C’est une soirée d’hiver. Un mardi 21 février en 1995.
Une soirée où un artiste marseillais sort d’une répétition avec son groupe.
Il court. Il court comme on court à 17 ans, insouciant, léger, libre, sans imaginer qu’à Marseille on puisse mourir d’exister. Il court pour attraper son bus et retrouver sa famille.
Ce soir-là, sur son chemin, il rencontre la haine. Un colleur d’affiches du Front National lui tire une balle dans le dos. Il tombe.
Dans un dernier souffle, il murmure : « J’ai mal, ils m’ont eu ». Le Marseillais est mort. Son seul crime pour le meurtrier était sa couleur de peau. Il était noir. Un Français, un Marseillais. Un enfant de la République qui était vu comme un ennemi, par ceux qui veulent nous diviser, aujourd’hui encore.
Il s’appelait Ibrahim Ali, il est mort une fois, ne le tuons pas une deuxième fois !
Aujourd’hui, 31 ans plus tard, la même haine qui a frappé Ibrahim Ali dans le dos, frappe aux portes de Marseille. Elle peut bien se parer de respectabilité, se faire passer pour républicaine, changer la couleur des affiches, le nom des partis, c’est la même haine.
La haine se déguise, mais ne disparaît pas : elle cible celui qui n’a pas la « bonne » couleur, la « bonne » religion, la « bonne » origine… Elle pointe du doigt et divise. Et elle tue.
Il faut prendre la mesure du moment que nous vivons. Ici à Marseille, l’extrême droite est aux portes du pouvoir. Nous ne pouvons regarder ailleurs, subir sans résister, sans nous mobiliser pour lui faire obstacle. Et nous ne devons pas nous tromper de combat.
Les élections municipales du 15 et 22 mars seront déterminantes pour l’avenir de notre ville.
Face à ceux qui veulent nous diviser, relevons la tête et faisons le choix de nous rassembler. Et parce qu’il est le candidat qui rassemble, le seul à avoir tenu parole et à avoir donné le nom d’Ibrahim Ali à une avenue de Marseille, le seul capable de nous protéger, le seul rempart à l’extrême droite, nous soutenons Benoît Payan.
Pour que la mémoire d’Ibrahim Ali ne soit pas souillée.
Pour que Marseille reste debout, fière et fraternelle.
Pour que Marseille ne cesse jamais d’être une terre de vivre-ensemble.
Par Mbaé Tahamida Soly, Collectif Ibrahim Ali, Fatima, cousine d’Ibrahim
et Hanifa Taguelmint, militante anti-raciste

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