Tag: Trafic de stupéfiants

  • [Tribune] Lutter contre le trafic de drogue impose des ruptures politiques

    [Tribune] Lutter contre le trafic de drogue impose des ruptures politiques

    Les violences, assassinats et overdoses liés au narcotrafic ne sont pas des faits divers mais le produit d’un capitalisme mafieux qui prospère sur la misère sociale, la dérégulation financière et l’abandon des quartiers populaires. Il détruit des vies, gangrène les institutions et mine la cohésion sociale. Le combattre ne relève pas de l’affichage sécuritaire, mais de ruptures politiques profondes.

    Le trafic de drogue se développe là où l’État et les services publics reculent, où les politiques d’austérité fabriquent précarité et désespoir. Pointer du doigt une jeunesse prétendument attirée par « l’argent facile » est une hypocrisie commode. Ce sont les inégalités sociales, l’isolement, l’absence de perspectives et la faillite des politiques de protection qui livrent les jeunes les plus fragiles aux réseaux criminels, lesquels exploitent leurs vulnérabilités pour accroître leur emprise.

    Dénoncer la consommation festive des bobos permet d’éviter de parler des addictions liées à la précarité, à la souffrance psychique et aux conditions de travail dégradées. Quant à la surenchère répressive, elle est un échec patent : malgré des lois parmi les plus dures d’Europe, la consommation de drogues reste élevée. Refuser d’ouvrir le débat sur la dépénalisation/légalisation est une erreur politique. Ce débat doit intégrer la prévention, la réduction des risques et des modèles qui rompent avec la logique purement capitaliste.

    Les politiques de la ville, combinant dispositifs dérogatoires, austérité budgétaire et absence de concertation, ont failli. Le discours dominant, relayé par une partie de la classe politique et des médias, criminalise les jeunes des quartiers populaires et justifie leur relégation. Cette stigmatisation alimente la colère, le sentiment d’abandon et, in fine, le terreau du narcotrafic.

    Rompre avec cette logique impose un investissement massif et assumé dans les services publics et les conditions matérielles de l’émancipation. Cela implique le désenclavement réel des quartiers populaires, des transports accessibles et gratuits pour les jeunes et les plus précaires, une politique ambitieuse de logements sociaux répartis sur l’ensemble du territoire et une régulation ferme du marché immobilier.

    La question de l’école est centrale. Le tri social, l’assignation des jeunes des classes populaires à des trajectoires subalternes marque le renoncement à toute ambition émancipatrice. Cette relégation sociale et géographique est aggravée par les réformes récentes, notamment celle de l’enseignement professionnel. Il faut plus et mieux d’école et donc investir massivement dans l’éducation, réduire les effectifs par classe, former et recruter les personnels, garantir l’accès de tous aux formations choisies. L’accès à la culture, au sport et aux loisirs n’est pas un supplément d’âme, mais une condition de l’émancipation.

    Les politiques sociales et de protection de l’enfance sont sinistrées. La saturation des dispositifs, le manque de moyens et la défaillance des collectivités livrent des enfants et des adolescents aux réseaux criminels et prostitutionnels. Vouloir donner encore plus de compétences sociales aux conseils départementaux déjà incapables de les assumer est une hérésie. Renforcer la protection judiciaire de la jeunesse, les services sociaux et la santé de proximité, donner les moyens aux associations de quartier et d’éducation populaire est une urgence absolue. La prise en charge des addictions doit être développée notamment à travers des dispositifs de réduction des risques dont l’efficacité est démontrée.

    Tant que des jeunes seront contrôlés au faciès, discriminés à l’embauche et assignés à résidence sociale, les discours sécuritaires resteront vides. Il faut donc combattre toutes les discriminations qui frappent les classes populaires.

    Les opérations de communication et de chasse aux petites mains occultent le cœur du problème qui est financier et politique : blanchiment d’argent, corruption, complaisances économiques et diplomatiques. S’attaquer réellement aux réseaux impose de renforcer massivement les moyens de la justice, de la police et des douanes, de rétablir une police de proximité digne de ce nom, et de rompre avec toute tolérance à l’égard des paradis fiscaux et des États complices.

    La lutte contre le trafic de drogue est indissociable d’un combat pour la justice sociale, l’égalité réelle, la dignité et l’émancipation.

  • La préfète de police lance des assises de la prévention

    La préfète de police lance des assises de la prévention

    « La lutte contre les stupéfiants ne fonctionne que si on a deux jambes, le répressif et la prévention » pose la préfète de police déléguée, Corinne Simon, à la veille du lancement d’assises sur le sujet. « Il se passe plein de choses mais chacun fait ça dans son silo », poursuit-elle. L’idée : « mettre en place un plan départemental de lutte contre l’entrée des jeunes dans la délinquance et le trafic de stupéfiants » en favorisant « l’échange d’informations avec les acteurs qui se trouvent autour de l’enfant, pour anticiper et agir ».

