Tag: Trafic de stupéfiants

  • Bingui l’assure, le trafic de stup’, ce n’est pas sa came

    Bingui l’assure, le trafic de stup’, ce n’est pas sa came

    Les jours se suivent et se ressemblent à la barre de la 7e chambre correctionnelle de Marseille… Après l’audition du présumé numéro 2 du clan Yoda, c’était au tour de Félix Bingui, le chef « incontestable » d’un des plus gros réseaux marseillais de stupéfiants selon les enquêteurs qui l’ont suivi à la trace durant deux ans, de 2021 à 2023, de nier fermement ce vendredi 29 mai tout ce dont on l’accuse.

    L’Alésien de 35 ans, au casier judiciaire déjà fourni avec 13 mentions, en détention provisoire après avoir été interpellé au Maroc, est mis en examen pour trafic de stupéfiants, association de malfaiteurs et blanchiment lié au trafic de stupéfiant. Le tout en récidive. Il risque jusqu’à 20 ans de prison. Passé au grill des questions de la présidente, il argumente, pied à pied dans la chaleur étouffante du tribunal. Sur les 19 co-prévenus, il en connaît « 6 ou 7 », les côtoie « du quartier ». Loin d’être à la tête d’un réseau assure-t-il, quand la présidente cite des écoutes du dossier selon lesquelles il tient les points de deal de « la Paternelle », « la Cabu’ » et « les Micocouliers ».

    Quand les enquêteurs font le portrait d’un homme à poigne, à qui on rend des comptes, qui règle les conflits entre personnes si nécessaire, récolte le fruit de la vente de drogue, est impliqué dans la fourniture d’armes, il réfute encore. « Je n’ai jamais été quelqu’un de violent », martèle-t-il. Le trafic de stup’, ce n’est pas sa came. Tout ça ne serait que ragots trouvés sur les réseaux sociaux. Mieux, la Paternelle, il n’y a « jamais mis les pieds ». La guerre entre la DZ et Yoda pour s’approprier les points de deal marseillais, c’est de l’affabulation, « y a un Snap qui a fait je ne sais pas combien de vues sur Marseille… »

    De la chance aux jeux

    Quand la femme de son beau-frère, Omar B., l’accuse dans une conversation interceptée par les policiers, avec la femme d’Amir A., d’avoir donné le go pour l’assassinat de leurs compagnons le 3 mai 2023 à Salou en Espagne, il s’agace. « Elle est tarée », balance-t-il. Et ce n’est pas son beau-frère qui était visé, « il n’avait rien à voir » affirme-t-il. « Les échos que j’ai eus, c’est que c’était une troisième personne qui était avec eux qui les a quittés deux minutes avant », répond-il refusant de donner un nom.

    Lui s’est contenté de « toucher » parfois pour sa consommation « de la beuh plus que du shit. » Ces allers-retours entre le Maroc, l’Espagne et ses brefs séjours successifs à Marseille, dans des hôtels de luxe, qu’il ne réserve pas lui-même parce qu’il n’a « pas toujours de carte bleue », pas plus que les 19 voitures de location avec lesquelles il se déplace, c’est pour pointer, aller voir sa mère pas du tout parce qu’il se sent menacé. Tout de même, « quand on voit la pluralité de lignes de téléphone, de véhicules loués, cela donne le sentiment que vous ne voulez pas être tracé… », analyse la présidente du tribunal. « Cela n’a rien à voir avec tout ça », rétorque-t-il, « sinon je serai même pas venu à Marseille. Je ne me suis jamais caché. Je n’ai pas fui j’étais juste chez moi au Maroc, j’en avais marre de la France ».

    Ses revenus pour les voyages en Thaïlande, à Dubaï, les achats d’articles de luxe dont des montres, « des répliques » oppose-t-il, il les tire de son activité de locations de voitures menée depuis sa cellule, « je suis sorti de détention presque avec 70 000 euros » ose-t-il, de paris sportifs, à raison par exemple de 100 euros misés pour 19 000 euros gagnés d’un coup. Pas de la veine mais un savoir-faire : « C’est pas le loto non plus. » Il y a aussi les parties de poker qu’il organise dans un local attenant à l’alimentation de la rue Thubaneau (1er) dont, là non plus, il n’est pas propriétaire. De quoi faire ajouter au procureur une requalification de blanchiment simple et en bande organisée en fin d’audience…

