Category: culture

  • [Quoi de neuf] « Ce festival n’est pas du cinéma sorti de l’industrie »

    [Quoi de neuf] « Ce festival n’est pas du cinéma sorti de l’industrie »

    À Sète, l’association Salsa (Sète Amérique latine semaine artistique) organise chaque année les Rencontres du cinéma latino-américain. Son président Americo Bollati et Robert Chaluleau, programmateur, nous livrent les dessous de cette 19e édition qui se déroule du 4 au 10 octobre.

    Louis Dupin : Pouvez-vous nous parler de votre association, Salsa ?

    Americo Bollati : Salsa a été créée par Michel Maillet en 2006. C’est parti de sa passion pour l’histoire des pays d’Amérique latine, notamment Cuba. À l’origine, il est allé à Cuba plusieurs fois où il a fait deux documentaires. Il est revenu à Sète avec l’envie de faire une association autour de Cuba puis, finalement, l’idée s’est élargie sur
    toute l’Amérique latine. Malheureusement, Michel Mailly nous a quittés en 2016 et à ce moment-là, qu’on m’a mis la casquette de président.

    Louis Dupin : Vous organisez les Rencontres qui proposent 14 projections de films, dont cinq qui seront
    en compétition ?

    Americo Bollati : Pendant des années, notre festival ne donnait pas de prix. On a commencé l’année dernière avec le prix du public. Ça a très bien fonctionné, aussi bien comme une façon d’intégrer le public dans la dynamique de la projection que comme un moyen pour le réalisateur de mettre en valeur son film. Cette année, c’est tout nouveau, nous avons fait appel à des cinéastes, des réalisateurs pour constituer un jury qui remettra son prix.

    Louis Dupin : Comment s’opère cette sélection ?

    Robert Chaluleau : Ça prend du temps. Nous faisons notre marché en quelque sorte, parce qu’il faut quand même savoir d’où viennent les films. On va sur le festival Cinélatino à Toulouse, on prend des idées au Viva Mexico de Paris, le festival de Biarritz. On prend des contacts avec des réalisateurs, des acteurs ou des distributeurs, ce qui nous facilite souvent les choses. Il y a quelques années, on courait toujours, nous, pour aller chercher des films et maintenant il y a des distributeurs qui nous les proposent. Donc pour nous c’est quand même un gage de reconnaissance, de notoriété du festival.

    Olivier Nottale : Ces Rencontres permettent aussi de faire venir des acteurs, réalisateurs à Sète pour parler de leur travail et de leur pays ?

    Americo Bollati : Absolument. Cette année, on a deux réalisateurs invités, Jean-Louis Gonterre et Victor Excoffier, qui viennent à la médiathèque de Sète pour présenter leurs films dans un registre tout à fait inattendu. Il y a un documentaire sur la pomme de terre, réalisé par Jean-Louis Gonterre. Victor Excoffier a réalisé Apapachar, documentaire sur la Colombie, sur la quête du bonheur, comment être heureux. Ce sont des pièces uniques, parfois un peu fait à la main donc ce n’est pas le cinéma qui nous sort de l’industrie.

    Olivier Nottale : Il y a également d’autres événements autour du festival, de la musique, des rencontres littéraires…

    Robert Chaluleau : Pour la musique, on fait l’ouverture du festival avec un groupe cubano-français, Chamacos. Et pour la soirée de clôture, nous avons prévu un quatuor à cordes avec une cinquième personne qui jouera du bandonéon, instrument emblématique de l’Argentine.

    Americo Bollati : À Salsa, il n’y a pas que du cinéma. Mais aussi un club de lecture où des amateurs de la littérature latino-américaine se réunissent pour commenter des auteurs qu’ils ont lus. Chaque année, ils sélectionnent un invité pour une rencontre littéraire. Cette année, l’auteur argentin Diego Mucio présentera son dernier livre, L’œil du Goliath. Un livre non seulement très bien écrit, mais très intéressant, très original.

    Louis Dupin : L’Amérique latine a connu grand nombre de dictatures
    au cours du XX
    e siècle, impliquant un devoir de mémoire qui doit occuper une grande place dans
    le cinéma
     ?