    « On a besoin d’avoir des signaux faibles » détaille la préfète, « un jeune qui a un taux d’absentéisme à l’école, ne va plus à son club de sport, change de copains, en rupture avec ses parents… Tout ça mis bout à bout, ce sont des alertes ». Pas de « grand raout » mais du « pratico-pratique », promet-elle avec une première réunion pour faire « un état des lieux ». Les objectifs seront définis « ensemble ».

    Autour de la table ce vendredi 6 février, 25 coordinateurs des CLSPD (Conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance), obligatoire pour toutes les villes de plus de 5 000 habitants, soit 51 dans le département, des représentants de l’Éducation nationale, de la PJJ, de la Mildeca (Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives), les trois procureurs de la zone, le responsable du centre loisirs jeunes de la police nationale 13 (CLJ), des délégués du préfet pour la politique de la Ville. Dans le cadre d’un appel à projets de la Mildeca, « Limits », deux communes des Bouches-du-Rhône sur les 30 retenues en France, viendront aussi partager leur expérience. Pas d’élus pour cause de municipales, ni d’associations, en période de subventions.

    Une cellule d’appui

    Quand on objecte que ces assises arrivent bien tard, au regard des appels à l’aide des acteurs de terrain, la réponse tombe. « On n’a pas attendu pour faire des actions » balance Jean-Christophe Roux, chef du bureau de la prévention de la délinquance, à la manœuvre avec Pierre Gilardeau, directeur de cabinet adjoint de la préfète. « Chaque année, au Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation, je présente ce que l’on fait avec le CLJ. On est passé de modules de lutte contre l’addiction à un module basé sur la notion de dette [qui fait que] le jeune ne peut plus sortir du réseau, basé aussi sur l’expérience des jeunes ciblés sur des collèges », précise-t-il.

    En « lien avec la Mildeca », précise Pierre Gilardeau, la préfète et son équipe réfléchissent aussi à la création d’une cellule administrative départementale « qui pourrait apporter un appui au travail fait par les communes qui a peut-être ses limites » explique Jean-Christophe Roux, à l’image de la Cepraf, cellule de prévention de la radicalisation et d’accompagnement des familles. Prochaine étape avec une seconde réunion à l’été.

  • [Grand entretien] Amine Kessaci : « Faire de Marseille, la vitrine de la lutte anti-narcotrafic »

    [Grand entretien] Amine Kessaci : « Faire de Marseille, la vitrine de la lutte anti-narcotrafic »

    La Marseillaise : Votre déclaration de candidature intervient après l’onde de choc créé par l’assassinat de votre frère Mehdi, le deuxième après Brahim, est-ce que cette décision a été longue à prendre ?

    Amine Kessaci : D’abord je suis un militant politique de longue date, depuis 2019. J’ai fait partie des jeunes avec le Printemps marseillais en 2020. J’ai fondé une association, Conscience. J’ai été candidat en 2024, aux européennes, puis aux législatives avec le Nouveau front populaire. Cet engagement ne sort pas de nulle part. Il y a une construction derrière, un engagement dans une famille politique, celle de la gauche, que je porte depuis un moment. Tout cela avant le 13 novembre. Il s’est passé ce que vous savez. Quelque chose qui m’a meurtri, qui m’a endeuillé une deuxième fois. Je ne veux pas me lamenter mais ça a rappelé la barbarie dont font preuve les narcotrafiquants. Je me suis levé à cette marche blanche avec une seule chose en tête : je ne me tairai pas. J’ai répété plusieurs fois « debout ! debout ! » Je ne peux pas me permettre après ça de rester assis. Il y a un enjeu à agir contre le narcotrafic concrètement, je suis fier et heureux que ma parole ait été entendue sur le fond. Jusque dans le programme. La décision d’être candidat n’a pas été simple. Je pensais d’un côté « je suis fatigué, je suis épuisé, je suis endeuillé » et puis j’ai vu les sondages, la campagne menée, j’ai consulté beaucoup d’acteurs de terrain. Et puis je me suis dit que je ne me voyais pas rester en retrait. Pour moi c’était évident.

    Pourquoi était-ce évident avec Benoît Payan ? Plusieurs de ses adversaires l’accusent de récupération ou d’instrumentalisation.

    A.K. : À ces personnes je dis : « attention vous êtes en train de m’insulter ». J’ai un cerveau, j’ai fait des études, je viens de publier un ouvrage. Je suis engagé depuis longtemps. J’ai une relation particulière avec le maire de Marseille, qui dépasse la politique. À ceux-là je dis : « merci de ne pas insulter l’intelligence de la jeunesse ». Bien sûr que beaucoup m’ont parlé, m’ont fait des propositions… comme si la lutte contre le narcotrafic était devenue « tendance ». Moi je porte une réponse globale, je pense qu’il faut s’unir sur cette question.

