Tag: réchauffement climatique

  • [EQDD] Artouste mise sur son train pour sauver la station

    [EQDD] Artouste mise sur son train pour sauver la station

    Miser sur une station sans neige artificielle en 2020, le pari était osé. Pourtant, la petite station du Haut-Béarn l’a fait. Un revirement à 180° plus écologique et moins coûteux, et qui fonctionne. « Pourquoi vouloir s’entêter à continuer de skier à une altitude où l’on sait qu’on n’y arrivera pas ? questionne Jean-Christophe Lalanne, directeur d’Artouste depuis 2019. Notre panorama en revanche, personne ne nous le prendra ! Il est notre force, et c’est lui qu’on met en avant ».

    Artouste et son relief à faire pâlir les amateurs de pentes raides. Son spot de « free ride » et son prix attractif : c’est la station la moins chère des Pyrénées ! Et pourtant. Située entre 1 400 et 2 000 mètres d’altitude, elle peinait ces dernières années à faire le plein. En 2005, elle fait même les gros titres des journaux : « Faillite d’une station de sport d’hiver ». « Artouste met la clé sous la porte ». En 2018, elle n’ouvre plus qu’aux vacances scolaires.

    « Le modèle d’Artouste, tel qu’il a été conçu, est celui qui a été décliné sur tous les massifs depuis les années soixante, explique Jean-Christophe Lalanne. C’était un modèle industriel très performant à l’époque, que l’on exploitait cent jours par an pour vivre dessus toute l’année. Mais confronté au réchauffement climatique, ce modèle, basé sur de la neige naturelle, est devenu de moins en moins rentable. Les domaines skiables ont compensé avec de la production de neige artificielle et des investissements toujours plus lourds. Artouste, elle, a fini par dire stop ! »

    Une offre diversifiée dans un environnement respecté

    En 2019, la collectivité de Laruns crée un établissement public industriel et commercial (Epic) à autonomie financière avec l’objectif de revoir le fonctionnement du site et de trouver un équilibre économique. « Le petit train représentait 60% du chiffre d’affaires l’été contre 40% l’hiver avec le ski. On a donc fait tourner nos trains toute l’année sur des tronçons plus courts l’hiver, transformant le manque de neige en opportunité. » Fin 2025, 1 500 personnes ont profité de l’activité pendant les vacances de Noël.

    Artouste continue de se diversifier pour proposer une offre de destination plutôt que d’incursion, et permettre aux visiteurs de se fixer dans la vallée plutôt que de venir à la journée. Au programme des nouvelles activités : le « mountain kart », un kart de descente, sans pédale ni moteur destiné à la piste sous la télécabine. Une tyrolienne, un espace spa à 2 000 mètres d’altitude face au pic du Midi d’Ossau. Et bientôt, une luge d’été sera installée à proximité du village de Fabrèges.

    Le projet de piste de ski synthétique imaginé en 2024, dont le coût – en plus de son aberration écologique – s’élevait à 372 000 euros, a été abandonné. Et pour réduire son bilan carbone, la station d’Artouste s’est délestée d’une dameuse et d’un télésiège, et a ralenti la vitesse de ses remontées mécaniques. « C’est 20% d’économie d’énergie, se réjouit Jean-Christophe Lalanne. On ne descend plus au Soussouéou parce qu’à 1 300 m la neige est rare et le sera de plus en plus. Doit-on faire des investissements sur un secteur qu’on utilisera dix fois dans l’année ? »

    L’originalité du train d’Artouste, lié à l’histoire de l’hydroélectricité dans la vallée, son itinéraire imprenable au cœur de la haute montagne et au milieu des troupeaux l’été, ravit les visiteurs. Et si sa locomotive tourne toujours au gasoil, l’économie d’une seule dameuse permet de financer les 20 000 litres nécessaires pour le faire tourner tout l’été. Et le directeur de la station de conclure : « En 2024, nous étions à l’équilibre avec un léger excédent. En 2025, l’excédent est encore plus important avec 155 000 personnes qui ont pris le train contre 132 000 l’année précédente. Ce qui nous permet d’acheter de nouveaux wagons pour augmenter la capacité de voyageurs. »

    Le petit train rouge et jaune a sauvé la station d’Artouste qui a fait du manque de neige son principal atout. Il représente aujourd’hui 80% de son chiffre d’affaires annuel, contre 6 à 8% pour le ski et 12 à 13% pour les nouvelles activités. « Reste à le faire savoir et à inciter les Français à embarquer chez nous pour les vacances ! » À Artouste, moins on glisse, plus ça roule.

