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  • [Travailleur de demain] Baptiste Gelly, derrière les cyber barricades

    [Travailleur de demain] Baptiste Gelly, derrière les cyber barricades

    Du tracteur aux écrans. C’est l’étonnante trajectoire qu’a suivie Baptiste Gelly, à 25 ans médaillé d’argent aux WorldSkills 2025 et fraichement salarié chez Pellenc ST, société installée à Pertuis (84) qui conçoit et vend des machines de tri optique pour la gestion de déchets. Son rôle ? S’assurer que les machines vendues par son entreprise, qui fonctionnent en connexion avec certains réseaux, respectent les trois grands principes de la cybersécurité : « la confidentialité, l’intégrité et la disponibilité des données », stipule-t-il. « L’idée est de veiller à ce que la machine que nous installons chez le client n’introduise pas de faille de cybersécurité dans leur système », détaille-t-il. Le jeune homme évolue donc du « côté bleu » de la force, dénomination donnée au cyber défenseurs, c’est-a-dire spécialisé dans la défense et non dans l’attaque, classée, elle, du « côté rouge ». Car c’est comme ça qu’on apprend la cybersécurité, en opposant l’équipe des attaquants à celle des défenseurs, comme le proposent certains sites en ligne que Baptiste a beaucoup fréquentés avant sa réorientation. « La meilleure défense, c’est l’attaque », martèle-t-il, citant, notamment, ses anciens enseignants.

    Bifurcation

    Originaire de Carpentras (84) et né dans une famille de soignants, le Vauclusien a commencé sa carrière bien loin des lignes de codes, en bac pro agricole. Mais, après deux mois dans un BTS du secteur, le doute s’installe : « J’adore conduire des tracteurs, ça ne fait aucun doute. Mais faire ça toute ma vie, je n’étais plus sûr », retrace-t-il. En cause : l’épuisement physique, la faible rémunération et des horaires peu avantageux. Relié aux écrans essentiellement par les jeux vidéo, l’idée d’un avenir dans la cybersécurité émerge peu à peu. A force d’entraînements, possibles grâce aux ressources disponibles en ligne, « en très grande quantité, d’autant plus aujourd’hui » , le jeune homme confirme son inclination et finit par s’engager dans un nouveau BTS, en informatique cette fois. S’il doit attendre un an avant d’intégrer définitivement la formation, faute d’alternance, il suivra ensuite un parcours impeccable, jusqu’à l’obtention d’un bac + 5 l’année passée. Ce qui l’anime aujourd’hui : « construire des solutions pour pouvoir répondre à des problèmes de cybersécurité ». « Jusqu’à il y a 6 mois, je voulais plutôt m’orienter dans l’attaque, en tant que pentester [les pentesters sont chargés de volontairement attaquer un réseau pour découvrir la nature de ses failles, Ndlr]. Mais la conjoncture, avec le renforcement de l’intelligence artificielle, m’a poussé à rester dans mon alternance, où je me concentre sur la défense, ce qui me permet de travailler sur plein de notions très intéressantes ».

    Suppléant de l’équipe championne de France pour les WorldSkills mondiaux, Baptiste entend s’autoriser une petite respiration, après des années de surinvestissement. « Jusqu’à mon embauche, la cybersécurité c’était tous mes soirs, tous mes week-ends. Faire des compétitions travailler, étudier, je ne faisais que ça. Je crois qu’on peut parler d’une petite overdose », ironise le vice-champion national.

    LE CONCOURS

    Une deuxième place qui n’a pas créé beaucoup de surprise pour Baptiste, qui s’attendait à ce classement. « On parle beaucoup au fil de la compétition, donc on s’attendait globalement à obtenir ce résultat », se souvient-il. Candidat pour voir « ce qu’il vaut » au niveau régional puis national, Baptiste a aussi exploité le concours pour « perfectionner sa technique ». « Je crois que c’était aussi l’occasion de représenter la cybersécurité et l’école en dehors d’un cadre classique. Puis ça reste une compétition très stimulante, qui te confronte à des situations proches du réel avec un niveau de technique élevé, c’est une ligne sur le CV. »

