Tag: spectacle

  • Don Giovanni au pied de la lettre

    Don Giovanni au pied de la lettre

    L’ouverture de saison de l’Opéra de Marseille est d’emblée une réussite. Le Don Giovanni imaginé par Agnès Jaoui a de quoi surprendre par son classicisme assumé. Fosse et plateau contribuent à un succès amplement mérité. La direction musicale de Lawrence Foster est exemplaire de clarté et de concision. Il traduit avec allant le caractère « giocoso » joyeux de la partition. Dès l’ouverture, on est dans un rythme soutenu qui ne faiblira pas. Le maître révèle de beaux moments d’orchestre en détachant les violoncelles avec grâce ou dessinant avec les bois de jolies arabesques dans le trio des masques. Toute l’admirable architecture mozartienne est finement ciselée dans un élan qu’on peut qualifier de juvénile.

    Le plateau a tout pour séduire. Salome Jicia est une Donna Anna de haute noblesse. Le timbre est grave mais agile dans la vocalise. Margaux Poguet chante une Donna Elvira tout en ambiguïté sentimentale, écartelée entre haine et amour. Son jeu la porte vers des noirceurs romantiques. Floriane Hasler est une Zerlina piquante, plus femme de tête que soubrette évaporée. Il faut un Don Giovanni aristocrate et déluré. Dario Solari a le charme vénéneux mais irrésistible du personnage qu’il croque avec gourmandise. Aucune faiblesse, dans la ligne de chant, l’air du champagne est lancé avec toute l’autorité du seigneur sûr de son droit. Marc Barrard est la part comique qui est le sel de ce chef-d’œuvre. Le baryton est à la fois un chanteur d’exception et un comédien à la vis comica réjouissante. L’air du catalogue est un grand moment. Son Leporello est attachant dans son humanité plébéienne. Grâce à Cyrille Dubois, Don Ottavio n’est plus l’amant frustré, pâle copie d’un Don Juan que Donna Anna ne peut oublier. Par son ténor clair, purement mozartien et un jeu très dense, il rend au personnage une virilité et un relief qu’on ne lui soupçonnait plus. La preuve en l’air « Il mio tesoro intanto » longuement ovationné. Le Masetto de Louis Morvan impressionne par l’ampleur du timbre et la beauté de ses graves. Il avait été remarqué in loco dans Ermione, et surtout dans son formidable Fafner du Rheingold de la saison passée.

    Là où beaucoup cherchent dans Don Giovanni des intentions, des sous-textes, des (re)lectures, Agnès Jaoui voit des personnages et des situations. Elle accorde une simple et entière confiance dans le livret de Da Ponte et de ce que la seule musique de Mozart sait exprimer. Don Giovanni retrouve son Espagne natale dans une atmosphère en clair-obscur.

    Romantisme noir

    L’imposant décor gothique signé Éric Ruf et les costumes de Pierre-Jean Larroque plongent le spectateur dans une historicité très premier degré qui a, de fait, quelque chose de rafraîchissant. Les vidéos de Pierre Martin Oriol éclairent l’espace d’une lune dans un ciel étoilé très esthétique. Le dramma-giocoso est pleinement assumé par une mise en scène simple et efficace. Don Juan est un jouisseur narcissique, enivré de sa propre liberté, rien de plus, rien de moins, rien d’autre. D’aucuns pourraient trouver ça un peu court, un peu trop « littéral ». On peut aussi s’en satisfaire pour le simple et pur plaisir de se faire conter une histoire. D’autant plus qu’en femme de théâtre Agnès Jaoui sait conduire ses chanteurs-comédiens. Pas un seul instant on ne perd de vue le propos. En somme, elle ne fait pas semblant de jouer à Don Giovanni, elle s’empare du texte sans le dénaturer tout en le portant vers ce romantisme noir qui a tant fasciné un Hoffmann en son temps. Le pied de la lettre a parfois du bon.