    Robert Chaluleau : Oui, il y en a eu beaucoup. Et ça continue. Donc il nous semble important de faire reconnaître d’une part l’Histoire, mais d’apporter par ce biais-là aussi un soutien. Il y a des pays comme la Colombie ou même le Mexique, dirigés par des gens de gauche qui ont quand même besoin d’un soutien populaire chez eux, mais aussi vu de l’extérieur. Ils ont besoin d’une reconnaissance internationale. Donc ça nous semble en fait important de parler de tout ça et d’appuyer et de supporter ça.

    Louis Dupin : Le retour
    de l’extrême droite dans certains pays d’Amérique latine met-il en danger
    la culture ?

    Americo Bollati : Ça fait beaucoup de dégâts. L’Argentine avait créé l’Institut cinématographique des arts audiovisuels, l’INCAA. [Le président] Milei l’a tout simplement démantelé.

    Or, c’était une référence non seulement pour la création et la réalisation de films argentins, mais qui finançait aussi beaucoup de travaux de post-production, des films de l’Amérique latine en général. Des réalisateurs chiliens, mexicains, colombiens profitaient de cette expertise. Et pour l’Argentine, même dans une logique économique purement capitaliste, c’était un avantage.

    À écouter sur divergence-fm.org

  • Naissance de l’engagement

    Naissance de l’engagement

    Dans le couloir de la mort, l’homme attendait son heure avec la même indolence qui avait précipité sa condamnation. Mais lorsque la porte s’ouvrit, ce fut, contre toute attente, pour lui annoncer sa grâce. Une grâce empoisonnée, assortie d’une mission suicidaire dont on ne lui dit rien. Il devra suivre les consignes et, sous surveillance, paiera toute tentative d’échapper à son destin.

    Ainsi, Bernard Fauconnier repêche cet homme qui emprunte au Meursault de Camus pour lui imaginer la possibilité d’une rédemption. Le texte, pourtant, ne cite jamais son nom, préférant la puissance de l’évocation. Nous sommes en 1942, au plus noir de l’occupation nazie et les forces obscures qui exploitent sa situation, escomptant recruter un tueur à sang-froid et sans principes, lui demandent d’infiltrer un réseau de résistance pour organiser un vaste coup de filet. Dès lors, il comprend qu’il n’a obtenu qu’un sursis et que sa fin demeure inscrite au programme d’une manière ou d’une autre. L’homme se laisse faire, au début. Mais les rencontres vont réveiller sa sensibilité. Cet homme-là est-il encore capable d’aimer, de s’interroger, de s’engager ? On aimerait qu’il balaye ses hésitations et qu’il se révèle avec éclat, mais son chemin est laborieux.

    Bernard Fauconnier livre ici un roman de l’engagement aux résonances inscrites dans l’époque où se déroule l’action comme dans celle qui le voit écrire. Il n’entend pas présenter un héros mais un homme ordinaire aux prises avec les grands monstres de l’histoire, « pas différent des autres hommes », comme « un pion oublié dans le coin de l’échiquier ». Et cet homme ordinaire n’est pas voué à la médiocrité : de choix en choix, il devient peu à peu un autre, ou peut-être celui qu’il pouvait devenir. Le récit est énigmatique, et l’indolence du narrateur face à la gravité de la situation vient alimenter la tension qui le traverse. À son tour, comme Camus, Bernard Fauconnier s’en tient à une écriture économe, parlant à la première personne pour mieux faire épouser au lecteur et à la lectrice l’humanité fragile de son personnage. C’est ainsi que l’engagement apparaît, non pas comme une évidence mais comme un choix : « J’ai pensé furtivement au courage qu’il fallait pour accepter une telle vie. À quoi fallait-il croire ? Quelle révolte fallait-il éprouver ? »

    Le roman s’appuie sur l’un des grands textes du siècle passé comme un hommage et une manière de continuer à le faire résonner, avec ses interrogations salutaires.

    Héliopoles, 138 p., 17,90 euros.