  • [Le coin du roman] Balzac, Rodin, deux génies face à face

    [Le coin du roman] Balzac, Rodin, deux génies face à face

    Tout est beau pour l’artiste, car en tout être et en toute chose, son regard pénétrant découvre le caractère, c’est-à-dire la vérité intérieure qui transparaît sous la forme, disait Rodin dans son testament à la jeunesse. Gardez-vous d’imiter vos aînés, Les mauvais artistes chaussent toujours les lunettes d’autrui… Rodin, quoique grand admirateur de Phidias et de Michel-Ange, n’a pas chaussé les leurs. Il était lui-même, quitte à être moqué par ceux qui voyaient dans sa sculpture de Balzac un bonhomme de neige, enveloppé dans un sac pour recevoir son créancier, et même une larve informe. Heureusement qu’Arsène Alexandre était là pour le féliciter d’avoir créé une œuvre qui tranchait sur la banalité, et que la romancière Clélia Renucci est là, aujourd’hui, pour se glisser dans l’esprit du sculpteur.

    Galerie de personnages

    Malgré l’insistance de Dumas et de Zola, il faudra attendre quatre décennies, après la mort de Balzac, pour que Rodin, dont Renucci fait ressortir les doutes et les soudaines certitudes, les folles rages et les périodes d’accalmie, soit choisi pour sculpter la statue de l’un des plus grands auteurs du XIXe siècle. Tous les moyens sont bons à l’auteure pour nous faire revivre cette aventure à la limite de l’incroyable : lettres, documents d’époque, polémiques, scandales, galerie de personnages, plus ou moins célèbres, auxquels on se doit d’attribuer des rôles, qu’ils interprètent à la perfection, sous la conduite de l’adroite plume de la romancière, afin de nous plonger dans ce siècle qui vit naître les plus distingués artistes et les plus illustres écrivains. Puissant, original, mouvementé et hardi.

    Albin Michel, 20,90 euros

  • [Entretien] Maëva Orliac : « La carnivorie peut être vue comme le marqueur de ce qu’est un cétacé »

    [Entretien] Maëva Orliac : « La carnivorie peut être vue comme le marqueur de ce qu’est un cétacé »

    La Marseillaise : Que nous apprend la mandibule fossile de « Kalakocetus aurorae », cette espèce primitive de cétacé tout juste découverte ?

    Maëva Orliac : C’est intéressant pour définir ce qu’est un cétacé. Kalakocetus aurorae valide ce que proposaient les spécialistes : que le passage d’une alimentation herbivore à carnivore peut être considéré comme le marqueur de ce que sont ces animaux. À partir du moment où ce groupe est devenu carnivore, on parle de cétacés. Leurs espèces sœurs –les Raoellidae– sont restées des herbivores.

    Comment les définissait-on avant ?

    M.O. : Pendant longtemps, les cétacés étaient définis par leur région auditive. L’os de leur oreille ressemble à un coquillage. C’est dû à l’adaptation au milieu aquatique de ces animaux dont les ancêtres vivaient sur terre. Mais cette particularité de l’oreille a été retrouvée chez les Raoellidae. Donc cela ne fonctionnait plus.

    Quelle est la place des baleines à fanons
    dans l’histoire évolutive des cétacés ?

    M.O. : Elles appartiennent au groupe des « mysticètes » qui apparaissent il y a environ 36 millions d’années, soit 12 millions d’années après Kalakocetus aurorae. Les premiers représentants avaient des dents et des fanons. Petit à petit, ils ont perdu leurs dents à la faveur des fanons. Il s’agit de lames de kératine, comme des cheveux, qui filtrent l’eau pour récupérer le plancton composé d’algues et d’animaux comme le krill. C’est une autre histoire évolutive par rapport à celle des dauphins ou des orques qui ont des dents acérées et ne consomment que de la viande.

  • [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] Chez Cantini, Hélène Garache, céramiste inclassable

    [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] Chez Cantini, Hélène Garache, céramiste inclassable

    Modelées sans prétention, elles sortirent du four principalement pendant le second XXe siècle. Ces assemblages de terre glaise dotées de très douces patines sont immédiatement attirants, on ne souhaite pas échapper à leur énigme. On voit mal à quel courant artistique on pourrait les rattacher.

