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  • [Tribune] Au sujet de la Protection fonctionnelle de Julien Ruas

    [Tribune] Au sujet de la Protection fonctionnelle de Julien Ruas

    Le 7 juillet 2025, le tribunal judiciaire de Marseille a reconnu Julien Ruas coupable des huit homicides involontaires de la rue d’Aubagne. Le jugement retient à son encontre une « faute de négligence caractérisée qui exposait autrui à un risque d’une particulière gravité », relevant que cette négligence, « au cœur de sa mission politique », s’était étalée sur plusieurs années malgré des alertes répétées. Le tribunal a notamment souligné l’incapacité de Julien Ruas à expliquer pourquoi seuls 350 000 des 6,5 millions d’euros votés dès 2013 pour des travaux d’urgence sur les immeubles en péril avaient été effectivement dépensés. Cette condamnation lui vaut deux ans de prison avec sursis et une interdiction d’exercer une fonction publique pendant cinq ans.

    La Marseillaise révélait fin 2024 que la protection fonctionnelle pour sa défense avait déjà coûté aux Marseillais 365 000 euros, hors amendes, frais du procès et indemnités aux victimes. Nous avons obtenu de vous, après demande écrite, les conventions d’honoraires encadrant cette prise en charge, dont le taux horaire nous a été caviardé.

    Nous notons que la Ville ne garantit pas, une nouvelle fois, un accès libre et éclairé à l’information sur sa gestion et ses choix. Sur les 522 000 euros consacrés depuis 2021 à la protection fonctionnelle de l’ensemble des élus marseillais, qui doit pourtant servir autant aux élus attaqués qu’aux élus poursuivis, le seul dossier de M. Ruas en première instance en représente 70%, une proportion appelée à croître encore avec les frais d’amendes, de procès, d’indemnité… et pour l’appel.

    Nous ne contestons pas le principe de cette protection, ni la légitimité d’une défense présente à l’intégralité des six semaines d’audience. Nous contestons l’absence de tout plafond fixé par la Ville dans la convention d’honoraires, alors que la jurisprudence l’y autorise (CE, 23 décembre 2009, n° 308160). Les 130 000 euros facturés pour la présence de deux avocats à l’audience représentent, sur 26 jours, 2 500 euros par jour et par avocat : ce montant nous interroge, tout comme l’absence apparente de toute dégressivité tarifaire pour une mission aussi longue, au regard de la clause de « nombre d’heures facturées ou déjà réglées (…) manifestement excessif » prévue par la convention elle-même. Dans le même esprit que ce qu’a pu rappeler le Conseil d’État s’agissant d’honoraires manifestement supérieurs aux pratiques tarifaires habituelles (CE, 22 décembre 2021, n°438918), ou le refus des frais liés au recours à deux avocats (CE, 19 octobre 2016, n° 389624).

    D’autres communes ont su faire face autrement. Dans l’affaire de la tempête Xynthia, la commune de La Faute-sur-Mer, moins de 1 000 habitants, a refusé en 2016 de payer une note d’honoraires de 240 000 euros jugée disproportionnée pour la défense de son ancien maire, condamné pour homicide involontaire en raison de sa négligence dans la gestion du risque d’inondation, s’ajoutant à 105 000 et 106 000 euros déjà réglés à des phases antérieures de la procédure, et a fait supporter le coût par son assurance. Marseille, qui pratique l’auto-assurance, ne dispose d’aucun filet de sécurité comparable : chaque euro pèse directement sur le budget communal, donc sur les Marseillais.

    Pendant ce temps, les 103 parties civiles de ce dossier se partagent 665 000 euros de frais irrépétibles pour leurs avocats, 6 450 euros en moyenne par personne, une somme mise à la charge des personnes condamnées, et non de la Ville. De nombreuses parties civiles ont dû, en parallèle, recourir à une aide juridictionnelle que plusieurs de leurs avocats ont publiquement qualifiée de dérisoire, ou régler elles-mêmes tout ou partie de leurs frais d’avocat faute d’éligibilité.

    À l’approche de l’appel, nous vous demandons :

    1. De réexaminer si le maintien de cette protection reste justifié dans son principe (CE, 1er octobre 2018, n°412897). La jurisprudence relève que la faute personnelle détachable, qui fait obstacle à la protection fonctionnelle, peut résulter de faits d’une particulière gravité, sans que leur caractère intentionnel soit déterminant (CE, 28 décembre 2001 n° 213931, TC 30 décembre 2015 n° C4036). La négligence caractérisée retenue par le jugement, étalée sur plusieurs années malgré des moyens disponibles et des alertes répétées (CE, 14 mars 2025, n° 489123 et CAA Marseille, 12 octobre 2021, n° 19MA04128), nous semble relever de ce cas de figure.

    2. De fixer et justifier a minima un plafond explicite dans les nouvelles conventions à conclure pour la phase d’appel.

    3. D’évaluer si le montant journalier/nombre d’heures facturé et l’absence de dégressivité légitiment une limitation de la prise en charge au titre de la clause conventionnelle prévue à cet effet et de rendre publique une comparaison avec les frais d’avocat engagés par la Ville de Marseille elle-même en tant que partie civile, et pour la défense de la SAEM Marseille Habitat mise en examen ;

    4. De rendre publique une évaluation actualisée et complète du coût total de cette protection fonctionnelle, passé et à venir.

