Tag: RN

  • Le RN lorgne sur le troisième siège sénatorial

    Le RN lorgne sur le troisième siège sénatorial

    Dans le Gard, les élections du 27 septembre se joueront au suffrage indirect, par quelque 1 900 grands électeurs issus des conseils municipaux. En 2020, la liste RN menée par Julien Sanchez avait recueilli un peu plus de 200 voix, sans vraiment inquiéter les partis historiques. La droite avait décroché deux sièges avec 672 voix, la gauche un seul avec 663. Une photographie politique que les municipales de mars ont fait voler en éclats.

    Car le département a changé de visage. Bagnols-sur-Cèze et Vauvert ont basculé sous bannière RN, rejoignant Beaucaire. L’ancien bastion socialiste de Saint-Hilaire-de-Brethmas a suivi le même chemin. À Nîmes, Sanchez a fait 37,52%. À Alès, le candidat du parti à la flamme a frôlé les 45%. Ces résultats se traduisent mécaniquement en grands électeurs supplémentaires : dans les quatre principales villes du Gard, l’extrême droite compte une cinquantaine d’élus de plus, entre majorités et oppositions.

    Le vote secret, terrain

    des bascules

    Mais c’est dans les coulisses des intercommunalités que l’inquiétude est la plus vive. Lors des scrutins à bulletin secret pour les présidences d’agglomération, l’extrême droite a systématiquement récolté davantage de voix que ses élus désignés. Autour de Vauvert, des maires sans étiquette ont voté pour le candidat RN à la tête de la communauté de communes. Le signal est limpide : à l’abri du regard, certains élus franchissent la ligne. Referont-ils de même en septembre ?

    Le troisième siège est donc bel et bien menacé. Pas forcément par une droite traditionnelle affaiblie, mais par une extrême droite qui transforme ses scores en réseaux d’élus et sait aimanter une partie des élus ruraux. D’autant que Julien Sanchez, qui n’a pas digéré sa défaite à Nîmes, a ouvertement fixé son cap : barrer la route à Laurent Burgoa, qu’il tient pour responsable de l’union des droites contre le RN au second tour des municipales. Face à cette poussée, la gauche n’a guère le luxe de la division.

  • À Bagnols, Pascale Bordes s’en prend aussi aux associations

    À Bagnols, Pascale Bordes s’en prend aussi aux associations

    Contrairement à son homologue de Vauvert, Pascale Bordes avance masquée à Bagnols-sur-Cèze. Déjà comme députée, l’avocate avait adopté la stratégie de dédiabolisation de son parti et évitait sagement toute polémique. Désormais à la tête de la troisième ville du Gard, elle tente de conserver cette image consensuelle. Lorsqu’elle a été écartée de toutes les vice-présidences de l’agglomération du Gard rhodanien, l’édile s’est simplement fendue d’un communiqué laconique, se limitant à répondre aux « nombreuses interrogations d’habitants du territoire ». Côté communication, tout est donc verrouillé. Ses adjoints sont peu présents sur le terrain et c’est bien le cabinet de la nouvelle maire qui gère toutes les demandes.

    « Elle avance masquée », confirme Elian Cellier, secrétaire de la section bagnolaise du PCF. « Pour l’instant, elle ne commet pas d’erreurs majeures. Les adjoints ont consigne de ne rien dire. Sur certaines manifestations, il n’y a même pas de représentant de la mairie. Depuis les élections, j’ai assisté à plusieurs vernissages par exemple et je ne sais toujours pas à quoi ressemble l’adjoint à la culture. »

    Face aux contraintes budgétaires, Pascale Bordes a lancé plusieurs audits notamment sur la question de la couverture de la piscine. Elle fustige aussi le coût de la passerelle piétonne au-dessus de la Cèze, grand sujet de débat durant la campagne municipale. « Ils se plaignent mais lorsqu’ils étaient dans l’opposition, ils ont voté pour ces projets. Aujourd’hui, Pascale Bordes se plaint de l’endettement de la ville mais elle n’est jamais venue en conseil municipal lorsqu’elle était dans l’opposition pour alerter sur ces sujets. Et en même temps, elle a accordé toutes les majorations réglementaires d’indemnités d’élus, même celles qui ne sont pas obligatoires. Cela va coûter 54 000 euros par an à la commune pour les neuf adjoints », fustige l’élu d’opposition Jérôme Jackel (Debout).

