Tag: Trafic de stupéfiants

  • Dans le Var, avec la nouvelle loi, le narcotrafic mute mais ne faiblit pas

    Dans le Var, avec la nouvelle loi, le narcotrafic mute mais ne faiblit pas

    Le 13 juin 2025, une nouvelle loi « visant à sortir la France du piège du narcotrafic » était promulguée, visant à élargir l’arsenal juridique et les moyens d’action des services de police et de gendarmerie. Parmi ces mesures figurent la création d’un parquet national anticriminalité organisée (Pnaco), le renforcement de la lutte contre le blanchiment d’argent et des moyens d’action administratifs locaux, ainsi que de nouvelles mesures judiciaires et techniques d’enquête, avec une protection accrue des agents et des témoins.

    Un an après son application, les services de l’État dans le Var, réunis autour du préfet mardi, dressent un constat mitigé : loin d’avoir reculé, le narcotrafic a muté, et « les trafiquants se sont adaptés aux nouvelles modalités d’enquête », résume le procureur de la République de Toulon, Raphaël Balland. En conséquence, c’est « l’action de l’État qui a dû s’adapter » quand « le trafic se poursuit sous d’autres formes », reconnaît le préfet du Var, Simon Babre, qui observe ainsi « une uberisation du trafic et une forte régression des points de deal ». Sur les 35 sites considérés comme « historiques » par l’Office antistupéfiants (Ofast), seuls 13 sont encore actifs.

    Des saisies qui explosent

    Cette évolution s’appuie notamment sur les réseaux sociaux. Pour lutter contre ce phénomène, 28 enquêteurs ont été formés afin de démanteler les trafics en ligne, en recourant à des pseudonymes, comme le permet la loi « Narcotrafic ». Au total, depuis le début de l’année 2026, 37 enquêtes ont été menées, aboutissant à 43 interpellations, et contribuant à une évolution marquée des saisies : -6,75% de saisies par rapport aux cinq premiers mois de 2025 pour la cocaïne (77,3 kg saisis) et -89% pour les plants de cannabis (61 plants), mais +85% pour le cannabis lui-même (440 kg), +264% pour l’ecstasy (1 658 cachets) et, plus inquiétant encore, +355% pour l’héroïne (641 g). Ces chiffres peuvent toutefois être interprétés de différentes manières, illustrant à la fois la progression de la consommation et du trafic d’une part, et celle de la lutte d’autre part.

    La numérisation des pratiques a une autre conséquence. « Les usagers deviennent revendeurs car il est rentable d’acheter du produit et de le rapporter dans l’arrière-pays varois », analyse le commandant du groupement de gendarmerie du Var, Grégory Goumain, qui recense, sur sa zone, « 95 trafics démantelés dans 39 communes en 2025, 28 dans 20 communes en 2026 ». Les quantités transportées sont généralement plus faibles, une adaptation observée de manière assez générale, « car si on se fait attraper, le risque encouru est moins important », complète le procureur de la République de Toulon. Les services des douanes font le même constat, observant une « multiplication des petites saisies et une hausse significative des amendes », selon Myriam Soula, directrice interrégionale des Douanes. Est aussi observée une « fragmentation supposée de la livraison avec des envois postaux par exemple, ce qui est nouveau pour nous ».

    Logement et prestations sociales en ligne de mire

    Une des clés du trafic demeure le logement, avec l’utilisation d’appartements « nourrices », dont certains sont loués via Airbnb. La loi contre le narcotrafic a ainsi conduit à 24 demandes d’expulsion, dont deux ont été effectives. Par ailleurs, cinq fermetures de commerces et 124 interdictions de paraître ont été prononcées. Toujours dans le cadre de cette loi, et au titre de l’extension des prérogatives administratives locales, une convention nouée fin 2025 entre la CAF du Var et les services de l’État permet désormais de sanctionner les trafiquants bénéficiaires d’aides sociales. Plus de 50 signalements ont été réalisés, pour cinq mesures coercitives, tandis qu’une vingtaine de dossiers sont encore à l’étude.

    Sur la route, où 15% des accidents mortels (cinq décès depuis janvier, contre neuf sur les cinq premiers mois de 2025) sont liés aux stupéfiants en 2026, la multiplication des contrôles a permis de détecter davantage de conduites sous emprise (837 cas pour 7 727 contrôles au premier trimestre, contre 738 pour 8 312 sur la même période en 2025). Le taux de tests positifs reste similaire (12%), mais le nombre de suspensions de permis a augmenté de 42%, les stupéfiants en étant désormais la principale cause.

    Si, pour le procureur Raphaël Balland, « l’absence d’usagers assèche le trafic », la question de l’addiction n’a été que survolée par le préfet : « Il y a des mesures de prévention pour en sortir et montrer que la spirale du trafic expose à des représailles, des dettes. Nous appelons à la responsabilité collective. » Une responsabilité qui incombe aussi – et surtout – aux pouvoirs publics, les faits montrant que l’addiction se traite rarement par le seul levier coercitif, notamment lorsqu’elle est liée à des problématiques socio-économiques.