  • Procès Bingui : n’est pas « Pirate » celui qu’on croit

    Procès Bingui : n’est pas « Pirate » celui qu’on croit

    Des « Pirates », « il y en a plusieurs à Marseille, moi j’en connais deux » a assuré ce jeudi 28 mai à la barre de la 7e chambre du tribunal correctionnel, Mohamed H., présumé bras droit de Félix Bingui, dans le cadre du procès du clan Yoda. Mis en examen pour trafic de stupéfiants, association de malfaiteurs, blanchiment, le tout en état de récidive, l’homme de 33 ans est soupçonné d’être le numéro 2 du réseau, se chargeant du ravitaillement en cannabis et assurant la logistique des visites du chef, Félix, dans la cité phocéenne, en louant pour lui des voitures ou en réservant de luxueuses chambres d’hôtel. Proche de Bingui, il l’est reconnaît-il, « depuis petit » car ils sont du même quartier. Un temps éloignés, ils se recroisent en 2020. Une amitié qui va jusqu’à créer une société fictive commune à Dubaï pour obtenir le statut de résident. C’est à peu près tout ce dont il conviendra.

    Pour le reste, après avoir été livreur 6 mois et perdu son permis, il se contente notamment de trafic de cigarettes, de jeux d’argent. Licites avec des paris sportifs rapportant jusqu’à 70 000 euros ou moins légaux, avec un jeu de dés, la « barboute » auquel il est « très chanceux » ose-t-il. Il s’y livre dans l’arrière-boutique de l’alimentation de la rue Thubaneau dont il était le gérant et où pouvait être conditionnée la drogue selon les policiers.

    Un « bon ami »

    Pour justifier ses déplacements la nuit, « avec de nombreux arrêts rapides » aux quatre coins de Marseille, il évoque sa consommation de cannabis : « Je m’arrêtais pour rouler des joints. » Les convois jusqu’à Avignon ? Des « balades à moto » et le mariage d’amis dont son avocat produira l’acte en cours d’audience. S’il a pu louer jusqu’à dix voitures « en peu de temps » s’étonne la présidente, c’est parce qu’il les sous louait « au black » à Bingui comme à « tout le monde ». En revanche, il se faisait conduire à peu de frais à Paris, Barcelone, en Algérie par des amis « serviables » ironise la présidente qui s’étonne de ces « sauts de puce ». Mohamed H. assume : il aime « se faire plaisir » et apprécie les femmes.

    Il change tous les mois de puce de téléphone et donc de numéros, « ce n’est pas pratique » commente la présidente, parce que « ça coûte moins cher ». Les vêtements, parfums, baskets et sacs de luxe saisis à son domicile, les cinq boîtes de montres Rolex, estimées de 16 000 à 21 000 euros retrouvées chez ses parents, c’était « des produits que j’allais revendre » assure-t-il. La note manuscrite, retrouvée dans la poche de son blouson, une liste de sommes et de surnoms, dont celui d’un homme condamné pour trafic de drogue il y a une dizaine de jours rappelle un assesseur, elle n’est pas à lui. Enfin il réfute avoir demandé à Mahrez K. d’endosser la responsabilité d’un accident de voiture mortel à Dubaï, qui a conduit ce dernier en prison. Il s’est juste senti « obligé de l’aider » en « bon ami ».

  • Erilia et le préfet ratent leurs expulsions « pour l’exemple »

    Erilia et le préfet ratent leurs expulsions « pour l’exemple »

    Les juges ont débouté le bailleur social qui voulait « faire un exemple » (notre édition du 9 mars 2026) en expulsant deux familles de la cité La Castellane (15e) sur le fondement de la loi Narcotrafic de juin 2025. Entendant les arguments de Me Marilou Poisot et Me Sofien Dridi, le tribunal a estimé que la condamnation pour trafic de stupéfiants de ces deux enfants majeurs, qui par ailleurs n’habitent plus la cité, ne suffisait pas car la « proximité suffisante » des faits troublant la jouissance d’autrui avec le logement n’étant pas démontré par Erilia. Les juges se sont appuyés sur une réserve d’interprétation du Conseil constitutionnel.

