Tag: week-end

  • [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] Au musée Cantini, blafarde et minérale, la Vénus de Dubuffet

    [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] Au musée Cantini, blafarde et minérale, la Vénus de Dubuffet

    Elle fut peinte à l’huile sur une planche de staff. Les Anglo-saxons la privent injustement de son macadam puisqu’ils l’appellent Vénus Sreet. Parmi ses hasardeuses composantes, on identifie au milieu de ses craquelures, de ses taches d’humidité, de son inévitable empoussièrement et de son apparence phallique, des éléments parfaitement disparates : des fragments de verre et du bitume, du mastic, du goudron, des rebuts, du sable et des graviers. Son ultime séduction, ce seraient sur ses bas-côtés les acharnements d’un soupçon de très ancienne incandescence, des enfouissements d’étoiles totalement éteintes. En surface, quelques-uns de ses reliefs de contour imitent les écorces d’un tronc d’arbre.

    On la date de juin 1946, elle fut acquise pour les collections du musée Cantini en 1989. En face de cette Vénus du trottoir sage ou bien repoussante, les critères du beau, du laid ou du tragique, ce qui plaît et ce qui rebute, l’amour ou bien le désamour, les catégories que nous continuons de pratiquer ne sont pas opérantes. Pareille œuvre fait entrer dans des zones de sensibilité très peu familières. Pour simplifier et se guider mieux, on se souviendra d’un fragment d’une lettre que Jean Dubuffet adresse en novembre 1946 à l’un de ses grands amis de l’après-guerre, Jean Paulhan : Vénus du trottoir nous introduit « dans un pays où les mots triste et gai n’ont plus de sens ».

    Sans trop vouloir ramener des brindilles d’érudition, on évoquera à son propos d’autres effigies, les menhirs du musée Fenaille de Rodez ou bien les déesses de fécondité qui se dressent sur des parois de grottes paléolithiques. Bien que la voix de Serge Reggiani pourrait réveiller cet étrange ramassis, on refusera les ressources de l’attachement baudelairien envers celle qui n’a plus vingt ans depuis longtemps. On reviendra apprécier les colères, le cynisme, les trouvailles et la passion de l’une des plus belles et des plus mémorables machines de guerre de Jean Dubuffet.

    Vénus du trottoir de Jean Dubuffet

    Toile 102 x 82 cm

  • Être parrain d’un flamant rose en Camargue

    Être parrain d’un flamant rose en Camargue

    Adopte un flamant ». C’est l’opération à la fois très ludique et ô combien pédagogique lancée par cet institut de recherche pour la conservation des zones humides méditerranéennes afin de sensibiliser le public à cet enjeu tout en les familiarisant avec cette espèce emblématique.

    Pour une somme assez modique, allant de 25 à 100 euros par an, selon la formule, le curieux ou passionné peut devenir « le parrain » d’un flamant rose. La tour du Valat donne quelques exemples, lors du choix, de la variété des flamants roses peuplant la Camargue, entre les « sédentaires », qui n’ont jamais mis une patte en dehors de ce territoire, et d’autres, très « aventuriers », habitués aux grands voyages « aux quatre coins de la Méditerranée ». Et de donner l’exemple d’Indiana, né en 1990 et qui, d’après sa bague, a parcouru plus de 13 500 kilomètres… Le site dédié permet de « parrainer » un flamant ou d’offrir un parrainage.

    « En parrainant un flamant rose, c’est l’espèce tout entière que vous aidez, mais aussi ces milieux humides qu’ils affectionnent tant », expliquent les protagonistes de l’opération. « La Tour du Valat et tout un réseau d’observateurs s’étendant à l’échelle de la Méditerranée pourront ainsi poursuivre leurs efforts pour la sauvegarde de l’espèce », poursuivent-ils.

    Suivre à la trace

    « Le parrainage se traduit par une participation directe à l’étude et à la protection des flamants roses en finançant entre autres les activités de suivi des populations ainsi que l’achat du matériel nécessaire pour les observateurs d’Afrique du Nord, d’Afrique de l’Ouest et du Moyen-Orient », poursuit la structure. Et de préciser que « la lecture des bagues, posées sur les pattes des flamants est difficile et elle est parfois faussée par la mauvaise qualité du matériel ». La paire de jumelles donne des résultats très mitigés à comparer à ceux d’un télescope, « avec lequel l’observation et la lecture peuvent se faire jusqu’à une distance de 300 mètres ».

