Tag: solidarité

  • Le Département débloque un million pour les agriculteurs

    Le Département débloque un million pour les agriculteurs

    L’eau s’est à peine retirée, lundi matin, qu’elle en a laissé des traces fraîches au Mas Compagnon de Raphèle-les-Arles. La boue sur le chemin torturé, la marque du niveau atteint sur la carrosserie d’une Jaguar et, plus problématique encore, le foin de Crau, dont l’odeur âcre a remplacé le parfum habituel des prairies. « Maintenant qu’il n’y a plus d’eau, il faut survivre », résume Manon Bonnet, exploitante au Groupement agricole d’exploitation en commun (Gaec) des Enganes.

    Cette éleveuse de brebis déplore la mort de 150 de ses agneaux, rentrés à l’abri pour être protégés de la pluie annoncée. Ils ont été pris au piège de l’eau, montée très vite mardi dernier, jusqu’à 90 centimètres.

    Il faut trouver du foin

    « On n’a jamais été inondés depuis dix ans que je suis ici, l’eau est montée de 30 centimètres en une heure », relate l’éleveuse. Mais pour les brebis et leurs petits rescapés, d’autres soucis s’annoncent. « Les agneaux sortis de l’eau ont changé d’odeur et les mères ne les reconnaissent plus », explique Manon Bonnet, alors qu’il reste « entre deux mois et deux mois et demi d’allaitement ». Dans cette situation, « l’alimentation est prioritaire », indique l’éleveuse, qui doit investir dans « des granulés à base de lait » pour les agneaux et trouver du foin en quantité suffisante pour compenser les stocks souillés par l’eau. « Nourrir les animaux trois mois de plus au foin aura un impact financier énorme sur l’hiver », détaille Mandy Graillon, 1ère adjointe (DVD) d’Arles.

    C’est pour cela que la présidente (DVD) du Département, Martine Vassal, a annoncé la création d’un fonds de secours exceptionnel d’un million d’euros pour les agriculteurs sinistrés, lors de sa visite au Mas Compagnon, lundi. « Nous intervenons en solidarité des agriculteurs face aux pertes de foin et de luzerne pour alimenter leurs bêtes », explique l’élue. « Nous allons établir les problématiques par catégorie et nous adapterons l’indemnisation aux filières », précise la présidente, rapportant aussi que « les riziculteurs ont perdu la moitié de leur production », soit 2 500 hectares.

    Lucien Limousin , vice-président du Département (DVD) délégué à l’agriculture, indique que l’indemnisation se fera « en lien avec la chambre d’agriculture, les groupements de défense sanitaire » et les associations d’éleveurs pour la prévention en santé animale. Pour l’heure, les élus ne sont pas en mesure d’avancer le nombre d’exploitations touchées, estimant qu’il est encore trop tôt pour dresser un bilan précis.

    L’après-crise occupe déjà les esprits. La présidente du Département indique mandater la chambre d’agriculture pour étudier l’état des nombreux canaux du territoire, pointés du doigt par plusieurs éleveurs pour leur mauvais entretien. « Les canaux à côté des routes n’ont jamais été curés sur la D83 bis », s’agace un agriculteur présent au rendez-vous. « On va vérifier. Si on ne le fait pas tous les 8 ans, on va voir pour le faire tous les 5 ans », conclut Martine Vassal.

  • [Entretien] « 60 enfants dorment à la rue chaque nuit dans l’Hérault »

    [Entretien] « 60 enfants dorment à la rue chaque nuit dans l’Hérault »

    La Marseillaise : Quel est aujourd’hui l’état des lieux du sans-abrisme dans l’Hérault ?

    Elsa Melon : La situation est extrêmement préoccupante et elle s’aggrave rapidement. À l’échelle nationale, il manque au minimum 10 000 places d’hébergement. Mais l’Hérault est encore plus mal loti : nous disposons de 1,4 place d’hébergement d’urgence pour 1 000 habitants pauvres, contre trois en moyenne nationale. Nous sommes donc deux fois moins dotés que les autres départements, alors que l’Hérault cumule les difficultés : chômage, pauvreté, fortes tensions sur le logement et 40 000 demandes de logement social en attente.

    Aujourd’hui, nous estimons qu’environ 2 500 à 3 000 personnes vivent à la rue dans le département, en comptant celles qui vivent dans des squats ou des bidonvilles. Ce chiffre reste difficile à établir. La situation est particulièrement concentrée à Montpellier, où se trouvent également une grande partie des réponses que nous pouvons apporter, mais le sans-abrisme existe également dans la ruralité.

    Que révèle l’activité du 115,
    le numéro d’urgence pour
    les personnes en recherche d’hébergement
     ?

