Il y a deux semaines, l’assassinat d’une mère de famille, dont le principal suspect est son ex-conjoint, avait suscité une vague d’émotions à Bollène, mais aussi dans la commune voisine de Saint-Paul-Trois-Châteaux (Drôme) où « cette femme pétillante et maman aimante de deux petits garçons » tenait un salon esthétique. Katerina est une nouvelle victime d’un féminicide. En juin, elle avait signalé et exposé le climat de violences et bénéficiait d’un téléphone grave danger. Son ex-compagnon, qui avait été candidat aux dernières municipales sur la liste RN, a depuis été placé en détention provisoire et mis en examen pour meurtre sur conjoint.
Preuve de l’émotion et que ce meurtre dépasse le seul cadre privé familial, une marche blanche était organisée ce mercredi soir au départ et à l’arrivée de l’hôtel de ville de Bollène. Alors que les organisateurs, deux amis de Katerina, attendaient 200 personnes, l’hommage a réuni un millier d’habitants de Bollène ou d’ailleurs. « Je ne la connaissais pas, mais c’est impossible de rester insensible, plus on sera nombreux à s’insurger, plus j’espère que ces violences cesseront », veut croire Nathalie, Bollénoise présente avec sa fille ado.
« Vous êtes venus parce que ce qu’il s’est passé vous a bouleversé et que certaines atrocités dépassent les liens personnels, et touchent à notre capacité à ne pas rester indifférent à l’injustice, votre présence est un message de soutien mais aussi pour dire que nous refusons de banaliser la violence et de baisser les yeux », remerciera, en clôture de la marche, Tiffany Garofalo, co-organisatrice de l’hommage. « Tout le territoire partage cette douleur, observe Laurence Desfonds-Farjon, 1re adjointe au maire de Bollène. Derrière ce féminicide, il y a un visage, un nom, une famille, nous avons le devoir de dire plus jamais ça et de condamner l’inacceptable. »
Devant la mairie, la maman de la victime venue de République tchèque, pays de Katerina, peine à contenir ses larmes. Seule à porter du noir, elle s’est effondrée en sanglots un peu plus tôt lorsque le cortège a fait une halte, sur les hauteurs du centre-ville devant la maison de Katerina, où a eu lieu le meurtre. Son portrait a été apposé sur la porte du garage de la bâtisse, encore sous scellés. Bien que séparé avant le drame, le nom du couple est encore fixé sur la boîte aux lettres.
Plusieurs personnes déposent des fleurs et se recueillent devant le portrait avant de reprendre la marche dans un silence pesant. Et ce derrière une banderole « Plus jamais ça, ensemble pour toutes les Katerina », tenue à ses extrémités par deux hommes portant un T-shirt floqué « Être un homme, ce n’est pas frapper, c’est protéger ». « Repose en paix Katerina, nous ne t’oublierons jamais », conclut Tiffany, suivie d’une salve d’applaudissements.

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