Author: tecnavia

  • Le cancer, révélateur des inégalités sociales

    Le cancer, révélateur des inégalités sociales

    Les études se succèdent et se ressemblent : les maladies chroniques frappent davantage les personnes aux revenus modestes. C’est le cas du diabète, des maladies du foie ou du pancréas, ainsi que des maladies psychiatriques et respiratoires chroniques. Le cancer, première cause de mortalité en France avec plus de 160 000 décès chaque année, faisait jusqu’à présent figure d’exception, touchant pauvres et riches de manière indifférente. Une étude menée par la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), publiée en février, a toutefois révélé « un lien extrêmement fort avec la situation des individus, notamment sociodémographique », expose Thomas Wanecq, directeur général de l’institution.

    Ces inégalités se manifestent notamment dans la localisation des cancers, c’est-à-dire au niveau des organes touchés par la tumeur cancéreuse. La Drees s’est basée sur les quatre cancers les plus répandus dans le pays : ceux du sein, de la prostate, du poumon et le cancer colorectal.

    Le cancer du poumon est l’un des exemples les plus frappants. Entre 2013 et 2020, les hommes appartenant aux 10% les plus modestes avaient un risque 2,2 fois d’en développer un que ceux des 10% les plus aisés. C’est l’un des cancers associé à certains facteurs connus et considérés comme évitables, comme le tabagisme, l’exposition à l’amiante, ou encore l’alimentation et l’exposition au soleil.

    À l’inverse, les femmes les plus aisées sont davantage atteintes de cancer du sein. Les chercheurs l’expliquent par des facteurs dits « protecteurs » chez les femmes les plus modestes, « notamment le fait d’avoir des enfants plus tôt, et probablement un accès historiquement plus tardif et moindre aux premières contraceptions hormonales orales, dont on sait qu’elles avaient été un peu surdosées et ont pu constituer un facteur de risque », détaille Hadrien Le Mer, chef de projet EDP-Santé*, l’un des coauteurs de l’étude.

    Limiter les risques

    par la prévention

    Les inégalités se retrouvent également dans la gravité du cancer. Selon les auteurs, les plus modestes développent plus souvent des cancers associés à de moindres chances de survie et subissent des formes plus agressives. « À structure par âge et sexe comparables, les 10% les plus modestes présentent un risque 1,7 fois plus élevé de développer un cancer de mauvais pronostic que les 10% les plus aisés », notent-ils.

    Les chercheurs mettent aussi en avant un recours au dépistage plus élevé chez les catégories les plus aisées. « Les plus modestes ont moins souvent recours que les plus favorisés » aux trois dépistages nationaux, en raison de freins financiers, mais aussi informationnels et liés au rapport aux soins, avance une précédente étude de la Drees, citée plus haut.

    Dès lors, « le risque de développer un cancer déjà métastasé au moment du diagnostic est 2,3 fois plus important chez les plus modestes que chez les plus aisés lorsque la localisation est dépistable ». Lorsque ce n’est pas le cas « les inégalités d’incidence de cancers déjà métastasés disparaissent quasi intégralement ».

    « Ces résultats mettent en évidence que les inégalités sociales face au cancer se construisent à plusieurs étapes : l’exposition aux facteurs de risque, le recours au dépistage et la précocité du diagnostic. Ils suggèrent que les populations les plus défavorisées bénéficient moins des avancées en matière de prévention, ce qui pourrait contribuer ainsi au maintien des inégalités sociales de santé », conclut l’étude.

    * Échantillon démographique permanent (EDP), géré par l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), avec des informations issues du Système national des données de santé (SNDS), géré par la Caisse nationale de l’Assurance maladie (Cnam)

    REPÈRES

    L’association Sept à la rencontre des publics les plus éloignés du soin à Marseille

    À Marseille, l’association Sept (Santé et environnement pour tous) se déplace à la rencontre des habitants des quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV) pour leur proposer des dépistages du cancer du sein, du cancer du col de l’utérus et du cancer colorectal, ainsi que des actions de sensibilisation et de rattrapage vaccinal. Les médiateurs interviennent lors de distributions alimentaires, devant les locaux de la CPAM (Caisse primaire d’assurance maladie) ou encore à des arrêts de bus, au plus près des personnes « qui n’ont pas du tout recours aux soins, des travailleurs pauvres ou des sans-papiers », explique Yazid Atallah, président de l’association, qui lutte contre les inégalités d’accès aux soins. Sept dispose également d’une antenne à Avignon, où se tiennent des permanences de dépistage tous les vendredis de 9h à 12h.

