La Marseillaise : Dans une étude parue dans « Science Advances », vous montrez que la date de ponte
du manchot royal a avancé de 19 jours en 24 ans…
Céline Le Bohec : Oui c’est dû à des changements environnementaux induits par le réchauffement climatique. C’est énorme. Il est commun de voir des avancements de ce type –par exemple sur des populations de passereaux en Europe–, mais c’est généralement de l’ordre de trois jours par décennie.
Comment se porte le manchot royal ?
C.L.B. :Plutôt bien. Considérée comme stable, l’espèce est capable de s’adapter rapidement aux changements environnementaux. Mais jusqu’où cela ira-t-il ? Nous l’ignorons. D’autant qu’il existe des points de bascule au-delà desquels une population peut s’effondrer soudainement.
Que disent les projections ?
C.L.B. : Pour la population des îles de Crozet, les modèles océanographiques indiquent que des masses d’eau de l’océan Austral – dont le front polaire, où le manchot va chercher sa nourriture en été – se déplacent vers le sud. Or il est capital qu’il puisse s’alimenter près de son lieu de reproduction en été pour pouvoir nourrir régulièrement son poussin de quelques semaines. S’il veut « suivre » ce front polaire, le manchot devra donc trouver des endroits où nicher, sans glace, plus au sud. Seulement, malgré le réchauffement, les plateformes de glace seront toujours présentes autour du continent blanc pour plusieurs décennies car il y a de l’inertie. Donc cela ne tiendra pas. Et la population pourrait perdre près de 70% de ses effectifs d’ici la fin du siècle.

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