Tag: relations internationales

  • Deux jours de débats dédiés aux enjeux stratégiques de la Méditerranée à Toulon

    Deux jours de débats dédiés aux enjeux stratégiques de la Méditerranée à Toulon

    Depuis cinq ans, la Fondation pour la maîtrise des enjeux stratégiques (FMES), « think thank » créé à Toulon en 1990, organise les Rencontres stratégiques de la Méditerranée. Ce rendez-vous annuel s’adresse autant aux spécialistes qu’au grand public, pour débattre des enjeux de cet espace d’interconnexion partagé par 23 pays issus de trois continents.

    Il a été introduit par François de Canson, vice-président d’une Région Sud qui se trouve, de fait, au centre de la réflexion française en la matière. « Toulon est le premier port militaire d’Europe », a-t-il rappelé. à ce titre, « la Région, via son opération d’intérêt régionale (OIR) Défense et Sécurité [plan d’investissement de 500 millions d’euros lancé en décembre 2025 pour soutenir l’industrie de défense, Ndlr.] est là pour permettre aux entreprises de s’installer plus facilement dans notre territoire. »

    Dans cette optique, ces rencontres permettent « d’échanger entre acteurs pour avoir une vision commune qui permette de défendre le pays », appuie François de Canson.

    Jean-Marc Jancovici

    en « grand témoin »

    Et pas seulement sur le plan militaire, car ces rencontres, qui se déroulent autour de tables rondes, couvrent des thématiques diverses : « Le principe, c’est de mettre autour de la table des gens d’expériences et de cultures différentes, militaires, politiques, spécialistes des relations internationales, de la technologie, de l’économie, ou de l’environnement », explique Pascal Ausseur, directeur de la FMES.

    Ce dernier aspect revêt un intérêt particulier, puisque le « Grand témoin » choisi pour cette édition est Jean-Marc Jancovici, spécialiste des questions d’énergie et de climat, intervenu mercredi après-midi. « Tous les enjeux se tiennent, donc l’écologie n’est pas un problème à part et on n’en réglera aucun sans régler les autres », justifie Pascal Ausseur.

  • [Entretien] Alain Rouy, secrétaire national du Mouvement de la Paix : « Il faut travailler la paix du quartier à la planète »

    [Entretien] Alain Rouy, secrétaire national du Mouvement de la Paix : « Il faut travailler la paix du quartier à la planète »

    La Marseillaise : À quoi sert un événement comme le Village de la Paix ?

    Alain Rouy : Cela répond à la Journée internationale de la paix, décrétée par l’ONU il y a 25 ans. C’est un moyen de sensibiliser les populations, les pouvoirs publics. Par exemple, la question de la défense, de la paix, est occultée en France, où toute la politique de défense est entre les mains du chef de l’État. Il peut déclencher une intervention militaire sans même consulter le Parlement avant 100 jours. Dans les autres pays d’Europe, le Parlement est étroitement associé. On a appris par un discours, sur la base des sous-marins nucléaires de l’Île Longue, l’an dernier, que la France changeait de doctrine militaire nucléaire, avec une nouvelle invention, la dissuasion avancée. Personne n’a été consulté, pas même les militaires. La France ne fera désormais plus la transparence sur son armement nucléaire, certaines bombes nucléaires vont être remplacées par de plus puissantes, par l’unique volonté du chef de l’État. C’est un problème. Mais presque tous les pays sont soumis à cette hausse inconsidérée des dépenses militaires au détriment des programmes sociaux, de santé, d’enseignement, d’où l’idée d’une convergence internationale.

    Le thème de la journée est : « Investir dans la paix pour tous, partout, tous les jours ».
    Qu’est-ce que cela évoque
     ?

    A.R. : Ça incarne ce que promeut l’ONU, c’est-à-dire que l’armement est surfinancé alors que les œuvres de paix et les grands défis existentiels tels que le réchauffement climatique sont sous-financés. L’ONU a établi les objectifs du développement durable, en 2015, à la suite des objectifs du millénaire pour le développement (OMD). Certains ont été obtenus, notamment sur le plan de l’alphabétisation, de la santé… Mais on est loin du compte parce qu’il manque des financements. Avec moins de la moitié du budget militaire, on règle quasiment tous les problèmes des OMD et on peut commencer à s’attaquer à la transition écologique. Au lieu de ça, on prépare la mort de la planète avec l’accumulation des armes et le risque d’un conflit nucléaire.

    Comment parvient-on à se mobiliser dans un monde bouleversé par les guerres et les génocides ?

