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  • Dorothée Sériat-Gautier, la cavalière aux pieds tanqués

    Dorothée Sériat-Gautier, la cavalière aux pieds tanqués

    C’est à Cabriès, son village natal, qu’un soir d’été 2021, Dorothée est sollicitée par un ami de son frère, pour compléter une triplette. L’ami s’appelle Michel Adam. « Je suis arrivée en jupette à fleurs et chemisier blanc pour suivre des parties. Je n’imaginais pas qu’un nouvel horizon allait s’ouvrir. » Avec sa triplette achetée chez Décathlon, « des 72-700, que je ne sortais que l’été, entre amis avant l’apéro », bien conseillée par son capitaine, elle fait le maximum et remporte le concours. Le « déclic » pour cette ancienne cavalière professionnelle.

    « Jusqu’à mes 30 ans, j’ai consacré toute mon énergie à l’équitation. Cette quête d’excellence a forgé mon caractère, renforcé ma discipline et continue de m’inspirer », explique Dorothée qui a participé aux plus grandes compétitions internationales. C’est la perte de sa jument, après une blessure et une grave complication, qui l’amène à arrêter le sport de haut niveau. Elle devient coach sportif et goûte à tout : gymnastique artistique, tennis, golf, judo, escrime, boxe et aujourd’hui padel et pétanque.

    Responsable de projets immobiliers, elle adapte sa carrière et se licencie à Cabriès. Elle dispute son premier championnat mixte avec Michel Adam. Un cadrage. Mais l’aventure est lancée. Dans son club, elle bénéficie de précieux conseils des bons joueurs qu’elle côtoie. Son apprentissage s’accélère. Avec sa belle-mère, Sylvia Adam, elle écume les concours féminins, gagne en expérience et remporte son premier officiel à Manosque. « Matthieu, mon conjoint, a joué un rôle essentiel », ajoute-t-elle.

    Ses modèles ? Michel Adam, bien sûr. Mais aussi Stéphane Robineau et Dylan Rocher, glisse celle qui ne cache pas « sa préférence pour les joueurs discrets, respectueux et élégants dans leur manière d’être comme de jouer ». Chez les féminines, Cindy Peyrot, tireuse comme elle, ou Anna Maillard et Manon Debard, pour leur état d’esprit et le jeu. En 2023, elle joue un quart de finale à l’Europétanque puis échoue en 8e du National d’Ajaccio. Après deux années de doutes avec moins de résultats, 2026 débute plutôt bien avec notamment une demie aux départementaux individuels. Mais aux ligues, un arrachement des ligaments l’oblige à évoluer avec une botte d’immobilisation. Ce vendredi, pour son 3e Mondial, elle sera sur pied avec sur le dos le dossard record 186 du GP féminin et ces Géologic D72 P700 à la main, associée à Isabelle Mercier et Marina Fiumara, deux joueuses à son image.

  • Une proposition de loi inquiétante

    Une proposition de loi inquiétante

    Par Swane Mas (SAF Marseille)

    Le 7 juillet prochain, l’Assemblée nationale examinera une proposition de loi instaurant une « présomption de légitime défense » pour les forces de l’ordre. En 2024, 66 personnes sont mortes à la suite d’une intervention des forces de l’ordre, un funeste record. Les décès liés à l’usage d’armes à feu ont fortement augmenté depuis la loi dite Castaner de 2017, qui a élargi les conditions de recours aux armes par les policiers et les gendarmes. Dans ce contexte, le cadre juridique actuel est déjà largement critiqué, notamment par le Comité contre la torture des Nations unies.

    Aujourd’hui, lorsqu’un policier ou un gendarme fait usage de son arme, les autorités judiciaires doivent vérifier que les conditions prévues à l’article L. 435-1 du Code de la sécurité intérieure sont réunies, en particulier que le tir était strictement nécessaire et proportionné. Il appartient donc à l’État de démontrer que le recours à la force létale était légal.

    La proposition de loi entend renverser cette logique. En instaurant une présomption de légitime défense, elle conduirait à présumer légal tout tir effectué par un policier ou un gendarme, sans qu’il soit nécessaire d’établir d’emblée que les conditions prévues par la loi étaient réunies.