    Par Laurence Fleury Sud Ouest

  • [EQDD] Incendies en Corse : Science, technologie et citoyens au service de la prévention

    [EQDD] Incendies en Corse : Science, technologie et citoyens au service de la prévention

    Les chiffres de la préfecture dressent un tableau contrasté. En Haute-Corse, entre juillet et septembre 2025, 118 départs de feux de végétation ont été recensés pour 300 hectares brûlés – contre 103 départs et 129 hectares en 2024. En Corse-du-Sud, 83 départs pour seulement 33 hectares cette année. Des chiffres qui peuvent paraître rassurants, mais qui masquent une réalité plus inquiétante. « On a moins de feux, mais nous sommes confrontés à des feux qui sont plus puissants », résume le lieutenant-colonel Octavien Meschini, chef du groupement Feu, espace naturel et résilience au Service d’incendie et de secours (SIS) de Haute-Corse. En 2023, plus de 20 000 hectares avaient brûlé en un seul été dans le département.

    Pour expliquer ce paradoxe, le lieutenant-colonel Meschini pointe le rôle du changement climatique sur la végétation : « Ce combustible est plus soumis aux effets du changement climatique, avec du dépérissement, du dessèchement. On a des contextes de plus en plus favorables aux feux, y compris tout au long de l’année ». Résultat ? Des incendies d’un nouveau type, que les pompiers appellent les « feux hors-norme ». « Face à des feux comme ça, la lutte est pratiquement dépassée », reconnaît-il. La Corse n’en a jamais connu, mais le Portugal en 2017 ou la Grèce en 2023 ont montré la puissance dévastatrice de ces brasiers.

    François-Joseph Chatelon, maître de conférences à l’Université de Corse et membre du Projet Feux depuis 2007, confirme : seulement 2% des incendies provoquent l’essentiel des destructions. L’exode rural aggrave le phénomène : « Vous avez de la végétation de plus en plus dense, de plus en plus haute, qui n’est pas nettoyée. La puissance du feu va gagner en intensité jusqu’à dépasser le seuil où tous les moyens de lutte, y compris aériens, ne peuvent plus le contrôler ».

    Plus redoutés encore, les incendies éruptifs : « Un feu qui va brusquement changer son comportement avec une accélération très forte, sans changement dans les conditions météo. Pour les pompiers, ils sont incapables de le prévoir ». La Corse en a payé le prix fort en 2000 à Palasca, où deux pompiers ont perdu la vie.

    Pour y faire face, le SIS 2B s’appuie sur le plan de protection des forêts et des espaces naturels contre les incendies (PPFENI), révisé en 2024 pour dix ans et décliné en 21 fiches d’actions. Chaque mercredi estival, une réunion interservices pilotée par le préfet anticipe les journées à risque et prépositionne les moyens. « L’idée, c’est de mobiliser fortement lorsqu’on a des conditions de risque les plus élevées », explique Octavien Meschini. Avec notamment l’appui des forestiers-sapeurs qui déploient 19 patrouilles minimum l’été.