    Vous avez parlé d’une association des Villes contre le narcotrafic. En quoi, concrètement, cela consisterait ? Avez-vous déjà des réponses positives émanant d’autres villes que Marseille ?

    A.K. : Bien sûr. Et de tous bords politiques. J’ai porté la semaine dernière au Parlement européen, une résolution sur la réponse de l’Europe au narcotrafic. Elle a été signée par François-Xavier Bellamy qui est LR pour le groupe Parti populaire européen, Nora Mebarek, PS, pour le groupe des sociaux-démocrates, Grégory Allione, pour Renew-Renaissance, Marina Mesure pour LFI-The Left et je l’ai colporté avec Marie Toussaint pour les écolos. Ça montre bien que j’ai réussi à rassembler largement. Moi, c’est ce champ-là que je vois pour l’association des maires contre le narcotrafic. J’ai été candidat face au Front national dans les 13e et 14e arrondissements de Marseille lors des dernières législatives. J’ai été battu de très peu, à moins de 15 voix par bureau de vote. Donc oui, mon combat contre l’extrême droite est clair et elle n’a rien à faire dans ce projet. Concrètement à quoi servira cette association ? D’abord il ne faut pas mentir aux gens : on ne peut pas demander à des mairies de mener seules le combat contre la drogue. C’est un sujet national qui nécessite une réponse de l’État. L’Europe aussi doit jouer son rôle. Ce que je propose c’est une réponse coordonnée des maires sur l’enjeu du narcotrafic. Par exemple, comment on accompagne les jeunes vers l’emploi, comment on accompagne les familles après – malheureusement – un décès… Que fait-on de tous ces jeunes qui veulent sortir des réseaux ? Dans cette association nationale des maires, on va créer du lien pour permettre à un maire d’une petite commune du Rhône, d’interpeller celui de Bordeaux qui va lui confier un jeune qui veut sortir du trafic. Ce sera un moyen de créer des ponts, des liens, pour extraire les jeunes et les dépayser comme on dit. On souhaite systématiser des dispositifs, travailler au statut de repenti, comme en Italie. Je pense qu’on a beaucoup à reprendre des dispositifs italiens contre le crime organisé. Ils sont très en avance. J’ai eu l’occasion d’échanger à ce sujet avec Leoluca Orlando, ancien maire de Palerme ou l’écrivain et journaliste Roberto Saviano. Nous allons dans un premier temps structurer une association des maires à l’échelle nationale et mon souhait c’est qu’elle grandisse à l’échelle européenne en allant voir les Italiens, les Espagnols, les Belges… La DZ a des liens en Belgique, sème la terreur dans les rues de Bruxelles. On a besoin de cette réponse européenne.

    À l’intérieur de cette association, quel serait votre rôle ? Serez-vous le représentant de Marseille ?

    A.K. : Je n’ai pas cette ambition. Ce sera une association de maires, pour Marseille, c’est une évidence, ce sera notre maire qui nous représentera. Mon rôle, c’est de l’impulser, de la lancer, je présiderai le comité d’organisation pour mener à bien cette initiative.

    On vous connaissait homme de terrain, vous nous recevez dans un sous-sol, protégé par sept policiers. Comment allez-vous mener campagne ? Dans ces conditions aller à la rencontre des Marseillais ?

    A.K. : C’est plus compliqué qu’avant. Ça rappelle les conditions de création de La Marseillaise. C’est une forme de résistance. Depuis 2023, je n’ai raté aucune réunion d’association, de CIQ de mon secteur. J’ai sillonné tout le 13-14, on m’a vu à Château-Gombert, à Saint-Jérôme, aux Oliviers, à Frais-Vallon… Aujourd’hui, je veux dire merci à ces femmes et ces hommes qui assure ma protection, c’est important de le dire. Je ne suis pas dans une optique de vengeance ou de provocation. Je ne vais pas aller en plein deal à la Castellane et dire « venez on va se mettre en danger ». J’irai là où c’est possible, avec leur aval. L’idée est aussi de faire venir les gens à moi. J’échange beaucoup avec les responsables associatifs par téléphone, les mêmes que j’ai consulté avant de prendre ma décision sur ma candidature : des bénévoles de Conscience, des mamans de victimes, non pas pour leur demander leur aval mais leur avis sur cette forme d’engagement. J’ai été ravi des réponses que j’ai reçues. Depuis le 13 novembre, plusieurs autres jeunes ont été retrouvés morts, calcinés. La barbarie est arrivée à son paroxysme. Il y a toujours des menaces qui pèsent sur moi et j’en tiens compte mais… De quoi voulez-vous que j’aie peur ? On vient de m’arracher Mehdi, 20 ans, mort pour rien, parce qu’il était mon petit frère, on a brûlé mon grand frère Brahim quand j’avais 17 ans. Sérieusement de quoi je devrais avoir peur ?

