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  • [L’esprit de 1936] Marseille, comme un laboratoire

    [L’esprit de 1936] Marseille, comme un laboratoire

    Marseille est un laboratoire dans le sens où le processus de réunification syndicale se nourrit des nombreux conflits qui éclatent à partir de février 1934 et anticipe la réunification nationale. Deux conflits jouent un rôle particulièrement important à cet égard :

    « La marche de la faim » des gueules noires du bassin minier de Gardanne (1935). Un millier de mineurs se rend en train à Aubagne, lieu de départ réel de la marche, aux cris de « du travail et du pain ». Selon les rapports de police, elle rassemble près de 3 000 personnes. Cette marche a été suivie par un nombre non négligeable de militants CGT et par de nombreux élus socialistes et communistes du bassin : Deleuil, Ami, Moustier, Julien, Négrel, Laget, Vidal, David etc. Une fois arrivés à Marseille, salle Ferrer, les ouvriers mineurs votent une motion demandant « à l’Union départementale confédérée, à la Fédération régionale et à la Fédération nationale confédérée du sous-sol, de s’unir sans retard avec les organisations unitaires pour la défense des ouvriers mineurs ». Dès le 27 octobre 1935, la CGT et la CGTU de Biver-Gardanne fusionnent ; le 5 novembre, un processus identique se produit à Meyreuil ; le 1er décembre, les mineurs de Gréasque réunissent à leur tour leurs syndicats. La grève des mineurs est la matrice de la réunification de la CGT.

    Le conflit du personnel de la manutention portuaire. Le 9 décembre 1935, 2 100 dockers se mettent en grève pour protester contre la diminution des revenus, justifiée, selon le patronat, par la réduction du coût de la vie. Très vite, les dockers de la CGTU, sous la direction de Victor Gagnaire, deviennent les éléments les plus actifs du conflit et écartent les deux anciens responsables sabianistes Nazzi et Ciavaldini. Ils mettent en place des piquets de grève pour éviter l’emploi de « jaunes », obtiennent l’appui des dockers de Port-de-Bouc et de Port-Saint-Louis-du-Rhône qui débraient à leur tour et paralysent ainsi l’ensemble du trafic portuaire. La situation est tellement tendue que le préfet décide d’intervenir. Le 16 décembre, à sa demande, il réunit la Commission chargée de mesurer l’évolution du coût de la vie et ses conclusions aboutissent à rejeter les baisses de salaires initialement prévues. L’issue favorable de ce conflit restructure le paysage syndical du port. Le 2 janvier 1936, le Syndicat unique des dockers est créé et c’est l’ex-unitaire Victor Gagnaire qui devient son premier secrétaire général. Le mouvement social portuaire se trouve ainsi radicalisé, et pour longtemps. Il devient, pour l’ensemble des salariés de la région, une référence essentielle, sans que pour autant tous les problèmes soient réglés.

    Malgré les tensions qui subsistent entre les instances départementales des deux CGT, la vigueur du mouvement social favorise la fusion syndicale qui paraît, désormais, inéluctable. Elle se produit officiellement les 4 et 5 janvier 1936, deux mois avant le congrès de réunification nationale qui se tient à Toulouse du 2 au 5 mars 1936. C’est en ce sens que l’on peut parler de la région marseillaise comme d’un laboratoire qui anticipe l’accord national.

  • [Un été au camping] On plante ses sardines à l’auberge de Bois Luzy à Marseille

    [Un été au camping] On plante ses sardines à l’auberge de Bois Luzy à Marseille

    Nichée sur la colline de Saint-Barnabé, l’Auberge de jeunesse du Château Bois Luzy, dispose, en plus d’une centaine de places dans ses 18 dortoirs, de 20 emplacements pour tentes, et depuis les JO, de trois pour les camping-cars, au pied d’un château chargé d’histoire. On y vient, en groupe, entre amis ou en solo, pour une question de budget. Et on y revient pour « le cadre idyllique et l’accueil extrêmement chaleureux » assurent les amis de l’ovalie toulousains. « On doit un grand merci à la directrice, avoue Jérôme, je suis une quiche avec internet et au lieu de réserver une chambre pour six, j’avais cliqué sur quatre places en tentes non équipées ». Mais Fouzia Sujet, rodée depuis des années à l’accueil des Auberges de Jeunesse de Strasbourg à Marseille, n’est pas du genre à tomber le sourire devant le désarroi de la petite bande. « On trouve toujours une solution en cas d’urgence. On peut aller jusqu’à 30 emplacements de tentes pour deux à trois personnes, on a 15 tentes équipées. D’ailleurs ici, on met tous la main à la pâte ». Direction comprise.

