Author: tecnavia

  • [Lecture] Cinq silences, ou les derniers instants d’écrivains

    [Lecture] Cinq silences, ou les derniers instants d’écrivains

    Car il serait dommage de ne point ouvrir la porte de son libraire pour aller acheter le nouveau livre de Raphaël Meltz. La mort étant au programme, ne vous attendez pas à vous étrangler de rire, car la Camarde est là pour nous rappeler que toutes les heures blessent, et que la dernière tue. Elle n’est pas d’humeur gaie, la chroniqueuse ! diront certains. Nous en avons conscience, mais vivre les derniers instants de Franz Kafka, de Virginia Woolf, d’Albertine Sarrazin, de Georges Perec, de Roberto Bolaño, pique notre curiosité. Seul nous chagrine de savoir qu’ils n’ont pas connu la vieillesse, puisque la faux s’est abattue trop tôt sur eux. Ils auront eu, toutefois, le temps de nous laisser des chefs-d’œuvre, qui ont échappé à la pire des morts, celle de l’oubli.

    Aucun n’a fait mieux

    Que furent donc leurs derniers instants, car il faut bien, hélas, que ce qui devait arriver, arrive ? Franz Kafka, que l’on croyait déjà dans l’autre monde, s’est soudain redressé pour respirer les fleurs qu’on venait de lui offrir. Virginia Woolf s’en va se noyer dans une rivière après avoir écrit une lettre à son époux. Albertine Sarrazin qui pensait qu’un chirurgien ne la laisserait jamais claquer sur un billard, ne se réveillera pas. Georges Perec est foudroyé par ce que nous appellerons une anarchie de cellules. Roberto Bolaño s’éteint dans une unité de soins intensifs digestifs. Nous entendons déjà certains nous dire : Raphaël Meltz n’est pas le premier auteur à avoir écrit sur les derniers jours, d’un tel, ou d’une telle… Nous ne pouvons que leur donner raison. Mais si les autres ont pu faire aussi bien, aucun n’a fait mieux que lui.

    Bayard, 23 euros

  • Rouvrir les garrigues pour la pie-grièche à Lançon-de-Provence

    Rouvrir les garrigues pour la pie-grièche à Lançon-de-Provence

    Cinq espèces de pie-grièche sont présentes dans le pays, et toutes sont en voie de disparition. Au sein de ce cortège, la Pie-grièche méridionale, endémique de la péninsule ibérique et du sud de la France, est menacée d’extinction au niveau mondial. Dans l’Hexagone, sa population est estimée entre 750 et 1 250 couples nicheurs. La région Provence-Alpes-Côte d’Azur, qui accueille à elle seule plus de la moitié de ces effectifs, « détient une responsabilité majeure dans la conservation de cette espèce », affirme la Ligue de protection des oiseaux PACA (LPO).

    L’association a donc lancé le Programme de restauration écologique des garrigues ouvertes (PREGO), un projet pilote destiné à préserver les habitats favorables à la pie-grièche méridionale et à toute la biodiversité qui lui est associée. Car cette espèce typique des paysages méditerranéens semi-ouverts dépend étroitement des maquis entretenus par le pastoralisme ou par les perturbations naturelles comme les incendies. « Mais avec la déprise agricole débutée dans les années 1970, l’abandon progressif du pâturage a favorisé la fermeture des
    milieux
     », relate la LPO.

    Pâturer pour pérenniser

    François Jeanne, responsable territorial Ouest-Provence de l’association, détaille : « La dynamique naturelle, qu’on observe dans tous les milieux, c’est la colonisation des garrigues et leur emboisement, avec une évolution vers le stade de jeune pinède, puis de forêt. »

    À ce stade du programme, la LPO identifie les secteurs à rouvrir. Concrètement, 132 hectares seront restaurés au cœur de la zone Natura 2 000 des garrigues de Lançon-de-Provence, notamment par girobroyage mécanique, d’ici juin 2029. Des opérations de brûlage dirigé menées par le Service départemental d’incendie et de secours concerneront 12 hectares « qui ne sont pas encore cartographiés », note François Jeanne, qui précise : « On croise ça avec toutes les opérations de Défense des forêts contre l’incendie (DFCI), l’idée c’est de venir en complément. » Car au-delà de leurs bienfaits pour la biodiversité, ces actions renforcent la résilience des écosystèmes face au changement climatique et contribuent à la limitation du risque incendie.