    Un tel plafonnement et réduction des frais déjà réglés libérerait un budget qui pourrait être à son tour alloué aux victimes, ainsi la ville leur ferait un acte réel et concret de soutien. Il serait profondément injuste que les Marseillais continuent, huit ans après le drame, à payer deux fois : d’abord dans leur chair, puis dans leur portefeuille, pour la défense de celui dont la négligence a été judiciairement reconnue.

    Cordialement,

    Signataires

    Assemblée Des Personnes Délogées, ATTAC Marseille, ASF Marseille, CVPT, C5N, CeM, CC 1er/6e, DONUT, LDH Marseille, RESF 13, SYLM, Liliana LALONDE (Famille de Julien), Léo LAVIEILLE (Famille de Fabien), Mariella et Domenico CARPIGNANO (Famille de Simona)] Association pour la taxation des transactions financières et pour l’action citoyenne, Architectes Sans Frontières Marseille, Centre-Ville pour Tous, Collectif du 5 Novembre, Collectif des Écoles de Marseille, Conseil Citoyen 1er/6e arr, DONUT InfoLab, Ligue des Droits de l’Homme Marseille, Réseau Éducation Sans Frontières des Bouches-du-Rhône, Syndicat du Logement de Marseille, Liliana LALONDE (Famille de Julien), Léo LAVIEILLE (Famille de Fabien), Mariella et Domenico CARPIGNANO (Famille de Simona)]

  • [Tribune] Suppression de la gratuité des transports dans le Pays d’Aubagne : l’urgence est à la suspension et à la concertation

    [Tribune] Suppression de la gratuité des transports dans le Pays d’Aubagne : l’urgence est à la suspension et à la concertation

    J’ai appris avec colère l’annonce par le président de la Métropole Aix-Marseille-Provence de son intention de mettre fin à la gratuité des transports dans le Pays d’Aubagne et de l’Étoile. Une décision aussi brutale qu’incompréhensible, sur la forme comme sur le fond.

    Sur la forme d’abord, il est inacceptable que le maire d’Aubagne et les onze autres maires concernés découvrent par voie de presse une décision qui touche directement leurs communes et leurs habitants. Ce mépris du dialogue avec les élus locaux n’est pas acceptable.

    Sur le fond, prétendre réaliser des économies dès 2026 en supprimant la gratuité relève de l’absurde. Installer un système de billetterie, équiper les bus et les tramways, organiser les contrôles et mobiliser les personnels nécessaires aura nécessairement un coût et ne se fera pas en quelques semaines. Cette décision, présentée comme une économie, risque donc de commencer par coûter de l’argent aux habitants et à la collectivité.

    Surtout, elle constitue une attaque contre un acquis social qui a fait ses preuves depuis près de vingt ans dans le Pays d’Aubagne et de l’Étoile. Et elle intervient au pire moment : celui d’une flambée du prix des carburants et d’un pouvoir d’achat toujours plus contraint.

    Quand prendre sa voiture coûte toujours plus cher, supprimer la gratuité des transports est une double peine infligée aux habitants.

    Au regard de la précipitation qui entoure cette annonce et de l’absence d’économie réalisable sur l’exercice 2026, il est urgent de suspendre ce projet et d’ouvrir une véritable concertation avec les maires, les usagers et l’ensemble des acteurs concernés. Une décision aux conséquences aussi importantes pour le quotidien de milliers d’habitants ne peut être imposée dans l’urgence et sans dialogue.

    Je resterai pleinement engagé aux côtés des douze maires concernés, des usagers et des associations qui défendent la gratuité pour faire échec, dans les jours et les semaines à venir, à ce projet profondément injuste.

  • [Tribune] La Méditerranée, une mer à sec

    [Tribune] La Méditerranée, une mer à sec

    Longtemps associée au sud de la Méditerranée, la sécheresse touche désormais une grande partie de l’Europe. Elle rappelle que la pression sur les ressources en eau ne s’arrête pas aux frontières : aucun pays ne peut se croire entièrement à l’abri lorsque ses voisins manquent d’eau.

    La France l’a constaté cet été, comme bien d’autres pays européens. Selon l’Observatoire européen de la sécheresse, les sols d’une dizaine de pays, dont le Luxembourg, la France, la Belgique et la Suisse, ont connu en août leur plus grave déficit hydrique depuis le début des observations en 2012. Sur l’ensemble du mois, 58 % du territoire de l’Union européenne était touché en moyenne, contre 33 % habituellement à cette période. En France, 67 départements étaient placés en situation de crise cet été, contre 46 à la même période l’an dernier. Cette extension de la sécheresse donne une nouvelle résonance à la crise que traverse le bassin méditerranéen.

    La Méditerranée est l’un des points chauds du réchauffement climatique : les températures y augmentent 20 % plus vite que la moyenne mondiale. À cette évolution s’ajoutent les pressions économiques et démographiques, qui mettent à rude épreuve les ressources en eau et les services chargés de la distribuer. Il est significatif de noter que tous les pays du Sud et de l’Est de la Méditerranée disposent de moins de 500 m3 à 1 000 m3 d’eau par habitant et par an – une réalité qui répond à la définition officielle de la « pénurie d’eau ». La situation n’est guère plus réjouissante au nord : 30 % de la population de l’Europe du Sud vit dans des zones soumises à un stress hydrique permanent, tandis qu’un pourcentage stupéfiant de 70 % y est confronté en été. Dans l’ensemble du bassin, quelque 180 millions de personnes sont en situation de pauvreté hydrique et 60 millions d’autres subissent un stress hydrique sévère. L’eau, ou plutôt son absence, constitue une crise typiquement méditerranéenne.

