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  • Comment les mégafeux révèlent les contradictions de notre époque

    Comment les mégafeux révèlent les contradictions de notre époque

    Auteur prolifique et infatigable militant de l’Institut d’histoire sociale de la CGT, l’ancien vice-président de l’Université de Provence interviendra jeudi, sous sa casquette d’environnementaliste, au Forum national du conseil scientifique du MNLE, accessible en visioconférence. Il résume ici pour nous la teneur de son analyse, qui sera développée dans sa contribution.

    Pour commencer, il s’appuie sur un constat simple dont chacun a pu mesurer la portée cet été à travers l’actualité : des milliers d’hectares de forêts partis en fumée, des villages évacués, des habitants perdant leur maison, des entreprises contraintes de cesser provisoirement ou définitivement leur activité et « des agriculteurs qui voient disparaître en quelques heures le travail de toute une vie ».

    « La France est désormais touchée, comme la Grèce, le Portugal, l’Espagne, le Canada, la Californie, l’Amazonie ou encore l’Australie, par des mégafeux », souligne-t-il.

    Pourtant, prévient-il, « il serait réducteur de n’y voir qu’une conséquence spectaculaire du dérèglement climatique ». La hausse des températures, les sécheresses prolongées et la multiplication des épisodes météorologiques extrêmes créent indiscutablement des conditions favorables à ces incendies, « mais cette explication, insiste-t-il, si nécessaire soit-elle, demeure insuffisante ». Il met également en avant l’organisation de la société, ses priorités ainsi que ses choix économiques et politiques comme facteurs aggravants de ces catastrophes.

    Analyse politique

    Il poursuit : « Les mégafeux détruisent des écosystèmes entiers, fragilisent la biodiversité, appauvrissent les sols, perturbent les cycles de l’eau et relâchent dans l’atmosphère d’immenses quantités de dioxyde de carbone, alimentant ainsi le réchauffement climatique. » Dans le même temps, ils « interrompent des activités économiques, désorganisent les territoires et aggravent les inégalités sociales », insiste André Prone.

    Sont notamment en cause « l’abandon de certaines pratiques agricoles, la réduction des espaces entretenus, l’urbanisation diffuse, le recul des politiques de prévention, mais aussi certaines formes de gestion forestière privilégiant des plantations monospécifiques destinées à maximiser la production de bois ». Selon lui, l’ensemble de ces évolutions a accru la vulnérabilité de nombreux massifs forestiers.

    Il invite donc « à dépasser la seule approche climatique » par une analyse marxienne qu’il juge tout aussi éclairante, puisqu’elle interroge « les rapports entre les modes de production et les conditions matérielles de la vie ».

    Il montre ainsi comment « la recherche permanente de l’accumulation, l’exploitation intensive des ressources, la marchandisation croissante des espaces naturels et la priorité donnée à la rentabilité à court terme ont progressivement rompu ce que certains auteurs appellent aujourd’hui le métabolisme entre les sociétés humaines et leur environnement ». Pour Alain Prone, les mégafeux illustrent parfaitement tout cela, en pointant qu’« un système économique fondé sur l’expansion permanente rencontre désormais les limites physiques de la planète ».

    Cette analyse permet d’envisager les mégafeux non plus comme une catastrophe parmi d’autres, mais comme le « symptôme d’une rupture historique ».

    Et de conclure : « Cette rupture appelle à repenser nos politiques forestières, nos modes d’aménagement du territoire, la place des services publics de prévention, mais aussi les finalités mêmes de notre modèle de développement. » Ce qui relève bien d’un projet de société. Puisque « ce qui brûle aujourd’hui, ce ne sont pas seulement des forêts, mais l’illusion qu’une humanité pourrait poursuivre indéfiniment son développement en ignorant les limites écologiques dont dépend sa propre existence ».

  • OM : Genesio face à un scénario déjà vécu par Élie Baup

    OM : Genesio face à un scénario déjà vécu par Élie Baup

    Dur, dur d’être un entraîneur ! Encore plus lorsque l’on s’assoit sur le banc de l’OM, où la pression est permanente et les responsabilités, nombreuses. « C’est un métier sous pression », confie Élie Baup, entraîneur de l’Olympique de Marseille du 4 juillet 2012 au 7 décembre 2013.

    À la tête du club phocéen, le technicien haut-garonnais âgé de 71 ans à présent a remporté 34 de ses 74 matches, soit 45,9% de victoires. « Il y a toujours des hauts et des bas, avec une responsabilité conséquente. Mais c’est vrai qu’à Marseille, tout est décuplé, parce qu’il y a une telle passion, une telle ferveur populaire et une telle attente permanente de résultats. Surtout dans le paysage du football français, on a besoin de voir l’OM sur le podium », explique-t-il.

    Contraintes économiques déjà bien présentes

    Derrière les ambitions sportives, les réalités économiques ont rapidement rattrapé le club dès la première saison de Baup sur le banc, lors de l’exercice 2012-2013. « Il y a eu directement des restrictions. Il y avait de bons joueurs et la masse salariale était conséquente », souligne Baup, conscient du poids financier de l’effectif dont il avait hérité. À l’époque, le salaire moyen en Ligue 1 se situait autour de 45 000 euros bruts mensuels. Cinq Olympiens – Lucho González, André-Pierre Gignac, Steve Mandanda, Mathieu Valbuena et Loïc Rémy – percevaient alors plus de 200 000 euros par mois. « L’équipe avait fini dixième la saison passée et il fallait réduire la voilure. Donc, la première des choses, c’était de vendre des joueurs. Et, à l’intersaison déjà, beaucoup étaient partis », poursuit l’ancien entraîneur de Toulouse, Bordeaux, Nantes et Saint-Etienne.

    Alou Diarra, César Azpilicueta, Stéphane Mbia, Charles Kaboré ou encore Loïc Rémy avaient ainsi quitté Marseille pour de nouveaux horizons. Une situation qui présente de nombreuses similitudes avec celle vécue par Bruno Genesio cette saison. Et le parallèle ne s’arrête pas aux seules contraintes économiques.