  • [Le coin du polar] « Prendre un enfant par la main… »

    [Le coin du polar] « Prendre un enfant par la main… »

    Mais cette fois, ce n’est pas pour l’emmener vers demain et c’est gisant, écrasé au milieu de la cour de l’école Turgot, à l’ouverture des portes, qu’on retrouve le corps recroquevillé du petit Tom, élève exemplaire, intelligent, travailleur, mais aussi aimé de tous, professeurs et camarades de classe, pour sa gentillesse et sa compréhension. Qui ? Comment ? Et surtout pourquoi ? L’inspecteur Millet, à deux doigts de la retraite, se méfie des emballements et des solutions qui arrangeraient tout le monde, sa hiérarchie, les parents, les élus, l’Éducation nationale. Non, il ne veut pas croire à la culpabilité d’un SDF squattant à proximité de l’école, pas plus qu’il a du mal, malgré la personnalité du gamin, à se persuader que Brayan, la bête noire des autorités, et même de Monsieur P., un professeur remarquable, apprécié de tous, a pu être mêlé à ce qui ressemble de moins en moins à un accident.

    La chute de l’école républicaine

    Une semaine de fermeture de l’école n’y suffit pas. L’atmosphère est lourde, oppressante, et d’autant plus que depuis quelque temps, Monsieur P. assiste, impuissant, à la dérive de son couple.

    Si on suit avec passion les péripéties de l’enquête et qu’on manifeste un intérêt croissant pour la psychologie de l’inspecteur et du professeur comme pour le lien étrange qui semble s’établir entre eux, Décrochages déborde bien vite d’un simple cadre policier. C’est un véritable acte d’accusation contre un système scolaire à la dérive, où les cuistres de la pédagogie différenciée, qui se gargarisent des mêmes mots utilisés à satiété par les propagandistes du développement personnel et d’une psychologie de bazar très rémunératrice, tiennent le haut du pavé. Monsieur P. a aimé son métier. Il a cru, suivi tous les stages, lu tous les livres, subi les changements et les revirements de consignes ministérielles. À en être gavé. Pourtant, il l’aime, il croit à son utilité, mais le hussard noir de la République fait désormais partie des désenchantés. Qu’on ne s’y trompe pas, si Décrochages est un texte poignant et douloureux sur le mal-être en milieu scolaire, si le ton de l’auteur, professeur des écoles à Paris, peut devenir acerbe et sa plume du vitriol, son récit n’est ni un tract ni un pamphlet. Un premier roman audacieux et souvent émouvant qui révèle un véritable auteur.

    « Décrochages » de Julien Fyot Viviane Hamy Éditions 392 p. 21€90.

    À (RE)DÉCOUVRIR

    Une magnifique idée pour un superbe volume ! Les huit romans du Cycle de Harlem réunis ici, du truculent La Reine des pommes au déroutant L’Aveugle au pistolet, enrichis d’un long texte de l’auteur, Harlem ou le cancer de l’Amérique. Une occasion de relire, ou de découvrir Chester Himes, dont la vie fut un roman noir, qui donna d’un Harlem à la fois cruellement authentique et totalement fantasmé, une vision haute en couleur et sans cesse renouvelée. Sur les pas de ses deux inspecteurs noirs, Ed Cercueil et Fossoyeur Jones, entrez à votre tour dans un ghetto où gangsters, maquereaux, patrons de jeu, charlatans et faux messies exploitent une population condamnée à tous les expédients pour survivre.

    Cercueil et Fossoyeur : le cycle de Harlem, Chester Himes, Quarto Gallimard 1 376p 32 €

  • [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] Au palais Longchamp, Finson, vie brève : Italie et Provence, Le Caravage et Peiresc

    [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] Au palais Longchamp, Finson, vie brève : Italie et Provence, Le Caravage et Peiresc

    On aperçoit en pleine maturité un personnage audacieux et affranchi. Né à Bruges en 1578, Louis Finson quitte l’Italie et Naples en 1613. Dans sa trajectoire, les années italiennes sont cruciales. Parce qu’il croise à plusieurs reprises l’œuvre et la présence du Caravage, sa peinture se métamorphose : de même, en d’autres temps et toutes proportions gardées, Cezanne ou Picasso bouleversèrent de jeunes artistes. Finson n’est pas seulement comme l’écrivait Roberto Longhi un « peintre-marchand » qui vend, copie et comprend fortement les toiles d’un artiste qui révolutionne l’art. Il est l’introducteur du Caravage en France, son rôle fut déterminant.