    E.M. : Nous recevons environ 420 appels par jour, ce qui représente quelque 280 ménages en demande d’hébergement. Sur ces 280 ménages, si nous parvenons à en mettre trois à l’abri dans la journée, c’est le bout du monde. Nous sommes à 85% de réponses négatives.

    Le SIAO recense l’offre et la demande d’hébergement dans le département et gère notamment le 115. Nous sommes donc directement confrontés à l’écart entre les besoins et les moyens disponibles. Aujourd’hui, il y a environ 1 300 places d’hébergement d’urgence dans l’Hérault, auxquelles s’ajoutent près de 1 000 personnes mises à l’abri à l’hôtel faute de places suffisantes.

    Qui sont les personnes qui
    se retrouvent à la rue
     ?

    E.M. : L’image que l’on se fait des personnes sans-abri est fausse. Les profils sont extrêmement variés. Il y a des travailleurs pauvres qui dorment dans leur voiture, notamment dans certains secteurs d’emploi comme le BTP ou l’aide à domicile. Il y a des femmes victimes de violences, des familles avec des enfants – environ 60 enfants dorment à la rue chaque jour dans l’Hérault ! –, des femmes enceintes – jusqu’à sept mois –, des personnes en situation de handicap ou encore des retraités qui n’arrivent plus à payer leur loyer et se font expulser. Au-delà du nombre, qui augmente, les personnes arrivent à la rue dans des situations de plus en plus dégradées. On a recensé 15 décès depuis le début de l’année dans l’Hérault ; ça va d’une jeune femme de 24 ans morte de déshydratation à un homme de 86 ans. L’an dernier, nous étions déjà autour d’un décès par mois. Aujourd’hui, nous en comptons entre un et trois chaque mois. C’est extrêmement préoccupant, et ça va de plus en plus vite.

    Dans le même temps, les moyens consacrés à l’hébergement d’urgence diminuent. Quelles sont les conséquences des coupes budgétaires de 2026 ?

    E.M. : Cette année, l’enveloppe budgétaire consacrée à la veille sociale a diminué de 16%. Cela a entraîné des fermetures de places supplémentaires. Parmi les conséquences récentes, il y a notamment la fermeture du service de mise à l’abri de nuit de Coallia. Ce dispositif avait une particularité : l’hébergement est normalement inconditionnel et doit s’inscrire dans la continuité, tandis que cette solution ne permettait une mise à l’abri que pour la nuit. Ce n’était pas satisfaisant, mais cela restait une réponse parmi le peu de solutions dont nous disposions. D’autres places ont également été supprimées, notamment dans le cadre d’une réduction des prises en charge à l’hôtel. Aujourd’hui, on nous demande d’aller encore plus loin, en supprimant 200 places supplémentaires. Ce n’est pas tenable.

    L’argument avancé des économies budgétaires est-il recevable ?

    E.M. : Absolument pas. Mettre une personne à l’abri coûte moins cher à la société que de la laisser à la rue. Toutes les études le montrent : unepersonne en situation de rue coûte entre 18 000 et 20 000 euros à la société. La mettre à l’abri coûte deux fois moins cher.

    Si l’objectif est de faire des économies, il faut donc investir dans le social et dans l’hébergement d’urgence. Notre première revendication est simple : apporter une réponse aux personnes qui vivent à la rue en créant des places de mise à l’abri. Nous demandons que l’on investisse dans le travail social. Lorsqu’une personne est accompagnée et mise à l’abri, elle reste moins longtemps dans une situation de rue qui dégrade sa santé et sa situation personnelle. Elle peut aussi rebondir plus facilement. On est également là pour l’ensemble du secteur associatif des solidarités, très fragilisé. L’hébergement est le bout de la chaîne. Quand tous les leviers de la solidarité n’ont pas pu être actionnés, on arrive à la rue. Si le nombre de personnes sans abri grossit, c’est parce que cette chaîne de solidarité se rompt.

  • Coupe de subventions en vue pour la MJC de Château-Arnoux-Saint-Auban

    Coupe de subventions en vue pour la MJC de Château-Arnoux-Saint-Auban

    L’annonce a été un choc pour les salariés de la MJC de Château-Arnoux-Saint-Auban et les jeunes qui y sont accueillis toutes les semaines : la mairie les a informés de sa volonté de supprimer la subvention de 20 000 euros dont l’association bénéficiait pour la jeunesse. L’agent du CCAS, mis à disposition pour animer le point information jeunesse, va également devoir arrêter sa mission en décembre, sur demande de la mairie. Le point information, qui permet d’orienter les jeunes de 11 à 30 ans vers la mission locale, pour leurs démarches, le permis ou encore la santé, va ainsi cesser d’exister. Une vingtaine de jeunes y sont accompagnés à l’année, et 800 jeunes bénéficient d’interventions et d’ateliers dans leurs établissements scolaires chaque année.