    En pratique, cette réforme déplacerait la charge de la preuve : ce seraient les victimes ou leurs proches qui devraient démontrer que le tir n’était pas justifié. Une telle évolution paraît difficilement conciliable avec la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme, qui impose à l’État de démontrer que le recours à la force létale était absolument nécessaire lorsqu’une personne meurt aux mains de ses agents.

    Cette réforme intervient alors que les obstacles à la manifestation de la vérité sont déjà nombreux et qu’un déséquilibre persiste entre le crédit accordé à la parole des plaignants et celui accordé aux forces de l’ordre. Si le tir est présumé légitime, le policier ne sera plus automatiquement considéré comme suspect. La garde à vue immédiate deviendra moins fréquente, rendant plus difficile la collecte des preuves, notamment l’exploitation des vidéosurveillances, les saisies de téléphones ou d’autres actes d’enquête pourtant essentiels. Le résultat est prévisible : davantage de classements sans suite et de non-lieux, moins de procès et, pour les familles, un accès encore plus limité à un recours effectif.

    Cette réforme enverrait enfin un signal préoccupant aux forces de l’ordre. En laissant entendre que l’usage des armes bénéficie d’une présomption de légalité, elle risque d’être perçue comme un assouplissement du cadre juridique et d’encourager le recours à la force létale, avec des conséquences qui touchent déjà de manière disproportionnée les populations racisées.

    Une question ? Besoin d’un conseil ? Contactez nos chroniqueurs par mail avocats@lamarseillaise.fr

  • La colère ne faiblit pas contre « l’accord de la honte » entre l’Université de Montpellier et Total

    La colère ne faiblit pas contre « l’accord de la honte » entre l’Université de Montpellier et Total

    Ils étaient une petite cinquantaine, ce mardi 30 juin après-midi, à s’être réunis malgré la canicule devant le bâtiment administratif de la faculté des sciences de Montpellier. Mobilisés depuis déjà presque un mois, collectifs et étudiants réclament l’annulation d’un partenariat signé le 11 juin 2026 entre l’Université de Montpellier (UM) et la multinationale TotalEnergies.

    Une collaboration visant, selon l’UM, à « renforcer les liens entre le monde universitaire et le monde de l’entreprise, au bénéfice des étudiants du master mention énergie de la faculté des sciences. » À l’intérieur du bâtiment, la commission de la formation et de la vie universitaire (CFVU) était réunie, avec à l’ordre du jour une motion déposée par le Syndicat de combat universitaire de Montpellier (Scum) demandant la résiliation du partenariat. Après de longs débats, la motion a finalement été rejetée à 18 voix « contre », et 9 voix « pour ».

    Des étudiants déterminés

    Aurélien Trannoy est membre du Scum, élu au Conseil d’administration de l’UM. Il raconte : « Nous avons appris l’existence du partenariat via un communiqué de presse de l’Université sur son site internet. Or TotalEnergies est une entreprise écocidaire, responsable du dérèglement climatique, et qui a été condamnée en octobre 2025 par le tribunal judiciaire de Paris pour greenwashing. L’Université de Montpellier se vante pourtant de son côté d’être classée au 14e rang mondial du classement de Shanghai pour l’écologie. C’est inacceptable. » Malo, étudiant en master écologie à l’UM, est venu soutenir la mobilisation parce qu’il se dit choqué à l’idée qu’une entreprise multinationale entre dans le système universitaire : « Le risque c’est qu’une entreprise polluante définisse la manière dont les savoirs sont créés autour de l’énergie et du développement durable. » À ses côtés, Floriane, membre de l’organisation le Poing Levé, ajoute : « C’est d’autant plus scandaleux que certains cours seront délivrés par des employés de TotalEnergies, ce qui revient à ce que Total délivre des diplômes à des étudiants qui s’intéressent à l’écologie. C’est ridicule. » Au cours de la réunion, la présidence a rappelé que l’instance décisionnaire restait le Conseil d’administration, qui se réunira le 6 juillet. « Nous ne manquerons donc pas de nous mobiliser une nouvelle fois à cette occasion », assure Aurélien Trannoy.