    Faire avec moins

    et utiliser les jeunes

    « On n’a pas utilisé beaucoup de joueurs. On a rapidement été dans la gestion limitée de l’effectif. Mais on avait choisi de faire confiance à quelques jeunes qui se sont plus ou moins révélés », raconte Élie Baup, conscient que Bruno Genesio s’appuie sur des joueurs récemment formés au club, comme Keyliane Abdallah, Tadjidine Mmadi, Kelyann Bezahaf ou Kamissoko pour compléter son effectif. À l’époque de Baup, plusieurs joueurs issus de la formation olympienne avaient ainsi intégré la rotation, à l’image de Raffidine Abdullah, Wesley Jobello, Baptiste Aloé, Billel Omrani, Larry Azouni ou encore Najib Ammari. « Je m’étais servi des tours préliminaires pour bâtir une équipe avec un noyau fort de joueurs. Et ça avait marché, puisqu’on avait gagné les six premiers matches en championnat. Mais derrière, comme je savais que j’avais un effectif limité, j’ai choisi de considérer les matches de Ligue Europa comme ceux de Coupe de France. Ces matches me permettaient aussi d’élargir le groupe et de donner leur chance aux jeunes joueurs. L’Europe, quelque part, permet d’évacuer toute cette pression du championnat », estime l’ancien gardien de but du Sud-Ouest.

    Une stratégie qui avait finalement porté ses fruits. Malgré les restrictions économiques, les départs de plusieurs cadres et un effectif limité, Élie Baup avait réussi à hisser l’OM jusqu’à la deuxième place du championnat lors de la saison 2012-2013. De quoi nourrir quelques espoirs pour Bruno Genesio et ses Olympiens.

  • [Entretien] Frédéric Souillot, FO : « Pour Fibre Excellence, la bataille n’est pas finie »

    [Entretien] Frédéric Souillot, FO : « Pour Fibre Excellence, la bataille n’est pas finie »

    La Marseillaise : Comment appréciez-vous le niveau de mobilisation de ce 15 septembre ?

    Frédéric Souillot : C’est un excellent niveau de mobilisation dans les IEG (Industries électriques et gazières). Il y avait aussi les retraités. Car le tarif agent qui est remis en cause, c’est leur contrat social. Cet été, quand il y a eu des incendies partout, quand il y a eu la canicule dans les hôpitaux, ils sont venus d’astreinte pour remettre tout en route. Ils remplissent une mission de service public en étant sous convention collective. J’ai entendu le Premier ministre les féliciter, comme dans la santé. C’est une vraie richesse à chaque crise et après, sous l’angle économique, ça devient un coût.

    Ces métiers manquent d’attractivité. Quelle est la solution ?

    F.S. : à chaque fois qu’il y a un concours d’entrée dans la fonction publique, il manque un tiers des candidats. Or, dans la fonction publique c’est un investissement et ça garantit la cohésion sociale de la République. Comment va-t-on chercher les 1,3 million de jeunes qui ne sont ni en emploi, ni en formation, ni à l’éducation nationale ? C’est une vraie perte pour la nation. Ils sont souvent récupérés par l’économie parallèle. Comment on les ramène ? Comment on leur propose une vraie carrière avec de l’évolution professionnelle ? On travaille dessus avec la négociation d’un accord national interpro. On a remis au goût du jour l’Arpe (Allocation de remplacement pour l’emploi) : le départ de deux anciens pour l’embauche d’un jeune et où on peut accepter des aides publiques. Et parallèlement, une retraite progressive dès 60 ans.

    Pensez-vous qu’il soit encore possible de dialoguer avec le gouvernement ?

    F.S. : Le gouvernement va présenter un budget au Parlement, on verra bien ce qu’il y a dedans. Depuis 2017, il repousse les corps intermédiaires. Mais même les organisations patronales disent qu’il faut redonner sa place à la démocratie sociale et à la négociation collective. C’est pour cela que nous les avons reçues à FO et que nous avons discuté d’un agenda social autonome. Le premier sujet sur lequel on veut discuter, c’est comment on se projette : comment on parle de modèle productif à vingt ans ?

    On parle beaucoup de réindustrialisation, mais des usines ferment. Quels sujets seront abordés lors de la Journée de l’industrie de FO, le 8 octobre ?

    F.S. : Les politiques en parlent comme un slogan juste avant les élections. Maintenant, pour revenir sur les déserts industriels, il faut passer aux actes. Notre projection pour la réindustrialisation, c’est commencer par se demander comment on revoit le Conseil national de l’industrie ? Il y a 20 ans, il a été créé pour mettre en place des filières de branche. Aujourd’hui, il n’est plus au goût du jour. Il faut repenser la politique industrielle, avec la transition énergétique, mais surtout, il faut en discuter avec les travailleurs pour mettre socialement les choses en place. Si on avait fait de la politique écologique dans les années 2000, on aurait peut-être avancé sur ces questions. Aujourd’hui, on nous parle de fermer des sites.

    Quel avenir pour Fibre Excellence à Saint-Gaudens et à Tarascon ?

    F.S. : à Tarascon, la seule organisation syndicale qui avait proposé la nationalisation temporaire le temps qu’on trouve un repreneur, de faire des investissements pour modifier les sites industriels pour faire de la pâte à papier plus valorisée, c’est FO. Aujourd’hui, il y a liquidation. à Saint-Gaudens, la Région Occitanie et d’autres organisations syndicales la demandent. On continue à suivre ce dossier. Ce qu’on dit au ministre de l’Industrie, c’est : trouvez un papetier et nous, avec la Région Paca, la CCI d’Arles, on trouvera des investisseurs. Ce sont 270 familles qui sont concernées. Et à Tarascon, retrouver un emploi… C’est déjà un désert industriel ! Nous sommes toujours dans les starting-blocks. Il n’y a pas plus tard que deux jours, nous avons interpellé le préfet. La bataille ne peut pas être finie. Il y a eu des investissements, si ça s’arrête, c’est de l’argent jeté par les fenêtres.