  • Une farandole festive à Avignon après avoir chassé Charles Maurras

    Une farandole festive à Avignon après avoir chassé Charles Maurras

    Sur la place Pie d’Avignon, alors que la nuit tombe et que les lampadaires s’allument ce vendredi 2 octobre en début de soirée, des chants en provençal transpercent le brouhaha des bars. Une centaine de personnes célèbrent la déprogrammation de la lecture d’un texte de l’auteur d’extrême droite Charles Maurras, qui était initialement prévue au même moment à la bibliothèque municipale Ceccano, à quelques centaines de mètres.

    L’association organisatrice de la Semaine provençale avait décidé, mardi 29 septembre, de déprogrammer la lecture, après une demande du maire (DVD) Olivier Galzi, qui s’est dit « favorable au retrait » de l’auteur, « compte tenu de son profil ».

    Pour l’occasion, un événement a été organisé afin de célébrer « la langue d’oc, sa riche histoire et l’immense héritage humaniste et millénaire de sa poésie sans frontières », pousse un collectif constitué de la Ligue des Droits de l’Homme (LDH) Avignon Orange Carpentras, la librairie Youpi !, le Mrap et la CGT Spectacle. Plusieurs prises de parole se sont succédé, entrecoupées de chansons jouées par La Conf du pouet. « Cette mobilisation a payé. Mais si nous sommes réunis, c’est aussi parce que le combat ne s’arrête pas là », lance Fabienne Haloui, présidente de la LDH.

    Grâce à la mobilisation

    Comme la LDH le rappelle, le retrait de la lecture « a été rendu possible grâce à la mobilisation de nombreux citoyens, universitaires et des organisations ». Très rapidement après l’annonce du programme, la librairie avignonnaise Youpi ! avait alerté sur la présence d’un texte de l’auteur antisémite et pétainiste. Par la suite, la LDH, la Libre Pensée 84, Place Publique 84 ou encore La France insoumise Vaucluse étaient montés au créneau afin de réclamer son retrait. « Je suis plongé dans un abîme de perplexité qu’on en vienne à banaliser des auteurs d’extrême droite en 2026 », abonde Guillaume Gourgues, Avignonnais et maître de conférences en science politique à Lyon.

  • Châteauvallon-Liberté s’exporte dans le quartier de la Beaucaire

    Châteauvallon-Liberté s’exporte dans le quartier de la Beaucaire

    Dans un monde idéal, l’art n’a pas de frontières. Dans le monde réel, il ne parvient pas toujours jusqu’à une part de la population. Le décloisonner est donc l’une des principales missions de la scène nationale Châteauvallon-Liberté, la culture se voulant être, par essence, un prérequis à la démocratie.

    Dans cette optique, et car Châteauvallon, comme le théâtre Liberté, ne sont pas des lieux faciles d’accès, tant géographiquement que symboliquement, c’est la scène nationale qui doit parfois venir à la rencontre des habitants de son territoire. Depuis trois ans, elle organise l’opération « Quartiers en liberté ». Après une première édition à Sainte-Musse, puis une deuxième au Pont-du-Las, c’est à la Beaucaire qu’elle a lieu, cette année. Depuis mardi, la compagnie arlésienne de cirque aérien Gratte ciel, qui a notamment participé à la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris 2024, y a posé ses valises pour une résidence artistique d’une semaine.

    Déambulation artistique et spectacle dimanche

    Un rendez-vous préparé en amont. « Avant d’arriver, les artistes ont assisté aux réunions de quartier, rencontré les associations, se sont rendus dans les écoles, explique Tiphaine Samson, directrice des programmations de Châteauvallon-Liberté. Ensuite, pendant une semaine, ils organisent ateliers et rencontres pour aboutir à un grand rendez-vous, un spectacle préparé avec une vingtaine d’habitants, dimanche, auquel tout le monde est convié. »