    On vous a senti sonné lors de la marche blanche en hommage à Mehdi. Rétrospectivement comment qualifieriez-vous la réaction des Marseillais qui étaient là ?

    A.K. : De digne. Tout le monde était debout non pas pour crier, pleurer, s’apitoyer, mais pour dire : « Amine, tiens debout, on tient debout ». Pour moi, tout était flou, trouble, je me rappelle d’avoir vu ma mère, Benoît Payan, des responsables institutionnels. En revoyant les images, ces femmes, ces hommes, ces personnes âgées qui étaient là, debout, ça m’a beaucoup touché. Voir qu’il y avait des marches dans beaucoup d’autres villes de France, c’était pour moi une vague de lumière. Je voyais tout flou, tout sombre, ça m’a redonné de l’espoir.

    Qu’est-ce que ça dit de Marseille selon vous ?

    A.K. : Marseille, dans son histoire, a toujours qu’elle savait renaître de ses cendres, tenir debout face à l’impossible, aux dangers… C’est une ville qui fait naître l’espoir.

    Votre candidature n’est pas qu’un témoignage, elle s’accompagne de propositions. Quelles sont-elles concrètement ?

    A.K. : Sur les 10 mesures que nous portons contre le narcotrafic, 5 sont les miennes. Beaucoup disent de moi que je suis le Roberto Saviano français. Non, pas du tout. Moi je suis Amine Kessaci, je suis le frère de Brahim, de Mehdi, je suis responsable politique. Je viens pour apporter mes idées, au-delà des quotas et des questions partisanes. Je ne suis pas un commentateur, pas quelqu’un qui s’en tient à interpeller l’opinion dans la presse. Je l’ai toujours dit : en politique si l’on fait pour nous, sans nous, on fait contre nous. On va travailler de façon collective au sein du Printemps marseillais pour créer un dispositif d’accompagnement de familles des victimes en signant la charte du relogement. Qu’est-ce que ça dit de notre pays quand on vient retirer un logement à une maman parce que son fils est délinquant ou qu’il est tombé dans la drogue ? C’est terrible pour notre humanité, notre solidarité. Quand la République n’a pas été capable de protéger ses enfants, on va venir punir les mères ? Dans le livre que j’ai publié en septembre*, j’ai écrit une lettre à mon frère Brahim que j’ai intitulé « punir les mères pour tenir les fils ». Ça ne marche pas ! Il faut que les mamans puissent faire leur deuil, loin de là où leur enfant a été assassiné. On va me dire que les bailleurs sociaux le font déjà, si c’est le cas, alors actons-le, systématisons-le. Il faut que les bailleurs signent cette charte. On va s’y engager. De même, on s’engage avec le Printemps marseillais à doubler le nombre de policiers municipaux, avec 800 recrutements. C’est une manière de renouer avec la police de proximité que Nicolas Sarkozy a détruite. On va ouvrir dans chaque arrondissement, un commissariat de police municipale. On va se battre pour un nouveau contrat de sécurité avec l’État pour avoir plus de policiers nationaux. On va demander le retour d’une préfecture de police de plein exercice. Il y a besoin de moyens, de caméras de vidéosurveillance. Il faudra aussi faire un plaidoyer sur les moyens que la justice doit avoir. Mais j’insiste : la réponse face au narcotrafic n’est pas que sécuritaire.

    Quelles autres mesures estimez-vous nécessaire ?

    A.K. : La préoccupation en tête de la feuille de route du prochain mandat pour moi, c’est le logement. Il faut redonner de la dignité dans les quartiers populaires. Il ne fait plus de bennes à ordures que l’on traîne. On sait à quoi elles servent : à faire des barrages aux dealers. Il faut emmener l’écologie dans les quartiers en installant des poubelles fixes de tri que les dealers ne pourront plus bouger. S’ils utilisent d’autres choses pour faire des barrages, il faudra aller les arrêter. La République n’a pas à fournir le matériel aux trafiquants pour empêcher les gens de vivre. Les transports, les écoles sont des sujets fondamentaux. Nelson Mandela disait que l’éducation est l’arme la plus puissante pour changer le monde. Il faut poursuivre le plan écoles, continuer cette ambition de donner le meilleur à chaque petit marseillais et petite marseillaise. Pendant un temps, je me suis trompé. Ça arrive. Je disais qu’il fallait permettre à chaque jeune de Marseille issu des quartiers, d’aller au lycée Thiers, pour avoir le meilleur niveau d’instruction. Mais en fait, il faut que tous les lycées de Marseille deviennent des lycées Thiers. On va créer les mêmes conventions avec Sciences Po. dans les différents établissements de la ville.

