sur trois générations, de la grand-mère à la petite-fille, 350 ouvrages ont été soigneusement conservés et transmis. En 2020, Sylvie Lucas, dernière dépositaire de ce patrimoine intime, a choisi de confier la bibliothèque au Carré d’Art. « Nous n’avions pas de fonds spécifique pour l’édition jeunesse. Ce don est venu combler un vide », souligne Bénédicte Tellier, bibliothécaire au service Patrimoine. Les traces laissées par les enfants (coloriages, dédicaces, signatures) rappellent qu’il ne s’agit pas seulement d’une collection, mais bien d’une bibliothèque vivante, témoin d’une filiation.

    Une collection variée

    Dans les vitrines, le visiteur passe des fables de La Fontaine aux aventures de Robinson Crusoé, des éditions illustrées par Gustave Doré aux albums colorés de Benjamin Rabier. Plus près de nous, Bibi Fricotin, Bécassine ou Martine côtoient Harry Potter ou Le Petit Prince. Chaque génération y retrouve des héros familiers, et certains visiteurs avouent leur émotion en revoyant les couvertures de leur enfance.

    Le parcours muséal se déploie sur plusieurs espaces : dans l’atrium du Carré d’Art, la diversité des documents raconte l’essor de la littérature jeunesse depuis la fin du XIXᵉ siècle ; à l’étage, la section jeunesse met en avant le monde animal et son imaginaire ; tandis qu’à la bibliothèque Serre Cavalier, les héros et héroïnes emblématiques des lectures d’enfance tiennent le devant de la scène. L’exposition dialogue aussi avec le patrimoine littéraire local. Une vitrine est consacrée aux éditeurs gardois : Grandie, Lirabelle ou encore Papier Coupés. Plus précieux encore, le manuscrit de Dhuoda, rédigé à Uzès au IXᵉ siècle, est présenté comme l’un des premiers textes européens destinés à un enfant, écrit par une mère pour son fils. Des rendez-vous ponctuent l’exposition : ateliers d’écriture graphique, projections familiales et rencontres avec illustrateurs permettent aux plus jeunes de s’approprier à leur tour cet héritage.

  • Crèches et santons, la collection de Régis Bertrand

    On a souvent consulté le livre de Régis Bertrand à propos des Santibelli et puis aussi Crèches et Santons de Provence, l’édition de la thèse qu’il avait soutenue en décembre 1989 sous la direction de Michel Vovelle. On a assisté à des conférences de ce chercheur-transmetteur qui enseigna pendant 25 ans l’histoire de la Provence à la Faculté des Lettres d’Aix. Pour autant on ne pouvait pas concevoir la finesse, la diversité et l’étendue de la collection qu’il divulgue cet été dans les vitrines d’un musée pour l’heure faiblement visible : en dépit des foules qui affluent, ils sont rares les visiteurs qui fréquentent le rez-de-chaussée de la Basilique de Notre-Dame.

    Quand on aura apprécié tel ou tel détail étonnant ou bien savoureux parmi les pièces que cet homme de grande discrétion a choisies pour son exposition – par exemple, les créations de Jean-Louis Lagnel, son Dresseur de marmottes, des Adorants, une Porteuse de légumes, un Valet à la lanterne, un Joueur de cor – on appréhendera mieux l’inlassable curiosité, le désir de comprendre et l’empathie qui sont les moteurs de la collection qu’il a composée en pleine entente avec son épouse Geneviève. Avant les publications de Régis Bertrand, les approximations d’auteurs pionniers comme Elzeard Rougier, Marcel Provence et Pierre Ripert, ou bien la propagande touristique des livres consacrés à la Provence empêchaient de mesurer les évolutions engendrées par deux siècles de création.