    Terrain, technologie et mobilisation citoyenne

    Dans les villages d’Oletta et de Poggio-d’Oletta dans le Nebbio, touchés par de violents incendies l’été dernier, la réserve communale illustre ce maillage citoyen : 35 bénévoles dirigés par Jean Canu, ancien pompier fort de 41 ans de carrière passé par le Bataillon de marins-pompiers de Marseille. « Notre force, c’est le travail interservice, la prévention et l’anticipation », résume-t-il, lui qui observe le changement climatique au quotidien. Avant, il y avait quatre saisons. Aujourd’hui, la végétation est en permanence en stress hydrique et le vent n’est pas là pour arranger les choses ». La réserve sensibilise les habitants aux gestes essentiels : débroussailler, fermer les fenêtres et portes en cas de feu. « C’est une des premières préventions à la propagation des flammes », rappelle-t-il.

    À cette vigilance humaine, s’ajoute désormais un œil technologique. Joseph Capocchi, dirigeant de CGS Sécurité en Plaine orientale, a développé une solution de vidéosurveillance thermique pour la détection des feux de forêt : des caméras installées en points hauts, rotation à 360°, portée jusqu’à 16 km, opérationnelles de jour comme de nuit par tous les temps. « Entre 30 secondes et 1 minute 30, l’alerte est transmise aux pompiers avec un point GPS à 100 mètres près », précise-t-il. Testé à Ventiseri « avec des résultats jugés concluants par les sapeurs-pompiers », le dispositif vise désormais un déploiement à l’échelle des intercommunalités corses.

    « La meilleure des protections, c’est le débroussaillement autour de sa maison », martèle Octavien Meschini. Une conviction partagée par François-Joseph Chatelon, qui alerte sur un danger nouveau : « La saisonnalité des feux augmente. On peut avoir un feu en hiver qui devient un feu de forte puissance. C’est le nouveau danger ». Pour y répondre scientifiquement, le projet GOLIAT a déjà produit un simulateur de propagation et l’outil Dimzal, utilisé sur le terrain pour dimensionner les zones d’appui à la lutte. Le projet Présage doit désormais pérenniser ces acquis. La Corse brûlera encore, mais elle s’y prépare autrement.

    Par Pierre Gianelli Corse Matin

  • [EQDD] À Trèbes, apprivoiser le fleuve pour mieux vivre demain

    [EQDD] À Trèbes, apprivoiser le fleuve pour mieux vivre demain

    À Trèbes, le grondement des pelleteuses a remplacé celui des eaux en colère. Sur la rive droite de l’Aude, les engins redessinent le paysage, décaissant un important volume de terre sur plus de 13 hectares. Huit ans après avoir connu une crue meurtrière, la ville panse ses plaies en réinventant son rapport au fleuve.

    « Ici, on a compris qu’on ne pouvait plus lutter contre la nature », confie le maire, Eric Menassi. Cette nuit du 15 octobre 2018, l’eau est montée en quelques heures, emportant tout sur son passage. Six habitants ont perdu la vie, des dizaines de maisons ont été détruites. « Si on reconstruisait à l’identique, on savait qu’on risquait de revivre la même chose, c’était inconcevable », poursuit le premier édile.

    Alors la commune a fait un choix difficile : reculer pour mieux protéger. Une cinquantaine de maisons ont été rasées, laissant place à une vaste zone d’expansion des crues. « Il a fallu convaincre la population du bien-fondé de ce projet, car on ne peut pas imaginer ce que ça représente de quitter une maison familiale, poursuit l’élu. Mais notre responsabilité, c’était de dire la vérité : nous ne pouvions plus garantir leur sécurité ».

    Sur une étendue aujourd’hui herbeuse, une habitante désigne un point invisible. « Ma maison était là », dit-elle simplement. Évacuée avec ses enfants en pleine nuit, elle n’y est jamais retournée. « C’est dur, mais je préfère ça que revivre cette peur. » Plus loin, un commerçant installé en bord de quai observe le fleuve avec attention : « Cet hiver, l’eau est montée… mais elle est restée à sa place. Avant, on aurait eu les pieds dans l’eau ».

    Faire accepter les changements à la population

    Car l’idée est là : redonner de l’espace au fleuve pour réduire sa violence. En doublant par endroits la largeur du lit, la ville diminue la vitesse du courant et la hauteur des crues. « Ce sont les vitesses qui détruisent tout, insiste Eric Menassi. En élargissant, on absorbe les flux d’eau supplémentaires en cas de forte pluie ».