    DES PROCÈS MARQUANTS DANS LA RÉGION

    17 octobre 2025

    À Avignon, deux boss du Ponzo tombent

    Le tribunal correctionnel d’Avignon a condamné un des grands patrons du réseau du Ponzo au sud d’Avignon, Badr J., à dix ans d’emprisonnement pour association de malfaiteurs et trafic de stupéfiants. Qualifiée de « directrice territoriale » du point de deal, Anaïs E. écope de 7 ans ferme. Ce point de deal, dans le quartier Monclar, rayonnait sur tout le département du Vaucluse, générant violences et règlements de comptes.

    14 avril 2026

    DZ Mafia : 25 ans contre Gabriel Ory

    La cour d’assises spéciale des Bouches-du-Rhône jugeait six accusés, dont deux narcotrafiquants du haut du spectre présumés diriger la DZ Mafia. Elle a condamné Gabriel Ory à 25 ans de réclusion pour un double meurtre, en 2019, dans une chambre d’hôtel de Plan de Campagne. Elle a acquitté Amine Oualane, qui reste écroué dans le cadre d’autres dossiers. Gabriel Ory vient d’être mis en examen pour un projet d’évasion de la prison de Vendin-le-Vieil. D.C.

    14 mai 2026

    12 ans ferme contre le recruteur d’un ado tueur

    Hacène Larbi, alias « le H », 24 ans, est condamné à 12 ans de prison, à Paris, pour avoir recruté, depuis sa prison, un adolescent de 17 ans chargé de tuer une cible à Marseille. Lola D., 23 ans, qui avait acheminé une kalachnikov à l’adolescent tueur, est condamnée à cinq ans de prison. Surpris dans une impasse des quartiers nord par un passant qu’il a blessé à l’arme blanche, l’adolescent avait fui. Il doit être jugé, en juin, par le tribunal pour enfants.

    5 juin 2026

    Le clan Yoda condamné

    Félix Bingui, 35 ans, dit le chat, « chef incontestable » du clan Yoda, est condamné à 12 ans d’emprisonnement et 200 000 euros d’amende au terme de trois semaines de procès, à Marseille, aux côtés de 19 comparses, dont 4 ont été relaxés. Son bras droit, Mohamed Hussein Saleh, a écopé de 9 ans de prison. Toujours en fuite, Zine Eddine Belkaid, considéré comme le grand gérant des points de vente, a été condamné à 8 ans de prison. Dans la sanglante guerre territoriale, ce gang s’est effondré sous les assauts de la DZ Mafia.

    D.C.

  • Combattre vraiment le narcotrafic

    Combattre vraiment le narcotrafic

    Face au narcotrafic et à ses conséquences dramatiques, de nouveaux moyens policiers et judiciaires sont mis en œuvre. Ils produisent de premiers résultats. On l’a vu avec les procès retentissants de plusieurs responsables de la DZ mafia ou celui du chef du clan Yoda. On le constate aussi avec l’évolution des trafics qui, sous la pression, se réorganisent.

    Moins de points de deal au vu et au su de tous, plus de livraisons discrètes. Mais aussi de plus en plus de cocaïne qui, malgré les ravages qu’elle provoque, se « démocratise ».

    Cela dit quelque chose de notre société, massivement confrontée aux addictions aussi bien qu’au recours aux antidépresseurs. Comme si tout était bon pour la fuir tant elle est peu désirable.

    Simplisme

    Les pouvoirs publics rappellent régulièrement la responsabilité des acheteurs de drogues. « S’il n’y avait pas de consommateurs, il n’y aura pas de trafic », expliquent à l’unisson ministres, préfets et procureurs. Oui, c’est une évidence. Mais c’est aussi sans doute un peu court.

    S’il n’y avait pas de frontières-passoires, il n’y aurait pas autant de drogue à écouler sur le territoire. S’il n’y avait pas eu la suppression de la police de proximité, des quartiers entiers n’auraient pas été livrés aux dealers. S’il n’y avait pas de détresse psychologique, les clients seraient moins nombreux. S’il n’y avait pas tant de misère sociale, il n’y aurait pas autant de chair à canon pour les têtes de réseaux mafieux.

    Pour faire combattre vraiment le narcotrafic, ce sont sur tous ces leviers qu’il est nécessaire d’agir.

  • [Entretien] Laurence Blisson, Syndicat de la magistrature : « Un phénomène systémique entretenu par le manque de moyens »

    [Entretien] Laurence Blisson, Syndicat de la magistrature : « Un phénomène systémique entretenu par le manque de moyens »

    La Marseillaise : Dans l’affaire Lyhanna, le président de la République et le garde des Sceaux excluent tout manque de moyens. Est-ce entendable ?

