Valentin Porte (36 ans) a prolongé son contrat à Montpellier, qui se déplace dimanche 11 octobre (16h) à Tremblay, pour deux ans. Capitaine, leader dans l’âme, fidèle au MHB depuis 2016, l’ancien international (198 sélections) est un joueur à part. Et une parole à part.
La Marseillaise : Quel est votre état d’esprit après votre prolongation de contrat ?
Valentin Porte : Je suis heureux et un peu fier de pouvoir durer, de me sentir bien physiquement et bien dans ce club. J’ai pris un peu de temps pour réfléchir. Ma première question, posée à Julien [Deljarry, Ndlr.] : est-ce que j’ai encore le niveau pour jouer au handball ? Et, à Montpellier ? La réponse a été positive. La prolongation de Zvonimir [Srna, Ndlr.] m’a conforté de rester. Mon boulot, c’est de rester le plus en forme possible. J’espère que le dernier jour de mon contrat, je serai aussi en forme qu’aujourd’hui. Je ferai tout pour.
Avez-vous songé à la retraite ou à un départ ?
V.P. : Je n’y ai pas pensé une seconde. Je regretterais de prendre ma retraite si tôt. Cela serait du gâchis. J’ai la chance de faire un métier passion. J’ai toujours dit tant que je peux jouer, je jouerai. Voir ailleurs, ça fait partie des réflexions de fin de contrat. Je suis dans un club où j’ai beaucoup évolué depuis 10 ans, que j’aide à faire évoluer aussi. Je ne me voyais pas tout quitter pour un an ou deux. J’ai besoin de me sentir bien, comme à Montpellier, pour performer.
Quel est votre objectif pour la suite ?
V.P. : Je suis un compétiteur. Tout ce que je peux essayer de gagner, je vais essayer de le gagner. Quand je retrace mon parcours, il me manque une ligne qui me fait un peu mal, c’est le championnat de France. On retrouve la Ligue des champions cette saison. C’est du bonheur. Quand on voit les deux premiers matchs, c’est quelque chose de différent. Ça m’avait manqué. C’est là qu’on voit à quel point on est capable de se sublimer sur ce genre de rendez-vous.
Existe-t-il un sentiment d’usure physique et mentale ?
V.P. : C’est plus dur aujourd’hui qu’il y a dix ans mais je me sens très bien. J’ai changé beaucoup de choses depuis la fin de ma carrière internationale. Aujourd’hui, je me sens peut-être mieux physiquement qu’il y a 4-5 ans. Je récupère mieux. Mentalement, ça va avec les résultats. L’année où on est 9e à la mi-saison, c’était dur. Le nerf de la guerre, pour moi, c’est le niveau physique.
L’échec au JO de Paris, et l’élimination en quart de finale, a-t-il été dur à digérer ?
V.P. : Oui et non, dans le sens où ça correspond aussi à la fin de ma carrière internationale. Que j’avais déjà actée. Ce qui a été dur à digérer, c’est de se dire, quel gâchis de finir sur ça. Cela aurait été magique de finir avec une médaille autour du cou à Paris. Ça m’a pris moins de temps de digérer ça que 2016 (médaille d’argent au JO de Rio). J’ai réussi de suite à zapper sur le fait que ça y est, c’est fini.
À 36 ans, pensez-vous déjà à l’après ?
V.P. : Oui, bien sûr. J’essaie de m’ouvrir le maximum de portes possibles, de voir ce qui pourrait me plaire. J’y réfléchis sans y passer toutes mes journées, parce que j’ai toujours dit qu’à trop y réfléchir, c’est peut-être le début de la fin de ma carrière de joueur.
L’échéance de fin de carrière fait-elle peur ?
V.P. : Aujourd’hui, on a beaucoup de clés pour s’y préparer, avec notamment l’association des joueurs pros. On a beaucoup d’exemples de sportifs qui arrêtent et peuvent finir en dépression. Ça fait peur, évidemment, parce qu’on vit dans un rêve depuis qu’on est professionnel. C’est magnifique avant la bascule dans la vraie vie. Passer de tout à rien, ça fait un peu peur.
Vous avez justement connu un moment difficile. Y a-t-il eu un avant et un après votre dépression ?
V.P. : Il y a clairement un avant et un après. Je suis un homme complètement différent de celui d’avant. Et c’est ça qui me permet aujourd’hui d’être plus épanoui. Sans ça, je ne pense pas que j’aurais prolongé. J’étais trop dans tout. Dans un surinvestissement permanent. Je prenais trop à cœur les choses. J’occultais tout ce qu’il y avait autour de moi. Je ramenais le travail à la maison. Je n’étais pas de bonne compagnie. Et, je ne le voyais pas forcément. C’était un gros travail à faire pour s’en rendre compte et évoluer. Avec plus de recul, j’essaie de moins mettre sur un piédestal ce métier. J’y accorde de l’importance mais quand c’est fini, c’est fini. Il y a une vie autour. C’est ça qui a changé.


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