Montpellier accueille le grand rendez-vous du vin bio

Le salon Millésime Bio accueille des exposants venus notamment d’Italie, d’Espagne ou du Portugal. Exclusivement réservé aux professionnels, ce rendez-vous met en relation producteurs et acheteurs, cavistes, importateurs, restaurateurs, grande distribution ou négociants.

Dans un contexte difficile pour le vin bio, cette place de marché internationale reste un moment clé pour la filière, où les producteurs viennent chercher à la fois des débouchés et un soutien symbolique. Pour Julien Franclet, président de SudVinBio, sur le fond, la filière bio traverse aujourd’hui une phase de ralentissement, qu’il préfère qualifier de consolidation. Après une croissance très rapide au début des années 2020, la dynamique marque le pas. Les surfaces certifiées bio continuent de progresser, mais les nouvelles conversions reculent nettement. Un phénomène qu’il replace dans une logique cyclique : « Après des années de forte expansion, le marché a besoin de se stabiliser, d’absorber cette croissance et de retrouver un équilibre entre production et consommation », explique-t-il.

Mais sur le terrain, la réalité est plus dure. En Occitanie comme ailleurs, le vin bio connaît une baisse de la consommation, des coûts de production élevés et une demande accrue de sobriété. Sur le terrain, ce constat est partagé par Jean-Noël Bergasse, vigneron au Domaine de Pouybet. Il observe un net retournement de dynamique. « Le bio se casse la gueule », tranche-t-il, convaincu que les nouvelles conversions ne se font plus pour des raisons commerciales.

La crise du vin bio est quantifiable : recul inédit des surfaces viticoles certifiées (-4% en 2024, soit -6 724 hectares), chute brutale des conversions (-43%, à 22 702 hectares) et déconversions massives, qui représentent près de 59% des sorties du bio. « Il y a quelques années, le bio pouvait apparaître comme un levier économique. Aujourd’hui, le marché du vin se referme, et certains producteurs reviennent même vers le conventionnel, moins contraignant. À cela s’ajoutent des réalités territoriales. Dans le Sud-Ouest, la pression des maladies comme le mildiou ou l’oïdium rend la viticulture biologique exigeante. Et les contraintes réglementaires compliquent encore les choses », souligne-t-il, évoquant la limitation récente des produits à base de cuivre, pourtant essentiels en bio. « On nous interdit certaines molécules au nom de la protection de l’environnement, alors qu’elles sont indispensables », regrette-t-il.

Sur le plan commercial, Julien Franclet et Jean-Noël Bergasse partagent le même constat : aujourd’hui, un vin se vend d’abord s’il est bon. Être bio est un plus, mais pas une garantie. Les chiffres de l’Agence Bio révèlent un basculement : le vin bio progresse fortement en cavistes (+58%) et en vente directe (+48%), mais recule en grande distribution (+14%, soit -7 points par rapport à 2023). Un recentrage vers les circuits courts qui demande plus d’efforts commerciaux aux producteurs. La difficulté reste que produire en bio demande plus de travail mécanique et physique, plus de passages dans les vignes, et entraîne souvent des baisses de rendement. « Même si on vend un peu plus cher, ça demande beaucoup plus de travail », résume le vigneron. À qualité équivalente, il devient de plus en plus difficile de trouver un prix juste qui prenne en compte à la fois le produit… et la personne derrière la bouteille.

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