Tag: Social

  • Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent

    Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent

    Ils détonnent dans une société dominée par l’individualisme, le narcissisme et le chacun pour soi. Ils ne sont pas des self made men fabriqués pour nous vendre le mirage de réussites à l’américaine. Ils ne sont pas des influenceurs décérébrés, prêts à tuer père et mère pour faire du clic. Pas plus que des vedettes de téléréalité qui étalent leur vacuité à longueur d’antenne.

    Ce sont des femmes et des hommes, des travailleuses et des travailleurs ordinaires. Ils pourraient être votre voisin, votre collègue, votre cousine. Mais ce qu’ils ont accompli en 2025 est extraordinaire. Qu’ils se soient battus pour leurs emplois, leurs salaires, leurs pensions, l’intérêt des usagers, la paix, la culture émancipatrice… Ils ont marqué l’actualité de notre région par leur détermination, leur sincérité, leur combativité, leur humanité. Et surtout leur goût de l’action collective.

    Force collective

    Car si La Marseillaise choisit de mettre en lumière celles et ceux qui ont incarné les combats du monde du travail dans l’année qui vient de s’écouler, rien n’aurait été possible sans le collectif qui les a entourés.

    À leur échelle, ces working class heroes de notre temps ont mis le renoncement en déroute et ouvert des brèches dans la chape du fatalisme qui pèse lourdement sur le monde du travail. Ils ont rappelé que la richesse ne provient que du travail et qu’à ce titre, les producteurs disposent d’une force incommensurable.

    Ils ont démontré qu’ils sont vivants, pleinement vivants.

    Comme l’écrivait si bien Victor Hugo, « ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent ».

  • Ces visages de luttes sociales en 2025

    Ces visages de luttes sociales en 2025

    Pour les conditions de travail, les salaires ou la pérennité des emplois et des outils de production, sans oublier la réforme des retraites… les exemples existent de victoires possibles. Et les travailleurs sont aussi montés au front pour défendre des valeurs, contrer l’extrême droite, s’opposer à la guerre menée par Israël dans la bande de Gaza ou, simplement, faire respecter le droit syndical.

    Ce sont ces luttes que nous mettons aujourd’hui en avant en zoomant sur celles et ceux qui ont incarné ces combats toujours collectifs.

    Jean-Michel Roccasalva, CGT Centrale de Gardanne

    L’aboutissement de sept années de lutte

    Une année intense, entre tensions et optimisme : « Depuis trois ans, chaque année qui démarre nous met dans de meilleures perspectives et c’est une bonne chose », pousse Jean-Michel Roccasalva, secrétaire général de la CGT Centrale de Gardanne. Et pour cause, 2025 débute par le relancement de l’activité. Puis, viennent les premières réembauches après sept années de lutte acharnée et grâce à un projet de biométhane porté par l’association des travailleurs de la centrale. « Le site serait totalement plié si la CGT et les travailleurs n’avaient pas mis un niveau de combativité et de détermination tel qu’on a pu le faire », pousse le syndicaliste. « Pas toujours dans la facilité, quelquefois dans la douleur : il y a eu des licenciements, des divorces, des attaques personnelles, mais aussi une usure. La charge mentale a été lourde pour tout le monde et même pour ceux qui n’étaient pas concernés par le PSE », tient-il à souligner.

    Pour lui, l’année 2026 sera « charnière à l’aboutissement du projet sur les 20 années à venir ». Sans oublier l’aspect politique avec des échéances électorales à venir, dont les élections municipales restent le fait majeur, si une dissolution n’est pas prononcée au cours de l’année. « L’enjeu politique est étroitement lié avec le dossier de la centrale. On reste quand même très vigilant, parce que malgré tout les expériences du passé nous ont prouvé qu’il y a eu des écrits qui n’ont pas été respectés. »

    Laureen Piddiu

    Renaud Henry, CGT Énergie Marseille

    La « belle lutte » des énergéticiens

    « Ca a été un peu intense, difficile d’y entrer, mais aussi d’en sortir. » C’est ainsi que Renaud Henry, secrétaire général de la CGT Énergie de Marseille, résume la grève de septembre. Revendiquant une augmentation des salaires et une baisse de la TVA sur les factures, les énergéticiens ont tenu plus de trois semaines sur le piquet de grève. Un combat soutenu par le PCF local, des cheminots, des portuaires et même des agriculteurs. « C’était une belle lutte, on était en 24/24, les week-ends, la nuit et tout ça en occupation illicite », relate Renaud Henry.