    Maintenant que le constat est posé – dans tous les pays riverains de notre mer commune, les ressources en eau sont dangereusement limitées -, il est temps de réfléchir à la manière dont nous voulons avancer. Les approches nationales individuelles sont-elles la solution ? Ou devons-nous affronter ce problème à l’échelle régionale, en le regardant en face et en le reconnaissant pour ce qu’il est ? Lorsque le statu quo ne peut, au mieux, conduire qu’à une résignation passive et, au pire, à un cynisme obstiné, je m’en remets à chacun d’entre vous pour choisir de relever ce défi ensemble.

    Aujourd’hui, à Rome, les représentants des 43 États membres de l’Union pour la Méditerranée adopteront la deuxième déclaration ministérielle de l’UpM sur l’eau en Méditerranée. Soulignant la nécessité d’une coopération transfrontalière renforcée en matière de gestion durable de l’eau, cette déclaration reconnaît les conséquences multiples de la situation actuelle : impacts néfastes sur la santé humaine et les écosystèmes, freins au développement socio-économique ou encore augmentation de la fréquence et de l’intensité des catastrophes naturelles.

    Loin d’être une déclaration politique sans substance, cet engagement marque le lancement de l’Initiative de Rome sur l’eau, destinée à mobiliser les investissements et les capacités techniques nécessaires à la mise en place de systèmes hydriques durables dont notre Méditerranée a désespérément besoin. Bien que des progrès aient été réalisés ces dernières années, la viabilité financière s’est trop souvent avérée être un obstacle à la durabilité environnementale. En créant un cadre qui relie, coordonne et renforce les efforts existants, l’Initiative de Rome sur l’eau comble les lacunes en matière de financement et d’expertise qui entravent la modernisation et l’amélioration de la gestion des installations de services publics. Une goutte d’eau dans l’océan – si vous me permettez l’expression -, peut-être, mais aussi, sans doute, un modèle pour d’autres initiatives essentielles en matière de durabilité, susceptibles d’être reproduites afin de construire une Méditerranée plus intégrée et plus résiliente.

    S’il y a bien une chose qui devrait désormais être évidente, c’est que les problèmes liés à l’eau dans notre Méditerranée ne peuvent être résolus de manière isolée. Nos systèmes hydriques sont intimement liés : il est inconcevable qu’un pays puisse être totalement à l’abri lorsque ses voisins immédiats sont confrontés à la pénurie. L’eau a le pouvoir d’influencer non seulement l’intégrité de nos écosystèmes et la santé de nos populations, mais aussi le cœur même de la stabilité socio-économique et politique de notre région. Nous disposons des connaissances et des outils nécessaires pour relever ce défi. Allons-nous donc choisir de devenir une région de coopération et de résilience, ou une région où les vulnérabilités ne cessent de s’aggraver ?

    « Quelque
    180 millions
    de personnes
    en situation de pauvreté hydrique »

  • [Tribune] La loi « permis de tuer »… vraiment ? Vraiment –

    [Tribune] La loi « permis de tuer »… vraiment ? Vraiment –

    Imaginez … Non, tout simplement : suivez le débat parlementaire en cours. Ce policier de Carcassonne, emplit de haine et de mépris des femmes, des étrangers, des pauvres, de tous ceux qu’il peut dominer, dont la caméra vidéo a révélé l’existence.

    Ce policier de Carcassonne qui, comme de très nombreux autres en France, est armé.

    Le débat existant aujourd’hui à l’Assemblée nationale sur la présomption de légitime défense ne lui donne pas le pouvoir et le droit de tirer.

    Ce droit existe depuis la loi dite « Cazeneuve » du 28 février 2017, encadré par le principe de proportion et de nécessité, qui, a conduit à « légitimer » les tirs en cas de refus d’obtempérer, au même titre que des meurtres en cours dans l’article L. 435-1 du Code de la sécurité intérieure. Le constat est sans appel : le nombre de tué a été multiplié par 5, 5 ans après la loi. (Sebastian Roché, Paul Le Derff, Simon Varaine. Homicides policiers et refus d’obtempérer. La loi a-t-elle rendu les policiers irresponsables ? Revue Esprit, 2022).

    Mais le pouvoir de le faire est contrôlé par la loi actuelle : le policier auteur de tir doit répondre de ses actes, puisque « la société a le droit de demander compte à tout agent public de son administration », tel que le prévoit l’article 15 de la DDHC.

    Et ce contrôle est déjà difficile, notamment en l’absence d’indépendance du parquet, mais aussi de l’IGPN et l’IGGN, au regard des difficultés à obtenir le port du RIO…

    Le débat en cours devant le Sénat, saisi après que l’Assemblée nationale ait adopté le 7 juillet 2026 le principe de présomption de légalité, va donc porter sur la réalité des comptes que devrait rendre un tel policier en cas de tir.

    Si le texte indique que cette présomption peut « à tout moment être renversée par tout élément de preuve contraire » cette formule est illusoire dans un système pénal inquisitoire, dans lequel l’enquête est conduite par le parquet.

    S’il y a présomption de légalité, il n’y a pas d’acte d’enquête à mener. Et donc pas de preuve contraire pouvant être apportée.

    Cette présomption va de surcroît, tout comme en 2017 changer les pratiques et développer l’idée que cette possibilité de tir est banale chez les forces de l’ordre, comme alerte la Défenseure des droits dans son avis du 26 juin 2026, défavorable.

