Author: tecnavia

  • [Entretien] « On a des enfants présentant des fragilités psychiques de plus en plus importantes »

    [Entretien] « On a des enfants présentant des fragilités psychiques de plus en plus importantes »

    La Marseillaise : Pouvez-vous présenter votre association ?

    Jérôme Leneveu : Notre association est née en 1936. Son ADN est de protéger les enfants du département du Vaucluse. On a d’abord des maisons d’enfants à caractère social, des centres d’accueil. On en a trois sur le département, dont deux à Montfavet et une sur Mazan avec en tout 300 salariés. On accueille une centaine d’enfants qui sont protégés parce qu’il y a eu effectivement des traumatismes. Après, on a des services qui interviennent avec les deux, l’Aide sociale à l’enfance et les magistrats pour éviter d’aller dans ces établissements, pour essayer de rétablir le lien avec les parents.

    Que va-t-on retrouver pendant cette journée ?

    J.L. : La journée de ce samedi, c’est ni plus ni moins la rencontre entre les enfants qu’on accueille aujourd’hui, avec les anciens jeunes accueillis et les anciens salariés de l’association. Avec un moment très festif autour du cirque que les jeunes ont pu préparer. On a préparé les mouchoirs ! Une journée très festive, très simple, avec beaucoup d’activités, d’animations centrées sur les enfants.

    Comment cette action a-t-elle évolué depuis 1936 ?

    J.L. : Moi, je n’ai que 50 ans, je ne suis pas jeune, je ne suis pas vieux. Mais je vois qu’aujourd’hui, on a des enfants qui ont à la fois besoin de protection, mais qui sont aussi psychologiquement très défaillants. Il y a des évolutions du public. Ce qu’on constate, c’est un rajeunissement de la prise en charge des enfants. La moyenne d’âge diminue. On a des problématiques de prostitution de mineurs. Chose que moi, qui suis dedans depuis 30 ans, je n’avais pas vue avant ces cinq dernières années. Donc, il faut travailler avec ces établissements sanitaires et la justice. Pour la petite anecdote, l’association a été créée par le procureur de la République d’Avignon car les juges faisaient des mesures de placement, mais n’avaient pas d’endroit où placer. Et après-guerre, du coup, on a eu des conseils d’administration qui sont devenus beaucoup plus paritaires avec des personnes de la société civile.

    Comment voyez-vous l’avenir ?

    J.L. : Aujourd’hui, on a une relation qui est très sereine avec le Département. On est dans des projets communs, collaboratifs. Donc l’avenir, ce n’est pas forcément de nous développer à tout prix. C’est plutôt de venir essayer d’améliorer l’accompagnement de ces jeunes en Vaucluse.

  • [Maj] Déferlante citoyenne contre la loi « Permis de tuer » à Marseille

    [Maj] Déferlante citoyenne contre la loi « Permis de tuer » à Marseille

    Pari gagné à Marseille. La jeunesse qui a compris qu’elle était dans le collimateur, est descendue en masse dans la rue au cri de « Nous sommes tous antifacistes ! »

    Ils étaient plus de deux milliers à remonter dimanche à 14 heures la Canebière, s’arrêtant devant le commissariat de Noailles puis poussant jusque devant la Préfecture pour dénoncer la loi votée le 7 juillet dernier par 313 députés contre 199 et qui instaure une « présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre ». Un véritable « permis de tuer » dénoncé par 732 000 signataires d’une pétition que la Conférence des présidents de l’Assemblée nationale a écarté d’un revers de la main sans ouvrir de débat. Toutes les associations de défense des droits humains, la Défenseure des Droits et toute la gauche réunie critiquent ce texte très inquiétant.

    « Le RN en a fait son programme, les macronistes et leurs alliés l’ont voté main dans la main avec le RN » a lancé à la foule le président de l’association SAVE (Stop aux violences d’État), Islam El-Khalfaoui dont le fils Souheil, 19 ans, a été tué à la Belle de Mai par la police le 4 août 2021. « Après Carcassonne, quelle preuve vous faut-il encore ?! Ce n’est pas une bavure, c’est un organigramme !, a t-il encore dit, le racisme tient le micro, le parti protège, le gouvernement lui vote un permis » faisant référence aux six heures d’insultes racistes tenues par un policier municipal encarté au RN dans cette ville dirigé par le Rassemblement national.