    Laurence Blisson : Il y a une émotion évidente vis-à-vis de la famille. De manière générale, pour tout magistrat, voir se produire ce type d’acte, ce n’est jamais quelque chose d’anodin. L’idée, ce n’est pas d’empêcher une discussion. Mais entendre le président de la République soutenir qu’il ne peut pas y avoir de question de moyens, c’est sidérant par rapport à l’état médiocre des moyens judiciaires et policiers qui sont dédiés aux questions de protection de l’enfance. C’est méprisant pour tous les enquêteurs, les magistrats qui, au quotidien, passent leur temps à essayer de prioriser pour, justement, éviter ce type de situation. Les signalements répétés sur ce sujet témoignent de l’insuffisance structurelle et endémique des moyens que ce soit dans le champ de la prévention ou des enquêtes. Il y a un problème systémique de traitement des violences sexuelles, le syndicat le dénonce depuis plusieurs années.

    À Marseille, huit procureurs, deux attachés de justice et un assistant de justice sont dans le pôle « mineur famille » du parquet qui traite des affaires dans lesquelles les mineurs sont auteurs ou victimes ainsi que des procédures d’assistance éducative – donc de toute la protection de l’enfance –, des affaires de violences intrafamiliales, qu’elles soient sur le conjoint ou sur les enfants, etc. En 2025, le nombre de procédures traitées sur la seule partie des violences intrafamiliales est de 4 093. Cela équivaut donc à 511 procédures par procureur dans l’année et ce n’est vraiment qu’une infime partie de leurs contentieux. Prétendre qu’il n’y aurait pas de question de moyens c’est scandaleux du point de vue de la responsabilité que le pouvoir politique se donne.

    Gérald Darmanin presse les procureurs généraux de « reprendre l’intégralité des plaintes qui touchent les enfants », environ 70 000, avant le 14 juillet. Est-ce possible ?

    L.B. : C’est difficile de comprendre exactement ce dont il parle. S’agit-il de procédures qui seraient déjà enregistrées dans les tribunaux et pour lesquelles une réponse pénale ne serait pas encore donnée ou de procédures qui sont dans les commissariats ? L’activité pénale va s’arrêter pour faire cet état des lieux ? Et une fois que c’est fait, concrètement, il va se passer quoi ? Les procureurs priorisent quotidiennement ce type de situation, en se demandant quelle enquête doit aller le plus vite. S’il n’y a pas d’enquêteurs supplémentaires dans les brigades des mineurs, qu’est-ce qui va se passer pour ces 70 000 procédures ? Il y a une dimension de communication politique derrière tout ça. Cette enquête elle est en cours. La période de deuil des parents et des proches de cet enfant a à peine commencé. Dans cette précipitation à vouloir chercher le fautif, on oublie que le coupable, c’est la personne qui a tué cet enfant. Il y a une impasse de la pensée. C’est assez désespérant de voir une grande partie de la classe politique s’engouffrer dans cette voie. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut jamais réfléchir à ce qui peut dysfonctionner ou sur comment on peut faire les choses différemment. Mais je crois que là, il y a une ouverture vers toute une série de propositions démagogiques.

    Dans un communiqué, votre syndicat déplore la priorisation des « opérations de communication de type Place nette », au détriment du reste ?

    L.B. : En ce qui concerne le tribunal judiciaire de Marseille, il y a évidemment une focalisation importante sur la question du trafic de stupéfiants. Lorsque Gérald Darmanin dit « ma circulaire de janvier 2025 n’a pas été appliquée », il oublie de dire que dans ce document il y a deux lignes sur la priorisation sur les violences faites aux enfants et deux pages sur la lutte contre le narcotrafic. Le réel que vivent les magistrats et notamment ceux du parquet, c’est un empilement de circulaires qui empilent des priorités sur des priorités. Il y a peut-être un affichage d’un discours politique dans ce contexte-là, mais il n’y a pas de réel souci d’organiser les choses pour véritablement prendre en charge ce type de procédures. Dans la région, il y a énormément d’enquêtes. Les moyens policiers mis dans les brigades de protection de la famille, dans les brigades des mineurs sont insuffisants et, a fortiori, quand on est sur une telle priorisation presque obsessionnelle sur la question du trafic de stupéfiants. Les derniers débats à l’Assemblée nationale ont porté sur le rodéo urbain, sur toutes ces infractions de voie publique qui sont l’obsession politique habituelle. Donc aujourd’hui, chercher à faire porter sur la seule institution judiciaire et policière la responsabilité d’un phénomène systémique entretenu par ce manque de moyens, c’est vraiment malhonnête.

  • Une peine de 12 ans de prison pour Félix Bingui

    Une peine de 12 ans de prison pour Félix Bingui

    Ce sera finalement 12 ans d’emprisonnement pour le chef présumé du clan Yoda, Félix Bingui, Alésien de 35 ans, condamné ce vendredi 5 juin pour trafic de stupéfiants, association de malfaiteurs et blanchiment par le tribunal correctionnel de Marseille. Une peine assortie de 200 000 euros d’amende et de cinq ans d’interdiction de paraître dans les Bouches-du-Rhône. Son appartement de Dubaï est également saisi ainsi que 40 250 euros d’avoirs.

