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  • [Kallisté] La posidonie sur nos plages : pas de quoi bisquer !

    [Kallisté] La posidonie sur nos plages : pas de quoi bisquer !

    Chaque été, les feuilles brunes accumulées sur certaines plages corses provoquent les mêmes réactions. Elles sont parfois accusées de gâcher le paysage, de dégager une odeur désagréable ou de salir le sable. Pourtant, la posidonie n’est ni une algue ni un déchet, mais une véritable plante à fleurs qui pousse uniquement en Méditerranée.

    Sous la mer, elle forme de vastes herbiers, comparables à des forêts sous-marines. Ils oxygènent l’eau, stockent du carbone et offrent nourriture, abri et lieu de reproduction à de nombreuses espèces. Ils contribuent également à stabiliser les fonds marins.

    Comme les arbres perdent leurs feuilles, la posidonie renouvelle naturellement les siennes. Les feuilles mortes sont alors ramenées vers le rivage par les vagues et forment ce que l’on appelle des « banquettes ». En amortissant la houle et en retenant le sable, celles-ci constituent une protection naturelle contre l’érosion.

    Une espèce protégée qui protège les plages

    Leur présence est donc parfaitement normale et témoigne généralement de l’existence d’herbiers à proximité. Un rivage entièrement débarrassé de ses éléments naturels n’est pas forcément plus propre ni en meilleure santé.

    À Santa Giulia, près de Porto-Vecchio, deux opérations mécanisées ont récemment suscité des interrogations. Comme l’a indiqué Corse-Matin, elles avaient bien été autorisées. Cet épisode rappelle néanmoins que la posidonie est une espèce protégée, y compris lorsqu’elle est échouée, et que sa gestion doit rester strictement encadrée et adaptée à chaque site.

    Alors, si quelques feuilles brunes s’invitent au bord de votre serviette, inutile de bisquer : elles ne salissent pas le littoral. Elles racontent la vie de la Méditerranée et contribuent surtout à protéger nos plages.

  • [Chroniques méditerranéennes] Regard sur l’Espagne : de la communion nationale à l’indignité régionale

    [Chroniques méditerranéennes] Regard sur l’Espagne : de la communion nationale à l’indignité régionale

    La victoire de l’Espagne remportant la Coupe du Monde de football avec une équipe de jeunes, au jeu rigoureux et collectif, représentative d’une Espagne métissée, diverse, fraternelle, solidaire et cette victoire fêtée par tout un peuple heureux de communier, de se rassembler, laissant au vestiaire les différences, les animosités, l’individualisme, et sur la touche le racisme, donne de l’espoir à ceux qui désespèrent de l’être humain et déplorent la dérive vers un monde guerrier et fascisant.

    Ça, c’était en début de semaine. Mercredi, à peine trois jours plus tard, les tenants de la haine, les disciples de Trump, les propagateurs d’une idéologie nauséabonde, les champions de l’exclusion et du racisme qui jouent dans la même équipe que Marine le Pen et Jordan Bardella, se sont illustrés au parlement de la communauté autonome de Valencia en faisant voter, une première en Espagne depuis Franco, une loi régionale, indigne, de « Priorité nationale ».

    La droite (Parti Populaire) et l’extrême droite (Vox) votent donc la « priorité nationale » et les budgets qui vont avec dans cette communauté de 5,4 millions d’habitants. L’extrême droite dans toutes les régions où elle participe à l’exécutif essaye de faire adopter cette loi, alors qu’elle n’y parvient pas au niveau national. C’est donc par le biais des régions, que ce parti pro franquiste instille son poison raciste, et donc la communauté valencienne aura le triste privilège de mettre en place cette politique d’exclusion d’une partie de la population. Une région qui devient première au classement des champions de l’indignité régionale. Cette loi de « priorité nationale » défendue par Vox concerne notamment l’accès au logement et les aides sociales. Avec ces budgets votés ce mercredi c’est la troisième fois que votent ensemble la majorité constituée par le Parti Populaire et Vox depuis 2023. Voilà qui, après l’euphorie de cette belle fête autour de cette jeune et belle équipe d’Espagne, a de quoi rappeler la réalité politique du pays. D’une part une Espagne exemplaire en Europe, parce que progressiste et le démontrant en portant une politique volontariste, en faveur des migrants et des Palestiniens, une politique sociale dans le pays avec des avancées certes insuffisantes mais qui n’ont jamais été aussi loin, une Espagne qui refuse à Trump l’usage de ses bases pour bombarder les populations civiles en Iran, et d’autre part une droite et extrême droite qui mine le terrain de la démocratie, un PP qui jure qu’il ne s’alliera pas avec Vox pour gouverner au plan national, mais qui use de l’autonomie des régions pour expérimenter une alliance droite extrême droite déjà en place. Alors pour revenir à cet événement sportif, cette victoire, qui a enthousiasmé toute l’Espagne et bien au-delà, on se prend à rêver d’un monde sans guerres, humain et solidaire, je partage ce commentaire que j’ai relevé sur les réseaux sociaux après le match de la finale : « Ce soir, beaucoup de citoyens à travers le monde n’ont pas seulement vu onze joueurs en maillot rouge soulever une coupe : ils ont vu un symbole, une revanche, un petit moment où le récit du monde semblait pencher du côté des justes. » Mais aussi on a pu voir un grossier personnage, président des États-Unis déçu de la défaite de l’Argentine qui a voulu s’imposer sur la photo de l’équipe espagnole triomphante. Insupportable pour ce va-t’en guerre, obligé de remettre des médailles aux joueurs de l’équipe d’un pays qu’il ne supporte pas.