    Pour donner une échelle des observations, « plus de 800 000 lectures de bagues ont été effectuées depuis 1977 », renseigne le centre de recherche, le tout réalisé par quelque 5 900 personnes différentes. Près de 70 000 flamants roses ont été bagués depuis 1977, dont plus de 27 000 en Camargue.

    La tour du Valat est devenue au fil des décennies une véritable institution en Camargue.

    Luc Hoffmann, docteur en biologie, cofondateur du WWF, a fait l’acquisition du vaste domaine de la Tour du Valat en 1948 « avant de créer en 1954 une station biologique éponyme », rappelle la structure dans une note biographique sur son fondateur. Le domaine s’étend sur plus de 2 500 hectares, dont 1 845 hectares classés en Réserve naturelle régionale.

    Pour tout renseignement : tourduvalat.com

    Pour parrainer un flamant : mon flamant.com

  • Un gène de tardigrade étend la durée de vie d’une autre espèce

    Un gène de tardigrade étend la durée de vie d’une autre espèce

    Le tardigrade est connu pour ça. Cet animal microscopique est capable de résister à des températures très élevées, des pressions très hautes et des radiations intenses. « Il survit à des doses mille fois plus élevées que celles qui nous tuent », souligne Aymeric Bailly. Si bien que les scientifiques l’étudient depuis longtemps. En 2016, des chercheurs japonais identifient le gène Dsup et la protéine pour laquelle il code. « Ils montrent qu’exprimer cette protéine dans des cellules cancéreuses humaines les rend plus résistantes aux rayons X, ajoute le chercheur. Nous voulions voir ce qu’il se passait lorsqu’on le faisait chez un organisme complet. »

    Collée à l’ADN

    Chez C. elegans, les chercheurs constatent que la protéine codée par Dsup se colle à l’ADN, comme cela avait été observé en 2016. « Il y avait des raisons de penser que cela pourrait être toxique, indique Aymeric Bailly. Mais ce n’est pas le cas. » Avec le gène Dsup, la durée de vie des vers est allongée d’environ 20%, leur résistance aux rayons X améliorée de 20% à 30%, et celle au stress oxydatif de 50% – quelques heures après une exposition à une molécule toxique, ils ont une chance sur deux d’être encore en vie alors que tous ceux dépourvus de Dsup sont morts.

    Une autre découverte concerne les mitochondries – qui produisent de l’énergie dans les cellules à partir d’oxygène. Lorsque Dsup est présent, les mitochondries respirent moins et produisent moins de radicaux libres – les « déchets » issus de la respiration. « C’est une grosse surprise », avance Aymeric Bailly. Mais quel lien entre Dsup et la respiration de la mitochondrie ? « Pour l’instant, nous ne savons pas, admet le chercheur. D’autant que nous n’avons jamais vu la protéine Dsup au niveau des mitochondries. » Peut-être régule-t-elle des gènes impactant la mitochondrie ? Ou est-ce que la simple présence de Dsup fait que la cellule réduit sa respiration ? « La prochaine étape est d’élucider ce mystère, conclut le chercheur. Et d’observer ce qu’il se passe en cellules humaines. »

    REPERES

    C. elegans

    Pour Caenorhabditis elegans. C’est le nom d’un petit organisme modèle très utilisé en génétique en raison de sa transparence, son court cycle de reproduction et sa facilité de manipulation. Il s’agit d’un ver d’environ un millimètre qui a permis de faire beaucoup de découvertes sur le vieillissement.

    R. varieornatus

    Pour Ramazzottius varieornatus. C’est le nom de l’espèce de tardigrade qui a été utilisée comme réservoir du gène Dsup pour le transposer chez C. elegans. Ce gène Dsup est unique aux tardigrades et est présent chez plusieurs espèces, mais pas toutes.