    Le pâturage sur les sites restaurés sera ensuite encouragé afin de maintenir durablement ces milieux ouverts. Le Centre d’études et de réalisations pastorales Alpes Méditerranée (CERPAM), sans être partenaire direct, est associé au programme. « Ils étaient présents à la réunion de lancement et suivent le projet avec intérêt », assure le responsable territorial LPO. « On a une réflexion pour garantir la pérennité des travaux, poursuit-il. Une expérience sur la commune de la Barben montre que lorsqu’on rouvre les milieux, l’écosystème est favorable pour une période de 5 à 7 années après les travaux. Le pâturage freine la fermeture. » Les actions opérationnelles seront réalisées à l’automne ou à l’hiver. « On espère pouvoir entamer les premiers travaux au début de l’an prochain, après avoir obtenu les autorisations environnementales », confie François Jeanne.

  • Le musée de Lodève invite au voyage intérieur avec l’expo d’Anouck Manzoni

    Le musée de Lodève invite au voyage intérieur avec l’expo d’Anouck Manzoni

    Des œuvres qui trouvent une résonance singulière avec les collections de géologie et de paléontologie du musée de Lodève. « Élaborées par un processus de sédimentation, elles mettent en jeu des temporalités lentes et des transformations de la matière qui rappellent celles à l’œuvre dans les phénomènes géologiques. Entre dépôt et empreinte, elles donnent forme à une matière traversée par le temps, évoquant des traces végétales, minérales ou cosmiques », décrit le musée dans sa présentation de l’exposition.

    « Anouck Manzoni crée un médium à base d’encres et de pigments qui, une fois appliqués au pinceau sur le papier, dessine des Rhizomes. (…) Tel le test de Rorschach ou la paréidolie, ses dessins et peintures sur papier s’adressent à l’inconscient collectif. Ils invitent le spectateur à l’introspection, la quête de son essence, sa nature profonde. Anouck Manzoni questionne notre relation au vivant et l’interconnexion de tous les éléments, sans hiérarchie aucune. »

    Le vernissage se déroulera samedi 19 septembre à 11h, en pleine effervescence des Journées européennes du patrimoine.

    Ce même jour, l‘artiste animera, à 14h et 16h, des visites commentées pour dévoiler les secrets de ses mystérieuses sédimentations colorées (gratuit sur réservation). Une expérience visuelle et sensorielle à ne pas manquer cet automne.

  • Un pôle santé pour faire face à la désertification médicale à Lézan

    Un pôle santé pour faire face à la désertification médicale à Lézan

    À Lézan, la nouvelle plaque porte le nom du docteur Henri Deleuzon, médecin de campagne resté dans la mémoire du village. Un hommage qui sonne presque comme un rappel : dans les territoires ruraux, pouvoir consulter un généraliste près de chez soi n’a plus rien d’une évidence. Jeudi 10 septembre, plus de 200 habitants se sont réunis pour inaugurer le nouveau pôle de santé de la commune, ouvert depuis la fin de l’année 2025.

    Installé en plein cœur du village, à quelques mètres de la pharmacie, l’équipement doit assurer une offre de soins pour près de dix communes, soit un bassin d’environ 8 000 habitants. Deux médecins y exercent déjà, au sein d’un réseau comprenant également pharmacien, infirmières, kinésithérapeute, dentiste, podologue ou ambulancier. Mais la municipalité ne cache pas son objectif : en attirer d’autres. Car avec ses 81 médecins pour 100 000 habitants, le Gard est, derrière la Lozère, le département d’Occitanie à la plus faible densité médicale.

    Le droit d’être soigné

    Pensé depuis plusieurs années, le pôle représente 734 000 euros HT, dont 344 000 financés par la commune et 123 700 par le Département, aux côtés de l’État et d’Alès Agglomération. Un effort qui illustre le poids pris par les collectivités face aux déserts médicaux.