  • Amine Kessaci prêt à quitter la présidence de Marseille Habitat

    Amine Kessaci prêt à quitter la présidence de Marseille Habitat

    à la sortie de la salle vitrée du conseil d’administration de Marseille Habitat, Amine Kessaci le concède : « Ce n’est pas un moment très joyeux que de voir ses collègues voter contre nous. » Ce mardi après-midi, le très jeune président (EELV) du bailleur social de la Ville a essuyé un double camouflet, avec le refus des cinq autres élus marseillais (parmi les onze administrateurs) qui siègent dans l’instance d’approuver la nomination d’une nouvelle directrice générale, puis, dans la foulée, de laisser Amine Kessaci assurer lui-même l’intérim à cette fonction.

    Deux mois après l’éviction de l’ancien directeur général, Frédéric Pâris, la municipalité n’a en effet découvert que vendredi, au moment de l’envoi de l’ordre du jour du conseil d’administration, le profil de celle qui avait été sélectionnée pour lui succéder : l’ancienne directrice juridique de 13 Habitat. De quoi susciter des inquiétudes au sein de l’hôtel de ville, alors que le bailleur social du Département des Bouches-du-Rhône était pris dans une tourmente judiciaire. Malgré tout, le quatrième adjoint au maire a décidé de maintenir une candidature qu’il savait vouée à l’échec, et pour laquelle il a été le seul à voter favorablement.

    « Ce profil m’a été présenté par un cabinet de recrutement indépendant, qui a mené plus de 89 études sur des candidatures », défend Amine Kessaci, qui indique avoir agi « en conscience ». « Le jury de recrutement que nous avions réuni, la semaine dernière, n’avait soumis aucune alerte sur cette candidate, j’ai moi-même vérifié chacun des points », assure-t-il.

    « Aux côtés du maire »

    Alors, face à la presse présente à l’issue de la séance, il annonce : « Je tire les conséquences de cet échec au conseil d’administration et je présenterai dès ce soir au maire de Marseille ma démission de Marseille Habitat. Ce sera à lui seul de décider s’il l’accepte ou non. » Déclaration qu’il n’avait pas présentée dans le huis clos du conseil. « Je continuerai mon travail à Marseille, aux côtés du maire Benoît Payan », promet-il.

    En début de soirée, la municipalité phocéenne indiquait cependant que ni le maire, ni le conseil d’administration de Marseille Habitat n’avaient reçu « aucune démission formelle ». « Au vu de la situation délicate, des choix et des déclarations d’Amine Kessaci cet après-midi, un entretien avec le maire sera programmé la semaine prochaine pour évoquer sa proposition de démission et l’avenir du bailleur, dont le bon fonctionnement et la poursuite des projets sont la priorité de la municipalité », indique la Ville par communiqué. Tandis que le jeune militant contre le narcotrafic regrettait de ne pouvoir parler de la rénovation de 169 logements à la Paternelle, le bailleur doit aussi mener à bien sa recapitalisation. Quant aux agents, le syndicat CFTC discute d’une possible mobilisation en soutien au président de Marseille Habitat.

  • Les travailleurs crient leur colère sur le pavé

    Les travailleurs crient leur colère sur le pavé

    D’un côté, la communauté de l’enseignement supérieur et les étudiants devant la fac Saint-Charles. D’un autre, des soignants du public et du privé venus de toute la région à la Porte d’Aix. Enfin, des travailleurs de l’énergie, réunis en intersyndicale, qui donnent de la voix devant la préfecture… La première journée de grève et d’actions de cette « rentrée sociale » a tenu toutes ses promesses, ou presque.

    Si la manifestation régionale du secteur de la santé, qui s’est élancée de la Porte d’Aix, n’était pas massive, avec 5 000 manifestants selon l’UD CGT 13 contre 900 selon la préfecture de police, les participants avaient tout de même la fougue des grands jours.

    « On sent que la colère monte, beaucoup de professions ont rejoint l’appel à la mobilisation, qui venait de la santé à l’origine. Il y a quelque chose qui est en train de se passer : les salariés veulent qu’on parle de leurs conditions de travail, de leurs salaires », analyse Marc Pietrosino, secrétaire général de l’UD CGT 13, alors que le cortège bat le pavé en direction de la préfecture.

    Et quel cortège : rares sont les fois où les drapeaux de la CGT de l’hôpital d’Avignon peuvent s’agiter aux côtés de ceux de l’hôpital Sainte Musse de Toulon, des hôpitaux marseillais ou de leurs homologues alpins. Cortège qui a d’ailleurs été renforcé par une partie des étudiants et enseignants-chercheurs (lire page 5). De quoi contraster avec les conditions de travail dénoncées par les soignants. « Partout le constat est le même : nous sommes au bout du rouleau. La réalité de notre quotidien c’est la maltraitance institutionnelle, celle qu’on fait subir aux usagers et aux patients par manque de moyens, de temps, de personnel », résume Sylvie Berger, secrétaire générale de l’USD 13, organisation rassemble des syndicats d’une multitude de structures de la santé et du médico-social.

    Il fallait aussi compter sur des coupures de courant dans le centre-ville, qui rappelaient étrangement les actions des énergéticiens pendant la dernière réforme des retraites, bien qu’elles ne fussent pas revendiquées par la CGT Énergie cette fois. Les travailleurs des industries électriques et gazières ont d’ailleurs plus que bien répondu à l’appel à la grève. « On a des pourcentages records de grévistes : 100% à Enedis sur Marseille, 90% à 100% de grévistes au niveau national dans les centrales nucléaires. Même pendant la réforme des retraites, on n’avait pas vu ça », se félicite Renaud Henry, secrétaire général de la CGT Énergie Marseille, à la sortie d’une rencontre en préfecture.

    En espérant que le gouvernement ait bien reçu ce premier avertissement. « Si le gouvernement et nos directeurs restent sourds à nos légitimes revendications, nous donnerons des suites. Le 29 septembre et au-delà, nous amplifierons les mobilisations en radicalisant nos modalités d’actions », tonne Lionel Zaouati pour la fédération CGT des organismes sociaux.