    Mais « le combat n’est pas terminé », assure-t-il et précise que « [ce mouvement] a permis d’ouvrir des négociations, toujours en cours, au niveau de la branche, en ce qui concerne à minima la prise en compte de nos revendications salariales ». Il est prêt à mener la bataille. « Chez les électriciens gaziers, les employeurs s’en mettent toujours plus dans les poches, les dividendes remontent en permanence tandis que le monde du travail n’a jamais le fruit de ce qu’il produit », dénonce-t-il.

    Durant l’année écoulée, il a été de toutes les manifestations, battant le pavé contre l’austérité budgétaire ou pour la fin des bombardements dans la bande de Gaza. Souvent, le micro à la main sur le toit du camion bleu emblématique de son secteur, ou plus discrètement en tant que citoyen engagé. « Le combat dans les années à venir sera celui contre la répression et contre la montée de l’extrême droite. Les deux étant liés », prévient-il.

    L.Pi.

    Zidane Merabet, CGT ArcelorMittal Fos-sur-Mer

    Pour un site classé amianté

    Plus de deux mois après l’incendie qui a mis à l’arrêt l’aciérie d’ArcelorMittal, l’activité a repris le 22 décembre dernier à Fos. Une bonne nouvelle qui ne doit pas éclipser le manque d’investissement dans l’appareil industriel qui date de 1974, selon la CGT. « On est toujours sur du système D, une marche dégradée sur une modification d’installation classée », dénonce Zidane Mérabet, élu au CSE. « Il n’y a pas de réparation, pas d’investissement digne de ce nom. » Le syndicat demande « la décarbonation pour la pérennité du site, des emplois et pour la sécurité des travailleurs ».

    La CGT milite aussi pour que le site soit classé amianté. Après avoir été reçu au ministère du Travail le 17 novembre, elle avait obtenu un délai pour apporter des pièces justificatives supplémentaires prouvant l’exposition de près de 600 travailleurs bénéficiant d’un suivi médical renforcé en lien avec le matériau cancérogène, dont « 363 de manière récurrente depuis des années », soit plus de 15% de la masse salariale.

    « Au total, en comptant tous les salariés entrés et sortis du site sur la période, l’allocation des travailleurs de l’amiante concernerait 6 000 personnes », affirme Zidane Merabet. Les documents envoyés ont été réceptionnés le 5 décembre. Pour maintenir la pression, l’organisation syndicale a adressé une lettre au ministre du Travail Jean-Pierre Farandou, lue dans l’hémicycle par la députée LFI Alma Dufour, mardi 9 décembre. « Je pense qu’on aura une réponse fin janvier », glisse l’élu syndical.

    Alice Magar

    Christophe Claret, CGT Port et Docks de Fos-sur-Mer

    Les portuaires contre la guerre

    Alors que les bombardements israéliens ravagent la bande de Gaza, à Fos, les dockers montrent que la mobilisation de chacun peut faire la différence face au génocide perpétré contre les Palestiniens. Le 4 juin, ils annoncent par voie de communiqué refuser de charger des maillons de l’entreprise marseillaise Eurolinks à destination du port d’Haïfa, dans le Nord d’Israël. « Quand on a été averti qu’il y avait des composants, des matériaux militaires et des pièces détachées d’armes, on a refusé de les embarquer », se souvient Christophe Claret, secrétaire général CGT des dockers et portuaires de Fos. Trois conteneurs sont bloqués. Cette action est saluée de toutes parts, au delà des frontières hexagonales. « On est opposé à toutes les guerres, on est pour la paix entre les peuples », martèle le représentant syndical.

    La guerre peut aussi être sociale. C’est ainsi que les portuaires ont continué à « combattre la réforme des retraites et obtenu une cinquième année de pénibilité », rappelle Christophe Claret qui, toute l’année durant, « est intervenu un peu de partout pour le développement du port de Marseille-Fos ».

    L.Pi.

    Anaïs Pascual, CGT Primark à Toulon

    Le respect syndical dans le commerce

    « On est maltraités. On est en sous-effectif. On nous demande de travailler pour dix personnes, de tenir la barre, d’en faire toujours plus… Tout ça pour être des travailleurs précaires à temps partiel », entonne ce jour-là au mégaphone la secrétaire générale de la CGT Primark La Valette, Anaïs Pascual, dans le magasin d’Avenue 83. Nous sommes le 7 mai 2025 et une opération coup de poing d’envergure est en cours dans le magasin. Avec 250 manifestants venus dire stop à la maltraitance et aux entraves à la liberté syndicale.