    Torse nu, épaules et bras musclés, auparavant hanté par les clairs-obscurs et l’extase mystique de Madeleine, ce nordiste jubile. Sa main gauche brandit l’acier d’une hallebarde. C’est un guerrier d’opérette, le serre-tête d’un casque sans visière déploie une longue plume blanche. Sa main droite, ses clins d’œil et son visage songent ironiquement à ce que pourront dire son menton et sa bouche. Son séjour entre Marseille et Aix, moins que trois ans jusqu’en 1614, s’adapta aux circonstances et aux commandes : inégal et paradoxal, cet artiste qu’on imagine jouisseur et narquois réalisa pour les églises aixoises de Saint-Jean de Malte et de Saint-Sauveur des peintures religieuses brunes et grises, sobrement austères. Simultanément, il portraiturait l’entourage distingué et raffiné du grand érudit et collectionneur Nicolas Peiresc : entre autres, Boyer d’Eguilles, Lacépède et Guillaume du Vair, l’archevêque d’Aix Paul Hurault, François de Malherbe que Ponge vénérait.

    L’autoportrait est daté de 1613. Qui aurait pu deviner que cet homme robuste et joueur, cette personnalité épanouie, voyageuse et contradictoire doive interrompre brusquement une carrière à ce point prometteuse ? Après avoir séjourné à Arles, Montpellier et Paris jusqu’en juillet 1616, sa présence est signalée à Amsterdam. Il s’affaiblit, tombe malade. Il a 39 ans quand il rédige son testament ; Louis Finson meurt pendant les derniers jours de 1617.

    format 81 x 62 cm

  • Les 150 ans de Gustave Bret

    Les 150 ans de Gustave Bret

    Son nom n’évoque certainement pas grand-chose aux non-mélomanes. Pourtant, Gustave Bret est certainement l’une des plus grandes figures locales de l’histoire de la musique. Né le 30 août 1875 à Brignoles, il fut l’un des chefs d’orchestre les plus éminents de sa génération, et un organiste et compositeur de grand talent, tout en s’adonnant à la musicologie et à la critique musicale.

    Il a également été l’un des principaux acteurs de la démocratisation de Jean-Sébastien Bach, jusqu’alors méconnu. Il fonda ainsi la Société Bach en 1904 et organisa de nombreux concerts voués à la diffusion de l’œuvre du compositeur allemand. Ami et collaborateur de figures telles qu’Albert Schweitzer, Claude Debussy ou Gabriel Fauré, il a toujours privilégié la transmission et le partage, plutôt que la recherche de la lumière.

    Des lectures d’archives après chaque concert

    Pour le 150e anniversaire de sa naissance, Estérel Côte d’Azur Agglomération a tenu à lui rendre hommage à travers une série d’événements gratuits, jusqu’au 11 octobre. Pour ce faire, la collectivité a organisé, pendant plusieurs semaines, une collecte d’archives et de témoignages, qui ont permis d’étayer le projet. Au total, six concerts (entièrement gratuits) au programme dans les communes de l’agglomération (Fréjus, Saint-Raphaël, Roquebrune-sur-Argens, Puget-sur-Argens, Les Adrets de l’Estérel).

    Ce samedi, vous pourrez profiter d’un récital voix et piano à l’église Saint-François-de-Poule de Fréjus (19h30) par Emmanuelle Blanche-Lormand, soprano, violoniste à l’Orchestre Philharmonique de Radio France et arrière-petite-fille de Gustave Bret. Vendredi 10 octobre, place à un concert d’orgue à la Basilique Notre-Dame-de-la-Victoire de Saint-Raphaël. Le lendemain, un concert de chant choral clôturera ce cycle mémoriel à l’église Saint-Jacques de Puget-sur-Argens (19h30). Chaque concert sera par ailleurs suivi d’une lecture théâtralisée d’archives menée par ses arrière-petits-enfants, dont Éric Blanche, membre du chœur de Draguignan (qui participera au dernier concert). En parallèle, une conférence patrimoniale consacrée à Bret sera donnée le même jour à 14h30 à la médiathèque Villa-Marie de Fréjus.

  • Dans les coulisses de la série Alter ego, où Cantona joue un flic

    Dans les coulisses de la série Alter ego, où Cantona joue un flic

    Élégant dans son costard, lunettes de soleil sur le nez, Éric Cantona, en ce début d’après-midi, enchaîne les prises de vues sous la direction du réalisateur Philippe Dajoux.