    Depuis mardi, des mats culminant à plusieurs mètres de haut, des cerceaux et des draps suspendus côtoient des ateliers peinture et chants dans les jardins désaffectés de l’ancienne CAF, avec en toile de fond les immeubles qui se fondent parfaitement dans ce cadre vertical. Tout en préparant la déambulation artistique qui aura lieu en amont du spectacle dominical, petits et grands se rompent aux joutes de disciplines spectaculaires. « Ce sont des publics a priori non conviés, dans des espaces non dédiés, avec des dimensions non conventionnelles. La grande hauteur n’existe pas dans les espaces intérieurs comme les théâtres. Donc l’espace public, c’est une autre relation au public », décrit Camille Beaumier, codirectrice de la compagnie Gratte ciel. Une façon, aussi, de sortir de sa zone de confort pour Stéphane Girard, l’autre codirecteur, qui y voit une métaphore puissante : « Le cirque veut aussi dire prendre des risques et avoir peur. Et cela est éminemment politique, c’est un business pour ceux qui voudraient faire croire que, parce que nous avons peur de l’autre, il faut fermer les frontières. Or, ici, on ouvre les portes parce que la peur fait partie de l’apprentissage citoyen. »

    Naoufel, animateur dans un centre aéré de la ville, qui observe les enfants prendre de la hauteur tels des circassiens de la première heure, acquiesce : « D’habitude, on leur propose plutôt des activités sportives. Là, ils découvrent des activités auxquelles ils ne sont pas habitués, et se rencontrent, créent du lien par la même occasion car ils ne se connaissent pas forcément. » Il a déjà eu l’occasion de participer à des ateliers de Châteauvallon hors les murs étant plus jeune. « J’habitais à Sainte-Musse. Chaque année, il y avait un événement, et on l’attendait avec impatience, se rappelle-t-il. Mais le plus souvent, c’était nous qui allions à Châteauvallon. C’est un grand du quartier qui organisait cela. Ce sont de bons souvenirs, et aujourd’hui, c’est moi qui fais découvrir ça à mes enfants. »

    Gageons que la transmission continuera de se faire, et que cette bulle artistique de quelques jours suscitera l’envie de monter quelques centaines de mètres plus haut, encore, pour prendre place dans le mythique amphithéâtre de pierre de Châteauvallon.

    Rendez-vous devant les anciens Jardins de la CAF – la Beaucaire, à Toulon, dimanche à 15h30, pour la déambulation artistique, suivie du spectacle intitulé « Tawa en Liberté »

  • Spectacle et culture font front commun

    Spectacle et culture font front commun

    Des financements publics en chute libre et un étau qui se resserre autour de la liberté d’expression. » À Marseille, à Avignon comme « partout où il y a des mobilisations », indique Ghislain Gauthier, secrétaire général de la CGT spectacle, les acteurs du monde culturel et du spectacle battront le pavé.

    De la lecture publique à l’audiovisuel, en passant par les écoles d’arts, les opéras, les musées ou les archives c’est un large secteur qui est soumis depuis plusieurs années à des attaques budgétaires. Et les annonces du gouvernement « sur des budgets encore en baisse dans la création et l’audiovisuel, nous font craindre le pire ». Après la crise Covid, après un été caniculaire où de nombreuses représentations ont été annulées, les emplois, notamment les plus précaires, sont à la peine et des structures mettent la clé sous la porte. « C’est sans compter les plans de licenciements invisibles dans le spectacle vivant en raison de créations qui ne se font pas », précise le syndicaliste.

    Face à des financements publics à la baisse, des collectivités se désengagent. « Les difficultés sont multiples. Dans ce contexte de crise budgétaire où nous sommes le premier secteur sur lequel on rogne, nous devons aussi faire face à des programmations annulées par certaines municipalités, d’extrême droite et autres, souligne le secrétaire général CGT spectacle. C’est la liberté de création que nous devons défendre. »

  • [Week-end] « FAUNE », une nature belle et fragile

    [Week-end] « FAUNE », une nature belle et fragile

    Plus qu’une performance d’acrobaties aériennes, « FAUNE » est un questionnement, un positionnement de la place de l’animal mais aussi de la femme dans la société actuelle. Il s’agit de la septième création de Fanny Soriano, artiste aérienne, auteure et chorégraphe au sein de la compagnie marseillaise Libertivore. « Dans ce spectacle, elle y a intégré de la danse aérienne mais aussi de la chanson pour la toute première fois. Dans FAUNE, le rapport au corps est tellurique. Le travail est fait avec des agrès inspirés ou provenant directement de la nature, ici ce sont les bois de cerfs », explique Sarah Mégard, directrice de production au sein de la compagnie.