    Quand on situera davantage leur inventrice on comprendra à quel point une confiance tranquille, l’humour et l’allégresse les traversent. Les cartels mentionnent qu’il s’agit du regroupement de deux séries d’objets. Ce sont des habitations et en même temps ce sont des corps. Avec en sommet un ciel et des envols d’oiseaux. En guise de toits et de murs, des imbrications de lauzes, des entassements de feuilles. Ou bien, dit un témoin, des « haies d’oreilles » enchevêtrées et touffues, des murets qui ressemblent à des bories. Ensuite, du côté de la Normandie, voici des plages, des sables et des horizons marins. Finalement assez figuratives ou bien faiblement abstraites, ces œuvres étonnamment savoureuses ne sont pas en quête de rupture par rapport à leur époque. Sans trop de mystère ni de symbolisme, leur univers est sobrement « post-surréaliste »: on découvre des formes élémentaires, par exemple l’étrave d’un bateau avec des encoches et une petite boule, ou bien des rouleaux de mer qui ressemblent aux découpes d’un pain de boulanger. Ce sont de simples apparitions, la condensation heureuse d’une mémoire et de plusieurs sensations. Leur meilleur commentateur, Yves Bonnefoy écrivait en 2006, dans un numéro de la revue Conférence, que malgré leur taille réduite et la douceur de leurs teintes argileuses, leurs alignements peuvent évoquer Stonehenge. Pas seulement inclassable, l’œuvre d’Hélène Garache (1928 – 2023) fut longtemps invisible. Programmée au musée d’Art Moderne de Paris, son unique exposition fut inaugurée deux jours après son décès. Conservatrice du musée Cantini, Louise Madinier qui a sollicité ce dépôt espère qu’une donation du Fonds Hélène et Claude Garache sera prochainement homologuée. Des œuvres d’Hélène Garache figurent déjà dans les collections des musées de Tours, Grenoble et Paris.

  • Un fossile illustre une étape clé de l’histoire des cétacés

    Un fossile illustre une étape clé de l’histoire des cétacés

    Fraîchement titulaire d’un doctorat en paléontologie, Mohd Waqas arrive à l’Institut des sciences de l’évolution de Montpellier (Isem) en 2023. Il vient faire un post-doctorat autour des organes sensoriels des cétacés. Dans ses bagages, il amène avec lui le fossile d’une mandibule qu’il a trouvé près de son village natal, en Inde. « Il ne m’en avait pas parlé », assure Maëva Orliac, chercheuse CNRS à l’Isem. Quand elle voit le fossile, elle n’en croit pas ses yeux. « C’était trop beau pour être vrai », se remémore-t-elle. C’est exactement la pièce d’un puzzle que les paléontologues cherchent à combler depuis longtemps. Un journal scientifique prestigieux auquel elle proposera la découverte croira même à une supercherie. « Ils pensaient que le fossile avait été fabriqué », s’amuse-t-elle aujourd’hui.

    Les caractéristiques générales de la mandibule indiquent qu’elle est celle d’un cétacé primitif. Mais sa singularité réside dans une des molaires qui a la particularité d’avoir trois cuspides –c’est-à-dire trois bosses. « Cela signifie qu’il s’agit d’un témoin de la transition spectaculaire des cétacés de l’environnement terrestre au milieu aquatique », résume la chercheuse, dernière autrice d’un article finalement paru dans Nature Ecology & Evolution.

    Régime alimentaire

    Car les cétacés n’ont pas toujours été des animaux aquatiques comme ceux que nous connaissons aujourd’hui : orques, dauphins, baleines… Leurs ancêtres étaient des animaux terrestres et herbivores qui ont ensuite investi le milieu aquatique et sont devenus carnivores. C’est lors de cette transition que leurs molaires ont perdu deux bosses. Les herbivores en avaient quatre pour favoriser la mastication des végétaux. Les carnivores n’en avaient plus que deux pour faciliter le cisaillement de la viande. « Nous n’avions jamais trouvé un témoin de la transition entre les deux », souligne Maëva Orliac.

    C’est maintenant chose faite. Et ce témoin, qui a vécu il y a environ 48 millions d’années, s’appellera Kalakocetus aurorae. Cette espèce primitive de cétacé se nourrissait essentiellement de viande comme en témoignent les traces de micro-usure sur les dents. « Elles sont fines, parallèles et assez profondes, décrit Maëva Orliac. Cela témoigne d’un mouvement cisaillant de la mandibule typique des carnivores. »

    La mandibule est aujourd’hui retournée en Inde. Son post-doctorat terminé, Mohd Waqas est lui retourné à la recherche d’autres fossiles de Kalakocetus aurorae. Les paléontologues aimeraient trouver des éléments de sa denture supérieure. « Pourquoi pas un crâne », se prend à rêver Maëva Orliac. Les fouilles ont-elles déjà porté leurs fruits ? « Des fossiles ont été mis au jour mais les extraire de la roche prend du temps », glisse la chercheuse. Un peu de patience, donc, avant de savoir s’il s’agit bien de nouvelles traces de ce cétacé primitif et compléter son histoire.

