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  • À Istres, le développement urbain cristallise les désaccords

    Comme il est de coutume à Istres, majorité et opposition se sont écharpées sur la gestion foncière lors du conseil municipal, ce jeudi 9 octobre. Au cœur des débats : la cession d’une parcelle de 55 m2 de la Ville au profit d’un projet immobilier porté par Cogedim, s’ajoutant à la vente de 43 369 m2 de l’ancienne propriété de l’Agence nationale pour la formation professionnelle des adultes (Afpa), située avenue Félix-Gouin, pour un montant total de 15,77 millions d’euros. Au total, près de 500 logements devraient être construits par le promoteur.

    Le conseiller d’opposition Robin Prétot (LR) explique : « Nous avions voté l’acquisition foncière de l’Afpa. après, il y a un projet de promotion immobilière et c’est là où on est plus en désaccord : on considère que ces projets sont souvent un peu démesurés, pas très esthétiques et ne correspondent pas au besoin et à la capacité de la ville d’en absorber les effets. J’entends, vous parlez de recette (…), mais moi, ce qui m’intéresse, c’est moins la recette que de savoir quelle ville on est en train de dessiner, de construire. (…) Ce n’est pas qu’on ne veut pas construire de logements, mais il y a un équilibre entre en construire 0 et 1 000 par an. »

    Le maire, François Bernardini (ex-PS), rappelle l’actualité du moment : la réindustrialisation et le « développement aéronautique ». « À un moment donné, on doit se poser la question : va-t-on laisser passer la situation de bien-être social de notre population avec les milliers d’emplois qu’on peut avoir ? »

    Dans la catégorie des projets qui avancent, notons également le futur Pôle social, avec la signature d’une convention de partenariat entre la commune et le Département pour une mise à disposition gratuite d’une partie des locaux, en vue d’y installer la Maison de la solidarité. Le bâtiment, qui est en fait l’ancienne maison de retraite Edylis, fait actuellement l’objet d’une réhabilitation subventionnée à hauteur de 2,2 millions d’euros par le Département. La première adjointe Nicole Joulia précise : « Il y aura également des logements d’urgence pour les jeunes à travers le Centre d’accueil de jour et les femmes seules en difficultés ou victimes de violences. »

    La décharge illégale d’Entressen

    Un autre dossier a pollué les débats : celui de la décharge illégale d’Entressen. Le 24 mai dernier, La Provence publiait une enquête dévoilant que, quelques jours après une rencontre entre l’édile et le propriétaire des lieux, le site avait été recouvert de terre qui « proviendrait de chantiers municipaux, notamment celui du théâtre de l’Olivier », officiellement pour limiter le risque incendie, alors que certaines entreprises délégataires de marchés publics seraient « soupçonnées de dépôts illégaux ».

    Robin Prétot interpelle le maire : « Je ne vous ai pas trouvé très dynamique sur ce combat-là. Vous nous avez répété que c’était un terrain privé et qu’on ne pouvait rien faire. » L’élu souhaite « à minima l’ouverture d’une enquête administrative interne ». François Bernardini se défend, affirmant avoir mené des actions « à caractère préventif, des discussions, des médiations ». Le maire accuse son adversaire aux élections municipales d’opportunisme : « Vous ne vous êtes pas intéressé au sujet au départ (…) et hop, vous avez saisi l’occasion de la polémique rendue possible par vos accointances particulières avec la représentante locale de La Provence. »

  • Une filière excellence toulonnaise pour les mineurs non accompagnés

    Délaissés, stigmatisés, victimes de violences symboliques : le parcours d’intégration des mineurs non accompagnés (MNA, mineurs réfugiés présents sur le territoire sans autorité parentale) est bien souvent semé d’embûches, notamment en ce qui concerne l’accès à l’éducation des non-francophones. C’est pourquoi l’Éducation nationale a mis en place, dans les années 1970, les Classes d’initiation pour non francophones (Clin), puis les classes d’accueil, regroupées en classes d’unité pédagogique pour élèves allophones arrivants (UPE2A), en 2012.