    Aux manœuvres de ce superbe domaine depuis deux ans et demi, Fouzia met un point d’honneur à perpétuer « l’esprit de culture populaire des Auberges », épaulée par Eryne et une équipe de huit saisonniers fidèles au poste. De mars à octobre, Julien, Laurène et Marijn accueillent avec bienveillance, Kader, Lusine et Odette sont aux petits oignons pour les hôtes, quand Marie prépare les petits-déjeuners et Nabil et Alla veillent sur leur sommeil. Bientôt, « un miel de nos ruches s’étalera sur les tartines », annonce Fouzia devant une pancarte qui prévient de la présence de nouvelles reines installées au milieu des essences de la colline.

    Ouvert au quartier

    Sur la terrasse les hébergés débarrassent les tables des dernières reliques de leur repas. Les cuisines, la laverie, les sanitaires et la bibliothèque du château sont à disposition. Et, le mascaron aux armoiries du comte, les mosaïques du patio, les peintures des boiseries ou la ferronnerie des rampes d’escaliers, le site éveille l’intérêt patrimonial.

    Le camping, version vie de château « c’est plus sympa que l’hôtel, plus détendu, plus convivial. Hier, on a passé la soirée avec des gens de Clermont-Ferrand » s’enthousiasme Jérôme. C’est encore une manière pour des voyageurs venus de tous pays de rencontrer des Marseillais : « Fouzia ouvre les portes, pour des fêtes, des vide-greniers, du théâtre, des concerts, des cours de pilate… on est chez nous, ici » plébiscite Joëlle Rousson, enseignante retraitée, membre de l’Association Loisirs Bois Luzy. Sur le parking, un cycliste remonte en selle pour s’engager sur la piste. Pour les plus sportifs les plateaux de handball, football et volleyball mitoyens complètent ce tableau dont la seule ombre tient à une offre « peuchère » de transports en commun de la Métropole, déplore Joëlle.

    Tarifs en tente à partir de

    32,50 euros par jour pour une personne, 40 pour deux, petit-déjeuner inclus.

  • [Patrimoine] La double mission des remparts d’Avignon

    [Patrimoine] La double mission des remparts d’Avignon

    Il y a quelques semaines, 14 pupitres de lecture ont fait leur apparition tout le long des 4,6km des remparts d’Avignon. Ce « projet de mise en lumière historique et culturelle vise à réintégrer dans la mémoire collective ce monument essentiel d’Avignon que constitue son enceinte médiévale et en faire une source de connaissance dépassant le seul caractère historique de cette architecture », nous indique la municipalité. Un parcours où les « contenus évoquent l’histoire du monument mais également tous les usages qui s’y attachent, rappelant sa dimension sociale au sein de la Ville (foires et marchés, constructions adossées, épisodes des crues…) ».

    Manière pour les habitants, comme pour les touristes, d’en apprendre davantage sur ce joyau, progressivement classé Monument historique entre 1906 et 1937 avant d’être intégré au patrimoine mondial de l’Unesco en 1995 avec l’ensemble du centre-ville. De 8 mètres de haut, dotées de 36 tours et 55 échauguettes (tourelles) et de 27 points de passages (portes et poternes confondues), les remparts sont aujourd’hui une forteresse médiévale parmi les mieux conservées. D’abord circonscrites dans un périmètre du Rocher des Doms où se sont installées les premières populations, les forteresses se sont progressivement étendues en franchissant à partir de 1320 le canal de la Sorgue. La configuration actuelle a nécessité 16 ans de travaux de 1357 à 1373, principalement sous le pontificat d’Innocent VI.

    « La fonction initiale des remparts est la défense de la ville contre les attaques militaires extérieures », stipule la municipalité. Le symbole en est le Châtelet. Situé à l’entrée du pont Saint-Bénézet, ce bâtiment constitue le point stratégique du contrôle de la ville. Érigé au XIVe siècle, il est reconstruit en 1414 suite aux dégâts subis lors du deuxième siège du palais apostolique, au début du XVe siècle.