    Dans un décor de rêve, entre la Grande Bleue, le paysage des Trois Secs et les portiques des chantiers navals au loin, « The King », surnom du Marseillais pour ses exploits de joueur de foot, remonte l’allée, à proximité du Neptune Club et du port St-Jean. Cantona est reconnaissable entre mille. Avec sa carrure et sa manière si caractéristique de se tenir parfaitement droit, les épaules en arrière.

    « Un peu une comédie à l’italienne »

    Après plusieurs essais, le réalisateur, Marseillais lui aussi, qui a un peu vécu, enfant, à La Ciotat, juge que la prise est bonne. Éric Cantona confie : « Le tournage se passe très bien. Les paysages sont magnifiques. Je prends beaucoup de plaisir à tourner ici, avec mon ami Philippe Dajoux. Je joue un commissaire qui revient à Marseille et la série mêle enquêtes et histoires familiales. C’est un peu une comédie à l’italienne, il y a des moments émouvants, d’autres plus drôles. J’adore jouer les scènes où il se dégage une certaine émotion. »

    Directeur de production sur la série, Jean-Paul Nogues, juste après, commente : « On a tourné une séquence. On a fait une mise en place avec les comédiens, les décorateurs, la caméra, le réalisateur. On a regardé comment on pouvait articuler le texte et se déplacer dans l’espace. On a défini un cadre et un mouvement. » Il développe : « Le réalisateur intervient sur la direction d’acteurs, avec des indications de jeu, et quand il est satisfait, on passe à la prise de vue. La scripte est à côté du retour vidéo. Elle a le scénario en mains, et vérifie que le texte est bien dit. »

    Philippe Dajoux – il a réalisé le film Les collègues en 1998 – se dit « très satisfait du tournage. On a tout ce qu’il faut comme il faut. À Marseille, dans le Sud, à La Ciotat, on est gâté pour tourner ». Diffusée en trois soirées de deux épisodes l’an prochain sur TF1 (on ignore encore à quelles dates), la série campe « un policier [Joseph Batista, alias éric Cantona, Ndlr.] associé à un avocat [Samy Kaddourian, alias Bruno Sanches] qui enquête. C’est surtout une comédie familiale policière », consent à dire le réalisateur.

    Venu assister au tournage de la séquence, Renaud Muselier (Cap sur l’avenir), président de la Région Sud, ne cache pas son enthousiasme. Entièrement tournée en Provence, de mai à octobre 2025, produite par Quelle aventure ! et Empreinte digitale, la série sera soutenue, après un vote d’aide à la production le 17 octobre prochain à la Commission permanente, à hauteur de 100 000 euros. Parce que le cinéma et l’audiovisuel représentent, pour l’élu, « une économie non délocalisable, qui attire des investisseurs et fait rayonner nos territoires ». La Région apporte à la filière un financement de 7,4 millions d’euros, « de la formation à la diffusion, de la production à l’éducation à l’image ». Avec plus de 5 000 jours de tournage par an, la région Provence-Alpes-Côte d’Azur« est devenue la deuxième région pour les tournages, après l’Île-de-France ».

  • Navig’arts, ou l’odyssée fantastique

    Navig’arts, ou l’odyssée fantastique

    « Avec Navig’arts, on navigue entre les arts et les époques », résume Nathalie Lainé, adjointe à la culture, aux fêtes et événements.

    Si, en raison de coupes budgétaires, la manifestation, co-financée par la Ville et l’office de tourisme de La Ciotat, se déroule cette année sur un jour au lieu de deux l’an dernier, elle ne paraît rien perdre de sa superbe. Ni de son foisonnement. Ni de son ambition. « Le principe, c’est de mettre les artistes et associations ciotadens en avant », précise Nathalie Lainé. Cette machine à remonter le temps, ou l’anticiper, qu’est Navig’arts nécessite en effet, pour animer ses rouages, « près de 530 artistes et membres associatifs ciotadens », indique l’élue, auxquels il faut ajouter les près de 110 artistes de 22 compagnies artistiques (essentiellement en théâtre de rue) extérieurs à la ville.