    Ce choix s’inscrit dans une logique plus large d’adaptation à la nature, portée par le Syndicat mixte des milieux aquatiques et des rivières (SMMAR). Et si l’exemple de Trèbes n’est pas reproductible partout, chaque cas de figure étant unique, la philosophie qui a porté ce projet devient un exemple à suivre pour le SMMAR, qui insiste sur la nécessité de faire accepter ces changements à la population. « Il s’agit en réalité de réapprendre à vivre avec la rivière, de se réapproprier cet espace que l’on voyait uniquement comme un danger auparavant, souligne Jean-Marie Aversenq, directeur général du syndicat. Au-delà de l’élargissement, on a donc imaginé avec le maire de nouveaux usages permettant aux habitants de profiter du fleuve comme un verger citoyen, conçu grâce aux 17 000 mètres cubes de terre décaissée du fleuve, mais aussi un sentier pour les pêcheurs, des passerelles, des plages et une forêt alluviale ».

    Une école sur pilotis

    Mais si cette partie aménagement pour les nouveaux usages est en cours de finition, les travaux déjà réalisés depuis juillet 2025 ont fait leurs preuves cet hiver. Lors des crues récentes, aucun dégât majeur n’a été constaté. « Ce n’est pas non plus le risque zéro, tempère le maire de la commune, mais grâce aux travaux réalisés, on réduit fortement notre vulnérabilité face aux crues ».

    Au-delà du fleuve, c’est toute une ville qui s’est adaptée : l’école a été reconstruite sur pilotis, la maison de retraite déplacée sur les hauteurs. Certains équipements, comme la piscine, n’ont pas été rebâtis. « On a fait des choix pour préparer l’avenir, assume Eric Menassi. Aujourd’hui, notre priorité n’est plus de grandir, mais d’être résilients ». Ces choix forts ont vraisemblablement convaincu la population communale qui a choisi de redonner sa confiance au maire lors des dernières municipales, malgré le scepticisme suscité par le projet de réaménagement au départ.

    Désormais, à Trèbes, l’Aude n’est plus seulement une menace. Il devient un allié, imprévisible mais apprivoisé. Et dans cette ville marquée par le drame, une conviction s’impose peu à peu : face au changement climatique, l’adaptation n’est plus une option, mais un chemin.

    Par Joffrey Marcelin Midi Libre

    EN CHIFFRES

    2,5 millions d’euros : le coût du réaménagement, assumé à 50% par l’État, 20 % par la région, 10% par le département et 20% par le Smmar.

    17 000 mètres cubes : le volume de terre décaissée pour réaménager le fleuve.

    1,3 km : la distance sur laquelle le fleuve fut réaménagé.

    13 hectares : l’espace total réaménagé.

    8 ans : le temps qu’il a fallu entre la crue de 2018 et le réaménagement du fleuve.

  • [EQDD] La montée des risques climatiques pèse lourd sur les collectivités

    [EQDD] La montée des risques climatiques pèse lourd sur les collectivités

    Inondations, sécheresses, retrait-gonflement des argiles… Le Nord et le Pas-de-Calais sont fortement exposés aux événements naturels. Et le changement climatique induit un risque supplémentaire par son amplification des phénomènes. À l’image des inondations dans le Pas-de-Calais à l’hiver 2023-2024, plus d’une fois et demie centennale. « Les dégâts causés par les catastrophes naturelles augmentent énormément comme les risques qui ne sont pas équitablement répartis entre tous les territoires, quand les Hauts-de-France sont très impactés », souligne Robin Ehl de l’ONG Oxfam France qui fait partie comme 36 autres organisations du Réseau Action Climat.