    Un combat sans faille mené tout au long de cette année comme des précédentes qui a payé, avec une belle progression du syndicat lors des dernières élections professionnelles, qui est passé de 17% à 25%.

    De quoi rendre encore plus déterminés en 2026 les salariés de Primark accompagnés par la CGT. Bien décidés, confirme Anaïs, à continuer à « s’opposer à la pression de la direction sur la force de travail afin réduire les coûts aux détriment des personnels ».

    Thierry Turpin

    Khalatoumi Ibouroi, CGT Pamar Marseille

    Debout face aux intimidations et menaces

    Après deux ans de lutte et de piquets de grèves, c’est une nouvelle victoire que les salariées de la blanchisserie Pamar ont obtenu le 12 décembre. La cour d’appel d’Aix-en-Provence a de nouveau donné raison aux petites mains en obligeant l’entreprise Pamar, sous le giron du GIE Sainte-Marguerite, à réintégrer les employés. Un combat long et semé d’embûches qui a permis aux travailleurs « de connaître leur droits et leur valeur », affirme Khalatoumi Ibouroi, ancienne déléguée syndicale CGT, qui a souvent été la voix de cette lutte.

    Un combat qui débute lorsque certains salariés reçoivent des menaces de morts et des intimidations de la part de leur cheffe d’équipe, en décembre 2023, après avoir alerter l’inspection du travail sur des manquements en terme d’hygiène et de sécurité. Face à ces menaces, les salariés font valoir leur droit de retrait. Une mobilisation qui n’a pas plu à la direction, qui les licencie en mai 2024. Mais après le conseil des Prud’hommes, c’est donc la cour d’appel qui s’oppose à ces licenciements et impose la réintégration de tous les salariés.

    Mais pour Khalatoumi Ibouroi et ses collègues, le combat n’est pas fini : « La directrice des ressources humaines nous a dit qu’aucun plan d’action n’allait être mis en place, c’est-à-dire que la cheffe d’équipe qui nous a menacé devrait rester. Donc, ce n’est pas fini. »

    Eva Janus

    Claude Mas, Union syndicale des retraités CGT Bouches-du-Rhône

    Les retraités en première ligne

    Alors que le mouvement social a imposé le thème des retraites dans le débat public, les retraités eux-mêmes ont été pointés du doigt comme des privilégiés dans le discours médiatique dominant au moment d’imposer de nouvelles coupes budgétaires. « Il n’y a pas de retraités privilégiés, contrairement à la vieille rengaine du gouvernement et du patronat », tient à rappeler la secrétaire de l’Union syndicale des retraités CGT dans les Bouches-du-Rhône, Claude Mas. Si le Parlement a reculé sur l’abattement fiscal des retraités ou la franchise médicale, « c’est révélateur de ce que le gouvernement veut faire, prendre dans la poche de ceux qui en ont le plus besoin ». Dans ce climat, l’USR CGT 13 s’est largement mobilisée, souvent en intersyndicale, au mois de février pour la gratuité des transports en commun, en mars pour défendre la Sécurité sociale, en octobre pour les retraites complémentaires, en novembre contre les projets de loi de finances. « Les retraités sont constitutifs du rapport de force pour défendre nos revendications », appuie Claude Mas. Soulignant l’engagement pour la paix, qui l’a particulièrement marquée, de ceux qui ont connu la guerre. « La colère est intacte », insiste-t-elle, en annonçant une manifestation dès le premier trimestre.

    Yves Souben

    Catherine Lecoq, Syndicat français des artistes interprètes de la CGT Bouches-du-Rhône

    En grève contre l’extrême droite

    Il aura suffi de huit grévistes pour faire annuler la soirée du bien commun, événement caritatif associé à la figure conservatrice de Pierre-Edouard Stérin, qui devait avoir lieu au 6mic, à Aix-en-Provence. Lundi 6 octobre, jour de programmation de l’événement associé au milliardaire, ils étaient une trentaine sur le piquet de grève à soutenir les grévistes.

    Parmi ces syndicalistes, Catherine Lecoq. La conseillère nationale du Syndicat français des artistes interprètes de la CGT porte haut, dans ses combats, la lutte contre la bataille culturelle menée par l’extrême droite. « Lorsque l’on a appris que la nuit du bien commun, dont les liens avec l’extrême droite avaient été révélés dans L’Humanité, venait à Aix-en-Provence, dans une salle gérée en partie par la Ville, on a voulu l’empêcher en intersyndicale », explique la comédienne.