    Finalement, Trump fut « exfiltré » du champ des caméras, la fête a pu continuer pour les champions heureusement débarrassés de l’intrus. Encore une belle image porteuse d’espérance.

  • La Boîte à bijoux : nouvelle forme de soins au CHU de Montpellier

    La Boîte à bijoux : nouvelle forme de soins au CHU de Montpellier

    C’est la deuxième intervention au CHU de Montpellier pour la journaliste de Radio Clapas Laure Méravilles, qui s’est prise de passion pour le milieu hospitalier. « J’ai débuté en pédiatrie », explique celle qui a d’abord coordonné le projet sonore Portraits de doudous. Mêlant radio et photo, il donnait la parole aux enfants malades et à leurs doudous à travers une exposition et des podcasts. « Au moment du montage, je me suis questionnée sur ce que je devais faire des enregistrements de ceux qui n’étaient plus là. Je suis allée poser la question au service de soins palliatifs et c’est comme ça que s’est faite la rencontre », raconte-t-elle.

    Laure Meravilles s’est formée à la faculté de Médecine de Nîmes pour appréhender la relation avec les patients. « J’ai eu un coup de foudre pour la démarche et j’ai voulu décliner ce projet sonore et artistique chez les adultes », commente-t-elle. Inspirée par le récent modèle de biographie hospitalière, cette forme de thérapie où le professionnel et le patient construisent ensemble une biographie reliée remise à la famille après le décès, elle invente « l’audiographie » hospitalière. Durant plusieurs rendez-vous, Laure propose ainsi au patient de se livrer à propos d’un bijou qui lui appartient et d’évoquer un souvenir. Elle travaille ensuite avec Christelle Labrande pour construire le support photo de l’enregistrement qui sera remis à la famille du patient. « La voix enregistrée peut survivre à celui ou celle qui l’a portée », remarque Laure, qui veut faire de la voix radiophonique un lien entre le disparu et son entourage. « C’est une parole authentique, consentie et préparée par le patient lui-même. »

    Sylvie Galan, cadre de santé en oncologie à l’hôpital Saint-Éloi, a vu évoluer le projet. Très optimiste, elle le désigne comme un renforcement des soins de support, ces méthodes destinées à permettre une meilleure acceptation et prise en charge du patient et de sa pathologie. « C’est une thérapie, c’est un plus qui s’inscrit dans la globalité des soins proposés », affirme-t-elle. « C’est bénéfique pour les patients de parler à quelqu’un qui n’est pas du milieu médical, une relation de confiance se construit. Ils se sentent écoutés et valorisés », précise la cadre de santé.

    Humaniser les relations hospitalières

    Ce dispositif fait partie d’un large panel de soins narratifs proposés au CHU. Ces soins visent à placer le récit du patient et son écoute attentive au centre de la relation médicale, pour construire un lien plus humain et profondément empathique. « À mesure que le projet grandit, on élargit les sujets, les souvenirs à raconter et la conversation déborde », avoue Laure. Cette approche sur-mesure et très humaine est appréciée par les patients. « Je suis suffisamment à l’aise pour donner un bout de moi », confie Alexandra, patiente en oncologie. « Il y a le côté agréable de faire des rencontres et le côté agréable de se remémorer de jolis souvenirs » ajoute-t-elle. Lorsque Laure lui apporte son objet finalisé, elle est émue : elle l’offrira à sa fille.