  • Chez Haribo, des négociations qui ne font pas dans la douceur

    Chez Haribo, des négociations qui ne font pas dans la douceur

    Sifflets, drapeaux… Depuis une bonne semaine, les salariés de l’usine marseillaise Haribo tiennent un piquet de grève et débrayent deux heures par jour. Sur le boulevard Capitaine-Gèze (14e), les klaxons de soutien se multiplient. En cause, des négociations annuelles obligatoires (NAO) qui ne donnent rien, estime Marc Mansano, délégué syndical CGT, syndicat majoritaire. « Depuis 2 ou 3 ans, nous avons des décisions unilatérales de la direction, dénonce-t-il. Ils nous donnent ce qu’ils veulent nous donner. »

    À ses côtés, Thierry Cambola, délégué syndical FO, ne dit pas autre chose : « On n’a que des miettes. » Alors que l’entreprise est florissante, rappelle Marc Mansano. Selon ses comptes 2024, Haribo affiche une croissance de 4,1% de son chiffre d’affaires établi à 388 millions d’euros, pour un résultat net de 32 millions.

    Alors que le Smic a été revalorisé, la CGT réclame une hausse des salaires de 100 euros bruts par mois, une hausse de la tranche d’ancienneté des 3 ans et une revalorisation de prime. Mais, pour l’instant, après une réunion mardi, « nous sommes au point mort », déplore Marc Mansano, qui espère que la baisse de production, estimée à 100 tonnes par jour en temps normal, va porter ses fruits. À Uzès (Gard), l’autre usine du fabricant de bonbons, les salariés sont aussi mobilisés, ajoute-t-il. Ce que craignent aussi les 160 employés marseillais, c’est de voir leur unité de production disparaître dans le cadre d’un projet d’extension du site gardois. « On va réduire le personnel ici, on a une grosse inquiétude », commente le responsable CGT.

    Le soutien de la fédération CGT de l’agroalimentaire

    Fabien Trujillo, animateur régional pour la fédération nationale agroalimentaire et forestière CGT, est venu en soutien. « Depuis le début, nous sommes avec eux dans leur lutte pour de meilleurs salaires, mais aussi pour l’avenir du site », explique-t-il. Il rappelle qu’il y a « une dizaine d’années, quand il y avait un projet de construction d’un gros conditionnement en Allemagne, on avait fait la démonstration, avec le syndicat, que la particularité du marché français du bonbon, c’est que c’est le plus gros d’Europe ». Or, aujourd’hui, assure-t-il, « avec le futur site d’Uzès à sa capacité maximum, plus le site de Marseille, on n’arrive pas à couvrir la totalité de ce marché ». Et de promettre, « avec les syndicats, de faire la démonstration que les deux sites sont nécessaires et qu’il faut maintenir les emplois et les savoir-faire sur une spécificité bien française et aussi pour garantir la qualité des produits ».

    Contacté par La Marseillaise, le directeur général de Haribo, Anthony Deleter, assure que « le bien-être et la fidélité des salariés d’Haribo sont une de nos principales valeurs ». Pour le prouver, il sort la calculette : « En moyenne, un ouvrier Haribo perçoit une rémunération annuelle supérieure de 24% à la moyenne nationale des ouvriers. D’autre part, notre politique salariale garantit à chaque ouvrier une augmentation automatique de +30% sur les 30 premières années de carrière, en plus des augmentations générales ou individuelles ».

    Pour ce qui est des NAO, « Haribo France s’est toujours aligné sur l’inflation voire au-delà » avec, sur les cinq dernières années, « des augmentations qui ont dépassé l’inflation cumulée de 1,3 point ». Et « cette année encore, notre proposition est en lien avec l’inflation de l’année précédente », assure le directeur, mais « les demandes des organisations syndicales étant éloignées de cette proposition, les parties n’ont pas pu aboutir à un accord ». Reste que les syndicats ne comptent pas lâcher…

  • Le secteur de la gare routière d’Aix-en-Provence bouclé après une fuite de gaz

    Le secteur de la gare routière d’Aix-en-Provence bouclé après une fuite de gaz

    Une fuite de gaz, localisée « sur une résidence proche » selon le site des transports de la Métropole, a été détectée rue des Allumettes aux alentours de 17 heures, selon les informations recueillies sur place. S’il n’y a pas eu d’évacuation, plusieurs établissements, dont la gare routière et la bibliothèque Méjanes, ont été confinés jusqu’à nouvel ordre.