    Une armure en bois comme endiguement

    Le second rôle des remparts, toujours prépondérant, est de lutter contre les crues du Rhône. L’épisode le plus marquant remonte à juin 1856, où une vague de 1,50m fait céder plus de 30m de remparts au niveau de la porte Saint-Dominique et pénètre en centre-ville. Place Saint-Didier ou encore rue des Teinturiers de discrets témoins de cette crue permettent de mesurer le niveau d’eau. À l’époque, Napoléon III était venu en barque constater les dégâts. Désormais, la Ville veille à développer la culture du risque et familiariser la population au risque de crue. Depuis 2003 et la dernière grosse crue, le Rhône est régulièrement sorti de son lit sans non plus aller jusqu’à lécher les remparts. Très régulièrement, les services municipaux s’entraînent à disposer des batardeaux. Sur un peu plus de 2km, de la porte Saint-Lazare au passage piéton de la Petite-Hôtesse, chacune des portes et poterne possède sa propre armure : une double rangée de madriers mis dans des encoches dédiées à l’intérieur de laquelle est ensuite garni un mélange de terre et de fumier pour favoriser l’étanchéité.

    Lieu de vie (foires, et parking jusqu’à il y a dix ans), le tour des remparts a été transformé en voie douce végétalisée. Un tel patrimoine nécessite un entretien permanent, un peu comme pour la Tour Eiffel dont le chantier ne s’arrête jamais. Il y a 5 ans, les remparts ont fait l’objet d’un diagnostic sanitaire, structurel et historique, par une équipe composée d’architectes du patrimoine, d’un économiste de la construction et d’une historienne. Manière pour la Ville d’établir un programme pluriannuel de travaux d’entretien et de restauration sur au moins 10 ans. Il y a un an et demi par exemple, des morceaux de remparts s’étaient détachés côté extra-muros à Saint-Lazare, sans faire de victime. Dans les projets à long terme, jamais vraiment datés, il est toujours prévu de rouvrir partiellement au public le chemin de ronde.

  • « La formation des troupeaux renseigne sur la transmission des maladies »

    « La formation des troupeaux renseigne sur la transmission des maladies »

    La Marseillaise : Vous décrivez dans votre étude un méga-troupeau de 4 000 buffles au Botswana. Cela ne passe pas inaperçu… Les communautés locales le connaissaient-elles ?

    Alexandre Caron : La première autrice de l’article, Emily Bennitt, a mené l’enquête auprès des populations locales. Les rangers et les guides touristiques connaissaient le troupeau. Dans les villages, les communautés locales n’avaient pas l’impression qu’il était si gros car elles le voient rarement. En effet, buffles et bétail ont tendance à s’éviter. Donc les éleveurs voient quelques buffles de temps en temps qui s’enfuient rapidement. Ils ne se rendent pas compte de la taille du troupeau qui existe derrière.

    Au-delà du caractère impressionnant, en quoi est-ce intéressant d’observer un si gros troupeau ?

    A.C. : Pour la conservation, cela aide à sensibiliser les acteurs locaux sur l’existence de ce phénomène naturel important. Et cela donne une référence à partir de laquelle nous pourrons observer une évolution. Enfin, cela aide à comprendre ce qu’est un troupeau, comment il se forme et comment peuvent s’y transmettre des agents pathogènes.

    Lesquels ?

    A.C. : Près de 90% des buffles ont la fièvre aphteuse. Ils peuvent aussi avoir la tuberculose, la brucellose… Or ces maladies peuvent se transmettre au bétail, ce qui a des conséquences sociales et économiques. Ces transmissions se font rarement par contact direct car buffles et bétail s’évitent. Mais il peut y avoir des transmissions indirectes, par la salive ou les déjections laissées dans un espace partagé.

  • [Science] Un documentaire permet d’identifier le plus gros troupeau de buffles

    [Science] Un documentaire permet d’identifier le plus gros troupeau de buffles

    « Cela s’écarte de ce que j’ai l’habitude de faire », reconnaît Alexandre Caron, écologue de la santé pour le Cirad de Montpellier, plutôt spécialiste des interactions entre animaux sauvages et communautés humaines en Afrique de l’Est et australe.