    Stéphanie Fuentes – Déléguée CGT GMR Provence-Alpes du Sud, Marseille

    « Le tarif agent est un élément fondamental de notre statut et de notre histoire, acquis à la création d’EDF-GDF en tant qu’entreprise nationalisée. Le gouvernement le présente comme un privilège, mais ce n’est pas un cadeau, c’est un acquis social déclaré et on paie des cotisations sociales dessus. Il rappelle que l’électricité n’est pas un bien de consommation, mais un bien de première nécessité que tous les citoyens paient au même prix. Lever le tarif agent ne fera pas baisser la facture des usagers. C’est important de le dire. On ne veut pas que modèle social IEG soit le trophée de Macron. »

    Ch. C.

    Sébastien Cresp – Élu CGT Storengy, Manosque

    « Ce tarif agent a été créé pour compenser le manque à gagner qu’il y avait par rapport au privé. Si ce point-là est attaqué, derrière c’est la porte ouverte à la possibilité de pouvoir modifier le statut, malgré le fait qu’il y a déjà de grosses attaques par rapport au régime des retraites, avec les nouveaux embauchés qui, depuis septembre 2023, ne cotisent plus à la même caisse. On est pour un vrai service public. On laisse des quartiers entiers sans électricité pendant des heures, voire des jours. Avant, ça n’existait pas. Il aurait fallu créer de l’emploi qu’on n’a pas créé. »

    L.D.

    Jems Condaminet – Secrétaire général de CGT Mines-Énergie 05, Gap

    « Perdre le tarif agent, c’est perdre un deal gagnant-gagnant pour les salariés, les entreprises et les usagers. C’est un secteur où, à l’heure de la transition énergétique, on a besoin des salariés, qui sont mis à disposition 24 heures sur 24. C’est un métier à risque, mais il n’y a pas de prime de risque. C’est le tarif agent qui compense. Il garantit aux salariés un certain pouvoir d’achat, et permet aux employeurs de ne pas augmenter leur masse salariale. Ce qui, au bout du compte, allège la facture énergétique des usagers. » A.D.L.

    Loïc Perez – Délégué du personnel IME Folke Bernadotte Croix-Rouge, La Seyne-sur-Mer

    « Ça fait des années qu’on n’est pas reconnu au niveau humain et salarial. La dernière fois que la Croix-Rouge a augmenté la valeur du point, elle est passée de 4,48 à 4,61. Des broutilles… On veut un salaire pour vivre décemment et à la hauteur de nos missions. On accueille des profils de plus en plus complexes, sans moyen supplémentaire : la prise en charge et les conditions de travail en pâtissent. On nous dit qu’on nous entend, mais sur notre dernier débrayage, notre directeur n’est même pas venu à nous. On le vit comme du mépris. » Ad.B.

    Didier Gori – Ingénieur, secrétaire régional du SNTRS CGT, Marseille

    « On se mobilise pour mettre en avant les problématiques budgétaires des établissements universitaires et les organismes pour le financement de la recherche. Au CNRS, on est sur une 3e année de budget déficitaire. C’est-à-dire que la subvention d’état ne couvre pas les dépenses, ce qui oblige le CNRS à utiliser les crédits de fonctionnement des labos et compromet son activité de recherche scientifique. Sur le budget 2027, on parle encore d’un déficit de 200 à 250 millions, qui va s’accompagner d’une réduction de postes d’ingénieurs et techniciens. »

    Ch. C.

    Nathalie Blasco – Co secrétaire de l’USD CGT 83, Var

    « Je travaille dans un Ehpad privé du Var et le problème, c’est qu’on n’arrive plus à respecter les patients et usagers, tant c’est dur. Le manque de moyens provoque une désertification de la profession et une perte de sens des métiers du soin. Ce qui provoque une colère en moi, c’est le mépris et l’absence de considération des politiques mises en œuvre. Le gouvernement avait promis une loi «grand âge» et elle est toujours dans les cartons… Alors qu’elle aurait un vrai impact si elle était faite correctement. »

    A.B.

    Sébastien Saint-Germain – Secrétaire CGT Mines- Énergie 83, Toulon

    « Le gouvernement nous impose un recul social via des recommandations injustifiées de la Cour des comptes. Le pouvoir d’achat diminue de plus en plus et la colère monte. En plus, ça n’impacte pas les usagers, seulement les agents. Il faut retrouver une vraie justice sociale dans ce pays. À la CGT, on reste convaincus que ça passe par la lutte, c’est grâce à ça qu’on a eu tous nos acquis sociaux. Même s’il y a de la négociation, ça reste de l’absurde négociation et ce n’est plus possible. On n’est plus écouté et il va falloir qu’on agisse tous ensemble. »

    Ad.B.

    Cathy Larsson – Secrétaire générale USD 84, Avignon

    « Manque de personnels, des conditions de travail pourries, une canicule intenable cet été, des fermetures de lits… C’est ça, notre quotidien ! Et avec le prochain budget qui s’annonce, on ne peut qu’être dans la rue, car on va encore devoir faire face à des restrictions budgétaires. Mais ce qui m’énerve le plus, c’est la condescendance du gouvernement envers les agents et les travailleurs de la santé et du médico-social. On nous dit qu’on est utiles, tout en nous regardant de haut, mais on ne nous donne pas les moyens pour qu’on travaille correctement. Regardez le point d’indice qui est gelé depuis des années ! Il y a un double discours et une grosse différence entre les paroles et les actes. »

    A.B.

    Anne-Laure Collado- Infirmière, secrétaire CGT à l’hôpital de Digne, Digne-les-Bains

    « On est là pour demander des moyens à travers le vote du budget de la Sécurité sociale. Le gouvernement ne donne aucun moyen aux services publics et, en ce qui me concerne, à l’hôpital public, avec tout ce que cela entraîne de difficultés d’accès aux soins pour les usagers et de conditions de travail très dégradées pour les soignants. On est dans une logique où la santé devrait rapporter de l’argent, sauf que le service public est un service rendu à la population, ce n’est pas une entreprise du CAC 40… On a moins de lits, moins de moyens, notre travail perd du sens, on nous parle de normes médico-économiques, on n’est plus du tout dans le «prendre soin» des gens. On perd le sens de notre métier. »

    Ch. C.