    Un fils majeur avait été condamné comme « ravitailleur » d’un réseau. Il avait été interpellé quittant la cité en voiture avec un sac contenant 1,2 kg de résine et 632 gr de coke. « Pour autant, dit le jugement, la commission de ces infractions ne saurait à elle seule, suffire à établir la réalité des manquements graves à l’obligation contractuelle du locataire d’user paisiblement du bien donné à bail. » Le bailleur doit établir que les faits ont été commis dans le même ensemble immobilier à une proximité suffisante du logement dont il est demandé l’expulsion de la famille.

    S’agissant de l’autre famille, si l’enfant majeur a été condamné à trois reprises pour trafic de stupéfiants : la première se rapporte à des faits commis cité Consolat à 3 km de là. Pour la seconde, le majeur se trouvait place des Bartavelles à 400m de logement sans que soit précisé où était le point de deal. S’agissant de la 3e condamnation pour des faits de trafic dans La Castellane, Erilia n’apporte pas davantage de précision sur la distance entre le lieu de commission des faits et le logement de la famille.

  • [Procès Félix Bingui] Mohamed H. , un « Pirate » qui la joue profil bas

    [Procès Félix Bingui] Mohamed H. , un « Pirate » qui la joue profil bas

    Casier, parcours professionnel, personnel… À la barre de la 7e chambre du tribunal correctionnel de Marseille, ce mardi 19 mai, deuxième jour de procès du clan Yoda, les co-prévenus défilent, sous le feu des questions de la présidente qui tente d’en savoir plus sur leur profil. Après Félix Bingui, présenté par les enquêteurs comme le chef de la bande la veille, et qui a consciencieusement nié en bloc toute implication dans le narcotrafic, est venu le tour de Mohamed H., dit le « Pirate » présumé bras droit du « Chat », qui aurait été en charge du ravitaillement en cannabis du réseau.

    Il fait plus que profil bas, rendant ses réponses inaudibles malgré les demandes réitérées de la présidente de hausser le ton et de parler dans le micro. À 33 ans, mis en examen pour trafic de stupéfiants, association de malfaiteurs et blanchiment d’un délit de trafic de stupéfiant, il comptabilise neuf mentions à un casier judiciaire démarré en 2012, avant de passer en cours d’assises trois ans plus tard. Aujourd’hui au RSA, papa d’un petit de 3 ans qu’il n’a pu reconnaître, il tente de justifier ses allers-retours en Algérie, à Dubaï, en Thaïlande durant le temps de l’enquête, menée de 2021 à 2023.

    Un discours

    de circonstance ?

    S’il a traversé la Méditerranée, c’est en raison de sa séparation avec sa compagne et pour suivre une formation « sur la promotion immobilière. » Mais « cela n’existe pas en France ? Vous vivez de quoi à Oran ? », questionne la présidente, qui s’inquiète de savoir comment il se logeait sur place. « J’avais peu de moyens, mais des économies et puis aussi [le gain de] paris sportifs », lui lance-t-il. De quoi financer aussi des séjours au ski. « Il y a beaucoup de gens qui ont des économies monsieur dans ce dossier, vous avez les justificatifs de ces gains ? » rétorque la présidente, face à un prévenu bien en peine de lui répondre.

    Dubaï, où il a pourtant le titre de résident confirme-t-il, c’était au départ pour un mois de vacances. Avant de trouver un emploi de serveur par le biais d’un ami. Où alors c’est pour y faire des escales, dans le cadre de vacances en Thaïlande. Mais il en est revenu après avoir « réfléchi 6 mois », déplorant le niveau du loyer.

    Confus, dans un chuchotement, il évoque la gestion de magasins, la vente de cigarettes, des activités de taxi, dit miser sur son BEP carrosserie obtenu à l’âge de 18 ans, qu’il n’a pas terminé faute de stage pratique pour l’avenir.

    « En France, je souhaite assumer pleinement mon rôle de père », balance-t-il devant une présidente dubitative. Ses demandes de levée des obligations de contrôle judiciaire, refusées, et de pouvoir retourner dans les Bouches-du-Rhône, c’est pour « mon fils », insiste-t-il. « Ce n’est pas de circonstance ce discours-là ? Cela a beaucoup évolué dans le temps », constate-la présidente. Sur son parcours judiciaire, il se dit influencé. « J’étais mineur, j’ai eu de mauvaises fréquentations, mais j’ai essayé de trouver du travail », avance-t-il.

