Tag: spectacle

  • [C’est l’été] Premier festival des Arts

    [C’est l’été] Premier festival des Arts

    Le Château de Berne lance son tout premier festival des Arts et investit l’amphithéâtre à ciel ouvert du domaine, entre vignes et oliviers, pour proposer une programmation éclectique mêlant expositions photographiques, théâtre en plein air, concerts et performances musicales. Nicolas Reyes vous y attend pour un concert.

    Infos sur le site du château

  • [Entretien] Ghislain Gauthier, CGT Spectacle : « Le gouvernement veut nous faire la peau »

    [Entretien] Ghislain Gauthier, CGT Spectacle : « Le gouvernement veut nous faire la peau »

    Entretien

    La Marseillaise : Quel bilan dressez-vous de ce 80e Festival d’Avignon ?

    Ghislain Gauthier : On sent bien que l’enjeu, pour nos secteurs, est de faire exister ce sujet pour la présidentielle, à un an de cette échéance. Dans les débats, la crise était sur les lèvres de tout le monde. Au niveau de la liberté de création, on sent que l’étau se resserre en ce moment, sans oublier la question des financements publics, qui sont en chute libre depuis deux ans.

    Pourquoi ces coupes budgétaires sont-elles sans précédent ?

    G.G. : Elles sont déjà inédites par leur ampleur, car on peut compter plusieurs millions d’euros qui manquent au secteur. L’état et certaines collectivités territoriales se sont désengagés conjointement des financements de la culture. Ce qui est inédit aussi, c’est que la culture est considérée comme une variable d’ajustement au nom de la résorption du déficit public. Il y a donc moins de projets qui se font. On est pourtant très nombreux à travailler : environ 250 000 personnes dans le spectacle vivant et le secteur audiovisuel. On a le sentiment que les politiques ont abandonné le champ culturel et ne le considèrent pas comme un enjeu pour le pays. Il y a deux sujets pour nous : on continue de se mobiliser pour un financement public de la culture à hauteur de 1 % du budget de l’État, mais aussi au niveau local pour ramener les collectivités autour de la table et regagner ces budgets, car la situation de l’emploi est catastrophique.

    La CGT parle d’une « catastrophe sociale » à venir…

    G.G. : Beaucoup de personnes n’arrivent pas à faire leurs heures en tant qu’intermittents. Il y a aussi une dégradation des conditions de travail. Tout ce qu’il se passe dans le Off d’Avignon est un scandale. On nous a indiqué, dans plusieurs endroits, qu’il n’y avait aucun jour de relâche pour les salariés. Ou encore des conventions de stages conclues, pour certains, afin de tenir la billetterie le matin et l’après-midi, puis ils ont un contrat de travail pour faire le bar, ont des horaires à rallonge avec un non-respect des 11h de repos minimum par jour. Sans compter le travail sous des chaleurs excessives et sous des préfabriqués… Les conditions d’accueil des compagnies sont aussi très difficiles.

    Qu’en est-il de la grève qui se profile en septembre pour les travailleurs
    du monde de la culture
     ?

    G.G. : Cela fait deux ans qu’on essaye de mobiliser notre secteur. Là, on a décidé de passer un cran. On annonce donc une semaine de mobilisation et de grève à partir du 21 septembre. On a le sentiment que le gouvernement veut nous faire la peau. Notre mouvement est essentiel par rapport au budget à venir et la présidentielle va être déterminante pour nos professions, avec l’extrême droite aux portes du pouvoir. Nous sommes déterminés à nous battre pour nos emplois et nos salaires. 95 % des personnes qui travaillent dans le spectacle sont des prolos. C’est insupportable d’entendre qu’on est dans l’entre-soi. On a du mal à payer nos loyers et à finir le mois. La colère est bien là. Ça devient une question de survie.