    * Chiffre de la Préfecture

  • Carole Delga veut tourner la page du mépris macroniste

    Carole Delga veut tourner la page du mépris macroniste

    Village audois de 3000 âmes, Bram, a accueilli pour la 6e année consécutive les Rencontres de la gauche voulues par Carole Delga, la présidente PS de la Région Occitanie, comme un point d’ancrage à une France rurale et populaire que la gauche peine à convaincre au plan national.

    Au premier rang pour l’écouter, trois candidats à la primaire sociale-démocrate : Raphaël Glucksmann (Place publique), qu’elle soutient, accompagné par Yannick Jadot (ex-EELV) mais aussi Jérôme Guedj (PS) et Emmanuel Maurel (GRS). Olivier Faure, son ennemi juré au sein du PS et Ségolène Royal n’ont pas fait le déplacement.

    « Refus du fatalisme et du défaitisme »

    Depuis la tribune, devant un parterre de personnalités, c’est Martin Malvy, son prédécesseur à la présidence de la Région que Carole Delga choisit de saluer au nom de « la transmission en politique ».  Dans le public, pas un seul drapeau du PS mais des drapeaux tricolores, européens et des bannières de la République en commun, son mouvement.

    « La République de l’attention et du partage doit redevenir notre destin commun », lance la présidente de Région, décidée tourner la page de l’ère Macron. Tour à tour elle appelle ainsi à « mettre fin à cette fable du ruissellement », à « changer la manière de gouverner. Stop au narcissisme, au coté autoritaire et vertical » ou encore à réinvestir dans les services publics, « le patrimoine de ceux qui n’en ont pas ».

    Dans ce département de l’Aude où Marine Le Pen est venue faire campagne auprès des sinistrés de Pomas vendredi, Carole Delga ne retient pas ses coups contre le RN. « Luttons sans relâche contre les idées de l’extrême droite qui rêve de prendre sa revanche sur l’Histoire de ce pays. Parce qu’il y a eu la Résistance, l’extrême droite c’est le camp des perdants face à celui de la République et de la France », rappelle-t-elle tout en refusant de lui laisser ceux qui se « sentent loin de tout », ceux qui n’ont pas d’autre choix que de payer « 500 euros de carburant pas mois ». Après la révélation de la vidéo d’un policier municipal de Carcassonne « membre de la garde rapprochée du RN », tenant des propos racistes, homophobes et sexistes, elle estime que le parti de Jean-Marie Le Pen n’a jamais changé.

    Laïque, opposée à l’abaya dans les lycées, Carole Delga condamne l’idée d’interdire le voile dans l’espace public. « Nous sommes la République française ! », s’exclame-t-elle ovationnée debout.

    La présidente de l’Occitanie revient ensuite sur son soutien à Fibre excellence qu’elle a démandé au gouvernement de nationaliser temporairement et cite en exemple le site de la Société Aveyronnaise de Métallurgie (SAM) près de Decazeville où « après plusieurs années de combat et de procédure » deux entreprises réembauchent. « On ne va pas refaire le sketch des masques », dénonce-t-elle en soulignant l’importance stratégique de la production de pâte à papier sur le sol national.

    Un monde si loin de celui de Raphaël Glucksmann,

    Elle décrit son camp comme « indéfectiblement républicain » et lance : « On est une famille turbulente. On est le midi rouge ! » avant de livrer un réquisitoire contre le « fatalisme, le défaitisme ».

    Citant le poète communiste Paul Éluard « le soleil brille pour tout le monde, le bonheur est un droit et non un privilège » et la président socialiste mexicaine, Claudia Sheinbaum. : « Pour le bien de tous, les pauvres d’abord », Carole Delga insiste sur l’exigence de justice sociale et la nécessité de « produire de la fraternité ».