    « La santé ne peut pas être une variable d’ajustement », ont défendu les élus lors de l’inauguration. Une formule qui dépasse largement le cas lézanais. Si la santé demeure d’abord une compétence de l’État, intercommunalités, Département et Région multiplient les initiatives pour colmater les brèches. Le Département promet ainsi l’arrivée de 35 médecins juniors d’ici fin 2026 dans le cadre de son plan santé 2024-2027. Mais à Lézan, le défi reste entier : attirer durablement des praticiens pour que le droit à être soigné ne dépende pas de son adresse.

  • Dans le Gard rhodanien, l’eau devient une urgence politique

    Dans le Gard rhodanien, l’eau devient une urgence politique

    Le Rhône coule à quelques kilomètres. Et pourtant, dans une partie du Gard rhodanien, l’eau manque déjà ou menace de manquer demain. C’est tout le paradoxe que les élus, agriculteurs et acteurs de l’eau ont exposé à Carole Delga, vendredi 4 septembre à Laudun-l’Ardoise. Après une matinée consacrée aux perspectives industrielles et énergétiques, la présidente de la Région Occitanie a changé de sujet, mais pas d’horizon : comment préparer le territoire aux bouleversements qui viennent ?

    Autour de la table, les étés successifs ont laissé leurs traces. Canicules, sécheresses, incendies : autant de phénomènes qui bousculent les usages et rendent plus urgente la question du partage de la ressource. « Les canicules, les tensions sur la ressource en eau et le risque d’incendie ne sont plus des phénomènes exceptionnels », prévient Carole Delga, qui appelle à passer « d’une logique de réaction à une véritable culture de l’anticipation et de la prévention ».

    Car dans ce territoire où terres agricoles, vignes, forêts et espaces naturels se côtoient, l’eau ne sert pas seulement à irriguer. Elle conditionne l’accès à l’eau potable, le maintien des exploitations, la défense contre les incendies et l’avenir des paysages. « L’eau a été, est et sera vitale et transversale dans l’aménagement du territoire », résume Cédric Clémente, maire de Lirac et président des Communes forestières du Gard.

    L’avancée des friches inquiète aussi : plus de 2 300 hectares seraient aujourd’hui concernés. Avec, en toile de fond, un risque accru de propagation des feux. « Une terre cultivée est le meilleur pare-feu à la propagation de l’incendie », rappelle Carole Delga. À Laudun-l’Ardoise, le maire Ludovic Di Rollo insiste lui aussi : « Il va falloir que l’on ait les équipements, localement et nationalement, pour combattre le feu ».

    Partager la ressource

    Derrière le constat commence la bataille des infrastructures. Les acteurs locaux et la Chambre d’agriculture ont présenté leur projet de schéma d’eau brute à l’échelle du Gard rhodanien. Une réflexion partie en 2021 du monde viticole et de plusieurs appellations des Côtes-du-Rhône, avec l’idée de prélever de l’eau du Rhône pour sécuriser les cultures. Elle dépasse désormais largement la vigne : c’est toute la résilience du territoire qui est mise sur la table.

    Parmi les pistes avancées figurent le prolongement et l’interconnexion des réseaux. L’objectif : ne plus dépendre d’une ressource unique lorsqu’elle vient à manquer. « Un maillage permet d’avoir un plan B », résume Carole Delga. Le réseau régional exploité par BRL, largement alimenté par le Rhône, constitue déjà un outil essentiel pour sécuriser des territoires soumis à la sécheresse. Mais son président Fabrice Verdier prévient : « C’est une solution parmi d’autres ». Car aucun grand tuyau ne réglera seul la question. Économies, stockage, interconnexions, retenues collinaires, restauration des milieux, encore réutilisation des eaux usées traitées doivent, selon les participants, être combinés. « Il faut se battre pour avoir une réutilisation plus forte », insiste la présidente de Région.

