Le Pont du Gard n’est plus seulement un monument emblématique : depuis le 31 juillet, il est devenu le théâtre d’une expérimentation technologique inédite pour lutter contre les incendies de forêt. Kinéis, opérateur spatial français basé à Toulouse, et l’Entente Valabre, centre d’expertise des Sdis du Sud de la France, y déploient un dispositif de détection précoce des feux de végétation par satellite.
Sur une zone de 313 hectares particulièrement exposée aux risques, 120 capteurs Silvanet ont été fixés aux arbres. Autonomes grâce à un petit panneau solaire, ces boîtiers d’une trentaine de centimètres mesurent en continu la température, la pression atmosphérique, l’humidité et surtout la qualité de l’air. Un excès de monoxyde ou de dioxyde de carbone ? Le signal est immédiatement transmis à la constellation de 25 nanosatellites Kinéis, qui relaient l’alerte en temps réel aux services de sécurité civile. « L’intérêt majeur, c’est de capter les premiers signes de combustion, même dans les zones blanches où aucun réseau mobile ne passe », souligne Florian Hoorelbeke, responsable Sécurité civile chez Kinéis. Pour les pompiers, la promesse est simple : intervenir plus vite, avant que l’incendie ne prenne de l’ampleur.
Au-delà de la détection des départs, le dispositif permet aussi une surveillance des ressources : niveaux des cuves d’eau isolées, réservoirs de retardant sur les pélicandromes où s’approvisionnent les bombardiers d’eau. « C’est le Minority Report du feu de forêt », résume le lieutenant-colonel Philippe Meresse, directeur du pôle innovation de l’Entente Valabre. « On peut dire qu’il va y avoir un feu dans les 12 heures, et envoyer les moyens en conséquence. » Car 90% des incendies sont liés à l’activité humaine : parkings, voies ferrées, autoroutes… Autant de zones sensibles où les capteurs pourront être déployés. Leur connexion directe à l’espace permet une implantation « n’importe où », rappelle Éric Nicolas, de Kinéis. Un premier bilan est attendu à l’automne 2025. L’ambition est claire : équiper rapidement le territoire national de 10 000 capteurs d’ici l’année prochaine. « L’innovation prend tout son sens lorsqu’elle a un impact concret », insiste Laurence Delpy, PDG de Kinéis. « Ce projet montre comment la technologie spatiale peut devenir un véritable allié face aux grands défis. »

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