    C’est déjà l’heure du « fameux cassoulet bramais ». Raphaël Glucksmann, chaleureusement applaudi dans les travées, chemine dans un monde qui semble si loin du sien, lui l’eurodéputé qui a su convaincre parmi les habitants des métropoles et les CSP+. Le voilà prévenu à Bram : point de victoire possible sans « la gauche républicaine, populaire et ancrée dans le réel » que Carole Delga entend incarner à ses côtés.

  • [Portrait] Khadidja Sahraoui-Chapuis, sociologue tenace

    [Portrait] Khadidja Sahraoui-Chapuis, sociologue tenace

    Écouter sans filtre ni complaisance les acteurs d’une situation, tisser des liens, déconstruire ce qui n’est pas uniquement local et peut relever d’un passé post-colonial, écarter les fables des médias qui dramatisent, diabolisent et mythifient, veiller sans relâche pour que chacune des phrases écrites soit prioritairement lisible et incarnée, tels sont quelques-uns des enjeux de cette enquête rédigée au terme de 25 années d’entretiens et de remises en questions. Un peu comme dans La Misère du monde de Pierre Bourdieu, ce chantier entrelace une connaissance constamment renouvelée du proche environnement, des témoignages bruts et des synthèses provisoires. Endurance et vigilance : après une enfance vécue dans une cité dont on sait l’évolution et le délabrement, puisqu’elle « porte le nom d’un peintre », après son lycée abandonné en classe de seconde, dans un improbable cheminement, farouchement consolidé par cette thèse à l’Université, Durkheim et Marcel Mauss, Khadidja Sahraoui identifie progressivement un segment mal connu du prolétariat d’aujourd’hui, les « petites mains » du trafic de drogue.

    En dépit de l’anonymat qu’ils conservent et des pseudonymes qu’elle invente pour qu’on ne les tracasse pas – Rocky, Carpe, Citron ou Frites, porteur d’une rage de dents ou bien Bordeaux, trop jeune guetteur venu de loin, victime d’une exécution commanditée par son réseau – les trajectoires de ces garçons prennent dans les détours de son livre une irréfutable consistance, un relief qui ne s’efface pas.

    Les idées reçues, les préjugés à propos de « l’argent facile » sont balayés. Ces « gamins » se sont engouffrés dans des existences cadenassées par leurs supérieurs, ces subalternes obéissent à de féroces organisateurs. Ils s’ennuient, tentent d’éviter la honte de leurs parents, traficotent 12 ou 14 heures par jour. Les bruits, l’absence de loyauté, le stress et la terreur, les pilonnages et les affrontements avec la police, l’urine et la saleté, le sang et les larmes les transforment. Ces précaires en quête de virilité, ces non-blancs cagoulent leurs visages. Ils n’ont pas droit à l’erreur et peuvent finir très vite leur adolescence entre les quatre planches d’un cercueil.

    Un grand refus
    du fatalisme

    Pas du tout pour les excuser, bien évidemment pour tenter de comprendre, Khadidja Sahraoui les décrit sans fatalisme ni fascination. Elle reproduit sans familiarité leurs expressions, l’humour et la radicalité de leur vocabulaire. Ces garçons ont été fragilisés et cabossés par toutes sortes de frustrations et d’humiliations. Un milieu scolaire sans exigence ni finalité, les rejets et les inégalités sociales endurés par leurs parents ou leurs fratries, les accidents de santé ne les épargnent pas.

    Le livre de Khadidja n’est pourtant jamais catastrophique. Preuves à l’appui, parce qu’elle connaît le temps long des cités, elle établit que cette jeunesse du narcotrafic, impitoyablement racialisée, discriminée et stigmatisée peut aussi « s’en sortir ». Elle démontre que les déterminants et les dysfonctionnements sociaux ne sont pas toujours victorieux, la situation la plus néfaste peut être renversée. Avec ces jeunes du narcotrafic longtemps terriblement fautifs, elle n’est pas seulement en posture d’empathie. Ses attitudes sont toujours le reflet infiniment précieux d’une analyse et de réflexions dont le monde politique, les médias et les travailleurs sociaux devraient s’inspirer. Un aîné à présent devenu un proche ami, l’anthropologue Michel Péraldi estime que son livre est pour Marseille l’équivalent du grand ouvrage de l’américain Philippe Bourgois, traduit et publié au Seuil en 2001 : « En quête de respect. Le crack à New York ».