    Quand le procureur lui demande des précisions sur son rôle éventuel dans une affaire en date de 2010, dans laquelle Félix Bingui a été désigné notamment comme numéro 2 de la bande des Carmes, il réfute avoir été ravitailleur, assurant que ce dernier était son ami du point de vente. Son avocat, Gaëtan Poitevin, en rajoute une couche : « On essaie de vous associer à ce dossier où cette affaire ne serait que la continuité de la bande des Carmes et un trafic généralisé. »

    Et d’insister sur la bonne volonté de son client qui, après une consommation de cannabis importante, ne fume plus. Il faudra attendre les débats sur le fond de l’affaire, prévus pour la fin de semaine prochaine le concernant, pour rentrer dans le vif du sujet…

  • [Trafic de stupéfiants] La fable du jeune transporteur de grosses liasses de billets

    [Trafic de stupéfiants] La fable du jeune transporteur de grosses liasses de billets

    Chamsedine (*) 21 ans, comparait pour la troisième fois. Le 9 juin dernier, la Bac Nord l’a contrôlé à 21h au volant d’une Opel qui n’était pas la sienne, immobilisée moteur tournant, à côté de la cité Félix Pyat, sur un parking considéré comme un point de deal. À leur vue, le conducteur a vite éteint ses deux portables et agité ses jambes. Sous le siège, un sachet contenant 21 000 euros conditionnés en liasses de billets de 50, 20 et 10 euros. « Ce sont mes économies et des jeux d’argent » avait-il narré en garde à vue réfutant qu’il fut la petite main collectrice d’un réseau de stupéfiants.

    « La bonne version »

    « J’ai pas donné la bonne version aux policiers car j’étais stressé », s’élance le prévenu très hâbleur dans un récit qu’on est prié de croire. « En réalité, c’est l’argent de mon père que j’ai pris sans autorisation dans son coffre pour louer une grosse voiture. C’était 1 000 euros la location et 20 000 la caution. Mais j’ai pas envie de donner d’éléments sur le loueur pour ne pas le mettre à l’envers. » De narrer que son père gardait tout cet argent car « il fait souvent des retraits pour préparer un voyage en famille aux Comores ». De remettre une liasse de documents bancaires parentaux pour donner corps à la fable.

    Pas dupe, la présidente ironise : « Vous nous dites avoir eu accès au code du coffre de votre père qui est poseur de portes blindées. Les cordonniers sont décidément les plus mal chaussés. » De lui rappeler ses récentes condamnations : en novembre 2023 pour trafic de stupéfiants à 10 mois de prison aménagé en détention à domicile avec interdiction de séjour dans les 15e et 16e arrondissements ; en mars 2024 pour violation d’interdiction de séjour et refus de donner le code de son portable à 6 mois de prison ferme convertis par le juge des libertés et de la détention en 210 heures de travaux d’intérêt général toujours pas effectuées car il n’a pas daigné récupérer le courrier judiciaire… « Ce sont des œuvres de jeunesse, c’est du passé. Il faut regarder devant », jure l’oiseau qui a déjà grillé son permis de conduire probatoire.

    « Vous naviguez en eaux troubles ! »

    « Il nous raconte une histoire enjolivée avec aujourd’hui, deus ex machina, des relevés bancaires des parents pour faire tenir une histoire ridicule, ce qui n’est pas encourageant pour l’avenir de ce jeune », se cabre la procureure qui qualifie son positionnement de « particulièrement éhonté et inquiétant ». Elle lui lance : « Que faites-vous à 21h près de Félix Pyat dans une voiture qui n’est pas à vous avec deux téléphones en main et 21 000 euros à vos pieds ?! Le décor est déjà posé ! Vous naviguez en eaux troubles ! » De requérir un an de prison dont 6 mois avec sursis probatoire de deux ans avec l’obligation de travailler. Pour les six mois ferme, un bracelet à domicile.

    Du coup, la défense se retrouve à devoir justifier les retraits mirifiques de modestes parents. « Sur les 30 000 euros retirés en 3 ans, il y a une indemnité de 15 000 euros reçus des parents pour leur logement qui a été jugé insalubre. »

    Au regard de cette « détention d’argent fortement suspecte », de « déclarations contradictoires » et « des éléments produits insuffisants pour rapporter une origine légale des fonds », le tribunal l’a reconnu coupable et condamné à la peine requise avec confiscation de l’argent saisi.