    Une fois de plus on éprouvera qu’un bon historien, par ailleurs capable d’assumer avec talent le rôle d’un commissaire d’exposition, affûte notre regard : il met de l’ordre parmi les souvenirs et les observations sur le terrain. Les objets et les cartels de son exposition situent impeccablement les grandes articulations de sa thèse. Preuves à l’appui, on voit qu’au fil des ans, les incarnations, les émotions et les récits de la religion se transforment, peuvent trouver leurs extensions dans des registres de l’imaginaire délibérément profanes. En provençal un « santoun » est un petit saint. Au milieu du XVIIIe siècle, une propagation s’effectue, on imite dans les églises du Midi des figurines en provenance de la Bohème, de Naples et de l’Italie. Les premières crèches, ce sont trois ou quatre personnages en bois qui accompagnent sur les autels les offices de l’Évangile de Noël. À côté de Joseph et Marie, les bergers et les mages vont se multiplier.

    Un village qui oublie Bethléem

    Assez vite, aux figures de la piété religieuse, s’ajoutent des personnages de la vie quotidienne. Le précurseur Jean-Louis Lagnel moule et invente des figurines qui imitent les silhouettes des personnes qu’il croise au Panier. Son meunier et son Ravi, le vannier ou la fileuse qui peuplent ses crèches ne viennent certes pas de la Palestine. Au fourmillement de cette population locale, correspond un détournement du territoire de la création. L’étable de la naissance de Jésus n’est plus le centre de la représentation, elle est reléguée sur la droite de la scène. À la place de Bethléem, on se retrouve parmi d’autres ritournelles, dans la Crau, à Moustiers ou dans les Alpilles : voici des moulins, des cyprès, un puits, des ponts et des montagnettes. Des boulangers, des fermières et des tambourinaires, une micro-société traditionnelle vêtue avec des gilets, des bonnets, des cotillons et des jupes d’indienne, des stéréotypes s’imposent. La niche d’une économie souterraine survivra, une civilisation s’efface doucement, un fragment de la société « contemple son reflet miniaturisé ».

    Pour paraître on ne sait pas encore quand, 2027 ? Régis Bertrand achèvera prochainement un vaste chantier, la rédaction d’un Dictionnaire des Santons et des Santonniers. Un autre mérite de son exposition est d’identifier clairement des écarts, des styles et des inventions : à côté de l’aubagnaise Thérèse Neveu et de l’aixois Paul Fouque, on découvrira les mini-biographies de plusieurs artistes-artisans que l’historien sort de l’anonymat. Entre autres, des Marseillais comme les Carbonnel, la famille de Pierre Pagano qui fut d’abord libraire-papetier, un autodidacte varois l’électricien André Filippi qui affectionnait le primitivisme de Dellepiane ainsi que des femmes-santonnières, Simone Jouglas, Émilie Pucilleni-Meinier et Marie Rouvier.

    Exposition « Pour une histoire des santons ». Jusqu’au 30 octobre, Musée Notre-Dame de la Garde, rez-de-chaussée de la Basilique, sauf lundi de 9h à 17h, entrée 3 euros.

  • Crèches et santons, la collection de Régis Bertrand

    Crèches et santons, la collection de Régis Bertrand

    On a souvent consulté le livre de Régis Bertrand à propos des Santibelli et puis aussi Crèches et Santons de Provence, l’édition de la thèse qu’il avait soutenue en décembre 1989 sous la direction de Michel Vovelle. On a assisté à des conférences de ce chercheur-transmetteur qui enseigna pendant 25 ans l’histoire de la Provence à la Faculté des Lettres d’Aix. Pour autant on ne pouvait pas concevoir la finesse, la diversité et l’étendue de la collection qu’il divulgue cet été dans les vitrines d’un musée pour l’heure faiblement visible : en dépit des foules qui affluent, ils sont rares les visiteurs qui fréquentent le rez-de-chaussée de la Basilique de Notre-Dame.