    Via Albert Londres et ses suiveurs, une croyance voudrait que Marseille, ville « sans mémoire ni monuments » préfère effacer et ne pas méditer les traces de son passé. Quand on entrevoit le parcours d’une personne comme Khadidja Sahraoui, on est persuadé du contraire. Au milieu des destructions, des tournants et des accélérations de la plus récente époque, sa ville natale est une ville de souffrances, de joies et de réminiscences. Quelques-uns de ses plus vifs attachements, entre autres les noms et prénoms de ses parents, exilés loin de l’Algérie figurent dans la page de remerciements de son livre. Quand elle le dédicace, elle griffonne quelquefois une phrase qui n’est pas un slogan : « la lutte continue ».

    Aujourd’hui samedi 17h,

    librairie Maupetit, rencontre-

    signature avec
    Khadidja Sahraoui

  • [ Entretien] Pour protéger la biodiversité de l’océan, peut-être faut-il l’écouter »

    [ Entretien] Pour protéger la biodiversité de l’océan, peut-être faut-il l’écouter »

    La Marseillaise : Vous montrez que le son produit par un poisson – « Argyrosomus japonicus » – nous le rend plus impressionnant, intelligent et sensible. Est-ce que vous vous attendiez à un tel effet du son ?

    Anne-Sophie Tribot : Cela confirme ce que j’avais pu tester de manière informelle lors d’activités de médiation auprès du public dans des aquariums : quand nous faisions écouter des sons aux visiteurs, cela suscitait de l’étonnement, de la curiosité et faisait travailler l’imagination. Nous savons que les sons émis par les animaux peuvent générer de l’affect positif. C’est bien documenté chez les oiseaux.

    Qu’est-ce qui provoque cette réaction ?

    A.-S.T. :C’est ce que nous aimerions approfondir. Est-ce parce qu’on trouve que c’est un beau bruit ? Parce qu’on l’associe à un animal en particulier ? Parce qu’il nous évoque quelque chose ? Il faudrait faire cela pour différentes espèces et différents types de sons et observer quelles réactions cela provoque. Nous voudrions aussi étendre l’étude à des paysages sonores sous-marins.

    C’est-à-dire ?

    A.-S.T. : Ne pas nous limiter à une espèce mais faire des assemblages d’espèces. C’est intéressant en termes de médiation car la dimension sonore des océans est méconnue. Et pour cause, c’est un espace plus difficilement accessible que l’espace terrestre. Au-delà des sons produits par les mammifères marins
    –baleines, dauphins…-, on connaît peu les bruits de l’océan. Or, il est loin d’être le « monde du silence ». L’écouter peut être un bon levier pour protéger la biodiversité qui le peuple.

  • [Lecture] Cinq silences, ou les derniers instants d’écrivains

    [Lecture] Cinq silences, ou les derniers instants d’écrivains

    Car il serait dommage de ne point ouvrir la porte de son libraire pour aller acheter le nouveau livre de Raphaël Meltz. La mort étant au programme, ne vous attendez pas à vous étrangler de rire, car la Camarde est là pour nous rappeler que toutes les heures blessent, et que la dernière tue. Elle n’est pas d’humeur gaie, la chroniqueuse ! diront certains. Nous en avons conscience, mais vivre les derniers instants de Franz Kafka, de Virginia Woolf, d’Albertine Sarrazin, de Georges Perec, de Roberto Bolaño, pique notre curiosité. Seul nous chagrine de savoir qu’ils n’ont pas connu la vieillesse, puisque la faux s’est abattue trop tôt sur eux. Ils auront eu, toutefois, le temps de nous laisser des chefs-d’œuvre, qui ont échappé à la pire des morts, celle de l’oubli.