    Dans le Var, ce dispositif a été renforcé en 1996 au niveau 3e, avec des classes « passerelles », soutenues par l’Éducation nationale, l’ASE et les associations, intégrées au sein des lycées Cisson et Claret, pour offrir un cadre adapté à leur maturité aux bénéficiaires, âgés de 16 à 18 ans. Il prévoit des cours renforcés de français (18 heures par semaine) et donne accès à des diplômes (brevet des collèges, certifications de langue…), en vue d’une insertion dans une filière classique.

    Un concours et une expo pour valoriser les talents

    Cette année, un nouveau dispositif voit le jour : le Projet mérite nouveauté ambition « Parcours d’excellence pour les MNA ». Porté par deux associations (Femme dans la cité et En chemin), il permet, à travers des évaluations individuelles, des programmes de formation adaptés à leurs intérêts, du conseil à l’image et des partenariats avec des structures culturelles, sportives et éducatives, ou de bénéficier d’opportunités pour développer compétences et confiance en soi. Le projet prévoit également la valorisation de leurs réalisations, via une exposition, et l’organisation d’un concours annuel, permettant de récompenser et de favoriser l’insertion des meilleurs talents.

    Celle-ci est accessible à tous les élèves MNA du département, qui auront droit, pendant 3 heures chaque mercredi après-midi, au sein du lycée Bonaparte, à des séances d’aide pour approfondir leurs projets professionnels. « Cette idée a été inspirée par un jeune, qui a un projet dans le milieu de la couture. Il y a l’école, mais aussi d’autres talents à développer », conclut Jean-Marie Beitz, enseignant UPE2A au lycée Cisson et référent de l’association En chemin, et Samira Harmel, enseignante UPE2A au lycée Claret et référente Femmes dans la cité.

  • [Chronique corse] Isaline Choury, arrêtée par l’armée israélienne

    Isaline Choury, militante corse, nièce de la résistante Danielle Casanova, a été interpellée par l’armée israélienne alors qu’elle participait à une mission humanitaire à bord du bateau Conscience, l’un des navires de la Flottille de la Liberté pour Gaza.

    Membre du collectif Corsica Palestina, Isaline Choury participait à cette flottille civile qui avait pour but de briser le blocus imposé à la bande de Gaza et d’acheminer une aide humanitaire symbolique.

    Le Conscience a été intercepté le 8 octobre en mer Méditerranée par la marine israélienne. Un épisode qui, par la force du symbole, ravive l’écho d’un nom inscrit dans l’histoire de la Résistance.

    Car le nom d’Isaline Choury ne laisse pas indifférent. En tant que nièce de Danielle Casanova et fille du militant Maurice Choury, elle incarne une filiation militante qui traverse les générations.

    Lors de la rencontre organisée à Marseille le 14 mai dernier par le gouverneur militaire, La Marseillaise et notre association, consacrée à la mémoire de sa tante, nous avions pu mesurer combien cette héritière de la Résistance porte haut les valeurs de liberté et de solidarité.

    Solidarité entre les peuples

    Aujourd’hui, c’est au nom de ces mêmes valeurs qu’elle s’est engagée dans cette action humanitaire, convaincue que la solidarité ne s’arrête pas aux frontières et que la lutte contre l’oppression est universelle. « Ma tante est morte pour la liberté, disait-elle. Comment pourrais-je rester silencieuse face à l’injustice?»

    « Résister, c’est vivre » : la devise de Danielle Casanova semble aujourd’hui résonner jusque sur les flots de Méditerranée, où sa nièce, fidèle à cet héritage, continue d’affirmer qu’aucune mer, aucune frontière, ne saurait empêcher la solidarité entre les peuples.

  • #DisMoiPourquoi on a des os?