    Après avoir essayé d’interpeller la municipalité et la Métropole, c’est par la grève que les syndicalistes ont décidé d’agir. En faisant marcher son réseau, Catherine Lecoq a pu convaincre les techniciens de faire valoir leur droit de grève pour empêcher la tenue de l’événement. « Cette victoire prouve que quand on s’organise et qu’on fait valoir notre droit de grève, cela fonctionne », affirme la comédienne.

    E.J.

  • Du cœur à l’ouvrage

    Du cœur à l’ouvrage

    Un jeune homme de 35 ans est mort de froid, à Reims, la nuit de Noël, « dans son coin où il avait l’habitude d’aller », précise l’équipe de maraude qui le connaissait bien à notre confrère de l’Union. Il s’appelait Morgan. Deux autres sans-abri sont morts en l’espace de quelques jours à Nantes, durant les fêtes, un autre encore a trouvé la mort dans l’incendie d’un box de parking ce samedi à Paris… L’an passé, plus de 900 sans domicile fixe sont décédés en 2024, selon le collectif Les morts de la rue. La mort rôde, la nuit, le jour dans les rues de nos villes, avec pour alliés le froid, la malnutrition, les pathologies diverses et variées dont souffrent les SDF, les addictions « pour tenir le coup », et cette indifférence quotidienne aussi.

    Bienveillance anonyme

    Pourtant, de petites mains, par centaines, par milliers, ont décidé de se regrouper et de se battre, pour redonner courage, offrir des repas, des couvertures, de la chaleur humaine, une oreille attentionnée, dépourvue de jugement. Pour considérer l’autre pour ce qu’il est, un être humain en difficulté. Cette grande bienveillance, discrète, anonyme, sans couronne de lauriers, mérite tout notre respect. Et un soutien inconditionnel. Mais la volonté ne peut pas tout. Les coupes budgétaires qui se succèdent et encore annoncées pour l’année à venir toucheront immanquablement les services de l’État dédiés les collectivités et l’ensemble des trop frêles dispositifs d’aide mis en place par ou avec les associations et les bénévoles œuvrant chaque jour sur le terrain. Dire « stop » à ce macabre décompte est aussi un choix politique à l’échelle nationale.

  • [Rétro 2025] Hérault : avec des budgets sabrés, la culture en grand danger

    [Rétro 2025] Hérault : avec des budgets sabrés, la culture en grand danger

    « Un plan social du spectacle vivant. » Pour la directrice du théâtre Molière à Sète Sandrine Mini, l’année 2025 fut funeste pour la culture. Premier responsable : l’État, qui s’est lancé dans une vague austéritaire – dont 250 millions d’euros pour la culture – impactant également les collectivités locales et les obligeant à réaliser des coupes drastiques dans leurs budgets. Mais c’est sans doute la décision du président du Département de l’Hérault Kléber Mesquida (PS) qui a mis le feu aux poudres. En annonçant supprimer 100% des subventions non-obligatoires du secteur culturel, ce dernier avait provoqué une forte mobilisation des acteurs héraultais, en mars, venus se battre pour sauver les meubles. Des meubles un peu sauvés puisqu’au final, la baisse des subventions a été moindre que prévue. L’Hérault n’est pas seul sur le banc des accusés. Tous ont dû faire les frais des mauvais choix de l’État – La Marseillaise avait organisé un débat sur le sujet, à Nîmes le 11 mars. La Région Occitanie a baissé de 5% les aides accordées aux grosses structures, le Gard semble avoir un peu mieux résisté bien qu’annonçant réduire de 100 000 euros la voilure de son budget culturel et déprogrammer des événements.

  • Les jeunes placés de Bois Fleuri reçus au Département

    Les jeunes placés de Bois Fleuri reçus au Département

    « On voulait surtout que la date de fermeture du centre de Bois Fleuri soit décalée, mais je pense que ça n’arrivera pas. » Shayma, l’une des jeunes majeures hébergées dans les appartements de la maison d’enfants à caractère social (Mecs) Bois Fleuri, se désole que le rendez-vous ce vendredi au conseil départemental 13 n’ait pas changé la donne. La fermeture de la structure, prévue ce lundi, a été annoncée le 10 décembre par un arrêté départemental pour cause d’« encadrement défaillant mettant en danger ces enfants », expliquait le Département dans nos colonnes le 18 décembre.