    Enfin, on va se positionner sur la question de la saisie des biens liés au narcotrafic. Il existe une réglementation qui permet aux collectivités de le faire. Nous le ferons. C’est cette approche globale qui permettra de faire de Marseille, la vitrine de la lutte anti-narcotrafic. On va y arriver avec de la sécurité mais aussi des stylos, des livres, des fêtes de quartiers l’été, des occupations de terrain, des jardins comme celui de la Busserine.

    Que diriez-vous à des jeunes de votre âge qui se disent « il a beaucoup de courage mais moi je ne peux rien faire » ?

    A.K. : Pas possible ! Je le dis : le simple fait de lire La Marseillaise, c’est un acte politique et d’engagement. Le fait de s’intéresser à l’actualité, de débattre sur les réseaux sociaux, ce n’est pas rien. Pour moi, la jeunesse est très politisée. Mais, c’est vrai elle n’est pas intéressée par les logiques partisanes. Ça tombe bien : le Printemps marseillais n’est pas un parti politique, c’est un espace d’engagement créé autour des partis politiques. Lors des dernières législatives qui a pris d’assaut les sièges des partis politiques pendant le Nouveau front populaire ? Qui a manifesté pour la Palestine toutes les semaines ? Les jeunes ! Il faut qu’ils s’inscrivent sur les listes électorales, c’est encore possible jusqu’au 4 février sur internet et jusqu’au 6, physiquement. Ils doivent se mobiliser les 15 et 22 mars, ils peuvent venir militer, s’impliquer. Il n’y a pas de fatalité. Rien n’est impossible, c’est à eux de décider.

    Le RN se présente comme la force qui apporte une solution à l’insécurité, au narcotrafic. Ses représentants se sont faufilés jusque dans la marche blanche en hommage à votre frère et vous, vous continuez à le combattre frontalement. Pour quelle raison ?

    A.K. : Moi, mon ennemi c’est le narcotrafic mais une chose est sûre, elle a été dite par Christiane Taubira : « pour être un parti républicain, il ne suffit pas de se présenter aux élections ». C’est ça que je pense du Rassemblement national.

  • Le narcotrafic au cœur des municipales : à Port-de-Bouc, des résultats « à force d’abnégation »

    Le narcotrafic au cœur des municipales : à Port-de-Bouc, des résultats « à force d’abnégation »

    Son opiniâtreté lui a valu des menaces de mort et des émeutes, en mars 2023. Depuis le début de son mandat, Laurent Belsola (PCF) n’a « jamais cessé de frapper aux portes des différents ministères de l’Intérieur pour lutter contre le fléau du narcotrafic », rappelait-il, le 22 janvier, lors d’un atelier de campagne.

    À Port-de-Bouc, certains quartiers, comme les Comtes ou les Amarantes, sont touchés par cette problématique. « C’est un enfer pour la population. Les parents n’osent plus se balader avec leurs enfants, les soignants ne peuvent pas entrer dans les bâtiments… concède le maire. Ça brûle tout. » Mais la régularité des opérations menées par les forces de l’ordre ont eu raison de nombreux points de deal. « On en avait six en 2020, il n’y en a plus qu’un qui disparaît puis réapparaît de temps en temps », révèle-t-il.

    Des résultats obtenus « à force d’abnégation ». L’édile, candidat à sa succession, avait d’abord demandé la réouverture du commissariat de police nationale puis l’adhésion au dispositif de Quartier de reconquête républicaine pour avoir des renforts, en vain. « On a obtenu que les forces de police soient présentes de manière pérenne, grâce à l’aide de CRS et de compagnies départementales. Les résultats sont là. Quand le travail de longue haleine est fait, ça paye. Mais il ne faut rien lâcher, ça reste fragile. »

    Désormais, Laurent Belsola demande la création d’un commissariat mixte pour avoir, sous un même toit, les services de police municipale et de police nationale. « Il ne manque que l’accord du ministère de l’Intérieur, confie-t-il. On a les locaux, qu’on veut réhabiliter. »

    « Il faut des moyens et il faut travailler sur du long terme, assène le maire. Au niveau régalien, on est preneur de n’importe quel dispositif. Au niveau de la Ville, on met le paquet sur la prévention. On a nos centres sociaux, nos écoles, le théâtre, la médiathèque, des commerces, la présence d’employés municipaux… On est dans nos quartiers. On a créé une Régie pour sortir les jeunes en difficulté avec le monde du travail, pour les accompagner dans la réinsertion avec des missions en bas de chez eux. La sécurité, c’est un tout. La police et la prévention font partie de ce tout. »

