[Un brin d’histoire de Noël] La débauche hyperconsumériste

Les achats de Noël sont un point d’acmé de la consommation. Depuis les Trente Glorieuses, la société d’abondance commande de dépenser pour cette fête préférée des Français. La course aux cadeaux mobilise les familles. Dans une société qui n’en fait pas, c’est une saignée budgétaire. Après Halloween et le Black friday, le capitalisme comment de faire encore chauffer la carte bleue pour combler tout le monde et pas seulement les enfants. Derrière la magie et l’enchantement de Noël, c’est une injonction à la dépense, à la surconsommation et au gaspillage aussi. Noël est à ce titre un fait anthropologique total car il s’impose à tous.

Faire un cadeau est un impératif social profondément inscrit dans la psyché collective pour réaffirmer la mutualité des liens sociaux, le partage, la solidarité la sacralité de la famille, la compassion pour les isolés ! En France, 368 millions de cadeaux sont échangés à Noël donnant la mesure du volume des poubelles du 25 décembre. Ce potlatch général, ou surenchère dans la prodigalité, c’est la « guerre des dons » théorisée en 1923 par l’anthropologue Marcel Mauss. Le don est tout sauf gratuit. Il appelle au contre-don. L’avare craint toujours les cadeaux !

Pour Pierre Bourdieu, au-delà du plaisir qu’il procure, Noël est un rite d’intégration. En dépensant, le snob affiche aussi son rang social. Cette consommation ostentatoire conduit à un paradoxe économique théorisé par l’économiste Thorstein Veblen (1857-1929) : la demande d’un bien de luxe, de différenciation sociale donc, croît à mesure que son prix augmente. C’est l’effet Veblen : c’est le prix qui génère la demande.

Pour le philosophe marxiste Michel Clouscard (1928-2009), critique de la société du « capitalisme de la séduction », Noël dresse les enfants à consommer toujours plus, sans se soucier des effets de cette consommation sur l’environnement et sur autrui. Noël répond aux impératifs de la société de l’hyperconsommation. Le sapin de Noël est l’emblème d’une catastrophe écologique : en Europe, 50 millions de sapin finiront broyés.

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