C’est sans doute la première fois de la Ve République qu’un Premier ministre est aussi fragile. Dépourvu de majorité, de gouvernement et de soutien de l’opinion, Sébastien Lecornu semble avoir accepté, par loyauté au chef de l’État, une mission impossible.
Après avoir promis une « rupture », le voilà engoncé dans le bilan peu flatteur du macronisme et décidé à prolonger la trajectoire. Abandonner la réforme des retraites ? C’est non. Revoir la politique de l’offre ? C’est non. Introduire un peu de justice fiscale ? C’est non. Augmenter les salaires et les pensions ? C’est non. Mener une politique industrielle volontariste ? C’est encore non. Investir dans les services publics ? C’est toujours non.
Dans ces conditions, l’intersyndicale qui lui avait pourtant donné un ultimatum de quelques jours, a décidé d’engager à nouveau le rapport de force ce jeudi.
Soyons réalistes…
Elle a raison. Pour une fois, c’est elle qui est en mesure de donner
le tempo et de faire valoir les exigences du monde du travail plutôt que de réagir à des réformes tombées d’en haut.
Le mouvement social a, d’une certaine manière, le champ libre. C’est le moment de mobiliser le plus largement pour obtenir des avancées significatives. Le grand patronat ne s’y trompe pas. Il veut nous faire croire qu’il craint la taxe Zucman, qui n’est en réalité qu’une piqûre de moustique sur
les immenses fortunes qui se sont constituées.
Il crie avant d’avoir mal car il sent que la situation pourrait conduire à questionner plus largement ses privilèges. Il a lui aussi raison.
Soyons réalistes, exigeons l’impossible !

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