    Coupe dans

    les subventions

    Lors du dernier conseil municipal où a été voté le budget primitif, une coupe dans les subventions aux associations a bien été prévue mais la majorité a joué le flou, disant étudier au « cas par cas » l’attribution de ces subventions. Pour l’heure, les associations ne savent donc pas à quelle hauteur leurs subventions vont être amputées. « La municipalité a prévu une coupe de plusieurs centaines de milliers d’euros. Le budget pour les associations était de 953 000 euros en 2023 et il passe cette année à 465 000 », explique Jérôme Jackel. Autre économie décidée sur le dos des associations : le camion qui livrait habituellement le matériel municipal lors d’événements ne sera plus mis à disposition. Ce sont donc désormais à elles de s’organiser.

    La grogne et l’inquiétude commencent donc à se faire sentir dans les associations bagnolaises. Le foot et le handball seraient notamment visés par d’importantes coupes. Le club de foot avait en effet déjà été la cible de la candidate d’extrême droite en campagne qui jugeait que la somme allouée au regard des résultats était trop élevée. « Pour l’instant on est dans le flou, on ne se sait pas qui va être raboté en premier. Mais je pense que le foot va prendre un coup de rabot. J’ai bien peur qu’elle utilise la scission du club puisque Pont-Saint-Esprit veut remonter un club, pour justifier le coup de rabot de peut-être 50% », prévient Jérôme Jackel avant d’ajouter : « Le tissu associatif, c’est la force vive d’un territoire. Si une mairie n’est pas capable de venir en soutien de ses forces vives, que fait le territoire ? Il meurt. »

    Discrète, Pascale Bordes va devoir, dans les prochains mois, assumer ses choix. Car si elle coupe dans les subventions aux associations, elle devra ensuite justifier l’important investissement promis dans la sécurité avec notamment le recrutement de policiers municipaux (le coût d’un policier municipal est estimé entre 62 000 et 63 000 euros par an) pour qu’ils soient disponibles 7j/7 et 24h/24 et « armés comme une BAC ». Tout cela épaulé par « un centre de supervision moderne ». Pour l’heure, l’ancienne députée s’est contentée de lancer un audit sur la sécurité mais le coût de ses promesses de campagne interroge sur sa réelle capacité à les mettre en œuvre. « Pour une commune comme Bagnols, un tel audit coûte déjà entre 40 000 et 60 000 euros », s’agace Jérôme Jackel qui préférerait que l’argent soit utilisé autrement. « Nous, au quotidien, on ne voit aucune différence. Les dealers sont toujours là. La ville est toujours aussi sale. Les problèmes sont toujours les mêmes », résume Elian Cellier.

  • Face à une extrême droite bien installée, une opposition à rebâtir

    Face à une extrême droite bien installée, une opposition à rebâtir

    Le résultat des municipales au Pontet laisse très perplexe ceux qui avaient espoir de voir l’extrême droite trébucher. Sur le papier, les conditions étaient réunies : le maire (RN) sortant, Joris Hébrard, faisait face à une autre liste d’extrême droite menée par son ancien 1er adjoint Patrick Suisse, et une liste de large rassemblement républicain portée par Jean-Firmin Bardisa (DVD). Las, les habitants ont réélu leur maire pour un 3e mandat et ce dès le 1er tour (60,79%) reléguant les listes Bardisa (22,51%) et Suisse (16,7%).

    Malgré une configuration optimale pour une alternative, le RN s’est notabilisé dans la commune. Dans la foulée des municipales, Patrick Suisse et Jean-Firmin Bardisa ont annoncé leur démission. De quoi laisser l’opposition étêtée. Sans aller à parler de champ de ruines, Graziella Lovera reconnaît qu’il y a tout à reconstruire. « Pour l’instant, personne n’a pris le leadership », constate la conseillère municipale PCF, élue sur la liste Bardisa. Pontétienne depuis plus de 40 ans, elle ne s’était jamais encore impliquée politiquement dans une commune où la gauche n’a jamais pesé.

    Une « vision

    de boutiquier »

    « Les scores de l’extrême droite m’ont interpellée alors qu’il y a un côté ouvrier, avec de grosses entreprises à proximité et des camarades syndiqués qui y vivent », note celle qui a longtemps eu des fonctions aux unions locales d’Avignon et départementale de la CGT. À 66 ans, Graziella Lovera fait donc son entrée en politique dans un contexte hostile. « M. Hébrard m’a déjà bien identifiée », sourit-elle. Si son groupe d’opposition, Le Pontet c’est vous, est assez hétéroclite avec des élus de l’UDI, « on a intérêt à rester unis même si je compte bien faire entendre la voix de mon parti », assure cette ancienne infirmière de l’hôpital d’Avignon.