    En 2022, des réalisateurs d’une société de production
    -Silverback– contactent une étudiante dont il encadre la thèse. Ils travaillent sur un documentaire pour Netflix, viennent de filmer un troupeau de buffles au nord du Botswana et peinent à les compter. Et pour cause : ils sont vraiment nombreux. « Quand nous avons vu la vidéo, nous nous sommes tout de suite dit qu’il y avait quelque chose d’exceptionnel », se souvient le chercheur qui connaît bien cet animal. Il se rapproche alors de collègues qui ont développé une méthode de comptage à base d’intelligence artificielle. La taille du troupeau est alors estimée à plus de 4 000 individus. « C’est le plus gros troupeau de buffles jamais documenté scientifiquement, souligne Alexandre Caron, dernier auteur d’un article qui détaille ce travail dans Ecology & Evolution. Cela montre que ces méga-troupeaux existent toujours. »

    Beaucoup de populations d’herbivores en Afrique sont en déclin, soulignent les chercheurs dans leur article. En cause : la fragmentation du paysage due au développement humain et les grands espaces transformés en terres agricoles. « Il faut nourrir une population humaine en forte croissance sur le continent », pointe Alexandre Caron qui tient à préciser que les parcs nationaux font exception. « La faune sauvage et la biodiversité s’y portent bien en Afrique australe. »

    Petit paradis

    Des grands rassemblements d’herbivores sont connus, comme celui des quelque 800 000 cobes de Buffon –une espèce d’antilope– au Soudan du Sud et en Éthiopie ou celui de plus d’un million de gnous bleus et autres antilopes en Tanzanie. « On ne peut toutefois pas parler de méga-troupeaux, tempère Alexandre Caron. Ce sont plutôt des grandes migrations. Ils sont en mouvement toute l’année pour suivre les ressources alimentaires. »

    Définir un troupeau n’est pas simple. « Nous avons fait des études au Zimbabwe pour tenter d’y parvenir », poursuit Alexandre Caron. Avec des colliers GPS et des études génétiques pour voir si les individus de la même famille restent ensemble. « C’est en fait très fluide », résume-t-il. Des groupes se forment, se défont, se mélangent et les individus passent d’un groupe à l’autre. C’est le cas du méga-troupeau au Botswana. « Il est composé de plusieurs troupeaux qui se rassemblent à un moment de l’année -la saison sèche- pour se diriger vers un endroit particulier », décrit le chercheur. Cet endroit, la dépression de Mababe, est un ancien lac où la nourriture abonde à cette saison. Un petit paradis où ils reviennent année après année. Peut-être sous l’œil plus attentif des scientifiques maintenant qu’ils ont été filmés.

  • [Grand entretien] Tatou : « La course de baignoires, un clin d’œil à l’histoire de La Ciotat »

    [Grand entretien] Tatou : « La course de baignoires, un clin d’œil à l’histoire de La Ciotat »

    La Marseillaise : Qu’est-ce que symbolise pour vous cette course de baignoires organisée par Ciotat Chourmo ?

    Tatou : C’est un clin d’œil à l’histoire de La Ciotat. On était, et on est toujours un peu, une ville de constructeurs de bateaux. Avec un grand chantier naval qui a malheureusement fermé ses portes [en 1988], même si grâce à la lutte des types qui étaient sur le site, on a pu conserver l’activité navale. Mais bon, on n’a plus de pétroliers, de méthaniers, d’immenses navires qui étaient un peu l’âme de la cité. Donc, cette idée de continuer à construire des trucs qui flottent, des baignoires, avec nos petites mains, c’était un clin d’œil aux anciens. C’est aussi l’occasion de faire une fête populaire, qui draine de plus en plus de monde. Ça ressemble un peu aux 24 heures du Mans, il y a des stands avec les baignoires, chacun peut admirer l’inventivité de ceux qui les construisent. Ensuite, tu as la course et ça finit toujours par un concert.

    Comment expliquez-vous l’engouement autour de cette course ?

    Tatou : C’est sympa, populaire, gratuit, festif. Et on célèbre notre amour pour la ville. Chacun y met un peu de fierté.

    Sur le titre « Lo Chaple », en 2008, vous chantiez : « Qu’ont-ils fait à ma ville, ils l’ont déshéritée, tu vois. Ils ont fermé l’usine, ont rangé les bateaux pendant qu’on n’y était pas. » Quel est votre regard sur l’évolution de La Ciotat ?