    Foisonnement festif

    L’événement va se concentrer*, cette année, essentiellement vers le Port-Vieux, « même s’il y aura des déambulations dans la ville », note Nathalie Lainé. À chaque lieu, est liée une époque. Chaque fois, des ateliers sont proposés et des artistes présents. La Préhistoire a, par exemple, élu domicile rue Bouronne. Le cinéma, au Baromètre. Le pop art, place Esquiros. La Renaissance, place Kranj. Depuis le Port-Vieux jusqu’au Baromètre et à l’église Notre-Dame, le XVIIIe, avec une référence à Napoléon Bonaparte « qui séjourna à La Ciotat lors du siège de Toulon en 1793 » sera représenté, tout comme le XIXe siècle. De l’église vers la galerie du Port, le futur régnera en maître (drones…). À la Chaudronnerie, le disco déchaînera les corps vêtus d’habits de paillettes. De la place de l’Escalet à la mairie, la Grèce, l’Égypte antique et les Vikings se côtoieront… Et toute la journée, les artistes tiendront le haut du pavé. On pourra par exemple croiser Anubis. Ou bien la drôle de machine de Zi Omnibus Cirk. Le génial Rodafonio (Espagne), immense roue tournante dans laquelle jouent cinq musiciens… Et bien d’autres rêveries faites réalité. Jusqu’au point d’orgue**, le spectaculaire et coloré Color Wheels, de la compagnie Off, emblématique des arts de la rue. « Un DJ, dix roues, 10 000 leds. Un spectacle techno monumental. Une chorégraphie urbaine. »

    * De 11h à 22h. Entrée libre. ** À 20h, départ office de tourisme, final sur l’esplanade de la Capitainerie du Port-Vieux.

  • [Le Grand entretien] Kassav’ : « La créolisation, on la retrouve partout »

    [Le Grand entretien] Kassav’ : « La créolisation, on la retrouve partout »

    La Marseillaise : Suite à la disparition en 2021 de Jacob Desvarieux (leader et cofondateur du groupe), vous avez déclaré : « Après sa mort, pour moi, Kassav’, c’était fini. » Qu’est-ce qui vous a redonné du souffle pour poursuivre l’œuvre du groupe ?

    Jocelyne Béroard : Quand je disais cela, ce n’était pas une affirmation. On se demandait alors comment Kassav’ pouvait continuer après la mort de Jacob, car il avait une voix particulière et un tel charisme… Pratiquement tous les gros tubes du groupe sont écrits, composés ou chantés par lui. Maintenant, chacun a la même importance. Si Kassav’ a pu offrir au reste du monde sa musique qui venait de toutes petites îles, c’était justement grâce à la réunion de tous ses membres. On avait déjà déploré, en 2010, le décès de Patrick Saint-Eloi, puis celui de Jacob derrière. On finit par se poser des tas de questions. D’abord, parce qu’on monte en âge. On se demande si on a encore l’énergie pour continuer sans eux. Il a donc fallu faire cet hommage à Jacob. ça nous a permis de reprendre confiance. Et on lui devait ça. On a donc cherché des gens qui pouvaient nous accompagner sur scène, d’autant que Jean-Philippe Marthély, aussi un élément majeur de Kassav’, avait fait un AVC. On a eu la chance de rencontrer des musiciens qui avaient le talent et l’énergie pour nous accompagner et continuer l’aventure.

    Le zouk est, à l’image des Antilles, un mélange de toutes les cultures qui la composent. Selon vous, Marseille, cette cité carrefour où vous venez jouer, est-elle aussi une terre de créolisation ?

    J.B. : Il est vrai que Marseille est le lieu d’énormément de rencontres, un port avec des bateaux qui arrivent de partout, notamment d’Afrique. Après, chacun défend son héritage, sa culture. Mais les enfants qui naissent en France créent autre chose, c’est ça la créolisation. Et la créolisation, en fait, on la retrouve partout dans le monde aujourd’hui avec le développement et l’accès aux moyens de transport. Les voyages permettent de s’habituer aux autres cultures, de devenir plus tolérant.

    Le producteur de Kassav’, Georges Debs, avait déclaré en 1988 à « L’Humanité », après le succès de l’album « Vini Pou » : « Pour la première fois de l’histoire des Antilles, un groupe authentiquement antillais est récompensé nationalement. Ce ne sont pas les doudous et les plages qu’on récompense, mais notre culture et notre créole ». Vous sentiez-vous méprisé par l’industrie à l’époque ?