    Cryptobiose

    C’est l’état de vie ralentie, avec un métabolisme à l’arrêt, dans lequel entre le tardigrade lorsqu’il est exposé à un environnement défavorable. Cet état lui permet de résister à des températures et pressions extrêmes, ainsi qu’à des niveaux de radiations intenses

  • La der de Achdé au festival de la BD

    La der de Achdé au festival de la BD

    Lucky Luke et Jolly Jumper quittent le Far West pour la Cité des Papes ce week-end à l’occasion de la 7e édition du Festival de la bande dessinée d’Avignon.

    « Vingt-cinq illustrateurs et auteurs de BD seront dans l’hôtel de ville avec pas moins de 10 000 visiteurs attendus ces samedi 29 et dimanche 30 novembre, de 10h30 à 12h30 et de 14h30 à 18h. Avec la volonté d’une édition apothéose », comme le confie la première magistrate (PS) d’Avignon, Cécile Helle. Parmi les artistes présents ce week-end, Achdé, illustrateur de Lucky Luke de 2004 à 2024, pour qui ce sera le dernier festival d’après les organisateurs. Ou encore Enrico Marini, qui signera exceptionnellement une trentaine d’œuvres pour l’événement, et Marc Bourgne, dessinateur de Michel Vaillant. « On a voulu mélanger tous les genres avec des auteurs qui ont permis à la BD d’exploser. Souvent, les gens ne connaissent pas directement les artistes mais connaissent les personnages », précise Frédéric Ranchin, président du Festival, qui se réjouit de l’entrée de l’événement dans les cinq plus gros rendez-vous du 9e art dans l’Hexagone. « Demandez au concierge de la mairie. Dès cinq heures du matin, les férus de BD, qu’on connaît tous au fil des éditions, sonnent pour être les premiers », sourit l’organisateur, qui attend entre 10 000 et 12 000 visiteurs tout au long du week-end.

    Taille humaine

    La taille et l’aspect plus humain et familial du Festival sont également mis en avant, avec « le choix de bien accueillir les dessinateurs et auteurs, qui est devenu notre marque de fabrique et c’est une satisfaction. Notamment avec le débat actuel autour du Festival d’Angoulême », lance Cécile Helle. « On avait beaucoup de demandes et on a dû faire des choix sur les auteurs car on n’a ni le budget, ni les structures pour pouvoir en accueillir plus. Cela montre bien qu’Avignon compte dans le milieu », poursuit Frédéric Ranchin. Et cela permet aussi aux librairies locales, qui tiendront aussi des stands, de faire le plein.

    L’entrée est gratuite lors des deux jours. Plus d’informations sur avignon.fr.

  • [On passe à table] Le flan pâtissier traditionnel à la vanille de Madagascar

    [On passe à table] Le flan pâtissier traditionnel à la vanille de Madagascar

    Douceur emblématique de l’établissement, le flan traditionnel à la vanille dans son plus simple appareil est l’une des spécialités de Pascal Guglielmi, ancien cheminot devenu pâtissier par passion et dont il vous partage la recette.

    Réaliser la pâte sablée

    Dans un batteur ou saladier mettez la farine, le sucre, le sel et votre beurre bien froid coupé en petits cubes. Puis au robot ou avec les mains – une activité ludique à faire avec les plus jeunes – réalisez ce que l’on appelle le sablage. Filmez la pâte au contact et faites reposer au frigo quelques heures ou au congélateur si vous voulez aller vite mais pas plus d’une demi-heure. Après le temps de repos, étalez la pâte sur quelques millimètres, et faites un cercle d’environ 26 cm pour qu’il puisse remplir un cercle ou un moule de 18 cm de diamètre. Foncez la pâte sablée pour enlever le surplus et ainsi avoir la quantité suffisante pour tapisser l’entièreté du moule ou cercle, bords compris. Placez au congélateur pendant au moins une heure. L’objectif étant que l’appareil à flan ne dégouline pas de partout quand vous allez le verser sur la pâte.