    Tatou : Déjà, le temps passant, on est sortis du traumatisme. Après la fermeture du chantier, on n’a pas eu le moral pendant 25 ans. Cette fermeture a touché toutes les familles de la ville. « Lo Chalpe », ça veut dire la catastrophe en provençal. Après, il faut relever la tête. Il y a eu beaucoup d’initiatives associatives pour se remonter le moral comme celles de La Chourmo. Sinon, il y a aussi pour moi une dérive tourismatique, même si elle n’est pas propre à La Ciotat : la multiplication des Airbnb, le tourisme de masse qui fait que, même si nous sommes des Ciotadens ouverts et qui aimons voir débarquer du monde d’ailleurs, ça nous gonfle un peu parfois. Pour la jeunesse ciotadenne, ça manque aussi un peu de débouchés, d’avenir. Même si les villes changent, ça ne doit pas nous empêcher de proposer à nos jeunes un horizon un peu sympa. C’est aussi la rançon de la désindustrialisation. Mais le fait que la lutte, ici, ou au moins la conservation du patrimoine industriel et de la place que tient l’usine dans la ville, nous sauve un peu de la gentrification.

    Fin 2025, vous avez réédité en vinyle le premier album de Moussu T, « Mademoiselle Marseille », reflet du bouillonnement culturel de la ville dans les années 1920-1930, des opérettes marseillaises aux musiques afro-américaines. À quel point l’œuvre de Claude McKay, poète jamaïcain et figure du Harlem Renaissance témoin de cette effusion, vous a marqué ?

    Tatou : J’ai fondé Massilia Sound System au Panier. Je découvre Claude McKay, un auteur jamaïcain qui écrit sur le quartier détruit pendant la guerre par les nazis et l’État français. En plus, un livre qui parle de musiciens. Ça a été ma porte d’entrée sur les rapports entre Marseille et le jazz. Et je suis retombé sur l’opérette marseillaise que je connaissais avant juste comme ça. Avec Massilia, on l’avait repris par clin d’œil. Comme c’est un monument de l’histoire musicale de Marseille, on est obligés d’y passer. Mais je l’ai redécouvert sous une autre facette : le fait que ça soit du jazz en quelque sorte. Scotto, Sarvil, Sellers étaient des grands fans de jazz. Sellers, qui vient de Martigues, est l’arrangeur de Scotto mais aussi celui de Joséphine Baker. Ça crée plein de ponts. C’était parfait pour nous qui avions envie d’avoir une ville diverse et ouverte : alors que beaucoup pensent que c’est le summum du terroir, ces opérettes marseillaises, c’était quand même de la musique black. Ça fait comprendre que ces histoires de pureté musicale ou culturelle n’ont aucun sens.

    Il a beau être contemporain d’un Marcel Pagnol, tous deux ne dépeignent pas le même Marseille. McKay a su, lui, saisir son esprit…

    Tatou : McKay fait partie du Harlem renaissance, dont une autre grande figure est Langston Hughes qui va se retrouver dans les brigades internationales en Espagne. Ce sont des types qui vivent. On le voit dans son autobiographie Un sacré bout de chemin, toutes les aventures possibles de son époque, McKay les vit : en Russie pendant la Révolution comme dans des studios cinéma à Nice… Fatalement, il écrit son époque. C’est marrant que vous parliez de Pagnol car moi, la première chose qui m’est venue quand j’ai lu Banjo (1929), c’était de le comparer à Bagatouni de Valère Bernard, ce grand écrivain marseillais qui écrit en provençal, lui. Ils ont la même façon de décrire depuis la rue. McKay a parfaitement saisi la place des Marseillais dans le monde. Si on le compare aux écrivains de son époque qui écrivent sur Marseille, la différence et encore plus grande qu’avec Pagnol car il y a tout ce délire, presque colonial, d’écrivains français sur Marseille. McKay vit et comprend fort bien Marseille mais aussi ce qu’est la renaissance culturelle noire. Il est à la fois noir, communiste, bisexuel et a donc beaucoup de problèmes dans la société. McKay nous donne une leçon d’altérité : on peut être autre et être ensemble. Et il raconte des trucs qu’aucun intellectuel français n’a raconté sur nous : des mecs en bleu de chine, des peintres marseillais… pour nous, c’est une arme. Le mec qui a écrit le plus beau roman sur Marseille est un Jamaïcain.