    à découvrir dès 18h sur le parvis de la bibliothèque départementale Gaston-Defferre, le spectacle « FAUNE » met en scène trois femmes qui, pendant 45 minutes vont se laisser traverser par la figure sauvage du cerf pour explorer le vivant et jouer avec les frontières entre l’humain et l’animal. Il s’inscrit dans la continuité de l’exposition présentée jusqu’au mois de mars au sein du bâtiment, « NOUS, Sorcière & Sauvage » dont une visite commentée sera proposée en amont de la représentation le jour même.

    Une figure puissante et fragile à la fois

    « Dans cette représentation il y a un parallèle très fort entre l’animal et la femme où leur espace commun est mangé par l’homme. L’homme chasseur pour le cerf et l’homme prédateur pour la femme », continue la directrice de production. « Il résonne directement avec l’exposition en cours car il est question dans l’un comme dans l’autre de la place de la femme dans la nature. »

    à la fois gracieux et indomptable, viril et empreint de sagesse, le cerf nourri les légendes et les imaginaires dans de nombreuses cultures et à travers les âges. Depuis la Préhistoire, cet animal fascine par la majesté et sa puissance.

    Nina Harper, Camille Guichard et Victoire Godard auront entre leurs mains des bois de cerf, une mue dont la forme et la couleur semble plus végétale qu’animale et qui donne la preuve visible que tout meurt et renaît, que tout reprend vie.

    Ils deviennent pour l’occasion des agrès et instruments de jeu acrobatique portés par l’élan du mouvement entre envolées audacieuses et encrages au sol délicats.

    « FAUNE » parle de régénération et vous entraînera dans la nécessaire mutation de notre humanité. « La figure du cerf a été choisie parce qu’il a traversé la mythologie et aujourd’hui il se transforme en proie tout comme peut l’être la femme », précise Sarah Mégard.

    Visite commentée à 17h. Infos et réservation : 04.13.31.82.00

  • Le gratin de la rentrée littéraire fait étape à Manosque

    Le gratin de la rentrée littéraire fait étape à Manosque

    Fondé en 1999, le festival littéraire des Correspondances de Manosque revient investir la ville, à partir de ce mercredi. Le comité de programmation a sélectionné « les meilleurs » parmi les 461 romans qui sortent cette année. Les auteurs sont invités à monter sur scène « pour des rencontres classiques, des lectures, des lectures musicales ou encore des concerts », explique Frédéric Vladyslav, coordinateur du festival.

    « Les Correspondances, au départ, ça a été un des premiers festivals de littérature, là où avant, il n’y avait que des salons, où les éditeurs payent un emplacement pour faire venir dédicacer leurs auteurs. Ici, le principe est différent, c’est vraiment une sélection, ce n’est pas sur inscription. Et on les invite, on les défraie, les rémunère. Depuis, ça s’est fait un peu partout. Maintenant, il y a plein de festivals de littérature », relate le coordinateur. « Précurseur » des festivals littéraires, les Correspondances ont ainsi « accompagné le développement de ce type d’événements ».

    « à chaque fois, les trois quarts des sélectionnés pour le Goncourt, le Médicis, le Femina, sont présents au festival », se réjouit Frédéric Vladyslav. Sur les 50 auteurs invités, neuf publient leur premier roman cette année.

    écritoires à disposition

    Pendant tout le festival, des rencontres avec des auteurs se dérouleront en plein air, sur trois places du centre historique de Manosque. Des apéros littéraires, des lectures à voix haute par des amateurs, sont également proposés tout au long du festival. « Une grande partie participe à un club de lecture qu’on anime tous les mois avec la médiathèque. On propose à toutes les personnes qui le souhaitent de monter sur scène pour lire des extraits de romans du festival, en présence des auteurs. C’est souvent la première fois qu’ils entendent leur texte lu à voix haute en public. Ça donne des choses assez émouvantes », constate Frédéric Vladyslav.

