Author: tecnavia

  • La pistache, une filière d’avenir en Provence

    La pistache, une filière d’avenir en Provence

    À quelques mètres du Vieux-Port, une odeur singulière flotte dans une nouvelle boutique de la rue Pythéas. Depuis le 25 juillet, la Maison de la Pistache a ouvert, dans un espace entièrement consacré au petit fruit vert. À l’entrée, un torréfacteur diffuse des effluves de pistaches chauffées à 135 degrés. À côté, une grande carte présente les 160 variétés du fruit présentes dans le monde. « On en importe d’Iran, de Sicile, de Grèce et d’Espagne », précise Béatrice Loncle, responsable de la boutique.

    Nature, en coque, décortiquée, en poudre ou en pâte, le fruit est décliné sous toutes ses formes. « On choisit celles qui ont une AOP, avec un ramassage et un séchage faits à la main. La pistache, c’est comme le vin, il y a des grands crus », insiste-t-elle.

    L’objectif est aussi de faire connaître une filière en pleine renaissance : celle de la pistache provençale, lancée en 2018 sur le plateau de Valensole, après sa disparition progressive au XXe siècle. C’est d’ailleurs là que la première boutique de la marque a ouvert. « Ça fait sens pour nous de mailler notre présence en Provence, parce que le but est d’être proche de la filière, de là où les pistaches vont être récoltées », explique Guillaume de Foucault, directeur général de la Maison de la Pistache.

    80 producteurs

    en Provence

    Pour l’instant, les pistaches commercialisées ne sont pas encore produites en Provence. « Les premières plantations datent de 2021 et il faut six ans pour être capable d’avoir un fruit et le récolter », rappelle-t-il.

    La filière se structure progressivement. Selon Benoît Dufay, coordinateur technique du syndicat France Pistache, elle compte aujourd’hui 160 producteurs adhérents, dont 80 en Provence, pour 300 à 350 hectares plantés dans la région, sur les 600 recensés en France.

    La relance de la filière bénéficie du soutien de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur, dans le cadre d’un plan lancé en 2023. « Il y a un axe d’aide à la plantation pour les agriculteurs avec une partie des frais de plantation prise en charge par la région. On nous accompagne sur des prestations de recherche qu’on met en place pour valider des modèles de culture », indique Benoît Dufay.

    D’après l’agronome, cette renaissance est le fruit d’un marché en pleine expansion. « C’est une culture sur laquelle on a un vrai débouché. On observe des augmentations de consommation importantes en France. Il y a un réel besoin pour trouver de la pistache française », souligne-t-il.

    Un engouement renforcé ces dernières années par le phénomène des recettes venues de Dubaï, largement relayées sur les réseaux sociaux. « L’effet de mode n’est pas redescendu. Aujourd’hui, il n’y a pas un pâtissier, un boulanger ou un chef qui ne propose pas une pâtisserie à la pistache », observe Guillaume de Foucault.

    Le retour en force du pistachier s’explique également par son adaptation au changement climatique. « C’est un arbre qui a toutes les armes pour résister au chaud, aux sécheresses et en même temps au froid. Et il a des besoins en eau très faibles », détaille Benoît Dufay. Une qualité qui séduit des agriculteurs, notamment des viticulteurs à la recherche de diversification. « Le pistachier est un bon candidat parce qu’il a besoin de terrains qui sont à peu près les mêmes que la vigne », ajoute-t-il.

    Reste à construire un modèle économique durable pour les producteurs. « Tous ceux qui plantent aujourd’hui savent qu’ils sont pionniers », assure-t-il. La filière vise, à terme, une production annuelle de 2 000 à 3 000 tonnes de pistaches françaises d’ici 2035.

    Cette année déjà marque un premier tournant : « Jusqu’ici on avait produit 200 kg en tout, et là on s’attend cette année à avoir entre deux ou trois tonnes de pistaches », conclut Benoît Dufay.

  • Un rideau à bulles pour lutter contre la pollution dans le port de Saint-Tropez

    Un rideau à bulles pour lutter contre la pollution dans le port de Saint-Tropez

    Doté de 734 places de mouillage, le port de Saint-Tropez accueille chaque année plusieurs milliers de bateaux. Parmi eux, de nombreux yachts émettant des centaines voire des milliers de tonnes de CO2 par an. Titulaire des certifications internationales « Ports propres » et « Ports propres en biodiversité », remises aux ports de plaisance qui agissent pour réduire leurs impacts carbone et sur la biodiversité, le port de Saint-Tropez continue de s’engager en ce sens avec la mise en place d’un rideau à bulles sous-marin, au niveau de la station de carburant du Phare Vert.