    Depuis 17h, aucun bus n’a pu partir de la gare routière et les points de départ ont été modifiés. Sur place, plusieurs médiateurs de la Métropole ont informé les usagers de l’évolution de la situation.

    Aux alentours de 18h, le quartier demeurait bouclé. « Nous ne savons pas pour le moment quand nous pourrons rouvrir », indiquaient les forces de l’ordre. Les informations concernant les départs de bus étaient disponibles sur le site de la Métropole.

    Toutefois, vers 18h20, les pompiers annonçaient « que la fuite de gaz était coupée depuis plus d’une heure. Il faut attendre la fin des relevés pour être sûr qu’il n’y ait pas de poches. Pas de retours à ce stade sur la fin des relevés en cours.»

    Les informations concernant les départs de bus et leurs horaires sont à retrouver sur le site de la Métropole et les applications de transport.

  • [Grand entretien] Tiago Rodrigues : « Le désaccord estun trésor à Avignon »

    [Grand entretien] Tiago Rodrigues : « Le désaccord estun trésor à Avignon »

    Tiago Rodrigues : De grands développements technologiques au niveau de la communication, comme les réseaux sociaux, ont aussi un impact négatif et augmentent la désinformation. Les espaces de débats pluriels diminuent, envahis par la notion selon laquelle tout désaccord en société serait irréconciliable. On assiste à une montée très claire de l’agressivité, de la radicalité même, des discours politiques. Or, nous devons rappeler qu’une aventure comme le Festival d’Avignon, qui dure depuis presque 80 ans, est un espace où le désaccord est un trésor et vient équilibrer cette tendance, à mon sens négative, d’un discours trop polarisé, y compris dans les sociétés démocratiques. Les réponses trop simplistes, comme le déni climatique ou le masculinisme, montent en puissance. Des forces profitent de façon prédatrice de ce genre de polarisation de la société. Le Festival d’Avignon et le service public de la culture peuvent jouer un rôle qui compense cette tendance avec quelque chose de plus positif, avec la pratique joyeuse et collective de la découverte des spectacles.

    Le spectacle d’ouverture, « Maldoror », de Julien Gosselin, fait dialoguer l’écrivain chilien Roberto Bolano avec Lautréamont pour questionner les racines du « mal absolu ». Dans quoi réside-t-il aujourd’hui ?

    T.R. : J’ai hâte de découvrir ce spectacle de ce grand metteur en scène, mais j’ai des doutes sur cette dimension du mal absolu : la philosophe Hannah Arendt parlait de la banalité du mal et le dramaturge Bertolt Brecht, non pas des actions des mauvais, mais du silence des bons. Le Festival d’Avignon est cet endroit qui privilégie la découverte des arts, mais aussi un outil de participation démocratique. Plus que ma pensée, la philosophie qui peut répondre à votre question est celle de Julien Gosselin. Cela m’intéresse de savoir pourquoi nous sommes fascinés, à travers l’histoire, par les méchants du théâtre, par Richard III, par exemple. Qu’est-ce que l’observation du mal nous apprend ? Nous aurons des éclairages avec ce spectacle événement qui mêle théâtre, vidéo, cinéma et littérature, tout en proposant au public un autre rapport à la Cour d’honneur, avec des déambulations qui permettront au public de vivre un spectacle au Palais des Papes de façon très inhabituelle.

    La langue invitée cette année est
    le Coréen, avec entre autres «
     Island story » de Kyung-Sung Lee, qui fait entendre des témoignages de survivants de la répression
    d’une commémoration de la fin de l’occupation japonaise, en 1948.
    Le colonialisme est-il aussi l’un des maux principaux de notre époque
     ?

    T.R. : Si le Festival d’Avignon est une sélection de spectacles qui traduisent l’implication des artistes dans le monde, il ne faut pas non plus penser qu’il est un festival politique qui traduit un théâtre. Nous ne sommes pas un festival avec un agenda politique, mais d’art vivant à l’écoute des imaginations et des urgences des artistes. Effectivement, Kyung-Sung Lee parle de cet épisode tragique associé à la division de la péninsule au moment de la création des deux Corées et parle d’un massacre qui a été sujet à beaucoup d’omerta. Mais il ne faut pas oublier non plus Silence, par exemple, spectacle très joyeux de musiques chorégraphiées de Lucie Antunes et Mathilde Monnier, qui font le pari de la poésie et de l’abstraction, ou encore 1,2,3 Poquelin de la compagnie TG Stan, qui présente sept pièces de Molière à la Carrière de Boulbon. N’oublions pas non plus le collectif d’acrobates XY, qui permet pour la première fois la présence du cirque dans la Cour d’honneur. Vous savez que le sujet politique m’intéresse, mais parfois, il y a le risque de rendre le festival plus étroit. Or, le festival est bien plus large que la Une des journaux.