    Greg Fontaine – Infirmier, CGT AP-HM, Marseille

    « Les salariés de la santé et de l’action sociale sont épuisés. Épuisés par le manque de moyens et une politique libérale qui asphyxie nos établissements. Nos hôpitaux se transforment en entreprises et cela dégrade la qualité des soins. On est tellement étranglés par l’austérité que ça devient difficile de savoir ce qui nous met en colère. Je vais prendre un exemple : pendant les crises comme la canicule, on compte des milliers de morts qu’on qualifie, dans le jargon médical, de morts «évitables», c’est-à-dire qu’elles n’auraient pas eu lieu si notre système de santé fonctionnait normalement. C’est en lien avec nos revendications : il y a une urgence absolue à avoir un minimum de moyens pour soigner correctement ».

    A.B.

  • Le service militaire sous l’héritage de la Résistance

    Le service militaire sous l’héritage de la Résistance

    Le nom d’Henri Fertet, Résistant fusillé en 1943 alors qu’il n’avait que 16 ans, a été attribué par le président de la République, Emmanuel Macron, à la première promotion du nouveau service national militaire, ce mardi 15 septembre, à Orange.

    Le premier d’une longue série de « baptêmes ». Il a en effet été décidé que chaque promotion de ce service national porterait désormais le nom de l’un des 1 038 « compagnons de la Libération ». « Militaires, civils, venus de tous les horizons, illustres comme anonymes, ils avaient fait le choix de la France et de la liberté, le choix de servir plutôt que subir », a expliqué le Président.

    C’est sur la place d’armes de la base aérienne 115, devant les cent premiers volontaires du dispositif, que l’annonce a été faite. D’ici à la fin de l’année, ils seront au total 300 volontaires à la Cité des Princes. 300 autres sont attendus sur la base aérienne d’Évreux (Eure), avec un objectif de 10 000 volontaires d’ici à 2030.

    Ingénieur et architecte

    « Votre époque n’est pas la sienne, votre mission ne sera pas la sienne, mais le choix qu’il fit, celui de servir la France et de défendre sa liberté, fait écho à votre engagement », a déclaré Emmanuel Macron lors de son discours, après une Marseillaise et après avoir salué les quelques centaines de militaires présents. « Henri Fertet écrivait : “Je veux une France libre et des Français heureux”. Des mots simples qui nous rappellent que si la liberté est le legs des générations qui nous ont précédés, il nous revient de la préserver, cultiver et propager. La liberté n’a de sens que dans la mesure où elle offre à chacun de vivre, d’espérer, de construire son avenir », a poursuivi le chef de l’État.

    Pour le porte-parole de l’armée, le colonel David Pappalardo, le lien avec la Résistance s’explique avant tout par le fait que « les jeunes sont mus par cette même motivation » qu’Henri Fertet, même si « le contexte est différent ». Il évoque ainsi un contexte géopolitique « qui ne manque pas d’actualité chaude, que ce soit sur le front Est de l’Alliance nord atlantique ou au Proche et Moyen-Orient ». Toutefois, il insiste sur la nécessité de « décorréler de cet engagement, qui est vraiment citoyen », de ces tensions internationales.

    Lors de sa visite, le Président a assisté à différents ateliers destinés à illustrer les entraînements quotidiens de la formation initiale des participants. Au programme : un « atelier de combat » avec des séquences de combat rapproché utilisant des armes factices, suivi d’exercices de montage et de démontage de fusils d’assaut, puis d’une séance de marche au pas.

    Parmi les volontaires figurent des profils variés, dont 38% de femmes à ce jour. L’aviateur Marius, 25 ans, et l’aviatrice Marie, 23 ans, présentés à plusieurs journalistes, font partie de ceux disposant d’un haut niveau d’études. Le premier est étudiant à l’Institut supérieur de l’aéronautique et de l’espace de Toulouse. Pour lui, ce service national tient en quelque sorte lieu de stage, puisqu’il lui « permet de démarrer des processus d’habilitation qui seraient intéressants dans la suite d’un parcours professionnel ». Il ajoute envisager de rester réserviste à l’issue de ces dix mois de service, avant d’étudier d’autres opportunités. Marie est originaire de l’île de la Réunion et sort tout juste d’un master 2 en architecture bioclimatique. Elle devrait intégrer le service d’infrastructure de la Défense. « Ce qui m’a motivée, c’est de pouvoir travailler dans mon domaine d’études », précise-t-elle, avant d’ajouter qu’intégrer l’armée était son rêve.

    « Servir
    la France fait écho à votre engagement »

  • Amine Kessaci va présenter sa démission de la présidence de Marseille Habitat

    Amine Kessaci va présenter sa démission de la présidence de Marseille Habitat

    «Je tire les conséquences de cet échec au conseil d’administration et je présenterai dès ce soir au maire de Marseille ma démission de Marseille Habitat», a annoncé à la presse l’adjoint (EELV) Amine Kessaci, président du bailleur social de la Ville, ce mardi après-midi. Lors de la courte séance, il avait été le seul à voter en faveur de la candidate retenue pour remplacer l’ex-directeur général Frédéric Pâris, révoqué le 7 juillet dernier. Les cinq autres administrateurs de la municipalité ont tous votés contre la candidature de la directrice juridique du bailleur départemental 13 Habitat.

    «Cette candidature m’a été présentée par un cabinet de recrutement indépendant qui a mené plus de 89 études sur des candidatures», défendait le jeune président, balayant toute alerte sur son profil. Il a lui-même proposé sans succès de cumuler les fonctions de directeur général par interim, «ce qui a été fait dans l’histoire de Marseille Habitat à plusieurs reprises et ce qui viendrait faire économiser 100 000 euros de salaires», expliquait-il, ne réclamant ni indemnité ni véhicule de fonction. Et de rappeler le travail réalisé pour rénover les logements de la Paternelle, «prisonniers de ce système de la narcocratie».

    «Les représentants de la Ville ont donné leur position, qui est celle du maire», se bornait à commenter parmi les élus municipaux Patrick Amico (GRS) à l’issue du conseil d’administration, lors duquel Amine Kessaci n’a pas évoqué sa démission. «La Ville prend acte de la demande de démission», indique de son côté la municipalité.