    Encore en phase exploratoire, Graziella Lovera est assez surprise de l’atonie des élus de la majorité. « Tout est confié à l’administration, ils se laissent mener, posent pas ou peu de questions », s’étonne-t-elle. Membre des commissions finances et action sociale, elle se familiarise avec les méandres budgétaires et continue de porter avec force le projet d’un centre de santé municipal qui était au programme de sa liste. « Le maire n’a aucune vision globale pour sa ville qu’il gère comme un boutiquier, il investit sur des ronds-points mais, par exemple, la ville a gagné 1 000 habitants et on ne sait rien de leurs profils et leurs besoins », déplore l’élue communiste. Pour tenter de toucher les habitants, un journal, Pour un printemps pontétien, a été lancé. Le premier numéro revient aussi sur les subventions à l’école privée ou les solutions pour rafraîchir les écoles en ces périodes caniculaires.

    EN BREF. Quand l’adjointe RN devient députée du Gard

    Visiblement au RN, on est moins regardant sur les frontières quand elles peuvent servir sa cause. Députée RN de la 3e circonscription du Gard (50 communes dont les 7 Gardoises du Grand Avignon), Pascale Bordes a été élue maire de Bagnols-sur-Cèze en mars. Elle a cédé sa place à l’Assemblée nationale à sa suppléante, Catherine Dellong-Meng. Installée aux Angles, elle s’est pourtant fait élire 2e adjointe au Pontet. Retraitée de la fonction publique – elle a notamment œuvré à la Ville du Pontet – la néo parlementaire reste toutefois conseillère municipale et communautaire du Grand Avignon. Si la loi n’interdit pas d’être élu sur deux départements, cela interroge. Surtout quand le RN, lors de la campagne, n’a cessé de faire un procès en illégitimité à son opposant Jean-Firmin Bardisa qui ne résidait pas au Pontet. La députée a pris comme collaborateur parlementaire un autre pontétien : Xavier Magnin, qui cumule ce poste avec celui de dircab de Joris Hébrard.

  • Un élu RN jugé pour son inscription frauduleuse sur la liste électorale

    Un élu RN jugé pour son inscription frauduleuse sur la liste électorale

    Comparution pathétique de Stéphane Simond, 55 ans, attaché parlementaire et suppléant du député des Bouches-du-Rhône José Gonzalez (RN). Dénoncé par un colistier de la liste Reconquête!, Stéphane Simond est accusé d’avoir conduit la liste RN aux municipales à Plan-de-Cuques (23,5% au premier tour) et d’avoir été réélu conseiller municipal en s’inscrivant frauduleusement, en novembre 2025, sur les listes électorales, alors qu’il demeurait à Allauch.

    Bien qu’ayant avoué aux enquêteurs « avoir fait un faux pour me présenter sur Plan-de-Cuques », l’élu RN a subitement rétropédalé, ce mardi. « J’ai dit aux enquêteurs ce qu’ils voulaient entendre. Ils m’ont mis la pression. Je disais “oui oui”. » Avant de narrer une fable : « C’est juste une boîte aux lettres pour recevoir ma nouvelle carte d’électeur que j’avais perdue le temps de trouver un appartement. J’étais par monts et par vaux. Je dormais un peu chez ma copine à Allauch, chez mes parents et à Paris », bredouille Stéphane Simond, décomposé à la barre. « Pourquoi n’avoir tout simplement pas demandé à vos parents, à Allauch, pour recevoir le courrier ? », tente la présidente. Prévenu d’avoir signé une fausse attestation d’hébergement, son ami Jean-Marc rame lui aussi : « J’ai pas l’habitude avec les policiers. J’ai bafouillé on va dire. Les élections, j’y comprends rien. J’ai pas pensé que c’était un faux juste pour une liste électorale. »

    « Il ment mal et éhontément. Toutes ses manœuvres lui ont permis de se faire réélire conseiller municipal ! Il a fait tourner en bourrique les agents de la commune et de la préfecture », proteste l’avocate de la commune de Plan-de-Cuques, qui l’a radié, depuis, des listes. « Ce type de comportement pollue la vie publique », dénonce Julien Pinelli, conseil de Jean-Pierre Courtaro, à l’origine du signalement et qui est un colistier du candidat Reconquête!, Jean Toselo.

    « C’est inquiétant d’être élu en se présentant sur un mensonge », résume la procureure Isabelle Candau, qui requiert 8 000 euros d’amende et 2 ans d’inéligibilité. Sa défense proteste : « D’une mouche on veut faire un éléphant. Il s’est trompé de procédure de changement d‘adresse en cliquant sur le mauvais onglet. On l’accuse même d’emploi parlementaire fictif ! Tout cela est de la fiction. » Délibéré le 8 juin.