  • Le Off d’Avignon, entre précarité et succès

    Le Off d’Avignon, entre précarité et succès

    Le Festival d’Avignon, In et Off, se termine ce samedi 25 juillet après trois semaines intenses sur les planches, entre les remparts (et un peu au-delà) de la Cité des Papes. Ce jeudi 23 juillet, l’association Avignon Festival & Compagnies (AF&C) a indiqué que, selon ses estimations, environ 54 % des places mises en vente par les 141 théâtres avaient été vendues. Ces salles ont réalisé 27 000 levers de rideau de 1 812 spectacles.

    Des « chiffres stables », ont estimé, lors d’une conférence de presse, les dirigeants de la structure qui gère et organise l’événement. C’est en effet la première fois, depuis sa création, qu’ils parviennent à disposer d’un chiffre plus précis de la situation. « Il n’y a pas de billetterie centralisée, donc c’est compliqué d’avoir les données exactes. Mais cette année, oui, grâce aux remontées des différents prestataires », détaille Harold David, directeur délégué de l’AF&C. Les chiffres recueillis représentent 52 % de la billetterie totale au 21 juillet, soit 1 371 000 billets sur 2 600 000. Ce qui est « assez représentatif, car il y a une grosse variété et ça va du plus grand, la Scala, au plus petit, le Chapeau Rouge », estime le directeur délégué. Avec des calculs supplémentaires, il est aussi estimé que la billetterie représente 22 millions d’euros de chiffre d’affaires.

    Vision du futur

    Un peu plus de la moitié du taux de remplissage donc. Si, de l’extérieur, les rues pleines, les tractages à la pelle par des compagnies déguisées, souriantes, et les multiples spectacles de rue animent joyeusement les rues d’Avignon, le bilan est cependant presque systématiquement salé pour les compagnies. « Même si c’est tout le temps complet, c’est dur d’être à l’équilibre économiquement. 54 %, ce n’est pas satisfaisant », confirme Harold David, qui a lui-même été comédien et patron de théâtres. « Avignon, c’est stricto sensu déficitaire. Parce que c’est basé sur l’espoir que l’on va être programmé plus tard dans d’autres théâtres et se refaire, en quelque sorte », ajoute Laurent Domingos, coprésident de l’AF&C.

    En fin de conférence de presse, plusieurs compagnies ont également tenu à témoigner. David Nathanson, des Ailes de Clarence, estime que les « chiffres ne disent pas grand-chose de la suite des diffusions des spectacles » et que les « compagnies ne se payent pas à Avignon ».

    Une réflexion sur l’avenir est ainsi nécessaire. Car les budgets ne cessent de diminuer, tout comme les subventions versées par les collectivités. Selon l’AF&C, 80 % des compagnies ne percevaient aucune subvention en 2026, contre 78 % en 2025. « On est à la croisée des chemins. Il faut se rendre compte de la gravité de la situation. Moins d’aides, c’est aussi moins de programmateurs. Ce qui veut dire moins de théâtres et moins de compagnies. Et, à terme, plus de Off si on se projette dans 5, 10 ou 15 ans », alerte Raymond Yana, autre coprésident de l’AF&C. L’organisation rappelle qu’elle a adressé une lettre ouverte aux candidats à la présidentielle et que huit d’entre eux, surtout des personnalités de gauche, se sont rendus à Avignon pour échanger sur la question de la place de la culture dans leur programme. « Il faut interpeller ceux qui font les lois, car on dépend d’eux malgré tout », glisse Raymond Yana.

    Pistes d’amélioration

    D’autres pistes d’amélioration ont été évoquées, notamment concernant l’accueil et les transports, tant pour les spectateurs que pour les compagnies et leurs équipes. « Mon spectacle se tient à 21h. Mais pour rentrer à Nîmes, par exemple, les derniers trains sont dans ces eaux-là et ça me fait perdre des ventes », glisse un festivalier au micro. D’autant que 41 % du public provient du quart sud-est de la France. Un travail est en cours avec le Grand Avignon, notamment sur les transports en commun pour se rendre dans les villes environnantes. « Les habitants des villages d’à côté aimeraient bien pouvoir louer leurs apparts ou leurs maisons. Mais il n’y a souvent pas de transports. Parfois, il y en a même moins que le reste de l’année puisque l’on est en horaires d’été », pointe Laurent Domingos. Il reste un peu moins d’une année pour réfléchir à ces enjeux. Avec, entre-temps, une élection qui risque de tout chambouler.