    A.R. : Comme le disent certains slogans, il faut travailler à la paix du quartier à la planète. Ça commence par la culture de paix, grand chantier lancé par l’ONU en 2000, parce que la paix s’apprend dans les comportements, dans une culture tournée vers l’autre qui doit abreuver la vie publique. Les gouvernements ont aussi un rôle à jouer. Par exemple, le traité sur l’interdiction des armes nucléaires de 2017 est venu d’une convergence de l’ONU, des ONG et d’États qui en ont été les relais diplomatiques. Mais pour que ces relais existent, il faut faire évoluer l’opinion publique.

    À un an de l’élection présidentielle, quelle devrait être, selon vous,
    la position du futur gouvernement en matière internationale
     ?

    A.R. : On craint que ces questions de défense soient occultées de la campagne. Beaucoup de candidats vont parler du pouvoir d’achat sans faire le lien avec la hausse des dépenses militaires. La France, sous Macron, a fait le choix de résoudre les problèmes par la guerre, en soutenant les dérives bellicistes de l’UE, sans proposer d’action diplomatique. On pourrait prendre la tête, en tant que puissance nucléaire, d’un mouvement de désarmement, puis aller vers une nouvelle manière d’envisager les relations internationales, à savoir la coopération, un mode de sécurité collective ou de sécurité commune, notion apparue dans les années 1980 avec le Premier ministre suédois de l’époque, Olof Palme. Celle-ci implique que je ne suis en sécurité que si mon voisin, ou mon ennemi, se sent lui-même en sécurité. Donc, nos sécurités sont interdépendantes.

  • [Passerelle interculturelle] ZXMOTO : la compétition vitrine des motos chinoises en Europe

    [Passerelle interculturelle] ZXMOTO : la compétition vitrine des motos chinoises en Europe

    Lors de la manche française du WorldSSP cette saison, ZXMOTO a réalisé un week-end solide. Valentin Debise a obtenu deux troisièmes places lors des deux courses, tandis que son coéquipier italien Federico Caricasulo a signé comme meilleur résultat une cinquième place.

    Fabio Evangelista, team principal d’Evan Bros Racing, estime que les résultats de la moto de course, tout comme les performances de la ZXMOTO 820RR, démontrent que les produits chinois, notamment dans le secteur de la moto, ont atteint le niveau des modèles européens et japonais et peuvent même, dans certains domaines, se montrer supérieurs. Selon lui, le fait que l’équipe soit aujourd’hui engagée dans la lutte pour le titre mondial témoigne des performances et de la qualité de la moto. Il ajoute que cette appréciation est également partagée par de nombreuses personnes avec lesquelles il échange en Europe.

    Pour ZXMOTO, la compétition constitue à la fois un laboratoire et un moyen de gagner rapidement en visibilité. Sa moto de course, la 820RR-RS, permet de tester les performances du moteur, du châssis et des différents composants dans des conditions extrêmes. Les enseignements tirés sur les circuits peuvent ensuite contribuer au développement des modèles destinés au grand public, notamment la 820RR.

    Une nouvelle étape pour l’industrie chinoise de la moto

    Gregorio Lavilla, directeur exécutif de WorldSBK, estime que l’arrivée de nouveaux constructeurs internationaux, notamment chinois, contribue au développement et à la diversité du championnat. Selon lui, la participation des marques chinoises est également importante pour rapprocher WorldSBK du marché chinois et élargir son audience internationale.

    Cette présence attire aussi l’attention des entreprises européennes du secteur. Guido Acerbis, dirigeant de l’équipementier italien Acerbis, considère que la coopération avec les marques chinoises ouvre de nouvelles perspectives. Il estime que les marques chinoises sont appelées à occuper, à l’avenir, une place importante dans l’ensemble des compétitions motocyclistes.

    Le marché représente désormais la prochaine étape. Mais transformer les succès sportifs en succès commercial demandera du temps. Pour s’installer durablement en Europe, les marques chinoises devront construire un réseau de distribution, garantir le service après-vente, assurer la disponibilité des pièces détachées et gagner la confiance des consommateurs. Dans ce processus, les résultats obtenus sur les circuits constituent un argument concret : ils permettent de démontrer la fiabilité et les performances des motos au-delà des discours commerciaux.

    La saison 2026 marque ainsi une nouvelle étape pour l’industrie chinoise de la moto. Après avoir développé sa production et son marché intérieur, elle cherche désormais à se faire une place dans les compétitions internationales et sur le marché européen. À Magny-Cours, ZXMOTO ne joue donc pas seulement un classement : la marque tente aussi de changer le regard porté en Europe sur les motos chinoises.

    « Passerelle interculturelle », est un espace dédié aux échanges d’idées et de perspectives entre la France et la Chine. Chaque lundi, grâce à des entretiens avec des personnalités françaises et chinoises ou des sujets sur les deux pays, notre ambition est de créer un pont entre deux traditions intellectuelles, deux sensibilités et deux visions du monde.