    Des déconvenues

    En 2025, le coût des événements naturels a atteint 5,2 milliards d’euros, soit la neuvième année la plus coûteuse pour les assureurs, selon les données de France Assureurs. Et selon son étude « Impact du changement climatique sur l’assurance à l’horizon 2050 », le coût des catastrophes naturelles pourrait doubler passant de 73,4 milliards d’euros sur la période 1989-2019 à 143 milliards entre 2020 et 2050.

    Assurer le risque va devenir un gouffre, avec un impact non négligeable sur les finances des collectivités territoriales, qui en paient déjà le prix. À Blendecques (Pas-de-Calais), commune la plus touchée par les inondations de 2023-2024, avec des dégâts sur les équipements publics estimés à quatre millions d’euros, le coût de l’assurance a été multiplié par trois, passant de 47 000 à 142 000 euros par an, et la franchise multipliée par cinq. Autre déconvenue, un courrier de résiliation lui avait été envoyé par son assureur un an après les crues. Si les choses ont fini par s’arranger à Blendecques, la résiliation demeure une menace pour les collectivités. Selon une mission d’information du Sénat, 20% des 713 communes répondantes à la consultation de la chambre des territoires, ont vu leur contrat résilié à la demande de leur assurance, « avec un préavis d’un à deux mois dans 11% des cas ».

    « Pas intéressant »

    « On a le sentiment, nous les maires, qu’on représente un petit marché qui n’est pas intéressant pour les assureurs, dénonce Frédéric Leturque, maire d’Arras et président de l’Association des maires de France du Pas-de-Calais (AMF 62). Avec le dérèglement climatique et l’aggravation des risques, on subit une hausse des primes, jusqu’à 200% pour certaines communes, et une non-réponse à nos appels d’offres ». L’AMF 62 recense une vingtaine de communes ayant des soucis d’assurabilité dans le département. France Assureurs, qui dit suivre le sujet depuis plusieurs années, reconnaît « un marché en difficulté en raison de la montée des risques, mais qui reste stable, nous n’observons pas de résiliations massives des contrats en 2024 ».

    À Arques dans l’Audomarois, la ville avait signé juste avant les inondations, son contrat pour quatre ans, « mais à l’issue d’une longue procédure et avec un seul assureur qui avait répondu à notre appel d’offres, signale le maire Benoît Roussel. Quand nous avons été inondés, notre assureur nous a fait un avenant avec une hausse de 30% de la prime sur les bâtiments, passant ainsi de 100 000 à 130 000 euros par an », dans une ville qui présentait une facture de 850 000 euros de dégâts sur ses bâtiments publics.

    Des solutions

    Si les collectivités parviennent encore à s’en sortir, « la situation n’est pas durable, appuie Frédéric Leturque. Il faut un changement de braquet ». Il esquisse des solutions : « Il faut encourager le regroupement des communes pour faire des appels d’offres ; il faut que l’État soit pressant afin que les assureurs répondent aux appels d’offres ; et qu’il garantisse certaines assurances car tout ne peut pas être tenu par le marché privé, dit-il. On s’interroge aussi sur la création d’une co-assurabilité, les collectivités mettent au pot commun, à l’échelle communautaire par exemple, pour avoir une enveloppe de soutien ».

    Par Aïcha Noui La Voix du Nord

    CollectivAssur, un soutien pour les collectivités en difficulté

    Le sujet de l’assurabilité des collectivités territoriales a émergé en 2023 après les émeutes qui ont causé 189 M d’euros de dégâts aux collectivités. Depuis, les alertes, notamment de l’Association des maires, se sont multipliées sur les risques d’inassurabilité, notamment en raison des événements climatiques. Commission interministérielle, Roquelaure des collectivités locales sur l’assurabilité pour trouver des solutions, création d’un guide des marchés publics d’assurance, et, parmi les dispositifs aboutis, la cellule CollectivAssur, lancée en juillet 2025 par France Assureurs : elle permet d’accompagner et d’aider les collectivités en difficulté à trouver une assurance. En France, 132 collectivités territoriales, – dont 52% de communes et 35 collectivités réellement sans assurance -, auraient à ce jour saisi la cellule.