    Dans le règne animal, l’espèce humaine fait partie des vertébrés, c’est-à-dire d’animaux possédant un squelette interne composé d’un crâne et d’une colonne vertébrale. Chez les vertébrés terrestres, en permettant de supporter le poids du corps, le squelette osseux va faciliter une locomotion efficace, et l’évolution des espèces a sélectionné la formation de membres comportant des os. Dans le cas de l’espèce humaine, en sélectionnant une croissance particulière, unique parmi les mammifères, des os du bassin, l’évolution a, de plus, permis la bipédie et la posture verticale. Cet élargissement des os du bassin assure ainsi le soutien du poids du corps en position verticale. La fonction de soutien du poids du corps n’est pas la seule fonction assurée par nos os, mais, du point de vue médical, elle se traduit, lorsqu’elle est déficiente (vieillissement), par une plus grande susceptibilité aux fractures. »

    Bernard Binetruy. Directeur de recherche émérite à l’Inserm

  • Les associations, exsangues, dans la rue

    « Vous êtes tous concernés ! » C’est à une véritable prise de conscience que Yannick Gallien, président du mouvement associatif régional, appelle. Pour la première fois, les associations vont manifester, ce samedi 11 octobre*. Parce que « ça ne tient plus ».

    « Nous savons que la situation politique et financière est compliquée, que l’actualité va occulter un peu notre mouvement, mais cela fait plusieurs années maintenant que nous ne sommes pas reconnus », déplore-t-il, « si on abandonne, c’est une sorte de capitulation ». Avec
    – 41% de subventions publiques, 186 000 emplois menacés, 31% d’associations qui ont une trésorerie à moins de trois mois, 70% des associations employeuses déclarant que le montant de leurs fonds propres reste fragile, égrène-t-il, l’heure est grave. Alors que les besoins en matière de solidarité, d’accompagnement, de culture ou de pratique sportive, autant de domaines où intervient le mouvement associatif, sont prégnants.

    « On nous dit que le modèle de la subvention, c’est fini, qu’il faut se tourner vers le mécénat, mais ce dernier a ses limites », estime Yannick Gallien. Or, de l’argent, il y en a « pour faire des ronds-points ou des ombrières », ironise-t-il, demandant à ce que les financements soient « fléchés ». Plus politiquement, il rappelle qu’il s’agit d’un choix de société. Les associations, en permettant une « rencontre entre des gens, des sensibilités, des cultures différentes » apportent une « respiration, un apaisement », considère-t-il.

    Et de demander au moins le maintien des subventions, la création de nouveaux emplois aidés ou encore de transformer la déductibilité des dons en crédits d’impôt.

    « Un manque de vision »

    À ses côtés, Denis Philippe, président de la Chambre régionale des entreprises de l’économie sociale et solidaire (Cress), est venu en soutien.

    « L’économie sociale et solidaire est une économie à part entière, à laquelle les associations participent » pose-t-il, déplorant un « manque de vision » de l’État. Il s’appuie sur un rapport de la Cour des comptes, publié en mai 2021, qui dresse un état des lieux du soutien des pouvoirs publics au monde associatif. Où les magistrats soulignent « en particulier l’absence de stratégie et une coordination fragile » recommandant « un soutien modernisé du secteur ». Et de réaffirmer que le modèle associatif, établit en 1901, reste aussi le dépositaire de valeurs. « En tant qu’élu, on ne peut pas [se contenter de] poser pour la photo à côté d’une association parce qu’on est en campagne », mais « de se poser la question : dans quelle société voulons-nous vivre ? », assène Denis Philippe. Il prend l’exemple du Conseil national de la Résistance, où des choix sociétaux ont été faits. « On ne peut pas considérer que l’ESS et les associations sont quantités négligeables », tance-t-il. Dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, on dénombre 140 000 associations pour 1,3 million de bénévoles et 150 000 salariés, soit 10% de l’emploi régional.

    * À 10h sous l’Ombrière du Vieux-Port

  • Les conseils citoyens veulent peser sur la rénovation urbaine

    Pour les dix ans de leur création à Marseille, les conseils citoyens, réunis depuis 2020 en une fédération pour répondre au retrait progressif de l’État et de la Métropole, ont profité de la tenue des Rendez-vous annuels du logement pour faire entendre leur voix. Réunissant à parité habitants et acteurs locaux (associations, commerçants…) des Quartiers politique de la ville, ce dispositif a été créé par la loi Lamy (2014) pour porter la parole citoyenne au cœur de l’élaboration des politiques publiques, à travers un dialogue avec les institutions et un suivi des projets du contrat de ville.