    « Le maire Philippe Bertrand a demandé à nous recevoir pour nous annoncer la coupure de subventions suite à un audit qu’ils ont fait après leur élection. Il conclut qu’il faut faire des économies. C’est tout leur argument », avance Chloé Droulin, coordinatrice de la MJC. « Ils nous disent qu’il n’y a plus d’argent, mais pourquoi c’est sur les jeunes qu’on fait des économies ? », se questionne-t-elle. « Nous sommes prêts à participer à un effort collectif, mais pas supprimer la totalité de la subvention pour les jeunes. »

    Les jeunes à l’origine

    d’une pétition

    Les adolescents accueillis au sein de l’association ont écrit une pétition pour défendre leur MJC. Les jeunes qui siègent au conseil d’administration de l’association vont se réunir à la rentrée pour décider de la suite de leur mobilisation.

    Quand la nouvelle est tombée, « je l’ai très mal pris, je cherchais les raisons, pourquoi nous. J’étais choquée et triste », regrette Isis, 16 ans, habituée du lieu. « J’ai toujours pas compris pourquoi la MJC », abonde Clémentine, 14 ans, qui vient tous les samedis. Seul lieu dédié aux jeunes de la commune, la MJC a accueilli une quarantaine de jeunes depuis janvier, avec un noyau de quinze adolescents qui viennent très régulièrement. Avec la coupure de subvention, l’emploi de Marie Loup-Forest Argemi, coordinatrice du projet jeunesse, est également menacé.

    « On est les seuls à avoir une coupe aussi drastique, mais ils ont annoncé des coupes budgétaires à plein d’autres associations », affirme Chloé Droulin.

    Contacté, le maire Philippe Bertrand n’a pas répondu à nos sollicitations. La pétition* rassemble à ce jour plus de 350 signatures en ligne, et près de 90 en papier, selon Marie Loup-Forest Argemi.

    *change.org/p/pétition-pour-maintenir-l-accueil-jeunes-de-la-mjc-de-château-arnoux-saint-auban

  • Toujours sur le pont à Istres après les intempéries

    Toujours sur le pont à Istres après les intempéries

    La cellule de crise et le point d’accueil d’urgence sont restés actifs tout le week-end. Après les intempéries de la semaine dernière, la municipalité istréenne reste sur le pont pour gérer les dernières difficultés. Celles qui persistent « sont les plus complexes », de l’aveu du maire (LR) Robin Prétot.

    Rassuen et Entressen connaissent des problèmes d’alimentation électrique. « La complexité des diagnostics liés à la problématique de l’eau résiduelle et de certaines architectures ne permettent pas le recours systématique au raccordement à un groupe électrogène », explique la Ville. Les équipes d’Enedis sont sur le terrain et devraient obtenir des renforts. Le retour à la normale ne sera pas dans l’immédiateté, prévient néanmoins la municipalité.

    8 familles relogées par Airbnb

    Les opérations de pompage se poursuivent. Huit familles, dont les maisons sont en danger de péril imminent, sont relogées à moyen terme, le temps d’approfondir les études et d’initier les travaux de sécurisation exigés. La fondation Airbnb a proposé la prise en charge de ce relogement pour près d’un mois.

    En raison des risques de chutes d’arbres, les zones forestières et pinèdes demeurent interdites d’accès. Les abattages se poursuivent selon le degré d’urgence et des risques évalués. Des maraudes organisées par la Croix Rouge, épaulée par des habitants et habitantes bénévoles et des élus, sont toujours en cours pour accompagner au plus près les sinistrés. Trente des 80 personnes qui se sont manifestées auprès de la Ville pour proposer leur aide ont été retenues pour participer l’opération « Coup de main, coup de cœur ». Une solidarité précieuse que salue la majorité.

  • [Kallisté] Intempéries en Corse : après les pluies, le temps de la solidarité

    [Kallisté] Intempéries en Corse : après les pluies, le temps de la solidarité

    À Solenzara, plus de 640 millimètres de pluie sont tombés au cours de cet épisode, dont 538,5 millimètres en seulement six heures. Des précipitations historiques qui ont provoqué d’importantes inondations dans plusieurs communes.

    Malheureusement, ces intempéries ont également coûté la vie à un homme de 65 ans à Ghisonaccia, emporté par les eaux alors qu’il se trouvait dans son véhicule.

    Au-delà des dégâts matériels, on pense évidemment aux familles touchées, à celles qui ont vu leur maison inondée, leurs biens endommagés et qui vont devoir engager d’importants travaux pour retrouver une vie normale.