    REPÈRES

    54 %

    de taux de remplissage estimé dans les salles de théâtre du Off.

    1 400 000

    billets vendus, d’après ces mêmes estimations.

    27 000

    levers de rideau pendant les trois semaines de l’événement.

    22 000 000

    d’euros de chiffre d’affaires ont été générés grâce à la seule vente de billets.

  • [C’est l’été] Au Festival Off d’Avignon, addiction ou nécessité : l’énigme Toumany Coulibaly

    [C’est l’été] Au Festival Off d’Avignon, addiction ou nécessité : l’énigme Toumany Coulibaly

    On n’arrête pas d’applaudir. Il gagne une médaille, la dépose pour revêtir sa panoplie du parfait cambrioleur. Et… Toumany Coulibaly ne compte plus ses séjours derrière les barreaux. Un journaliste, Mathieu Palain, veut s’entretenir avec lui. Subjugué par la dualité d’un homme promis au plus bel avenir sportif et rongé par un démon cleptomane, il veut comprendre, analyser et rendre publique son enquête malgré les réticences de son épouse. Toumany hésite avant d’épancher ses confidences.

    Entre amitié et confiance, l’histoire de ce sportif cambrioleur prend tout son sens comme s’il s’agissait d’un joueur invétéré ou d’un alcoolique impénitent. Peut-on expliquer, à défaut d’excuser, une addiction aussi destructrice pour le voleur comme pour la victime ?

    Adapté du deuxième roman de Mathieu Palain, Ne t’arrête pas de courir oscille entre fiction et réalité puisque ce héros en perpétuelle lutte contre ses démons, aujourd’hui, est vivant et bien vivant. Johanna Boyé et Thibaud Houdinière, séduits par cette destinée digne d’un personnage de Dostoievski, signent une adaptation sans fausse note. Tristan Petitgirard assure une éclatante mise en scène qui suit l’action au plus près : les projections vidéo stylisées concrétisent les divers environnements, hostiles ou libérateurs, où Toumany suffoque ou respire, de légères et hautes structures lumineuses et mobiles créent des décors dans lesquels notre imagination s’envole et les musiques ponctuent solidement les allers-retours émotionnels de Toumany et de Mathieu (frissonnante interprétation en direct de Sara Singer). Des chorégraphies musclées, violentes, suggestives, illustrent charnellement les tourments d’un athlète mutilé par une pathologie mortifère. L’interprétation générale, d’une homogénéité absolue, frôle la perfection. Les deux personnages principaux, tour à tour sympathiques ou exaspérants, ne choisissent pas leur camp. C’est au public de décider. Leurs camarades se glissent dans la peau de plusieurs personnages, savoureux, dangereux ou douloureux. Une panoplie complète saluée par un torrent d’applaudissements avec une standing ovation.

    « Ne t’arrête pas de courir »,
    tous les jours à 11h50 les 24
    et 25
     juillet, et à 13h45 le 23 juillet au Théâtre Actuel.

  • [C’est l’été] Jeux, loisirs et spectacles à Carpentras

    [C’est l’été] Jeux, loisirs et spectacles à Carpentras

    Consacré à la découverte de la nature cette semaine, le Village des loisirs est un rendez-vous estival proposé chaque été à Carpentras.

    Observer et apprendre

    en s’amusant

    Petits et grands sont donc attendus au jardin du château de la Roseraie, dès ce mardi et jusqu’à jeudi pour une nouvelle semaine thématique en collaboration avec l’association Les Francas.

    Au programme, des ateliers culturels, scientifiques ou encore artistiques mais aussi des découvertes et expériences en tous genres autour du vivant, de l’eau, des plantes et des petites merveilles que l’on a parfois tendance à oublier. Un moment familial pour respirer, observer, créer et découvrir. Jeudi, la soirée jouera les prolongations avec une projection en plein air. Le tout accessible gratuitement.