    Quand on aura apprécié tel ou tel détail étonnant ou bien savoureux parmi les pièces que cet homme de grande discrétion a choisies pour son exposition – par exemple, les créations de Jean-Louis Lagnel, son Dresseur de marmottes, des Adorants, une Porteuse de légumes, un Valet à la lanterne, un Joueur de cor – on appréhendera mieux l’inlassable curiosité, le désir de comprendre et l’empathie qui sont les moteurs de la collection qu’il a composée en pleine entente avec son épouse Geneviève. Avant les publications de Régis Bertrand, les approximations d’auteurs pionniers comme Elzeard Rougier, Marcel Provence et Pierre Ripert, ou bien la propagande touristique des livres consacrés à la Provence empêchaient de mesurer les évolutions engendrées par deux siècles de création.

    Une fois de plus on éprouvera qu’un bon historien, par ailleurs capable d’assumer avec talent le rôle d’un commissaire d’exposition, affûte notre regard : il met de l’ordre parmi les souvenirs et les observations sur le terrain. Les objets et les cartels de son exposition situent impeccablement les grandes articulations de sa thèse. Preuves à l’appui, on voit qu’au fil des ans, les incarnations, les émotions et les récits de la religion se transforment, peuvent trouver leurs extensions dans des registres de l’imaginaire délibérément profanes. En provençal un « santoun » est un petit saint. Au milieu du XVIIIe siècle, une propagation s’effectue, on imite dans les églises du Midi des figurines en provenance de la Bohème, de Naples et de l’Italie. Les premières crèches, ce sont trois ou quatre personnages en bois qui accompagnent sur les autels les offices de l’Évangile de Noël. À côté de Joseph et Marie, les bergers et les mages vont se multiplier.

    Un village qui oublie Bethléem

    Assez vite, aux figures de la piété religieuse, s’ajoutent des personnages de la vie quotidienne. Le précurseur Jean-Louis Lagnel moule et invente des figurines qui imitent les silhouettes des personnes qu’il croise au Panier. Son meunier et son Ravi, le vannier ou la fileuse qui peuplent ses crèches ne viennent certes pas de la Palestine. Au fourmillement de cette population locale, correspond un détournement du territoire de la création. L’étable de la naissance de Jésus n’est plus le centre de la représentation, elle est reléguée sur la droite de la scène. À la place de Bethléem, on se retrouve parmi d’autres ritournelles, dans la Crau, à Moustiers ou dans les Alpilles : voici des moulins, des cyprès, un puits, des ponts et des montagnettes. Des boulangers, des fermières et des tambourinaires, une micro-société traditionnelle vêtue avec des gilets, des bonnets, des cotillons et des jupes d’indienne, des stéréotypes s’imposent. La niche d’une économie souterraine survivra, une civilisation s’efface doucement, un fragment de la société « contemple son reflet miniaturisé ».

    Pour paraître on ne sait pas encore quand, 2027 ? Régis Bertrand achèvera prochainement un vaste chantier, la rédaction d’un Dictionnaire des Santons et des Santonniers. Un autre mérite de son exposition est d’identifier clairement des écarts, des styles et des inventions : à côté de l’aubagnaise Thérèse Neveu et de l’aixois Paul Fouque, on découvrira les mini-biographies de plusieurs artistes-artisans que l’historien sort de l’anonymat. Entre autres, des Marseillais comme les Carbonnel, la famille de Pierre Pagano qui fut d’abord libraire-papetier, un autodidacte varois l’électricien André Filippi qui affectionnait le primitivisme de Dellepiane ainsi que des femmes-santonnières, Simone Jouglas, Émilie Pucilleni-Meinier et Marie Rouvier.

    Exposition « Pour une histoire des santons ». Jusqu’au 30 octobre, Musée Notre-Dame de la Garde, rez-de-chaussée de la Basilique, sauf lundi de 9h à 17h, entrée 3 euros.