    J.B. : Je n’utiliserais pas le mot de mépris, mais plutôt d’ignorance. Et il ne faut pas oublier que les États-Unis envahissaient le monde musicalement. Même la variété française avait du mal à subsister et certains chanteurs se mettaient parfois à chanter en anglais. Ils rêvaient d’exploser en Amérique, alors que les Américains avaient la main forte sur l’industrie. Nous qui venions de petites îles qui comptent 350 000 habitants et 80 km de long, on ne faisait pas le poids. Certains leur avaient vendu une vision doudouiste des Antilles : cocotiers, sable blanc, doudou, accras, punch, fête… Eh bien non, chez nous, comme partout ailleurs, on travaille, on réfléchit à une culture, une musique… Et cela, il fallait le faire admettre à tous.

    Kassav’ a même commencé à cartonner dans le reste du monde avant de le faire en France…

    J.B. : Oui, on avait besoin d’un public, d’assurer nos attaches au niveau local. Cela nous a rendus beaucoup plus fort pour aller ailleurs. L’Afrique a vite appelé Kassav’. Ensuite, on est revenu par ici. Car quand ils ont su les scores qu’on faisait dans les concerts, jusqu’à 80 000 personnes dans les stades, tout le monde a sursauté. Un gros truc est en train de se passer et on n’est pas au courant, ont-ils pensé.

    À vos débuts, vous définissiez le zouk comme « la musique antillaise actuelle » qui « amalgame les cultures ». C’est toujours le cas ?

    J.B. : Ce qui nous avait nourris au départ, c’était les musiques traditionnelles de chez nous, comme le gwo ka. ça vient de nos arrières grands-parents, qui jouaient du tambour. Aujourd’hui, c’est le même principe, on peut les mélanger à tout : de la musique classique, du jazz, du RnB… Désormais, on se nourrit de tout ce qu’on peut. Avec juste un ordinateur, on peut vagabonder dans les musiques du monde. La base du zouk, c’était ça. Et c’était important qu’on ne soit pas une pâle copie des Américains, ni de qui que ce soit. Même si on aimait le reggae par exemple, on n’allait pas se mettre à en faire, car on avait autre chose de plus original à offrir au reste du monde.

    Votre show actuel s’ouvre par du gwo ka, musique traditionnelle de Guadeloupe jouée avec des tambours, entre autres symboles de résistance pendant le Code noir, qui en interdisait la pratique. Est-ce que la jeunesse antillaise s’en empare encore pour porter ses aspirations face à un état central qui les laisse encore à l’abandon ?

    J.B. : Je crois que dans les gens ont besoin d’avoir leurs propres réponses dans tous les pays. Ça vous ramène à votre enfance et culture. Même en ce qui concerne les gens nés en France et qui n’ont jamais vécu aux Antilles : quand leurs parents leur font découvrir la musique du pays, ça leur parle. C’est dans les tripes. Quelle que soit l’évolution, il y a toujours une référence à l’origine, qui fait qu’on appartient à un groupe de personnes.

    Propos recueillis par Philippe Amsellem

  • Le souvenir de la guillotine vit au Mucem

    Le souvenir de la guillotine vit au Mucem

    « Quand je l’ai vue dans la cour de la prison de la Santé, sous le dais noir, avec ses grands bras maigres, dressée vers ce dais, elle avait l’air d’une espèce d’idole, sanglante, qui attendait sa ration de mort. Maintenant, c’est une pièce de musée. Tout est dit ». Inscrite sur un cartel de l’exposition permanente du Mucem, « Populaire ? », cette déclaration de Robert Badinter, en 2010, porte sur une guillotine construite en 1872 par Alphonse-Léon Berger pour remplacer un modèle détruit pendant la Commune de Paris, et qui sommeillait dans les réserves du Mucem.

    Voilà désormais le monstre froid installé au sein du parcours, à l’occasion de la panthéonisation de Robert Badinter – l’ancien Garde des Sceaux ayant porté la loi de l’abolition de la peine de mort en 1981 – qui doit avoir lieu le 9 octobre. La guillotine n’avait auparavant été montrée qu’à trois reprises : en 2010 au musée d’Orsay, en 2013 à l’ouverture du Mucem et en 2019 aux Baumettes. L’espace sera ouvert ce jour-là au public gratuitement.

    « Cette guillotine témoigne à la fois de ce qu’était la peine capitale, mais surtout du combat pour l’abolition », rappelle Pierre-Olivier Costa. Le président du Mucem développe : « Robert Badinter a choisi de la donner en 1982 au Musée des arts et traditions populaires, dont le Mucem est l’héritier, pour la faire entrer dans le patrimoine commun comme un objet qui n’a plus d’usage et qui n’en aura plus. Avec la condition de ne pas la montrer au public avant 20 ans, car il connaissait la charge émotionnelle liée à ce débat. À l’époque, une majorité de Français était encore pour la peine de mort ».