  • Des manifestations un peu partout dans la Région

    Des manifestations un peu partout dans la Région

    Depuis 2 heures du matin à FOS

    « L’Union européenne coule nos bateaux et Paris regarde ». Depuis 2h du matin, des pêcheurs professionnels venus d’Occitanie et des Bouches-du-Rhône bloquent le dépôt pétrolier de Fos pour dénoncer l’impossibilité de travailler avec les prix du carburant actuel. En outre, ils dénoncent une réglementation en constante évolution et trop contraignante.

    Ils demandent à rencontrer le préfet de région et la Dirmed.

    De 8h à 10 heures à la Seyne-sur-Mer

    Un tiers des employés de l’IME Folke Bernadotte de la Croix-Rouge française à la Seyne-sur-Mer ( 21 sur 60 employés, un chiffre record pour la structure) ont répondu à l’appel de la CGT et se sont mobilisés devant leur établissement pour une débrayage de deux heures, de 8h à 10h, afin de réclamer une hausse de leurs salaires. « La dernière fois que la Croix-Rouge a augmenté la valeur du point, en 2022, elle est passée de 4,48 à 4,61 euros, donc des broutilles. On aimerait simplement un salaire à la hauteur de nos responsabilités, de nos missions, pour vivre décemment », résume Loïc Perez, délégué du personnel et représentant CSE.

    10h à Fos

    L’évacuation se termine. Plusieurs pêcheurs échangent sur la possibilité de revenir demain.

    10h37 à Marseille devant la faculté Saint-Charles

    Les personnels de la recherche se rassemblent devant la faculté Saint-Charles, à Marseille, à l’occasion de la rentrée du Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche (Cneser). À l’appel du SNTRS-CGT, du SneSup FSU, de la CFDT, Sud Solidaires, ils dénoncent des budgets jugés insuffisants pour les organismes de recherche, le gel des salaires dans la fonction publique, ainsi que le projet de rapprochement entre l’Institut recherche et développement et le CNRS.
    Ils prendront la direction de la Porte d’Aix dans quelques minutes.

    Mais aussi, devant la direction des services de l’éducation nationale

    Avant la manifestation qui doit partir à 11h de la Porte d’Aix, un rassemblement se tient devant la direction des services de l’éducation nationale des Bouches-du-Rhône à Marseille. À l’appel de la CGT Éduc’action, on y retrouve des militants de l’UD CGT 13 mais aussi d’autres syndicats. Les facteurs de la plateforme des Docks sont aussi de la partie.

    Depuis 10 heures, rassemblement à Gap devant ENEDIS

    Une soixantaine de salariés des industries électriques et gazières (IEG) sont réunies depuis 10h devant Enedis à Gap à l’appel de l’intersyndicale (CGT, FO, CFDT et CFE-CGC). Ils dénoncent le projet de réduction du tarif agent dont ils bénéficient, la dégradation des conditions de travail et le montant des dividendes aux actionnaires.

    Les étudiants partent de Saint-Charles vers la porte d’Aix

    L’intersyndicale de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche et l’Union Étudiante qui protestent contre « la suppression des APL pour 200 000 étudiants » et s’oppose à la « mise en place des frais d’inscription racistes pour exclure les étudiants étrangers », dénonce-t-elle avant de s’élancer direction de la Porte d’Aix.

    « Du fric, du fric, pour nos services publics, pas pour l’armée ni pour les flics ». A Marseille le cortège de l’intersyndicale de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche et l’Union Étudiante parti de la fac Saint-Charles descend la canebière en direction de la Porte d’Aix. Dans la rue des passants applaudissent sur leur passage.

    11 h à Avignon

    Rassemblement pour la sauvegarde de la crèche du Centre Hospitalier d’Avignon

    Devant la Préfecture de Vaucluse

    Journée de grève et de mobilisation dans les Industries Électriques et Gazières pour la défense du statut, des conquis sociaux et du service public. Plus de 200 manifestants CGT des I.E.G rassemblés devant la Préfecture de Vaucluse ce matin.

    Et aussi les étudiants :

    A Avignon, à l’appel de l’union étudiante, une manifestation est partie depuis le campus du centre ville à destination de la cité administrative. Parmi les revendications, le refus de la possible suppression des APL, « qui touchent 60% » des étudiants.

    Les salariés de Storengy sont mobilisés depuis ce matin devant le site de Géométhane, à Manosque.

    L’objectif de la mobilisation est de « faire en sorte que la journée soit morte », à l’appel de la CGT et de FO. Les entreprises extérieures sont empêchées d’accéder au site. Des délégations seront reçues à Bercy à 15h. La suite de la mobilisation sera décidée en fonction des réponses apportées par Bercy. L’intersyndicale se rencontrera demain matin pour fixer un calendrier pour Storengy. L’entreprise de stockage souterrain de gaz naturel compte 66% de grévistes au niveau national.

    Var et Vaucluse côte à côte pour défendre la santé

    Pour la manifestation régionale des travailleurs de la santé et de l’action à Marseille, les soignants du Var comme du Vaucluse sont côte à côte.

    11h30 Convergence des luttes vers la Préfecture

    La manifestation de la santé est partie de la porte d’Aix à Marseille en direction de la préfecture pour rejoindre les agents de l’énergie. Des soignants de toute la région ont fait le déplacement et plusieurs autres professions sont aussi dans la rue comme les chercheurs de l’enseignement supérieur ou encore des agents des organismes sociaux.

    À la centrale combiné gaz EDF de Martigues, la grève démarrée dans la nuit a entraîné la mise à l’arrêt d’une des deux turbines, l’autre étant en panne.

    « Nous nous battons autant pour notre statut d’agent des Industries électriques et gazières (IEG) que pour les tarifs des usagers » affirme Stéphanie Villeton, secrétaire du syndicat CGT de la centrale. En cause, la remise en question du tarif de l’électricité pour les agents, pointé du doigt par la Cour des comptes. « Certains nous mettent en opposition, alors que nous défendons le service public « insiste la syndicaliste. « On ne le dit jamais, mais le tarif agent est soumis a déclaration et à l’impôt comme un avantage en nature « indique-t-elle.

    Mais à Martigues, l’avenir du site inquiète également les agents. « Nous n’avons jamais eu de réponse tranchée « resitue Stéphanie Villeton, « on nous dit qu’on aura toujours besoin de nous, mais en même temps qu’il n’y a pas de certitude après 2030-2031 et que c’est à ce moment là que la question se posera pour un fonctionnement éventuellement jusqu’en 2040 » conclut la responsable.