  • [C’est l’été] À Saint-Cyr-sur-Mer, grand show acrobatique et bal populaire

    [C’est l’été] À Saint-Cyr-sur-Mer, grand show acrobatique et bal populaire

    C’est une soirée incroyable qui attend les habitants et vacanciers installés à Saint-Cyr-sur-Mer, ce mardi dès 21 heures, sur ce que la municipalité appelle désormais « Les Terrasses des Lecques ». Un lieu marqué par la fermeture de plusieurs établissements et où la Ville a à cœur de remettre de la vie. D’ailleurs, un embellissement immédiat a été réalisé avant d’engager des chantiers et travaux qui dureront sur le long terme.

    Ainsi, face à cette volonté de redynamiser le site qui vient prolonger naturellement la promenade rose et le Vieux-Port avec une programmation estivale à la fois familiale et variée, pensée comme une scène à ciel ouvert en cette période estivale, petits et grands sont attendus pour profiter du spectacle de l’équipe spéciale des sapeurs-pompiers du Rhône et de la Métropole de Lyon.

    Composée d’une trentaine d’athlètes issus des casernes du Rhône, cette association historique du Service départemental-métropolitain d’incendie et de secours (SDMIS), vieille de 90 ans, réunit plus de 50 membres qu’ils soient sapeurs-pompiers professionnels, volontaires ou jeunes sapeurs-pompiers.

    Un spectacle hors du commun pour les familles

    Au programme, un show unique qui mêle acrobaties, humour et effets pyrotechniques dans une volonté de dépassement de soi. Frissons et émotions garanties pour les petits comme pour les grands !

    Après deux heures de spectacle, la soirée se poursuivra avec un grand bal populaire animé par un DJ jusqu’à 1h du matin sans oublier que food-trucks et buvettes seront installés sur place pour vous restaurer.

    Spectacle à partir de 21h et bal
    à partir de 23h. En accès libre.

  • [C’est l’été] Avignon Off : de farouches volontés à ne pas suivre les règles

    [C’est l’été] Avignon Off : de farouches volontés à ne pas suivre les règles

    Pays Bonheur

    Thierry Pina ferme le troisième volet d’une trilogie d’Emmanuel Darley. Après Qui va là, et Le mardi à Monoprix, il donne la parole à un homme d’ailleurs qui espère échapper à sa vie misérable et atteindre un éden où la vie serait plus douce. Il connaîtra la cruauté, l’inconfort absolu, la peur vissée au ventre. Avec Pays Bonheur Thierry de Pina affirme sa détermination artistique : s’engager dans une lutte sans merci pour une humanité meilleure en dehors de toute idéologie, de toute ambition politique. Utopie ? Sans doute pas : tous ses spectacles voyagent d’un établissement scolaire à l’autre, d’associations humanitaires à d’autres lieux improbables. Dans ce Pays bonheur il montre d’autres facettes de son talent. Il se lance dans la composition de personnages odieux et cupides : les passeurs, un chef de chantier peu scrupuleux… Il réussit à donner chair et âme à des individus qu’on croirait sortis d’un film d’épouvante. Il traque la réalité, mais ne la noircit pas. Elle n’en a pas besoin ! La longue pérégrination qui l’entasse dans les cales aveugles d’un bateau nous laisse pantois, essoufflés, solidaires des souffrances et des humiliations d’un être qu’on a dépouillé de tout : de son argent, de sa condition humaine, de ses rêves. Éjecté dans cet eldorado fantasmé, les conditions criminelles de sa survie sont greffées pour toujours dans sa peau. Comédien aux sourires naïfs ou carnassiers, Thierry donne tout son sens au mot « Misère », tend un miroir à nos indifférences, sans pathos, avec un respect immense pour cet Élias venu d’où ne sait où, pour aller sur on ne sait quelle terre promise. Il lui suffit pour cela de quatre chaises, d’une mise en scène sobre et inventive, signée Emmanuelle Lorre. Son calvaire empathique peut commencer.