  • Sophie Binet à l’offensive pour le 54e congrès de la CGT

    Sophie Binet à l’offensive pour le 54e congrès de la CGT

    De notre envoyé spécial Amaury Baqué

    « Un congrès de la CGT, c’est 1 000 luttes en puissance. » C’est devant plus de 1 000 délégués et avec un discours enflammé que Sophie Binet a officiellement ouvert le 54e congrès de la CGT, ce lundi. Lequel se déroule « dans un contexte inédit ». « Les bruits des bottes s’amplifient. Jamais l’extrême droite n’a été au pouvoir dans autant de pays », s’inquiète-t-elle. Une situation qu’elle lie avec la crise du capitalisme. « Pour le capital, la démocratie est maintenant un problème, c’est la raison pour laquelle l’alliée indispensable du capital, c’est l’extrême droite », analyse Sophie Binet. Elle prend pour exemple concret « le Medef qui, pour la première fois depuis 1945, traite le RN comme un parti comme les autres ». Et martèle : « L’extrême droite est la pire ennemie du monde du travail. Face à elle, l’antidote c’est le syndicalisme CGT. »

    Des messages pas anodins puisqu’ils sont en lien avec les échéances électorales françaises à venir : « Nous allons nous mêler du débat présidentiel pour remettre les travailleurs et travailleuses au centre du jeu. » Elle s’adresse d’ailleurs à Fabien Roussel (PCF), Marine Tondelier (EELV), Manuel Bompard (LFI) et Olivier Faure (PS), tous présents ce jour : « Je note que la CGT fait l’unité, pourvu que ça dure ! ». Et de lancer un « appel de Tours » : « aucun candidat n’aura les voix de la CGT, des travailleurs, sans s’engager à abroger la réforme des retraites ».

    Mais ce discours est aussi, et surtout, le moment pour elle de faire le bilan de son mandat. « Faisons les comptes, depuis 2023, quatre Premiers ministres contraints à la démission, cinq réformes enterrées, deux budgets d’austérité en partie vidés de leur contenu », énumère-t-elle. La secrétaire générale revient sur l’exemple de la réforme des retraites. « Nous avons refusé de tourner la page, nous avons fait échouer le conclave et décalé l’application de la réforme des retraites », se félicite-t-elle. Elle réalise aussi un bilan plus critique : « Il y avait plus de manifestants que de grévistes. Nous n’avons pas réussi à étendre la grève le jour où l’intersyndicale avait appelé à mettre le pays à l’arrêt […] Tous les syndicats CGT n’ont pas appelé à la grève. »

    FSU et Ictam comme dossiers chauds

    Le lien est tout trouvé avec les propositions émises par la direction sortante : « Nous sommes rassemblés pour adopter notre plan de bataille pour les trois prochaines années. Pour cela, tirons les leçons de la mobilisation contre la réforme des retraites. » Outre les orientations générales sur lesquelles les congressistes doivent se prononcer comme « socialiser les richesses pour mieux protéger » ou tendre vers une « planification industrielle et écologique », Sophie Binet évoque sans détour les propositions qui peuvent provoquer le plus de remous. Comme le rapprochement avec la FSU : « Il ne s’agit ni d’une fusion, ni de la création d’une superstructure, mais d’un cadre de coopération permanent. » Ou le développement de la CGT auprès des Ictam (ingénieurs, cadres, techniciens, agents de maîtrise) : « La mission des Ictam n’est pas de mener les luttes à la place des ouvriers, c’est de développer les luttes chez les cadres et professions intermédiaires. »

    De quoi occuper les congressistes pour les prochains jours.

    AU PROGRAMME

    Mardi. Les congressistes entrent dans le dur des débats avec le vote du rapport d’activité, qui permet de juger l’appréciation du bilan de la direction sortante. Vient ensuite une initiative autour de la Palestine en présence d’Hala Abou Hassira, ambassadrice de la Palestine en France, de Yousef Habache, du syndicat des journalistes palestiniens, et de Luc Triangle, secrétaire général de la Confédération syndicale internationale (CSI). Avant un meeting « international » contre l’extrême droite en présence de nombreux syndicalistes venus du monde entier.

  • Conseil départemental des Bouches-du-Rhône : Martine Vassal exige la démission des ralliés au RN

    Conseil départemental des Bouches-du-Rhône : Martine Vassal exige la démission des ralliés au RN

    La passe de trois. Après les ralliements des vice-présidentes (ex-LR) du conseil départemental des Bouches-du-Rhône Laure-Agnès Caradec et Marie-Pierre Callet, c’est au tour de la présidente de la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH) Valérie Guarino, troisième vice-présidente de la collectivité, de rejoindre les bancs de l’extrême droite.