  • [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] À Cantini, Pinocchio suspendu au bout d’une cordelette

    [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] À Cantini, Pinocchio suspendu au bout d’une cordelette

    Parfaitement absurdes, voilà que surgissent d’un néant plus ou moins burlesque, ce transpercement, cet effilement et cette excroissance, la pointe difficilement terminable de son nez. L’extravagance de ce plâtre rejoint les terreurs irrationnelles qu’éprouvent les enfants et les adultes. Un croc et les nœuds d’une cordelette empêchent les déséquilibres qu’il devrait provoquer.

    Ce serait une agonie sans recours possible. Une œuvre de rebrousse-poil qu’on peut trouver brutale, démesurée, carnavalesque et sarcastique. Quelques-uns, c’est assez facile, estiment carrément phallique le développement de son nez. Plus ou moins dérisoires, sa suspension et son épuisement ressemblent à un début d’exorcisme. Ce malheureux est ambivalent, Pinocchio est un frère qui engendre de la compassion.

    C’est une œuvre de l’après-guerre que Giacometti remanie, au lendemain d’une exposition de 1948 dans la galerie Pierre Matisse de New York. Il s’acharne à réaliser à Paris en 1949 cette seconde version présentée à Cantini. Dans sa monographie Yves Bonnefoy explique qu’à l’époque de la création de cette pièce, Alberto Giacometti sortait d’un grand désarroi. Il était traumatisé par le décès vers trois heures du matin, de son voisin Tonio, le gardien des ateliers de la rue Hippolyte-Maindron. Pour se délivrer de ce qui le hante, il aurait convoqué ses souvenirs d’un crâne-trophée aperçu au musée de Bâle. Dans un essai édité chez Gallimard, Jean Clair évoque à propos de cette face de Carême, Nicolas Gogol et Stanley Kubrick. Il souligne qu’en cette occurrence, Giacometti s’éloigne franchement d’André Breton et des utopies Surréalistes. Sans futur envisageable, il se rapproche de Pablo Picasso et de la revue Documents de Georges Bataille où furent publiées des reproductions de masques et de crânes océaniens.

    À revenir voir sans plus attendre. Depuis jeudi et jusqu’au moment de la clôture définitive, demain soir 18h, ce dimanche 29 septembre, la Ville de Marseille offre des entrées libres et gratuites rue Grignan, chez Jules Cantini, exposition « Alberto Giacometti, Sculpter le vide ».

    Plâtre et métal peint, format 82 x 37 x 71 cm

  • Chefs-d’œuvre des musées de Marseille

    plâtre et métal peint, format 82 x 37 x 71 cm,

    On découvre ses couleurs et son cri. Une cage rectangulaire, un socle et des barreaux de métal enchâssent son entrée en scène. On remarque un crâne émacié, des traits criblés par plusieurs stigmates, une bouche stupidement hurlante, des moignons de mâchoires apparentes, une incroyable encolure de cheval. Parfaitement absurdes, voilà que surgissent d’un néant plus ou moins burlesque, ce transpercement, cet effilement et cette excroissance, la pointe difficilement terminable de son nez. L’extravagance de ce plâtre rejoint les terreurs irrationnelles qu’éprouvent les enfants et les adultes. Un croc et les nœuds d’une cordelette empêchent les déséquilibres qu’il devrait provoquer.

    Ce serait une agonie sans recours possible. Une œuvre de rebrousse-poil qu’on peut trouver brutale, démesurée, carnavalesque et sarcastique. Quelques-uns, c’est assez facile, estiment carrément phallique le développement de son nez. Plus ou moins dérisoires, sa suspension et son épuisement ressemblent à un début d’exorcisme. Ce malheureux est ambivalent, Pinocchio est un frère qui engendre de la compassion.