    Pour revenir à la musique, quelle est votre actualité ? Des projets avec Massilia ou Moussu T e lei Jovents ?

    Tatou : Avec Moussu T pas grand-chose, avec Massilia, non plus. Tu sais, on est les vieux membres d’un vieux groupe. Je m’intéresse à plein de choses à côté. Demain, je suis par exemple en studio, mais pour conseiller. Je vais écouter le DJ de Massilia, Kayalik, qui est en train de construire un truc super intéressant avec un groupe traditionnel du Tarn. Une rencontre entre la dance music et la danse balèti. Sinon, je viens de finir de donner quelques avis sur un disque de mon collègue, Louis Pastorelli, chanteur du groupe Nux Vomica. Et je continue aussi bien sûr à me régaler avec DJ Kayalik en faisant du sound system en essayant de recréer la soirée dansante jamaïcaine on va dire. C’est le balèti à la jamaïcaine.

    Vendredi dernier, vous étiez aussi en concert avec Massilia Sound System à Vitrolles. Toujours un refuge à la morosité ambiante pour le public qui a communié avec vous…

    Tatou : L’idée de chanter pour une communauté a toujours été dans notre cahier des charges. On chante pour nos voisins, les gens de nos quartiers et villes. On a toujours dit qu’on avait envie d’être des chanteurs folkloriques mais au vrai sens du mot du folklore, c’est-à-dire le langage du peuple. C’est notre grande fierté. Massilia, c’est le truc repère de toute la famille, le disque que peuvent écouter des parents comme des enfants. Les jeunes et les vieux s’y retrouvent, tout en restant jeunes et vieux. Et là, avec Moussu T à La Ciotat, on va jouer avec une formation très simpliste qui rappelle les premières heures du jazz à La Nouvelle-Orléans, il n’y a que du banjo, une batterie réduite a sa plus simple expression, des percussions. C’est formidable.

    Entretien réalisé par Philippe Amsellem

    Exposition des baignoires à 14h, course à 16h et début du concert vers 19h30

  • Le château fort se met à l’heure médiévale

    Le château fort se met à l’heure médiévale

    650 ans d’existence

    Plus qu’une simple fête sur deux jours, c’est une immersion à l’époque médiévale qui est proposée au public pour que petits et grands puissent découvrir l’ambiance et la vie quotidienne dans un village de cette époque. « Notre village compte 400 habitants, nous n’avons pas beaucoup de patrimoine remarquable alors il est important pour nous de faire vivre ce lieu historique riche d’une histoire incroyable », ajoute-t-il. « La fête sera vraiment dans son jus puisque nous avons des documents concernant l’édifice qui attestent que le château fort n’a jamais été habité, c’est un patrimoine que nous voulons partager avec le plus grand nombre. » Dans son jus, c’est le moins que l’on puisse dire, l’ensemble des 120 participants qu’ils soient bénévoles ou non seront en tenues médiévales et les visiteurs pourront également en profiter puisque sur place un prêt de costumes est proposé pour tous les âges. Côté animations, chants, danses ou encore enseignement des arts militaires sont au programme. « Il y aura aussi des jeux pour enfants, des ateliers pédagogiques comme de la poterie, des créations d’épées et de boucliers… Le tout avec un objectif ludique et pédagogique. Oui on est là pour s’amuser mais aussi pour apprendre des choses », souligne le passionné. Et quelle plus belle occasion que cette grande célébration pour fêter les 650 ans d’existence de ce château fort dont l’association a à cœur de faire vivre. « L’ensemble des troupes et artistes présents viennent de la région. Sans compter qu’ici il n’y aura rien en rapport avec la société actuelle tavernes, buvettes et autres échoppes ne proposeront que des produits d’époque dans un cercle vertueux. »

  • [La guerre d’Espagne 2/3] La « non-intervention » une trahison française

    [La guerre d’Espagne 2/3] La « non-intervention » une trahison française

    Le coup d’État du 18 juillet 1936 contre le gouvernement légitime de la République espagnole bénéficiera
    de ce que l’on a appelé
    le pacte de « non-intervention » initié par la France et l’Angleterre. Hitler et Mussolini ont pu aider militairement Franco en toute impunité pendant
    près de trois années.