    Le ministère public avait requis 16 ans de prison avec maintien en détention et sûreté des deux tiers de la peine, une amende de 500 000 euros avec saisie de son bien immobilier dubaïote. « Le tribunal a fait le choix d’enlever la sûreté et de condamner M. Bingui à 12 années de prison, ce qui signifie que M. Bingui a un avenir pour lui », a réagi son avocat Maître Philippe Ohayon après que le délibéré a été prononcé en fin d’après-midi. La défense qui avait estimé le réquisitoire très politique, « sous pression gouvernementale » s’est félicité « que cette juridiction, il n’y avait aucune raison d’en douter, ait encore une fois démontré son indépendance ». Pour l’homme de loi, « c’est un bijou, d’avoir des juges indépendants, des pressions politiques, des pressions parfois du ministère public. Ils nous ont rappelé que, certes, la politique pénale fait partie intégrante d’une décision, mais qu’elle ne peut pas monopoliser l’ensemble du jugement. »

    Un prévenu

    qui n’a cessé de nier

    Et de marteler que lorsque Félix Bingui a été extradé du Maroc, le ministre de la Justice d’alors, Gérald Darmanin, s’était « permis de [le] qualifier d’un des plus gros trafiquants de drogue de France, ce qui aurait pu sévèrement écorner l’image de la justice ».

    Durant deux ans entre 2021 et 2023, les enquêteurs se sont attachés à démonter les rouages d’un trafic de stupéfiant « lucratif » alimentant la cité de la Paternelle (14e) au cœur duquel le point de deal de la Fontaine estampillé « la frappe à Yoda ».

    Ils ont tenté de déterminer les rôles précis de chacun entre collecte de l’argent, ravitaillement, go-fast, nourrice, prête-nom pour organiser la venue de Bingui à Marseille qui se sentait menacé. Les policiers évoquent aussi la guerre avec la DZ Mafia, source d’assassinats en nombre. Pas moins de 14 personnes tuées en 2022 à Marseille, 52 en 2023 détaillait le procureur de la République dans son réquisitoire. Autant d’éléments que « le Chat » comme les 19 autres prévenus de l’affaire, n’a cessé de nier au cours de trois semaines de procès.

    Celui désigné comme son bras droit, Mohamed H. dit « Pirate », absent à la lecture du délibéré, a écopé de 9 ans de prison et de 50 000 euros d’amende. Un soulagement pour son conseil, Maître Gaëtan Poitevin, au regard des 12 ans requis. « Sur l’échelle des valeurs, vous avez parfois des violeurs qui sont retenus sous contrôle judiciaire et en liberté. Nous, on a des dossiers de résine de cannabis où on a des peines d’emprisonnement au-dessus de 10 ans requises et prononcées. C’est plutôt un bon résultat pour M. H. parce qu’il sera aménageable rapidement », a-t-il commenté. Si son client a déserté le tribunal, désormais sous mandat d’arrêt, c’est qu’il a « eu peur de partir immédiatement en détention », assure l’avocat. Il ne veut « pas se soustraire à la justice » mais « avoir le temps de se préparer ».

    Pour le présumé numéro 3 de la bande, toujours en fuite, dit « Zino », 8 ans ont été prononcés avec une amende à 50 000 euros et 5 ans d’interdiction de paraître dans le département. Dix prévenus ont été relaxés sur tout ou partie de leurs chefs d’accusation, les autres peines s’étalant au total de 12 mois à 6 ans.

    « Avoir
    des juges indépendants, c’est un bijou. »

  • Un réquisitoire tout politique pour l’avocat de Félix Bingui

    Un réquisitoire tout politique pour l’avocat de Félix Bingui

    « Seize ans, c’est une peine d’assises qui est requise », a dénoncé Philippe Ohayon, avocat de Félix Bingui, dirigeant présumé du clan Yoda, en charge notamment du point de deal de la Paternelle selon les enquêteurs. Enquêteurs dont la défense n’a eu de cesse de mettre le travail en doute tout au long des plaidoiries de ce mercredi 3 juin, au tribunal correctionnel de Marseille. Car il n’a pas échappé aux avocats que les trois policiers en charge de la vidéosurveillance et des écoutes du dossier Bingui sont mis en examen dans le cadre de l’affaire Trident dont les dessous ont été révélés en octobre 2025 par Libération et Mediapart. Avec des « sonorisations illégales » rappelle maître Ohayon, « ils ont pris des risques déontologiques incroyables pour faire tomber un dénommé “Mimo”, [ce] qui a raté ».

    « La procédure est construite sur une pyramide à la gloire de Monsieur Bingui dont on se demande si elle n’est pas un hologramme, et dont tous les éléments ont pour but de le mettre en cause », poursuit l’avocat qui martèle : « Les constatations policières en matière délictuelle ne valent qu’information. » Pour lui, dans ce dossier basé sur une « quinzaine de déclarations éparses », issues de « centaines d’heures d’écoutes », il n’y a « rien de précis sur le trafic de stupéfiants. Même pas des éléments déductifs. Moins il y a de preuves, plus [Bingui] est coupable ».

    Un procès sous pression gouvernementale

    Il enchaîne : « Ce que nous savons c’est qu’il y a des parties de cartes, de barboute [jeu de dés, Ndlr] ou je ne sais pas quoi » dans un local attenant à une alimentation rue Thubaneau, « un sac plastique donné devant cette épicerie et c’est le trafic de drogue. C’est le sac plastique conspiratif… ».