    C’est une œuvre de l’après-guerre que Giacometti remanie, au lendemain d’une exposition de 1948 dans la galerie Pierre Matisse de New York. Il s’acharne à réaliser à Paris en 1949 cette seconde version présentée à Cantini. Dans sa monographie Yves Bonnefoy explique qu’à l’époque de la création de cette pièce, Alberto Giacometti sortait d’un grand désarroi. Il était traumatisé par le décès vers trois heures du matin, de son voisin Tonio, le gardien des ateliers de la rue Hippolyte-Maindron. Pour se délivrer de ce qui le hante, il aurait convoqué ses souvenirs d’un crâne-trophée aperçu au musée de Bâle. Dans un essai édité chez Gallimard, Jean Clair évoque à propos de cette face de Carême, Nicolas Gogol et Stanley Kubrick. Il souligne qu’en cette occurrence, Giacometti s’éloigne franchement d’André Breton et des utopies Surréalistes. Sans futur envisageable, il se rapproche de Pablo Picasso et de la revue Documents de Georges Bataille où furent publiées des reproductions de masques et de crânes océaniens.

    À revenir voir sans plus attendre. Depuis jeudi et jusqu’au moment de la clôture définitive, demain soir 18h, ce dimanche 29 septembre, la Ville de Marseille offre des entrées libres et gratuites rue Grignan, chez Jules Cantini, exposition « Alberto Giacometti, Sculpter le vide ».

  • Chefs-d’œuvre des musées de Marseille

    Chefs-d’œuvre des musées de Marseille

    plâtre et métal peint, format 82 x 37 x 71 cm,

    On découvre ses couleurs et son cri. Une cage rectangulaire, un socle et des barreaux de métal enchâssent son entrée en scène. On remarque un crâne émacié, des traits criblés par plusieurs stigmates, une bouche stupidement hurlante, des moignons de mâchoires apparentes, une incroyable encolure de cheval. Parfaitement absurdes, voilà que surgissent d’un néant plus ou moins burlesque, ce transpercement, cet effilement et cette excroissance, la pointe difficilement terminable de son nez. L’extravagance de ce plâtre rejoint les terreurs irrationnelles qu’éprouvent les enfants et les adultes. Un croc et les nœuds d’une cordelette empêchent les déséquilibres qu’il devrait provoquer.

    Ce serait une agonie sans recours possible. Une œuvre de rebrousse-poil qu’on peut trouver brutale, démesurée, carnavalesque et sarcastique. Quelques-uns, c’est assez facile, estiment carrément phallique le développement de son nez. Plus ou moins dérisoires, sa suspension et son épuisement ressemblent à un début d’exorcisme. Ce malheureux est ambivalent, Pinocchio est un frère qui engendre de la compassion.

    C’est une œuvre de l’après-guerre que Giacometti remanie, au lendemain d’une exposition de 1948 dans la galerie Pierre Matisse de New York. Il s’acharne à réaliser à Paris en 1949 cette seconde version présentée à Cantini. Dans sa monographie Yves Bonnefoy explique qu’à l’époque de la création de cette pièce, Alberto Giacometti sortait d’un grand désarroi. Il était traumatisé par le décès vers trois heures du matin, de son voisin Tonio, le gardien des ateliers de la rue Hippolyte-Maindron. Pour se délivrer de ce qui le hante, il aurait convoqué ses souvenirs d’un crâne-trophée aperçu au musée de Bâle. Dans un essai édité chez Gallimard, Jean Clair évoque à propos de cette face de Carême, Nicolas Gogol et Stanley Kubrick. Il souligne qu’en cette occurrence, Giacometti s’éloigne franchement d’André Breton et des utopies Surréalistes. Sans futur envisageable, il se rapproche de Pablo Picasso et de la revue Documents de Georges Bataille où furent publiées des reproductions de masques et de crânes océaniens.

    À revenir voir sans plus attendre. Depuis jeudi et jusqu’au moment de la clôture définitive, demain soir 18h, ce dimanche 29 septembre, la Ville de Marseille offre des entrées libres et gratuites rue Grignan, chez Jules Cantini, exposition « Alberto Giacometti, Sculpter le vide ».