    La confrontation d’idées se retrouvera aussi en fin de festival, avec « L’Aube des questions ».
    En quoi cela consiste-t-il
     ?

    T.R. : Cet événement essaye de célébrer et synthétiser les questions qui ont traversé le festival. On réunit beaucoup d’artistes, mais aussi des personnes de la société civile comme Christiane Taubira, la poète marseillaise Laura Vazquez, le syndicaliste Philippe Martinez, l’écrivain Camille de Toledo… On fait une liste de 80 questions, à l’aube, pendant les premières heures du premier jour suivant la fin du festival, avant de les lancer au monde depuis la scène.

    Le festival « off » d’Avignon a adressé une lettre ouverte aux candidats
    à la présidentielle qui fait part de ses craintes sur les coupes budgétaires et les censures sur le monde de la culture. Quelle est votre position
     ?

    T.R. : Nous sommes en synchronisme total dans le sens où le Festival d’Avignon fait partie du Syndeac [Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles, Ndlr], qui exprime depuis des mois son inquiétude vis-à-vis de la nécessité d’un pacte politique large, sur la continuité du financement du service public de la culture. Il faut faire réfléchir pas seulement les élus actuels, mais surtout les candidats à la présidentielle, qui vont être les référents de l’agenda politique. Nous sommes à la fois structurants comme festival de création qui impacte la production et la création de spectacles en France, mais nous sommes aussi un forum de débats importants, aussi bien sur le service public de la culture que sur les services publics de manière générale. La façon dont les candidats vont s’emparer d’une vision de la politique culturelle en France est très importante et nous sommes partants pour aider ceux qui s’y intéressent.

    Propos recueillis par Philippe Amsellem

  • Antoine Corso, ce si discret gardien du tableau d’affichage

    Antoine Corso, ce si discret gardien du tableau d’affichage

    Depuis près vingt-six ans, Antoine Corso est une silhouette discrète mais incontournable du Mondial La Marseillaise à pétanque. Assis patiemment dans les tribunes à côté du tableau d’affichage du stade d’honneur, c’est lui qui change manuellement mène après mène, le score de chaque partie qui s’y joue.

    Révolution numérique

    Son histoire avec le Mondial La Marseillaise commence presque par hasard. Une rencontre avec Maurice Caumel, le directeur technique du concours, alors qu’il travaille comme mécanicien dans une concession automobile. « On a discuté, on a sympathisé et il m’a invité à venir au Mondial », raconte simplement Antoine Corso. À l’époque, il découvre un univers qu’il connaît peu. Mais les amitiés se nouent et il finit par proposer son aide dans l’organisation. Très vite, il trouve sa place dans l’équipe des bénévoles.

    « La première fois que je suis arrivé Borély, Maurice m’a demandé si je voulais essayer de marquer les scores. J’ai commencé à courir aux quatre coins du parc pour noter les résultats des parties et les porter à la rédaction du journal. » Avant l’ère du tout numérique, lui posait minutieusement ses notes dans de petits carnets. « Dès qu’une équipe gagnait sa partie, on allait donner immédiatement le score, désormais, c’est fait automatiquement par ordinateur. »

    Antoine bascule alors sur le tableau d’affichage des parties disputées dans le carré d’honneur. Plages du Prado, parc Borély, parvis du Mucem, en bas de la Canebière ou face à la Mairie sur le Vieux Port, ces lieux prestigieux qui ont accueilli les finales du Mondial ces vingt dernières années, il les a tous connus, sagement assis en tribune. La plus mémorable à ses yeux ? Cette finale électrique de 2014 où Z’yeux, « l’Ours » comme il l’appelle, avait fait le clown et déstabilisé une triplette malgache qui échouera après avoir largement mené la partie.