    Une onctueuse crème pâtissière

    Pendant ce temps, vient le moment de réaliser la crème pâtissière du flan. Dans une casserole versez un litre de lait entier ou demi-écrémé puis ajoutez deux gousses de vanille maximum. Faites chauffer à feu doux et dans un saladier à part, blanchissez les œufs et le sucre. Versez-y ensuite la maïzena qui permet à la crème de bien se tenir. Quand le lait est à ébullition sortez du feu, versez une partie du lait dans le mélange qui se trouve dans le saladier. Puis une fois que tout est homogène, versez ledit mélange dans la casserole sur le feu avec le lait restant, mettez de nouveau à feu doux et mélangez jusqu’à épaississement de la crème. Au sortir du feu, déposez un petit morceau de beurre.

    Sortez la pâte du congélateur et remplissez avec la crème pâtissière à l’aide d’une louche, vous pouvez lisser le tout avec une spatule. Enfournez le tout à 170° pendant une heure.

    Afin que le flan se tienne bien il vous faudra attendre le lendemain pour le déguster sinon avec la chaleur il risquerait de s’écrouler… Alors, on patiente et la dégustation n’en sera que meilleure ! Bon appétit.

    Les ingrédients

    Pour un flan il vous faudra :

    – 250g de farine

    – 125g de beurre froid

    – 260g de sucre en poudre

    – 5 œufs entiers

    – 1 pincée de sel et 2 gousses de vanille

    – 100g de maïzena

    – 1L de lait demi-écrémé ou entier

    Agathe L’hôte

  • [Grand entretien] Hugues Aufray : « Mon rôle, c’est celui de fraterniser »

    [Grand entretien] Hugues Aufray : « Mon rôle, c’est celui de fraterniser »

    La Marseillaise : Pourquoi le thème de la fraternité est-il au cœur d’un certain nombre de vos titres depuis 65 ans et le début de votre carrière ?

    Hugues Aufray : Si j’ai chanté ça, c’est que cela a toujours occupé la totalité de mon esprit. Pas en tant que chanteur mais en tant qu’être humain. Lorsque j’étais plus jeune, je voulais faire de la sculpture et je ne me destinais pas du tout à la chanson. Malgré tout, quand j’étais jeune, j’aimais beaucoup chanter à l’église, en chorale car j’ai fait ma scolarité chez les curés, les Dominicains. Nous chantions alors énormément. On avait un professeur de musique qui nous transmettait cela d’une façon incroyable. Il s’appelait Monsieur Bach. C’était un descendant de Jean-Sébastien Bach qui tenait les orgues de l’école de Sorèze [commune du Tarn où il est élevé par sa mère pendant la guerre, jusqu’en 1945, Ndlr].

    L’amour de la musique vous est donc venu en même temps que la religion ?

    H.A. : Chez moi, la musique était liée au christianisme. Moi, je suis chrétien non pratiquant. Je suis agnostique. Je sais que les valeurs fondamentales de l’humanisme, on les retrouve dans le christianisme : la fraternité, la lutte contre le racisme… Après l’aspect négatif de la religion, c’est sa politisation. Ils ont mis de la politique dans les religions, aussi bien dans l’islam que le judaïsme et le christianisme. Mais, à l’origine, si ces religions sont différentes, elles ont quand même le point commun de ne croire qu’en un seul dieu, ce qui ne fait donc pour moi aucune différence entre elles.

    Votre répertoire est aussi marqué par le voyage. D’où provient-il ?

    H.A. : J’ai toujours eu envie de voyager mais je n’en avais pas les moyens quand j’étais jeune. C’était alors la guerre, l’avenir était sombre. Un peu plus tard, j’ai eu le rêve américain en tête. Je lisais des bouquins de Mark Twain et j’étais aussi attiré par leur amour pour la musique.