    Un outil polyvalent

    Cette innovation unique pour un port français, nommée « InvisiBubble » agit comme un mur d’endiguement empêchant les particules d’hydrocarbures de se propager en dehors du périmètre sécurisé par le rideau. Elle est déployée par The Searial Cleaners (filiale de Wearth Group), expert de la lutte contre les pollutions marines. « Cela contribue à sensibiliser les plaisanciers à l’importance vitale de protéger la mer et son environnement. Nous sommes fiers que Saint-Tropez soit la première ville en France à mettre en place cette solution pour confiner les hydrocarbures », se réjouit Pascal Bonnet, directeur du port de Saint-Tropez.

    Le principe : au fond de la mer, plusieurs tuyaux sont reliés à un compresseur d’air. Ce dernier génère un flux d’air, envoyé dans le tuyau percé qui laisse passer les bulles qui s’échappent, créant ainsi un rideau de bulles, du fond de l’eau jusqu’à la surface, pour éviter que les fuites d’hydrocarbures ne se propagent à l’ensemble du port. Dès qu’un usager en constate une, il peut actionner le rideau à bulles à l’aide d’un bouton pour stopper la propagation. Celui-ci s’active et crée un courant interne au sein de la zone délimitée par les tuyaux qui vient concentrer les nappes d’hydrocarbures, ceci facilitant le pompage. Particulièrement adapté dans un port où l’incendie d’un yacht, en juillet 2025, avait provoqué la fuite de 18 000 litres de carburant dans l’eau.

    Adapté à tous les milieux (ports, fleuves, lacs, étangs…), le dispositif n’a aucun impact sur l’environnement. Il agit sur tous les déchets du fond jusqu’à la surface de l’eau – comme c’est le cas dans le canal de l’Ourcq à Paris depuis 2024, pour collecter les déchets flottants – et permet d’augmenter les niveaux d’oxygène dans l’eau, en préservant l’équilibre de l’écosystème environnant. Cette solution génère ainsi un gain de temps important, ne nécessite pas de ressources humaines ou matérielles, et consomme très peu d’électricité.

  • Au centre d’hébergement de Lorgues, la solidarité pour réchauffer le cœur des évacués de l’incendie du Gros Bessillon

    Au centre d’hébergement de Lorgues, la solidarité pour réchauffer le cœur des évacués de l’incendie du Gros Bessillon

    Samedi, midi et demi. L’heure du repas au centre d’hébergement de la salle François Mitterrand de Lorgues, où étaient accueillies jusqu’à 90 personnes évacuées en provenance du Val, de Montfort-sur-Argens et de Carcès, entre vendredi et dimanche. Dans les assiettes, taboulé fait maison, gigot d’agneau et boulettes de bœuf. Et surtout, une bonne dose de réconfort pour celles et ceux dont le quotidien a à nouveau été bouleversé par la reprise de l’incendie du Gros Bessillon vendredi. « À Carcès, on avait été très bien accueillis mais on n’avait eu que des sandwichs, là c’est un vrai bon repas » saluent Jacqueline et Frédéric, couple de retraités vivant à Montfort, dont c’est la deuxième évacuation. Ils passent la journée au centre, mais dorment dans un studio généreusement mis à disposition par une habitante de Lorgues, au vu de leur santé fragile.

    Un élan de solidarité dont ils n’ont pas été les seuls à profiter. À leur table, Alexis, lui aussi résident de Montfort, a été contraint d’évacuer dans la précipitation, hâté par les cris des gendarmes venus sommer la population de plier bagage vendredi après-midi. « Je ne voulais pas partir, je suis resté dans le secteur, mais j’ai fini par ne pas avoir le choix », avoue-t-il, encore marqué par la vision « de la colline de Montfort dévorée par les flammes ». Toutefois, s’il n’a pas dormi de la nuit, c’est moins par inquiétude que pour l’avoir passée à discuter avec un élu lorguais, venu tenir compagnie aux évacués. « Je retiens davantage le merveilleux accueil qu’on a reçu que la peur du feu », s’émeut-il. À ses côtés, Maryline, sa voisine, qu’il a embarqué avec lui au moment de fuir. Tous deux ont tout juste eu le temps de préparer quelques bricoles et de prendre leurs animaux de compagnie sous le bras. « Ce matin, un bénévole m’a amené des affaires de rechange et d’hygiène », explique-t-elle. « J’avais oublié ma brosse à dents, et sans rien demander, on m’en a ramené une avec du dentifrice dans l’heure », ajoute Alexis, reconnaissant au point de vouloir emménager dans la commune dans les prochains mois.