    Cette fermeture est jugée précipitée pour les 18 jeunes du service autonomie de la Mecs qui ont décidé de s’organiser pour se faire entendre. Ce vendredi, Shayma, 19 ans et Yassmine, 18 ans ont donc été reçues par le conseil départemental 13. « On voulait juste changer de date [de fermeture], explique Shayma. Là c’est juste avant les fêtes. C’est terrible parce qu’on n’a pas forcément de famille et donc on comptait faire un petit truc tous ensemble. » Un report impossible pour le Département car ils « ne peuvent pas mettre d’autres salariés en place tant que l’enquête est en cours ». Lors de ce rendez-vous, le Département a donc réaffirmé que les 18 jeunes du service autonomie devraient quitter leur appartement dès lundi.

    Les deux filles comprennent cependant la nécessité de la fermeture, mais déplorent la façon dont elle a été organisée. « Il y a eu un manque de communication, et ils nous préviennent seulement 10 jours en avance. C’est du manque de respect, se désespère Yassmine. C’est une situation qui nous stresse tous beaucoup. Surtout que certains d’entre nous ont des fragilités psychologiques à cause de nos différentes histoires », explique la jeune fille qui avait retrouvé une certaine stabilité psychologique avec cet hébergement.

    Les jeunes filles ont également plaidé pour que des solutions de relogement qui répondent aux besoins de chacun soient proposées. Une demande qui a été entendue pour Yassmine qui, quelques minutes après le rendez-vous, s’est vu proposer un logement « dans la même résidence que mon logement actuel », annonce-t-elle à son amie émue. Mais certains jeunes dénoncent l’état des logements proposés… « On ne veut diaboliser personne, on sait qu’au sein de l’aide sociale à l’enfance beaucoup essayent de faire au mieux. Mais on ne veut pas que d’autres jeunes aient à vivre la même situation stressante », explique Yassmine.

  • A Marseille, Amine Kessaci ouvre le conseil municipal

    A Marseille, Amine Kessaci ouvre le conseil municipal

    Debout face à la barbarie. Toujours marqué, Amine Kessaci, très engagé dans la lutte contre le narcotrafic, dont le petit frère Mehdi a été abattu par un commando le 13 novembre, suscitant une onde de choc dans la ville et tout le pays, se tient droit et digne sous les applaudissements, ce jeudi 18 décembre face à l’hémicycle, aux côtés du maire de Marseille.

    Le conseil municipal doit voter une subvention en faveur de l’association qu’il a fondée en 2020, « Conscience », pour venir en aide aux familles de victimes de narchomicides, après qu’il ait perdu son frère aîné, Brahim, retrouvé calciné dans une voiture (lire aussi ci-dessous). Les élus le feront à l’unanimité au terme de débats pas toujours reluisants.

    Si Mehdi Kessaci n’est « pas un chiffre mais un fils, un frère, un visage une voix », il se transforme volontiers en argument politique pour Martine Vassal (DVD). La présidente de la Métropole et du Département en profite pour défendre sa vision d’une République qui fasse avant tout « respecter l’ordre, la justice, la sécurité ». Sans vergogne, la candidate à la mairie remet sur la table sa proposition de brigade anticriminalité municipale.

    De quoi agacer la maire adjointe, Samia Ghali (DVG). « Il y a là une phrase que je considère comme un aveu prononcée par la présidente (…) : laisser faire c’est accepter » analyse-t-elle, avant de balancer : « En 2012, ceux qui ont laissé faire, c’est ceux qui ont accepté. » Elle s’indigne : « Arrêtez de jouer ! On laisse des enfants vivre avec la mort », quand elle compte « 350 victimes de narcotrafic en 10 ans à Marseille ».

    La palme de la victimisation en toutes circonstances revient sans conteste à Stéphane Ravier (ex-RN et ex-Reconquête). « J’ai 5 enfants, quoi qu’on en pense j’ai un cœur », ose-t-il. Selon lui, ce n’est pas le retrait des services publics des quartiers qui a laissé le champ libre au trafic de drogue mais l’inverse. « Je ne dis pas qu’à Frais Vallon c’est Saint-Tropez, mais il y a le métro, des commerces et pourtant… » lance-t-il.

    Sortir des « oppositions stériles »

    Une partie de la droite tient-elle, à parler avec ses tripes. Hayat Atia (DVD), émue, se pose en « sœur de combat, de douleur » d’Amine. Pour elle, « la sécurité, s’il en faut, ne réglera pas tout ». « Il faut leur proposer autre chose à ces jeunes » insiste-t-elle, pour qu’ils ne se fassent pas « happer » par le trafic au lieu de « pointer du doigt les parents », ce que « beaucoup font et ont trop fait au sein de cet hémicycle », s’indigne-t-elle. La lutte contre le narcotrafic doit être une « cause nationale » pour l’élue qui appelle à sortir des « oppositions stériles ».