  • Crise de Ceuta : une possible implication du Maroc

    Crise de Ceuta : une possible implication du Maroc

    La crise migratoire de Ceuta, marquée par l’arrivée fin juillet de 72 000 migrants (plus de 60 000 sont repartis), au-delà des aspects purement humanitaires, provoque d’importants remous politiques à quelques mois des élections générales qui, sauf scrutin anticipé, auront lieu à l’été 2027, précédé en mai par les élections municipales et autonomiques.

    C’est dire que le calendrier incite droite et extrême droite à faire monter la pression, aidées par cette crise à Ceuta qui permet au Parti Populaire (PP) et à VOX de harceler quotidiennement Pedro Sanchez et son gouvernement, dont la gestion de la crise et les prises de décision ont mis du temps à être actées. Il faut ajouter à cela la confirmation de la possible implication des autorités marocaines. Déjà, au moment du passage à Ceuta de milliers de personnes, de nombreux observateurs pointaient certaines complicités de la part de la police marocaine, plusieurs vidéos semblant montrer une aide logistique apportée aux migrants.

    Mercredi, un rapport de police a fuité dans la presse. Celui-ci indique clairement « la permissivité » des forces de l’ordre marocaines les 30 et 31 juillet. Devant les députés jeudi dernier, Pedro Sanchez, le chef du gouvernement, maintient n’avoir « aucune preuve » de l’implication du Maroc. « Aucun service, ni aucun organisme international, n’a remis au gouvernement espagnol de preuves solides que le Maroc ait planifié ou orchestré l’afflux de migrants », a déclaré Pedro Sanchez devant les députés, précisant : « Si ces preuves solides existaient, nous agirions en conséquence, avec toute la fermeté que la situation exige. » Ajoutant qu’« aucun rapport préalable n’avait anticipé l’ampleur ou la possibilité de ce qui s’est déroulé fin juillet à Ceuta ».

    Pas de « conflit »

    Pedro Sanchez qui cherche à éviter toute confrontation avec Rabat, a expliqué ainsi sa position : « Nous n’avons pas la moindre intention de déclencher, dans un monde déjà particulièrement instable, un conflit diplomatique avec un pays voisin sans disposer de données solides pour le faire. » Rappelons que le Maroc revendique sa souveraineté sur les deux enclaves espagnoles de Melilla et Ceuta, souveraineté non formulée auprès de l’ONU. Les derniers événements à Ceuta ne sont pas étrangers à la volonté du Maroc de faire pression pour régler la question du Sahara occidental en sa faveur, dont une partie est déjà contrôlée par le Maroc et revendiquée par ailleurs par le Front Polisario.

    À ce contexte tendu entre l’Espagne et le Maroc s’ajoute le contexte intérieur consécutif à cette crise, avec les nombreuses manifestations en soutien à Ceuta qui ont eu lieu la semaine dernière. Lesquelles ont largement été récupérées politiquement par le PP et VOX avec des slogans racistes et xénophobes. Dans le même temps, d’autres manifestations, à l’appel d’organisations, collectifs et partis de gauche, se sont déroulées affirmant la solidarité envers Ceuta et les migrants.

    À ce jour, quelque 5 000 migrants sont toujours présents à Ceuta, selon le gouvernement, 10 000 selon les autorités locales. Au-delà des mesures financières prises en Conseil des ministres (plus de 300 millions d’euros débloqués), le gouvernement a décidé, par décret, de prendre le contrôle du port de Ceuta pour installer d’immenses tentes, sur 16 000 m² de sol portuaire, qui permettront d’héberger une bonne partie des migrants. Le ministre chargé des Territoires a affirmé samedi que « le gouvernement cherche une sortie et veut trouver les solutions humanitaires, en dernier ressort, la loi s’appliquera ». Autrement dit, il sera procédé à des expulsions.

  • [Entretien] Pascal Boniface : « Trump espère être au centre du monde le temps de la compétition »

    [Entretien] Pascal Boniface : « Trump espère être au centre du monde le temps de la compétition »

    La Marseillaise : Dans quel contexte s’ouvre cette Coupe du monde ?

    Pascal Boniface : Le Canada regrette d’avoir candidaté parce qu’ils ont 13 matchs et aucun d’importance. La FIFA leur a imposé des conditions vraiment draconiennes dont l’interdiction d’organiser des spectacles pendant l’arrivée des matchs. Le Mexique a le match d’ouverture mais il n’a aussi que 13 matchs donc c’est avant tout une compétition aux États-Unis. Ce qu’il faut savoir aussi, c’est que lorsque le dossier de candidature a été déposé, Trump était déjà au pouvoir et il y avait déjà des relations très compliquées entre les pays. Depuis c’est pire, puisqu’il a carrément menacé d’annexer le Canada. Il faut aussi se rappeler qu’en 2019, lors de l’attribution de la compétition, Trump avait menacé de sanctions ceux qui ne votaient pas sa candidature. C’est la première fois dans l’histoire de la Coupe du Monde qu’un chef d’État menaçait les autres s’ils ne votaient pas pour lui. Et la FIFA n’avait pas réagi.