    Dans les années 1960, vous rencontrez d’ailleurs Bob Dylan et faites partie des premiers Français
    à adapter ses chansons, voire
    l’un des premiers à populariser
    dans l’Hexagone ce type de répertoire anglo-saxon…

    H.A. : À la base, j’ai traduit les chansons de Bob Dylan car je ne comprenais pas ce qu’il disait. Les gens ont souvent perçu cela comme de la facilité mais moi, quand j’étais jeune, je n’avais pas du tout l’intention d’écrire des chansons. Après, pour revenir à mon goût pour l’Amérique, il est aussi né car c’était à l’origine une terre d’immigrés qui y ont emmené avec eux leurs musiques respectives. La musique américaine est née de la plus grande migration de l’humanité : celle qui vient d’Afrique car il y a eu la déportation de tous ces malheureux, noirs, esclaves. Au contact des chrétiens et protestants qui y ont créé des temples, les noirs ont mis tout leur génie pour transformer ces musiques et en faire le blues, le gospel, puis le swing, le jazz… Une histoire d’héritage et de métissage.

    En 1966, à Paris, vous faites partie d’artistes qui chantent lors du premier concert français contre le racisme, devant Martin Luther King…

    H.A. : Oui j’ai chanté Les crayons de couleur [adaptation du titre What color (is a man), Ndlr]. J’ai eu l’occasion de lui parler un peu mais je ne pratiquais pas bien l’anglais. J’étais un enfant de nature dyslexique. J’ai eu beaucoup de difficultés lors de ma scolarité. Je n’ai commencé à lire couramment le français qu’à l’âge de 11 ans. Les premiers livres en anglais que j’ai lus, c’était Mark Twain, Le livre de la jungle de Rudyard Kipling… Lors du concert contre le racisme, les gens ont expliqué à Martin Luther King qui j’étais. J’avais déjà la trentaine. Moi, mon rôle, c’est de fraterniser. Et ce que je crois être juste, je le dis dans mes chansons.

    La fraternité et le voyage irriguent aussi et surtout, votre premier tube « Santiano », sorti en 1961. Une reprise d’un chant de marins irlandais, lui-même repris par la suite par
    les supporters de l’OM au
    stade Vélodrome («
     Hissez haut,
    les drapeaux
     »)…

    H.A. : Enfant, j’avais le rêve d’aller aux États-Unis, où la musique populaire était considérée et merveilleuse. Je m’en suis inspiré sans savoir que j’allais par la suite avoir tout ce succès. Mais, aujourd’hui, quand vous me dîtes qu’ils chantent Santiano pendant les matchs de l’OM, je pense que c’est cela ma réussite. Tout comme quand j’entends plein d’enfants chanter encore Hasta luego, Céline, Stewball et bien d’autres. Ça me touche. L’enfance, c’est quelque chose de capital. Et Santiano, c’est aussi un titre qui est chanté à chaque match par les supporters de l’équipe de rugby de La Rochelle.

  • Des passerelles festives entre les mondes avec Opéra Mundi

    Des passerelles festives entre les mondes avec Opéra Mundi

    Le premier temps fort de l’année, débuté vendredi soir et qui continue samedi, est l’occasion de participer à deux conférences et rencontrer trois grands chercheurs, ainsi que la projection de deux films d’animation sur la question centrale de l’alimentation.

    « Penser l’alimentation aujourd’hui » est l’intitulé du premier temps fort de cette 11e saison. Depuis 2015, l’association Opéra Mundi propose de nombreuses conférences sur un thème central, suivies des « apéros mundi ». « En déconstruisant l’espace, les gens se permettent de s’exprimer plus librement. On remarque que quand ils prennent la parole, ils parlent au nom de tous et non pas pour leur propre individualité », explique Cécile Arnold, cofondatrice de l’association, revenant sur la richesse des temps d’échanges entre le public et les intervenants. Durant ces deux jours, deux conférences et deux projections ont lieu, dont Patate et le jardin potager pour les enfants, en présence de maraîchers locaux. L’événement est d’ores et déjà complet. En février, s’ensuivra le festival Mundi, le cœur de chaque saison. Du 3 au 7 février, une conférence aura lieu chaque jour, avec la présence de chercheurs à portée nationale voire internationale de haut vol.

    Échanges et réciprocité

    Une « conférence, performance surprise », clôturera le festival lors d’une rencontre entre un chef cuisinier et un philosophe qui synthétiseront cette dense semaine, suivie par une « fiesta » pour danser sur un DJ set de Radio grenouille. Au printemps, le programme n’est pas encore dévoilé, mais le cofondateur d’Opéra Mundi, Éric Giraud, souhaite ouvrir de nouvelles perspectives à l’événement et étendre son rayonnement dans le Var. La ville de Toulon « se développe fortement au niveau de la culture » et sera probablement la prochaine destination de l’association explique-t-il, ajoutant son désir de revenir sur ces terres natales.

