La Marseillaise : L’artiste pop par excellence que vous êtes a-t-il été surpris d’être invité dans un festival tel que les Chorégies d’Orange ?
Philippe Katerine : Etonné ? Bien sûr. C’est un lieu mythique du classique et c’est toujours étonnant de se retrouver dans le Théâtre antique d’Orange plutôt que dans des salles conventionnées SMAC [Scènes de musiques actuelles, Ndlr]. Mais si je suis étonné, je suis également honoré.
En quoi vos chansons se prêtent-t-elles bien à l’univers symphonique ?
P.K. : Souvent, ce sont les chansons que j’ai composées au piano qui se prêtent bien à l’exercice. Il y a aussi des chansons comme La Seine qui sont un peu cinématographiques. Souvent, cela va bien avec l’orchestration classique. Après ce n’est pas moi qui les ai arrangées, c’est un certain Lucas Henri qui a fait cela brillamment.
Même s’il vous est déjà arrivé de le faire, qu’est-ce que cela vous fait de frotter votre répertoire à un orchestre symphonique ?
P.K. : En général, je n’ai aucune pression. Je ne me sens pas illégitime. Même s’il y a un petit temps d’adaptation pour comprendre les gestes du chef d’orchestre Bastien Stil, à chaque fois que je l’ai fait, je me suis senti relativement à l’aise. Au début, j’avais du mal à comprendre son langage car je ne connais pas la musique et ne l’écris pas.
Pourquoi avoir appelé ce format symphonique « Aux anges » ?
P.K. : Il y a quelque chose d’élégiaque dans le fait de jouer avec un orchestre. Je suis aux anges pour mes chansons car elles prennent un tour romanesque. Je suis aussi aux anges de chanter avec un orchestre que je ne connais pas forcément. Quand j’ai entendu ses arrangements, j’ai aussi constaté que c’était très léger. Comme quelque chose qui vole. J’ai parfois du mal avec les orchestres très plombants. Je préfère par exemple Debussy à Wagner. C’est moins martelé.
Sur « Cinéma », l’ultime titre de votre dernier album studio en date, vous chantez: « On fait du cinéma, comme si la vie suffisait pas ». Une autocritique ou plutôt celle de la société du spectacle ?
P.K. : Ce n’est pas une critique de la société du spectacle car l’art est, au contraire, ce que l’humanité sait faire de mieux: l’art architectural, la musique, la peinture… C’est ce qu’on a créé de plus beau car c’est ce qu’il y a de plus inutile. C’est beau de voir qu’il y a quelque chose qui nous échappe dans l’art.
C’est évanescent mais ça reste profondément politique quand même, non ?
P.K. : Forcément. Ca n’exclut pas le politique. Quand je chante « on fait du cinéma comme si la vie suffisait pas », oui, c’est plutôt une critique envers moi quelque part. Comme la vie m’angoisse un peu, je trouve refuge dans la fabrique et la consommation des arts. Ca se donne la main la plupart du temps.
Selon vous, ça peut permettre de trouver des lumières en ces temps obscurs ?
P.K. : Bien sûr. Quand je dis que l’art est inutile, c’est apparemment inutile. Mais c’est pourtant d’une nécessité absolue. Moi, je ne peux pas m’en passer.
C’est donc l’art qui vous permet de garder la tête hors de l’eau dans votre existence ?
P.K. : Parfois, je l’utilise comme un refuge et, d’autres fois, comme une arme. Cette arme, elle est destinée aux rageux, à tous ceux qui ont des a priori, qui pensent qu’une personne qui se présente d’une façon ou d’une autre doit forcément être classée dans une catégorie. C’est ce qu’il y a de plus terrifiant. Normalement, tous les domaines artistiques luttent contre cela.
Vous avez certains « rageux » particulièrement dans le viseur ces derniers temps ?
P.K. : Non. Et déjà, je n’ai pas de viseur. Je trouve qu’on atteint et provoque les gens sans même le vouloir.
La polémique attisée par la droite et l’extrême-droite suite à votre prestation lors de la cérémonie des Jeux Olympiques, il y a deux ans, vous a d’ailleurs attiré un torrent de critiques. Quel est le meilleur moyen de lutter contre leur ascension politique et médiatique ?
P.K. : C’est ce que je vais faire par exemple à Orange au fond: chanter. Et proposer autre chose que ce qui est convenu. C’est ma façon de lutter quelque part.
Orange, une ville d’ailleurs acquise depuis plus de 30 ans à l’extrême-droite…
P.K. : J’aime bien l’idée de chanter devant des gens qui sont d’accord avec moi mais aussi qui ne le sont pas. Je me dis que ma place est aussi là. Je me souviens de certains artistes qui disaient vouloir partir de France si le FN accédait au pouvoir. La tentation est grande mais je pense qu’il faut rester pour proposer autre chose surtout.
Vous feriez quoi si c’était le cas ?
P.K. : Je n’ai pas tiré de plan sur la comète mais je ne changerai pas mon fusil d’épaule. Je resterai ici et je resterai moi-même. Plutôt que de les refermer, ouvrir les bras me semble la meilleure solution. Et je vois beaucoup de bras refermés sur eux-mêmes en ce moment. Moi, j’essaie de les ouvrir au maximum, mais ça m’arrive aussi de me surprendre les bras croisés.
Mardi 7 juillet à 21h30 au Théâtre antique d’orange. Entre 31 et 81 euros. www.chorégies.fr

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