L’aigle de Bonelli, un prince menacé

On peut le voir chasser dans la garrigue ou nicher sur un abrupt en Provence et en Occitanie. L’aigle de Bonelli, « le prince des garrigues », comme nommé par Maxime Briola et Thomas Roger dans leur documentaire dédié à ce rapace, est reconnaissable, pour les plus fins observateurs, par sa tache blanche entre les deux ailes. « Le bec fort, de taille moyenne, il plane dans les espaces ouverts, à la recherche de lapins, de serpents ou de pigeons », détaille Maxime Briola, photographe animalier et naturaliste.

Sa présence s’étend du Nord-Ouest de l’Afrique jusqu’au Moyen-Orient en passant par le Sud de l’Europe. On le trouve également dans le Sud-Ouest de l’Asie, l’Arabie, l’Afghanistan, le Pakistan, l’Inde. Il affectionne les reliefs marqués, depuis le niveau de la mer jusqu’à une altitude de 1 500 m.

En France, sa population est en hausse, passant de 20 couples dans les années 1950, à une cinquantaine aujourd’hui. Mais le rapace n’est pas moins considéré comme l’un des plus menacés de France, d’après le Conservatoire d’espaces naturels Provence-Alpes-Côte d’Azur.

Sa première cause de mortalité : l’électrocution

En cause, la destruction de son habitat par l’activité humaine, l’électrocution sur les lignes à moyenne tension, mais aussi les tirs de braconnage. Ses zones de nichage sont, par ailleurs, fréquemment dérangées par les motocross, parapentes ou l’escalade.

« L’aigle a longtemps partagé les pâtures sèches en harmonie avec l’homme », d’après le photographe. Mais les différentes menaces ont poussé les autorités à attribuer un Plan national d’action (PNA) pour favoriser le maintien de la population, voire son expansion. Ce plan a abouti à des concertations avec le monde de la chasse, mais aussi avec Enedis pour aménager les lignes électriques.

C’est aussi en concertation avec le PNA que Thomas Roger et Maxime Briola ont pu observer le rapace pendant plus de 8 ans. Posté sur un affût dans l’Hérault, ce dernier décrit « le souffle des ailes » de l’animal qui s’envolait à 5 mètres de lui. Les deux naturalistes suivent dans leur film la vie d’un couple d’aigle pendant un an, à quelques mètres des rapaces, habitués à la présence de l’affût. Des conditions « magiques », mais aussi épuisantes, puisque les deux hommes devaient arriver à l’aube et repartir à la nuit tombée pour ne pas déranger les aigles. Et parfois repartir le bec vide d’images.

Leur film interroge la conciliation de la biodiversité et des activités humaines et incite à repenser la place du sauvage dans la gestion des milieux. Thomas Roger sera l’invité d’honneur du festival. La projection du film-documentaire ouvrira ce rendez-vous, vendredi prochain.

Joseph Vignon

Festival « Escapades en Vies Sauvages », du12 au 14 septembre, à L’Autre Scène, à Vedène. Site web : lecaracal.fr

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