    Le 18 juillet 1936, la rébellion de Franco contre le gouvernement républicain légitime de l’Espagne a éclaté avec le soutien d’Hitler et Mussolini. Le 25 juillet, le gouvernement de Léon Blum dénonce partiellement le traité commercial franco-espagnol conclu en 1935 qui faisait obligation au gouvernement de Madrid de passer par priorité toute commande d’armes à la France. La politique dite de « non-intervention » est alors inaugurée. Le 8 août, ce traité avec l’Espagne est totalement abrogé. Cette « non-intervention », en fait, était bien une forme d’intervention, puisqu’elle modifiait, en opérant un blocus sur la fourniture d’armes, le rapport de force au détriment de la République espagnole.

    Au sein du gouvernement de Léon Blum, deux courants s’opposaient, ceux qui voulaient que l’Espagne républicaine soit aidée craignant à juste titre que la France à terme en paierait les conséquences, et d’autre part ceux qui pensaient que Franco pourrait abattre la République en quelques jours, et qu’il valait mieux ne rien faire, afin de préserver les futures relations gouvernementales avec les vainqueurs. Léon Blum devait alors se ranger de ce côté, persuadé que c’était la meilleure façon d’éviter une extension du conflit.

    À l’Assemblée Nationale, le 4 décembre 1936, cinq mois après le début de la guerre, le député communiste Gabriel Péri dénonce la non-intervention comme étant une duperie : « Les 5 et 6 août, la France proposait une mesure internationale d’embargo sur les armes destinées à l’Espagne… » embargo qui concernait donc aussi l’Allemagne et l’Italie qui ont souscrit à cet accord le 21 et 24 août. Le député cite alors un correspondant du Times à Hendaye qui constate que « les rebelles franquistes ont reçu le 25 août 21 avions Junker avec lesquels ils ont effectué le bombardement de deux aérodromes près de Madrid ». Le 29 septembre un lot de matériel de guerre, provenant d’Italie était expédié de Lisbonne pour passer en Espagne. L’Allemagne et l’Italie, comme on pouvait s’y attendre n’entendaient pas respecter le pacte de non-intervention. « C’est dans la période qui va de fin août à la fin septembre 1936 que les rebelles ont pris Irun, Saint-Sébastien, Tolède et progressivement resserré leur étau sur Madrid. Ce n’est pas la République, c’est la rébellion et ce sont les ennemis de la France qui ont été les plus grands bénéficiaires de la non-intervention » dénonce alors Gabriel Péri au Parlement.

    Quelle aurait été l’issue de la guerre d’Espagne, si la France et l’Angleterre avaient soutenu le camp républicain, qui combattait contre l’agression fasciste internationale ? Nul ne le sait. Ce qui est sûr, c’est que la politique de « non-intervention », a carrément été ressentie comme un coup de poignard dans le dos de la part de ces deux pays, et plus particulièrement de la France, qui s’était dotée tout comme l’Espagne d’un gouvernement de Front Populaire.

    L’Espagne républicaine, n’a pu compter pendant les trois années de guerre contre le fascisme, du 18 juillet au 31 mars 1939, que sur l’aide des brigades internationales, ces 35 000 volontaires internationaux venus de 54 pays, et sur le soutien de l’URSS. Certes, on ignore si Franco aurait été empêché de renverser la République espagnole, mais une attitude loyale du gouvernement de la République française à l’égard de la République espagnole en danger de mort, aurait été d’un apport considérable pour lutter contre l’ennemi commun. Hitler a pu agir impunément en Espagne pour en faire son terrain d’entraînement, et ainsi lancer son offensive destructrice sur l’Europe.

  • [Entretien] « À l’échelle des Alpes, nous ignorons les effectifs de lièvres variables »

    [Entretien] « À l’échelle des Alpes, nous ignorons les effectifs de lièvres variables »

    La Marseillaise : Y a-t-il beaucoup de lièvres variables dans les Alpes françaises ?