    L’avocat déplore également que dans ses réquisitions « le ministère public ait si peu évoqué les débats » de ces trois semaines d’audience, comme s’il y avait « un mur de culpabilités, de certitudes, de convictions ». Il s’inquiète du contexte de « guerre » contre le narcotrafic, « une pression gouvernementale » qui pèse lourd dans la balance de la justice estime-t-il, « alors qu’à Marseille il y a de vrais sujets, que nous parlons plus en France de trafic que d’éducation, de progrès ». Il n’ose imaginer qu’il s’agit dans ce procès de « faire de la politique ».

    Puis de nuancer : « Nous ne sommes pas là pour faire passer Monsieur Bingui pour une victime, il y a 35 éléments à charge. » Abordant son train de vie, qui pour le procureur « ne correspond pas à une activité légale », Philippe Ohayon admet que « la non-justification de ressources » est « possible ». « Nous ne nions pas que ces dépenses soient liées à d’autres activités délictuelles, mais quel lien avec la Paternelle ? » interroge-t-il. Sur son patrimoine immobilier dont un appartement à Dubaï dont il serait propriétaire, « nous avons fait la demande. Les Émirats arabes unis n’ont toujours pas répondu », assure l’avocat.

    Philippe Ohayon en rajoute une louche sur la sévérité de la peine d’emprisonnement requise. « Seize ans pour trafic de cannabis est-ce bien sérieux ? Nous sommes dans l’inversion des valeurs » s’indigne-t-il, où « la tête de Félix Bingui sur une pique, c’est le sort qu’on réserve à tous les trafiquants de drogue, voilà le message de la justice ». Citant des vers d’Aragon, « rien n’est jamais acquis à l’homme. Ni sa force. Ni sa faiblesse, ni son cœur », il assène : « Félix Bingui a un avenir. » Reste à savoir lequel. Délibéré ce vendredi 5 juin.

  • Une peine de 16 ans de prison requise contre Félix Bingui

    Une peine de 16 ans de prison requise contre Félix Bingui

    Dans le box des prévenus en détention, il ne bouge pas d’un cil. À l’inverse des proches qui, dans le public, commentent d’un « ohhhhhh » les réquisitions à l’encontre du chef présumé du clan Yoda, Félix Bingui dit « le chat », ce lundi 1er juin. En cette fin d’après-midi caniculaire, l’heure n’est plus à la torpeur dans la salle d’audience de la 7e chambre correctionnelle de Marseille. Le procureur vient de requérir, à l’encontre de l’Alésien de 35 ans, 16 ans de prison avec maintien en détention et sûreté des deux tiers de la peine, et une grosse amende de 500 000 euros au regard du chiffre d’affaires estimé par les enquêteurs, de 3 000 à 6 000 euros par jour, soit de 3 à 4 millions par an sur les deux ans d’enquête.

    Le ministère public réclame aussi « la confiscation du bien immobilier identifié à Dubaï », d’une valeur de plus de 422 000 euros. Un appartement mis en location par le prévenu, assène-t-il, à raison d’un loyer de 150 000 dirhams annuels. Un peu plus de 35 000 euros au regard du cours actuel de la monnaie dubaïote. Le magistrat demande enfin une interdiction de paraître dans les Bouches-du-Rhône de 5 ans.

    En état de récidive, en détention provisoire depuis « un an, 4 mois et 12 jours », avec 13 mentions à son casier judiciaire, Félix Bingui « apparaît comme le dirigeant du réseau, a persévéré dans la délinquance malgré les sanctions prononcées, a du réseau à l’étranger, a usé de manœuvres pour déjouer sa libération conditionnelle et a effectué un trafic de véhicules depuis sa cellule », argumente le procureur.

    Pour son « bras droit », Mohamed H. dit « Pirate », identifié par les enquêteurs comme le numéro 2 du réseau, ce sera 12 ans requis, avec mandat de dépôt et peine de sûreté des deux tiers, 100 000 euros d’amende, une interdiction de paraître dans le département de 5 ans et la confiscation des produits de luxe saisis dans la procédure, estimés à plus de 20 000 euros.

    « Des éléments

    sans équivoque »

    Lui aussi en « état de récidive », sous contrôle judiciaire, il « dispose de réseaux pour prendre la fuite », estime le procureur, qui doute du « sérieux » de son projet de sortie avec un contrat « proposé par une société en cessation d’activité ».

    Vient ensuite Zine Eddine B. dit « Zino », le « grand gérant » des points de vente de Yoda, selon les policiers. Un prévenu sous mandat d’arrêt, rappelle le procureur, pour qui il réclame dix ans de prison avec une peine de sûreté des deux tiers et 100 000 euros d’amende, assorti d’une interdiction définitive du territoire français. Pour les 17 autres prévenus, les réquisitions vont de 15 mois d’emprisonnement avec sursis probatoire à 6 ans.