    Un centre de dépistage du cancer du sein à Cavaillon

    Le centre hospitalier de Cavaillon s’est doté, en octobre dernier, d’un échographe « dédié » à l’échographie mammaire. Cette acquisition intervient dans un contexte de recul du dépistage du cancer du sein dans le département. « Avec 39%, le taux de participation à la campagne de dépistage 2023 est en net recul. Le Vaucluse se positionne parmi les dix départements les moins participatifs au programme national », regrette le centre hospitalier, dans un communiqué.

    Toulon participe au programme « Impulsion »

    L’hôpital Sainte-Musse de Toulon fait partie des établissements sélectionnés pour participer au programme pilote de dépistage du cancer du poumon « Impulsion », auquel participe la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Ce programme de recherche vise à préparer la mise en place d’un futur dépistage organisé à l’échelle nationale, explique l’Agence régionale de santé (ARS) Paca. Un test est proposé sur un site dédié afin de déterminer si un dépistage est nécessaire.

  • À peine installée, l’extrême droite affiche clairement ses idées

    À peine installée, l’extrême droite affiche clairement ses idées

    Au soir du 22 mars, le député Hervé de Lépinau (RN) levait triomphalement les bras après sa large victoire aux élections municipales à Carpentras, faisant de lui le premier maire d’extrême droite de la capitale du Comtat Venaissin. Un peu plus de deux mois plus tard, les premières mesures et communications de la municipalité laissent entrevoir la politique qu’elle souhaite mener.

    Ce vendredi 5 juin, lors du conseil municipal de Carpentras, a été votée la baisse des subventions à plusieurs structures. « Cela représente, par exemple, -31% pour la culture et -21% pour le social et la santé », pointe l’élu d’opposition et ex-maire, Francis Adolphe (DVG), dont l’arrêt total des aides au Planning familial. « C’est une association d’utilité publique, sans idéologie et apartisane. Remettre en cause son financement, c’est fragiliser un service de proximité essentiel alors que les besoins sont bien réels », regrette Patrick Botella Mondet, élu du groupe d’opposition « Ensemble, fiers de Carpentras ». Il s’interroge notamment sur la motivation de cette décision, se demandant si elle est « est idéologique ou relève d’une vision morale » et appelle « à ce que les décisions soient motivées par l’intérêt général et non pas par des convictions ».

    Ce à quoi Hervé de Lépinau rétorque que « la loi indique que les collectivités ne peuvent subventionner que les associations apolitiques » et que le « Planning familial n’arrête pas de taper sur le Rassemblement national à chaque élection ». Avant de se lancer dans une tirade d’un autre temps, estimant que la structure « n’est pas là pour pourrir davantage le cerveau » des adolescents « pour aggraver cette question de l’identification de leur identité ». Une référence à une affiche du Planning familial, datant de 2022, présentant un couple au sein duquel un homme transgenre attend un enfant.

    Tags de la discorde

    L’une des premières décisions de l’édile a notamment été de supprimer la régie agricole de la ville, dès le 1er juin. Celle-ci permettait de cultiver des fruits et légumes bios sur un terrain situé à Monteux, ensuite utilisés pour les cantines scolaires. « Une décision désastreuse » pour Olivier Ceyte, adjoint à l’agriculture sous la mandature de Serge Andrieu (DVG), battu dans les urnes en mars dernier. « Cette régie n’est pas un gadget, c’est un outil concret au service de l’alimentation des enfants. C’est une décision purement politique, guidée par la seule volonté de dynamiter tout ce que l’ancienne municipalité avait mis en place », poursuit l’ex-élu.

    Si la polémique liée au chant pétainiste diffusé lors des commémorations du 8-Mai a marqué les esprits, ces dernières semaines, cette affaire relevait finalement d’une erreur de la radio locale RTV FM, qui avait diffusé une playlist dont elle n’avait pas correctement vérifié le contenu.

    En attendant, d’autres décisions transpirent l’idéologie du parti de Marine Le Pen et Jordan Bardella. Par exemple, le drapeau européen a été retiré du rond-point de l’Amitié, à Carpentras, « afin de préserver ce lieu symbolique dédié aux jumelages de la ville », assure la mairie. En lieu et place, un drapeau du Comtat Venaissin et l’emblème du Saint Mors, relique religieuse conservée dans la cathédrale Saint-Siffrein.