    12h30 Tous devant la préfecture à Marseille

    L’Union départementale CGT 13 annonce 5000 participants à la mobilisation du jour, la préfecture de police en décompte 900.

    Dans le Var, à Fréjus et à Toulon, plusieurs centaines de salariés se sont mobilisés jusqu’à 15h sur les sites d’Enedis et EDF.

    Pour protester contre la remise en cause des statuts et notamment des tarifications spéciales dont bénéficient les agents plusieurs centaines de salariés se sont mobilisés. Mais pour Filipo Signorino Gelo, animateur de la coordination des retraités CGT d’EDF, le mobile de la colère n’incarne que les prémices d’une situation beaucoup plus large et latente : «Depuis que je suis rentré à EDF, les attaques sont perpétuelles, elles reviennent toujours en boucle, toujours envers le statut. On a eu l’attaque sur notre régime spécial de retraite, il se prépare aussi une attaque sur notre régime spécial de sécurité sociale. Il faut bien comprendre que l’attaque, n’est pas simplement, comme on essaie de le faire, contre le tarif préférentiel, mais contre un statut, un modèle social.»

  • Au Peyrou, un éclairage qui « révèle le patrimoine tout en préservant la nuit »

    Au Peyrou, un éclairage qui « révèle le patrimoine tout en préservant la nuit »

    « C’est un projet européen inédit sur la question de l’éclairage public la nuit. Le but est d’explorer une nouvelle manière de mettre en valeur le patrimoine culturel dans nos villes européennes en faisant de l’obscurité une richesse », résume Clare Hart, vice-présidente de la Métropole de Montpellier déléguée au rayonnement international et à la coopération européenne.

    Aux côtés de quatre autres sites pilotes en Europe : Oulu (Finlande), Tallinn (Estonie), Copenhague (Danemark) et Bologne (Italie), Montpellier a été choisie pour expérimenter, sur la promenade du Peyrou, le projet européen « Art of Darkness ». Coordonné par l’université d’Oulu et entièrement financé par l’Europe, ce projet de recherche-action, qui s’étend sur trois ans (janvier 2025-janvier 2028), propose une nouvelle approche de la mise en lumière afin de révéler le patrimoine tout en préservant l’obscurité, bénéfique pour la biodiversité, sans dégrader le sentiment de sécurité des visiteurs.

    Au Peyrou, l’expérience a débuté le 7 septembre et doit se poursuivre jusqu’au 21. Le dispositif Art of Darkness a été installé sur la moitié du parc, côté rue Pitot, tandis que l’autre moitié conserve son éclairage habituel. Cette configuration permet de comparer les deux ambiances. Des affiches installées aux deux entrées principales présentent le projet et invitent les visiteurs, via un QR code, à participer à l’évaluation et à donner leur avis. Car l’enjeu dépasse la seule question technique de l’éclairage. L’idée est de faire évoluer les perceptions. « On est sur une approche très participative », insiste Clare Hart.

    « Un changement

    de paradigme »

    Avec ses partenaires européens, Montpellier cherche à montrer qu’une baisse de la luminosité peut être compatible avec le confort et le sentiment de sécurité. « On amène un changement de paradigme chez le public », estime l’élue. « Avec ce projet, on espère aussi mieux mettre en valeur des éléments patrimoniaux de ce site un peu iconique de Montpellier et sensibiliser le public aux enjeux de la préservation de l’obscurité. Quand on éteint la nuit, on permet à la biodiversité de reprendre ses droits », souligne Clare Hart. « L’idée est de montrer que l’utilisation de la lumière peut révéler le patrimoine tout en préservant la nuit. »

    Le Peyrou représente une nouvelle étape après les expérimentations menées dans le cadre du plan Lumière montpelliérain. Clare Hart cite notamment la Comédie et l’Esplanade, où la luminosité a été fortement réduite après la requalification de ces deux sites, entraînant, du même coup, une diminution de 60% de la facture énergétique les concernant. Et selon les retours recueillis, « le public adhère totalement », assure Clare Hart. Le choix du Peyrou n’est pas anodin. Ce parc est à la fois un lieu patrimonial emblématique de la ville, un espace de rencontre et un lieu de passage. L’expérimentation doit permettre de tester une ambiance « beaucoup plus intimiste, plus douce » et d’inviter les Montpelliérains à s’approprier autrement ce lieu à la nuit tombée.

    Ce projet innovant est mené avec l’université Paul-Valéry, notamment son laboratoire de psychologie Epsylon. L’École nationale supérieure d’architecture de Montpellier participe, quant à elle, à l’évaluation du dispositif et à la conception lumineuse. Le 18 septembre, « les différentes parties prenantes seront conviées à une visite du dispositif sur la zone témoin du Peyrou afin de contribuer à son évaluation », indique Clare Hart. Une fois l’expérimentation terminée, fin septembre, les résultats montpelliérains comme ceux des autres villes pilotes seront transmis au consortium de chercheurs chargés de construire le modèle Art of Darkness. Car l’expérimentation ne doit pas rester sans lendemain. « Si le public adhère, d’autres expériences et débats pourront être organisés. » Derrière cette expérimentation se dessine ainsi une réflexion plus large sur la ville de demain. « On est fier de pouvoir travailler à l’échelle européenne sur ce type de projet », souligne Clare Hart. « Ça sert à ça aussi, l’Europe, c’est un énorme think tank pour penser la ville de demain. »

    Amélie Goursaud

  • [Entretien] Hélène Donnadieu-Rigole, CHU de Montpellier : « Des complications qui peuvent être très sévères »

    [Entretien] Hélène Donnadieu-Rigole, CHU de Montpellier : « Des complications qui peuvent être très sévères »

    La Marseillaise : Qu’est-ce que le protoxyde d’azote et pourquoi sa consommation s’est-elle banalisée ?