    Le projet traduit l’alliance thérapeutique tissée entre les malades et les soignants dans le milieu hospitalier. C’est le cas de Jean-Luc, greffé du cœur en 2013 et aujourd’hui suivi en oncologie. Venu enregistrer sa photo sonore dans le studio de radio Clapas, il insiste sur sa reconnaissance envers le personnel qui a remplacé son cœur par un autre cette nuit du 31 décembre : « Je leur apporte un petit cadeau chaque année », assure-t-il. Jean-Luc est aujourd’hui engagé dans plusieurs associations et intervient dans les établissements scolaires pour parler de son expérience avec les professeurs des matières scientifiques. Il vient raconter ses tatouages et sa vie de greffé au micro : motard aguerri au look de rockeur, il porte une multitude de bagues sur lesquelles Laure le questionne. Cet enregistrement, il le fera pour raconter comment il a décidé de continuer à vivre, en explorant le monde sur sa moto.

  • [Week-end] Le camping Santa Gusta à La Ciotat, l’esprit camping, tous les étés

    [Week-end] Le camping Santa Gusta à La Ciotat, l’esprit camping, tous les étés

    Loin des polices minimalistes en vogue, l’enseigne du Santa Gusta porte les marques de son histoire. Installé sur la route de Toulon, reliant les communes de Saint-Cyr-sur-Mer et de La Ciotat, c’est dans un style cursif rétro que le camping vend son nom, vieux de plusieurs dizaines d’années. Nichés derrière une station-service abandonnée en bord de départementale, les lieux passent sans doute inaperçus aux yeux de nombreux passants qui, faute de s’être aventurés au-delà de la réception, ne découvriront jamais le splendide panorama qu’elle dissimule.

    Aux alentours de 13h30, le 14 juillet, la première esplanade du campement, construit en restanques, jouit de ce calme si propre à l’été provençal, bercé par l’assourdissant chant des cigales. Çà et là sont établies quelques caravanes, pour beaucoup portes closes, probables témoins d’une virée à la plage de leurs propriétaires. D’autres, peut-être influencés par les températures caniculaires, ont opté pour la sieste, tanqués sur leur transat placé sous les pins. Face à eux : une vue imprenable sur la baie de La Ciotat, aussi appelée Golfe d’Amour. Un peu plus bas, presque sur la plage, un couple déjeune sur son emplacement, observant les passants en balade sur la Corniche d’Arène-Cros.

    Port d’attache

    À quelques mètres, Roland s’affaire sur sa terrasse suréquipée : table en bois, chaise de salon de jardin, lavabo, transats en tout genre. Sa femme, qui n’a pas souhaité donner son prénom, est installée devant leur roulotte qui, dépourvue de roues, prend désormais des airs de mobil-home. « On vient ici depuis 1978 ! », s’exclame-t-il, comme une évidence. Lui et sa compagne sont en réalité des résidents de longue date. Originaires d’Aubagne, ils viennent chaque été passer leurs vacances en bord de mer. Autrefois présents de mai à octobre, ils séjournent désormais de juillet à la mi-septembre. « On est très attachés aux lieux. Notre fille a grandi ici, notre petit-fils vient aussi souvent nous rendre visite, s’émeut l’Aubagnais. C’est vrai que les choses ont quand même bien changé. Avant, c’était vraiment comme un quartier où tous les jeunes, et les vieux, se retrouvaient chaque été. Il y avait un esprit de bande. Aujourd’hui, il y a plus de touristes. Le campement est plus calme. Après, nous avons aussi évolué : on se couche moins tard, on fait moins la fête… »

    Pourtant, les allées du camping regorgent encore de quelques résidents permanents, ou au moins réguliers. En retrait du front d’eau, on trouve Jennyfer, attablée dans ce que l’on pourrait presque qualifier de petit jardin. « Bien sûr » qu’elle connaît Roland, « très bien même ». « Ça fait 32 ans que je le fréquente ! », ironise-t-elle. Installée à Marseille le reste de l’année, elle revient chaque été passer deux mois au Santa Gusta, ponctuellement accompagnée de ses enfants ou de ses amis. Ce qui lui plaît au camping : « Le calme, la tranquillité, la proximité avec la mer. » Mais aussi, bien sûr, « le fait d’avoir de bons voisins, car c’est ça, avant tout, l’esprit camping ».

    Un esprit également cher aux cœurs de Ginette, Simone et Marc, ce mardi-là postés ensemble sur la terrasse d‘un bungalow. « On profite du beau temps, de la plus belle baie du monde, mais aussi des amis qu’on s’est faits ici », s’enthousiasme Marc, originaire de Bordeaux, avant qu’un passant, Irek, lui venu des Ardennes, l’interrompe pour prendre de ses nouvelles, comme chaque année. L’an prochain encore, ils seront au rendez-vous.