  • Laurent Godin, galeriste dans Arles depuis l’été 2025

    Laurent Godin, galeriste dans Arles depuis l’été 2025

    Un souvenir qui ne s’oublie pas, raconté par Gérard Traquandi. Années 1990, cours Julien, le soir venu. Élégance et discrétion, trois silhouettes grandes et longilignes, un couple qui s’éloigne. En bout de laisse devant eux, un lévrier. Laurent Godin vient d’achever ses études aux Beaux-Arts de Lyon, il a 25 ans. La jeune femme qui l’accompagne est mannequin à Paris chez Yves Saint-Laurent. Elle s’appelle Violeta Sanchez. Les meilleurs photographes -entre autres, Helmut Newton, lors d’une image-culte du Moma- l’ont portraiturée. La seconde image-souvenir est moins intimidante. Château de Servières, boulevard Boisson, plusieurs participations au Salon Pareidolie, le stand de Laurent Godin : le savoir-vivre, les qualités d’un galeriste, principalement tenace, courtois et réservé, sont évidentes. L’an dernier, c’était la surprise d’un peintre-dessinateur issu de l’École de Photo d’Arles, Matt Frenot. Auparavant en 2019 ou 2024, on découvrait des binômes ou des accrochages collectifs, des noms à la fois branchés et confirmés de l’art d’aujourd’hui, Alain Séchas, Marc Couturier et Claude Clossky.

    Depuis ses apprentissages chez Roger Pailhas dont il fut l’assistant-régisseur à Marseille et Paris, Laurent Godin a gravi des échelons de première importance. Entre 2000 et 2005, place Bellecour à Lyon, pendant les mandats de Raymond Barre et Gérard Collomb, il dirige un centre d’art contemporain, « le Rectangle ». Parmi les moments fastes de cette institution,

    Marseille se souvient fortement d’une exposition majeure de Gérard Traquandi en janvier 2002. Les textes du catalogue étaient signés par Didier Semin et Frédéric Valabrègue, Laurent avait rédigé la préface.

    Deux alliés, Traquandi et Frédéric Pajak

    Après cette expérience menée dans le service public dont il aurait pu devenir un protagoniste confirmé, Laurent Godin fonde sa propre galerie. Une aventure longue à raconter, beaucoup plus risquée, à la fois heureuse et anxiogène, d’abord menée dans le Marais dans un espace autrefois occupé par Yvon Lambert, débute en 2005. Ensuite de 2015 à 2024, avec le handicap d’un grand éloignement par rapport au centre de Paris, ce natif de Bourg-en-Bresse dont le père issu de la CFDT fut député et maire, ouvre dans le XIIIe arrondissement un espace de 400 mètres carrés qui accueille des grands noms internationaux comme Wang Du, Ham Steinbach, Peter Buggenhout et Eugène Leroy. Cette entrée dans le marché de l’art de haut niveau aura conduit la galerie à la Fiac et chez Art- Basel, dans de grandes foires implantées à New York, Bruxelles, Genève, Monte-Carlo, Pékin et Miami.

    Voici deux étés, puisque ses résultats financiers ou bien symboliques se trouvaient confrontés avec toutes sortes de crises, Laurent Godin a transformé radicalement ses formats et ses modes d’intervention. La décroissance a de fortes vertus, son cube blanc du XIIIe arrondissement est définitivement fermé, la base de repliement qu’il partage avec son épouse Violeta se situe dans une bastide de la campagne d’Arles, ses participations à de grandes foires internationales se sont interrompues. Proche du pont de Trinquetaille, sa galerie permanente occupe à présent une superficie beaucoup plus modeste. Pour autant ses activités et son impact sont conséquents.