    Un ralliement qui est tout sauf une surprise : l’ex-adjointe au maire de Carry-le-Rouet s’était déjà alliée avec le candidat soutenu par le RN, lors des dernières municipales. Sans réussir à battre l’édile (LR) sortant, René-Francis Carpentier. « Valérie Guarino a successivement trahi Roland Mouren, Eric Diard aux législatives, Francis Carpentier à Carry et aujourd’hui Martine Vassal, persifle un proche du groupe majoritaire, Provence Unie. Lorsqu’on construit son parcours politique sur la trahison, on le paye un jour ou l’autre dans les urnes. La preuve récente avec sa défaite à Carry. »

    Mais avec ces ralliements, commencés déjà en 2023 avec le maire de Marignane Eric le Dissès, le RN, qui n’avait initialement que deux élus dans l’hémicycle départemental – Cédric Dudieuzère et Sandrine D’Angio – annonce dans les colonnes de La Provence, ce lundi, qu’il va désormais y constituer un groupe, fort de ces six membres. « Il a fallu du temps pour que les hommes et les femmes qui ne se sentaient pas bien dans cette majorité finissent par en tirer les conclusions », tente le responsable du RN dans le département, Franck Allisio.

    Taper au porte-monnaie

    Du côté de la majorité de droite, la réplique n’a pas tardé. « L’exercice de fonctions exécutives au sein de notre collectivité suppose une adhésion claire à la majorité et à son action. à la demande de la présidente, il a donc été demandé aux vice-présidentes concernées de remettre leur démission », a réagi, dans l’après-midi, le groupe Provence Unie. En menaçant : « À défaut, leurs délégations seront retirées, entraînant la cessation des indemnités attachées à ces fonctions. » Un ton qui s’est considérablement durci au fil de l’eau. L’entourage de la présidente Martine Vassal (DVD) parlait d’un « non-événement » après le ralliement de Laure-Agnès Caradec, et celle-ci avait obtenu que Marie-Pierre Callet rende sa délégation « dans un souci de clarté ». « L’heure est au travail, à l’action et aux résultats pour les habitants de notre territoire, elle n’est pas aux manœuvres politiciennes, ni aux stratégies individuelles qui font passer les ambitions personnelles avant l’intérêt général », cingle aujourd’hui la majorité, à deux ans des départementales.

  • [Entretien] Sophie Trochet : « Une attaque des libertés syndicales et d’expression » dans l’Aude

    [Entretien] Sophie Trochet : « Une attaque des libertés syndicales et d’expression » dans l’Aude

    La Marseillaise : Vous avez été reçue le 22 mai en préfecture. Quelle était votre requête ?

    Sophie Trochet : Faire remonter au préfet de l’Aude qu’on a besoin de faire légiférer de façon urgente sur le sujet des Bourses du travail. Cela peut se faire par décret ou ordonnances progressistes, comme pour la Sécurité sociale, pour sacraliser les Bourses du travail et Maisons des syndicats. Ce sont des locaux interprofessionnels qui ne sont pas prévus par le Code du travail. À minuit moins une avant la possible arrivée du RN au pouvoir, c’est une question de liberté d’expression et de liberté syndicale.

    Pourquoi le maire RN veut-il expulser l’UL et l’UD CGT ?

    S.T. : Tout est parti en avril d’une manifestation de jeunes contre l’extrême droite pour laquelle la CGT, FSU, Solidaires et la CFDT ont affiché leur solidarité. Le maire Christophe Barthès a annoncé couper nos subventions et nous expulser des locaux. Le 5 mai, on reçoit un premier courrier pour justifier de notre titre d’occupation sous peine de procédure d’expulsion à compter du 13 mai. Il se trouve qu’il y a eu un quiproquo. En 2023, au moment de signer une nouvelle convention avec l’ancienne municipalité, on leur avait signalé des travaux à réaliser, du coup ils ne nous l’ont pas envoyée et on ne l’a pas signée. Ceci dit, on a des archives de 1938 qui indiquent qu’on est là depuis 89 ans !

    Une Bourse du travail sans syndicat, quel intérêt ?

    S.T. : Le but d’une Bourse du travail est d’y loger les syndicats, d’avoir un échange de coordination, de faire de la formation syndicale, économique et sociale (obligatoire pour les élus CSE) et d’accueillir les salariés sans représentation syndicale (entreprises de moins de 11 salariés). Or, les très petites entreprises (TPE) forment la majorité du tissu économique de l’Aude. On a aussi les inspections du travail qui nous envoient régulièrement des salariés pour les aider à monter leurs dossiers aux prud’hommes surchargés. On héberge aussi plusieurs boîtes aux lettres d’associations et les précieuses archives de l’Institut de l’Histoire sociale de la CGT.