    « Si on les écoute, personne n’a rien fait, personne n’a vu un trafic de stupéfiants et ceux qui ont vu quelque chose minimise les faits », considérait au début de son propos le ministère public. Mais « la réalité, ce sont des quantités astronomiques de drogue qui touche la population marseillaise, qui génèrent des sommes astronomiques avec des profits blanchis (…) pour en profiter une fois la liberté retrouvée », posait-il. La « réalité, ce sont ces réseaux qui sont armés et se livrent à une lutte acharnée et mortelle. La réalité, c’est qu’Omar Benchiha et Nadir Amara ont été assassinés et tués dans ce qui s’apparente à un narchomicide », insistait-il, faisant référence au meurtre des deux membres des Yoda présumés le 3 mai 2023 à Salou en Espagne, conduisant à l’exil de certains membres du clan. Et de rappeler que 14 personnes ont été tuées en 2022 à Marseille, 52 en 2023. Les investigateurs « ont enquêté durant des mois pour remonter la chaîne hiérarchique », de quoi « révéler ceux à qui on rendait des comptes, “Fé”, “Pirate” et “Zino” », poursuit le procureur. Avec des éléments « sans équivoque » selon lui, issus des sonorisations des voitures et des chambres d’hôtel du Chat, où « on récupère des papiers, entendre de l’argent », où on évoque « 100 mètres de shit ».

    Les multiples déplacements de Bingui depuis le Maroc en passant par l’Espagne, son train de vie avec les vacances à Dubaï ou à Serre Chevalier alors qu’il est en incapacité de justifier ses ressources étant, pour le magistrat, comme autant de preuves de sa culpabilité. Sa défense et celle de ses 19 coprévenus ont désormais deux jours pour démontrer le contraire…

  • Bingui l’assure, le trafic de stup’, ce n’est pas sa came

    Bingui l’assure, le trafic de stup’, ce n’est pas sa came

    Les jours se suivent et se ressemblent à la barre de la 7e chambre correctionnelle de Marseille… Après l’audition du présumé numéro 2 du clan Yoda, c’était au tour de Félix Bingui, le chef « incontestable » d’un des plus gros réseaux marseillais de stupéfiants selon les enquêteurs qui l’ont suivi à la trace durant deux ans, de 2021 à 2023, de nier fermement ce vendredi 29 mai tout ce dont on l’accuse.

    L’Alésien de 35 ans, au casier judiciaire déjà fourni avec 13 mentions, en détention provisoire après avoir été interpellé au Maroc, est mis en examen pour trafic de stupéfiants, association de malfaiteurs et blanchiment lié au trafic de stupéfiant. Le tout en récidive. Il risque jusqu’à 20 ans de prison. Passé au grill des questions de la présidente, il argumente, pied à pied dans la chaleur étouffante du tribunal. Sur les 19 co-prévenus, il en connaît « 6 ou 7 », les côtoie « du quartier ». Loin d’être à la tête d’un réseau assure-t-il, quand la présidente cite des écoutes du dossier selon lesquelles il tient les points de deal de « la Paternelle », « la Cabu’ » et « les Micocouliers ».

    Quand les enquêteurs font le portrait d’un homme à poigne, à qui on rend des comptes, qui règle les conflits entre personnes si nécessaire, récolte le fruit de la vente de drogue, est impliqué dans la fourniture d’armes, il réfute encore. « Je n’ai jamais été quelqu’un de violent », martèle-t-il. Le trafic de stup’, ce n’est pas sa came. Tout ça ne serait que ragots trouvés sur les réseaux sociaux. Mieux, la Paternelle, il n’y a « jamais mis les pieds ». La guerre entre la DZ et Yoda pour s’approprier les points de deal marseillais, c’est de l’affabulation, « y a un Snap qui a fait je ne sais pas combien de vues sur Marseille… »

    De la chance aux jeux

    Quand la femme de son beau-frère, Omar B., l’accuse dans une conversation interceptée par les policiers, avec la femme d’Amir A., d’avoir donné le go pour l’assassinat de leurs compagnons le 3 mai 2023 à Salou en Espagne, il s’agace. « Elle est tarée », balance-t-il. Et ce n’est pas son beau-frère qui était visé, « il n’avait rien à voir » affirme-t-il. « Les échos que j’ai eus, c’est que c’était une troisième personne qui était avec eux qui les a quittés deux minutes avant », répond-il refusant de donner un nom.

    Lui s’est contenté de « toucher » parfois pour sa consommation « de la beuh plus que du shit. » Ces allers-retours entre le Maroc, l’Espagne et ses brefs séjours successifs à Marseille, dans des hôtels de luxe, qu’il ne réserve pas lui-même parce qu’il n’a « pas toujours de carte bleue », pas plus que les 19 voitures de location avec lesquelles il se déplace, c’est pour pointer, aller voir sa mère pas du tout parce qu’il se sent menacé. Tout de même, « quand on voit la pluralité de lignes de téléphone, de véhicules loués, cela donne le sentiment que vous ne voulez pas être tracé… », analyse la présidente du tribunal. « Cela n’a rien à voir avec tout ça », rétorque-t-il, « sinon je serai même pas venu à Marseille. Je ne me suis jamais caché. Je n’ai pas fui j’étais juste chez moi au Maroc, j’en avais marre de la France ».