    Amitiés et notoriété

    Au-delà du jeu, ce sont les rencontres qui comptent aussi beaucoup pour lui. « Assis là-haut, perché sur la tribune, j’ai connu des jeunes de Bordeaux, des gens de Lille avec qui on est toujours en contact. Ils m’appellent chaque année pour savoir s’ils peuvent venir. » Parfois il leur garde la place à ses côtés.

    Un poste clé et un travail de l’ombre qui lui a aussi donné une notoriété toute relative, planté dans l’axe de la caméra. Les proches et la famille le reconnaissent à la télévision. Il en rit encore. « On me dit : Tonton, je t’ai vu à la télé ! » Mais il sera cette année encore rattrapé par le modernisme puisque le tableau du stade d’honneur va devenir à son tour numérique.

    « On me trouvera quelque chose à faire. Puis on m’a dit qu’il y aura besoin de quelqu’un pour le stade IDELIA », sourit Antoine pas inquiet de rester des heures en plein soleil. « Tant que je peux le faire, je le ferai. » Car si le Mondial évolue, Antoine Corso, lui, reste un de ses témoins les plus fidèles, entre mémoire des scores et mémoire des hommes.

  • [Entretien] Éliane Barreille : « Je me bats pour avoir des subventions pour la Rochaille »

    [Entretien] Éliane Barreille : « Je me bats pour avoir des subventions pour la Rochaille »

    La Marseillaise : Pourquoi ce projet concernant le Pas de la Rochaille, que vous surnommez « le chantier du siècle », est-il si important pour le département ?

    Éliane Barreille : C’est un projet qui mûrit depuis longtemps, parce que c’est un secteur qui est un couloir d’éboulement. Il a été répertorié six couloirs d’éboulement et la nécessité absolue de conforter et la paroi et le soutien de la route. Nous avons décidé de passer à la réalisation, parce que c’est une route extrêmement importante, qui relie l’Italie à la France avec un trafic élevé, en moyenne 832 véhicules par jour et un pic estival à 2 000 véhicules par jour avec les touristes. Le trafic venant de l’Italie est plus important que celui français.

    En 1992, il y a eu des éboulements importants et des accidents mortels. Ce secteur a été classé à un niveau de risque très élevé. Depuis, on étudie ce risque, on met en place des capteurs, des filets. Il y avait une urgence. Il a été proposé de faire des galeries par bloc, qui vont protéger des éboulements. Il faut aussi renforcer la route, puisqu’avec le passage des camions, elle est très affaiblie. Donc il s’agit là de faire sur six endroits des murs de soutènement et de sécuriser la montagne. C’est un projet lourd.

    Quelles seront les conséquences du chantier sur les habitants
    et les usagers ?

    E.B. : Les nuisances et les contraintes portent sur la longueur du chantier avec des alternatives très contraignantes pour les usagers. Je pense que pendant cinq ans, on va gérer le mécontentement des utilisateurs de la chaussée.

    Un itinéraire alternatif sera-t-il disponible pour les travailleurs qui empruntent cette route
    au quotidien
     ?

    E.B. : Les services ont beaucoup planché sur une possibilité d’utilisation d’une chaussée existante en fond de vallon, qui aujourd’hui est une voie communale qui ressemble plus à un sentier qu’à une route, puisqu’elle n’est même pas goudronnée, et sur laquelle il y a un pont très fragile et nécessitant beaucoup de travaux.

    Ceci étant, je ne veux pas fermer la porte, et donc lundi après-midi, nous irons sur place avec les services des routes et le maire de la commune pour voir s’il est possible quand même d’utiliser quelque chose. La difficulté est que là, on est sur du communal, plus sur du départemental. Donc c’est compliqué, et si on faisait passer par cette route, ça veut dire que le maire prendrait quand même une grosse responsabilité, puisqu’elle n’est pas prévue pour accueillir du passage.

    Comment s’est passée votre rencontre avec des élus italiens
    il y a deux semaines ?