    * Son prénom a été modifié

  • Fusillade mortelle de Nice : trois mises en examen

    Fusillade mortelle de Nice : trois mises en examen

    Les procureurs de Marseille et de Nice, Nicolas Bessone et Damien Martinelli, ont annoncé lundi, lors d’une conférence de presse à Marseille, avec le directeur du service interdépartemental de la police judiciaire, Éric Antonetti, « l’élucidation ultra-rapide » de la fusillade du quartier des Moulins.

    Le 11 mai à 15h20, un homme masqué à trottinette avait calmement rafalé à l’arme automatique un commerce situé à 20 mètres d’un point de deal, tuant en terrasse deux personnes « totalement étrangères au trafic » et en blessant six autres.

    Après avoir identifié deux appartements conspiratifs à Nice, l’un dans le quartier des Musiciens, l’autre à l’est de Nice, et comprenant qu’un second projet criminel se préparait en reproduisant le mode opératoire de la veille avec un deuxième Renault Captur encore volé à Marseille, la Police judiciaire de Nice décidait d’interpeller le 13 mai à Nice et le lendemain à Marseille deux hommes âgés de 19 et 30 ans et deux femmes âgées de 26 et 50 ans. Une arme longue de type 7.62 correspondant à celle de la fusillade était trouvée en perquisition, avec des munitions, un masque postiche. L’homme de 30 ans venu de la région parisienne et connu de la justice, serait le tireur. Son téléphone borne à la fois sur le lieu de la fusillade, sur le lieu où a été retrouvé incendié le véhicule Renaut Capture volé à Marseille et incendié. La femme de 50 ans n’a pas été déférée. Les trois autres ont été mis en examen et placés en détention provisoire.

    « Ce sont des faits de narcomicides, de guerre territoriale » déclare M. Bessone. Cette fusillade s’inscrit dans « une montée de tension entre deux équipes des quartiers Est et ceux des Moulins » ajoute le patron de la PJ. « Les interactions clairement s’intensifient entre réseau niçois et réseau marseillais avec des influences de la région parisienne » ajoute Damien Martinelli.

  • Félix Bingui jugé pour trafic de stupéfiants

    Félix Bingui jugé pour trafic de stupéfiants

    Les regards convergeront lundi dans le box vers Félix Bingui, 35 ans, alias « Le chat » ou « Féfé », présenté comme « le chef incontestable » d’un important réseau de stupéfiants du clan Yoda, ce qu’il nie. Le principal point de deal de la Fontaine à La Paternelle (14e) générait autour de 100 000 euros de recettes par jour. 19 autres prévenus répondent aussi à des degrés divers de trafic de stupéfiants, d’association de malfaiteurs, de blanchiment et de non-justification de ressources.

    Le 2e arrondissement a d’abord constitué la matrice de l’équipe dite des Carmes qui s’est ensuite donnée pour nom « Yoda » en se confrontant dès février 2023 à sa puissante rivale la « DZ Mafia » qui l’a depuis supplantée au terme d’une longue série de règlements de comptes se soldant par une effroyable hécatombe.

    Longtemps au vert à l’étranger pour échapper à la guerre qui faisait rage à Marseille et sous le coup d’un mandat d’arrêt international, Félix Bingui a été arrêté en mars 2024 au Maroc puis extradé vers la France en janvier 2025. Estampillé dans le « haut du spectre » du narcobanditisme, il est incarcéré à la prison de haute de sécurité de Vendin-le-Vieil surnommée la « prison des narcos » et mis à l’isolement en cellule ultra-sécurisée.

    Félix Bingui est un franco-camerounais né en 1990 à Alès dans le Gard. Il a grandi à Nîmes avant de s’installer à Marseille à la fin des années 2000, de se mettre au charbon dans le quartier des Carmes puis d’être incarcéré en 2010. Le casier judiciaire de Bingui porte depuis trace de 13 mentions notamment pour vols, association de malfaiteurs, trafics de stupéfiants.

