Quand je l’ai vue dans la cour de la prison de la Santé, sous le dais noir, avec ses grands bras maigres, dressée vers ce dais, elle avait l’air d’une espèce d’idole, sanglante, qui attendait sa ration de mort. Maintenant, c’est une pièce de musée. Tout est dit. » Inscrite sur un cartel de l’exposition permanente du Mucem, « Populaire ? », cette déclaration de Robert Badinter, en 2010, porte sur une guillotine construite en 1872 par Alphonse-Léon Berger pour remplacer un modèle détruit pendant la Commune de Paris, et qui sommeillait dans les réserves du Mucem. Voilà désormais le monstre froid installé au sein du parcours, à l’occasion de la panthéonisation de Robert Badinter -l’ancien garde des Sceaux ayant porté la loi pour l’abolition de la peine de mort en 1981- qui doit avoir lieu le 9 octobre. La guillotine n’avait auparavant été montrée qu’à trois reprises : au Musée d’Orsay en 2010, lors de l’ouverture du Mucem en 2013 et aux Baumettes en 2019. L’espace sera ouvert au public gratuitement, jeudi entre 10h et 19h.
« Cette guillotine témoigne de ce qu’était la peine capitale et surtout, du combat pour l’abolition », rappelle Pierre-Olivier Costa. Le président du Mucem développe : « Robert Badinter a choisi de la donner en 1982 au Musée des arts et traditions populaires dont le Mucem est l’héritier, pour la faire entrer dans le patrimoine commun comme un objet qui n’a plus d’usage et n’en aura plus. Avec la condition de ne pas la montrer au public avant 20 ans car il en connaissait la charge émotionnelle. À l’époque, une majorité de Français était encore pour la peine de mort. » Le couperet de l’armature glaçante de bois semble prêt à tomber à tout moment. Fort heureusement, il est figé en l’air grâce à Badinter. Son exposition convoque le souvenir d’une lutte, suggère la séquence où elle est exposée. Une section qui souligne les « avancées sociales et sociétales » dans l’Hexagone, parmi lesquelles « la grève et la réduction du temps de travail » entre 1936 et 38, ou le « mariage pour tous » en 2013. Au centre de cette pièce, trône la bête à la lame, 4,50m de hauteur et 800 kilos. « Cette guillotine a aussi été beaucoup utilisée pendant la Seconde Guerre mondiale, notamment pour mettre à mort des résistants », souligne Pierre-Olivier Costa, tout en précisant : « A priori, elle n’a pas été utilisée pour la dernière exécution en France, en 1977 », celle d’Hamida Djandoubi, exécuté aux Baumettes. Mais une deuxième guillotine, « itinérante pour aller en province », indique la directrice scientifique et des collections du Mucem, Marie-Charlotte Calafat, « est toujours dans nos réserves. Elle n’a jamais été montrée car il lui manque des pièces, notamment des écrous et boulons. C’est certainement celle qui a été utilisée pour Christian Ranucci », lui aussi décapité aux Baumettes en 1976.

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