  • [EQDD] Les paysans du Val de Saire confrontés à la montée des eaux

    [EQDD] Les paysans du Val de Saire confrontés à la montée des eaux

    Avec ses 350 kilomètres de bordures maritimes, la Manche est aux premières loges du changement climatique. Au nord-est du département, dans le Val de Saire, les submersions marines, désormais régulières en hiver, affectent l’activité agricole. « Le cordon dunaire se rétrécit et s’aplatit. Les premières brèches, qui ont laissé passer la mer, sont apparues en 2005 », indiquent les spécialistes du SyMEL, le Syndicat mixte espaces littoraux de la Manche.

    L’érosion touche 70% de la côte. Des infiltrations d’eau de mer gagnent jusqu’aux prairies plus éloignées. Entre Fermanville et Gatteville-le-Phare, la majorité des marais ne peut plus être exploitée par les éleveurs laitiers et allaitants (viande bovine). Dans ces zones humides, où les bovins ont toujours pâturé au printemps et en été, l’eau de mer se mélange désormais à l’eau pluviale au cours de l’hiver… Avec la progression de la salinisation, la qualité et la durée de pâturage se réduisent.

    Propriétaire de 236 ha, sur cette bande littorale de 20 km, le Conservatoire du littoral Normandie a signé dix-huit conventions avec des éleveurs de bovins, sur 122 ha, en s’inspirant du projet Adapto qui explore des solutions face à l’érosion et à la submersion marine. Objectif : anticiper les changements. Mais « on ne va pas ériger un mur de l’Atlantique pour empêcher les submersions marines ! », explique Régis Leymarie, délégué adjoint au Conservatoire du littoral Normandie.

    Dans le Val de Saire, le cahier des charges, imposé aux agriculteurs, passe par la réduction du nombre d’animaux, un pâturage retardé, quand le milieu naturel a changé (prairies humides, marais saumâtres). De nouvelles réserves foncières pourraient aussi être nécessaires pour assurer le repli stratégique des sièges d’exploitation.

    La salinisation y touche environ 15% de la surface agricole gérée par le SyMEL et propriété du Conservatoire du littoral. Aucun projet d’installation agricole n’est prévu dans les dix ans à venir. Les départs ne sont pas remplacés. Les vaches et les bœufs risquent bien de disparaître de cette bordure littorale.

    « Notre ferme sera un jour sous l’eau »

    À Ravenoville, à 800 mètres de la plage d’Utah Beach, Pierre Aubril ne se fait guère d’illusions. L’ancien maire a longtemps été producteur de lait bio, avant de transmettre son exploitation à son fils. « Un cadeau empoisonné…, confie-t-il amer. Notre ferme familiale sera un jour sous l’eau ». Une eau saumâtre a investi le gabion, à côté d’une parcelle où pâturent les vaches taries et les génisses de la ferme. « L’intrusion de l’eau de mer contamine les nappes phréatiques. »

    D’Utah Beach à Quinéville, sur une bande de 15 km de long, cordons dunaires et digues protègent encore de la montée des eaux. Mais une dizaine d’éleveurs bovins et équins sont sous la menace. « Ces prairies ont été gagnées sur la mer à partir du XVIIIe siècle. Les plus basses se situent à deux mètres sous le niveau des hautes mers. » Ces terres nourrissent, encore suffisamment, les 90 vaches normandes de la ferme. Le troupeau dispose de 60 hectares, en accès libre, autour de la stabulation. L’éleveur a récemment introduit quinze brebis dans les pâturages. « Peut-être que ces prairies deviendront, un jour, des prés-salés. Mon fils élève des vaches laitières. Ses enfants élèveront peut-être des moutons… Mais après ? Des oies ? Des saumons ? Les paysans vivent au pays et s’y adaptent. »

    Par Guillaume Le Du Ouest-France

  • [EQDD] Valérie Masson-Delmotte, Haut Conseil pour le Climat : « L’adaptation doit être pensée comme un chemin »

    [EQDD] Valérie Masson-Delmotte, Haut Conseil pour le Climat : « L’adaptation doit être pensée comme un chemin »

    Se préparer à un réchauffement de +4°C à la fin du siècle
    en France, est-ce un aveu d’échec ou un principe de réalisme
     ?