    Ses revenus pour les voyages en Thaïlande, à Dubaï, les achats d’articles de luxe dont des montres, « des répliques » oppose-t-il, il les tire de son activité de locations de voitures menée depuis sa cellule, « je suis sorti de détention presque avec 70 000 euros » ose-t-il, de paris sportifs, à raison par exemple de 100 euros misés pour 19 000 euros gagnés d’un coup. Pas de la veine mais un savoir-faire : « C’est pas le loto non plus. » Il y a aussi les parties de poker qu’il organise dans un local attenant à l’alimentation de la rue Thubaneau (1er) dont, là non plus, il n’est pas propriétaire. De quoi faire ajouter au procureur une requalification de blanchiment simple et en bande organisée en fin d’audience…

  • Procès Bingui : n’est pas « Pirate » celui qu’on croit

    Procès Bingui : n’est pas « Pirate » celui qu’on croit

    Des « Pirates », « il y en a plusieurs à Marseille, moi j’en connais deux » a assuré ce jeudi 28 mai à la barre de la 7e chambre du tribunal correctionnel, Mohamed H., présumé bras droit de Félix Bingui, dans le cadre du procès du clan Yoda. Mis en examen pour trafic de stupéfiants, association de malfaiteurs, blanchiment, le tout en état de récidive, l’homme de 33 ans est soupçonné d’être le numéro 2 du réseau, se chargeant du ravitaillement en cannabis et assurant la logistique des visites du chef, Félix, dans la cité phocéenne, en louant pour lui des voitures ou en réservant de luxueuses chambres d’hôtel. Proche de Bingui, il l’est reconnaît-il, « depuis petit » car ils sont du même quartier. Un temps éloignés, ils se recroisent en 2020. Une amitié qui va jusqu’à créer une société fictive commune à Dubaï pour obtenir le statut de résident. C’est à peu près tout ce dont il conviendra.

    Pour le reste, après avoir été livreur 6 mois et perdu son permis, il se contente notamment de trafic de cigarettes, de jeux d’argent. Licites avec des paris sportifs rapportant jusqu’à 70 000 euros ou moins légaux, avec un jeu de dés, la « barboute » auquel il est « très chanceux » ose-t-il. Il s’y livre dans l’arrière-boutique de l’alimentation de la rue Thubaneau dont il était le gérant et où pouvait être conditionnée la drogue selon les policiers.

    Un « bon ami »

    Pour justifier ses déplacements la nuit, « avec de nombreux arrêts rapides » aux quatre coins de Marseille, il évoque sa consommation de cannabis : « Je m’arrêtais pour rouler des joints. » Les convois jusqu’à Avignon ? Des « balades à moto » et le mariage d’amis dont son avocat produira l’acte en cours d’audience. S’il a pu louer jusqu’à dix voitures « en peu de temps » s’étonne la présidente, c’est parce qu’il les sous louait « au black » à Bingui comme à « tout le monde ». En revanche, il se faisait conduire à peu de frais à Paris, Barcelone, en Algérie par des amis « serviables » ironise la présidente qui s’étonne de ces « sauts de puce ». Mohamed H. assume : il aime « se faire plaisir » et apprécie les femmes.

    Il change tous les mois de puce de téléphone et donc de numéros, « ce n’est pas pratique » commente la présidente, parce que « ça coûte moins cher ». Les vêtements, parfums, baskets et sacs de luxe saisis à son domicile, les cinq boîtes de montres Rolex, estimées de 16 000 à 21 000 euros retrouvées chez ses parents, c’était « des produits que j’allais revendre » assure-t-il. La note manuscrite, retrouvée dans la poche de son blouson, une liste de sommes et de surnoms, dont celui d’un homme condamné pour trafic de drogue il y a une dizaine de jours rappelle un assesseur, elle n’est pas à lui. Enfin il réfute avoir demandé à Mahrez K. d’endosser la responsabilité d’un accident de voiture mortel à Dubaï, qui a conduit ce dernier en prison. Il s’est juste senti « obligé de l’aider » en « bon ami ».

  • Erilia et le préfet ratent leurs expulsions « pour l’exemple »

    Erilia et le préfet ratent leurs expulsions « pour l’exemple »

    Les juges ont débouté le bailleur social qui voulait « faire un exemple » (notre édition du 9 mars 2026) en expulsant deux familles de la cité La Castellane (15e) sur le fondement de la loi Narcotrafic de juin 2025. Entendant les arguments de Me Marilou Poisot et Me Sofien Dridi, le tribunal a estimé que la condamnation pour trafic de stupéfiants de ces deux enfants majeurs, qui par ailleurs n’habitent plus la cité, ne suffisait pas car la « proximité suffisante » des faits troublant la jouissance d’autrui avec le logement n’étant pas démontré par Erilia. Les juges se sont appuyés sur une réserve d’interprétation du Conseil constitutionnel.