    Carole Delga réclame pour cela davantage de latitude à l’État afin d’accélérer les projets, notamment sur la réutilisation des eaux usées et les petites retenues. « Nous avons besoin d’une plus grande souplesse réglementaire pour accélérer notre action et apporter des solutions adaptées aux habitants, à nos agriculteurs et viticulteurs, aux entreprises », plaide-t-elle. Dans ce sens, la Région a officiellement demandé fin août un régime spécifique permettant à l’Occitanie d’adapter plus rapidement ses politiques aux conséquences du changement climatique.

    Mais accélérer ne suffira pas si chacun continue à agir dans son périmètre. « Si on ne joue pas ensemble, on ne réussira pas », avertit le sénateur Denis Bouad. Collectivités, monde agricole, BRL, État : le Gard rhodanien cherche désormais à rattraper un temps précieux. À mesure que les sécheresses s’installent, anticiper la pénurie devient aussi une manière d’éviter que la rareté ne creuse davantage les inégalités.

  • À Montpellier, une mécanique déjà bien huilée

    À Montpellier, une mécanique déjà bien huilée

    Le futur hôtel des sécurités va nous faire gagner beaucoup de temps. » À entendre Sébastien Cote, on pourrait d’abord croire que ce lieu stratégique – qui ouvrira dans le quartier Celleneuve début 2029 – est attendu comme le messie à l’heure où les phénomènes météo extrêmes s’accentuent.

    En réalité, l’hôtel des sécurités qui centralisera les polices municipale et métropolitaine des transports, le PC sécurité de la TAM ou encore le Centre de supervision urbaine (CSU), ne sera que la cerise sur le gâteau. « Tous les acteurs seront réunis au même endroit et auront sous les yeux le grand mur d’images du réseau de caméras de vidéosurveillance de la Ville de Montpellier », explique l’adjoint au maire délégué à la sécurité.

    L’ultime maillon d’une chaîne de commandement déjà parfaitement rodée les jours où les pouvoirs publics se doivent de prendre les mesures adaptées aux risques climatiques exceptionnels. Car lorsque les fortes pluies ou le feu menacent, personne ne tergiverse. Le Plan communal de sauvegarde de la Ville (PCS) détaille risque par risque les process et rôles de chacun. « Tous les scénarios sont envisagés et le plan va bientôt passer à l’échelle de la Métropole », précise Sébastien Cote.

    Dès que nécessaire s’ouvre une « cellule de crise » au sous-sol de l’hôtel de ville de Montpellier. Au sein de ce Poste de commandement communal (PCC) aux allures de bunker, entre 15 et 20 personnes dont le maire ou l’adjoint d’astreinte, les responsables des services municipaux, de la police municipale, la voirie, la TAM, les pompiers, la sécurité civile… « Ils sont en lien téléphonique avec les équipes de terrain, la société Predict Services pour les prévisions météo et si besoin les maires des communes avoisinantes, ainsi bien sûr le préfet qui peut reprendre la main si le phénomène s’étend au département. »

    Des outils spécifiques sont aussi à disposition à l’instar du réseau métropolitain de capteurs qui mesurent la montée des eaux. « On peut ainsi rapidement décider de sécuriser une école, fermer un parc, un bois ou une route en contrebas, stopper une ligne de tramway… », illustre l’adjoint à la sécurité.

    La canicule n’étant pas un « risque ponctuel » mais continu, elle donne lieu à une « cellule de veille » quotidienne et amène elle aussi à des choix politiques forts. « En cas de fortes chaleurs, on peut décider en lien avec le rectorat de suspendre des cours d’une école, d’inviter au report d’un rassemblement mais aussi de rallonger les horaires des médiathèques ou d’ouvrir des salles climatisées pour placer les sans domicile fixe à l’abri. »

