Une petite révolution en immunologie ? « On peut le dire », estime Elena Tomasello, chercheuse CNRS au Centre d’immunologie de Marseille-Luminy (CNRS, Inserm, Aix-Marseille Université) et spécialiste des cellules dendritiques plasmacytoïdes (pDC), considérées comme des piliers de l’immunité antivirale des vertébrés. Et pour cause : quand un virus arrive, elles sont parmi les plus réactives et produisent de grosses quantités d’interférons, ces protéines qui contrôlent l’infection. Seulement, la chercheuse et son équipe montrent dans un article paru dans Nature Immunology que les souris qui en sont dépourvues s’en sortent très bien contre des virus pathogènes des souris ou des humains – comme la grippe ou le sars-cov-2. Voire, certaines s’en sortent mieux. « Les cellules pDC peuvent donc avoir un rôle délétère, résume la chercheuse. Cela nous amène à revoir leur rôle dans l’immunité contre les virus ».
La question animait une petite communauté depuis un moment. Car il avait été observé que des patients ayant des cellules pDC défaillantes ne s’en sortaient pas plus mal face à certains virus – sauf contre la grippe. Quant au sars-cov-2, « il y avait deux écoles », rappelle Elena Tomasello. Certains pensaient que la production d’interférons par les cellules pDC était indispensable pour contrôler l’infection et qu’il fallait la booster. Pour d’autres, cette fonction pouvait être délétère et aggraver la maladie. « Notre étude renforce cette deuxième hypothèse », indique la chercheuse.
Trop tard
L’effet délétère viendrait d’une production trop tardive d’interférons. « Ils sont bénéfiques au début, pour contrôler l’infection. Mais d’autres cellules en produisent suffisamment, note Elena Tomasello. Lorsque les cellules pDC arrivent, plus tard, les interférons qu’elles produisent provoquent une inflammation ».
Le rôle des pDC est ici établi grâce à des souris dépourvues de cellules de ce type. Via quelques modifications génétiques, les cellules pDC produisent une toxine qui les détruit, et ce dès la naissance. « A priori, cela n’affecte pas d’autres cellules, précise Elena Tomasello. Cela permet d’étudier leur rôle de manière plus spécifique que ce qui avait été fait avant. Les études existantes avaient des biais car les méthodes utilisées affectaient aussi d’autres cellules ».
Pourquoi l’évolution aurait-elle conservé ces cellules pDC chez tant de vertébrés si leur production d’interférons est redondante, voire néfaste ? « Nous essayons de savoir si elles n’auraient pas un rôle dans l’homéostasie », glisse Elena Tomasello. C’est-à-dire dans le maintien des tissus, par exemple pour réparer une lésion. Peut-être sont-elles aussi importantes lorsque le virus frappe là où elles sont les seules à pouvoir intervenir. Ou peut-être seraient-elles utiles contre certains virus disparus ou encore inconnus. Ne les enterrons donc pas trop vite.

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