  • [Week-end] Le jade, ce minéral absent du Costa Rica mais très utilisé il y a 2 000 ans

    [Week-end] Le jade, ce minéral absent du Costa Rica mais très utilisé il y a 2 000 ans

    Il y a environ 2 500 ans, les habitants de l’actuel Costa Rica se mettent à produire des objets en pierre verte : perles, pendentifs… et surtout des « dioses hachas » – des petites figurines rituelles les typiques de la région. Mais de quoi sont-ils faits ? La pierre verte peut aussi bien être du quartz, de la serpentine, du jade… « Difficile de le savoir à l’œil nu, admet Matthieu Ménager. Cela n’avait jamais été étudié précisément sur des objets au contexte archéologique connu. » C’est-à-dire des objets dont on sait l’origine et quand ils ont été produits. « Beaucoup ont été pillés, précise le chercheur à l’Université d’Avignon. Cela induit des biais et une perte d’information. »

    Avec ses collègues du projet MayaCosta, le chercheur a sélectionné plus de 900 objets au contexte archéologique clair, issus de 54 sites du Costa Rica et conservés dans deux musées : le Musée national du Costa Rica et le Muséum d’histoire naturelle de Carnegie, à Pittsburgh (États-Unis). Les analyses révèlent une variété de minéraux qui sont très souvent ceux présents sur place – la serpentine ou le quartz, par exemple. « Les artisans utilisaient principalement des matériaux disponibles localement qui ne semblent pas avoir été échangés d’une région archéologique à l’autre », pointe Matthieu Ménager. Sauf pour un minéral : le jade, pour lequel il n’y a pas de gisement au Costa Rica. « Les blocs et objets en jade venaient donc de plus loin et il existait des échanges inter-régionaux », ajoute le chercheur.

    Trois gisements

    Le jade était donc particulièrement apprécié. « Le côté symbolique a dû jouer, estime Matthieu Ménager. C’est une pierre qui était déjà importante chez les peuples olmèques. » C’est-à-dire il y a plus de 3 000 ans parmi ces populations établies sur la côte du Golfe du Mexique. Mais c’est aussi une pierre très dure aux coloris allant du vert au bleu. « Le bleu était très prisé des populations précolombiennes du Costa Rica », précise le chercheur.

    D’où vient ce jade utilisé par les populations costaricaines de l’époque ? « Il n’y a que trois gisements connus dans la région », relève Matthieu Ménager. Un au Guatemala, un en République Dominicaine et un autre à Cuba. Des glyphes sur les objets évoquaient une relation avec le Guatemala, à environ 1 000 kilomètres au nord-ouest, là où vivait une grande partie de la civilisation maya. « Nos analyses semblent confirmer cette origine », glisse le chercheur, précisant que l’étude est faite et l’article en cours de rédaction. « Peut-être ces objets en jade étaient-ils importés en échange de coquillages prisés des élites mayas : des espèces de spondyles absentes des côtes de la zone maya mais abondantes sur celles du Costa Rica, avance-t-il. Il nous faut encore confirmer cette hypothèse. » Tout comme il reste à éclaircir pourquoi, il y a 1 400 ans, le jade disparaît des objets façonnés au Costa Rica.

    REPÈRES

    MayaCosta

    C’est le projet financé par l’Agence nationale de la recherche dans le cadre duquel a été réalisée cette étude. Il vise à étudier les échanges de biens précieux entre Mayas et habitants du Costa Rica à l’époque précolombienne.

    Mayas

    Cette civilisation a vécu en Amérique Centrale, principalement dans les territoires correspondant au sud du Mexique, au Guatemala et à certaines parties du Honduras et du Salvador, sur environ 3 000 ans. L’arrivée des colons espagnols au XVIe siècle a bouleversé les sociétés mayas.

    Jade

    Depuis le Néolithique, cette pierre verte est utilisée pour faire des objets symboliques. Le terme désigne deux matériaux : le jade à jadéite et le jade néphrite. Des gisements du premier sont connus au Guatemala et dans les Alpes italiennes. On trouve le second plutôt en Chine, en Russie, en Nouvelle-Zélande et au Canada.