  • [Mémoire ouvrière] Lucien Molino : combattre pour le pain et pour la paix

    [Mémoire ouvrière] Lucien Molino : combattre pour le pain et pour la paix

    La situation économique et sociale commande la réplique ouvrière. Les prix montaient en dépit des promesses de baisse du gouvernement. L’indice des prix de détail fut multiplié par trois en 1948. Le « cartel » de la baisse des prix animé par FO et la CFTC était impuissant à enrayer la hausse des prix qui affectait le pouvoir d’achat des salaires. Dès février 1948, la CGT demanda l’augmentation de 20% des salaires, l’alignement automatique des salaires sur les prix et la révision des zones de salaire subie par la province. Nous soutenions aussi les multiples revendications des travailleurs agricoles. À ces appels, les luttes se développèrent, parfois partielles, à partir de juillet. Les actions prirent une plus grande envergure, en particulier les grèves des dockers, des inscrits maritimes, des douaniers, y compris des fonctionnaires. Octobre et novembre marquèrent le point culminant des grandes luttes, surtout pour les mineurs. Cette grève dura huit semaines au cours desquelles, avec courage, ils ont résisté à la répression, aux CRS et aux arrestations, en occupant les mines. Le bureau syndical, avec Giribone et moi-même, avons passé des nuits avec les mineurs qui nous faisaient confiance. Cette confiance fut confirmée par les élections aux délégués du personnel où la CGT obtint 75% des sièges. Le gouvernement dut faire des concessions dans de nombreux secteurs, augmenter les salaires et les retraites.

    « Cette guerre qui nous ruine »

    Au cours de cette année de lutte, la CGT apparut à nouveau comme la force syndicale première et décisive. Les statistiques officielles, bien qu’incomplètes, reconnaissaient pour l’année 6 561 176 grévistes et 13 133 313 jours de grève menée par les syndicalistes CGT.

    J’assistai aux travaux du 27e congrès confédéral, en octobre 1948, qui étaient consacrés pour une grande part aux menaces contre la paix et à la guerre du Vietnam. Alain Le Leap, secrétaire général de la CGT, souligna dans son rapport : « Le Vietnam résiste farouchement malgré la supériorité numérique et technique des troupes françaises et malgré les manœuvres de division du gouvernement français. » Il ajouta : « Les Américains regardent vers ces régions et procèdent à un véritable inventaire des richesses de ce pays. Le peuple français veut que se termine cette guerre qui nous ruine et fait couler le sang des soldats français comme celui des Vietnamiens. » Il félicita les dockers qui donnaient l’exemple et présenta un manifeste qui recueillit l’unanimité, invitant les travailleurs « à l’action contre les fauteurs de guerre et pour une paix solide et durable ». « Sous la direction des expansionnistes américains, dit-il, les forces réactionnaires mènent une politique de provocation à la guerre comme avant la 2de Guerre mondiale, elles préparent cette guerre par une campagne anticommuniste, antisoviétique et contre les démocraties populaires. »

    à suivre la semaine prochaine…

  • [Mémoire de déportation] Denise Toros-Marter : « J’avais 16 ans à Pitchipoï »

    [Mémoire de déportation] Denise Toros-Marter : « J’avais 16 ans à Pitchipoï »

    Georges, qui a fait une belle carrière de photographe et possède un merveilleux talent d’écriture, travaille actuellement à un livre de souvenirs sur le milieu artistique parisien. Mon père, Lucien, entre à l’école des arts et métiers d’Aix-en-Provence et se prépare à une carrière d’ingénieur.

    Survient la guerre de 1914. Mobilisé tout d’abord dans son école pour la fabrication de matériel de guerre, il est appelé sous les drapeaux en 1916 et part comme estafette sur le front de l’Yser, près de la frontière belge 1.

    Les familles Marter et Tubiana, liées par un cousinage, se fréquentent.

    Marcelle Tubiana, l’aînée, commence à être sollicitée par des prétendants et à être pressée de donner enfin son agrément à l’un d’eux. Lucien, secrètement amoureux, encourage ses parents à demander la main de celle qu’il aime. Marcelle, consultée par ses parents elle aussi, exprime sa préférence envers son cousin.

    Des fiançailles discrètes ont lieu : l’époque, marquée par le conflit franco-allemand de la Première Guerre mondiale, n’est pas à la fête. Je trouve encore des traces de leur tendre amour dans des cartes à dentelle, qu’ils s’envoyaient lorsque Lucien était au front.