    À l’occasion de son dernier conseil municipal avant de se retirer de la vie politique, Lionel Royer-Perreaut, ex-maire (Ren.) des 9-10, laisse son testament : « Nous avons collectivement le devoir de mener ce combat, je vous demande de la constance. » Trente ans après l’assassinat de la députée Yann Pyat tuée pour avoir défendu ses convictions estime celui qui fut son jeune attaché parlementaire, il fait la boucle avec celui de Mehdi, non sans amertume. « Tout ça pour ça », déplore-t-il, « j’ai vu tomber les quartiers les uns après les autres et en accompagnant la mère de Socayna, nous étions seuls alors ».

    En tribune, Amine Kessaci élève le niveau. Il évoque lui la dignité, la hauteur, seules « réponses politiques face à cette machine qui broie, qui tue » quand « des drames on en compte par centaines ». Le maire de Marseille revient sur le manque de services publics, de policiers, l’action vitale des associations de terrain. Benoît Payan (DVG) insiste sur la notion de République, fondée sur un « contrat social ». Vient une certitude : « La République ne peut pas accepter que ses enfants meurent sous les balles. C’est un combat pour la vie, et la vie n’est ni de droite ni de gauche. »

    « Marseille a été debout et doit continuer à l’être »
    C’est important de rendre la parole aujourd’hui, devant la représentation de la Ville de Marseille dont je suis si fier, parce qu’on s’est tenu debout, parce qu’on a dépassé les clivages politiques, parce que nous nous étions levés pour nous réunir là où mon frère Mehdi, 20 ans, est tombé parce qu’il n’était coupable que d’une seule chose : c’est d’être mon petit frère. Parce qu’il était coupable d’être le petit frère de quelqu’un qui a écrit une lettre à son frère aîné, Brahim, assassiné en décembre 2020, retrouvé calciné dans le coffre d’une voiture. Il était coupable d’avoir été le frère de quelqu’un qui a écrit une lettre d’amour à son frère aîné, pour expliquer que le narcotrafic tue, que la violence tue, que l’abandon des pouvoirs publics, le retrait des politiques sociales dans les quartiers, ont conduit à ces situations où le narcotrafic qui, fut un temps, était [constitué de] petits réseaux de quartier, est devenu [le fait de] cartels internationaux. On a beaucoup voulu comparer Marseille à Palerme, au Mexique ou je ne sais quoi, et à ça je dis stop. Stop parce que Marseille c’est Marseille, parce que la France c’est la France, parce que les situations que nous souhaitons décrire ailleurs sont présentes ici même sur le territoire national, ici même à Marseille et partout. Partout où on a attaqué la liberté d’expression. Car c’est de ça dont il s’agit. Depuis la parution de ce livre, Marseille essuie tes larmes, même si les menaces sont arrivées quelques semaines avant et que depuis je vis sous escorte policière. Aujourd’hui, le fait de vivre, de planifier, de porter quelque chose me fait d’autant plus culpabiliser. Mon petit frère Mehdi n’est plus. Je voulais juste faire passer un message, un seul : expliquer que partout il devra y avoir des liens entre l’action sécuritaire, le retour de la police de proximité, le retour de l’action concrète. Devant le Parlement européen il y a quelques jours, [j’ai expliqué] que la guerre que l’on veut mener contre la drogue est vaine parce qu’on se trompe d’ennemi. Lorsqu’on vient attaquer les jeunes au pied des immeubles, ce n’est pas ça qui va stopper ces trafics internationaux. C’est exiger des [actions] des pays comme l’Arabie saoudite, le Qatar, la Thaïlande où les têtes de réseaux vivent très bien de l’argent de la drogue et font couler le sang ici chez nous, des enfants se retrouvant assassinés chaque jour. Et puis sans l’action concrète, sans la rénovation des écoles, sans l’action des centres sociaux, le développement des transports en commun pour désenclaver les quartiers, de la formation pour apporter une alternative économique au réseau, on ne pourra jamais sortir ces enfants des quartiers. C’est pour ça que c’est important de mener toutes ces actions. Marseille a été debout, doit continuer à l’être face à la guerre de la drogue, à celles et ceux qui veulent faire régner la terreur dans nos rues. Nous sommes là, face à eux, pour dire que partout les Marseillaises et les Marseillais doivent avoir les mêmes chances et vivre en sécurité. »
    Amine Kessaci
  • Les salariés d’Arkema reconduisent la grève jusqu’à mardi à Marseille

    Les salariés d’Arkema reconduisent la grève jusqu’à mardi à Marseille

    Un Comité social et économique (CSE) extraordinaire doit se tenir ce jeudi après-midi avec la question d’une potentielle mise en chômage technique d’une partie des salariés du site.