  • L’aéroport de Nîmes en zone de turbulences

    L’aéroport de Nîmes en zone de turbulences

    Record de fréquentation d’un côté, trou financier de l’autre : l’aéroport de Nîmes-Garons cultive un paradoxe qui commence à peser lourd. Avec 259 000 passagers en 2024, la plateforme avait retrouvé son meilleur niveau depuis vingt-cinq ans. Loin, pourtant, des 400 000 voyageurs promis pour 2028 par le délégataire Edeis lors de la signature de la délégation de service public (DSP) en 2022. Et en 2025, la fréquentation a même légèrement reculé, à 245 552 passagers.

    Sur le plan comptable, la note est salée. Le rapport annuel d’Edeis affiche un résultat net négatif de 1,17 million d’euros en 2024, contre un excédent de 349 000 euros l’année précédente. Une provision exceptionnelle de 872 000 euros, liée à un vieux contentieux sur des autorisations d’occupation temporaires, gonfle l’ardoise. Mais même sans elle, le trou atteint près de 300 000 euros. Six lignes sont aujourd’hui exploitées, presque toutes par Ryanair, quasi seul maître à bord depuis le fiasco de la compagnie Odyssey l’an dernier, qui a annulé l’ensemble de ses vols.

    Élu à la tête de Nîmes Métropole en avril, Vincent Bouget (PCF) a hérité d’un dossier explosif. Devant le conseil communautaire fin juin, l’édile n’a pas mâché ses mots : « Les ambitions affichées lors de la signature de la DSP et les objectifs fixés au délégataire sont aujourd’hui loin d’être atteints. » Un contentieux qui pourrait, selon le contrat, déclencher de premières pénalités financières dès cette année.

    Coopérer

    plutôt que rivaliser ?

    Reste que pour Vincent Bouget, le trafic commercial n’est pas l’essentiel. « Le cœur du réacteur, c’est la sécurité civile », a-t-il tranché début juillet, rappelant le rôle de la base aérienne où sont entretenus les Canadair, avec quatre nouveaux appareils attendus d’ici 2032. Un statut de hub européen de la sécurité civile que Nîmes ambitionne depuis 2017, mais que Chypre pourrait bien lui souffler : la Commission européenne y prépare une plateforme régionale de lutte contre les incendies, confirmée en juin par la commissaire Hadja Lahbib. « S’il faut aller à Bruxelles avec Carole Delga pour que le hub européen soit bien ici, nous irons », promet le président d’agglo.

    Sur le volet commercial, la question d’une coopération avec les aéroports voisins refait surface. En septembre 2025, alors dans l’opposition, Vincent Bouget plaidait déjà pour une autre voie que la rivalité : « Rien ne peut s’envisager sans coopération avec les aéroports voisins, dont Montpellier. » Une ligne bien différente de celle défendue quelques mois plus tôt par son prédécesseur Franck Proust, qui menaçait ouvertement de « se tourner vers Marseille » face à ce qu’il jugeait être le manque d’ouverture de Montpellier.

    Aujourd’hui, l’opposition LR, par la voix de Franck Proust, avance un autre scénario : une reprise temporaire de l’aéroport en régie publique si Edeis venait à se désengager. Une piste que la majorité de gauche n’a, à ce stade, ni confirmée ni écartée. Après deux rendez-vous décisifs fin juin, avec le préfet du Gard puis le délégataire, Vincent Bouget maintient la prudence : « On travaille pour trouver une solution et sortir par le haut. » Le cap devra être fixé avant l’échéance de la DSP, fin 2028. Au-delà des désaccords, une question politique demeure : combien d’argent public faut-il mobiliser pour préserver cette vitrine aérienne, et pour quel service rendu au territoire ? Le débat ne pourra se limiter à une guerre de clochers : l’avenir de 850 salariés et de 200 élèves-pilotes est aussi en jeu.

  • [Grand entretien] Larusso : « Avec “Tu m’oublieras”, c’est le cœur qui parle »

    [Grand entretien] Larusso : « Avec “Tu m’oublieras”, c’est le cœur qui parle »

    La Marseillaise : Vous êtes l’une des madeleines de Proust des années 1990-2000 pour beaucoup de gens. Comment l’expliquez-vous ?

    Larusso : C’est très spécial et c’est compliqué de l’expliquer. On a grandi ensemble, la chanson « Tu m’oublieras » les a aidés à traverser des moments bien spécifiques et très marqués de leur vie. Moi, j’ai cette relation avec d’autres chanteurs, donc j’arrive à le comprendre. Ce n’est pas la tête, mais le cœur qui parle.

    Votre public est constitué de gens qui ont vécu leur jeunesse à la fin des années 1990, mais aussi de plus jeunes. Grâce à leurs parents qui leur ont transmis votre répertoire ?