    Pourquoi la CGT est-elle la seule ciblée ?

    S.T. : La LDH l’a été aussi. C’est une bataille idéologique. La mairie RN se cache derrière une soi-disant absence de titre. En fait, la CGT dérange car elle affirme ses valeurs de solidarité envers tous les salariés en disant que le RN c’est l’inverse : le repli sur soi, la haine de l’autre, la division des travailleurs et c’est pro-patronat. On invite les citoyens à être curieux. Le RN a voté contre l’augmentation du Smic, des pensions, contre l’indexation des salaires sur les prix. Contre toutes les mesures qui pouvaient donner du souffle aux salariés et retraités. Sans parler que ce parti, fondé par des anciens de l’OAS, est issu du fascisme. Le RN fait même du révisionnisme. Le 1er-Mai, il fête Jeanne d’Arc plutôt que les luttes des travailleurs. S’ils peuvent virer la CGT, ils continueront. On ne lâchera rien.

    Quelle est la date butoir ?

    S.T. : Un courrier nous a signifié notre sortie au 1er juin. On a une intersyndicale solide*. On a fait un courrier commun aux ministres du Travail et de l’Intérieur qui demande à ce que l’État prenne le dossier à bras-le-corps contre cette attaque des libertés syndicales et d’expression.

    * Un rassemblement intersyndical s’est tenu devant la mairie jeudi 28 mai.

  • [Sénatoriales] Dans le Var, la gauche veut essayer de limiter le RN à un siège

    [Sénatoriales] Dans le Var, la gauche veut essayer de limiter le RN à un siège

    L’état actuel des forces progressistes dans les municipalités varoises ne laisse que peu de place à l’espoir. En 2020, l’ex-socialiste André Guiol avait raflé l’un des quatre sièges (avant de quitter le PS dans la foulée) avec une liste centriste, soutenue par LREM, alors que le reste de la gauche (PCF, Écologistes) s’était dispersé.

    Il ne pourra pas en être de même en septembre, au vu du faible nombre de grands électeurs dont elle disposera. « Même si on aura peut-être une réserve de voix dans le centre-Var et le haut-Var », lance Pierre Daspre, secrétaire départemental du PCF, qui espère également que la maire de Toulon Josée Massi, et d’autres grandes municipalités, « au nom de la démocratie », favoriseront la nomination des délégués de gauche. Tout le monde en convient : il faudra se rassembler, ne serait-ce que pour éviter que le RN (qui pourrait une nouvelle fois s’allier à l’UDR), à l’appétit aiguisé par ses conquêtes aux municipales, et dont la liste sera menée par Franck Giletti, son délégué départemental, ne prenne deux sièges.

    Mais avec quelles modalités ? Chacun prendra le temps de se réunir en famille, avant de commencer à échanger avec les autres formations d’ici le 5 juin. « Il y aura des discussions au niveau national pour désigner la tête de liste », prévoit Pierre Daspre. Pour Jean-Pierre Luquand, responsable des Écologistes varois « peu importe qui ce sera. Il faut l’union autour d’une personnalité qui rassemble ».

    Union jusqu’au

    centre-gauche ?

    Dès lors, pour Jacques Blandin, secrétaire de section du Parti socialiste, ce rassemblement « devrait être le plus large possible ». Jusqu’au centre gauche ? « Je dirais volontiers que nécessité fait loi. Les LR vont récupérer deux sièges. Je ne vois pas comment le RN pourrait ne pas en avoir au moins un. Il faut donc essayer d’en prendre un, avec une liste de barrage, plus large qu’une simple alliance avec le PCF et les Écologistes. »

    S’il souhaite, dans l’idéal, rester dans un « périmètre de gauche », Jean-Pierre Luquand pourrait s’y résoudre lui aussi, « mais à condition d’avoir une place pour la gauche, reconnue, et active dans la campagne ». Dans cette optique anti-RN, se ranger derrière LR serait-il envisageable ? « On n’est pas là que pour faire barrage, on espère gagner », veut croire Jacques Blandin.

    Côté LR, c’est la sortante Françoise Dumont qui mènera la liste, tandis que ses deux confrères Michel Bonnus et Jean Bacci ne se représentent pas. Elle devra faire face à la concurrence d’un futur ex-Républicain, en la personne du conseiller départemental Marc Lauriol. Il partira sans étiquette, mais non sans ambition, sa cote de popularité auprès des élus demeurant importante eu égard à la proximité liée à sa fonction.