    Le festival essaie de travailler avec des scolaires, notamment au travers du Labo de l’édition, organisé depuis plusieurs années avec des lycéens. « Une maison d’édition indépendante nous confie, en juin, des manuscrits reçus pendant l’année. Une équipe va en débattre publiquement, se mettre à la place d’un éditeur pour une discussion sur scène pendant le festival », explique le coordinateur.

    Le soir, des spectacles musicaux, associant auteurs et musiciens, et des lectures sont proposés au théâtre Jean Le Bleu. Cette année, Arthur H sera par exemple sur scène pour un « concert dessiné » avec Alfred, avec qui il a publié une bande dessinée.

    Pendant le festival, des écritoires conçues par des artistes, perchés dans des arbres ou dans des boîtes aux lettres géantes, sont installées partout dans la ville avec du papier, des enveloppes, des cartes postales et des stylos à disposition pour écrire son courrier.

  • Le festival de cirques Jours [et nuits] sur le fil dans les Bouches-du-Rhône

    Le festival de cirques Jours [et nuits] sur le fil dans les Bouches-du-Rhône

    Faire le lien, le lien entre les corps en mouvement, les artistes et un public qui ne se connaissent pas, et pourtant se reconnaissent.

    Vous l’aurez compris, la nouvelle édition du Festival Jours [et nuits] de cirque(s) organisé par le Centre International des Arts en Mouvement (CIAM) est de retour dès ce samedi et jusqu’au 27 septembre avec différents événements proposés dans les Bouches-du-Rhône.

    L’occasion de découvrir ou redécouvrir des compagnies et créations circassiennes mais aussi d’inciter et inviter le public à se laisser surprendre par le cirque, emporter, émouvoir, transcender, déranger ou interroger à travers cet art.

    Cette année, le festival parle de famille, de transmission, de parentalité mais aussi de rôles que l’on reçoit et que l’on transforme. Sous les chapiteaux, dans le Magic Mirrors ou au plus près des artistes, « les corps racontent ce que les mots ne disent pas toujours. Un cirque viscéral, poétique et indocile, qui relie autant qu’il bouscule ».

    Un week-end riche
    en découvertes

    Le premier rendez-vous est donné ce samedi à Aix-en-Provence avec une traversée de la ville au fil de l’eau et plus précisément de ses fontaines. « Le cirque, de fontaine en fontaine » c’est trois parcours de cirque en espace public qui relient les fontaines du centre-ville et la Bastide du Jas de Bouffan, lieu cher à Cézanne exceptionnellement ouverte. Corps en mouvement, gestes suspendus et haltes poétiques, entre patrimoine et cirque contemporain vous attendent gratuitement mais sur réservation entre 11h et 15h30.

    Le lendemain, plusieurs rendez-vous sont donnés sur la place Jean-Pierre Saez à Venelles, au Grand pré de Jouques, à l’abbaye de Silvacane de La Roque-d’Anthéron ou encore au Stadium de Vitrolles. Entre déambulation circacienne, visite-spectacle, solo de jonglage plein d’humour et de cirtuosité et, énergie urbaine brute, toutes les propositions vous attendent entre 11h et 15h30 selon le programme autour d’une appellation commune : « Patrimoine [en mouvement] ».

    Toute la programmation sur le site : joursetnuitsdecirques.fr

  • « L’Eau Des Collines » revisitée en comédie musicale

    « L’Eau Des Collines » revisitée en comédie musicale

    Pour Jean-Jacques Thibaud, une comédie musicale sur son idole était « une évidence ». Sa rencontre en 2016 avec Julien Vallespi, qui a écrit les 22 musiques qui vont accompagner l’histoire de Manon, Jean de Florette et tant d’autres personnages au programme lui a permis de faire de ce rêve une réalité. « Les œuvres de Marcel Pagnol font partie intégrante de ma vie, il y a tout les éléments constituant une histoire passionnante et intéressante à adapter. » L’auteur insiste notamment sur sa relation avec le musicien : « Il y a une forme d’osmose entre nous, nous avons la même fréquence émotionnelle qui fait que les musiques retransmettent parfaitement ma vision ».