    Larusso : Quand je vois ces gamins, je trouve ça incroyable. Avant toute chose, les parents transmettent l’éducation, les valeurs, mais transmettent aussi leurs goûts. On écoute donc forcément les musiques de nos parents. Puis, on se les approprie et ça devient des souvenirs qu’on crée avec nos parents. C’est très fort et ça reste.

    « Tu m’oublieras » est le sample de « You Will Forget » d’Irma Jackson (1979), elle-même reprise en français pas des chanteuses telles que Régine. Quel était le contexte de l’enregistrement de votre chanson, en 1998 ?

    Larusso : Je suis partie dans un studio d’enregistrement. J’ai fait Je survivrai en voix témoin [reprise d’ « I Will Survive » de Gloria Gaynor, Ndlr]. Puis, le propriétaire du studio me fait écouter « Tu oublieras » par Régine. Je n’aime pas. Il me dit : « Tu es complètement folle, ce titre est magnifique. » Ensuite, il me fait écouter une version de ce morceau par Jeane Manson. Je n’aime pas non plus. Ce n’est pas mon délire. Je le laisse trois mois dans un placard et le fais écouter à une copine. Elle se met à pleurer et me convainc. Et puis, ça ne me coûtait rien d’aller au studio et de l’enregistrer. Heureusement que j’y suis allée.

    « I Will Forget », « I Will Survive » sont des tubes funk et disco. À quel point cette musique vous a-t-elle bercée ?

    Larusso : C’est ma base. Je suis ce qu’on appelle une enfant Michael Jackson, mais aussi une enfant de la soul et de la funk à travers mon père. Et l’héritage de ma mère, c’est la musique française style Cloclo, Aznavour, Gilbert Montagné. J’ai baigné là-dedans.

    Ce fil funk se retrouve dans votre discographie, notamment en 2012, lorsque vous avez travaillé avec le rappeur de Cypress Hill, B Real, sur « Untouchable ». Comment une telle rencontre a pu se produire ?

    Larusso : C’est grâce à Charly, de Charly et Lulu. Je l’appelle et lui dis que je viens de terminer un album et qu’il faut que je le fasse mixer. Il me parle de Richard « Segal » Huredia qui est partant [ingénieur du son et mixeur de certains albums de Dr Dre, Eminem ou encore Outkast]. On part à Los Angeles, écoute « Untouchable » et se demande pourquoi il y a des parties vides à certains moments de la chanson. Il me dit : « Louis [le prénom de B-Real] a aimé ton morceau et veut le faire avec toi. » B-Real, quand même. Le lendemain, on était en studio. On est rentré en France, on a sorti le truc. Une bonne partie des gens, surtout du métier, ont été très méchants en disant que c’était un arrangement entre maisons de disques ou un piston. Cela m’a beaucoup déçue, alors que c’était juste une histoire d’amitié et un coup de cœur. Richard « Segal » Huredia a mixé tout l’album. Mais je ne l’ai pas sorti. Ça m’a épuisée et dégoûtée. J’ai pété un plomb.

    Même si vous avez participé ces dernières années à des émissions comme « Mask singer », vous cultivez une relative discrétion. Pourtant, votre lien avec vos fans semble indéfectible…

    Larusso : Car j’ai grandi avec les gens. Quand je suis arrivée dans l’industrie musicale, j’étais toute gamine. Ils ont donc le sentiment que je suis la bonne copine. Ensuite, mon côté authentique, dans le sens où je n’essaie pas de me donner un genre ou de plaire à tout prix, ça joue également. Les gens voient bien que je suis juste une chanteuse, que je ne me prends pas la tête.

    Vous le disiez, vous étiez très jeune quand vous avez cartonné avec « Tu m’oublieras ». Est-ce qu’à titre musical, vous êtes nostalgique de cette époque ?

    Larusso : Bien sûr. Car l’offre musicale était bien plus variée qu’aujourd’hui. À l’époque, on allumait la radio, on entendait du rap, du RnB, de la variété française, des grandes voix, des morceaux d’été, du reggae, de la pop, du rock. Aujourd’hui, il y a plutôt des couleurs, dont il faut suivre les codes.

    On assiste actuellement à un retour en force des inspirations funk et soul. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

    Larusso : J’en suis ravie. À partir du moment où les gens retournent à la source, ça ne peut que m’aller. La funk, la soul : là où on avait des musiciens qui jouaient avec nous et pas juste des machines.