    Hélène Donnadieu-Rigole : Le protoxyde d’azote est un gaz qui s’inhale et qui, historiquement – c’est toujours le cas aujourd’hui – est utilisé à visée médicale. Il a notamment un effet antalgique et provoque une euphorie lorsqu’il est inhalé. On l’utilise pour certains pansements, certains soins dentaires et beaucoup en pédiatrie. Il permet de placer le patient dans un état un peu second, sans recourir à une anesthésie générale, afin d’effectuer des soins potentiellement douloureux. C’est aussi le gaz utilisé pour faire monter la chantilly. Tout cela en fait initialement une substance perçue comme anodine : quand on imagine une substance utilisée en pédiatrie ou à usage alimentaire, cela contribue à la banaliser.

    Depuis quand son usage est-il détourné ?

    H. D.-R. : Depuis très longtemps. Il a d’abord été présent dans le milieu soignant et dans le milieu festif. Dans les fêtes estudiantines de l’enseignement médical, par exemple, il pouvait y avoir du protoxyde d’azote à visée festive. Il a également été beaucoup utilisé pendant une période dans les free parties, qui s’en sont ensuite détournées notamment en raison de son caractère peu écologique. Puis, il y a cinq à dix ans environ, sont apparues les premières alertes concernant de très jeunes consommateurs, parfois dès la fin du collège. C’est une autre communauté qui s’est mise à utiliser le protoxyde d’azote sous forme de « ballons ».

    Pourquoi le protoxyde d’azote séduit-il particulièrement les plus jeunes ?

    H. D.-R. : L’effet est un peu « alcool-like », mais très court. Le protoxyde d’azote provoque une euphorie, une sensation d’ébriété et de gaieté qui s’estompent rapidement. Ensuite, la personne peut rentrer chez elle sans séquelle visible. Contrairement à l’alcool, il n’y a pas d’haleine caractéristique ; contrairement au cannabis, il n’y a pas de signe facilement repérable, comme l’hyperémie conjonctivale [le phénomène des « yeux rouges », Ndlr]. Un jeune peut donc consommer une substance psychoactive à visée récréative puis rentrer chez lui sans que son entourage ne constate quoi que ce soit.

    Quels sont les dangers immédiats liés au protoxyde d’azote ?

    H. D.-R. : Les principales problématiques sont des malaises, des pertes de connaissance et ce qu’on craint énormément aussi, ce sont des personnes qui conduisent en ayant consommé des « ballons ». Sachant que ces risques sont clairement majorés par la polyconsommation. Si l’on associe le protoxyde d’azote à de l’alcool, du cannabis ou d’autres substances, on augmente les risques de complications aiguës.

    Et quels sont les risques lorsqu’une consommation devient régulière ?

    H. D.-R. : La régularité augmente le risque de développer une addiction et des phénomènes de tolérance, c’est-à-dire le fait de devoir augmenter les quantités consommées pour obtenir les mêmes effets. La semaine dernière, j’ai reçu en consultation une jeune personne qui consommait vingt bonbonnes par jour. Ça veut dire qu’il n’y a plus de place pour quoi que ce soit d’autre. On est enfermé dans sa chambre et on fait des « ballons » à longueur de journée, avec des pertes de connaissance répétées, un détachement de la réalité complet, etc.

    Quelles sont les principales complications à long terme ?

    H. D.-R. : Il y a notamment les troubles neurologiques. On observe une atteinte à la fois périphérique et centrale du système nerveux. L’inhalation régulière et excessive de protoxyde d’azote va empêcher d’agir une vitamine indispensable au bon fonctionnement des nerfs. Cela entraîne une destruction de la conduction nerveuse, à la fois au niveau central et périphérique. C’est ce qui peut provoquer les paralysies périphériques, les paraplégies, tétraplégies ou paraparésies, mais aussi des troubles neurocognitifs lorsque le système nerveux central est atteint.

    Depuis un ou deux ans, nous observons également des manifestations thromboemboliques : des caillots peuvent se former dans les vaisseaux sanguins et provoquer des thromboses veineuses ou des embolies pulmonaires. Il peut également y avoir des atteintes cérébrales avec des accidents vasculaires. Nous sommes donc face à des complications qui peuvent être très sévères. Et c’est essentiellement par l’intermédiaire de ces complications que nous avons découvert l’ampleur du phénomène. Cela nous a aussi fait prendre conscience que certaines personnes avaient développé une addiction. Car spontanément, peu de jeunes viennent consulter en disant : « J’ai une addiction au proto. » On a l’impression d’un frein à la consultation quand il s’agit uniquement du proto. Sur ce point, il faut qu’on s’améliore collectivement. Je pense que nous avons encore un gros travail à faire pour que des personnes concernées par un usage excessif voire une dépendance au protoxyde d’azote viennent d’emblée nous consulter, avant d’avoir les complications.

    A-t-on aujourd’hui une idée de l’évolution du phénomène ?

    H. D.-R. : Ce qui est sûr, c’est que les alertes sanitaires ont explosé ces dernières années, ce qui témoigne d’une consommation importante et de consommations problématiques. Ça ne veut pas dire que ça explose dans nos consultations. J’ai l’impression que ce phénomène a énormément diffusé jusqu’à ce que les complications aient été largement médiatisées. Je pense qu’on est actuellement sur une stabilité voire une décroissance des consommations, car beaucoup de jeunes connaissent désormais quelqu’un qui a eu un problème avec le proto ou en ont entendu parler. Il commence donc à y avoir une certaine crainte vis-à-vis de cette substance. Mais nous manquons de données pour mesurer précisément cette évolution.

    Faut-il davantage informer sur les risques ?

    H. D.-R. : Oui. Je pense qu’il faut associer au message strictement répressif que nous avons actuellement des messages de prévention. Des campagnes existent localement, notamment portées par des municipalités comme celle de Montpellier. Mais au niveau national, les messages portent surtout sur l’interdiction de vendre ou de détenir la substance. Il faut également des messages de réduction des risques, bienveillants. Des messages de prévention primaire : ce qu’il faut savoir avant de consommer ou comment éviter la consommation ; de prévention secondaire : j’ai consommé mais je n’ai pas de dommages ; et de prévention tertiaire : j’ai des dommages, qu’est-ce que je fais ? Cette logique devrait s’appliquer à l’ensemble des substances psychoactives, pas seulement au protoxyde d’azote.