    L’approche d’Opéra Mundi se fonde sur la réciprocité. « On fait le choix d’inviter des orateurs capables de véhiculer une pensée forte avec des termes simples, sans pour autant vulgariser. » Cette pensée mouvante permet aussi aux experts de se confronter à la société, dans un milieu restreint où les discussions se font habituellement entre pairs. Tout cela permet aux chercheurs comme au public de « revenir à une simplicité dont chacun a besoin » conclut Cécile Arnold, pour encrer concrètement ces discussions dans les pratiques.

    Toutes les conférences et événements sont gratuits sur réservation sauf la fiesta Mundi.

    La Fabulerie, 10 bd Garibaldi, 13001 Marseille.

  • Enki Bilal : « La liberté de création est mon moteur »

    Enki Bilal : « La liberté de création est mon moteur »

    La Marseillaise : Comment résumer l’histoire de Bug pour un lecteur qui prendrait l’histoire en cours ?

    Enki Bilal : Il faut absolument commencer par le tome 1 ou alors on ne comprendra pas grand-chose ! Pour moi, c’est un travail sur de longues années, je vais vers quelque chose qui va avoir un véritable sens, un vrai questionnement sur l’état de la société mondiale, de nos dépendances au numérique avec l’arrivée de l’intelligence artificielle et sur l’état de notre mémoire. C’est un travail que je prends très au sérieux et qu’il faut lire dans la continuité. Là, ce nouveau tome est différent des trois premiers car simplement il met en situation le binarisme qui est la lutte du bien contre le mal avec le personnage principal qui est « possédé » par ce bug dont on saura qui il est et pourquoi il est là à la fin du 5 sur lequel je suis en train de travailler. Graphiquement, il est plus spectaculaire, je sors du récit classique pour entrer dans quelque chose de plus métaphysique.

    Vous abordez de front la question du numérique qui déshabille l’Homme de ses compétences ?

    E.B. : Oui, je me pose des questions sur ce futur qui arrive à une grande vitesse. L’intelligence artificielle, on savait que ça allait venir, que c’est un des grands sujets de l’évolution de l’humain, elle est là. Dans l’histoire, ce « bug » nous en prive par une entité extraterrestre, ça vient de l’espace et ça souligne notre dépendance à cet outil qui est par ailleurs exceptionnel. Je ne suis absolument pas contre le numérique et l’IA, ça fait partie de la grande aventure humaine mais on doit se poser la question de la régulation de tout ça. Ça me met dans une situation narrative et graphique intéressante.

    La question de la mémoire est un thème qui revient dans toute votre œuvre, comment l’abordez-vous à l’heure des réseaux sociaux et de la capacité d’attention qui diminue ?

    E.B. : Ça me rend triste mais personne ne peut rien faire contre ça. Peut-être que l’éducation, les parents peuvent dire « attention, ne deviens pas addict, il faut gérer »… Je pense que les nouvelles générations vont y arriver après une période d’addiction, qu’elles auront plus de recul et qu’elles sauront utiliser cet outil exceptionnel qu’est le numérique. Tout est chamboulé en ce moment, la politique, la géopolitique, et je pense que c’est lié à la vitesse du numérique qui nous prend de court car le cerveau humain a sa vitesse propre. J’aime les oxymores en général, mais l’intelligence artificielle est un oxymore, l’intelligence est par essence naturelle. Avec l’IA, on joue avec le feu mais l’on sait que l’on ne peut pas éviter le progrès. Le danger est que la mémoire vive des ordinateurs que l’Homme a inventés est en train de supplanter la mémoire vivante des cerveaux. Avec l’IA générative, on joue aussi avec le feu, mais il faut jouer, essayer, tester… l’IA peut faire gagner du temps, mais c’est dangereux car ça rend de plus en plus paresseux : le résultat est rapide, on est juste commanditaire et non plus l’exécutant ou l’artiste. Naîtront de nouvelles formes d’art, mais je continue de penser que la sensibilité, la sensualité et l’originalité proviennent principalement de l’humain.