    « Pas un simple slogan »

    « Le conseil citoyen n’est pas une association classique, c’est une instance de démocratie participative créée par la loi qui est censée être incontournable », rappelle ainsi Guy Luchesi, membre du conseil du 14e. Mais, malgré cette reconnaissance légale, la réalité est tout autre. « Vous n’êtes pas une association, vous n’êtes pas reconnus, nous a dit récemment un bailleur », déplore Anissa Bouanani, des Escourtines (11e). « On ne nous donne aucuns moyens. Depuis dix ans, personne n’a joué le jeu, alors que la loi précise que ce doit être inscrit dans le contrat de ville », reprend Pierre Luchesi. Ni locaux, ni financements malgré deux décrets réaffirmant en 2024 leur rôle central. « Je ne parle pas de subventions, mais de l’argent de la politique de la Ville pour nous permettre d’assumer notre autonomie. »

    À l’origine, à Marseille, dix conseils citoyens couvraient les 35 quartiers prioritaires. Ils sont aujourd’hui 16, fruits d’un redécoupage géographique autour des « lieux de vie », initié par les citoyens concernés, habitants, associations de locataires, parents d’élèves, CIQ, tables de quartiers…

    Ce « plan de relance » intervient alors que les chantiers de rénovation urbaine lancés sur la ville laissent déjà poindre des dysfonctionnements dans la prise en charge des habitants. Comme d’autres, Rachida Haddouche (la Cabucelle), regrette, par exemple, « l’absence de maisons de projet », censées faire participer les habitants à l’amélioration de leur cadre de vie. « La participation citoyenne ne doit pas être un simple slogan, mais une réalité concrète à chaque étape du projet », abonde Fatiha Ziani, de Frais Vallon (13e).

    à Marseille, près de 2 700 logements sociaux sont en cours de démolition, plus de 6 000 logements sont en réhabilitation et 1 000 logements du parc privé font l’objet d’interventions lourdes, selon les chiffres de la Ville. « Il n’y a pas assez de programmes neufs qui sortent. Les campagnes de destruction sur les dix quartiers en renouvellement urbain vont démarrer, on va se retrouver dans une impasse », reprend Pierre Luchesi. « On va sortir de la période de négociation. Les habitants, aujourd’hui, sont protégés par une charte, mais après, le droit commun s’appliquera : ce sera trois propositions et au revoir… »

  • L’espoir d’une paix durable renaît

    De Khan Younès à Jérusalem, des scènes de liesse, de l’espoir. Deux ans et trois jours après le début de la guerre entre Israël et le Hamas, Israéliens et Palestiniens se permettent de croire à la fin de la guerre. Ce jeudi, une étape est franchie : « la version finale de la première phase a été signée, ce matin en Égypte, par toutes les parties en vue de la libération de tous les otages » retenus à Gaza, selon une porte-parole du gouvernement israélien. L’accord devait encore être validé, jeudi, par le cabinet de sécurité israélien, a dit la porte-parole du gouvernement, ajoutant qu’un cessez-le-feu entrerait en vigueur dans les 24 heures suivant cette approbation. Le Premier ministre, Benjamin Netanyahu, devait ensuite réunir son gouvernement au complet pour le valider. Le ministre d’extrême droite des Finances, Bezalel Smotrich, a déjà annoncé qu’il ne le soutiendrait pas.

    La version finale de la première phase du plan du président américain Donald Trump prévoit un cessez-le-feu entre les belligérants, un échange dans les 72 heures des otages israéliens contre plus de 2 000 détenus palestiniens. Membre élu du Conseil législatif palestinien et du Fatah, Marwan Barghouti, considéré par certains comme le « Nelson Mandela palestinien », emprisonné depuis 23 ans, ne fera pas partie de l’échange, a indiqué une porte-parole du gouvernement israélien.

    Frappes israéliennes

    sur Gaza ce jeudi

    Le plan américain prévoit, par ailleurs, le retrait par étapes de l’armée israélienne à Gaza et le désarmement du Hamas. L’attaque terroriste du 7-Octobre a provoqué la mort de 1 219 personnes, en majorité des civils, en Israël. Sur les 251 personnes enlevées et emmenées à Gaza, 47 y sont toujours retenues, dont au moins 25 sont mortes selon l’armée. En riposte, l’offensive de Tsahal, qualifiée de génocide, a tué plus de 67 194 personnes – en majorité des civils – et dévasté la bande de Gaza notamment par la famine, utilisée comme arme de guerre. « L’Unrwa (Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient) dispose de nourriture, de médicaments et d’autres fournitures de base prêts à être acheminés vers Gaza. Nous avons suffisamment de provisions pour nourrir toute la population pendant les trois prochains mois », insiste, dans un post sur X, le chef de l’agence onusienne, Philippe Lazzarini.