    Aucun n’a fait mieux

    Que furent donc leurs derniers instants, car il faut bien, hélas, que ce qui devait arriver, arrive ? Franz Kafka, que l’on croyait déjà dans l’autre monde, s’est soudain redressé pour respirer les fleurs qu’on venait de lui offrir. Virginia Woolf s’en va se noyer dans une rivière après avoir écrit une lettre à son époux. Albertine Sarrazin qui pensait qu’un chirurgien ne la laisserait jamais claquer sur un billard, ne se réveillera pas. Georges Perec est foudroyé par ce que nous appellerons une anarchie de cellules. Roberto Bolaño s’éteint dans une unité de soins intensifs digestifs. Nous entendons déjà certains nous dire : Raphaël Meltz n’est pas le premier auteur à avoir écrit sur les derniers jours, d’un tel, ou d’une telle… Nous ne pouvons que leur donner raison. Mais si les autres ont pu faire aussi bien, aucun n’a fait mieux que lui.

    Bayard, 23 euros

  • Rouvrir les garrigues pour la pie-grièche à Lançon-de-Provence

    Rouvrir les garrigues pour la pie-grièche à Lançon-de-Provence

    Cinq espèces de pie-grièche sont présentes dans le pays, et toutes sont en voie de disparition. Au sein de ce cortège, la Pie-grièche méridionale, endémique de la péninsule ibérique et du sud de la France, est menacée d’extinction au niveau mondial. Dans l’Hexagone, sa population est estimée entre 750 et 1 250 couples nicheurs. La région Provence-Alpes-Côte d’Azur, qui accueille à elle seule plus de la moitié de ces effectifs, « détient une responsabilité majeure dans la conservation de cette espèce », affirme la Ligue de protection des oiseaux PACA (LPO).

    L’association a donc lancé le Programme de restauration écologique des garrigues ouvertes (PREGO), un projet pilote destiné à préserver les habitats favorables à la pie-grièche méridionale et à toute la biodiversité qui lui est associée. Car cette espèce typique des paysages méditerranéens semi-ouverts dépend étroitement des maquis entretenus par le pastoralisme ou par les perturbations naturelles comme les incendies. « Mais avec la déprise agricole débutée dans les années 1970, l’abandon progressif du pâturage a favorisé la fermeture des
    milieux
     », relate la LPO.

    Pâturer pour pérenniser

    François Jeanne, responsable territorial Ouest-Provence de l’association, détaille : « La dynamique naturelle, qu’on observe dans tous les milieux, c’est la colonisation des garrigues et leur emboisement, avec une évolution vers le stade de jeune pinède, puis de forêt. »

    À ce stade du programme, la LPO identifie les secteurs à rouvrir. Concrètement, 132 hectares seront restaurés au cœur de la zone Natura 2 000 des garrigues de Lançon-de-Provence, notamment par girobroyage mécanique, d’ici juin 2029. Des opérations de brûlage dirigé menées par le Service départemental d’incendie et de secours concerneront 12 hectares « qui ne sont pas encore cartographiés », note François Jeanne, qui précise : « On croise ça avec toutes les opérations de Défense des forêts contre l’incendie (DFCI), l’idée c’est de venir en complément. » Car au-delà de leurs bienfaits pour la biodiversité, ces actions renforcent la résilience des écosystèmes face au changement climatique et contribuent à la limitation du risque incendie.

    Le pâturage sur les sites restaurés sera ensuite encouragé afin de maintenir durablement ces milieux ouverts. Le Centre d’études et de réalisations pastorales Alpes Méditerranée (CERPAM), sans être partenaire direct, est associé au programme. « Ils étaient présents à la réunion de lancement et suivent le projet avec intérêt », assure le responsable territorial LPO. « On a une réflexion pour garantir la pérennité des travaux, poursuit-il. Une expérience sur la commune de la Barben montre que lorsqu’on rouvre les milieux, l’écosystème est favorable pour une période de 5 à 7 années après les travaux. Le pâturage freine la fermeture. » Les actions opérationnelles seront réalisées à l’automne ou à l’hiver. « On espère pouvoir entamer les premiers travaux au début de l’an prochain, après avoir obtenu les autorisations environnementales », confie François Jeanne.