    Cette proposition de loi, déposée par la droite républicaine le 3 décembre 2024 révèle à la fois la méconnaissance des textes par nos élus, qui ne semblent pas connaître la procédure pénale, et le glissement généralisé vers le tout sécuritaire, dès le début du XXIe siècle.

    La course effrénée vers une sécurité fantasmée, entamée par la loi de 2001 dite « loi Vaillant » et qui prétend en faire un droit fondamental et qui entend répondre aux risques de la vie en société. Risque encadré par le droit pénal et les principes fondamentaux du droit à un recours effectifs, à la justice et du procès équitable, des droits de la défense. C’est le droit à la sûreté qui est un droit fondamental, selon la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen : le droit d’être protégé contre l’arbitraire et la violence de son État.

    Droit que cette loi bafoue tout comme le droit à la vie. L’État ne peut jamais donner la mort avec une présomption de légitimité.

    Alors loi dite « permis de tuer », vraiment ? oui vraiment.

  • [Tribune] Madame la ministre de la Culture, Madame Catherine Pégard…

    [Tribune] Madame la ministre de la Culture, Madame Catherine Pégard…

    Par cette lettre ouverte, nous souhaitons réaffirmer nos revendications concernant l’attribution des financements publics à la distribution de la presse votés lors des différentes lois de Finances.

    En effet, nous nous satisfaisons que le législateur soutienne la presse et sa distribution, pilier incontournable du pluralisme et donc de notre démocratie.

    Cependant, ces aides publiques ne sont pas accordées à tous les échelons de la distribution de la presse et plusieurs maillons n’en perçoivent aucun ruissellement.

    Le contenu de la loi est pourtant clair et définit la distribution de la presse de la sortie des imprimeries jusque chez les marchands de journaux. Malgré cette volonté du législateur, les coopératives Oyé Distribution et CPMM (dépositaires de niveau 2) en charge de la livraison du dernier KM, en sont donc exclues.

    Au contraire elles sont confrontées au refus des administrations (ministère de la Culture et ARCEP notamment) et des messageries (MLP et France Messagerie) de les intégrer dans le dispositif d’attribution. La messagerie MLP porte néanmoins l’idée dans ses préconisations aux états généraux de l’information que les montants issus de la péréquation puissent irriguer en partie les dépositaires.

    Cette posture générale des pouvoirs publics, des organes de régulation et des coopératives d’éditeurs met en danger la pérennité des activités de CPMM et Oyé Distribution et fait peser une menace à très court terme sur les emplois et la distribution de la presse.

    Nous revendiquons l’attribution immédiate « de la cote part » des financements publics de 2026, en augmentation de 4 millions par rapport à 2025, pour les coopératives Oyé et CPMM.

    Nous revendiquons que dans la loi de Finance 2027, le fléchage des aides publiques à la distribution de la presse pour tous les échelons soit stipulé de façon explicite.

  • [Tribune] L’austérité génère l’insécurité

    [Tribune] L’austérité génère l’insécurité

    L’insécurité climatique frappe de plein fouet des centaines de milliers de Françaises et de Français. 125 000 hectares de forêt partis en fumée, des centaines de milliers d’évacués, des centaines de maisons calcinées dont près de cinquante dans le Var. Des régions dévastées par les incendies, des exploitations agricoles, et des PME sinistrées. Des centaines d’emplois impactés par ces méga feux. Sans l’engagement exemplaire des soldats du feu, des services publics locaux, des bénévoles, des élus des communes concernées, le bilan aurait été bien plus lourd.

    Les politiques d’austérité budgétaires ont désarmé la République : toutes les forces politiques qui par leurs votes au Parlement les ont soutenues sont comptables devant les populations. Leurs choix ont fragilisé les services publics et plongé les habitants dans l’insécurité dramatique dont sont victimes des milliers de Français.

    Le PCF propose de réorienter le budget de l’État vers les besoins réels du pays. En arrêtant de servir les grands groupes industriels et financiers et en réorientant les dépenses militaires uniquement vers la défense nationale et non au service des marchands de canons pour satisfaire au diktat des USA. Plus de 200 milliards d’euros annuels seraient disponibles pour mettre en œuvre une véritable politique au service de la Nation.

    Pour doter les services de secours des moyens terrestres et aériens, en regagnant notre souveraineté industrielle pour les bombardiers d’eaux qui pourraient être construits et entretenus en France avec les projets Frégates F-100 à Istres et celui AIA de Cuers Pierrefeu dans le Var. Doter la flotte aérienne de vision nocturne et thermique.

    Réarmer nos Sdis qui ont perdu 1 800 centres de secours et 1 000 véhicules. Revaloriser le statut des pompiers volontaires et professionnels, les doter de protections efficaces contre la chaleur et les fumées toxiques.

    Renforcer l’ONF de 2 000 emplois alors que 25% des postes ont été supprimés.

    La gestion forestière doit être repensée, le Var un des départements les plus boisés, la forêt a progressé de 17% depuis 1980 mais l’exploitation et entretien n’ont pas suivi. Avec 70% de surface privée, la prévention et l’exploitation sont plus complexes.