    Trump n’est pas fan de football. Pourquoi a-t-il tant tenu à accueillir cette compétition ?

    P.B. : Trump n’aime pas le football, ce n’est pas un fan, mais il aime bien les caméras. Il sait que le football, et la Coupe du Monde particulièrement, attirent les caméras donc il espère pouvoir être au centre du monde le temps de la compétition. Il risque de l’être pour des raisons négatives qui sont contraires à l’esprit du sport.

    La politique de son administration sur la délivrance des visas illustre son racisme ?

    P.B. : Il a voulu envoyer un message à son électorat, en disant que même s’il avait perdu la main en Iran et que les choses n’allaient pas aussi bien qu’il le disait et le voulait, il restait ferme sur la question des migrants. Et donc, il refoule un arbitre somalien, il refuse des supporters d’autres équipes, il accueille dans des conditions tout à fait épouvantables l’équipe du Sénégal qui a subi une fouille très intrusive sur le tarmac, qui n’aurait certainement pas été réservée à une équipe européenne.

    Et la FIFA reste passive ?

    P.B. : Son attitude est proprement scandaleuse. C’est un arbitre référent qui a été désigné par la FIFA comme le meilleur arbitre africain pour l’année passée. Le refus de Trump de le laisser rentrer est à la fois une insulte à la FIFA et à tout le continent africain. C’est la première fois dans l’histoire de la Coupe du Monde que le pays organisateur refuse l’arrivée d’un arbitre envoyé par la FIFA. C’est quelque chose qui est tout à fait hors normes que la FIFA n’aurait jamais dû accepter sans protester. Elle n’a même pas fait semblant d’être ulcérée par cette mesure qui est proprement raciste. On ne reproche rien de précis à cet homme sauf d’être somalien donc c’est bien en fonction de ce qu’il est et non pas de ce qu’il a fait qu’on lui refuse un visa. Trump avait tenu des propos extrêmement négatifs et vexatoires à propos de la Somalie en disant que c’est un pays horrible, particulièrement arriéré, dans lequel il n’y avait rien d’autre que des gens qui se battaient.

    Certaines places affichent des prix exorbitants, ce qui contraste avec un sport censé être populaire ?

    P.B. : C’est devenu la tradition qu’il y ait des places extrêmement cher payées par des gens qui ont les moyens ou par des sponsors. Mais il y a également une tradition qu’il y ait des places à des prix abordables, ce qui n’est pas du tout le cas là. À cela s’ajoute le prix des hôtels qui a augmenté ainsi que celui des transports urbains : il faut compter 100 dollars [au lieu de 12,90$, Ndlr.] pour aller de New York aux matchs à New Jersey. C’est l’offre et la demande, selon les règles du libéralisme américain. Ce capitalisme sauvage a pour conséquence des chambres d’hôtels vides et des stades où tous les sièges ne sont pas remplis, ce qui n’est pas étonnant.

    Des stades autour desquels l’ICE menace ?

    P.B. : Il y a d’une part des supporters de certaines équipes venant de pays considérés comme inamicaux ou suspects de la part de Trump qui n’ont pas eu leur visa. Et puis il y a effectivement notamment les Latino-Américains passionnés de football qui risquent de ne pas venir au stade de peur de subir des rafles de l’ICE comme ça s’est fait dans les compétitions nationales américaines.

    C’est déjà arrivé que l’un des pays organisateurs d’une Coupe du monde soit partie prenante d’une guerre ?

    P.B. : Jamais, parce que généralement quand il y a des guerres on arrête les compétitions. Le fait que le pays organisateur soit en guerre avec un pays qualifié, c’est là aussi une très grande première.

    Trump espérait trouver un accord avant la cérémonie d’ouverture ?

    P.B. : Il l’aurait certainement souhaité, mais il n’a pas la maîtrise des événements et il est dépassé par ces derniers. Il aimerait effectivement montrer qu’il a bien mérité le prix de la paix de la FIFA, en mettant fin à une guerre qui a lui-même déclenché par ailleurs.

    *La géopolitique, les pieds dans le sable

    Aux éditions Eyrolles.

  • [Passerelle interculturelle] Depuis la France, regarder autrement le système de santé chinois

    [Passerelle interculturelle] Depuis la France, regarder autrement le système de santé chinois

    Depuis que je vis en France, il y a une chose qui continue de m’intéresser : la manière dont chaque pays organise l’accès aux soins révèle en réalité une certaine vision de la société.