    Ou encore certaines communications du maire-député lui-même. Comme lorsqu’il assure, le 15 mai dernier sur Facebook, que « l’extrême gauche s’amuse à salir Carpentras » en postant un mur recouvert d’affiches de résistants et du message « zone antifa ». Ce que le maire ne précise pas, c’est que ces affiches en papier recouvrent un tag de l’Active Club, une mouvance violente, masculiniste et suprémaciste, avec l’inscription « Zone faf » (acronyme de « France aux Français ») accompagnée d’une croix celtique, symbole de l’ultra-droite. D’autres tags de cette organisation sont visibles à travers la ville.

    Sans oublier ceux retrouvés, le 21 avril sur les locaux du PCF. « Doit-on voir dans cette soudaine libération de la parole fasciste à Carpentras, alors que jusqu’ici notre local n’avait jamais subi aucune dégradation ni agression de ce type, un lien avec l’élection d’une municipalité à la tête du RN ? », s’interrogeait la section locale après ces dégradations.

  • Fracture sociale

    Fracture sociale

    Le cancer n’est pas seulement une affaire de santé, c’est aussi une question sociale. Longtemps perçue comme une maladie frappant sans distinction, la pathologie la plus meurtrière dans le pays révèle au contraire des fractures sociales profondes. L’étude de la Drees en apporte une démonstration implacable. Les plus modestes sont davantage exposés aux facteurs de risque, recourent moins au dépistage et sont plus souvent diagnostiqués à un stade avancé. Résultat : des formes plus graves, et des chances de survie plus faibles.

    Ce constat, les médecins le connaissent déjà. Sur le terrain, le cancérologue et élu (PCF) marseillais Anthony Gonçalves le confirme. Ce que les chiffres mettent aujourd’hui en évidence, les praticiens l’observent chaque jour : le cancer n’échappe pas aux déterminants sociaux. Il en est même l’un des révélateurs les plus douloureux.

    Enjeu politique

    Car ces inégalités ne relèvent pas du hasard. Elles sont le produit d’un accès inégal à l’information, à la prévention, et plus largement au système de soins. Lorsque certains se dépistent plus tôt et plus souvent, d’autres arrivent trop tard. Lorsque certains bénéficient d’un suivi régulier, d’autres renoncent, faute de moyens ou de repères.

    Derrière la maladie, c’est donc un enjeu politique majeur qui se dessine. Réduire les inégalités face au cancer suppose de sortir d’une approche strictement médicale pour investir pleinement le champ social : aller vers les publics les plus éloignés, renforcer les politiques de prévention et garantir un accès effectif aux soins. À défaut, la fracture ne pourra que se creuser davantage.

  • Le collectif Stop Croisières mobilise un large public

    Le collectif Stop Croisières mobilise un large public

    La pollution est visible en ville. J’imagine que c’est un accélérateur pour développer des maladies », s’interroge Gauthier. À ses côtés, Anne-Laure complète : « Il faut se questionner sur l’accès à la mer dans une ville comme Marseille. Quelle occupation sur l’espace public ? »

    À l’image de ces deux trentenaires, le public est varié sur l’esplanade du J4. Disposée en file indienne, une série de stands, sous les pins parasols, interpelle largement les passants sur la mer et son accès. Clean my Calanques sensibilise à l’entretien du littoral avec une collecte mensuelle ; Attac dénonce le projet d’une aérogare liée à un tourisme de luxe et invite à remplir le questionnaire réalisé par l’Association Environnement Estaque (AEE).

    Au milieu, bien sûr, le collectif Stop Croisières, qui est à l’initiative de cette manifestation pour la seconde année consécutive. Il informe le public et présente deux maquettes : « un J4 confisqué » et « un J4 pour toutes et tous ». Celles-ci ont été réalisées, d’un côté, à partir des projets économiques du Port, et de l’autre, à partir d’une première concertation menée auprès des habitants l’année dernière. Enfin, l’association Estaque environnement (AEE) et son président, Pierre-Yves Gilles, est à l’origine du formulaire de concertation intitulé : « Et si vous décidiez de l’avenir du J4 ? »

    « Les croisières sont un sujet clivant, mais le sujet de l’accès à la mer nous concerne tous. Au vu de la chaleur urbaine, c’est une question de justice sociale. Je pense vraiment qu’il faudrait faire une convergence des luttes du sud au nord », explique le retraité avec enthousiasme, à la sortie d’un petit bain de mer avec les Libres nageurs, dans la « piscine naturelle », devant le Mucem.