  • Drogue : pour Macron, la répression en totem

    Drogue : pour Macron, la répression en totem

    Mettre un fléau systémique sur le dos des individus. C’est du libéralisme pur sucre. Et sans surprise, c’est l’essentiel du message du président de la République délivrée mardi à Marseille pour répondre au narcotrafic. En opposant les habitants des quartiers qui subissent de plein fouet la guerre de la drogue et ceux qui achètent ces produits, sous-entendus les « petits-bourgeois » des beaux quartiers, Emmanuel Macron ne fait pas avancer d’un iota le débat. Croit-il sérieusement que le passage de 200 à 500 euros de l’amende pour consommation va stopper l’usage de la drogue ? C’est faire fi de la dimension addictive et du problème de santé publique liée à la consommation de stupéfiants en France. Elle touche toutes les catégories sociales. Les trafiquants le savent.

    Marché de la mort

    Certes le président de la République a aussi parlé démantèlement des réseaux, de têtes aux manettes de ce marché de la mort à faire tomber. Mais les mots doivent être suivis d’actes courageux, concrets. L’État va-t-il prendre langue avec les dirigeants des pays producteurs à l’instar du Maroc ? Va-t-il enfin doter le port de Marseille de détecteurs efficaces pour ausculter les containers ? Va-t-il, cet État si répressif, donner tous les moyens à la justice – autre que des places de prison – pour lutter contre la corruption, mener des enquêtes, remonter les réseaux ? Va-t-il rétablir la police judiciaire démantelée ? Va-t-il protéger ceux qui osent parler, dénoncer ? La réponse à la pieuvre doit être multiforme et ne peut se payer de formules. L’État doit y mettre tous les moyens.

  • « Taper au portefeuille ceux qui consomment » : Emmanuel Macron veut augmenter l’amende de 200 à 500 €

    « Taper au portefeuille ceux qui consomment » : Emmanuel Macron veut augmenter l’amende de 200 à 500 €

    Défendre le bilan du plan Marseille en grand. C’était l’objectif de la venue d’Emmanuel Macron, ce mardi 16 décembre, dans la cité phocéenne. Mais un mois après l’assassinat de Mehdi Kessaci, la lutte contre le narcotrafic était au centre des préoccupations.

    Alors que des annonces d’ampleur étaient attendues, ce sont les consommateurs de drogue que le chef de l’État a, pour l’heure, choisi de cibler, en passant l’amende forfaitaire de 200 à 500 €. « Rien de tout ça n’arriverait si des gens n’achetaient pas de la drogue. On a mis en place une amende forfaitaire délictuelle et on va la passer à 500 €, il faut taper au portefeuille ceux qui consomment, comme il faut que toute personne qui consomme se dise qu’elle alimente le narcotrafic », assure Emmanuel Macron.

    « On a tous une pensée pour la famille de Mehdi Kessaci après le drame qui s’est passé. Je sais l’engagement que j’ai pris vis-à-vis de cette famille et je vais tenir les engagements que j’ai pris », affirme le chef de l’État.

  • Deux agents soupçonnés de renseigner la DZ Mafia

    Deux agents soupçonnés de renseigner la DZ Mafia

    L’affaire fait déjà grand bruit, et ce n’est sans doute qu’un début. Deux jeunes agentes administratives, qui travaillaient dans un service civil du tribunal marseillais ont été mises en examen pour avoir consulté de manière « illégale » des fichiers et de les avoir ensuite monnayés auprès de proches de la DZ mafia, le principal réseau de narcotrafiquants de la cité phocéenne. La première jeune femme a été placée sous contrôle judiciaire avec interdiction professionnelle d’exercer et mise en examen pour détournement de la finalité d’un traitement de données à caractère personnel.

    Violation du secret

    de l’instruction

    La deuxième a finalement été placée sous contrôle judiciaire avec interdiction de tout emploi au sein des ministères de la Justice, de l’Intérieur et de la Défense. Avec des soupçons beaucoup plus graves puisqu’elle a été mise en examen pour des « délits de détournement de la finalité de traitement de données, violation du secret professionnel, du secret de l’enquête et du secret de l’instruction révélés à une personne susceptible d’être inquiétée », précise le quotidien dans son édition de mercredi. La vacataire aurait consulté une cinquantaine de profils entre 2024 et 2025 dont huit seraient liés à des affaires d’assassinat. Toujours selon Le Monde, l’enquête a permis d’établir un lien entre son ex-petit ami qui est de la famille de Medhi Laribi, considéré comme le chef de la DZ Mafia. Les enquêteurs soupçonnent l’agente d’avoir reçu en échange des informations, cadeaux et argent.

    Son ex-petit ami à quant à lui été mis en examen pour corruption active, de recel de fichiers et de recel de violation du secret de l’enquête et de l’instruction.