    E.B. : Je me bats déjà depuis un moment pour avoir des subventions complémentaires. Je suis allée en Italie pour ça, j’ai fait un aller-retour à Aoste, onze heures de route. J’étais déjà allée l’année dernière à Nice au moment du comité du Quirinal, mais je n’avais pas été entendue, donc j’y suis retournée. Là, je crois que j’ai été entendue, je l’espère. J’ai tapé à toutes les portes, je n’arrête pas de saisir un coup le président de la République, un coup le Premier ministre, un coup le ministre des Transports. Là c’était le ministre des Affaires étrangères et de l’Europe français, et son homologue italien. Je leur ai dit que si je n’étais toujours pas entendue, j’envisageais très sérieusement d’interdire le passage des camions sur cette route. Quand je leur ai dit que les camions venaient essentiellement d’Italie, ils ont réagi en me disant qu’on n’allait pas en arriver là.

  • Opération de grand nettoyage devant Emmaüs Saint-Marcel

    Opération de grand nettoyage devant Emmaüs Saint-Marcel

    Cette opération au 46 boulevard de la Cartonnerie à Marseille a permis de récolter en fin de journée 2 tonnes de déchets.

    Il est dorénavant impératif de respecter les consignes de dépôt.

    7 jours sur 7, de 8hà 12h et de 14h à 17h15 au 46 Bd de la Cartonnerie, 13011 Marseille. Tel : 04 91 89 40 66
  • « Si je n’avais pas été secouru par l’Aquarius, je serais mort »

    « Si je n’avais pas été secouru par l’Aquarius, je serais mort »

    Quand on demande à Moussa Camara pourquoi c’est important pour lui de participer à la table ronde pour les 10 ans de l’association SOS Méditerranée, la réponse est évidente. « C’est un devoir pour moi. Car expliquer un peu mon parcours pourra peut-être sensibiliser les gens sur l’importance de cette ONG, explique le jeune homme. Car si je n’avais pas été secouru par l’Aquarius, je serais mort », soutient-il.

    Moussa Camara est né en Guinée. Encore adolescent, il se rend à Conakry, capitale du pays, pour ses études. Mais cela se passe mal et il part pour le Mali. Avec un ami ils décident ensuite de partir pour la Libye.

    Après avoir traversé le Burkina Faso et le désert nigérien, ils sont arrêtés par des milices sur la route pour Tripoli, capitale de la Libye, qui les vendent comme esclaves. Après six mois de travail gratuit, son ravisseur décide de les libérer. « Je pense qu’il a fait ça pour avoir bonne conscience, car de plus en plus de personnes mourraient. Alors il nous a tous mis sur un bateau pour traverser la Méditerranée. »

    Une centaine de personnes se retrouvent alors entassées sur cet esquif de fortune pour traverser la Méditerranée. Après deux jours de navigation, beaucoup de passagers ont déjà perdu la vie. C’est au cours de la deuxième nuit du périple que l’Aquarius arrive au secours des passagers à la dérive. « Ce soir-là, avec les personnes qui restaient, nous nous sommes dit au revoir, car nous n’avions plus l’espoir de passer la nuit », se souvient-il. Lorsque SOS Méditerranée parvient à les sortir d’affaire, ils ne sont plus que 40 survivants sur le bateau.

    Depuis cette nuit où il a échappé à la mort, Moussa s’est reconstruit. Arrivé en France en 2017, alors mineur, il parvient à obtenir un CAP d’électricien et travaille aujourd’hui à la citadelle Saint-Nicolas. Depuis l’année dernière, il a été naturalisé français et essaie du mieux qu’il peut d’aider les personnes qui connaissent la même situation que lui. Pour cela il a d’ailleurs fondé l’association Guinée à Marseille, où il accompagne des primo-arrivants, administrativement et humainement.

    Un climat anxiogène

    Bien que sa vie en France ne soit plus soumise aux aléas administratifs, il reconnaît que le climat politique est de plus en plus anxiogène. « Je n’ai jamais eu aussi peur pendant des élections que cette année. Pourtant je n’avais personnellement rien qui me mettait directement en danger, parce que j’avais mes documents, raconte-t-il. Mais je suis toujours touché par les politiques et les discours de l’extrême droite. »

    En accompagnant les jeunes avec son association, il se rend compte que les démarches sont de plus en plus difficiles et s’en inquiète. « Je voudrais que l’on voit que les arguments de l’extrême droite sont faux. Moi, j’accompagne des jeunes qui n’ont droit à aucune aide. Et moi-même je n’en ai jamais bénéficié. Mais je travaille, je cotise, je paie des impôts. Ce que l’extrême droite prône c’est l’égoïsme, alors que la France est un pays de mixité et d’humanisme. »