    Les investigations de l’Office antistupéfiants ont conduit au démantèlement de ce réseau d’envergure particulièrement organisé, hiérarchisé, avec des rôles répartis entre les différents acteurs pour les convois, le conditionnement de la cocaïne et du cannabis, la collecte de l’argent, le recours à des appartements « nourrices » disséminés pour le stockage des stupéfiants, de l’argent et des armes, l’utilisation de lignes téléphoniques dédiées et changeantes et de communications cryptées, le recours à des prête-noms, l’équipement en armes et munitions dans l’optique de la confrontation avec le clan adverse.

    Pour les enquêteurs, Félix Bingui se positionne en chef d’équipe, prodigue instructions et conseils. C’est celui à qui chacun rend compte, celui qui règle les conflits, celui qui bénéficie de transferts d’argent internationaux, celui qu’on sollicite parfois pour la fourniture d’armes. II possède deux villas à Dubaï où il jouit du statut de résident et circule en Ferrari. À Dubaï, le cercle des affidés vit grand train dépensant 300 000 euros en un mois en restaurants et boites de nuit, locations de voiture de sport. Aux enquêteurs, il explique son train de vie par ses économies, son activité de revente de véhicules depuis la prison, se disant aussi très doué en paris sportifs.

    Des écoutes rapportent un accident de la route survenu en 2022 à Dubaï ayant causé la mort d’un tiers. Pour protéger Mohamed H dit « Pirate » qui serait l’auteur, décrit comme son bras droit, son collecteur d’argent, son responsable pour l’approvisionnement en résine, le clan désigne un autre membre pour endosser la responsabilité, en échange de quoi « Pirate » lui verse 200 000 euros pour sa caution et ses frais d’avocat, l’entretient à hauteur de 10 000 par mois pendant un an et demi.

    « Le chat » se sait menacé. En novembre dernier, 9 membres présumés de la DZ Mafia ont été interpellés pour avoir tenté de l’assassiner en Espagne. C’était le 17 mai 2023, deux individus cagoulés ouvraient le feu sur Bingui et Zino, un comparse, attablés en terrasse d’une cafétéria près de Marbella, les blessant légèrement.

  • Cinq ans après, un nouvel hommage à Éric Masson

    Cinq ans après, un nouvel hommage à Éric Masson

    Le 5 mai 2021, Éric Masson, brigadier de police de 36 ans, était tué lors d’une opération de contrôle sur un point de deal, rue Râteau, dans le centre-ville d’Avignon. Depuis, chaque année, sa mémoire est honorée. Cinq ans après, une cérémonie était donc organisée, ce mardi en fin de matinée, sur le parvis du commissariat d’Avignon, où travaillait ce père de deux petites filles.

    L’une d’entre elles était présente, aux côtés de sa veuve et de son père, lui aussi ex-policier. Une cérémonie sans discours, avec passage en revue des troupes et Marseillaise a cappella, mais pas sans émotion. « On n’oublie jamais nos morts, son décès a marqué la police nationale, on accompagne sa famille et ses collègues », confie Virginie Brunner, directrice générale adjointe de la police nationale, qui avait le déplacement depuis Paris. Éric Masson figure parmi les 8 « victimes du devoir » recensées à Avignon. « C’est important de garder sa mémoire, cela rappelle que les policiers risquent leur vie », souligne le préfet Thierry Suquet, qui a déposé une gerbe.

    Comme Cécile Helle avant lui, Olivier Galzi était aussi de la cérémonie. « C’est très symbolique que mon premier dépôt de gerbe se fasse à sa mémoire », note le nouveau maire (DVD) qui s’est dit « triste et inquiet » lorsque le drame est survenu en 2021, d’autant que lors de l’assassinat d’Éric Masson, « son épouse travaillait chez Edeis quand j’en étais le vice-président ». « Sa mort est le symbole d’une police dédiée à la sécurité de notre ville, mais aussi celui d’un narcotrafic qui a commencé à gangrener notre ville », estime Olivier Galzi alors que, ce lundi soir, un mineur de 17 ans a été abattu à Monclar sur fond présumé de trafic de drogue (lire page suivante).