    Dans ces moments difficiles, la solidarité prend tout son sens. Les pompiers, les agents des collectivités, les services de secours et de nombreux habitants se sont mobilisés pour venir en aide aux sinistrés.

    Un engagement qu’il faut saluer

    Ces événements nous rappellent aussi les conséquences du dérèglement climatique. Si l’on ne peut pas attribuer un épisode météorologique isolé au changement climatique sans étude spécifique, on sait que le réchauffement favorise des pluies extrêmes plus intenses. Espérons que de telles catastrophes ne deviennent pas une habitude pour la Corse et ses habitants.

    Mais face à cette menace, il est indispensable de renforcer les moyens consacrés à la prévention des risques, à l’entretien des infrastructures et à la protection des populations. Car au-delà de l’urgence, c’est aussi notre capacité à anticiper et à protéger les habitants qui est en jeu.

    Aujourd’hui, il faut espérer que les communes et les habitants touchés pourront bénéficier rapidement de tout l’accompagnement nécessaire pour faire face aux conséquences de ces intempéries.

    Une pensée particulière pour la famille de la victime et pour toutes celles et ceux qui traversent cette épreuve.

  • [Rue de la République] Jacques Latil : « Les Restos du cœur des Bouches-du-Rhône ont distribué 3,9 millions de repas en 2025 »

    [Rue de la République] Jacques Latil : « Les Restos du cœur des Bouches-du-Rhône ont distribué 3,9 millions de repas en 2025 »

    Les bénéficiaires des restos du cœur

    Didier Gesualdi : Quel est le rôle des Restos du cœur aujourd’hui ?

    Le rôle essentiel qu’on joue, c’est essayer d’accompagner le plus de personnes possible qui sont dans la précarité. Je parle de précarité alimentaire mais c’est aussi lié au logement. Une étude récente sur nos bénéficiaires met bien en évidence le sans-abrisme et la précarité résidentielle ce qui inclut par exemple les gens qui n’ont pas de domicile mais qui sont hébergés chez un tiers. Elle a été réalisée par cinq chercheurs : deux Américains, deux Français et un Allemand. Plus de 160 millions de données ont été analysées et on s’aperçoit que le sans-abrisme et la précarité résidentielle progressent énormément, on parle d’une augmentation de plus de 60% d’augmentation en quelques années.

    Léo Purguette : On parle de sans-abri mais on a aussi le sentiment que la pauvreté s’étend dans d’autres couches de la société. C’est le cas parmi vos bénéficiaires ?

    Oui, c’est un mouvement de fond depuis plusieurs années. Je suis aux Restos du cœur depuis 2018. J’ai vraiment vécu la crise covid où on a vu arriver de nouvelles populations. On a surtout beaucoup plus de jeunes et un nombre de familles monoparentales qui n’arrête pas de grandir.

    Didier Gesualdi : Des jeunes actifs aussi ?

    Bien sûr. Ce n’est pas parce qu’on a un travail qu’on est protégé de la précarité. C’est vrai pour les jeunes actifs, c’est vrai aussi pour les étudiants. Quand le Crous a mis en place le repas à 1 euro, il a été complètement dépassé. Ça prouve bien que cette jeunesse a du mal à se nourrir correctement et à se loger aussi. Les deux sont liés. Quand je suis rentré dans la vie active, les jeunes étaient totalement autonomes. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. On sait que beaucoup de jeunes sont en colocation en permanence. Il y a un problème sérieux à ce niveau-là.

    Didier Gesualdi : Et ceux qui n’osent pas pousser la porte, peut-être par honte ou pas peur de ne pas être dans les critères ?

    Oui, nous avons des seuils d’acceptabilité c’est normal mais quand une personne dans le besoin vient aux Restos du cœur, elle repart avec un colis de dépannage. La fois d’après, elle est obligée de justifier qu’elle est dans les barèmes que nous appliquons en fonction des moyens que l’on a. Et même si une personne ne peut pas bénéficier d’aide alimentaire, on peut l’orienter vers une aide juridique par exemple quand un papa quitte le foyer sans payer de pension alimentaire.

    L’ENGAGEMENT

    Léo Purguette : Qu’est-ce qui vous a personnellement conduit au bénévolat ?

    J’avais une maman assez branchée sur le milieu associatif ? Ce qui m’a poussé vers le bénévolat, c’est que quand j’étais gamin beaucoup d’adultes se sont occupés de moi. Je me suis toujours dit qu’il fallait que je rende la monnaie. Quand j’étais en activité professionnelle, j’étais assez souvent en déplacement et donc très pris, mais dès que la retraite est arrivée, j’ai tapé à la porte des Restos du cœur des Hauts-de-Seine. La difficulté dans le bénévolat, c’est de trouver des gens qui acceptent de prendre des responsabilités alors on m’a bombardé assez rapidement responsable départemental. Et puis ça a continué ici.