    Olympe Audouard

    Personne ne la connaît. Grâce au Théâtre du Petit Monde, quelle délectation de découvrir cette femme aventureuse qui, en plein XIXe siècle, fut non seulement la première femme journaliste, mais la première femme à fonder son propre journal au nom évanescent : Le Papillon. Elle fréquente les plus grands noms de son époque : Théophile Gautier, Dumas et même Victor Hugo. Nous suivons avec passion les heurs et malheurs d’une femme déterminée, plus passionnée que courageuse, nous semble-t-il. Y a-t-il vraiment du courage à se battre pour défendre ce en quoi l’on croit ? Martin Loizillon a mis en scène la pièce de François de Mazières qu’il présente en courts tableaux. Les obstacles s’acharnent contre les projets d’Olympe et les coups durs de la vie ne l’épargnent guère. On enjambe les années avec souplesse. Gwenaël Ravaux dans le rôle-titre, incarne une femme « garçon manqué » mais diablement féminine avec toute sa rouerie et son acharnement volontaire à obtenir ce qu’elle veut, même vis-à-vis du trop sérieux baron Haussmann. Son partenaire, Nicolas Rigas, interprète tous les rôles masculins avec un plaisir communicatif. Sourire au coin de l’œil ou regard noir aux relents machistes, ses compositions sont un vrai régal. Olympe meurt en 1890 à l’âge de 58 ans. Elle méritait largement cet hommage admiratif.

  • [C’est l’été] Ça c’est le Sud ! à La Valette-du-Var

    [C’est l’été] Ça c’est le Sud ! à La Valette-du-Var

    Rires, jeux, chants et belle énergie collective sont au programme pour 3 heures de show spectaculaire
    à vivre en famille
    ou entre amis.

    Spectacle à 21h. Accès libre.

  • [C’est lété] L’opéra investit le Off avec « La Vie de Bohème »

    [C’est lété] L’opéra investit le Off avec « La Vie de Bohème »

    Les plus grands et les plus populaires opéras ont piqué l’imagination de metteurs en scène que les morts de Carmen, Traviata, Liù, Tosca et autres Mimi, ont toujours fascinée. Trempées dans le mélodrame, ces héroïnes meurent dans d’immortelles arias que nul ne songerait à critiquer. Car l’opéra n’entend pas refléter la réalité, il échappe au quotidien, à la médiocrité de nos petites vies. Il veut transporter interprètes et public dans un ailleurs sublime que les voix et l’orchestre exaltent à l’envi. On pleure volontiers à l’opéra. Non pas de tristesse mais du bonheur physique, impalpable, qui tressaille dans notre corps.

    Olivier Desbordes, mentor de la compagnie Opéra Éclaté la bien nommée, a mis plusieurs fois en scène La Bohème de Puccini, c’est dire s’il connaît l’ouvrage dans la moindre note. Il a décidé d’en gérer une adaptation pour des scènes moins ambitieuses et convaincre ainsi les spectateurs novices en la matière, que l’opéra est un art à la portée de tous, à condition d’y entrer sans préjugés, et de se laisser embarquer dans un voyage hors du réel. Avec La Vie de Bohème, il opte pour une version qui réunit de jeunes chanteurs et musiciens bourrés de talent : certains passent d’un instrument à l’autre, d’autres d’un rôle chanté à un violoncelle. Voilà la preuve que nos jeunes artistes n’ont rien à envier à leurs aînés, même si certains rétorqueront que chanter un rôle entier exige plus de métier. Après tout, n’ont-ils pas toute la vie devant eux ? Oublions le XIXe siècle (la création de La Bohème date de 1896), enfilons blousons cloutés, vestes pailletées et guitares électriques façon années 70-80. Les quatre jeunes gens, artistes affamés mais armés d’une solide détermination à être reconnus, volontiers bambochards, brûlent d’un même Fureur de Vivre. L’arrivée de la petite couturière Mimi court-circuite le cœur de Rodolphe. L’aventure amoureuse est en marche. Puccini aime les fins tragiques qui comblent son appétit pour les généreuses envolées lyriques sur d’intenses lignes mélodiques.