    « C’est la Provence noire, plus la Provence verte »

    Rien de plus naturel pour celles et ceux qui donnent de leur temps. C’est déjà la deuxième fois en l’espace de quelques jours, « et jamais deux sans trois », plaisante Jean-Louis, l’un d’entre eux, sous les protestations des autres, qui aimeraient voir la situation se calmer. Parmi eux, Pouranne Weise, conseillère municipale. Arrivée à Lorgues il y a quelques années, elle a décidé de s’y engager pour « l’esprit des habitants. Les gens sont très accueillants, à l’écoute des autres. » Illustration : au-delà des vivres et des vêtements, fruits de dons de particuliers, et de dotations du Secours Populaire, de la préfecture et de la mairie, une habitante, psychologue à la retraite, est venue écouter ceux qui en avaient besoin samedi matin.

    Malgré tout, l’inquiétude reste dans un coin des têtes. « On va peut-être revenir dans une commune qu’on ne connaît pas », se prépare déjà Alexis. Verdict le soir-même, puisque les habitants de Montfort ont pu regagner leurs habitations au vue de l’évolution positive de la situation, le cœur du village ayant été épargné. La question de l’origine du feu revient aussi, forcément. « J’en suis persuadée, c’est prémédité », n’en démord pas Jacqueline, contrariée par « un sentiment d’impuissance » et qui imagine même « un complot d’État » comme explication à ces incendies intempestifs. Maryline, elle, redoute « des actes terroristes avec tous ces départs de feu simultanés. Quand on a annoncé l’incendie fixé, je pensais que c’était fini. J’ai l’impression d’être dans un film d’horreur ». Quoi qu’il en soit, elle sera désormais intransigeante : « Si je vois quelqu’un jeter son mégot, je n’hésiterai plus à appeler la police », assure-t-elle, dépitée par le coût de l’irresponsabilité, qui change « la Provence verte en Provence noire ».

  • Vent de colère après l’annonce d’économies sur la santé

    Vent de colère après l’annonce d’économies sur la santé

    Le débat, déjà rejeté à l’Assemblée à l’automne dernier, revient sur la table pour freiner les dépenses de santé. En 2024, le gouvernement avait déjà doublé les franchises médicales, passant de 0,50 à 1 euro. Aujourd’hui, leurs montants unitaires restent inchangés, avec 2 euros par consultation et 1 euro par boîte de médicaments. Jusque-là plafonné à 50 euros par an chacun, le plafond pourrait doubler avec la nouvelle mesure. Un rapport de la Cour des comptes, publié en mai, chiffre à 48 millions le nombre d’assurés concernés. Les mineurs, les bénéficiaires de la Complémentaire santé solidaire ou de l’aide médicale d’État, ainsi que les femmes enceintes en fin de grossesse en restent dispensés.

    Selon la ministre de la Santé, la mesure représente seulement « un petit effort extrêmement mesuré à ceux qui achètent plus de cinquante boîtes de médicaments par an et qui vont plus de vingt-cinq fois chez le médecin ». Un discours que rejette Valérie Ollier, présidente du Syndicat général des pharmaciens des Bouches-du-Rhône. Elle dénonce une mesure qui « pointe du doigt tous ceux qui consomment, alors que la plupart en ont besoin, en particulier les personnes âgées et celles qui ont des pathologies avec des douleurs ».

    Elle prend l’exemple d’une patiente en oncologie : « À chaque fois qu’elle fait un traitement, elle a une visite obligatoire chez le médecin. Donc, parfois, c’est deux ou trois visites dans la semaine. Le message qu’on donne à cette personne, c’est qu’elle coûte cher à la société, c’est culpabilisant ». Pour la pharmacienne, « une solution plus judicieuse » reposerait sur la Sécurité sociale qui « pourrait, avec les systèmes informatiques actuels, déceler qui est le “superconsommateur” qui coûte cher et vérifier pourquoi il coûte si cher ».