    Didier Gesualdi : Comment vous aider ?

    En continuant de sensibiliser à cette pauvreté… Il y a un paradoxe : les jeunes sont très sensibles à cela, les entreprises le sont aussi. Un peu pour leur image de marque sans doute. Mais à côté de cela on n’arrive pas à satisfaire tous les besoins.

    Léo Purguette : Concrètement comment vous aider ?

    La majorité des bénévoles ont mon âge mais on a aussi des jeunes. Il nous faut des bénévoles volontaires pour prendre des responsabilités et qui nous fassent profiter de leurs compétences professionnelles. L’entrepôt que la CMA-CGM a mis à notre disposition fonctionne avec un responsable approvisionnement spécialisé dans la logistique. Pour nous contacter c’est le 04.96.15.30.20 et par mail à : ad13.siege@restosducoeur.org

    LE NON-RECOURS AUX DROITS

    Didier Gesualdi : Rencontrez-vous des personnes qui ne demandent pas des choses auxquelles elles auraient droit ?

    Oui, je crois qu’à peu près 30% des personnes qui viennent ne savent pas qu’elles ont droit à des droits. On fait en sorte de les interroger pour savoir dans quelle situation elles sont. Nos distributions alimentaires sont ce qu’on appelle des « distributions accompagnées ». Les personnes qui viennent sont accompagnées d’un bénévole, ça permet de discuter avec les gens pour savoir où ils en sont. Est-ce que leur situation s’améliore ou se détériore ? On les aide à prendre les décisions qui s’imposent.

    Didier Gesualdi : J’imagine que cela nécessite aussi de former vos bénévoles.

    Oui tout à fait. On a des formations dans les différents domaines. On fait du juridique, de l’accompagnement scolaire. Pour tout ça, il y a des formations internes qui sont dispensées. On a des formateurs nationaux qui viennent localement et ensuite nos bénévoles qui forment la population.

    LES CENTRES

    Léo Purguette : L’un de vos 42 centres dans les Bouches-du-Rhône, a été touché par les intempéries, comment faites-vous face ?

    Oui c’est en effet un gros problème qui concerne le centre Barbini, celui de la Belle-de-Mai, un quartier en grande difficulté. Il a subi les intempéries et nous avons été obligés de le fermer parce qu’il y avait un risque d’électrocution. Nous avons pris la décision qui s’imposait mais cela touche quand même plus de 400 familles et au total entre 2 000 et 2 500 personnes qu’on ne sert plus. On a alerté la mairie concernée et on a été reçus par le préfet aux solidarités qui a été très à l’écoute de notre problématique. On est en train d’essayer de trouver des solutions. Est-ce que ça va passer par un autre local ? Un transfert ? Un local temporaire ? Au moment où je vous parle on n’a toujours pas la solution.

    LES FINANCEMENTS

    Léo Purguette : L’aide alimentaire a été plusieurs fois menacée au niveau européen. Votre financement est-il garanti ?

    Garanti, je ne sais pas. Il est remis en question régulièrement mais pour le moment on a toujours l’aide de l’Europe sur une partie des produits qu’on distribue.

    Didier Gesualdi : Avez-vous un bilan de l’an dernier ?

    Dans le département des Bouches-du-Rhône, on a distribué 3,9 millions de repas et servi 51 000 personnes. Ça va augmenter cette année c’est sûr. Dans un de nos 42 centres, le centre Paradou, le responsable me disait qu’en 2021 on servait 189 familles et qu’en 2025 c’est 479 familles.

    Didier Gesualdi : La Banque alimentaire qui redistribue via une association comme la vôtre pousse un cri d’alarme et en appelle à la générosité publique.

    Oui tout à fait. Il y a trois semaines nous avons fait une collecte au niveau du département. On est toujours surpris par la générosité de nos concitoyens. On a toujours des grosses inquiétudes avant que les collectes commencent et puis on s’aperçoit que les gens répondent présent. C’est quand même bon signe.

    Didier Gesualdi : Ceux qui donnent ne sont pas toujours ceux qui ont le plus de moyens…

    Exactement.

    Léo Purguette : Les chiffres que vous avancez posent la question de la responsabilité des pouvoirs publics. D’une certaine manière votre action les décharge de leur mission.

    Oui. Ce n’est pas nouveau. Ça s’accentue parce qu’on sent bien qu’il y a une tendance à tout réduire. Les finances sont exsangues donc on s’attend à avoir des difficultés pour avoir autant de financements que précédemment. On cherche d’autres voies. On essaye de récupérer un peu plus de marchandises dans le département pour compenser.