    La représentation qu’il nous est donné de voir à Avignon est une intéressante approche d’une œuvre gorgée des sèves de l’amitié et de l’amour. Les voix sont tout à fait agréables, l’orchestre assure avec panache, la mise en scène papillonne au gré des rythmes et des émotions où se glissent quelques anachronismes (merci Dalida et le disco au Palace !). Si les duos, si célèbres, paraissent un peu longuets c’est qu’il leur manque cette distance avec le public, indispensable pour en goûter toute la saveur. Ne doutons pas que cette Vie de Bohème sortira de sa chrysalide dans une salle mieux adaptée. À Avignon, nous en avons eu la primeur, réjouissons-nous et profitons-en.

    « La Vie de Bohème », tous
    les jours sauf jeudi à 18h10
    à la Nouvelle Étincelle.

  • [C’est l’été] Les coups pleuvent aussi sur les planches du Festival Off d’Avignon

    [C’est l’été] Les coups pleuvent aussi sur les planches du Festival Off d’Avignon

    Deux frères

    Ils ont été élevés dans la même famille, ont tout partagé : deux frères comme les autres, sauf que… leur père brutalise l’aîné, Renaud. Les gifles pleuvent pour le plus minuscule prétexte, les coups frappent à la volée. René, le cadet, ne subit aucuns sévices. Que cache cette presque indifférence paternelle ? Pourquoi lui et pas moi ? s’interroge René. Toujours très complices, presque fusionnels, ils grandissent. Au fil du temps, leur connivence débusque par bribes tous les non-dits qui pourrissaient leur enfance, les violences subies mais jamais oubliées. Renaud Merviel a écrit ce vibrant hymne à l’amour fraternel d’où il exclut toute forme de jalousie. Il interprète lui-même le rôle de Renaud avec une fougue juvénile, une fervente complicité avec son partenaire qui le lui rend bien. Quelques notes de piano, un accord de guitare adoucissent le blouson en cuir noir qui matérialise la dureté d’un père malfaisant mais qu’on aime quand même ; « Après tout, c’est mon père » bougonne Renaud devant un paternel gisant à terre qu’il faut relever ou livrer à la police.

    Dans cette tranche de vie, Renaud Merviel dénonce sans fioriture le traumatisme des enfants battus et parvient à écrire une comédie où l’on sourit souvent devant cette bouffée d’optimisme qui ne demande qu’à se développer pour en faire une grande pièce. Alain Degois dit Papy, leur metteur en scène, pourrait bien l’y aider.

    Rosalinde

    Bon, d’accord les conditions de la représentation ne sont pas optimales : une cour aménagée en théâtre avec gradins et coques en plastique, une scène avec de grands panneaux noirs en guise de coulisses, et début et fin du spectacle en plein jour, avec bruits de la rue adjacente… Les comédiens sont obligés de porter la voix à un niveau tel qu’il leur est difficile de jouer les nuances. Pourtant la pièce Rosalinde aurait exigé une intimité très british pour cette histoire inventée par James Matthew Barrie, adaptée par Anne-Hélène Landaret, truffée de didascalies qu’une voix enregistrée égrène en douceur. Dans un salon cossu, méridienne et fauteuil de velours bleu ciel, tapis, service à thé anglais, s’avachit Madame Page, 40 ans, et sa domestique Madame Quickly… Ambiance alanguie dynamitée par l’arrivée d’un fougueux jeune homme, fan de Béatrice Page, fille de madame, comédienne. Rosalinde (clin d’œil à Shakespeare) parle avec ironie du vieillissement, des apparences, avec une légèreté un peu factice. Les comédiens, malgré les difficultés dénoncées, s’en sortent à merveille dans une mise en scène de Mélanie Le Duc, élégante et voluptueuse. On la déguste comme un bonbon anglais.

    « Deux Frères » :
    tous les jours sauf jeudi, à 13h
    au Théâtre de l’Oriflamme.

    « Rosalinde » :
    tous les jours sauf mercredi,
    à 18h55 dans la cour du Roi René.