    Des questions générales, un rappel des différents projets et une dizaine de propositions interrogent les participants sur la priorité absolue qu’ils souhaitent donner à l’esplanade du J4, récemment rebaptisée esplanade Gisèle-Halimi. Les résultats de l’enquête seront diffusés largement, assure cet ancien universitaire. Dans l’eau, encore pas mal de monde qui entonne un joyeux « ça nage pour moi », sur l’air du tube de Plastic Bertrand. Force est de constater qu’en fin de journée, la vie est belle sur l’esplanade.

    Site web : stop-croisières.org

  • [Lecture] Face aux empires, le rêve d’une voie méditerranéenne

    [Lecture] Face aux empires, le rêve d’une voie méditerranéenne

    Thierry Fabre publie Face aux empires, la voie méditerranéenne aux éditions Riveneuve. « Toute sa vie, il s’est fait une certaine idée de la Méditerranée. » Elle n’est pas seulement selon lui la source de notre civilisation et il n’a pas la nostalgie des « Andalousies perdues », encore moins de la colonisation du sud par le nord. Mais il pense qu’elle peut encore nous inspirer une alternative au chaos du monde actuel.

    Face aux empires qui ressurgissent et qui s’affrontent afin d’imposer leur domination sur une planète de plus en plus inégalitaire, en proie à une crise climatique et à la rapacité des oligarchies financières et techno-fascistes, il tente d’ouvrir un nouvel horizon, « un avenir désirable ». Pour n’en traiter qu’un, l’empire américano-israélien exerce désormais en Méditerranée une guerre d’une grande violence dont le cœur est le génocide perpétré contre le peuple palestinien, une guerre sans limite contre le Liban, la Syrie, l’Iran, le Yémen… Il veut redessiner une Méditerranée dont les ressources naturelles soient asservies aux intérêts de l’empire et de fabriquer « le Grand Israël » dont rêve l’extrême droite israélienne, quitte à le faire sur des milliers de cadavres à Gaza et ailleurs. Israël, seule puissance nucléaire en Méditerranée, en est devenu la figure de proue de l’Occident et son bras armé.

    Thierry Fabre constate, avec beaucoup d’observateurs, que désormais « le roi est nu ». En effet le monde assiste avec effroi aux massacres mais aussi aux obstacles croissants que la coalition américano-israélienne très isolée, rencontre dans son entreprise. Voilà pourquoi il propose de réinventer pour l’Europe et la Méditerranée une autre voie que le mythe occidentaliste. « Le temps est venu de sortir de cette fiction et de nous inscrire dans la pluralité de nos héritages grecs et romains mais aussi juifs et arabes. » Cela suppose d’en finir avec ce qu’il appelle « la tristesse européenne », cette Europe citadelle où ressurgit l’esprit colonial et raciste.

    Il propose d’inventer une « Europe sans rivages », ouverte aux deux rives de la Méditerranée et d’ouvrir un horizon de partage et de coopération. Cela suppose d’écarter toutes les logiques impériales et néocoloniales, de favoriser l’éclosion d’un monde arabo-musulman démocratique et laïc, de combattre les forces nationalistes, intégristes et xénophobes.

    Ce rêve méditerranéen, dont il convient qu’il est encore difficile à discerner, a pour ambition de bâtir « tout un monde en commun » face aux défis de notre temps. En somme, ce livre contribue à notre recherche d’un autre monde.

    Face aux empires,
    la voie méditerranéenne

    Thierry Fabre

    Éditions Riveneuve,

    150 p., 10,50€

  • [Lecture] Louis Aragon, vers l’infini et au-delà

    [Lecture] Louis Aragon, vers l’infini et au-delà

    C’est l’histoire d’un ouvrage mythique et inachevé de Louis Aragon : La Défense de l’infini. Des centaines de pages écrites presque en secret à partir de mai 1923, déchirées et brûlées à la fin de 1927 dont il subsiste malgré tout une vingtaine de chapitres.

    C’est ce texte que Valéry Molet a fait le choix d’explorer dans son essai Perpétuité pour les défenseurs de l’infini. Pas pour ces pages en elles-mêmes mais pour ce qu’elles disent de l’œuvre d’un des plus grands poètes français.

    À travers une analyse érudite et sensible, l’auteur éclaire les enjeux poétiques et philosophiques d’un texte qui rêvait de capturer l’infini. Cet ouvrage, à la croisée de la critique littéraire et de la réflexion intime, offre une immersion unique dans l’univers d’Aragon.