    Vers quel type de final se dirige-t-on dans le tome 5 qui paraîtra dans deux ans ?

    E.B. : La seule chose que je peux dire, c’est que la forme du livre sera très différente des quatre premiers. Ce sera un livre plus épais, hybride, qui détonnera parce que le sujet est très important pour moi : un voyage à travers le temps et la mémoire de l’humain qui m’aura pris dix ans.

    Comment jugez-vous l’évolution de votre graphisme qui est toujours reconnaissable au premier regard ?

    E.B. : Je me sens libre, j’essaye de chercher et trouver la liberté, l’adéquation avec les thèmes que j’aborde. Dans ce quatrième volet, il y a plus de peintures, je ne sais pas si je fais encore partie de ce monde de la bande dessinée que je vois évoluer même si j’ai toujours une affection pour cet art. La liberté de création est mon moteur.

    Plusieurs scènes des tomes précédents de Bug se déroulent à Marseille, quel rapport avez-vous avec la ville ?

    E.B. : Je la trouve belle, j’adore ce rapport à la mer, à la Méditerranée qui est un peu le berceau de l’humanité même si ce n’est pas tout à fait exact sur le plan historique. Mais il y a cette ouverture sur l’Afrique du Nord, sur la Corse, des lumières magnifiques, les calanques… Tout ça est très, très beau. C’est une ville qui est en évolution, qui est en souffrance, une ville d’aujourd’hui qu’il faut essayer de maîtriser.

    On vous connaît aussi comme un amoureux du football, quel regard portez-vous sur ce sport aujourd’hui ?

    E.B. : L’OM a un très bon entraîneur qui réussit à créer une alchimie avec ses joueurs, tant mieux pour le championnat de France. J’aime toujours le football, je trouve très intéressant le football féminin parce qu’il a mois d’impact physique, moins de vitesse, de « violence »… Par contre, j’ai évidemment un regard un peu critique sur l’argent qui semble dominer tout, le triomphe du capitalisme avec des clubs constitués de joueurs qui n’ont rien à voir avec la ville, voire le pays. Je suis né en Yougoslavie où les clubs étaient vraiment où on était des autochtones, dans un football à l’ancienne.

    Bug, Tome 4, chez Casterman, 20 €

  • En Corse, la fragilité du requin-ange dans l’un de ses derniers refuges

    En Corse, la fragilité du requin-ange dans l’un de ses derniers refuges

    Il fut un temps où il était partout en Méditerranée et en Atlantique Nord. Il a même donné son nom à la « baie des anges », entre Nice et Antibes. Avec ses allures de raie et ses ailerons de requin, l’« ange de mer commun », ou requin-ange, a disparu de 90% de son aire de répartition historique en un siècle. Il ne subsiste que dans de rares endroits aux îles Canaries, en Croatie, en Grèce et en Libye, par exemple. Et en Corse : « Nous savions que cette population corse existait car les pêcheurs en remontent dans leurs filets, mais nous n’en savions pas plus, résume Nadia Faure, doctorante au Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive de Montpellier qui publie une étude dans Ecology & Evolution sur cette population située entre Bastia et Solenzara. Il fallait mieux connaître cette espèce qui semble encore vivre en Corse pour aider à la préserver, car elle joue un rôle important dans l’écosystème marin ».

    Totalement inoffensif pour l’humain, le requin-ange se nourrit de petits poissons. Il vit au fond de l’eau, tapi sous le sol sableux et surgit au passage d’une proie. Et il est très discret : « Il est très difficile à observer, même en plongée », indique Nadia Faure. Hormis aux îles Canaries, où il est encore présent en assez grand nombre. Mais en Corse, personne ne sait combien ils sont. « Cela le rend mystérieux », glisse-t-elle.