    Émotion transmission

    Cette comédie musicale se veut être à la fois moderne avec l’ajout de compositions originales tout en respectant l’histoire mêlant amour, vengeance et rédemption. Rassurez-vous, « ni téléphone ni vidéo ne seront ajoutés au scénario », tandis que « le bossu s’installant à la ferme des romarins sera lui au rendez-vous », précise Jean-Jacques Thibaud.

    Treize acteurs seront sur la scène de l’Odéon du 24 au 27 septembre. Deux représentations sont prévues le samedi. Un orchestre de six musiciens sera de la partie. L’occasion de découvrir l’art d’un auteur qualifié par Jean-Jacques Thibaud « d’intemporel » et « d’universel ». Il faudra peut-être prévoir un paquet de mouchoir. « C’est une pièce qui va droit au cœur, les spectateurs vont sûrement sortir majoritairement émus et bouleversés je pense », affirme Jean-Jacques Thibaud. L’occasion de redécouvrir une fois de plus les collines provençales, peuplées d’histoire et de beauté dont elles ont le secret.

    À partir de 32 euros. Réservations sur : opera-odeon.marseille.fr

  • L’esprit de Rabelais dévore la Friche Belle de Mai

    L’esprit de Rabelais dévore la Friche Belle de Mai

    « Chaque jour passé avec les mots de François Rabelais était un jour arraché à la tristesse », rappelle dans sa note d’intention Malte Schwind. Un « cri de guerre contre la morosité et la méchanceté » asséné par cette figure littéraire de la Renaissance dont la metteuse en scène s’empare dans Rien plus qu’un peu de moelle, qui prend ses quartiers à la Friche Belle de Mai du vendredi 18 au dimanche 20 septembre, dans le cadre du démarrage hors les murs de la saison de La Criée.

    Une création qui part sur les traces de la « substantifique moelle », expression inventée par le manieur de mots et d’esprit hors pair qu’est Rabelais dans Gargantua (1534). Pour aller au-delà des apparences, ce dernier n’écrivait-il pas : « Il vous faut être sages pour humer, sentir et estimer ces beaux livres de haute graisse, légers à la poursuite et hardis à l’attaque. Puis, par une lecture attentive et une méditation assidue, rompre l’os et sucer la substantifique moelle. »

    « Rire contre l’effroi

    que suscite l’époque »

    « Sorte de parodie d’épopée de Gargantua et Pantagruel », les deux œuvres phares de Rabelais, dixit Malte Schwind, Rien plus qu’un peu de moelle est une « plongée dans les plaisirs de la langue » et l’humour corrosif rabelaisien résumait Robin Renucci, directeur de La Criée, au moment de la présentation de sa saison 2026-2027. Une pièce dans le sillage du géant Pantagruel, « né en Utopie » avec lequel les interprètes de la compagnie En Devenir 2 « cheminent de ville en ville dans le pays de France, puis en quête de la Dive Bouteille avec son ami Panurge. Les deux acolytes font de chaque difficulté autant d’occasions pour célébrer la valeur de l’amitié et déjouer le malheur ». En filigrane, écrit encore Malte Schwind, l’histoire initiatique de ces deux compères les pousse à « lutter contre l’hypocrisie, la mélancolie et les choses fortuites qui entravent notre joie de vivre, notre intelligence et notre grandeur d’âme ». La nécessité de l’épicurisme bille en tête, une quête vers l’émancipation jouée dans la langue du XVIe siècle dont les « délires » ne sont en réalité qu’une impérieuse nécessité : « Rire, non pour oublier, mais contre l’effroi que suscite l’époque ».

    Dans Rien plus qu’un peu de moelle, « on découvrira », souligne la metteuse en scène, « que la jouissance que Rabelais nous propose, celle de parler, de boire, de manger, de pisser, de chier… est à l’opposé de la pornographie d’aujourd’hui. Il s’y recherche un raffinement infini et majestueux cultivant ce qui est en excès sur nos besoins, une humanité possible ».