    « C’est un plafond que les Français, en moyenne, n’atteignent pas. En moyenne, ça fera 18 euros en plus pour les Français », tentait de rassurer Stéphanie Rist en fin de semaine sur Franceinfo. Pourtant, à la pharmacie du Grand Pavois, où exerce Valérie Ollier, plusieurs clients dépassent déjà le seuil des 50 boîtes par an.

    Un coût supplémentaire pour les patients

    C’est le cas d’une cliente de 86 ans, atteinte de Parkinson, qui achète six boîtes par mois. Après la mesure, 22 boîtes ne lui seront plus remboursées, soit 22 euros de dépenses en plus par an. « Ça arrange peut-être le gouvernement, mais c’est nocif pour nous. En plus, on est mal informés à ce sujet », réagit la patiente. Sa pharmacienne s’indigne du poids que l’on fait peser sur ses épaules : « Son traitement mensuel a été prescrit par un spécialiste. Il faut à tout prix qu’elle le prenne pour pouvoir vivre normalement. Les politiques ne se rendent pas compte de ce que c’est que de vivre avec une maladie chronique ».

    Pour Valérie Ollier, le raisonnement du gouvernement « n’est pas fait dans le bon sens » : « Il y a certainement des mesures à prendre au niveau financier, mais ce n’est pas parce que les gens consomment plus. Si on la compare aux autres pays européens, la France n’est pas en surconsommation, le nombre de boîtes de médicaments est même en recul depuis quatre ans dans l’hexagone. Ce sont les nouveaux traitements, très chers, qui font exploser le budget de la Sécurité sociale. Il vaudrait mieux que l’État voit avec les laboratoires pourquoi ces médicaments sont si chers. Ce n’est pas la boîte de Doliprane à 2 euros qui va changer la donne ». Et de synthétiser : « on est là pour soigner, pas pour faire le percepteur de l’état ».

    Même inquiétude chez Stéphanie Gauthier, 55 ans, suivie pour une hypothyroïdie, une tension oculaire et une dépression.

    « Sans mon traitement, je meurs, tout simplement »

    Elle dépasse déjà le plafond actuel. « Je vais payer davantage mes médicaments car le remboursement sera moindre, mais je n’ai pas choisi d’avoir ça ! Ce n’est pas normal », s’offusque-t-elle. La patiente dénonce aussi un coût élevé des franchises par boîtes qui contiennent déjà peu de comprimés : «J’ai besoin de 30 comprimés par mois, c’est complètement illogique de faire des boîtes à seulement 10 comprimés. Je suis prête à payer un petit peu, mais là 1 euro par boîte… »

    Les syndicats, déjà mobilisés en septembre dernier, dénoncent aujourd’hui un « passage en force pendant l’été ». Valérie Ollier insiste sur les inégalités d’accès aux soins qu’engendre la mesure : « On a choisi un système où tout le monde paie en fonction de ses moyens. Si c’est comme ça, on change de système, comme aux États-Unis ou en Angleterre ».

    Andréa Goyard de Castro

  • Coups bas

    Coups bas

    Faire toujours payer plus ceux qui sont malades et ont besoin de soins. C’est la logique des gouvernements depuis des années mais, cet été, celui de Lecornu pousse le cynisme encore plus loin en imposant par décret ce qui lui avait été refusé par les parlementaires lors du dernier débat sur le budget de la sécurité sociale : la hausse des franchises médicales. Petit à petit, les libéraux torpillent la sécurité sociale, le système imaginé par Ambroise Croizat à partir du programme du Conseil national de la résistance pour le transformer en assurance au rabais pour les pauvres, les riches pouvant se payer les soins de qualité. En toile de fond, l’éternelle rengaine du « trou de la sécu » qu’il faudrait absolument combler sous peine de voir disparaître cette merveilleuse « exception française ».

    211 milliards aux entreprises

    Ce discours est un leurre pour ne pas assumer les choix politiques qui sont ceux de ce gouvernement. Les économies attendues par les modifications imposées par décret
    – doublement des franchises, relèvement du ticket modérateur et baisse du remboursement des médicaments à service médical rendu faible ou modéré – sont estimées à 2,15 milliards d’euros. Une somme à mettre en balance face aux milliards accordés aux entreprises : 211 milliards. Un tiers du budget de l’État.