    Consanguinité

    Avec l’aide de pêcheurs volontaires, elle et ses collègues ont collecté des échantillons de peau d’une centaine d’individus remontés dans les filets avant d’être relâchés. « L’analyse génomique indique qu’il s’agit d’une population peu nombreuse et très consanguine, probablement peu viable sur le long terme », résume Nadia Faure. Il s’agit en effet d’une même population génétique sur toute la côte Est de l’île. « C’est-à-dire qu’ils sont très proches génétiquement », précise la chercheuse. Et probablement plus proches qu’ils ne le seraient d’autres populations méditerranéennes avec qui il n’y a pas d’échange de gènes. « Car ils se déplacent peu, restent près des côtes et ne s’aventurent pas là où il y a du fond », ajoute-t-elle. De plus, sur la centaine de requins-anges séquencés, 35 paires d’individus présentaient un lien de parenté.

    Enfin, l’analyse génomique et des calculs théoriques ont permis d’estimer la « population effective », c’est-à-dire le nombre d’individus participant à la reproduction : ils seraient entre 209 et 453. « C’est très peu », commente Nadia Faure. Même au regard des individus que remontent les pêcheurs : certains parlent de centaines de requins-anges parfois pris dans les filets. « C’est difficile d’avoir un comptage exhaustif », ajoute la chercheuse. Peut-être sont-ils beaucoup plus. « Mais cette estimation basse d’individus reproducteurs témoigne d’une population mal en point », regrette-t-elle. D’où l’urgence d’imaginer des mesures pour en prendre soin.

  • Chou-fleur, purée de pois chiches et vinaigrette à la clémentine

    Chou-fleur, purée de pois chiches et vinaigrette à la clémentine

    C’est une recette végétale et gourmande que vous propose de préparer la cheffe Camille, au sein de son bistrot, Mauvaise Herbe. Une belle recette pour entrer dans l’hiver tout en gardant la chaleur des rayons de soleil que l’on retrouve dans la clémentine.

    Des saveurs ensoleillées

    Pour débuter la recette, enlever les feuilles et le tronc du chou-fleur. Gardez-les pour une recette future car oui, tout se mange dans le chou-fleur ! Enlevez les sommités à la main et déposez-les dans un plat. Arrosez d’huile d’olive, une belle pincée de sel, du poivre et au four pendant 20 minutes, à 170°.

    Pendant ce temps, vous pouvez préparer votre purée de pois chiches. Si les pois chiches sont en boîte, versez dans un mixeur, ajoutez le jus de citron et la gousse d’ail, commencez à mixer. Pendant que vous mixez, versez l’huile d’olive généreusement pour lier le tout et obtenir une belle pommade. Quand vous arrivez à la fin de cette étape, ajoutez les graines de coriandre en poudre, le sel et le poivre, à votre convenance. Repassez un petit coup au mixeur.

    Si les pois chiches sont frais (secs), mettez à tremper dans de l’eau froide, idéalement toute une nuit ou au moins deux heures, pour les faire gonfler, puis faites cuire deux heures à l’eau bouillante. Si vous les prenez secs, ce sera la première étape de votre recette. Pour la vinaigrette, épluchez les clémentines, mixez-les toutes ensemble et ne gardez que le jus, en passant la mixture au tamis. Vous pouvez garder les pulpes et, là aussi, ne rien gaspiller afin de les mettre dans une compote ou un cake, par exemple. Une fois que vous avez récupéré tout le jus, ajoutez de l’huile d’olive et fouettez le tout. Une pincée de sel et de poivre, puis réservez.

    Une assiette gourmande

    Pour le dressage, mettez une belle cuillerée de purée de pois chiches sur le fond de l’assiette en faisant un petit puits. Déposez sur le dessus vos fleurettes de chou-fleur qui auront doré. Enfin, une belle cuillère à soupe de vinaigrette sur le tout et autour de la purée de pois chiches. Un tour de moulin à poivre, une pincée de sel et vous pouvez ajouter quelques pousses fraîches comme Camille, sur le tout, pour apporter une saveur supplémentaire au plat. Bon appétit !

    Pour 2 personnes,
    il vous faudra :

    – Un chou-fleur

    – Une boîte
    de pois chiches

    – Un citron jaune

    – Une gousse d’ail

    – Quelques clémentines corses

    – Huile d’olive, sel, poivre et graines de coriandre en poudre