    En 1918, mon père est démobilisé. Engagé vis-à-vis de sa fiancée et éprouvé par son séjour au front, il renonce à reprendre ses études. Il se marie donc en janvier 1920 et épouse Marcelle, qui vient de perdre son père, André Tubiana. De cette union naissent trois enfants : André (qui porte le nom de son grand-père défunt), René, et enfin Denise Rachel, qui a décidé d’écrire l’histoire de la famille Marter-Tubiana, tellement ébranlée par la Shoah, afin que ses descendants puissent la connaître et la pérenniser à travers les générations futures.

    La nouvelle alliance

    C’est celle conclue entre ma grand-mère maternelle, Clémentine, et mon grand-père paternel, Achille, devenus veufs, et qui décident, surtout sur les instances d’Achille, de se marier en seconde noce.

    Étant donné leur âge, leur union restera sans enfants. Heureusement, car la famille, en raison de nombreux cousinages, est assez complexe comme cela ! Mais ce mariage alimentera les conversations avec les neveux qui, poussés par la curiosité, s’amuseront beaucoup de nos explications, celles de tante Reine, puis de la Zia 2 Mimi, celles de Simone Turjman-Taillefer, ma cousine, et enfin celles de Janine et de Denise, qui ont conservé les photos de famille et l’arbre généalogique.

    à suivre la semaine prochaine…1. Célèbre bataille au cours de laquelle les armées belges et alliées parvinrent à arrêter les Allemands, en octobre et novembre 1914.

    2. Zia signifie « tante » en italien.

    Témoignage livré en 2008.

    À mes parents, afin que ce livre devienne la sépulture qu’ils n’ont jamais pu recevoir.

  • OM – PSG : Bruno Genesio cherche son dernier tiers

    OM – PSG : Bruno Genesio cherche son dernier tiers

    Après le début de saison catastrophique de l’OM (trois défaites consécutives en quatre match, et punition en ouverture de la Ligue des Champions), jamais le duel face au PSG, double champion d’Europe en titre, n’a semblé autant déséquilibré. Pourtant, Bruno Genesio ne baisse pas les bras.

    «C’est un match particulier, qui reste à part dans une saison», a-t-il confié lors de sa conférence de presse à la Commanderie. «Certains matches semblent avoir un résultat connu d’avance. Pour nous, c’est le moment de montrer notre orgueil et que nous sommes capables de battre le PSG», a-t-il poursuivi. Avant de rappeler «qu’avec Lyon, j’ai connu cette situation. Nous avions raté notre match de championnat à Caen et devions aller jouer en Ligue des Champions à Manchester City. Tout le monde nous voyait perdants. Nous y sommes allés avec humilité et vous savez ce qu’il s’est passé !» (Ndlr : Lyon s’était imposé 2 – 1, le 19 septembre 2018).

    Néanmoins, l’entraîneur marseillais sait que, dans la situation actuelle, son équipe va souffrir face aux Parisiens, même si elle évoluera au Vélodrome. «Il nous faut hisser notre niveau pour tenir sur 90 minutes. Y croire, sinon, c’est inutile de jouer le match!» reconnaît Bruno Genesio. Il est conscient qu’en l’état actuel, son groupe n’arrive pas à tenir la distance. Cela s’est encore vu sur le terrain de Besiktas, où l’OM a craqué après la 55e minute. «Ce n’est pas le système qui est à revoir», souligne-t-il. Avant d’admettre qu’il a du mal «à cibler une quelconque cause qui explique nos difficultés dans la dernière demi-heure.»

    Si son équipe réussit plutôt bien ses premières mi-temps, il a repéré que «dès qu’un grain de sable vient gripper la machine, les joueurs perdent leurs fondamentaux. Il y a alors plus d’impatience dans notre jeu. Nos adversaires en profitent et pour nous, tout devient plus difficile.» L’entraîneur marseillais se refuse «de cibler un joueur, ou une ligne de l’équipe, le problème est collectif. Il nous manque le dernier tiers. C’est à nous d’aller le chercher. Créer quelque chose que personne n’attend», conclut-il.