    Sans oublier l’argent que le gouvernement se refuse à aller chercher. « Plutôt que de ponctionner quelques dizaines d’euros supplémentaires sur
    les malades, faisons contribuer les milliards
    de revenus financiers qui échappent aujourd’hui aux cotisations sociales
     », pointe ainsi le PCF.

    La santé n’est ni un luxe, ni une marchandise. Mais un droit qu’il faut véritablement défendre quand les coups bas se multiplient.

  • [Science] Que se passe-t-il dans le cerveau face à l’incertitude ?

    [Science] Que se passe-t-il dans le cerveau face à l’incertitude ?

    On savait que cette molécule était impliquée dans l’adaptation du comportement. « Lorsqu’on empêche sa production, les animaux ont tendance à reproduire toujours le même comportement », souligne Jérémie Naudé. Mais cela manquait de précision. Et surtout d’un modèle : des équations mathématiques qui décriraient le taux de noradrénaline en fonction des changements constatés.

    Erreurs à ignorer

    Les chercheurs montrent ici que la noradrénaline tempère le rôle de la dopamine – un autre neurotransmetteur. « Elle permet de faire la différence entre des erreurs à considérer ou à ignorer », résume Jérémie Naudé. Car la dopamine est libérée proportionnellement à l’erreur constatée. Et le changement de comportement sera d’autant plus grand que l’erreur est grande et la quantité de dopamine importante. « C’est connu et utilisé dans le modèle standard d’adaptation du comportement face au changement », précise-t-il. La noradrénaline agit à plus long terme. « Son taux varie en fonction des erreurs consécutives », poursuit le chercheur. Si les écarts par rapport à l’attendu sont positifs ou négatifs, il faut les ignorer car l’environnement est aléatoire : le taux de noradrénaline reste faible. Mais si les erreurs vont toujours dans le même sens, il faut adapter son comportement car l’environnement a changé : le taux de noradrénaline augmente.

    Ces résultats ont été constatés chez des rats pouvant actionner deux leviers : l’un offrait beaucoup de nourriture, l’autre non. Et cela changeait, parfois de manière durable, parfois aléatoirement. « Nos collègues de Bordeaux, sous la direction d’Étienne Coutureau, ont observé la quantité de noradrénaline libérée grâce à une molécule fluorescente », précise Jérémie Naudé. Puis a été étudié le comportement de rats chez qui la libération de noradrénaline dans le cortex était bloquée. « Ils mettent plus de temps à s’adapter après un changement durable », constate le chercheur. De quoi peut-être aider à comprendre certains troubles neuropsychiatriques… pourvu que ces résultats soient confirmés chez l’humain.

  • [Incendies] Comment est calculée la « valeur du sauvé » dans l’Hérault ?

    [Incendies] Comment est calculée la « valeur du sauvé » dans l’Hérault ?

    La « valeur du sauvé » est un outil permettant de chiffrer les pertes matérielles qu’aurait engendrées un feu sans l’intervention des pompiers. Depuis quelques années, elle est calculée par la sécurité civile dans plusieurs départements, notamment dans l’Hérault. « Cela permet de valoriser l’activité du Sdis par rapport à son coût financier pour les collectivités », affirme le commandant Sébastien Nicelli, du Sdis 34.

    Le professionnel explique que le logiciel du Sdis recoupe de nombreuses données telles que les conditions météo, le sens du vent ou encore les reliefs concernés par un incendie avec le niveau de sévérité du risque d’incendie au moment d’un départ de feu. Cela permet alors de simuler une enveloppe de feu correspondant à la surface qui aurait été touchée par l’incendie en propagation libre. Le service d’information géographique compare ensuite cette enveloppe avec le véritable parcours de l’incendie. « Et c’est dans ce différentiel qu’on regarde en détail ce qui se trouve comme végétation ou comme constructions, explique le commandant Nicelli. Pour chiffrer la valeur d’une zone, on se sert par exemple des sites des notaires, pour connaître le prix du mètre carré dans les communes concernées. »

    Un modèle perfectible

    Dans leur rapport, Damien Maudet et Sophie Pantel (voir article ci-dessus) prennent l’exemple d’un calcul de la « valeur du sauvé » effectué par le Sdis 34 en juillet 2025 sur un feu ayant parcouru 271,97 hectares à proximité de la commune de Fabrègues. L’action des sapeurs-pompiers aurait alors permis de sauver 17 048 305 euros de biens matériels.