  • Le musée de Lodève invite au voyage intérieur avec l’expo d’Anouck Manzoni

    Le musée de Lodève invite au voyage intérieur avec l’expo d’Anouck Manzoni

    Des œuvres qui trouvent une résonance singulière avec les collections de géologie et de paléontologie du musée de Lodève. « Élaborées par un processus de sédimentation, elles mettent en jeu des temporalités lentes et des transformations de la matière qui rappellent celles à l’œuvre dans les phénomènes géologiques. Entre dépôt et empreinte, elles donnent forme à une matière traversée par le temps, évoquant des traces végétales, minérales ou cosmiques », décrit le musée dans sa présentation de l’exposition.

    « Anouck Manzoni crée un médium à base d’encres et de pigments qui, une fois appliqués au pinceau sur le papier, dessine des Rhizomes. (…) Tel le test de Rorschach ou la paréidolie, ses dessins et peintures sur papier s’adressent à l’inconscient collectif. Ils invitent le spectateur à l’introspection, la quête de son essence, sa nature profonde. Anouck Manzoni questionne notre relation au vivant et l’interconnexion de tous les éléments, sans hiérarchie aucune. »

    Le vernissage se déroulera samedi 19 septembre à 11h, en pleine effervescence des Journées européennes du patrimoine.

    Ce même jour, l‘artiste animera, à 14h et 16h, des visites commentées pour dévoiler les secrets de ses mystérieuses sédimentations colorées (gratuit sur réservation). Une expérience visuelle et sensorielle à ne pas manquer cet automne.

  • Un pôle santé pour faire face à la désertification médicale à Lézan

    Un pôle santé pour faire face à la désertification médicale à Lézan

    À Lézan, la nouvelle plaque porte le nom du docteur Henri Deleuzon, médecin de campagne resté dans la mémoire du village. Un hommage qui sonne presque comme un rappel : dans les territoires ruraux, pouvoir consulter un généraliste près de chez soi n’a plus rien d’une évidence. Jeudi 10 septembre, plus de 200 habitants se sont réunis pour inaugurer le nouveau pôle de santé de la commune, ouvert depuis la fin de l’année 2025.

    Installé en plein cœur du village, à quelques mètres de la pharmacie, l’équipement doit assurer une offre de soins pour près de dix communes, soit un bassin d’environ 8 000 habitants. Deux médecins y exercent déjà, au sein d’un réseau comprenant également pharmacien, infirmières, kinésithérapeute, dentiste, podologue ou ambulancier. Mais la municipalité ne cache pas son objectif : en attirer d’autres. Car avec ses 81 médecins pour 100 000 habitants, le Gard est, derrière la Lozère, le département d’Occitanie à la plus faible densité médicale.

    Le droit d’être soigné

    Pensé depuis plusieurs années, le pôle représente 734 000 euros HT, dont 344 000 financés par la commune et 123 700 par le Département, aux côtés de l’État et d’Alès Agglomération. Un effort qui illustre le poids pris par les collectivités face aux déserts médicaux.

    « La santé ne peut pas être une variable d’ajustement », ont défendu les élus lors de l’inauguration. Une formule qui dépasse largement le cas lézanais. Si la santé demeure d’abord une compétence de l’État, intercommunalités, Département et Région multiplient les initiatives pour colmater les brèches. Le Département promet ainsi l’arrivée de 35 médecins juniors d’ici fin 2026 dans le cadre de son plan santé 2024-2027. Mais à Lézan, le défi reste entier : attirer durablement des praticiens pour que le droit à être soigné ne dépende pas de son adresse.