    En France, lorsqu’on tombe malade, on passe d’abord par le médecin traitant. C’est lui qui oriente le patient vers un spécialiste ou un hôpital. Le système repose sur un parcours de soins très structuré, étroitement lié à la Sécurité sociale. Cette organisation permet de mieux répartir les patients, mais elle implique aussi du temps : attendre un rendez-vous, parfois plusieurs semaines.

    En Chine, la logique a longtemps été différente. Il n’existe pas de système de médecin de famille comparable à celui de la France. Les patients ont donc souvent eu l’habitude de se rendre directement à l’hôpital, en particulier dans les grands établissements. Pendant longtemps, ces hôpitaux ont ainsi fait face à une très forte pression.

    Pour mieux organiser l’accès aux soins, la Chine dispose déjà d’un système médical hiérarchisé, structuré autour des soins de proximité, des hôpitaux régionaux et des grands hôpitaux de niveau supérieur. Ces dernières années, les réformes ont surtout cherché à rendre ce système plus efficace : renforcer les structures locales, mieux répartir les patients entre les différents niveaux de soins et éviter que les grands hôpitaux ne concentrent une part excessive de la demande médicale.

    Cette évolution répond à un défi immense : comment organiser la santé d’une population de plus de 1,4 milliard d’habitants.

    Espérance de vie

    En 2024, les établissements de santé chinois ont enregistré plus de 10 milliards de consultations et d’actes médicaux. Ce chiffre impressionnant montre à quel point le système fonctionne à très grande échelle. Il explique aussi pourquoi les hôpitaux chinois développent rapidement une expérience clinique importante, notamment dans les grands centres hospitaliers.

    Aujourd’hui, la Chine accorde une place de plus en plus importante à la santé publique, à la prévention et au vieillissement de la population. L’espérance de vie moyenne y a atteint 79 ans en 2024 et continue de progresser.

    Mais ce qui me frappe le plus entre la Chine et la France concerne peut-être le rapport au corps lui-même. En France, beaucoup de personnes parlent du repos, du soleil, de l’équilibre de vie. En Chine, il existe aussi une culture très quotidienne du soin : acupuncture, massages, ventouses, médecine traditionnelle, alimentation ou sommeil font partie, pour beaucoup, d’une manière de préserver le corps avant même la maladie.

    J’ai d’ailleurs été surprise de découvrir qu’en France aussi, certains hôpitaux proposent aujourd’hui des consultations d’acupuncture. Pour beaucoup d’Européens, ces pratiques restent associées à une médecine alternative. En Chine, elles appartiennent simplement au quotidien. Vivre entre ces deux pays m’a finalement appris une chose : la médecine ne reflète pas seulement un système hospitalier ou une technologie. Elle révèle aussi une manière de penser le temps, la prévention et la relation qu’une société entretient avec le corps humain.

    « Passerelle interculturelle », est un espace dédié aux échanges d’idées et de perspectives entre la France et la Chine. Chaque lundi, grâce à des entretiens avec des personnalités françaises et chinoises, notre ambition est de créer un pont entre deux traditions intellectuelles, deux sensibilités et deux visions du monde.

  • [Entretien] Vincent Boulet (PCF) : « Redonner à la France une voix indépendante pour la paix et le droit international »

    [Entretien] Vincent Boulet (PCF) : « Redonner à la France une voix indépendante pour la paix et le droit international »

    La Marseillaise : Quel message avez-vous envie de porter aujourd’hui ?

    Vincent Boulet : Je veux parler de paix. Parce qu’elle est, aujourd’hui, comme le disait Jean Jaurès, « la mère de toutes les batailles ». Elle permet de lutter contre la domination impérialiste et les concurrences capitalistes qui provoquent les guerres, de poser la question de l’émancipation démocratique et sociale, car il n’y a pas de paix sans progrès social ni de progrès social sans paix. Et puis, ça permet d’aborder le positionnement de la France dans les crises internationales. En perdant les outils de sa politique d’indépendance, la France est devenue inaudible et vassale de l’Otan et des États-Unis. Donc la question, c’est comment redonner à la France une voix indépendante pour la paix et le droit international.

    Comment fait-on pour peser
    sur cette question avec une gauche affaiblie, en France et en Europe ?

    V.B. : Au PCF, nous pensons que la question est de savoir sur quelle base on reconstruit une gauche à l’offensive sur les questions sociales et sur celle de la république que nous voulons. Est-ce qu’on veut un État désindustrialisé, sans vision ni poids sur les questions internationales, ou en position de peser ? Ça fait longtemps que les communistes disent que l’Otan n’est pas un outil pour la sécurité mais un outil de guerre et d’ingérence et on le voit aujourd’hui avec les injonctions à porter les dépenses militaires à 5% du PIB ou les menaces de Trump contre ses membres. Donc nous militons pour la sortie de l’Otan, ce qu’avait fait le général de Gaulle en sortant du commandement intégré en 1966 et nous posons aussi l’exigence d’un autre ordre de sécurité collective en Europe sur la base de l’esprit de la conférence d’Helsinki de 1975. Ce sont des sujets que nous portons, notamment via des événements comme la Fête de La Marseillaise.