    Valéry Molet n’en est pas à son coup d’essai. Né le 18 février 1968, il est énarque et historien de formation. Écrivain, il a publié une vingtaine d’ouvrages : romans, nouvelles, essais et poésies. Il a créé et préside les éditions Sans escale depuis 2017.

    Perpétuité pour défenseurs de l’infini, essai sur Louis Aragon

    Valéry Molet

    Douro Éditions, 97 p., 18€.

  • Plus de 800 personnes dans la rue pour défendre les droits LGBT

    Plus de 800 personnes dans la rue pour défendre les droits LGBT

    Revendiquer la liberté et l’égalité des orientations sexuelles et des identités de genre : tel est le message, simple mais indispensable, porté à l’unisson par les Prides, organisées dans tout le pays en ce mois des fiertés, et ce samedi à Aix-en-Provence, à l’appel de l’association Aix Vanguard.

    À 14h30, alors qu’une foule colorée et joyeuse envahit la place de la mairie, une dame s’installe derrière les organisateurs et brandit sa pancarte : « Française, hétéro et fière. » La preuve que les messages simples ne le sont pas pour tous. Les marcheurs ont rappelé à qui veut bien l’entendre : la communauté LGBT est encore aujourd’hui victime de lourdes discriminations. À l’étranger, où l’on compte 64 pays qui criminalisent encore l’homosexualité, et où les droits des personnes transgenres font l’objet de reculs ou restrictions dans plusieurs régions, notamment aux États-Unis, avec l’administration Trump. Mais aussi en France, où l’on continue de mourir sous les coups de la haine homophobe. Le 2 juin, Noahm, un jeune homme gay de 19 ans, est décédé des suites d’une violente agression à Metz. Il aurait, d’après SOS homophobie, été ciblé en raison d’une « expression de genre plutôt féminine ».

    Lutte en fête

    Mais c’est bien sûr, comme le veut la tradition, dans une ambiance festive que les marcheurs aixois ont revendiqué leurs droits. Plus de 800 personnes, d’après les chiffres de la préfecture, ont suivi pendant deux heures un char musical animé par « Momi ». « C’est un moment de partage important. C’est l’occasion de faire communauté et de montrer qu’à Aix aussi, nous sommes nombreux », a-t-elle souligné. Et l’assemblée de rappeler, en chœur, que toutes les luttes se rejoignent : « Aix, queer, antifa ! », s’est exclamée la foule à de multiples reprises.

    Les prochaines dates

    Les Prides se succèdent tout au long de ce mois des fiertés. Si celles d’Avignon, Gap ou Aix-en-Provence sont déjà passées, restent encore des rendez-vous dans la région : le samedi 13 juin à Toulon, au départ de la Place d’Armes, et le samedi 4 juillet à Marseille, au départ de la place Castellane (6e).

    M.M.

  • Casser la vérité

    Casser la vérité

    Dans le théâtre trouble des réputations publiques, il est des visages que l’on refuse d’assombrir.

    Certaines figures semblent protégées par une sorte d’immunité morale : l’abbé dont l’hiver 54 refroidissait les colères mêmes des anticléricaux, ce comédien populaire à l’appétit d’ogre, le chanteur familier des souvenirs fiévreux d’adolescentes et de la réalité brumeuse de quinquagénaires.

    Comme si la mémoire affective constituait une cuirasse contre le soupçon.

    Ce qui frappe, ce n’est pas seulement la sidération lorsque surgissent des accusations visant ces figures, mais le réflexe quasi immédiat de déni. Le cerveau social se cabre : « Lui ? impossible. »

    L’argumentaire suit, mécanique, presque rassurant dans sa répétition. Il aurait « trop de succès », « trop d’argent », « trop de charme » pour avoir besoin de commettre l’irréparable. Comme si la violence sexuelle relevait d’un manque à combler, et non d’un rapport de pouvoir.

    Les victimes en deviennent des prédatrices. « Elles n’en veulent qu’à son fric. Après tout ce temps vous pensez bien… »

    Ce raisonnement en dit moins sur les faits eux-mêmes que sur notre besoin de préserver certaines icônes. On ne juge pas seulement des actes supposés, on protège une image, celle d’une époque, d’une jeunesse, d’un attachement intime. Et ceux qui s’y accrochent deviennent parfois les gardiens d’un récit plus que les défenseurs d’une vérité.

    Le contraste est d’autant plus saisissant lorsque l’accusé n’a ni visage connu ni capital symbolique. Là, la présomption d’innocence s’effrite plus vite, remplacée par une suspicion immédiate, parfois brutale. Deux poids, deux mesures : indulgence pour les figures familières, sévérité pour les anonymes. Selon que l’on soit riche ou puissant, Selon que l’on soit célèbre ou inconnu, le tribunal populaire lui-même fait preuve iniquité.