    À Arkema, en grève pour une vraie hausse de salaire

    Plusieurs autres sites de l’entreprise de chimie sont également dans le mouvement partout en France, suite à des négociations annuelles obligatoires (NAO) dont les résultats sont jugés « méprisants » par la CGT.

  • Hôpital de Martigues : vent debout contre la suppression de congés

    Hôpital de Martigues : vent debout contre la suppression de congés

    Rebelote. Une cinquantaine de personnels de l’Hôpital de Martigues ont manifesté en préambule de la séance du Comité social et économique (CSE) de ce lundi matin à l’appel du syndicat CGT. En cause : la suppression de 5 + 3 jours de congés occasionnels ainsi que de la pause méridienne pour les agents du Centre hospitalier de Martigues. Ces dispositions, fruit d’un accord datant d’une quinzaine d’années, sont des « irrégularités » selon le rapport de la Chambre régionale des Comptes portant sur la période 2019-2023 ( nos éditions du 4/11 et 9/12 ).

    À la sortie de la séance, la secrétaire générale CGT du syndicat de l’hôpital Laure Privat regrette que « le directeur reste sur ses décisions » et qu’« aucune négociation ne soit possible depuis le début au prétexte du rapport de la Cour des comptes ». « Ça va vraiment être compliqué pour la pause méridienne car il est plus facile de l’enlever aux agents administratifs qu’à ceux au pied du lit du patient », détaille la responsable, « on en déduit que certaines catégories professionnelles ne pourraient plus s’absenter du service » dans certains cas.

    Sollicitée sur place, la direction du CH de Martigues a refusé de nous répondre au sujet du dialogue social.

    Un manque criant de personnel

    En marge du CSE, la lectrice de la déclaration de la CGT Valérie Rossero, aide-soignante en cardiologie, insiste sur le fait que, « la suppression de la pose méridienne veut nécessairement dire réduction du personnel », sans compter « l’épuisement à force de faire des jours à rallonge ». « À 58 ans si je passe à 12 heures par jour je ne sais pas comment je gérerais la charge de travail sur mes épaules », se demande la syndicaliste.

    Plus encore, « on nous demande d’être polyvalents car on manque de personnel et on fonctionne en mode dégradé », relève Valérie Rossero. C’est-à-dire « aller combler le manque dans les autres services ou travailler sur plusieurs postes à la fois, et il y a un vrai risque de faire des erreurs », conclut-elle.

    Par un surprenant hasard, l’une des élues CGT au CSE a du précipitamment sortir de la séance pour cette raison. « Il manque du personnel au 7e ! », lâche Fabienne Guibaud en courant. Son collègue infirmier du bloc opératoire, confirme : « La direction n’arrive pas à recruter et il manque la moitié de l’équipe spécialisée au bloc » indique-t-il.

    Alors, les offres d’intérim sont pléthoriques. Sur son téléphone, il montre celles proposées pour la semaine. « Il y a 5 missions de remplacement sur 12h ou pour la nuit » précise l’infirmier, sachant que « c’est entre 10 et 12 en période normale ». « C’est pas en retirant les acquis sociaux qu’on recrutera alors que les gens se barrent » déplore-t-il.

  • Les habitants mobilisés contre les rues fermées aux Chutes Lavie

    Les habitants mobilisés contre les rues fermées aux Chutes Lavie

    « Fermer un accès, c’est discriminer un quartier. » Les slogans sont divers ce samedi matin sur le boulevard des Chutes-Lavie, mais le message est le même : le refus de la fermeture de la rue de la Pépinière. À l’appel du collectif des habitants des Chutes-Lavie, ils sont une quarantaine à s’être rassemblés pour réclamer l’ouverture de ce portail, qui complique la vie quotidienne de certains d’entre eux.

    Le « portail de la discorde », se trouve à l’une des entrées de la cité jardin des Chutes-Lavie. Il a été installé par la copropriété de la cité, gérée en partie par Provence Métropole Logement. Depuis 2020, il n’est accessible que grâce à un badge, empêchant les non-résidents de la cité d’emprunter cette rue. Pourtant, elle est le passage le plus rapide pour accéder à la crèche, au centre municipal d’animation et au parc public situé à l’intérieur de la cité. Sa fermeture pousse les habitants à faire un grand détour pour accéder à ces services publics.