    Sous-entendez-vous la création d’une Europe de la défense ?

    V.B. : Non, car elle serait soumise à l’Otan. L’UE a renforcé sa vassalisation envers l’Otan et les États-Unis, et après plus de quatre ans de guerre en Ukraine et plus d’un million de morts à nos frontières, elle a été incapable de prendre la moindre initiative diplomatique et pire, provoque des tensions. Donc une Europe de la défense ne peut pas exister et encore moins une armée européenne. Ce que nous voulons, c’est une Europe de la sécurité collective, impliquant que la sécurité d’un peuple ne peut pas être assurée contre celle du peuple d’à côté. C’est le principe de l’indivisibilité de la sécurité. Et les peuples européens de l’Atlantique à l’Oural ont des intérêts communs à la paix et à la sécurité.

    En termes de souveraineté, la hausse de 36 milliards d’euros de la loi de programmation militaire
    ne va-t-elle pas dans ce sens ?

    V.B. : Non, elle ne répond pas à ces enjeux-là car elle reste, là aussi, dans une logique de soumission à l’Otan et de renforcement de la militarisation. La défense nationale doit retrouver son indépendance en sortant de l’Otan, en rebâtissant un pôle public industriel de défense, et au service d’objectifs politiques de paix. Mais on n’oppose pas les choix souverains des peuples à la nécessité des coopérations. Au contraire, l’un ne va pas sans l’autre. C’est justement en reconquérant des outils de souveraineté que la France pourra rebâtir des politiques de coopération selon ses intérêts, mais aussi les intérêts communs à l’ensemble des peuples.

    Un débat sur la paix au programme de l’après-midi

    Quelle défense nationale ? Pour ou contre le nouveau porte-avions ? Quel rôlede la France dans le concert des nations ? Quel chemin pour atteindre la paix ?Vincent Boulet (PCF) a croisé son point de vue avec celui de Richard Roméo-Giberti (UD CGT 83). Un débat de haute tenue salué par l’assistance. Photos M.E.H.

  • Une régate pour porter la voix des jeunes éloignés de l’emploi

    Une régate pour porter la voix des jeunes éloignés de l’emploi

    Les pas sont parfois hésitants, parfois assurés pour monter sur les sept voiliers amarrés devant le Mucem, ce mercredi. Pour la plupart des cinquante jeunes venus de tout le bassin méditerranéen, c’est une grande première. Organisée dans le cadre de la saison Méditerranée 2026, cette régate permet notamment à des jeunes éloignés de l’emploi de découvrir la navigation et cette mer qui les sépare.

    Parmi les participants, Yussef Achour est élève à l’école de la seconde chance, qui aide les jeunes sans emploi ou sans diplôme. Le Marseillais a rejoint, il y a deux mois, la filière des métiers de la mer proposée par l’association. « C’est notre première sortie en mer aujourd’hui. J’espère devenir sapeur-pompier », confie le jeune majeur. Ils sont une dizaine de jeunes de l’école de la seconde chance, de Marseille et du Var, a avoir fait le déplacement pour participer à cette régate.

    Un événement qui permet aussi à ces jeunes de porter leur voix. Élève à l’école de la seconde chance à Marseille et ambassadrice du réseau Méditerranée nouvelle chance, Shaden Boughattas le rappelle : « Notre but est de briser les mythes. On nous appelle les NEETS, ni en emploi, ni en études, ni en formation, mais on ne se résume pas à ça. »

    Mais si la régate a attiré beaucoup de jeunes, c’est avant tout pour participer au quartier général des jeunesses méditerranéennes que la plupart des participants ont fait le déplacement jusqu’à Marseille. Du 19 au 22 mai, ces jeunes éloignés de l’emploi pourront suivre des workshops et participer à des assemblées. « Le but est que les jeunes échangent entre eux sur les bonnes pratiques. Qu’ils apprennent aussi les clés du plaidoyer pour qu’ils choisissent eux-mêmes ce qu’ils veulent dire et comment le dire », explique Sabine Bécard, coordinatrice du réseau Méditerranée nouvelle chance, qui rassemble des structures de réinsertions pour les jeunes méditerranéens éloignés de l’emploi.

    « Construire des ponts »

    Pour Ayoub Maskaoui, ambassadeur marocain de ce réseau et membre de l’association el Jisr, venir était une évidence : « On est ici pour trouver des solutions pour nous, les jeunes, et pour porter la voix de ceux ne peuvent pas le faire. » Pour Hicham Naime, venu également du Maroc, c’est aussi un moyen « de découvrir d’autres points de vue sur nos problématiques propres à chaque pays ».