    Un fils majeur avait été condamné comme « ravitailleur » d’un réseau. Il avait été interpellé quittant la cité en voiture avec un sac contenant 1,2 kg de résine et 632 gr de coke. « Pour autant, dit le jugement, la commission de ces infractions ne saurait à elle seule, suffire à établir la réalité des manquements graves à l’obligation contractuelle du locataire d’user paisiblement du bien donné à bail. » Le bailleur doit établir que les faits ont été commis dans le même ensemble immobilier à une proximité suffisante du logement dont il est demandé l’expulsion de la famille.

    S’agissant de l’autre famille, si l’enfant majeur a été condamné à trois reprises pour trafic de stupéfiants : la première se rapporte à des faits commis cité Consolat à 3 km de là. Pour la seconde, le majeur se trouvait place des Bartavelles à 400m de logement sans que soit précisé où était le point de deal. S’agissant de la 3e condamnation pour des faits de trafic dans La Castellane, Erilia n’apporte pas davantage de précision sur la distance entre le lieu de commission des faits et le logement de la famille.

  • [Procès Félix Bingui] Mohamed H. , un « Pirate » qui la joue profil bas

    [Procès Félix Bingui] Mohamed H. , un « Pirate » qui la joue profil bas

    Casier, parcours professionnel, personnel… À la barre de la 7e chambre du tribunal correctionnel de Marseille, ce mardi 19 mai, deuxième jour de procès du clan Yoda, les co-prévenus défilent, sous le feu des questions de la présidente qui tente d’en savoir plus sur leur profil. Après Félix Bingui, présenté par les enquêteurs comme le chef de la bande la veille, et qui a consciencieusement nié en bloc toute implication dans le narcotrafic, est venu le tour de Mohamed H., dit le « Pirate » présumé bras droit du « Chat », qui aurait été en charge du ravitaillement en cannabis du réseau.

    Il fait plus que profil bas, rendant ses réponses inaudibles malgré les demandes réitérées de la présidente de hausser le ton et de parler dans le micro. À 33 ans, mis en examen pour trafic de stupéfiants, association de malfaiteurs et blanchiment d’un délit de trafic de stupéfiant, il comptabilise neuf mentions à un casier judiciaire démarré en 2012, avant de passer en cours d’assises trois ans plus tard. Aujourd’hui au RSA, papa d’un petit de 3 ans qu’il n’a pu reconnaître, il tente de justifier ses allers-retours en Algérie, à Dubaï, en Thaïlande durant le temps de l’enquête, menée de 2021 à 2023.

    Un discours

    de circonstance ?

    S’il a traversé la Méditerranée, c’est en raison de sa séparation avec sa compagne et pour suivre une formation « sur la promotion immobilière. » Mais « cela n’existe pas en France ? Vous vivez de quoi à Oran ? », questionne la présidente, qui s’inquiète de savoir comment il se logeait sur place. « J’avais peu de moyens, mais des économies et puis aussi [le gain de] paris sportifs », lui lance-t-il. De quoi financer aussi des séjours au ski. « Il y a beaucoup de gens qui ont des économies monsieur dans ce dossier, vous avez les justificatifs de ces gains ? » rétorque la présidente, face à un prévenu bien en peine de lui répondre.

    Dubaï, où il a pourtant le titre de résident confirme-t-il, c’était au départ pour un mois de vacances. Avant de trouver un emploi de serveur par le biais d’un ami. Où alors c’est pour y faire des escales, dans le cadre de vacances en Thaïlande. Mais il en est revenu après avoir « réfléchi 6 mois », déplorant le niveau du loyer.

    Confus, dans un chuchotement, il évoque la gestion de magasins, la vente de cigarettes, des activités de taxi, dit miser sur son BEP carrosserie obtenu à l’âge de 18 ans, qu’il n’a pas terminé faute de stage pratique pour l’avenir.

    « En France, je souhaite assumer pleinement mon rôle de père », balance-t-il devant une présidente dubitative. Ses demandes de levée des obligations de contrôle judiciaire, refusées, et de pouvoir retourner dans les Bouches-du-Rhône, c’est pour « mon fils », insiste-t-il. « Ce n’est pas de circonstance ce discours-là ? Cela a beaucoup évolué dans le temps », constate-la présidente. Sur son parcours judiciaire, il se dit influencé. « J’étais mineur, j’ai eu de mauvaises fréquentations, mais j’ai essayé de trouver du travail », avance-t-il.

    Quand le procureur lui demande des précisions sur son rôle éventuel dans une affaire en date de 2010, dans laquelle Félix Bingui a été désigné notamment comme numéro 2 de la bande des Carmes, il réfute avoir été ravitailleur, assurant que ce dernier était son ami du point de vente. Son avocat, Gaëtan Poitevin, en rajoute une couche : « On essaie de vous associer à ce dossier où cette affaire ne serait que la continuité de la bande des Carmes et un trafic généralisé. »

    Et d’insister sur la bonne volonté de son client qui, après une consommation de cannabis importante, ne fume plus. Il faudra attendre les débats sur le fond de l’affaire, prévus pour la fin de semaine prochaine le concernant, pour rentrer dans le vif du sujet…