    « Bien sûr, le modèle a des limites et il n’est pas encore d’une précision chirurgicale, continue Sébastien Nicelli. Si une exploitation agricole brûle, on peut chiffrer le coût de la perte d’un tracteur, mais on ne peut pas encore chiffrer celui de la perte d’activité économique, l’impact sur les sous-traitants ou le chômage technique par exemple. » Par ailleurs, le professionnel précise que désormais, le Sdis 34 évalue également l’impact environnemental évité par une intervention, en calculant notamment la quantité de carbone qui aurait été dégagée dans l’air sans l’intervention des secours. « Au fil des années on affine nos sources d’information, assure le commandant. Ces données sont ensuite remontées à mes supérieurs, qui peuvent y trouver une utilité auprès de nos élus. » Nina Bailly

  • Digne-les-Bains, l’auto-école qui ne laisse personne au bord de la route

    Digne-les-Bains, l’auto-école qui ne laisse personne au bord de la route

    Je partais trois ou quatre heures avant mon heure de conduite pour venir en stop » : atteinte de dyspraxie sévère, habitante d’un village isolé, Orphée vient d’obtenir son permis, mercredi, après 112 heures de conduite, grâce à l’auto-école sociale dignoise Nos Routes Solidaires. « Les gestes de la vie quotidienne sont compliqués pour moi, je suis maladroite, je casse beaucoup de choses, j’ai du mal à me repérer dans l’espace spatiotemporel », explique la jeune femme, évoquant les conséquences de ce trouble neurodéveloppemental.

    Pendant sa formation à l’auto-école, elle a d’ailleurs bien failli jeter l’éponge, désemparée. « Mais je savais que je finirai par y arriver ! », lance celle qui est déjà en recherche active d’une voiture d’occasion, faute de budget : « Je ne peux pas mettre toutes mes économies dans une voiture, alors que je vais emménager avec mon compagnon et que l’on doit acheter des meubles. » Le handicap d’Orphée l’empêche actuellement de travailler, mais elle devrait prochainement intégrer la blanchisserie de l’Esat de Digne, une structure adaptée aux personnes en situation de handicap. « On m’a dit que j’étais trop lente pour travailler à l’Ehpad et il est impossible de trouver un emploi sans permis ici », explique-t-elle. Le permis lui est indispensable pour se rendre à ses rendez-vous médicaux et faire ses courses.

    « On récupère ceux qui n’ont pas réussi ailleurs »

    « Pour certains, on leur a dit toute leur vie “t’es nul, tu n’arriveras à rien“, regrette Alexandra Comité, directrice de l’auto-école créée en 2012. On accueille des personnes qui ont des difficultés d’apprentissage, des troubles de l’autisme ou qui ne parlent pas très bien français. » C’est le cas d’Aliaksandr Laparra, jeune Biélorusse arrivé en France il y a cinq ans, qui en est à sa 17e heure de conduite. « En Biélorussie, même avec un Bac +3, on se retrouve à travailler au Mcdo. Il y a très peu d’offres d’emploi », regrette-t-il. C’est cette raison qui les a poussés, lui et sa mère, à quitter leur pays natal. Malgré quelques problèmes de trajectoire dans les ronds-points, le jeune homme « apprend très vite », le félicite sa monitrice, Sylvie Pons. « Certains ne savent toujours pas changer les vitesses à leur 20e heure », avance-t-elle.

    « Humainement, on est tous touchés par les parcours des élèves », témoigne la directrice. C’est pourquoi, vendredi, elle et les moniteurs ont décidé de célébrer ensemble la réussite d’Orphée. « On récupère tous ceux qui n’ont pas réussi ailleurs, qui ont des difficultés financières, familiales ou des freins à la mobilité », explique Alexandra Comité. L’auto-école devrait ouvrir, début octobre, une nouvelle antenne à Manosque.