    Dans son plan Climat 2050 le Parti communiste français propose une grande loi de programmation forestière et une gestion démocratique incluant tous les acteurs concernés. Réfléchir ensemble pour une efficience maximale. Toute aide publique doit être conditionnée aux objectifs définis démocratiquement en termes de plantation, de biodiversité, de tracé des DFCI nécessaires. L’agropastoralisme et le sylvopastoralisme doivent être soutenus pour entretenir et créer des coupures de combustibles et les projets bois-énergies doivent être soumis à évaluation. Cela nécessite un réel débat national et départemental, la sécurité de nos concitoyens et de nos territoires sont en jeu. Le coût financier, économique et matériel sera astronomique mais pourra être absorbé. Les traumatismes individuels et collectifs seront plus difficiles à quantifier.

    Mais comment la solidarité nationale va pouvoir jouer à plein, si nous laissons les sinistrés individuels ou collectifs, les communes, les entreprises ou les exploitations agricoles au bon vouloir des groupes d’assurances privées, qui projettent des augmentations de cotisations de plus de 12%, quand elles n’informent pas leurs souscripteurs qu’elles ne renouvelleront plus le contrat d’assurance ? Oui, il faut un pôle public assurantiel pour faire jouer la péréquation et la solidarité nationale.

  • [Tribune] Verdun ou Waterloo pour Fabien Roussel et le PCF ?

    [Tribune] Verdun ou Waterloo pour Fabien Roussel et le PCF ?

    En se déclarant candidat « jusqu’au bout », malgré des sondages particulièrement défavorables, Fabien Roussel a franchi le Rubicon. Le choix est logique : une candidature sous conditions serait condamnée avant même d’avoir commencé. Mais il est aussi terriblement périlleux. Pour le secrétaire national du PCF, 2027 peut être l’élection de la reconquête. Elle peut aussi devenir celle de l’effacement.

    Verdun ou Waterloo ? L’image est forte, mais elle résume l’enjeu. Verdun, s’il parvient à tenir, reconquérir du terrain et démontrer qu’un parti centenaire possède encore une fonction politique propre. Waterloo, si une candidature enfermée à 2 ou 3% transforme l’élection en défaite stratégique et pose la question de la survie du PCF comme force nationale autonome.

    Le premier danger serait de refaire 2022 « en mieux ». Emploi, salaires, industrie, énergie, services publics, taxation du capital : ces combats restent capitaux. Mais ils ne suffisent plus à construire une identité présidentielle.

    Une présidentielle ne donne pas l’avantage à celui qui possède le catalogue le plus fourni. Elle distingue celui qui parvient à incarner une idée simple du pays et de son avenir.

    D’autant qu’à mesure que l’échéance approchera, la pression du « vote utile » deviendra redoutable si le RN paraît en mesure de conquérir l’Élysée et si Roussel reste très bas. Il devra alors répondre chaque matin à la même question : « Pourquoi êtes-vous encore là ? » Or une campagne ne peut survivre longtemps sur la défensive.

    Il faut donc inverser la question : non plus expliquer pourquoi Roussel se présente, mais démontrer pour quoi sa candidature est nécessaire.

    Passer du programme
    au dessein…

    Pour exister dans une présidentielle, il faut être le nom de quelque chose. Le Pen et Mélenchon, chacun dans un registre radicalement différent, incarnent immédiatement une rupture, le dégagisme. D’autres chercheront à représenter la continuité, le dépassement du macronisme et le barrage au RN. C’est le cas d’Édouard Philippe. Mais Roussel ?

    C’est là que se situe son défi : passer du programme au dessein.

    Non pas 300 promesses, mais une douzaine de grands engagements dessinant la France de 2037 et au-delà : industrielle, instruite, productive, écologique, indépendante, solidaire et pacifique.

    Un pacte populaire de confiance pour un progrès partagé pourrait donner une architecture à cette ambition, à condition de ne jamais devenir un catalogue supplémentaire.

    Prenons la jeunesse. Au lieu d’additionner les mesures, pourquoi ne pas fixer une ambition nationale : mobiliser toutes les forces vives de la Nation pour faire de la jeunesse française la mieux éduquée, formée et cultivée ? École, université, formation professionnelle, culture, sport, santé, logement et emploi cesseraient d’être des dossiers juxtaposés pour devenir les composantes d’un même projet.

    La gauche parle beaucoup des moyens de l’Éducation nationale. Elle parle moins des destinataires : les jeunes et de la France qu’elle veut construire grâce à l’éducation. C’est un espace politique à conquérir.

    Reconquérir le peuple sans courir derrière le RN. L’autre bataille est celle du monde du travail qui s’est éloigné du PCF. L’erreur serait de reprendre quelques thèmes du RN en espérant récupérer mécaniquement ses électeurs. Fabien Roussel pourrait proposer une réponse propre à une demande devenue centrale : la protection.

    Protection du salaire et de l’emploi. Protection face aux déserts médicaux, aux factures énergétiques, au déclassement des territoires et à l’insécurité quotidienne. Protection, enfin, contre le sentiment que les décisions essentielles sont prises sans les citoyens.

    C’est peut-être là que le PCF peut retrouver une part de son identité historique : être à la fois le parti du travail et celui de la protection populaire et celui de l’innovation civilisationnelle.

    Une politique innovante concernant les seniors (catégorie toujours mobilisée par une élection) peut l’illustrer aux yeux des citoyens. Pourquoi continuer à les regarder seulement à travers les retraites, la dépendance et le coût du vieillissement ? Les retraités possèdent des compétences professionnelles, artisanales, techniques ou culturelles. Tutorat des jeunes, transmission des métiers, accompagnement scolaire, vie associative, soutien aux petites communes : le vieillissement peut aussi devenir une force française, mise en œuvre par un ministère des seniors, être l’expression concrète de la solidarité active élevée au rang de politique de vie en commun.