    En 2025 et 2026, le Festival du Dessin d’Arles accueillait des artistes souvent exposés dans sa galerie, Alain Vega et Gérard Traquandi. Mentionné plus haut chez Pareidolie, un artiste émergent, Matt Frérot vient de bénéficier d’une Résidence et du Prix de la Fondation des Oseraies, animée par Sylvie et Didier Grumbach. Laurent Godin le constate tous les jours, grâce au travail mené par des institutions anciennes ou bien récentes (le musée Réattu, les Rencontres de Photographies, l’Espace Méjan d’Actes-Sud, la Fondation Van Gogh, la Tour Luma de Maja Hoffman) Arles offre une densité de propositions rigoureusement unique : c’est à présent le meilleur endroit de nos provinces pour approfondir l’art d’aujourd’hui, les collectionneurs du monde entier qui surviennent prennent le temps de regarder et ne sont pas pressés de repartir.

    Pendant les prochaines semaines avant l’exposition d’été qui permettra de découvrir des récentes sculptures de Peter Buggenhout, une double présentation des aquarelles et dessins de Gérard Traquandi est programmée. Place de l’Hôtel de Ville, palais de l’Archevêché, Frédéric Pajak a sélectionné des moments d’affleurement, des arbres et des paysages. Près du pont de Trinquetaille, le choix s’élargit du côté de travaux et de sensations qui peuvent évoquer Cimabue et Giotto.

    Arles, Festival du Dessin jusqu’au 17 mai. Chez Laurent Godin, exposition Traquandi jusqu’au 26 juin.

  • [Lecture] Zaatar, le berger médiateur d’Alep

    [Lecture] Zaatar, le berger médiateur d’Alep

    Librement inspiré d’une histoire vraie, le roman de Stéphanie Perez, grand reporter multiprimé, nous plonge en plein cœur de l’une des plus effroyables catastrophes naturelles, celle du 3 février 2023, qui laissa en Syrie des traces indélébiles auprès d’un peuple marqué par treize ans de conflit armé. Dans ce nouveau climat de peur, où les corbeaux survolent les blocs de béton effondrés, les bâtiments éventrés et les pierres ensanglantées, un chien, nommé Zaatar « perçoit la vérité, là où les humains se mentent, incarne la loyauté et la bonté, là où elles semblent avoir disparu ». Sept ans plus tôt, durant la guerre civile, il avait été adopté par un jeune homme, dont la famille vivait dans un immeuble où cohabitaient chrétiens et musulmans, et pour lequel sauver un animal, c’était refuser de céder à la barbarie.

    Journaliste chevronnée, habituée à rendre compte des événements qui secouent notre planète, l’auteure du Berger d’Alep est sur tous les fronts et dans le théâtre de toutes les opérations, sans jamais perdre de vue Zaatar enfoui sous les ruines, en ce jour d’intense séisme où même le soleil est noir. Un roman où l’atmosphère est rendue avec véracité, où les pages atteignent à une puissante émotion, jusqu’à nous baigner le visage de larmes lorsque les fosses se creusent, mais aussi à nous redonner espoir lorsque les yeux d’un chiot, à la fourrure aussi blanche que celle de Zaatar, se posent sur la terre fraîchement retournée. Reste à espérer que 30 Millions d’Amis accorde à Perez et au « berger des matins calmes, au cœur chaud et au nom d’épices, qui pèse non seulement de tout son poids, mais de tout ce qu’il a été », le prix Goncourt des animaux.

    Récamier, 21 euros

  • L’Estaque inspire une exposition collective

    L’Estaque inspire une exposition collective

    Le littoral en trois façons. Depuis mercredi 14 mai, les artistes Benjamin Bloch, Aurélie Jourdain et Romus exposent des œuvres inspirées par l’Estaque et ses environs. En alliant peinture, installations et bas reliefs, l’exposition célèbre la mer, d’abord, avec la série de dessins « Vue mer », réalisés au graphite par Aurélie Jourdain. Une série qui invite à la contemplation, comme autant de fenêtres sur un monde en mouvement. L’artiste expose également une série d’œuvres réalisée à partir d’algues récupérées sur les côtes, tout en finesse.

    L’artiste Romus, originaire du Var, cherche, grâce à ses paysages côtiers et urbains à l’acrylique, à créer de l’interaction avec les spectateurs. « Je n’ai volontairement pas mis de cartels sous mes peintures. J’aime que les spectateurs cherchent à reconnaître les endroits que j’ai peints, je vois que ça les touche » raconte le peintre.