  • [C’est l’été] Le camping de Bottaï à Port-de-Bouc, le paradis c’est les autres

    [C’est l’été] Le camping de Bottaï à Port-de-Bouc, le paradis c’est les autres

    L’atout charme du lieu ? Selon les campeurs, pas de doute, c’est Georges. « C’est lui qui me plaît le plus dans le camping », lâche Davy, aussi rigolard que sincère, qui vient chaque année de Metz avec sa famille pour passer la saison estivale à Port-de-Bouc. Le Mosellan a beau apprécier son rythme de vie ici, entre la pêche au petit matin, les allers-retours dans l’eau pour se rafraîchir au cours de la journée, l’apéro et la pétanque en fin d’après-midi, « c’est Georges qui fait l’ambiance. S’il était pas là, je suis pas sûr que je viendrais ».

    La chaleur humaine

    Georges, c’est le gardien du camping qui donne des surnoms à chacun des vacanciers. Sa maison, qui se situe juste derrière le portail, en face de l’accueil, regorge de références à Johnny Halliday. Deux panneaux de bois indiquent les hôtels dans lesquels le Taulier séjournait lors de ses virées aux États-Unis. Une silhouette en carton du chanteur franco-belge trône sur la terrasse en bois. Pas étonnant que les vacanciers appellent Georges « Georges Hallyday ». « Tous les matins, je me lève et je chante du Johnny en me baladant dans le camping », confie le gardien.

    Trente ans qu’il travaille là, alors il connaît les habitués qui occupent la plupart des 75 emplacements comme s’ils faisaient partie de sa propre famille. À l’entrée, Josette et Serge ont monté leur campement au même endroit que chaque année. Les deux retraités se sont rencontrés à Bottaï dans leur jeunesse. Depuis 1978, les Gardannais quittent leur logement pour venir à Port-de-Bouc chaque été. « On est là de mai à septembre, révèlent-ils. C’est pas loin mais on se sent vraiment en vacances, c’est le vrai camping à l’ancienne, familial, à taille humaine. On se côtoie, on joue aux boules, on prend l’apéro… C’est pas comme les grands campings avec des toboggans immenses où vous croisez les gens sans les fréquenter, où on se dit à peine bonjour, où on se connaît pas. Ici on est tous amis et on aime être ensemble. » De nombreux habitués de Bottaï ont déjà « essayé les grandes structures », mais ils manquent vite de « chaleur humaine ». « Et de Georges », plaisante le gardien.

    Pour les Ferrero, dont la tente jouxte celle de Josette et de Serge, les vacances sont plus un état d’esprit qu’un changement d’environnement. Preuve en est : ils viennent tous de Port-de-Bouc. « Quand ils envoient une carte postale à leurs proches ils vont directement la poster à pied, ça va vite », sourit Georges. « Ça change de notre HLM, c’est notre deuxième maison ici, on a nos habitudes », glisse la mère de famille, surnommée Dolorès de la Frange par le gardien. « Comme Parisot de Camping Paradis. » Une référence locale, elle aussi !

  • [Grand entretien] Erik Truffaz : « Le flamenco, c’est une sorte de blues »

    [Grand entretien] Erik Truffaz : « Le flamenco, c’est une sorte de blues »

    Erik Truffaz : Je l’ai écouté pour la première fois lorsque j’étais adolescent. (l’album est sorti en 1960, année de naissance d’Erik Truffaz, Ndlr). Ce qui m’avait frappé, étonné et séduit, c’est que c’est la première fois que j’entendais une réunion entre la musique classique folklorique et le jazz. Et tout cela, avec le son de Miles Davis.

    Outre la beauté de la rencontre entre

    la musique folklorique espagnole et le jazz, est-ce que le principal mérite de cet album est qu’il plaise au-delà des amateurs du genre ?

    E.T. : Cet album, c’est des ponts entre

    les musiques, entre le classique et le jazz. Dans Sketches of Spain, le pont est créé par l’arrangeur, Gil Evans, et par l’interprétation de Miles Davis. Ils avaient d’ailleurs déjà travaillé avant sur un album du même style, Birth of the Cool.

    établir des ponts entre

    différents styles est-il une des caractéristiques du jazz selon vous ?

    E.T. : On peut le dire car c’est une musique qui est née d’un pont entre la polka, qui venait des blancs, et du blues, qui venait des noirs. Le jazz, c’est donc une musique hybride. Et au fil de son évolution, elle a pu ensuite se mélanger avec beaucoup d’autres musiques comme la musique cubaine, brésilienne et bien d’autres. Mais bon, après, si on regarde bien, Beethoven aussi. Quand il fait une symphonie, il peut par exemple reprendre des chants folkloriques.

