Belles victoires à gauche et jolis camouflets pour le RN

Environ 17,1 millions d’électeurs étaient appelés à voter dans 1 580 communes. Comme la semaine dernière, la participation a été historiquement basse à ce second tour, si l’on fait exception de celle encore plus faible de 2020, en plein Covid-19. Elle s’affiche à environ 57% selon les institutions de sondage, même s’il y a un sursaut dans plusieurs villes où les batailles comprenaient le RN ou LFI.

Quelques belles victoires pour la gauche

Marseille, Paris et Lyon : la gauche a réussi à maintenir dans son giron les trois grandes villes du pays. La capitale était dans tous les radars suite aux alliances derrière la candidate de droite et le retrait de celle d’extrême droite. Mais Emmanuel Grégoire, candidat de la gauche unie hors LFI, a remporté haut la main la mairie de Paris, battant d’au moins dix points sa rivale de droite Rachida Dati qui échoue une deuxième fois à ravir la capitale à la gauche.

À Lyon, le maire écologiste Grégory Doucet, a été réélu face à l’ancien patron de l’Olympique lyonnais Jean-Michel Aulas, longtemps favori des sondages. Autre trophée : Pau où le socialiste Jérôme Marbot soutenu par Place publique, le Parti communiste et les Écologistes, a délogé l’ex-Premier ministre et président du MoDem François Bayrou, maire depuis 2014. Le PS reprend également Carmaux, fief de Jean Jaurès, perdu en 2020. La maire PS de Dijon, Nathalie Koenders, a confirmé 25 ans de règne socialiste avec une large victoire lors d’une triangulaire avec le RN et une liste de droite-centre-droit. À Lille, Arnaud Deslandes, « héritier » de Martine Aubry est confirmé. Mais les socialistes déplorent aussi quelques pertes comme Foix, Cherbourg, Brest, Besançon… Enfin, le parti communiste peut s’enorgueillir de la prise de Nîmes grâce à la victoire de Vincent Bouget à la tête d’une liste union de la gauche hors LFI, face au RN Julien Sanchez.

Les alliances avec

les insoumis échouent

Côté insoumis, le bilan n’est pas reluisant. LFI a certes réussi à prendre Roubaix après Saint-Denis au premier tour et à gagner la Courneuve, mais aussi Vaulx-en-Velin face aux socialistes ou encore Vénissieux face aux communistes avec 25 voix d’avance. Mais il a perdu Faches-Thumesnil, dans la banlieue lilloise, qui était jusque-là la plus grande ville de France gérée par LFI, le sortant Patrick Proisy ayant été battu par l’ex-LR Brice Lauret. Et surtout, les alliances avec le mouvement de la gauche radicale ne se sont pas avérées payantes dans plusieurs villes.

À Toulouse, le ralliement des listes socialistes au candidat LFI arrivé en tête au premier tour a échoué. Dans la ville rose, Jean-Luc Moudenc (DVD) a été réélu. À Limoges, le président de la métropole, le LR Guillaume Guérin a remporté le siège de maire, battant la gauche unie derrière le député LFI Damien Maudet qui souhaitait reprendre la tête de cette ville dirigée par le PS pendant plus d’un siècle jusqu’en 2014. À Poitiers, la sortante écologiste Léonore Moncond’huy, qui s’était alliée au parti de Jean-Luc Mélenchon, a été sèchement battue par le centriste Anthony Brottier, tandis que le PS s’était retiré pour contrer cette fusion. Même chose pour une autre édile de la vague verte de 2020, Anne Vignot à Besançon, qui avait réuni toute la gauche mais s’incline face au candidat Les Républicains Ludovic Fagaut. À Strasbourg, la socialiste Catherine Trautmann va redevenir maire, élue avec environ 37% des voix face à la sortante écologiste Jeannne Barseghian à 32,1%, qui s’était alliée avec LFI.

L’extrême droite rate les grandes villes espérées

Si Marine Le Pen a voulu se féliciter de voir le RN l’emporter dans des « dizaines » de communes, l’extrême droite a échoué à Toulon avec la députée Laure Lavalette face à la maire sortante SE Josée Massi ainsi qu’à Nîmes où le RN Julien Sanchez, en tête au premier tour, a été battu par la liste d’union de la gauche hors LFI menée par Vincent Bouget. Le RN a aussi perdu la ville de Villers-Cotterêts qu’il contrôlait depuis 2014, face à une liste fusionnée divers centre, menée par une vice-présidente du département, Jeanne Roussel.

Mais l’extrême droite a réussi à prendre Carpentras, la Seyne-sur-Mer, Fos, Castres… Avec Saint-Avold et Amnéville, Val-de-Briey, le RN s’implante en Lorraine, après la réélection de Fabien Engelmann pour un 3e mandat à Hayange au premier tour et une première dans les Vosges, Nomexy, avec l’élection de Yann Traiteur, 19 ans. Dany Paiva a, lui, remporté Liévin dans le Pas-de-Calais, ville de 30 000 habitants jusque-là ancrée à gauche, renforçant ainsi l’emprise du RN dans le bassin minier. À La Flèche, dans la Sarthe, le RN prend un bastion socialiste depuis 1989. Enfin, avec son allié Eric Ciotti que l’extrême droite arrive à marquer un point dans la grande ville : Nice. Avec la victoire de Union des Droites pour la république (UDR), l’ex-patron de LR incarnant le succès de la stratégie d’union de la droite et de l’extrême droite, que le président du RN, Jordan Bardella, tente d’imposer dans la course à l’Élysée.

Petites prises de la droite

et de Renaissance

À la tête de nombre de villes petites ou moyennes, la droite ne dirige plus qu’une poignée de villes de plus de 100 000 habitants. À noter la réélection d’Edouard Philippe (Horizons) au Havre dont il avait fait un préalable pour se présenter à la présidentielle. La droite parvient à tirer son épingle du jeu, notamment là où les alliances à gauche n’ont pas convaincu. Ville socialiste, Clermont-Ferrand tombe dans l’escarcelle des républicains : Julien Bony l’emporte face à une liste menée par le maire socialiste sortant Olivier Bianchi qui avait fusionné avec LFI. Même Tulle, ville de François Hollande, où le même type d’alliance a été conclu, bascule à droite au détriment encore une fois du PS.

Le secrétaire général de Renaissance, Gabriel Attal, dont le parti ne remporte que peu de nouvelles villes, dont Bordeaux et Annecy, a d’ailleurs tendu la main aux électeurs de la gauche républicaine « écœurés » par les « accords » entre le PS et LFI.

La présidentielle

dans le viseur

Sans perdre un instant, le chef des députés LR Laurent Wauquiez, a estimé que « le résultat des municipales doit nous projeter sur 2027 » : « si on est divisés, il n’y aura pas de candidat de droite au second tour ». Et Gérald Darmanin (Renaissance) a insisté pour qu’il n’y ait à la présidentielle qu’« un seul candidat de la droite et du centre » et peut-être même de la gauche républicaine.

De son côté, le secrétaire général du PS Pierre Jouvet a constaté que « La France Insoumise fait perdre », tandis que l’Écologiste Marine Tondelier reconnaissait que « les partisans des gauches irréconciliables ont gagné ».

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