    Propos recueillis par Philippe Amsellem

    www.lakermesse.fr/la-seyne-sur-mer

  • [Week-end] Plongée dans un fort de guerre à Niolon

    [Week-end] Plongée dans un fort de guerre à Niolon

    Depuis la départementale 48 s’ouvre la calanque de Niolon, terminée à sa pointe par un curieux complexe faisant face à la mer avec une vue privilégiée sur la rade de Marseille. Les calanquais le connaissent depuis près de deux siècles, sous des formes différentes au gré des transformations du site.

    Ici, les pierres meulières de 1861, date inscrite sur l’encadrement de porte du fort de Niolon, côtoient le béton des bunkers allemands de 1943 et les matériaux modernes de 1975 utilisés pour les petits bungalows d’inspiration méditerranéenne du centre de plongée de l’Union nationale des centres sportifs de plein air (UCPA), qui occupe le site depuis 1966.

    Depuis la reprise du club de voile local, l’association a bien modifié les lieux. « À l’origine, on proposait des stages de voile, mais très rapidement, on a développé la plongée en parallèle » retrace Thierry Sturzer, directeur de l’UCPA Niolon depuis deux ans. La peinture blanche et les postes informatiques trahissent la nouvelle occupation du bâti maçonné. « Au tout début, on utilisait l’intérieur du fort comme logement, puis comme magasin pour le matériel de plongée », poursuit le directeur, jusqu’en 2012, où il a été réhabilité comme bâtiment administratif.

    Le lieu est occupé à des fins de défense depuis le début du XVIIIe siècle, sur ordre du Roi-Soleil. Certaines sources font état d’une réquisition de dix Carryens en 1665 pour aménager les premières fortifications servant à barrer la rade de Marseille et le mouillage de l’Estaque, terminées en 1702. Les premières ébauches du fort que l’on connaît aujourd’hui furent posées sous la forme d’une tour-modèle 1811 de type 2, abritant 30 hommes et pouvant accueillir trois canons sur son toit. Cet ensemble a été fortement modifié au cours de la fin du XIXe siècle avec la progression de la portée des canons et la construction, en conséquence, de fortifications plus hautes et retranchées comme le fort de Niolon haut, fin 1880.

    « 70 000 plongées chaque année »

    L’occupant allemand et son organisation Todt ont aussi participé au dessein défensif du site. C’est en se promenant au cœur du village d’inspiration méditerranéenne dédié aux logements des stagiaires que l’on peut les reconnaître. Là où se trouvaient autrefois des pièces d’artillerie françaises de 90 mm récupérées, se trouvent désormais des portes-fenêtres offrant une vue privilégiée sur la mer. « Tout l’existant a été réutilisé », reprend Thierry Sturzer, « tous les bungalows datant de 1975 sont en rénovation depuis deux ans » et les quatre bunkers servant d’habitation vont également l’être. Le poste de direction de tir en béton, comme les autres bunkers, est quant à lui utilisé pour la technique.

    Une grande partie de la muraille ouest est surplombée d’un espace de restauration, tandis que le pôle technique, inauguré en 2012, trouve sa place au plus près des quais du Port, toujours sur le promontoire fortifié. « Le centre s’est développé à partir du fort » au fil des années, resitue le directeur, pour devenir aujourd’hui « l’un des plus gros centres de plongée d’Europe » selon son tenancier. « Il y a un ou deux ans, on avait calculé 70 000 plongées par an » complète-t-il, d’où les infrastructures dédiées.

    Cette aventure est rendue possible par le contrat qui liait l’UCPA à Marine nationale, propriétaire jusqu’au 15 novembre 2008, date de cession au Conservatoire du littoral. Une convention renouvelée en 2025 lie toujours l’association et le Conservatoire jusqu’en 2055. « Durant cette période, l’UCPA verse une redevance à la commune du Rove qui permet de financer la gestion du site, dont un agent de terrain qui est garde du littoral », détaille le Conservatoire.

    Thierry Sturzer souhaite valoriser l’histoire des lieux. « J’aimerais bien mettre quelques photos de canons dans les bunkers. Pourquoi ne pas dédier une salle à l’histoire ? Voire une ouverture au public aux journées du patrimoine ? » Les idées ne manquent pas.

  • La caravane LFI en campagne à Marseille

    La caravane LFI en campagne à Marseille

    « Réveillez-vous, sinon, rien ne va bouger ! » Depuis son adhésion récente à La France insoumise, Daouiya encourage ses voisins à voter. Ce vendredi, cette habitante de la cité Jean-Jaurès a participé à l’unique étape marseillaise de la caravane populaire.

    Comme chaque été depuis 2016, l’opération sillonne la France. « L’objectif est de faire du porte-à-porte pour inciter les gens à s’inscrire sur les listes électorales et présenter le programme pour la présidentielle 2027 », résume Juliette, l’une des caravanières.