    Léo Purguette : En plus des dons alimentaires, sollicitez-vous des dons financiers ?

    Oui, heureusement qu’on les a d’ailleurs. C’est ce qui permet d’acheter presque la moitié de ce que l’on distribue.

    LE CLIMAT POLITIQUE

    Didier Gesualdi : L’ambiance politique est au repli sur soi. On sait bien que vous ne faites pas de politique mais ce climat ne va pas forcément dans le sens de la générosité à laquelle vous faites appel.

    Oui. Vous savez que le sujet politique, aux Restos du cœur, on garde un peu ça pour soi. Ce qui est normal. C’est d’ailleurs l’une des clefs du système mis en place par Coluche. Cela dit, oui, il y a une inquiétude sur la suite, une incertitude sur ce qu’il va se passer l’année prochaine.

    On a de plus en plus de difficultés à avoir des financements et tout à l’heure quand je vous parlais de la précarité résidentielle, on sait ce que les gouvernements ont à faire pour arranger les choses. 10% de logements sociaux en plus, c’est 10% de personnes accueillies en moins pour nous, parce que ça réduit les problèmes de pouvoir d’achat et de budget qui, aujourd’hui, ne le sont pas.

    LA RÉPUBLIQUE C’EST QUOI?

    Jacques Latil : « La République idéale c’est que tout le monde soit heureux dans son quotidien et vive à peu près correctement. On n’arrivera pas à gommer toutes les formes d’inégalité, mais avec le niveau de richesse que nous connaissons dans certains pays, ce n’est pas normal qu’il y ait autant de pauvres. »

    LA QUESTION DES LECTEURS

    Chaque semaine posez vos questions à nos invités sur lamarseillaise.fr l’une d’entre elles sera tirée au sort comme celle de Maryse :

    On m’a dit que les restos du cœur ce n’est plus seulement l’hiver. Est-ce que c’est vrai?

    À une époque on avait même un barème différent entre l’été et l’hiver, partant du principe que les besoins étaient un peu différents en été mais désormais on ne fait plus de différence entre les saisons. On essaye de faire en sorte que les centres soient ouverts tout au long de l’année, ce qui est compliqué. On conserve notre campagne d’hiver qui sera lancée le 27 novembre. C’est un temps fort et le deuxième temps fort c’est la collecte nationale des Restos du cœur qui aura lieu le premier week-end du mois de mars.

    Aux Restos du cœur on rencontre des gens formidables toute l’année que ce soit au niveau des bénévoles ou des bénéficiaires. Ça fait réfléchir. On se pose des questions. On se demande pourquoi ces gens sont dans de telles difficultés par rapport à nous.

  • L’état attendu au tournant face aux intempéries

    L’état attendu au tournant face aux intempéries

    Soixante-quinze millions d’euros sont inscrits « dans le projet de budget de Sébastien Lecornu pour la dotation de solidarité des équipements communaux ». Le ministre délégué à la Transition écologique, Mathieu Lefèvre (Renaissance), a tendu la carotte à l’issue de sa rencontre avec les maires et représentants des collectivités, ce vendredi, à Grans.

    Quatre jours après les intempéries « centennales », selon le président de la Métropole et maire de Salon-de-Provence Nicolas Isnard (LR), le ministre a assuré qu’« après la commission de mardi prochain, le décret sera pris mercredi ou jeudi pour reconnaître la catastrophe naturelle ». « Les activités économiques, dont agricoles, feront aussi l’objet de solidarité nationale. Pour les collectivités, le gouvernement mobilisera les enveloppes de solidarité exceptionnelles pour les communes comme le fonds hydraulique copartagé entre la préfecture et le Département », détaille-t-il.

    Mais le message peine à convaincre. « Certains maires boycottent votre venue », lance directement le maire de Port-Saint-Louis-du-Rhône, Martial Alvarez (DVD), fataliste : « Les effets d’annonce seront vite emportés […]. Vous n’aurez pas les moyens budgétaires de modifier le projet de loi de finances », le PLF. Depuis sa cellule de crise, la même colère perce dans la voix de Vincent Goyet, maire (LR) de Saint-Mitre-les-Remparts, où une victime est à déplorer. « Nous vivons au quotidien des violences, mais les plus insupportables sont celles des règles absurdes et des manques de moyens », assène l’édile. « J’entends ce que vous dites, mais l’État s’applique une contrainte plus grande encore », rétorque le ministre.