    Il y a cinq ans, Éric Masson, pensant intervenir pour une bagarre, était tombé sur une transaction de drogue. Au moment du contrôle, Ilias Akoudad avait alors tiré par deux fois mortellement sur le policier. En mars 2024, il avait été reconnu coupable de meurtre sur une personne dépositaire de l’ordre public, et condamné à 30 ans de prison dont 20 ans avec sûreté. L’an dernier, la Ville d’Avignon avait inauguré un square à la mémoire du policier, rue Râteau. Sa mémoire est également honorée cette année puisque les promotions d’écoles de gardien de la paix portent son nom. En juin prochain, le nouveau bateau de l’unité nautique de la police de Marseille sera également baptisé du nom d’Éric-Masson.

  • Un flic ripou qui renseigne des trafiquants condamné et radié à Marseille

    Un flic ripou qui renseigne des trafiquants condamné et radié à Marseille

    Un fonctionnaire de police, délégué syndical Alliance, a été condamné, mardi, à Marseille à trois ans de prison avec sursis pour corruption passive, violation du secret professionnel, détournement de données de fichiers, faux, usage et offre de stupéfiants et détention d’arme. Au vu du « risque élevé de réitération » de ces « faits particulièrement graves », le tribunal a prononcé l’interdiction définitive d’exercer dans la police et d’occuper tout emploi dans la fonction publique pour une durée de 5 ans.

    L’affaire démarre à la suite de deux signalements du chef de l’antenne marseillaise de l’Office anti-stupéfiants visant le brigadier-chef Yannick G., 49 ans. Ce fonctionnaire de police depuis 2001 est aussi délégué syndical Alliance depuis 2023. Interpellé en mars 2024, il apparaissait depuis deux ans dans des écoutes opérées sur deux individus écroués depuis et soupçonnés d’avoir convoyé un débarquement de 124 kg de cocaïne dissimulés dans un navire, à Marseille.

    « Pas de soucis, frérot »

    En cinq mois, le policier a échangé à 120 reprises avec l’un d’eux, un braqueur qu’il connaît depuis sa sortie de prison. La proximité est telle que ce dernier demande au policier de vérifier s’il est inscrit au fichier AGRIPPA des possesseurs d’armes. Le suspect a dirigé une entreprise de nettoyage qui a embauché le fils du policier. Ce dernier l’a déjà aidé après un accident de moto pour récupérer au plus vite ses clés et son téléphone portable restés à la Brigade accident en se présentant comme son cousin. Il appelle le second type pour le rassurer : « Pas de soucis, mon frérot, je vais passer à Noailles pour voir les collègues s’ils ont d’autres détails », tout en lui demandant de le « dépanner de 50 ou 100 balles », car le flic est toujours fauché.

    Dans une interception du 10 janvier 2023, le policier a une bonne nouvelle à partager. Il est désormais délégué syndical Alliance, ce qui lui « ouvre les portes de tous les commissariats de Marseille et de l’Évêché ». Il lui précise qu’un permanent du syndicat est un ancien enquêteur de l’Ofast qui a gardé des contacts dans le service. De quoi épouvanter ceux qui écoutent. « C’était pour briller, me la jouer, m’attirer sa sympathie », nuance le policier, qui dit l’avoir connu dans un bar des Crottes quand il était à l’Unité de prévention urbaine. Il le présente comme un indicateur qu’il a omis d’inscrire au bureau central des sources. « J’ai préféré faire ça à l’ancienne. »

    « Un peu partout

    sur les points de deal »

    Dans d’autres écoutes, il est sollicité par des tiers pour sortir des données des fichiers SIV (plaques d’immatriculation), FPR (personnes recherchées) et TAJ (antécédents judiciaires), en passant parfois par des collègues ou par son ex-compagne, gardienne de la paix, « en contrepartie d’un bout de shit », et ce pour « rendre service » à un type de la Bricarde, recherché pour une « expulsion “physique” contre rémunération » pour un garagiste. Lui dit avoir refusé, mais il consulte. « C’était pour savoir ce qu’il en était de leurs demandes. » Il s’immisce ainsi dans des enquêtes en cours et des litiges privés. Il le fait en échange d’« un quelque chose », d’« un marron » (la couleur du billet de 50 euros). Autant de données à caractère personnel obtenues « sans aucune justification professionnelle et transmises à des tiers hors de tout cadre légal », fustige la 6e chambre.

    Le policier, consommateur habituel de cannabis, s’approvisionne « un peu partout sur les points de deal ». Chez lui, on découvre 10 gr de shit et un calibre trouvé « près d’une poubelle sur le boulevard National ». Dépendant aux psychotropes, il est hospitalisé en psychiatrie.

