L’expulsion la semaine dernière de Maricarmen, 87 ans, de son logement à Madrid où elle vivait depuis 70 ans, a suscité l’indignation dans tout le pays. Cette expulsion est révélatrice des pratiques des fonds spéculatifs, appelés ici fonds vautours, favorisés par une politique en faveur des plus riches de la part de la communauté de Madrid dont la présidente est Isabel Ayuso du Parti populaire.
Depuis mercredi dernier le mouvement de soutien à Maricarmen et pour le droit au logement pour tous, ne fait que s’amplifier avec comme épicentre la Puerta del Sol, place emblématique de la capitale, qui voit depuis samedi soir une occupation jour et nuit par des centaines de personnes qui ont dressé des tentes. Nombre d’observateurs rappellent la similitude avec le mouvement des indignés, qui débuta sur cette même place le 15 mai 2011. Les manifestants installés à la Puerta del Sol, entendent ne pas bouger en attendant le Conseil des ministres d’aujourd’hui mardi, où devrait être adopté ce que l’on appelle déjà le décret « Maricarmen ».
« Je n’ai pas réussi à défendre mon logement, mais j’ai lutté pour que les autres apprennent à défendre le leur. Ça n’a pas été possible, mais, s’il vous plaît, luttez ! » c’est l’appel que Maricarmen Abascal a lancé vendredi depuis sa chambre d’hôpital où elle récupère peu à peu, à la suite de son expulsion qui l’a éprouvée. Dimanche, Pedro Sanchez, le chef du gouvernement depuis un meeting du PSOE à Getafe dans la banlieue de Madrid, lui a répondu : « Maricarmen, j’ai un message pour toi, le gouvernement travaille contre la montre pour prendre dès ce mardi le royal-décret loi sur le droit au logement. » Un décret qui devrait faciliter l’accès au logement, éviter les expulsions des citoyens les plus vulnérables et agir contre les fonds vautours.
La coalition Sumar minoritaire au gouvernement, composé notamment de ministres communistes, menace de boycotter le Conseil des ministres si les mesures concrètes ne sont pas décidées par le gouvernement. Sumar s’inquiète des négociations en cours, de la majorité socialiste de l’exécutif avec les groupes parlementaires qui ont permis à Pedro Sanchez d’avoir une majorité pour gouverner, notamment Junts (indépendantistes catalans) qui avait voté contre la précédente loi sur le logement.
L’expulsion de Maricarmen mercredi dernier, largement retransmise en direct à la télévision a touché la jeunesse qui est particulièrement concernée par la crise du logement depuis des années, celle-ci est descendue en masse dans la rue pour se joindre samedi à la manifestation à l’appel du syndicat des locataires. C’est dans la foulée de cette manifestation que les jeunes par centaines, ont installé des tentes sur la célèbre place face au siège de la communauté de Madrid dirigée par la droite.
Le journal El Pais, rapportait hier ce témoignage de David Suarez, 32 ans, à qui on a dit d’étudier et travailler dur dans la vie et qu’il pourrait réaliser tout ce qu’il voudrait. « J’ai obtenu une maîtrise universitaire, j’ai travaillé dans des entreprises importantes, je partage un appartement avec deux amis, je ne peux pas espérer avoir un logement pour moi tout seul à court terme, c’est terrible vous vous sentez en échec. Quand j’ai vu cette dame de 87 ans en fauteuil roulant, expulsée de son appartement, mon sang n’a fait qu’un tour, je suis sorti et suis allé rejoindre les autres à la Puerta del Sol et je n’en partirai pas tant qu’il n’y aura pas de vrai changement… ».
Réponse aujourd’hui en Conseil des ministres.

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