  • [Hommage] Une poignée de terre du maquis Jean Grandel à Châteaubriant

    [Hommage] Une poignée de terre du maquis Jean Grandel à Châteaubriant

    C’était le premier maquis de l’Hérault. Un maquis Francs tireurs et partisans créé dans la région de Saint-Pons-de-Thomières. Deux ans après que 27 hommes, surtout des communistes et des cégétistes, avaient été fusillés le 22 octobre 1941 à Châteaubriant, le premier réflexe de ces résistants héraultais fut de donner à leur groupe le nom de Jean Grandel. Une autre de leurs motivations fut certainement que Jean Grandel, fusillé aux côtés de Guy Môquet, était né en 1891 à Montpellier et qu’il y fut secrétaire de l’Union locale CGTU. Mais sa vie héroïque tout du long justifiait à elle seule qu’ils lui rendent hommage. 85 ans après sa mort, le 19 septembre prochain à Prémian et Saint-Étienne d’Albagnan, au cœur du maquis qui portait son nom, un hommage national sera rendu à celui qui fut maire de Gennevilliers de 1934 à 1939.

    Jean-Claude Llinarès, ancien président de l’institut d’histoire sociale de la CGT de l’Hérault et président de l’Arac (association républicaine des anciens combattants) est une des chevilles ouvrières de cette cérémonie toute particulière, puisqu’une dizaine de jeunes de Gennevilliers viendront « prélever un peu de la terre du maquis pour l’apporter dans une alvéole du monument dédié aux martyrs » au mémorial de Châteaubriant en Loire Atlantique.

    Il n’avait que 50 ans quand, otage désigné « par le revanchard des négociations de 1936, Pierre Pucheu, ministre de l’Intérieur du gouvernement de Vichy », précise Jean-Claude Llinarès, Jean Grandel fut fusillé par les nazis en représailles à un attentat contre un général allemand. Avant son assassinat, sa vie avait été d’une extraordinaire richesse. Normalien, entré par concours aux PTT, aviateur pendant la première guerre mondiale, très tôt syndicaliste, Jean Grandel fut directement à l’origine de la création du syndicat unitaire du textile de Lodève.

    Affecté à Paris Poste en 1924, il aura d’importantes responsabilités syndicales qui lui vaudront d’être suspendu puis révoqué des PTT en 1929. Et en 1934, domicilié à Gennevilliers près de Paris, membre du PCF depuis 1926, il est élu conseiller général puis maire de Gennevilliers. Quand commence la guerre d’Espagne, se faisant remplacer à Gennevilliers, il s’engage contre le franquisme et organise sur place le service de courrier et de communication des Brigades internationales. En 1940, il est déchu comme 60 autres élus communistes de ses mandats. Après une période dans la clandestinité, il sera arrêté, transféré de camp en camp avant d’être fusillé.

    La veille de sa mort, il écrit à sa compagne : « Ma main ne tremble pas… J’ai vécu pour le bien du peuple ; je meurs pour lui sachant que ma mort ne sera pas inutile. Plus que jamais, j’ai confiance en l’avenir. » Un avenir qui n’est aujourd’hui pas si radieux, insiste Jean-Claude Linarès, indigné par ce qu’il appelle « la revisitation de l’histoire », « en particulier ici à Béziers, par Robert Ménard ». Mais aussi par tous ceux qui essaient de récupérer les Résistants, notamment l’extrême droite alors que le RN a été créé par d’anciens collabos, les mêmes qui ont permis que Jean Grandel et Guy Môquet soient fusillés.

    * Le rendez-vous est fixé à 10h45 à Prémian avant la montée vers le maquis, où sera prélevée la terre. Puis auront lieu les différents dépôts de gerbe à Prémian et Saint-Etienne d’Albagnan. Après le repas à 14h, conférence-débat avec Danielle Ledoux, co-autrice de l’ouvrage « Jean Grandel un homme
    du peuple dans l’Histoire
     ».

    « Ma main ne tremble pas… J’ai vécu pour le bien du peuple »