    Si cet accord de paix fait renaître l’espoir, reste que les bombardements n’ont pas cessé. Plus tôt dans la journée de jeudi, la Défense civile locale a fait état de la poursuite des frappes israéliennes à Gaza. Deux précédentes trêves, en novembre 2023 et début 2025, avaient permis le retour d’otages ou de corps de captifs en échange de prisonniers palestiniens, avant de s’effondrer. « J’exhorte toutes les parties prenantes à saisir cette occasion unique pour établir une voie politique crédible vers la fin de l’occupation, en reconnaissant le droit à l’autodétermination du peuple palestinien, afin de parvenir à une solution à deux États permettant aux Israéliens et aux Palestiniens de vivre en paix et en sécurité. Les enjeux n’ont jamais été aussi importants », pousse le patron de l’ONU, Antonio Guterres.

    Lors d’une réunion à Paris sur « le jour d’après » dans les territoires palestiniens, le président français, Emmanuel Macron, a souligné la nécessité de préserver l’unité de Gaza et de la Cisjordanie sous le contrôle de l’Autorité palestinienne. « L’accélération de la construction des colonies (juives) en Cisjordanie constitue une menace existentielle pour l’état de Palestine », a-t-il déclaré, avant d’ajouter : « elle est non seulement inacceptable et contraire au droit international. Elle alimente les tensions, la violence, l’instabilité et, de fait, elle vient d’abord contredire le plan américain et notre ambition collective d’une région en paix. »

    Les négociations pour la deuxième phase du plan Trump devaient commencer « immédiatement » après la signature de l’accord sur la première phase, avait annoncé un responsable du Hamas.

  • [Entretien] Ofer Cassif : « J’espère qu’Israël ne violera pas de nouveau cet accord »

    La Marseillaise : Quel regard portez-vous sur la première phase de cet accord ?
    Est-ce la fin du génocide à Gaza
     ?

    Ofer Cassif : Je l’espère sincèrement. Je me réjouis de la signature de cet accord. Il était nécessaire, même si ce n’est pas tout à fait ce que j’aurais aimé avoir. De mon point de vue, un bon accord, qui bénéficierait aux deux peuples, acterait la fin totale de l’occupation, le retrait d’Israël de toute la bande de Gaza et de la Cisjordanie, y compris le démantèlement des colonies. Et, bien sûr, la libération des Palestiniens avec leur État établit avec les frontières de 1967, vivant aux côtés de celui d’Israël. C’est ce que j’aimerais voir. Mais, dans les circonstances actuelles, la chose la plus importante est, bien sûr, de mettre fin à ce terrible génocide, de libérer les otages et j’espère que cela fonctionnera correctement. J’espère qu’Israël s’y tiendra et ne violera pas de nouveau l’accord après la première phase, comme il l’a fait auparavant, et j’espère que le monde continuera de mettre pression pour atteindre une vraie paix et la justice.

    Est-ce la pression populaire exercée par les milliers de manifestants qui ont défilé chaque semaine dans les rues qui a contraint Netanyahu à accepter cet accord ?

    O.C. : C’est certain que cela y a contribué, des Israéliens ont perdu leurs emplois parce qu’ils ont manifesté et se sont opposés à ce génocide. Mais c’est surtout la pression exercée par les activistes internationaux qui a changé la donne. Ceux qui ont très clairement fait entendre leurs voix contre. Je voulais saluer tous ceux qui étaient impliqués dans la pression du gouvernement israélien pour atteindre cet accord. Les activistes internationaux, les Israéliens qui ont démontré, et les Palestiniens qui ont continué à se battre et n’ont jamais abandonné.

    Comment envisagez-vous la suite d’un point de vue politique ? Vous appelez à vaincre le fascisme en Israël. Est-ce par la tenue d’élections ?