    Ce sont les premières mises en examen découlant directement du travail d’enquête de la nouvelle cellule anticorruption du parquet de Marseille mise en place en octobre dernier pour lutter contre la corruption au sein de différents services : justice, prisons, douanes ou élus.

  • L’État montre les muscles face aux narcotrafiquants

    L’État montre les muscles face aux narcotrafiquants

    Pas moins de 15 points de deal ciblés simultanément, 1 500 agents supplémentaires déployés tous services de police confondus, 7 équipes cynophiles, des drones… L’opération chapeautée ce mardi 9 décembre par le préfet de région, Jacques Witkowski, n’avait pas franchement de nom, mais une certitude : elle est de « grande ampleur », a expliqué le représentant de l’État devant une foule de caméras, au pied d’un bâtiment des Oliviers A (13e). Une opération de « visibilité, judiciaire, de voie publique, de police administrative » avec la fermeture d’un certain nombre de commerces « pour suivre les directives du ministre de l’Intérieur qui m’a demandé d’insister et d’accélérer sur la lutte contre les narcotrafics », poursuit le préfet.

    Une demi-heure avant de convoquer la presse, l’« assaut » a été donné pour dégager un point de deal avec chicane tenu par des charbonneurs. Consommateurs, nourrices étaient également dans le collimateur. « Des perquisitions sont en cours », a indiqué Jacques Witkowski, ajoutant que « toute la circonscription de Marseille » était concernée par ces descentes de police et ce « jusqu’au bout de la nuit ». Avec « une pointe d’effort sur le 3e arrondissement, qui a été ces derniers temps le théâtre d’actions criminelles que nous condamnons », précise-t-il.

    En début d’après-midi, plus d’une vingtaine d’interpellations et quelques saisies de stupéfiants avaient déjà été réalisées, un commerce fermé.

    « Nous ne souhaitons pas laisser les narcotrafiquants tenir le terrain, la République ne leur passera rien », martèle le préfet, promettant que « ces opérations d’ampleur seront réitérées en fonction des moyens ».

    Il enchaîne sur une saisie qui en dit long sur le sens du commerce des réseaux… Une affichette truffée de fautes, trouvée quelques instants plus tôt dans un hall : « Les Oliviers A fête Noël, du 25 au 31 décembre, appéritif (sic), chips, boisson, bonbon, ect… Pochons beuh ou shit cadeau, venez comme vous êtes », remerciant les acheteurs de leur passage, « à la prochaine ! ».

    Des habitants apeurés ou complètement désabusés

    À l’avant-veille d’une nouvelle réunion sur le narcotrafic à l’Élysée, à laquelle le préfet va participer, et à quelques jours de la venue de son locataire le 16 décembre dans la cité phocéenne, pas question pour autant d’y voir une simple opération de com’, assure Jacques Witkowski. Même si le plan « Marseille en grand », c’est la « reprise de la sécurité, la première de nos libertés » convient le préfet, il rappelle aussi qu’il est question du « développement du logement, de l’éducation ». Et de marteler qu’au-delà de ce moment « spectaculaire », les forces de police resteront mobilisées quotidiennement.

    Aux balcons des bâtiments délabrés, on reste sceptique… « Ils sont pas souvent là », nous assure une dame désabusée. Alors qu’un habitant se fait fouiller, un petit groupe de jeunes dénonce l’inutilité de l’action policière. « Regardez les façades, ça tombe en ruine, Macron, il est déjà venu ici ça n’a rien changé, ils préfèrent mettre les sous là-dedans », s’indigne l’un d’entre eux, pointant du doigt un camion de gendarmerie stationné devant les murs lézardés ou qui perdent des morceaux de béton, entre deux barres métalliques rouillées.

    D’autres habitants refusent de témoigner, parce qu’« on a peur », reconnaît une dame, quand cet homme est en colère : « Même pas on va se fatiguer à vous répondre, pour vous dire quoi ? Ça sert à rien, on est abandonnés et ça dure depuis des années. En quoi elle compte notre parole ? »

    Alors que les patrouilles de police se poursuivent, les caméras lèvent le camp au bout de quelques heures. « Revenez nous voir quand ils seront partis, vous verrez, ici ils se passent aussi des choses bien », nous assure un gamin, le col remonté jusqu’aux yeux.