    Protéger le littoral

    L’exposition, sur deux étages, retrace la vie de la côte, au travers des tableaux réalisés in situ par Romus. « Ma pratique en extérieur est concentrée sur l’interaction entre la matière et ce qui m’entoure » explique-t-il. Une œuvre composite de sa série « Recyclage de paysage » en est le symbole. Il raconte : « Pour ce travail, j’ai récupéré des déchets sur la plage du Jonquet, à la Seyne-Sur-Mer. Puis je les ai assemblés pour reproduire le paysage devant mes yeux. » Une série qui, à l’image de l’exposition, sensibilise à la protection du littoral. Le travail de l’artiste Benjamin Bloch nous plonge dans les terres calcaires de l’Estaque, sensibles aux aléas climatiques. À la fois dessinateur et maçon spécialisé dans la terre crue, ses œuvres décodent le paysage minéral, grâce à des cartographies, des schémas, des empreintes. Son œuvre « Chemins de terre », bas relief réalisé en terre crue, fait partie de son travail de recherche. « Ma pratique de la maçonnerie est étroitement liée à ma pratique artistique. Mes œuvres sont comme des tests pour de nouvelles techniques de construction écologique » continue Benjamin Bloch. Une exposition entre matières minérales, végétales et plastique, retraçant sensiblement un environnement fragile, invitant à le préserver collectivement.

    Exposition « Territoire littoral », du 14 au 25 mai au Pôle des Arts Visuels de l’Estaque. Entrée libre, 10h-12h, 13h-18h, fermé le mercredi.

  • [Mémoire ouvrière] Lucien Molino : 50 ans de luttes et de mémoire

    [Mémoire ouvrière] Lucien Molino : 50 ans de luttes et de mémoire

    Dans la chimie, il fallut quatre arrêts collectifs de travail d’une heure dans quatre usines. Ainsi, aux usines Kuhlmann, Rocca‑Tassy de Roux, les actions se répétaient pour le maintien des avantages acquis, le paiement de 25% sur les primes et pour protester contre les employeurs qui maintenaient l’abattement de 10% sur les salaires des femmes. Le 28 août, le personnel de la Compagnie générale des pétroles arrêta le travail le matin de 7h30 à 8h30. Des points de vue divergents décidèrent de porter le différend devant le ministre du Travail. La réaction des travailleurs ne se fit pas attendre. Le soir même, les ouvriers arrêtèrent le travail à l’Électrochimie de la Barasse en laissant sur place le personnel nécessaire au fonctionnement de l’usine. Le lendemain matin, le travail reprenait normalement, le syndicat respectant les mots d’ordre de la CGT en faveur de la production et des arrêts de travail de brève durée. La chimie avait un patron de combat, Keller, que nous dénoncions et qui n’avait qu’un but : arrêter le progrès social en fomentant des refus et des troubles. Le syndicat dirigé par deux bons camarades, Antoine Vabre et Maurice Alby, déjoua ce piège. En général, notre action porta ses fruits : en octobre les revendications ouvrières étaient satisfaites et les accords tenaient compte des avantages acquis.

    Mais l’inspecteur divisionnaire du travail fut rappelé à Paris, dénoncé par le CNPE, le Parti socialiste et le préfet comme un « ami de Lucien Molino et de la CGT ». Il est vrai que, dans de nombreux cas, il avait aidé les travailleurs. C’était un inspecteur honnête qui fut regretté par les syndicats. À Paris, on l’installa dans un bureau sans responsabilité et il attendit l’âge de la retraite. Dans mes déplacements dans la capitale, je lui rendais visite et j’ai pu me faire une idée de ce qu’étaient capables de faire les ennemis de la classe ouvrière.

    Les élections municipales du 19 octobre 1947

    Ces élections furent marquées par la montée du RPF et l’effondrement du MRP, tandis que le Parti maintenait, dans les grandes villes, les positions obtenues en novembre 1946. À Marseille, le PC augmentait son score de 1 000 voix et la SFIO de près de 4 000 voix. Pourtant, les bouleversements dans notre département furent importants. Nous perdîmes Marseille au bénéfice de Carlini, avec la complicité du Parti socialiste, et Aubagne à la suite d’une entente entre la SFIO, le RPF et le MRP. Arles, La Ciotat et Martigues passaient aux mains des socialistes soutenus par le RPF. La SFIO gardait la mairie d’Aix grâce au MRP. À Salon, Francou (MRP) obtenait sa réélection avec l’aide des socialistes.

    à suivre la semaine prochaine…