    O.C. : Les élections sont censées se tenir en octobre 2026, mais je pense que Benjamin Netanyahu aimerait les convoquer plus tôt afin d’utiliser cet accord à son avantage dans la campagne à venir. Le scrutin pourrait ainsi avoir lieu en février, mais rien n’est officiel pour le moment. J’ai peur qu’il y ait une grande chance que les élections ne soient pas transparentes. Netanyahu et sa bande sont déjà en train de fomenter des plans pour utiliser tout ce qui est en leur pouvoir pour manipuler les résultats de cette élection. Mais nous ferons tout notre possible pour les en empêcher.

    Qui pour lui faire face ?

    O.C. : Nous avons besoin d’une vraie opposition. Des personnalités telles que Yaïr Lapid, Benny Gantz ou encore Avigdor Lieberman se sont positionnées comme des opposants à Netanyahu, mais politiquement, l’offre est la même. La clé pour empêcher des attaques comme celles qui ont eu lieu dans le Sud d’Israël le 7 octobre est la libération des Palestiniens. La fin de l’occupation et la reconnaissance de l’État palestinien sont la clé pour une paix stable et durable dans tout le Moyen-Orient.

  • Occitanie : face à la crise agricole, le souhait de dérogations pour irriguer

    « Obtenir un statut à caractère expérimental sur la gestion de l’eau avec des dispositifs de compensation du handicap climatique. » Telle est la requête formulée à l’Europe par le directeur de la Chambre d’agriculture d’Occitanie. « Nous demandons à déroger à certaines réglementations sur l’eau car le réchauffement climatique nous impacte davantage que les autres régions », fait valoir Christophe Placet.

    À l’heure où l’eau se raréfie et où son usage raisonné est prôné, Denis Carretier ne se fait pas d’illusions. « On n’amènera pas de l’eau partout. ». Mais face au changement climatique, « on a besoin de l’eau pour la totalité de nos productions », affirme le président de la Chambre régionale d’agriculture. Au-delà de la sollicitation européenne, il rappelle qu’un travail sur les retenues hivernales est en cours avec la Région et plusieurs Départements, dont l’Hérault ou le Gard. « Le 6 octobre, on a une réunion avec Carole Delga [PS] au sujet du tuyau d’irrigation Aqua Domitia. Quand il y a de fortes pluies, l’eau file se perdre à la mer. Il faut des ouvrages pour arriver à la stocker », insiste Denis Carretier qui élargit la problématique. « L’Occitanie accueille 45 000 habitants de plus chaque année et chacun consomme 200 litres d’eau par jour. Avec de l’eau, cette région sera l’eldorado de l’Europe pour le tourisme ».

    Tandis que la crise agricole fait rage, Denis Carretier refuse de tomber dans une « posture pessimiste ». Il préfère « anticiper que subir » et rejette les critiques relatives à la volonté d’une agriculture productiviste. « Nous avons beaucoup de petites exploitations. On ne veut pas passer de 50 à 100 hectares mais continuer à garder ce tissu par territoire et par filière. » Avec 64 500 entreprises agricoles employant 161 000 personnes, l’agriculture conserve un poids considérable en Occitanie. Avec 17 milliards d’euros de chiffre d’affaires (CA), le secteur (2e exportateur) se classe au second rang derrière l’aéronautique/spatial (93 milliards d’euros de CA) et juste devant le tourisme (16 milliards de CA).

    Revenus proches du Smic

    Pour autant, la crise économique y est particulièrement forte. Si en Occitanie le coût moyen de production agricole est inférieur à la moyenne française (2014 euros/hectare, soit 80% du niveau national), il ne compense pas la grande faiblesse des rémunérations. En moyenne, le revenu agricole annuel plafonne à 19 452 euros. C’est seulement 45% du salaire agricole hexagonal et à peine plus que le Smic. En 2024, selon l’étude Agri’scopie réalisée par Cerfrance, seuls 55% des exploitants agricoles se disaient « sereins », 23% à l’équilibre. 11% se déclaraient en alerte, 9% en danger et 2% en situation urgence.