    Enfin, au centre, André Guiol passe aussi la main. Jean-Pierre Colin, conseiller régional, ex-colistier de Nathalie Bicais à la Seyne, et un temps candidat aux municipales, tentera de rafler un siège malgré une conjoncture qui ne lui est pas plus favorable qu’à la gauche.

  • [Sénatoriales] Dans les Bouches-du Rhône, des unions mises à l’épreuve

    [Sénatoriales] Dans les Bouches-du Rhône, des unions mises à l’épreuve

    « Cette fois, le scrutin se prête moins aux manœuvres qu’en 2020 », sourit-on dans les états-majors. À quatre mois des sénatoriales, les candidats multiplient les visites sur le terrain à la rencontre des élus du territoire, et de ces 3 600 grands électeurs du département des Bouches-du-Rhône qui auront à élire huit sénateurs, le 27 septembre prochain, alors que les regards se tournent déjà vers la présidentielle. Six ans en arrière, chaque camp était parti divisé. L’union de la gauche faisait face aux guérinistes, les Républicains et Renaissance faisaient bande à part. Mais le contexte politique a drastiquement changé, et les lignes de force ont bougé sur le territoire : en retrait dans le département, la gauche peut compter sur sa progression à Marseille, qui pèse pour un tiers des voix, tout comme l’extrême droite qui a aussi mis la main sur plusieurs municipalités.

    Reste à savoir si cette progression, moins importante que ce qu’escomptait le camp lepéniste, suffira à ouvrir les portes du palais du Luxembourg au RN. « Nous espérons bien faire deux sièges », avance son délégué départemental Franck Allisio, quand bien même il ne comptabilise que 400 grands électeurs dans son camp. Ce qui n’assure qu’une seule place au Sénat. « Systématiquement, les listes RN ont dépassé le nombre de grands électeurs du RN », argumente-t-il. Le parti d’extrême droite a ainsi misé sur une tête de liste confiée à une transfuge de la droite, la vice-présidente du conseil départemental Marie-Pierre Callet, pour grappiller ces voix (notre édition du 19/05). Un choix dans lequel beaucoup voient la main du vice-président du RN Sébastien Chenu, et dont s’est désolidarisé le député Romain Baubry. Mais il faudra composer avec une autre liste à l’extrême droite emmenée par le sénateur (ex-RN) Stéphane Ravier, qui risque de diviser les voix et coûter un deuxième siège. « Ça a toujours été convenu comme ça », assure Franck Allisio pour écarter tout soupçon de trahison après l’accord des municipales. Au-delà de ses proches élus à Marseille, le sénateur sortant avait déjà grappillé plus de 200 voix hors de son camp lors du dernier scrutin. De quoi réduire les marges de manœuvre à droite.

    Celle-ci compte pourtant bien réaliser « 3,75 sièges », calculait Renaud Muselier. « Il y a un rapport de force très majoritairement à droite », souligne la très droitière sénatrice LR sortante Valérie Boyer. Candidate à sa réélection en attendant la commission d’investiture de son parti début juin, elle assume l’union avec le président (Ren.) de Région, qui s’est déclaré début avril pour conduire une liste d’union. « Je prêche pour l’entente, c’est dans l’intérêt commun », défend aussi Valérie Boyer, en assumant qu’« une liste, ça représente des courants divers ». Mais tandis que la sénatrice UDI Brigitte Devesa annonçait ne pas vouloir descendre sous la quatrième place, elle avertit : « Le courant centriste est très faible. C’est bien d’avoir des grandes ambitions, mais il faut faire des sièges. » « Il n’y a aucune décision prise, Renaud Muselier avance et travaille avec Gérard Larcher et les élus locaux », explique son directeur de cabinet Romain Simmarano. Avec l’annonce vendredi du retrait de la course de la ministre déléguée Sabrina Roubache, officiellement pour se concentrer sur son action gouvernementale (notre édition du 23/05), « le jeu s’éclaircit un peu » estime-t-il.

    L’éclaircissement ne devrait pas tarder à gauche aussi. « L’idée, c’est d’avoir une union la plus large possible, dans la mouture de ce qui s’est fait la dernière fois », avance-t-on dans l’entourage du maire de Marseille. « Nous avons décidé de partir sur une liste commune, avec la même configuration et les mêmes candidats qu’en 2020 », complète le sénateur (EELV) Guy Benarroche. Les communistes doivent ainsi avaliser leur stratégie cette semaine, Marie-Arlette Carlotti tient la corde au PS. Mais chez les écologistes, ils sont quatre candidats face au sénateur sortant, dont l’adjoint des 2-3 Thomas Laffare et l’ancienne responsable de la tutelle des Écologistes Paca, Samia Lakehal. Élue suite à la condamnation de Jean-Noël Guérini qui avait conduit sa propre liste en 2020, Mireille Jouve (DVG) a de son côté entamé une tournée des élus du territoire. Au risque de diviser les voix à gauche, alors qu’à la tête de la municipalité marseillaise un veto est mis contre sa présence sur une liste d’union.