    Ainsi apparaîtrait une différence essentielle : ne pas seulement proposer de redistribuer autrement les richesses, mais organiser autrement la société.

    Jeunesse. Travail et salaires. Industrie. Santé. Logement. Énergie. Alimentation. Écologie. Ruralité et territoires. Seniors. Démocratie. Paix et politique internationale.

    Ces batailles nationales peuvent suffire, chacune assortie d’engagements compréhensibles, financés et vérifiables, mais surtout d’un objectif à dix et 20 ans. La présidentielle retrouverait ainsi sa fonction première : choisir non seulement un gestionnaire, mais une direction pour le pays.

    Cette ambition peut aussi s’enraciner dans les territoires. Faire émerger dans les circonscriptions des femmes et des hommes chargés de porter localement le pacte permettrait de relier présidentielle et législatives. Pendant que Fabien Roussel mènerait la bataille nationale, plusieurs centaines de visages mèneraient la bataille locale : usine menacée ici, désert médical là, école, agriculture, transports ou logement ailleurs.

    Même un résultat présidentiel modeste pourrait alors produire quelque chose : militants remobilisés, nouveaux adhérents, candidats identifiés, réseaux reconstruits. La présidentielle ne serait plus seulement une bataille électorale. Elle deviendrait le premier acte d’une reconquête territoriale.

    Alors, Verdun ou Waterloo ?

    Fabien Roussel et le PCF partent de loin. Le chemin vers le second tour paraît aujourd’hui extrêmement étroit. Mais le premier défi n’est pas encore celui des pourcentages : il est de rendre la candidature du dirigeant communiste politiquement nécessaire.

    S’il reproduit une campagne communiste classique, additionnant revendications sociales, nationalisations, hausses de salaires et taxation du capital, il risque d’être broyé entre Mélenchon, le vote utile et le RN. S’il court derrière ses adversaires, il disparaîtra derrière eux.

    S’il transforme en revanche sa candidature en proposition d’un nouveau contrat national, appuyé sur un Pacte, articulant question sociale, production, écologie, éducation, sécurité quotidienne, souveraineté démocratique et paix, il peut rouvrir un espace.

    Car l’enjeu dépasse le score de Fabien Roussel. Il tient en une question : le PCF est-il encore capable d’incarner un nouveau dessein national ?

    Waterloo, si cette présidentielle n’est que la répétition des précédentes.

    Verdun, si 2027 devient le point de départ d’une reconquête politique, populaire et territoriale.

    Entre les deux, il reste un chemin : surprendre, innover et donner à nouveau envie de croire qu’une France nouvelle est possible.

  • [Tribune] Expulsions des familles roms, tsiganes et des gens du voyage : mettre fin à une politique de relégation

    [Tribune] Expulsions des familles roms, tsiganes et des gens du voyage : mettre fin à une politique de relégation

    À Marseille comme partout en France, les expulsions en série qui frappent les familles roms, tsiganes, les gens du voyage, les personnes exilées et les sans-abri participent d’une véritable politique de relégation, où la répression se révèle depuis trop longtemps comme seule modalité d’action, piétinant les droits fondamentaux.

    Le racisme systémique, qui motive ces politiques, est un outil de domination et de division dans l’ordre capitaliste. En désignant les populations les plus précaires comme responsables des difficultés sociales, elles détournent le débat des seules causes de la crise du logement : la spéculation foncière, la financiarisation de l’immobilier, la pénurie de logements accessibles et le désengagement de l’État. Elles opposent les classes populaires entre elles au lieu de s’attaquer aux inégalités qui les frappent.

    À Marseille, plusieurs lieux de vie roms sont aujourd’hui menacés d’expulsion. Le cas le plus emblématique est celui du 156 route de la Valentine, terrain appartenant à M.Frey, dirigeant de Retail Prodev, classé parmi les 500 plus grandes fortunes de France, où vivent près de350 personnes, dont de nombreux enfants. Des millions d’euros d’argent public pourraient être consacrés à une opération policière d’expulsion, qui ne ferait que déplacer la misère, une fois de plus, sans apporter aucune solution durable. L’État se révèle comme gestionnaire de la valeur immobilière et foncière et non comme garant du droit fondamental au logement.

    Depuis plusieurs années, les expulsions de lieux de vie roms se succèdent, programmées, à intervalles réguliers. Saint-Just (2020, expulsion du squat d’un bâtiment de l’évêché),Maison Blanche (2021, évacuation brutale et enfants déscolarisés), La Parette (2022,destruction du lieu de vie sans relogement), Le Mail (expulsion d’un bâtiment sécurisé parles habitant·es), La Madrague / La Cabucelle ((2023-2024, opérations policières répétées)ou encore Saint-Marcel (2024-2025) et Air Bel démolition de 400 logements(2026). À chaque fois, les conséquences sont les mêmes : enfants déscolarisés, emplois perdus, ruptures des suivis sociaux, destruction des parcours d’insertion et aggravation de la précarité. L’État expulse l’été, quand les familles ne peuvent pas se défendre. En Haute-Savoie, cinq familles avec de jeunes enfants ont reçu fin juillet un arrêté préfectoral d’expulsion.

