Une riposte antifasciste imaginée par Jean Zay

L’antifascisme est un facteur déterminant des naissances du Festival de Cannes, en 1939, 1946 et 1947 », écrit Tangui Perron dans son ouvrage Tapis rouge et lutte des classes*, publié en 2024. Dans cet essai, l’historien du cinéma et du mouvement ouvrier revient sur la genèse de cette fête du cinéma qui est une histoire populaire, ouvrière et antifasciste. « Le projet de 1929, au départ porté par les derniers éléments les plus progressistes du gouvernement, s’est construit en réaction à la mainmise du pouvoir fasciste sur le Festival de Venise en 1938, elle-même renforcée par l’intervention du pouvoir nazi sur le palmarès », relate-t-il.

La Mostra couronne cette année-là Les Dieux du Stade de Leni Riefenstahl – intime d’Hitler qui lui confie la réalisation de films de propagande nazie – et Luciano Serra, pilote de Goffredo Alessandrini, supervisé par Vittorio Mussolini, fils du Duce. Présent sur place, le haut fonctionnaire Philippe Erlanger alerte à son retour en France Jean Zay, alors ministre de l’Éducation nationale et des Beaux-Arts du Front populaire, lui insufflant l’idée. « C’est un acte de résistance, culturelle cette fois-ci, contre ce régime totalitaire. Et qu’il faut que ce soit la France, le pays des droits de l’homme, qui soit aux avant-postes pour ça », témoigne Hélène Mouchard-Zay dans Affaires sensibles.

La première édition de l’événement fixée au 1er septembre 1939 sera annulée : l’Allemagne nazie a envahi la Pologne, la Seconde guerre mondiale éclate. Jean Zay est assassiné par la Milice en 1944. Mais le projet survit. À la Libération, Raymond Picaud, maire socialiste de Cannes, médecin des pauvres et résistant, met tout en œuvre pour que le festival se tienne dans sa ville. Cette première édition du 20 septembre 1946 est un succès, à la fois une fête populaire, mondaine et cinématographique. Des milliers d’ouvriers syndiqués à la CGT travaillent jour et nuit, parfois bénévolement, pour construire en quatre mois le Palais des festivals. Le syndicat, entré au conseil d’administration dès la première édition, participe au financement pour pérenniser l’événement jugé trop coûteux par le gouvernement dans la France d’après-guerre. C’est aujourd’hui le plus grand festival du cinéma au monde.

*Aux éditions de l’Atelier

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