    Cette dissonance révèle une faille profonde : nous ne réagissons pas seulement aux faits, mais à ce qu’ils menacent en nous, souvenirs, appartenances, mythologies personnelles.

    Et tant que cette mécanique restera invisible, elle continuera d’influencer notre manière de croire, de douter… ou de refuser de voir.

  • [Le coin BD] François Ruffin, député et toujours reporter au chevet du pays

    [Le coin BD] François Ruffin, député et toujours reporter au chevet du pays

    Angry black woman » contre « white savior » … C’est à partir de ces concepts américains qu’ils ne se donnent même pas la peine de traduire en français que, sur les réseaux sociaux et dans les médias, d’anciens amis politiques de François Ruffin, des insoumis, l’attaquent allant jusqu’à le qualifier de raciste. Ces militants anticoloniaux ou décoloniaux ne se rendent même pas compte que leur imaginaire et leur conception politique sont eux-mêmes totalement colonisés par une pensée venue des USA et de l’idéologie libérale de ses campus, issue d’une société héritière de la ségrégation raciale alors que la France a, elle, été une puissance coloniale, avec d’autres tares et crimes à dénoncer. Oubliant l’approche de classes marxiste, tout aussi obsédés par la couleur de peau des gens que l’extrême droite qu’ils prétendent combattre, les auteurs de ces attaques en meute ne se donnent même pas la peine de regarder ce que dit cette BD et confondent les constats que dresse François Ruffin dans cette suite d’histoire prise sur le vif et les propres opinions de celui qui s’annonce aujourd’hui comme un futur candidat à l’élection présidentielle. Venu du journalisme indépendants, élu et réélu député de la Somme face à un Rassemblement National qui l’emporte partout autour, défenseur des travailleurs sous-payés du soin et du service, François Ruffin donne sans juger la parole à de nombreuses personnes dans cette BD et affiche son objectif : réparer une France atomisée afin que tous puissent vivre ensemble. Face aux attaques qui déchirent une gauche qui n’en a pas besoin, cette BD sous-titrée « Les aventures de François Ruffin député-reporter » est à lire pour faire sa propre opinion, positive ou négative, lui-même reconnaissant quelques erreurs.

  • [Kallisté] Gérard et Véronique Cesari : quand le souvenir rassemble tout un territoire

    [Kallisté] Gérard et Véronique Cesari : quand le souvenir rassemble tout un territoire

    Organisée par l’association créée par leurs enfants, Charlène trésorière et Pierre, président, en partenariat avec la ville et de très nombreux commerces locaux sponsors de l’événement, cette manifestation rendait hommage à Gérard et Véronique Cesari, disparus en 2025 à quelques mois d’intervalle des suites de la maladie.

    Plus qu’un tournoi de pétanque, ce rendez-vous célébrait la mémoire de deux personnes profondément appréciées. Autour de Charlène et Pierre, c’est toute une famille qui s’est mobilisée pour faire de ce premier challenge un hommage à la hauteur de l’affection portée à Gérard et Véronique.

    Durant deux jours, plusieurs centaines de participants, venus de toute la Corse, se sont retrouvées autour de la passion qui animait Gérard, dans une atmosphère simple et généreuse à l’image du couple auquel ce challenge était dédié.

    L’émotion était particulièrement palpable lors de l’hommage officiel. Aux côtés de sa sœur Charlène, Pierre Cesari a pris la parole avec beaucoup de pudeur et de sincérité. Le maire de Porto-Vecchio, Jean-Christophe Angelini, a lui aussi salué la mémoire de celui qui fut à la fois son ami, son adjoint et un homme profondément engagé au service de sa ville. À cette occasion, il a annoncé que le Challenge Gérard et Véro Cesari deviendrait un rendez-vous annuel, une décision qui s’est imposée comme une évidence au regard de l’émotion et de la mobilisation suscitées par cette première édition.

    En faisant vivre ce challenge, Charlène et Pierre ont offert à leurs parents un hommage à leur image : sincère et profondément humain.

    Car certaines vies laissent une trace qui ne s’efface pas. Elles continuent de vivre dans les histoires que l’on raconte, dans les amitiés qu’elles ont tissées et dans les rendez-vous qu’elles inspirent. À Porto-Vecchio, Gérard et Véronique ont désormais le leur.