    « Quand on fait, ça paye »

    Face à lui, les élus sont unanimes. « Nous avons vécu le dérèglement climatique, il est là et on a besoin d’être aidés », plaide le maire (PCF) de Port-de-Bouc, Laurent Belsola. « Nous sommes les remparts de la République, mais nous arrivons à un point de rupture avec ce PLF qui pourrait faire tomber ces remparts », prévient l’édile. Sur ce sujet, Michel Illac (DVG), maire d’Ensuès, complète, à distance : « Nous avons moins été impactés car des travaux ont été faits. Donc quand on fait, ça paye ».

    Les élus sont aussi force de proposition. « Donnez-nous les moyens, comme avec le Fonds vert, on connaît nos communes, on sait où ça inonde et comment on peut aménager », souligne Maxime Marchand (EELV), de Sausset-les-Pins. « Exemptez de taxes comme la FCTVA les villes reconnues en catastrophe naturelle », propose Frédéric Vigouroux (DVG), depuis Miramas. Ce dernier pointe aussi le souci des canaux d’irrigation gérés par des Associations syndicales autorisées (ASA) : « Ils ont débordé, il faut réfléchir à une nouvelle réglementation et investissement car ils sont dans un état complexe. » Nicolas Isnard retient que « mobiliser l’armée dans ces moments est précieux » et appelle à « exonérer de baisse de dotation les villes impactées ».

    Si les finances ne relèvent pas directement de son portefeuille, le ministre propose de suivre les diverses propositions. Du reste, « la méthode » proposée est « que Nicolas Isnard et Martine Vassal recueillent les demandes budgétaires ». « Je sais que c’est dur, mais pour que l’État reste fort, il faut que nos comptes soient en ordre et je sais que je peux compter sur vous », conclut le ministre, avec clause de revoyure « d’ici la fin de l’année ».

  • Rénovée, la dalle contre la pauvreté a été inaugurée à Marseille

    Rénovée, la dalle contre la pauvreté a été inaugurée à Marseille

    Située sur le parvis du parc du 26e centenaire – Jean-Claude-Gaudin (10e), elle symbolise l’engagement de Marseille à lutter pour résorber la pauvreté. Karim Touche a renouvelé « le soutien de la Ville à ATD Quart-Monde et à son combat pour la dignité humaine et à l’accès aux droits. La lutte contre la misère exige un engagement durable des pouvoirs publics et de toute la société. Il est important de rappeler le lien indissociable entre dignité, juste et paix, en affirmant que la misère n’est pas une fatalité et que la dignité n’est pas négociable. »

  • Résilience et solidarité au lendemain des intempéries

    Résilience et solidarité au lendemain des intempéries

    Adossé au capot de sa voiture, Arnaud boit un verre de blanc entouré de ses fils et de ses amis. « On se laisse pas abattre », plaisante-t-il, alors qu’il prend une pause dans le vidage de sa maison. Derrière lui, des tas d’affaires détrempées. Hier, ce Saint-Mitréen a « tout perdu ». L’eau a commencé à pénétrer son foyer dès 4h du matin, avant de devenir un véritable torrent et de tout dévaster sur son passage. Son voisin d’en face, emporté par les flots, est décédé. En contrebas, une 208 rouge embarquée jusque dans l’étang de Berre témoigne de la violence du phénomène auquel ont dû faire face les habitants de Massane.

    Au lendemain des intempéries, Arnaud répète : « On va s’en sortir, ça va aller », les yeux embués. « Sur le coup, on réagit, confie-t-il. C’est après qu’on a peur. » Le traumatisme est là. Heureusement, la solidarité aussi. Ses amis, Lucie et Benjamin, sont venus d’Istres pour prêter main-forte. « On a eu 80 cm d’eau dans la dépendance, raconte le couple. Au départ, on était angoissés, mais quand on a vu ce qui se passait ailleurs, on s’est dit qu’on était chanceux. »

    Revoir le schéma

    de risque inondation

    La veille, des centaines de foyers ont été détruites lors d’un épisode méditerranéen d’une ampleur exceptionnelle, la tempête Adam. Dans l’Ouest des Bouches-du-Rhône, plus de 300 mm de pluie sont tombés en moins de 24 heures par endroits. Ce mercredi 21 octobre, la présidente du Département (DVD), Martine Vassal, est allée à la rencontre des sinistrés dans les communes les plus touchées. Elle annonce la création d’un fonds de soutien doté d’une « première enveloppe » de 5 millions d’euros « pour pouvoir aider à la reconstruction des équipements qui ont subi des dommages ». « On est de tout cœur avec les victimes, affirme-t-elle. C’est choquant, surtout un événement qui ne s’est jamais vu de cette importance-là. Donc il faut prévoir les choses, le Département est aux côtés des maires. » Les modalités d’utilisation seront déterminées à l’échelle communale.