  • Descente de forces mobiles dans des cités à Marseille

    Descente de forces mobiles dans des cités à Marseille

    « On est dans un marathon. Il faut pouvoir courir, tenir la distance et de temps en temps accélérer. C’est ce que nous faisons depuis trois semaines avec l’opération Octopus », explique le préfet de région, Jacques Witkowski, devant la presse convoquée sur un parking entre les cités du Mail et de la Busserine (14e), ce mardi.

    « Tous les jours, jusqu’à 300 policiers sont engagés sur le pilonnage des points de deal, des opérations judiciaires de fond et des opérations sur des commerces que nous visons. Ce matin, 900 policiers se sont engagés. Neuf personnes ont été mises en garde à vue pour un trafic de stupéfiants dans une opération conduite par l’Ofast. Un important trafic de voitures volées à destination des pays du Maghreb a été démantelé », détaille le préfet dans ce qui est aussi une opération de communication.

    Signe d’une « accélération concrète » à ses yeux, 660 personnes ont été mises en garde à vue à Marseille depuis le début de l’année, pour 1 370 sur l’ensemble de l’année 2025. « C’est 8 personnes par jour pour trafic de stupéfiants. 500 000 euros de liquidités ont déjà été saisis en trois mois dans les poches des trafiquants et plus de 50 millions d’euros d’avoirs criminels saisis uniquement sur le trafic de stupéfiants. Il faut ajouter 42 millions de marchandises contrefaites sur le Marché du Soleil. C’est du concret. On oppose aux trafics la férocité républicaine et nous continuons, non pas pour faire du spectaculaire, mais pour rendre la ville aux habitants et faire place nette. Il y avait 180 points de deal à Marseille il y a trois ans, nous en avons 80 aujourd’hui », souligne le préfet ravi.

    Sous les yeux d’habitants qui peuvent être choqués par ce safari policiaro-médiatique, deux boulangeries sont investies par des brigades spécialisées sous les caméras et micros tendus. « Le but, c’est de contrôler si les gens sont déclarés socialement, fiscalement. On checke les documents du gérant, son Kbis, si les règles d’hygiène, d’affichage, etc. sont respectées », explique un brigadier, tandis que l’employé farfouille dans ses tiroirs à la recherche d’un tampon. « Aucun policier ne peut être filmé ! », tonne une gradée moquée par les jeunes pour son chapeau. « Eh bien nous aussi on a un droit à l’image ! », réplique une habitante refoulée du magasin. « Bonjour. Bon, tout est carré là derrière ? » sourit le préfet au boulanger, d’abord ébahi d’avoir un si haut représentant de l’État dans son échoppe, avant de se ressaisir : « Oui oui, mais bon, pendant ce temps-là, on vend pas. »

    « Ce n’est pas que du pilonnage de points de deal. On regarde aussi les commerces, le travail dissimulé, s’il n’y a pas de protoxyde d’azote, de vente illégale d’alcool, de tabac », explique Cédric Esson, patron interdépartemental de la police nationale. Le primeur a disparu après avoir baissé le rideau. « Il m’a dit de garder les légumes » bafouille un mineur. À côté, ça se passe mal pour l’autre boulanger et sa femme, qui tient la caisse. « J’ai signé un compromis de vente il y a douze jours, mais je vais créer la société », blêmit le boulanger. « Il y a un truc qui ne va pas. Qui a les clés ? Qui vous dit quoi faire ? Qui a acheté le matériel ? Aujourd’hui, vous n’êtes pas déclarés », bondit un inspecteur du travail. Le préfet découvre, horrifié, les sacs de farine stockés devant les WC au milieu de dizaines de cafards morts.

    « Je suis une habitante du Mail. J’ai trois enfants. Ici, c’est beaucoup dégradé, insalubre. Il y a des fuites de partout. La plupart des appartements sont sans courant », intervient une mère de 35 ans. « Les enfants, ils n’ont pas un endroit où jouer, pas une aire de jeux, parce que voilà, c’est tout le temps pourri. Personne respecte personne. Le gardien, il nettoie, mais il n’y arrive pas tout seul. Moi, je vous dis la vérité, je vois même plus le narcotrafic, je vois plus rien de tout ça. Moi, je vois l’état des appartements. »