    4,50 m et 900 kg

    Armature glaçante faite de bois et de métal, le couperet de la guillotine exposée semble prêt à tomber à tout moment. Mais, fort heureusement, figé en l’air pour un long moment grâce à l’action de Robert Badinter. Elle convoque le souvenir selon lequel son arrêt a été le fruit d’une lutte, comme le suggère la séquence dans laquelle elle est exposée, intitulée « Peuples en mouvement ». Une section qui souligne les « avancées sociales et sociétales » dans l’hexagone, parmi lesquelles « la grève et la réduction du temps de travail » entre 1936 et 38, ou la promulgation de la loi autorisant le mariage pour tous en 2013.

    Au centre de cette pièce, trône la bête à la lame, 4,50 m de hauteur et 800 kg. « Cette guillotine a été beaucoup utilisée pendant la Deuxième Guerre mondiale, notamment pour mettre à mort des résistants », souligne Pierre-Olivier Costa, tout en précisant : « A priori, elle n’a pas été utilisée pour la dernière exécution en France, en 1977 » [celle d’Hamida Djandoubi, exécuté aux Baumettes, Ndlr]. Mais une deuxième guillotine, « itinérante pour aller en Province », indique la directrice scientifique et des collections du Mucem, Marie-Charlotte Calafat, « est toujours dans nos réserves. Elle n’a jamais été montée, car il lui manque des pièces, notamment des écrous et boulons. C’est certainement celle qui a été utilisée pour Christian Ranucci », lui aussi condamné à la peine capitale aux Baumettes.

  • Au détour d’une rue ou d’une place, l’art surgit à Marseille

    Au détour d’une rue ou d’une place, l’art surgit à Marseille

    Mèfi. Du 7 au 10 octobre, ne vous étonnez pas de voir surgir 11 porteurs de bancs qui sillonnent Marseille, de Saint-Barnabé à l’Estaque, en passant par les places Castellane ou Sébastopol. Pas des agents de la voirie officiant à la Métropole, mais plutôt des artistes de la compagnie Krak. « Nous convertissons les bancs en une seule longue table dans l’espace public. Avec mots et musique, nous trinquons à la beauté des petites rencontres de la vie. De cette façon, nous reconnectons les gens et rendons hommage à tout ce qui produit dans l’espace public », situent Els Degryse et Dieter Missiaen, artistes de ce collectif belge, au menu de Performer la ville.

    Du vendredi 3 au dimanche 12 octobre, la première édition d’un « temps fort » impulsé par Lieux publics, centre national de création dans l’espace public qui coordonne la Cité des arts de la rue, dans le quartier des Aygalades. « Même si on sort déjà régulièrement de nos murs, on avait envie aussi de rassembler le public dans un temps fort. Performer la ville n’est pas un festival mais plutôt un événement où on va chercher les habitants, les usagers et les passants pour les surprendre dans l’espace public », prévient son directeur, Alexis Nys. Avec pour objectif de renouer encore plus avec l’ADN des arts de la rue, et donc leur spontanéité, ainsi que de recréer du lien social par l’art, dans une société qui a tendance à l’occulter.

    Traversées de la cité

    Les places Castellane et Caffo, comme la plage des Catalans, seront quant à elles le théâtre d’Esquisses, de la compagnie marseillo-brésilienne Cirque immersif, pour « un moment de poésie suspendu dans le ciel de la ville », indique le programme qui, pendant toute la durée de Performer la ville, affichera également Légendes à la gare Saint-Charles et ses alentours. Porté par La Vaste entreprise et Nicolas Heredia, « un projet qui permet de commémorer le quotidien des gens et raconte des micro-récits », au nombre de 400, « inspiré par la ville et ses habitants », détaille Alexis Nys, avant de pointer d’autres propositions telles que Mission Roosevelt, qui « brise le tabou » du handicap en proposant au public de traverser la Canebière et le Vieux-Port en fauteuil roulant pour se métamorphoser « en joyeuse troupe qui envahit l’espace urbain ».

    www.lieuxpublics.com