    Vendredi 18 et samedi 19 septembre à 19h, dimanche 20 septembre à 16h. Entre 6 et 26 euros. www.theatre-lacriee.com

  • À Saint-Jean de Védas, la rentrée s’ouvre sur un « Festin de rue »

    À Saint-Jean de Védas, la rentrée s’ouvre sur un « Festin de rue »

    Comme chaque année depuis bientôt 20 ans, Saint-Jean-de-Védas met du baume au cœur de la rentrée avec son Festin de rue, festival des arts de rue entièrement gratuit porté par la Ville.

    Les 12 et 13 septembre, le temps du week-end, le cœur de la commune (rues, places, collège…) se transformera en vaste scène à ciel ouvert. « On fait en sorte de proposer des spectacles pluridisciplinaires et variés : danse, cirque, théâtre, acrobatie… Il y a aussi des déambulations, de la pyrotechnie, des spectacles à destination des enfants, d’autres qui proposent des réflexions sur la société », détaille Inès Niederlaender, chargée de la programmation de la manifestation, également directrice du théâtre municipal Chai du Terral.

    20 compagnies « sélectionnées en me rendant sur différents festivals des arts de la rue en France », composent la programmation « in » du festival. 10 autres, retenues sur candidatures (« cette année on a reçu plus de 60 propositions »), constituent la sélection « off ». « Ces compagnies ne sont ni rémunérées ni défrayées, par contre on prend en charge l’ensemble des repas, on cherche des solutions d’hébergement auprès des habitants et à la fin de la représentation, elles peuvent faire tourner le chapeau », explique Inès Niederlaender. « Dans la programmation, on prête une attention particulière aux compagnies domiciliées dans la métropole, et plus largement dans la région Occitanie. Mais nous avons également convié des compagnies d’autres régions », précise la programmatrice.

    Deux concerts en fin de journée les 12 et 13

    Impossible de lister de façon exhaustive la trentaine de spectacles. Mais un petit aperçu permettra, à la façon d’une mise en bouche, d’en mesurer la diversité et la richesse. On retiendra par exemple ADN, spectacle sur le harcèlement scolaire proposé par la compagnie montpelliéraine La Barak. La représentation se déroulera au sein du collège de la commune, « pour essayer de toucher notamment les élèves confrontés à cette problématique ». Le collège Louis-Germain accueillera également une proposition de la compagnie 800 Litres de paille qui adapte, « de façon très moderne, avec beaucoup d’humour », Le Mariage forcé, un classique de Molière.

    Avec Dark, la Bruital compagnie revisite, de son côté, l’histoire de Jeanne d’Arc dans un spectacle très original tout en mime, bruitage et synchronisation labiale. À ne pas manquer également, le spectacle Les cœurs rouges, de la compagnie Carna, où trois hommes s’emparent de la pole dance, souvent associée à un imaginaire érotique et traditionnellement perçue comme une pratique réservée aux femmes. « Avec cette performance décalée, c’est la masculinité qui va être remise en question. Une voix off féminine accompagne ces chorégraphies et se fait, avec humour, la narratrice du récit sociologique des rapports hommes-femmes. »

    On peut encore citer La Françoise des Jeux, de La compagnie la Gazinière, qui revisite de façon humoristique le fameux loto de la Française des jeux en faisant participer les spectateurs ; ou encore Vent d’ouest, sorte de western aérien porté par la compagnie Les P’tits Bras : « dans ce rêve américain à la sauce Tex Avery, cinq artistes fusionnent voltige aérienne, rodéo audacieux et prouesses de cirque autour de la figure du cow-boy ».

    Enfin, moment clé du festival : la grande déambulation du samedi soir (22h) avec percussions et pyrotechnie, proposée par des artistes du Pays basque (compagnie Deabru Beltzak), s’inspirera d’un carnaval ancestral de cette région. « Une célébration chargée de mystère et de traditions » qui se terminera en musique à 23h avec un concert de l’artiste montpelliérain Yog. Le lendemain à 21h, ce sont Les Barbeaux qui cloront, également en musique, ce cru 2026 de Festin de rue.