    L’été, les tribunaux fonctionnent au ralenti, les avocats sont moins disponibles, les associations disposent de moins de moyens et les mobilisations sont plus difficiles. Expulser lorsque les familles sont les plus vulnérables limite les possibilités de recours et de défense. L’Etat doit faire des propositions de relogement avant toute expulsion .À Marseille, les familles n’ont pu résister pour l’instant que grâce à la solidarité des associations, des collectifs, des syndicats, des habitantes et habitant·es mobilisés à leurs côtés. Les injonctions du préfet dans l’hébergement d’urgence marquent une nouvelle étape dans la répression des plus vulnérables. En ordonnant au SIAO 13 de sortir des familles de l’hôtel sans solution de relogement, l’État viole le droit à la continuité de la prise en charge et teste sa capacité à imposer des remises à la rue en pleine pénurie de places. Le refus unanime des associations rappelle que ces pratiques ne relèvent pas d’erreurs administratives mais d’une stratégie de gestion répressive de la pauvreté, qui fragilise les familles, alimente les réseaux d’exploitation et participe à la même logique de division et de contrôle que les expulsions de lieux de vie.

    Face à cette politique du chaos et de relégation, les familles roms montrent qu’une autre politique est possible. Dans le 15ᵉ arrondissement de Marseille, des familles roms ont créé la première association rom de la ville et développé un projet d’agriculture urbaine pour entretenir et valoriser leur lieu de vie. Elles démontrent leur capacité à s’organiser collectivement, à produire et à contribuer à la vie du quartier. Au lieu d’accompagner cette dynamique, une procédure d’expulsion a été engagée. Cette contradiction montre combien l’autonomie des classes populaires, en particulier lorsqu’elle émane de populations racisées, vient bousculer les logiques d’exclusion. Les gens du voyage subissent la même stigmatisation.

    Dans le 6ᵉ secteur de Marseille, le maire Rassemblement national a fait de la dénonciation des occupations dites « illégales »un axe central de son action politique et a récemment pris pour cible des familles venues participer à un rassemblement traditionnel. La Métropole Aix-Marseille-Provence n’avait pourtant toujours pas réalisé les aires d’accueil et l’aire de grand passage prévues par la loi, malgré les condamnations prononcées par la justice administrative. On ne peut pas refuser de respecter ses obligations légales puis faire porter aux familles la responsabilité de cette carence.

    Nous appelons les organisations antiracistes, les collectifs de défense du droit au logement, les syndicats, les associations, les habitant·es des quartiers populaires, ainsi que toutes les personnes attachées aux droits humains, à unir leurs forces pour défendre le droit au logement, la dignité et toutes les familles victimes de ces politiques de relégation.

    Aux stratégies de division, opposons une mobilisation unitaire des classes populaires. Un toit est un droit. La dignité n’est pas négociable. Le racisme systémique est un outil de domination et de division dans l’ordre capitaliste. Nous le combattons.

    Signataires. l’inter orga : association ZOR (association de roms.) DAL France, ANC13, POI, VAI, Forces Vives, La France Insoumise 13, Faisons Front Commun, NPA a , Attac Marseille, soutien 59 Saint Just, Collectif 113, un Centre Ville Pour Tous, Comité antifasciste du 4è, Syndicat des associations de proximité, La Penne Insoumise, Insoumis de la Vallée de l’Huveaune, Insoumis.es de Saint Marcel, Arte Chavalo, Riposte Anti Fasciste, Collectif du 5 Novembre, Collectif contre les Violences d’état, Extinction Rébellion, Anti Cra Marseille, Collectif Al Manba, Afroqueer Revolution-R, ASCM, Sai13, UCL Marseille, Syndicat du Logement.

  • Rejet et précarité, le quotidien des Roms

    Rejet et précarité, le quotidien des Roms

    « Nous n’avons pas reçu d’avis d’expulsion », assure Bianca, porte-parole des familles sur ce site du 3e arrondissement. Les signataires de la tribune évoquent la date fatidique du 24 août, choqués par une telle opération programmée à quelques jours de la rentrée scolaire.

    « Nous voulons qu’on nous donne la possibilité de rester pour que les enfants continuent à aller à l’école, pour qu’ils aient un autre travail que fouiller dans les poubelles, revendre des affaires aux puces ou la ferraille à Bougainville », plaide cette mère de quatre enfants. Tous les enfants sont scolarisés dans les écoles, collèges et lycées du quartier. « Je suis la seule de la fratrie qui ne soit pas née ici », complète Armecna, sa fille. Un bébé de trois mois dans les bras, Béatrice précise : « Il y a au moins trois enfants de moins de deux ans et quatre femmes enceintes ici. » C’est sans compter « un handicapé et de nombreux malades, diabète, hypertension… », ajoute Bianca.

    Originaire de la région de Bucarest, en France depuis 20 ans, dont 16 à Marseille, elle a vécu plusieurs expulsions. « C’est toujours la même chose, on doit retrouver un lieu, s’organiser pour vivre. C’est de plus en plus difficile avec de moins en moins d’argent. Un gros camion, il faut trois jours pour le remplir, ça représente à peine cent euros. moins le prix du gasoil », déplore la jeune femme. Dans l’enceinte de la caserne investie par des voitures et deux camions, des enfants jouent au ballon tandis qu’un homme s’attelle à la réparation d’un moteur. Des douches et des sanitaires avec un espace prévu pour les machines à laver ont été aménagés. L’association Solidarités International a aidé à une meilleure gestion de l’eau. Un effort de traitement des déchets a aussi été entrepris car c’est suite à des plaintes du voisinage, incommodé par les fumées, que la demande d’expulsion a été faite sur ce bâtiment, propriété de la Ville.