    Et le « New Sketches of Spain » que vous présentez le 7 août à Toulon, il est né de votre rencontre avec le saxophoniste et chanteur flamenco Antonio Lizana ?

    E.T. : On s’est rencontré à Katmandou.

    Quand j’ai vu Antonio, j’ai adoré la façon dont il chantait et jouait du flamenco. J’adore faire des ponts entre les musiques, justement. Je l’ai déjà fait avec des musiques indiennes, avec un chanteur tunisien et certainement un chanteur égyptien dans mon prochain album. J’ai parlé à Antonio et je lui ai dit que je voulais qu’on travaille ensemble. Après, François Lacharme, qui dirige une salle à Paris, a dit : « si Truffaz rencontre Lisana, il devrait refaire Sketches of Spain ». Une formidable idée car on peut le refaire, mais pas comme Miles Davis. Mais plutôt dans une identité encore plus flamenco et plus espagnole.

    Une danseuse vous accompagne

    également sur scène…

    E.T. : Au début, ça me gênait un peu car je n’aime pas tellement quand on ajoute un élément esthétique à la musique, ça porte l’attention ailleurs. Mais dans ce cas, ça apporte énormément car cette danseuse est une percussionniste de fait. Quand elle danse, elle fait de sacrés rythmes avec les pieds, c’est ça le flamenco. Elle s’appelle Sarah Sanchez et c’est une sorte d’Elvin Jones du flamenco (parmi les batteurs de jazz les plus influents du XXe siècle).

    à l’origine, le flamenco est la plainte

    du peuple andalou. Qu’est-ce que ça symbolise à vos yeux ?

    E.T. : Je suis allé en 1986 à Grenade et j’avais adoré le quartier de l’Albaicin où les Gitans jouaient et chantaient le flamenco. Pour moi, le flamenco, c’est une sorte de blues. On y trouve même des accents blues.

    Le flamenco est une culture libre et

    indomptable. Rien d’étonnant à ce qu’il ait pu inspirer Miles Davis…

    E.T. : D’ailleurs, il n’y a pas que Miles Davis dans le jazz qui a été inspiré par le flamenco. Un disque fantastique de Charles Mingus, le premier que j’ai acheté, s’appelle Tijuana Moods, et il y a pas mal de flamenco.

    2026 marque le centenaire de la

    naissance de Miles Davis. En plus de son génie musical, est-ce que son côté politique vous a aussi séduit au moment de rencontrer son œuvre ? Il a fait partie des rares artistes à avoir refusé de jouer à Sun City pour montrer son opposition au régime d’Apartheid en Afrique du Sud. Du boycott culturel avant l’heure, non ?

    E.T. : Il fait partie d’un groupe de gens qui ont défendu des idées. Il est la continuité de la libération des noirs par rapport à l’emprise des blancs. Il a vécu le racisme aux États-Unis. De fait, il était secoué. Il était une star totale, mais il y a quand même des mecs qui lui ont cassé la gueule. Il existe un bouquin où on demande à des jazzmen de formuler un souhait. Il a répondu : « être blanc ». Ça m’interpelle car tout son art tient aussi d’où il provient. Miles Davis a exacerbé et mis en avant la fierté des noirs. Après, lui venait d’une famille riche, il n’a pas autant souffert que Billie Holiday par exemple. Mais bon, ce n’est pas un sujet qui me préoccupe plus que cela.

    Vous retenez uniquement sa musique ?

    E.T. : Ses idées politiques ne sont pas mises en avant tout au long de sa vie. Son fer de lance, c’est son parcours artistique. Je ne me compare pas du tout, mais moi, par exemple, mon fer de lance, ce n’est pas mes idées politiques, même si je participe à des soirées de soutien pour le peuple iranien ou que je suis engagé contre quelconque génocide.

    établir des ponts entre les cultures et musiques, c’est aussi un peu politique…

    E.T. : J’ai tendance à dire que mon identité politique passe au travers de mon identité artistique et des projets que je propose. C’est sûr que je ne suis pas un miroir du Front National en faisant deux albums avec un chanteur tunisien ou en collaborant avec le Cri du Caire, composé d’un Égyptien, d’un Allemand et d’un Anglais. De toute façon, le jazz est une musique plurielle, qui vient de peuples différents.

    Propos recueillis par Philippe Amsellem