    Le 27 septembre prochain, quelque 63 départements – dont les six départements de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur – auront à renouveler 178 sièges au Sénat, la moitié de l’hémicycle. Au total, 87 000 grands électeurs devront élire leurs représentants, au nombre de 22 dans la région : un dans les Alpes-de-Haute-Provence ainsi que dans les Hautes-Alpes, élu au scrutin majoritaire, trois en Vaucluse, quatre dans le Var, cinq dans les Alpes-Maritimes et huit dans les Bouches-du-Rhône, élus au scrutin proportionnel. Un vote obligatoire, sous peine d’une amende de 100 euros. Première étape, les conseils municipaux éliront leurs délégués le 5 juin prochain, représentant seulement une partie des élus dans les communes de moins de 9 000 habitants, l’ensemble du conseil jusqu’à 30 000 habitants, et des citoyens supplémentaires au-delà, auxquels s’ajoutent les élus départementaux, régionaux et les parlementaires. Les listes devront être déposées du 7 au 11 septembre, avant le vote du 27 septembre.

  • [Entretien] Bastien Bonnargent : « Il y a un sentiment de déclassement chez les jeunes »

    [Entretien] Bastien Bonnargent : « Il y a un sentiment de déclassement chez les jeunes »

    La Marseillaise : Vous avez été élu ce dimanche à la tête du MJCF. Quel est votre parcours ?

    Bastien Bonnargent : J’ai adhéré à la JC en 2016, dans le département dans lequel j’ai grandi, les Hautes-Pyrénées. Mais comme beaucoup de jeunes des Hautes-Pyrénées, j’ai déménagé très vite pour faire des études d’histoire dans la métropole toulousaine, où j’ai pris mes premières responsabilités jusqu’à devenir secrétaire fédéral. En 2024, je suis ensuite rentré à la coordination nationale de la JC. Et désormais, c’est un nouveau mandat qui s’ouvre.

    Quelles sont les priorités
    de ce mandat ?

    B.Bo. : C’est toute une équipe de direction nationale qui est renouvelée. Nos priorités, pour les mois et années à venir, c’est de continuer le travail de renforcement engagé pour construire une organisation qui s’adresse à toute la jeunesse, dans sa diversité. Nous nous fixons comme objectif de nous implanter au maximum dans les lieux de formation professionnelle, dans les lieux d’emploi, pour toucher un public moins politisé que dans les lycées généraux ou les grands pôles universitaires, et qui pourtant constituent les futures forces vives du pays. Nous avons engagé depuis l’année dernière une campagne pour la création d’emplois pour nous adresser à eux sur les conditions de stage, d’apprentissage, leur orientation. Nous voulons les impliquer au maximum pour faire émerger des responsables qui viennent de ces milieux.

    C’est presque à rebours des autres organisations de jeunesse qui ciblent plus les universités
    et les quartiers populaires ?

    B.Bo. : Nous voulons développer une conscience de classe, nous adresser à tout le monde. Nous militons bien sûr dans les facs, les résidences étudiantes, mais nous voulons éviter de nous adresser à un petit cercle déjà convaincu. Les jeunes dans les milieux professionnels sont pour beaucoup confrontés aux effets les plus immédiats du capitalisme, ils subissent la casse de la formation, la baisse du salaire des apprentis, les conditions de stage de plus en plus difficiles. On le voit avec le nombre de jeunes morts au travail qui augmente de manière fulgurante. Et ces lieux de formation ou d’emploi sont le plus souvent dans les quartiers populaires.

    La présidentielle est un moment de politisation pour une jeunesse qui a surtout connu Emmanuel Macron au pouvoir. Vous l’abordez comment ?

    B.Bo. : Nous n’avons pas encore de position arrêtée, mais il ne faut pas avoir peur de ce que nous sommes, des communistes, et de revendiquer ce que nous portons au quotidien sur la création d’emplois, contre l’impérialisme. Nous devons être les plus offensifs possible. Nous sommes dans un moment où il y a énormément de résignation, il y a un sentiment de déclassement très fort chez les jeunes. C’est dans les endroits où nous militons, les CFA, les lycées professionnels, que le Rassemblement national s’implante alors nous devons pousser pour créer de la conscience de classe et transformer la colère sociale des jeunes en levier de transformation sociale.