    Un kilomètre de détour

    Apolline a renoncé à mettre son fils d’un mois à la crèche. « J’habite rue de la Pépinière. La crèche est à 2 minutes à pied sans ce portail. Mais avec, on doit faire un détour de 1 km et emprunter le boulevard Guigou, où le trottoir est trop étroit pour rouler avec la poussette. On doit marcher sur la route mais les voitures vont super vite, donc c’est dangereux », se désole-t-elle.

    Un boulevard qui complique aussi la vie de Jean, 70 ans. Ancien habitant du quartier, il vient souvent rendre visite à des amis ou de la famille, et est dorénavant obligé de prendre ce boulevard. « Cette montée est très difficile pour les personnes âgées », se désole le septuagénaire, à qui il manque un poumon. « Et le trottoir est impraticable si on a une canne parce qu’il y a plein de trous », témoigne Mylène, membre du collectif.

    La fermeture rend également les commerces situés en haut de la cité moins accessibles. « Quand on a aménagé, il y a 4 ans, on pensait qu’on avait tout à proximité. Mais avec ce portail on est obligé de prendre la voiture », se désole Apolline. Un problème pour les personnes non véhiculées.

    Fermeture d’une école :

    la goutte d’eau…

    Cette entrave à la circulation a entraîné en septembre, la fermeture de l’école maternelle des Chutes-Lavie, par manque d’élèves. « Ce fut l’élément déclencheur à la création du collectif des habitants des Chutes-Lavie, raconte Nathalie Prost, membre de celui-ci. On était plusieurs groupes à lutter contre ce portail. On a donc fait une pétition contre et on a créé un collectif, ce qui nous a permis de nous regrouper. » Le 5 novembre dernier, il a obtenu une rencontre avec Solange Biaggi, présidente (LR) de Provence Métropole Logement, pour trouver une solution concertée. Le bailleur a décidé à la suite de cette réunion que le portail resterait fermé « au nom de la sécurité et de la tranquillité des résidents ».

    La mobilisation a reçu le soutien du maire (EELV) de secteur, Didier Jau, dès 2022 et depuis novembre dernier, celui de la mairie centrale. Dans une lettre, Benoît Payan, maire (DVG) de Marseille a notamment exigé du bailleur social, l’ouverture contrôlée de la rue de la Pépinière. « On ne demande pourtant pas la lune, juste un accès piéton en journée, pour nous éviter de faire des grands détours », soupire Mylène, membre du collectif.

    Pétition en ligne : bit.ly/Chutelavie

  • Une salle des Habeilles ouverte sur le quartier

    Une salle des Habeilles ouverte sur le quartier

    Vêtue d’une longue robe bleu nuit aux broderies dorées, une habitante du quartier, dans le 3e arrondissement de Marseille, se lève pour prendre la parole. « On vit dans un quartier populaire. On est métissés. Il y a des mamans qui ne travaillent pas. Mon projet, que je pourrais proposer une fois par mois, car je travaille, serait de réunir ces mamans, pour mélanger nos cultures », avance-t-elle. Monika Smiechowska, une des habitantes des Habeilles*, est l’une des animatrices de la réunion, qui a rassemblé, samedi, une quinzaine de personnes.

    Des demandes liées à l’apprentissage du français

    Lors de la pause, Monika explique : « Aux Habeilles, nous avons un espace au rez-de-chaussée, que nous voulons ouvrir aux rencontres, aux actions sociales et culturelles, ainsi qu’aux activités proposées par les habitants et les structures de proximité. » Lors de la réunion, « beaucoup d’envies et d’attentes ont été exprimées. Il y a par exemple de nombreuses demandes pour l’apprentissage de la langue française, de soutien en français, et pour que les ados aient un lieu », cite-t-elle. « Aux Habeilles, on veut faire de cet espace un lieu de référence pour le quartier, qui est l’un des plus pauvres d’Europe. Nous allons proposer du théâtre et de la méditation une fois par semaine, des cours d’informatique », annonce-t-elle. Les salles pourront également être louées. Mounira, elle, souhaite animer ici des activités ludiques pour les enfants. Habitante de Saint-Mauront, en proie au narcotrafic, elle déplore : « Il manque dans ce quartier des espaces communs ouverts, que les habitants s’approprient. »

    * Cet habitat, au 12 rue Jullien, dédié au locatif social et très social, accueille depuis mai 12 familles. Il a fallu près de 15 ans pour qu’il aboutisse. Contact : 06.72.44.62.97.