  • Dans le Gard rhodanien, l’eau devient une urgence politique

    Dans le Gard rhodanien, l’eau devient une urgence politique

    Le Rhône coule à quelques kilomètres. Et pourtant, dans une partie du Gard rhodanien, l’eau manque déjà ou menace de manquer demain. C’est tout le paradoxe que les élus, agriculteurs et acteurs de l’eau ont exposé à Carole Delga, vendredi 4 septembre à Laudun-l’Ardoise. Après une matinée consacrée aux perspectives industrielles et énergétiques, la présidente de la Région Occitanie a changé de sujet, mais pas d’horizon : comment préparer le territoire aux bouleversements qui viennent ?

    Autour de la table, les étés successifs ont laissé leurs traces. Canicules, sécheresses, incendies : autant de phénomènes qui bousculent les usages et rendent plus urgente la question du partage de la ressource. « Les canicules, les tensions sur la ressource en eau et le risque d’incendie ne sont plus des phénomènes exceptionnels », prévient Carole Delga, qui appelle à passer « d’une logique de réaction à une véritable culture de l’anticipation et de la prévention ».

    Car dans ce territoire où terres agricoles, vignes, forêts et espaces naturels se côtoient, l’eau ne sert pas seulement à irriguer. Elle conditionne l’accès à l’eau potable, le maintien des exploitations, la défense contre les incendies et l’avenir des paysages. « L’eau a été, est et sera vitale et transversale dans l’aménagement du territoire », résume Cédric Clémente, maire de Lirac et président des Communes forestières du Gard.

    L’avancée des friches inquiète aussi : plus de 2 300 hectares seraient aujourd’hui concernés. Avec, en toile de fond, un risque accru de propagation des feux. « Une terre cultivée est le meilleur pare-feu à la propagation de l’incendie », rappelle Carole Delga. À Laudun-l’Ardoise, le maire Ludovic Di Rollo insiste lui aussi : « Il va falloir que l’on ait les équipements, localement et nationalement, pour combattre le feu ».

    Partager la ressource

    Derrière le constat commence la bataille des infrastructures. Les acteurs locaux et la Chambre d’agriculture ont présenté leur projet de schéma d’eau brute à l’échelle du Gard rhodanien. Une réflexion partie en 2021 du monde viticole et de plusieurs appellations des Côtes-du-Rhône, avec l’idée de prélever de l’eau du Rhône pour sécuriser les cultures. Elle dépasse désormais largement la vigne : c’est toute la résilience du territoire qui est mise sur la table.

    Parmi les pistes avancées figurent le prolongement et l’interconnexion des réseaux. L’objectif : ne plus dépendre d’une ressource unique lorsqu’elle vient à manquer. « Un maillage permet d’avoir un plan B », résume Carole Delga. Le réseau régional exploité par BRL, largement alimenté par le Rhône, constitue déjà un outil essentiel pour sécuriser des territoires soumis à la sécheresse. Mais son président Fabrice Verdier prévient : « C’est une solution parmi d’autres ». Car aucun grand tuyau ne réglera seul la question. Économies, stockage, interconnexions, retenues collinaires, restauration des milieux, encore réutilisation des eaux usées traitées doivent, selon les participants, être combinés. « Il faut se battre pour avoir une réutilisation plus forte », insiste la présidente de Région.

    Carole Delga réclame pour cela davantage de latitude à l’État afin d’accélérer les projets, notamment sur la réutilisation des eaux usées et les petites retenues. « Nous avons besoin d’une plus grande souplesse réglementaire pour accélérer notre action et apporter des solutions adaptées aux habitants, à nos agriculteurs et viticulteurs, aux entreprises », plaide-t-elle. Dans ce sens, la Région a officiellement demandé fin août un régime spécifique permettant à l’Occitanie d’adapter plus rapidement ses politiques aux conséquences du changement climatique.

    Mais accélérer ne suffira pas si chacun continue à agir dans son périmètre. « Si on ne joue pas ensemble, on ne réussira pas », avertit le sénateur Denis Bouad. Collectivités, monde agricole, BRL, État : le Gard rhodanien cherche désormais à rattraper un temps précieux. À mesure que les sécheresses s’installent, anticiper la pénurie devient aussi une manière d’éviter que la rareté ne creuse davantage les inégalités.