    Michèle Rubirola (EELV), première adjointe au maire déléguée aux relations internationales en est sûre, ces rencontres permettront « de construire des ponts là où certains construisent des frontières ».

  • [Passerelle interculturelle] Faire de l’éradication de la tuberculose un objectif mondial

    [Passerelle interculturelle] Faire de l’éradication de la tuberculose un objectif mondial

    Dans son message, Peng Liyuan a souligné que l’OMS et la communauté internationale ont toujours fait de la protection de la santé humaine leur mission et de l’éradication de la tuberculose leur objectif. Elle a salué les efforts considérables et efficaces déployés, qui ont permis d’inverser la tendance à la hausse du nombre de cas observée ces dernières années. La tenue de cette visioconférence, centrée sur le thème « Autonomisation des gouvernements et mobilisation de l’ensemble de la société », revêt selon elle une importance majeure pour renforcer la réponse mondiale face aux défis de santé publique liés à la tuberculose.

    Peng Liyuan a également rappelé que le gouvernement chinois attache une grande importance à la prévention et au traitement de la tuberculose. Grâce à une coordination multisectorielle et à la mise en œuvre de mesures globales, ainsi qu’à l’appui de l’innovation scientifique et technologique, les capacités de prévention et de traitement ont été continuellement améliorées. Le vaste réseau de services de santé couvrant plus de 1,4 milliard d’habitants en zones urbaines et rurales a permis d’accroître l’accessibilité aux soins, contribuant à une baisse constante du taux d’incidence. La Chine est ainsi entrée dans la catégorie des pays à faible à moyenne prévalence de la tuberculose.

    Elle a indiqué que l’année en cours marque le quinzième anniversaire du programme chinois « Cent mille volontaires pour la sensibilisation à la prévention de la tuberculose ». Depuis son lancement, plus d’un million de volontaires se sont engagés dans cette cause, mettant en œuvre plus de 80 000 projets de service bénévole. Peng Liyuan a également évoqué sa participation régulière à des activités aux côtés des volontaires dans des communautés, des écoles et des établissements de santé, témoignant de leur dévouement, de leur engagement et des progrès accomplis dans la lutte contre la tuberculose en Chine.

    Une aspiration commune à toute l’humanité

    Enfin, elle a souligné que mettre fin à la tuberculose et protéger la santé constitue une aspiration commune à toute l’humanité. Elle a appelé les gouvernements et les acteurs de tous horizons à agir activement, à soutenir et à participer aux efforts mondiaux de lutte contre la tuberculose, à transmettre solidarité et bienveillance, à renforcer la confiance et l’espoir, afin que les progrès réalisés bénéficient à tous et contribuent à la construction d’une communauté mondiale de santé pour l’humanité.

  • [Entretien] Thierry Coville : « L’Iran et Israël veulent une guerre longue »

    [Entretien] Thierry Coville : « L’Iran et Israël veulent une guerre longue »

    Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a annoncé, mardi, « l’élimination » d’Ali Larijani, l’un des principaux dirigeants iraniens, et du général Gholamréza Soleimani, commandant de la milice du Bassidj, après des frappes menées dans la nuit en Iran par l’armée israélienne. Un nouveau coup dur pour Téhéran dans cette guerre déclenchée par une offensive israélo-américaine sur la République islamique et qui s’étend à toute la région. À ce stade, le pouvoir iranien n’a pas confirmé ces morts et demande à son peuple à se manifester « sur toutes les places des villes » pour un « rassemblement populaire afin de déjouer les complots potentiels des ennemis sionistes ».

    La Marseillaise : Israël a annoncé avoir tué Ali Larijani, présenté comme le dirigeant de facto de l’Iran depuis l’assassinat d’Ali Khamenei. Que représenterait sa mort ?

    Thierry Coville : Le pouvoir iranien est très opaque, mais j’avais la perception que depuis la guerre des douze jours comme on l’appelle, Ali Larijani avait pris des fonctions importantes. En tant que secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, il était un des personnages clés du système politique iranien. Si sa mort est confirmée, c’est un coup dur, oui. C’était un conservateur, mais d’un courant plutôt pragmatique. Il a eu un rôle en matière de diplomatie au début des années 2000 sur la question nucléaire, en négociation avec les Européens. Pour donner une idée de son importance, certains parlaient de lui comme une porte de sortie pour l’après-guerre. Il aurait pu être capable de mener un gouvernement de transition. Tout en restant très prudent, je pense que sa mort met les Pasdaran (Corps des gardiens de la révolution islamique) à la manœuvre aujourd’hui. Mojtaba Khamenei est d’ailleurs très proche d’eux, c’est pour cela qu’il a été nommé comme successeur du guide. On a un pouvoir iranien qui se radicalise et dont la stratégie est de faire durer la guerre.