    À Saint-Mitre-les-Remparts, la priorité des prochains jours est de « libérer les voies, nettoyer les routes, les sécuriser avec l’aide du Département », détaille le maire (DVD), Vincent Goyet. Au-dessus du hameau, des gravats entravent la route des Plages, où quatre voitures ont fini dans le fossé. À l’échelle des Bouches-du-Rhône, une trentaine de voies départementales ont été endommagées. Une centaine d’agents sont sur le terrain pour rétablir la situation. La direction des routes affirme : « Il est encore tôt pour évaluer les dégâts, mais des analyses seront réalisées au cours de la semaine ».

    Une fois ces urgences réglées, Vincent Goyet souhaite engager une réflexion sur la « gestion du risque inondation avec l’aide de la Métropole et de la Région ». Dans cette petite commune de 6 000 habitants, le sous-dimensionnement du réseau d’eaux pluviales a signé le destin du quartier de Massane. Entre deux habitations, la roubine « mère » a cédé sous la pression du flux, emportant avec elle un mur entier. « On est ici dans l’axe de vallons agricoles qui ont concentré des eaux de ruissellement, c’est de là qu’est venue la difficulté, même si on n’avait jamais connu un tel événement, précise l’édile. Il faut qu’on repense un schéma qui soit à la hauteur de ces risques exceptionnels, qui doit nous conduire notamment à redimensionner et aménager roubines et bassins de rétention. »

    Arnaud se remémore : « Il y avait déjà eu des travaux pour renforcer les infrastructures, pendant dix ans, on n’a plus eu de problème, et là, on vient de prendre un truc hors norme. Après, on est sur une zone à risques. C’étaient des cabanons ici historiquement. On gère avec l’héritage ». Un héritage lourd à porter. Dans sa maison, l’eau est montée jusqu’à 1,5 m. Les portes-fenêtres ont été arrachées, les meubles en bois massif déplacés, les objets balayés. « Ça a fait une vague qui a tout explosé. » « Maintenant, il faut attendre l’expert de l’assurance et obtenir la reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle », résume-t-il. Les maires des communes affectées et la présidente du Département en ont fait la demande auprès du préfet.

    Les pompiers des Bouches-du-Rhône indiquent que 760 pompiers, ainsi que des renforts extra-départementaux, ont été présents sur le théâtre des opérations, mercredi, avec 400 interventions recensées.

  • Les commerçants de Toulon solidaires face à la casse et aux pillages

    Les commerçants de Toulon solidaires face à la casse et aux pillages

    On les reconnaît aux panneaux de bois qui ont temporairement remplacé les vitrines brisées. Treize commerces toulonnais ont été la cible de casse et de pillages en marge de la manifestation de samedi. Si certains n’ont pas encore pu rouvrir leurs portes, la plupart, comme le concessionnaire moto Audemar, situé boulevard de Strasbourg, sont revenus à leur quotidien en début de semaine. « On ne lâche rien, on reste ouvert pour nos clients, on est opérationnels à 100% », affirme Céline Audemar, cogérante de l’entreprise familiale, fondée en 1922 dans les mêmes locaux, et qui a « survécu aux bombardements de Toulon en 1943 », raconte Christian, son père, toujours aux affaires. C’est la première fois que la boutique, dont une vitrine a été brisée, du matériel (casques, gants…) volé, et des motos endommagées, subi de tels dégâts.

    Samedi prochain dans les esprits

    Si « tout était sécurisé samedi grâce à l’intervention rapide de la police », et s’ils peuvent compter sur des « amis, commerçants, clients, élus, qui ont témoigné leur soutien, aidé à remettre en état ou proposé de l’aide », « les pertes financières sont importantes », déplore Céline, et ne sauront être compensées par les assurances, dont « les cotisations vont beaucoup augmenter ». Elles n’effaceront pas non plus « la peur et l’inquiétude que ça arrive à nouveau », appuie Adrien Audemar, frère de Céline et cogérant, tout de même « heureux de voir la solidarité » organisée autour d’eux.

    Une solidarité devenue un maître mot dans le monde du commerce, alors que l’acte II de la manifestation est annoncé pour ce samedi. « On fait remonter les craintes, pour être en sécurité lors des prochains événements », explique Thomas Bredolese, restaurateur et président des Vitrines de Toulon, l’association des commerçants du centre-ville, qui a participé à une réunion avec la mairie mardi après-midi.

    En attendant les annonces de la préfecture au sujet du dispositif de sécurité, ce mercredi, « on réfléchit à comment accompagner les commerçants touchés, qui ont subi un vrai choc psychologique », soutient-il. « On leur dit de prendre des photos des stocks avant samedi, on réalise un sondage pour quantifier les impacts, même indirects, auprès de tous les commerçants. On fera tout pour apporter un maximum de soutien. »