  • Lutte contre le narcotrafic : le Préfet Witkowski dans le vif du sujet

    Lutte contre le narcotrafic : le Préfet Witkowski dans le vif du sujet

    Dès son installation, lundi, il a affiché la ligne : lutter contre le narcotrafic. Promettant une « férocité républicaine » et « une détermination totale » à l’égard des réseaux criminels qui gangrènent Marseille, Jacques Witkowski appelait à « continuer le combat, être inflexible, intransigeant et à la fois extrêmement résilient » et invitait à une mobilisation collective de tous les acteurs, y compris sociaux. Face à la remise en cause d’« une de nos libertés fondamentales », la sécurité civile et du quotidien, lui menaçait « tous ceux qui viennent troubler la paix publique, qui empêchent les libertés individuelles et collectives de s’exprimer au quotidien ».

    De la parole aux actes, le nouveau préfet de région était mardi soir sur le terrain à Marseille avec la préfète de police déléguée, aux contacts des policiers mobilisés sur une opération contre le narcotrafic au cœur de la cité des Flamants (14e). C’est là que des agents de la maison départementale des solidarité exercent leur droit de retrait depuis la mi-octobre après avoir été menacés par les membres du point de deal installé à côté.

    Âgé de 62 ans, diplômé de l’École de Saint-Cyr, l’homme a démarré sa carrière dans la gendarmerie. Il a été commandant militaire à Matignon sous Juppé, puis préfet, notamment en Seine-Saint-Denis (2021-2024), où il a géré les enjeux sécuritaires liés aux JO de Paris.

  • Trafic de drogue : à Marseille, les assos quittent le terrain faute de budget

    Trafic de drogue : à Marseille, les assos quittent le terrain faute de budget

    « Au-delà du ramassage de seringues, nous participons de fait à la lutte contre le trafic de drogues », assure Pierre Alboui, président de la Régie de quartier Belsunce Noailles. C’est en effet dans un contexte de troubles graves liés à l’installation d’un point de deal que la structure a ouvert ses portes en février 2024, sur l’impulsion des élus communistes de la Ville.

    Dans ce quartier paupérisé du centre-ville, la proximité du commissariat de Noailles n’a pas empêché l’installation d’un point de deal sur la place de la Providence. Sous la pression du réseau, le Centre médico-psychologique et la Maison départementale de la Solidarité avaient mis la clé sous la porte. Les rondes policières plus fréquentes n’ont pas eu l’heur de mettre fin aux tirs de mortier, coups de feu et intrusions dans les immeubles. Dans « ce peu d’espace social qui subsiste, nous offrons une alternative à la désertification et contribuons a offrir des perspectives avec des activités d’insertion, du lien social, précise l’associatif, en déplorant, une baisse de 15% de financements d’État, par décision budgétaire ».

    L’aide sociale déraille

    À la Busserine, c’est Shebba, association historique du 14e arrondissement qui a vu son budget fondre de 70% en dix ans. Et ses effectifs salariés dégringoler de 50 à 3 postes. « Ce sont autant de retours à l’emploi, d’actions sociales et de personnes en moins pour occuper le terrain, déplore sa vice-présidente Danielle Sautet Vitiello, et on sait que le deal a horreur du vide. » Pas mieux du côté de l’insertion. Dans le 3e arrondissement le chantier école Appel d’aire qui accueille des jeunes orientés par la PJJ pour les remobiliser vers la formation et l’emploi n’a plus aucune subvention de la Région. Karine Pomar, des chantiers d’insertion Améli Provence, également agréés PJJ, déplore « en 15 ans on a perdu 50% de notre pouvoir d’agir, alors qu’on maintient la paix sociale dans un contexte plus qu’alarmant ».

    Les économies de l’État mettent en danger tous les pans du social. C’est jusqu’à la protection de l’enfance qui devient famélique. Le collectif Alerte 13 réunit une dizaine des plus grosses associations des Bouches-du-Rhône pour dénoncer la baisse des crédits alloués par le Département. Leur mission de protection et d’accompagnement est mise en péril. « J’étais perdue, j’avais fugué. Et dehors, c’est la jungle pour survivre. Les proxénètes d’une copine m’avaient donné deux options, la mule ou la pute », témoigne Alice, qui a été placée en foyer à l’âge de 13 ans. L’aide-soignante de 21 ans, reconnaît : « Si les éducs ne m’avaient pas récupérée, je glissais. Mais dans les foyers ils sont débordés, ça déraille. »

    Dans le Vaucluse, les épiceries dans le viseur

    Très régulièrement, le préfet évoque la lutte contre le blanchiment de drogue, en ciblant des commerces. En particulier les épiceries. Il y a trois semaines, lors du salon des maires, Thierry Suquet a indiqué que deux épiceries avaient fermé depuis juin pour des liens avérés avec le narcotrafic. Depuis début 2025, 71 épiceries ont fait l’objet de fermetures administratives contre 51 l’an passé. « Pour troubles à l’ordre public et vente de produits interdits et qui servent probablement à faire du blanchiment », souligne le préfet. Et d’inviter les maires à fournir « des renseignements exploités par les services en toute confidentialité ». F.C.