    Depuis, l’incertitude du contexte géopolitique mondial et les droits de douanes de Trump ont accentué la tendance. Ces derniers mois, les manifestations des syndicats agricoles ont rappelé l’exaspération et l’inquiétude pour l’avenir. Pour Denis Carretier, il est essentiel de « continuer à investir. Sans quoi les exploitations ne seront pas reprenables. Il faut aussi des perspectives de rémunérations, sinon on n’intéressera pas les jeunes ».

    La polyculture est une des pistes explorées. Pistaches, amandes, chanvre et agrumes se développent. « Ces filières se cherchent, elles ne peuvent venir qu’en complément pour l’instant », tempère Denis Carretier. Le président de la Chambre d’agriculture d’Occitanie rappelle que 21% des exploitations sont certifiées ou en conversion bio, que 28% commercialisent en circuits courts et 34% sous sigle officiel de qualité.

    Malgré tout, la viticulture fait partie des filières qui souffrent le plus, à l’instar des caves coopératives. « Elles n’ont pas la capacité à stocker le vin dans de bonnes conditions, elles ont des difficultés à s’organiser vis-à-vis du marché à l’international », constate Denis Carretier. Tandis que les fusions de caves continuent, Sabine Calmettes, chargée de mission à la Chambre d’agriculture de l’Aude, concède des erreurs structurelles. « Certaines caves arrivent en bout de course. Les bons choix n’ont pas toujours été faits. » À l’avenir, Denis Carretier préconise notamment de se réorienter vers les vins bancs et les rosés qui correspondraient plus au marché. En gardant à l’esprit que tout en étant résistante à la sécheresse, la vigne a de plus en plus soif.

  • Pour les patrons, la stabilité plus que la réforme ?

    Face à l’incertitude politique, Patrick Martin avait tiré la sonnette d’alarme, lundi, inquiet du décrochage économique de la France. Le président du Medef, qui a ajourné son meeting contre la taxe Zucman du 13 octobre après la démission de Sébastien Lecornu, déplorait des « débats hors sol » et appelait à « une prise de conscience collective » de la classe politique. « Les incertitudes engendrées par cette instabilité et le manque de visibilité ne sont pas propices au développement du business », abonde Jean-Luc Chauvin, le président de la CCI Aix-Marseille-Provence. « Cette instabilité pèse lourdement sur l’économie réelle. Les chefs d’entreprise, notamment les TPE et PME, manquent de visibilité et d’anticipation », note de son côté Alain Gargani, le président de la CPME Sud, pointant les incertitudes fiscales, les changements d’aides publiques, les tensions sur la trésorerie ou des délais de paiement qui s’allongent en même temps que se durcissent les conditions d’accès au crédit. « Il devient très difficile de prendre des décisions stratégiques », reprend celui-ci.

    Si le coût de « l’indécision politique » chiffré « à 9 milliards de produit intérieur brut » par Patrick Martin le mettait en colère, celui de la suspension de la réforme, estimé à « des centaines de millions en 2026 et des milliards en 2027 » par le ministre de l’Économie démissionnaire Roland Lescure, semble moins l’effrayer. Au printemps, les patrons n’avaient pourtant rien lâché lors du conclave organisé par François Bayrou. « Notre intérêt direct, ce n’est pas ça. Aucune entreprise ne se battra pour la réforme des retraites », glisse le patron du Medef. « Mais on est responsable et on prend en compte les effets macroéconomiques. On a des déficits publics astronomiques et il faudrait, à ce moment-là, suspendre la réforme ? » Pour Amir Reza Tofighi, président de la CPME, la suspension de la réforme des retraites est un sujet de débat pour la présidentielle de 2027 : « Il faut faire attention aux compromis qui coûteront très très cher à la nation demain. »

    À l’Union des entreprises de proximité, qui « a toujours été favorable » à la réforme, Catherine Vales se montre pragmatique. Si dans le « chaos actuel » sa suspension peut « apaiser les tensions politiques », la présidente de l’U2P 13 estime que cela ne changera rien à long terme, mais concède : « Les petites entreprises, artisans, commerçants et professionnels libéraux n’en peuvent plus de supporter ces crises et de payer pour les atermoiements des gouvernements qui se succèdent à la vitesse de l’éclair. Nous prônons la solution qui apportera la stabilité dont notre pays à besoin et durablement. »