    Jérôme Letty : Nous n’avons pas une vision claire des effectifs à l’échelle des Alpes, ni de données permettant de dire s’il y a une baisse. Nous avons une idée à des échelles plus petites, sur certains massifs ou dans certaines vallées. Mais les données manquent à d’autres endroits, notamment dans les massifs plus à l’écart. Or, c’est probablement dans ces massifs où les sommets sont moins hauts qu’il est le plus exposé à l’évolution de l’environnement. Pour la gestion de l’espèce, ces données seraient précieuses et intéresseraient nos partenaires – parcs naturels nationaux, régionaux et fédérations de chasse.

    Y a-t-il d’autres espèces exposées aux « sky islands », c’est-à-dire qui voient leur aire de répartition se restreindre à des zones isolées en altitude avec le réchauffement climatique ?

    J.L. : Oui, le lagopède alpin est encore plus contraint car il est spécifiquement adapté à la vie en milieu arctique. Le lièvre variable peut vivre à des altitudes où il y a encore de la forêt, mais pas le lagopède. Il vit au-dessus, entre 1 800 et 3 000 mètres, dans les pelouses rases, les éboulis et les combes à neige. Par contre, il vole, ce qui peut être un avantage pour passer d’un massif à l’autre. Mais cela fonctionne jusqu’à un certain point…

    Lequel ?

    J.L. : C’est toute la question que nous voudrions explorer. Il ne peut pas voler sur de très longues distances, donc il n’arrive pas à traverser les vallées trop larges, au-delà de quelques kilomètres.

  • [Exposition] Achille Emperaire, l’éternel ami de Cézanne

    [Exposition] Achille Emperaire, l’éternel ami de Cézanne

    Né à Aix en 1829, de dix ans plus âgé que Cézanne, Emperaire poursuivit pendant toute sa vie le rêve d’accroître sa taille. 148 centimètres, il était bossu et minuscule. L’un de ses ateliers comportait un trapèze et des agrès : il effectuait quotidiennement des étirements. Il vécut à Paris, tenta d’imposer sa peinture. Cézanne, Gasquet et Zola l’estimaient. Le jury du Salon et les galeries refusèrent de l’exposer.

    Sa cinquantaine passée marqua son retour définitif à Aix-en-Provence. Dans une lettre, il écrivait que « Paris est un vaste tombeau, un simple et terrible mirage ». Pendant l’été 1870, il arriva qu’Emperaire s’offre un moment de baignade dans le bassin du Jas de Bouffan. Une robe de chambre, des babouches et un tabouret lui furent réservés pour qu’il prenne la pose. Cézanne avait choisi l’un de ses plus hauts formats (200 x 100 cm) pour saluer la mélancolie de son ami.

    Il avait à peine de quoi acheter des couleurs. Certaines de ses toiles sont peintes recto-verso. C’est le cas du tableau de l’affiche de l’exposition de Vincent Bercker où l’on découvre des peintures de petit format, des fusains et des sanguines, principalement des nus féminins.

    Entre Fragonard
    et Seurat

    Ce peintre, qui accompagna quelquefois Cézanne sur le motif du côté de Château Noir, relève à la fois du XVIIIe siècle et d’une grande modernité. Ses nus peuvent évoquer Fragonard. Les formes généreuses et géométriques qu’il agence anticipent Matisse, ses nocturnes font songer aux noirs et blancs de Seurat.

    Achille Emperaire mourut le 8 janvier 1898. Il avait 68 ans. Après la Seconde Guerre mondiale, un fonctionnaire de la mairie qui s’appelait Victor Nicolas, l’antiquaire Raphaël Chipota, Jean Leymarie, qui préfaça en 1953 une plaquette des Amis des Arts, proposèrent une exposition. En 2013, un catalogue rassembla son iconographie ainsi qu’un maximum de renseignements.

    Autrefois, dans une salle du musée Granet, grâce à Louis Malbos qui fut son conservateur, figuraient plusieurs travaux d’Emperaire. La rénovation du musée provoqua le transport vers Nice d’une partie de la collection. Des fuites d’eaux naufragèrent le grand format d’un « Duel » qui scénographiait deux mousquetaires. On aimerait savoir ce que sont devenus d’autres tableaux d’Emperaire : un grand Nu couché féminin, un paysage bleuté de la campagne d’Aix, ainsi que les ocres de Nature morte, pichet, palette et fruits.

    Exposition « Achille Emperaire » chez Vincent Bercker, 10 rue Matheron, Aix-en-Provence. Accès libre.
    À découvrir jusqu’au 31
     juillet.