Ramses : une escorte pour un astéroïde qui va nous frôler

Quand on le découvre en 2004, l’astéroïde Apophis a une probabilité de frapper la Terre évaluée à 2,7%.

Cela peut paraître faible, mais c’est loin d’être nul. L’impact est prévu le vendredi 13 avril 2029. Heureusement, le risque est vite écarté par d’autres observations. « Mais cela a été un électrochoc », se souvient Patrick Michel, directeur de recherche CNRS au Laboratoire Lagrange de l’Observatoire de la Côte d’Azur (Nice). Et si le risque est écarté, l’astéroïde de 350 mètres de diamètre passera tout de même très proche : 32 000 kilomètres, soit moins d’un dixième de la distance Terre-Lune. Il est tentant d’aller l’observer de plus près. C’est l’objectif de la mission Ramses, qui a obtenu en novembre sa dernière tranche de financement. « Nous en sommes à la revue de conception critique, détaille Patrick Michel, responsable scientifique de la mission pour l’Agence spatiale européenne. Nous passerons bientôt les contrats avec les industriels pour poursuivre le développement. » Le lancement est prévu entre le 20 avril et le 15 mai 2028. « C’est très serré, admet le chercheur. Mais nous ne partons pas de rien. »

Les travaux s’appuieront sur l’expérience acquise avec la mission Hera partie en 2024 pour atteindre le couple d’astéroïdes Didymos et Dimorphos en octobre prochain. « Ramses est basée sur le même type de plateforme », explique Patrick Michel.

Spectacle unique

Une sonde principale et deux mini-satellites – des cubesats – munis d’instruments : caméras dans différentes longueurs d’onde, radar, laser altimètre et même un sismomètre qui se posera sur l’astéroïde. « Une première, se félicite le chercheur. Observer les ondes sismiques se propager dans la roche nous renseignera sur ses propriétés mécaniques. »

Le but est d’observer l’impact des effets de marée induits par notre Terre sur l’astéroïde. « Nous n’avons jamais eu l’occasion d’observer un tel phénomène », souligne Patrick Michel. Si ce n’est lors de la dislocation d’une comète à l’approche de Jupiter dans les années 1990. « Mais c’était très loin », ajoute-t-il. Comment réagira Apophis ? « Jusqu’à présent, les interactions que nous avons eues avec des astéroïdes nous ont toujours surpris », souligne le chercheur. En effet, ils sont souvent moins « durs » que les images ne le laissent penser. « C’est important pour définir quelle stratégie choisir pour les dévier », ajoute-t-il. Si un jour un astéroïde venait véritablement à menacer la Terre.

Ce ne sera pas le cas d’Apophis. Il est sans danger. Mais il sera à coup sûr un spectacle. « Nous retransmettrons les images de la sonde en direct », promet Patrick Michel. Et dans la nuit du 13 avril 2029, il passera si près de la Terre qu’il sera possible de le voir à l’œil nu défiler dans le ciel nocturne pendant quelques heures. « Un événement exceptionnel », s’enthousiasme-t-il. L’occasion de sortir lever les yeux.

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