    Du côté de la mairie centrale, on explique : « La préfecture a en effet la main sur le dossier, mais la Ville travaille depuis des mois avec l’État pour trouver une solution de relogement. L’objectif est d’éviter les remises à la rue. » Particulièrement sensible à la situation, Emilia Sinsoilliez, enseignante et première adjointe au maire du secteur, explique : « Nous avons mené un accompagnement social avec ces familles et les associations partenaires de la Ville, Rencontres Tsiganes, l’Addap 13… et le deal avec la préfecture, c’était que les sept familles à la Busserade aient chacune un logement avant la rentrée. C’est pour cela que ça a pris du temps. » Des situations souvent complexes à gérer et plus ou moins soutenues par l’État. « On y travaille, petit à petit de nombreuses familles roms ont des toits sur la tête à Marseille. Leurs enfants sont des petits Marseillais à part entière. »

    Interrogée, la préfecture n’a pas donné suite. D’autres procédures d’expulsions sont pendantes.

    Déjà 25 ans de galère

    À La Valentine dans le 11e arrondissement ou aux Aygalades, dans le 15e arrondissement, sur l’ancien site de la cité des Créneaux. « Il y a un retour en arrière du côté de l’État », craint un associatif. Les budgets se resserrent et le travail partenarial engagé par la Ville avec les associations historiques de terrain perd en forces. Il est notable que l’Ampil (association méditerranéenne pour l’insertion par le logement) qui s’est vue sucrer celui dédié à la résorption des squats et bidonvilles se retrouve mise sur la touche, privée de moyen d’actions.

    Depuis des décennies la politique de la solidarité en dent de scie de l’État, associée à un « odieux amalgame », roms, gitans sédentaires et gens du voyage, « assimilés à des délinquants » ne favorise ni l’apaisement de tensions de voisinage, ni les situations des familles, notait déjà Alain Fourest, l’ancien président de Rencontres Tsiganes dans un rapport publié sur Cairninfo : « 1997-2012 : quinze années de galère et de chasse aux Roms. » En 2012, la préfecture proposait d’accueillir les familles roms, balayées d’une friche à l’autre au gré des expulsions, dans l’ancienne Bastide militaire La Guillermy. Une expérience avortée face au tolé des riverains. En charge de la solidarité pour la nouvelle municipalité marseillaise en 2020, Audrey Garino (PCF) élabore avec Laurent Carrié, préfet délégué pour l’égalité des chances, le projet d’un village insertion sur la friche d’une aire d’autoroute à Saint-Henri. La préfecture l’abandonne en 2024.

    Pour autant, ces solutions existent. Près de Lyon, le Village d’insertion de Saint-Genis-les-Ollières s’est révélé une expérience positive. Créé en 2015, il a accueilli 16 familles qui avaient été évacuées de bidonvilles, sous la réprobation des habitants. Trois ans plus tard, « 80% des familles ont trouvé emploi et logement, et leurs enfants sont tous scolarisés », publiait France Soir en 2018.

  • Près de 300 personnes toujours menacées d’expulsion à La Valentine

    Près de 300 personnes toujours menacées d’expulsion à La Valentine

    Alors qu’approche la date de l’audience en référé suspension engagé par leur avocat, Adam Borie, prévue le 24 août, les dizaines de familles installées depuis près de deux ans sur le site de la friche Procida à La Valentine (11e) restent plus que jamais vigilantes. Sous le coup d’un arrêté d’expulsion pris à la veille de Noël, le 24 décembre 2025, elles sont dans l’angoisse. Leur crainte notamment : que les enfants, en grande partie scolarisés dans les établissements alentour, ne puissent pas faire leur rentrée de septembre.

    Rencontrée fin juillet, à l’occasion d’une mobilisation de soutien d’associatifs, militants politiques et riverains, cette petite fille âgée de 8 ans nous avait confié « être la meilleure de sa classe » et vouloir « retrouver tous [ses] copains » quand les adultes eux, l’assurent : « On travaille, on est fatigués d’être expulsés chaque année. »

    Pour mémoire, Maître Borie a indiqué le 5 août au préfet des Bouches-du-Rhône par courriel avoir fait appel de l’ordonnance d’expulsion. La Cour d’Appel d’Aix-en-Provence ayant fixé une audience au 23 février 2027. Pour l’avocat, il s’agit là d’« une expulsion rapide, pour laquelle il n’y a pas eu de contradictoire », et donc « déloyale ».

    Des projets avortés

    Il rappelait notamment que dans cette affaire, une sortie négociée, avec un protocole serait pourtant envisageable. Un accord entre la préfecture, les familles et le propriétaire d’une grande partie du terrain, Retail Prodev, une filiale du groupe Frey, spécialisée dans le développement de centres commerciaux. Pour rappel, elle prévoyait dans un premier temps sur cet espace un projet baptisé « My Valentine », 29 000m² avec 70 enseignes, avorté, puis une plateforme logistique auquel la Ville de Marseille, sous pression des riverains, effarés par l’afflux de poids lourds, ne délivrera pas de permis de construire. Une partie du terrain appartient aussi à la Métropole avait opposé l’avocat. La collectivité ayant acheté le long de l’Huveaune, pour réaliser une voie verte.

    Surtout, cette décision d’expulsion, comme celle qui frappe d’autres sites dans la ville rappellent associatifs et collectifs dans leur tribune, s’inscrit également dans un contexte de crise de l’hébergement d’urgence. Instruction ayant été donnée par l’État de réduire le nombre de place en hôtel…