    Lutter contre l’abstention

    En 2022, selon l’Insee, plus de 10 millions de Français étaient mal ou non inscrits. Pour Manuel Bompard, député LFI de Marseille et coordinateur du mouvement, « une démocratie où 20 % des citoyens ne peuvent pas voter, c’est une démocratie qui ne marche pas ».

    Les militants sont allés frapper aux portes des immeubles, formulaires d’inscription en mains. « Vérifiez que toute la famille soit inscrite, c’est important ! », lance Manuel Bompard à un habitant. Plus loin, une habitante explique être toujours inscrite à Félix-Pyat, où elle vivait auparavant : un exemple de « mal-inscription » que les militants cherchent à éviter.

    Pour Philippe, militant des 13e et 14e arrondissements, le choix de Jean-Jaurès ne doit rien au hasard. « La clé pour 2027, ici comme ailleurs, c’est la mobilisation des quartiers populaires, assure-t-il. C’est ici que l’abstention est la plus forte. » Une conviction partagée par Krissi, membre du collectif des habitants du quartier : « J’encourage les jeunes à aller voter parce que, sans eux, rien ne pourra bouger ».

  • [Entretien] Serge Perottino : « La gestion des déchets est notre combat permanent »

    [Entretien] Serge Perottino : « La gestion des déchets est notre combat permanent »

    La Marseillaise : En pleine campagne de sensibilisation, quel constat faites-vous concernant les déchets dans la Métropole ?

    Serge Perottino : On produit près de 600 kg de déchets par habitant et par an, bien au-dessus de la moyenne nationale. On est aussi le pire élève en matière de tri, où on accumule un énorme retard sur les autres régions. D’où tout ce travail de sensibilisation pour forcer et inciter les gens à trier. Pourtant, moins on trie, plus le coût de la gestion des déchets augmente. Chacun doit comprendre une chose : celui qui pollue fait payer tout le monde. C’est un travail de pédagogie de longue haleine, mais il n’y a pas de raison que nous n’arrivions pas à faire aussi bien que d’autres régions.

    Quel volume de travail représente la collecte des déchets au quotidien ?

    S.P. : 4 200 agents sont mobilisés sur tout le territoire de la Métropole. C’est le plus gros service collecte de France. Ils font un travail remarquable, malgré tout ce qui peut être dit sur eux. Ils ramassent le matin, le soir et même la nuit. Le travail est fait, mais il y a toujours plus de déchets. On a les moyens, le matériel et la stratégie, mais on s’aperçoit que les gens ne jouent pas le jeu.

    Cette campagne de sensibilisation n’est pas la première menée par
    la Métropole. Observez-vous une évolution au fil des années
     ?

    S.P. : On commence à voir des résultats. Les slogans des campagnes sont volontairement choisis pour attirer l’attention et marquer les esprits. Il faut avoir en tête que, quand on jette un mégot dans un caniveau à Cadolive, tôt ou tard, il arrive sur la plage du Prado à Marseille. Quand on dit « l’été passe, les déchets restent », les gens comprennent que le meilleur déchet, c’est celui qu’on ne crée pas. On a aussi simplifié le système de tri : systématiquement, des poubelles jaunes sont mises à côté des poubelles d’ordures ménagères. On a également fait un travail sur la collecte du carton en mettant à disposition des sites spécialement dédiés. Il n’y a pas de solution phare qui va tout révolutionner. La gestion des déchets est notre combat permanent, car il faut toujours faire une piqûre de rappel. Il n’y a pas si longtemps qu’on fait tout ce travail de communication en termes de gestion des déchets, donc ce n’est pas encore tout à fait rentré dans les mœurs.

    Les touristes sont-ils aussi un public à sensibiliser ?

    S.P. : Pas forcément. Ceux qui viennent des autres régions de France sont plus disciplinés en termes de collecte et de tri. Même chose pour ceux venant de l’étranger. Les pays anglo-saxons sont à 100 kg par an de gestion de déchets, contre 200 kg sur les meilleures régions françaises.

    Comment convaincre que jeter un simple mégot ou un sac plastique n’est pas un geste anodin ?

    S.P. : En rappelant les faits : un mégot met trois ans à se décomposer et pollue 500 litres d’eau. Pour un sac plastique, il faut attendre 450 ans. C’est sans compter tous les sinistres que causent les déchets une fois dans l’eau. La nature absorbe, mais pendant qu’elle absorbe du plastique, elle ne fait pas pousser d’arbre.