    Israël et les États-Unis ont sous-estimé les capacités de défense iraniennes ?

    T.C. : Concernant Israël, c’est difficile à dire, parce qu’on voit très bien qu’ils veulent que le conflit dure. Côté américain, la réponse est oui, puisqu’on commence à comprendre que Donald Trump n’avait pas vraiment de raison de commencer cette guerre qui ne respecte aucune règle du droit international. L’Iran ne constitue pas une menace directe au plan balistique, ni nucléaire, pour les États-Unis. Donald Trump dit une chose et son contraire le lendemain. Dans son premier discours, il avait annoncé qu’il bombarderait l’Iran pendant trois semaines et préviendrait les Iraniens quand ils pourraient sortir dans la rue. Des propos lunaires et méprisants. D’autant qu’on commence à voir que c’est un petit peu plus compliqué que ça. L’élément qui fait réfléchir beaucoup de gens, c’est la fermeture du détroit d’Ormuz. Comment n’y avait-il pas pensé ? On sent beaucoup d’improvisation. Il en est réduit à demander l’aide des pays occidentaux.

    Israël et l’Iran veulent faire durer ce conflit ? Pourquoi ?

    T.C. : L’Iran et Israël veulent une guerre longue, mais pas pour les mêmes raisons. L’Iran a une stratégie de guerre asymétrique. Ils ne font effectivement pas le poids sur le plan des forces militaires parce qu’ils n’ont pas la maîtrise de l’espace aérien. Mais ils sont prêts à accepter beaucoup de pertes, avec l’idée de faire subir des pertes importantes à l’ennemi pour qu’il regrette d’avoir lancé cette guerre. Le contrôle du détroit d’Ormuz rentre complètement dans cette logique. Ils ont bien identifié que Donald Trump ne pouvait pas se permettre d’avoir une hausse du prix de l’essence aux États-Unis. Ils ont intérêt à ce que le conflit dure, à moins qu’il y ait une proposition d’un cessez-le-feu acceptable de la part des Américains. Je ne suis pas spécialiste des questions israéliennes, mais de l’extérieur, il semble qu’Israël veuille faire durer le conflit et affaiblir au maximum la République islamique d’Iran, ses programmes balistique et nucléaire. L’objectif est de provoquer une telle désorganisation dans le pays qu’il puisse y avoir un changement de régime.

    Et pourtant, on sait que les opérations similaires ont toutes échoué dans la région au détriment des peuples…

    T.C. : L’Iran est un pays très compliqué et prévoir ce qu’il va s’y passer est impossible. Mais c’est un fait, toutes les expériences similaires dans la région ont été catastrophiques. L’autre élément important est qu’il n’y a pas une opposition politique en Iran qui fasse consensus à l’intérieur du pays, qui soit organisée, capable de renverser le régime et surtout qui ait les moyens de prendre les armes. La seule force d’opposition identifiée par les Iraniens, c’est le fils de l’ancien chah Reza Pahlavi, mais il ne représente pas une porte de sortie pour tous les Iraniens. Dans les scénarios qu’on voit, le régime pourrait rester en place, d’autant qu’il a encore le soutien de millions d’Iraniens. Une autre possibilité, c’est une guerre civile.

    Quid des victimes à ce stade ?

    T.C. : Il y aurait déjà un peu plus de 1 300 victimes civiles en Iran. Un chiffre qui est sans doute sous-estimé. Cette idée d’attaquer un pays sans respecter le droit international, avec pour but une évolution politique très incertaine, sans parler des victimes civiles, c’est très dommageable et injustifiable. Effectivement, il y a eu une répression sauvage en Iran en janvier avec des estimations entre 20 000 et 30 000 victimes, ce qui est gigantesque. Ce n’est jamais arrivé en Iran depuis la Révolution. Cela justifie-t-il de ne pas prendre en compte les victimes civiles dans ce conflit ? Si le droit international n’existe plus, c’est la loi de la jungle et c’est dangereux pour tout le monde.

    Que signifierait une radicalisation du régime pour la population ?

    T.C. : La population iranienne demande la démocratie et l’état de droit. Quand Trump est sorti de l’accord sur le nucléaire iranien en mai 2018, il a réimposé des sanctions, ce qu’il a appelé une politique de pression maximale contre l’Iran. Le pays a pris 15 ans d’inflation à 40% directement liés à ces sanctions. Et les Européens n’ont rien dit. La population iranienne est épuisée par les sanctions. Une partie des Iraniens est tellement en colère contre le pouvoir actuel que certains se sont réjouis quand les attaques américaines et israéliennes ont commencé. Mais cela commence à changer parce que les gens sont très inquiets face à la guerre, à l’ampleur des destructions et craignent l’après car ils voient un pouvoir iranien de plus en plus radical. Ils ont peur que la répression de janvier se reproduise.