    C’est une forme de lucidité. L’Accord de Paris vise à limiter le réchauffement bien en dessous de +2°C, mais fin 2024, nous étions déjà à +1,36°C, principalement en raison des activités humaines. Si l’on suit les politiques actuelles, nous tendons vers un réchauffement global de +2,8°C à la fin du siècle, ce qui signifie environ +4°C sur le territoire français. Prendre ce chiffre ce n’est pas renoncer à l’atténuation (la réduction des émissions reste cruciale pour freiner la vitesse du changement), mais c’est reconnaître que nous devons protéger nos infrastructures critiques et nos aménagements de long terme face à ce futur plausible.

    Quels sont les risques
    climatiques que nous sous-estimons aujourd’hui
     ?

    On comprend mieux les vagues de chaleur, les sécheresses ou les inondations. En revanche, les événements combinés (chaleur et sécheresse, tempêtes à marée haute et pluies extrêmes à terre…) restent un peu dans l’angle mort… De même, les risques interconnectés sont encore peu pris en compte. En France, nous dépendons de chaînes d’approvisionnement mondiales qui peuvent être perturbées par des événements climatiques. Une sécheresse à Taïwan peut paralyser la production de puces électroniques, et des événements extrêmes dans les tropiques font déjà grimper les prix du café ou du cacao chez nous. On ne peut pas penser l’adaptation en France de manière isolée.

    On a l’impression que la santé devient un enjeu central
    de l’adaptation…

    Oui, clairement. La chaleur est une menace directe pour la santé. Malgré des progrès depuis 2003, il y a encore une surmortalité importante lors des épisodes de canicule. Cela révèle aussi des inégalités profondes : nous ne sommes pas tous égaux face aux fortes températures selon notre âge, notre métier ou notre lieu de vie. L’enjeu est aussi scolaire. Les épisodes de chaleur ne surviennent plus seulement au cœur de l’été, mais aussi pendant les périodes d’apprentissage. Adapter nos écoles est un impératif de santé et de bien-être.

    Au-delà de nos écoles, nos villes sont-elles adaptées aux chaleurs extrêmes ?

    Pas suffisamment. Mais il existe des solutions comme la végétalisation, la création d’îlots de fraîcheur, ou encore l’amélioration du confort thermique des bâtiments. Cela peut aussi aller de pair avec des villes plus respirables et plus vivables. Adapter nos villes, ce n’est pas seulement anticiper les risques, c’est aussi améliorer le quotidien et le bien-être des gens qui y habitent.

    Dans l’urgence, ne risque-t-on
    pas de prendre de mauvaises décisions, ce qu’on appelle parfois la «
     maladaptation » ?

    Le risque, c’est de vouloir maintenir coûte que coûte des pratiques qui ne tiendront pas sur la durée. Exemple : irriguer davantage des cultures très gourmandes en eau peut donner l’impression de gagner du temps. Mais si la ressource vient à manquer, tout s’écroule… L’enjeu, c’est de construire des transformations structurantes en examinant à la fois les bénéfices, mais aussi leurs effets indésirables potentiels sur la biodiversité ou les émissions de gaz à effet de serre. L’adaptation doit être pensée comme un chemin, pas comme un simple empilement de réponses dans l’urgence.

    Qui doit financer l’adaptation ?

    Nous payons déjà tous la « facture » via l’augmentation de nos primes assurances, mais l’action collective est la seule solution. L’État doit donner le cap, mais les territoires sont souvent en première ligne et manquent de moyens. Il faut mieux les accompagner, mais aussi faciliter leur endettement pour des projets résilients.

    Et renforcer la solidarité nationale pour accompagner, par exemple, le repli stratégique sur les littoraux, dans l’esprit du Fonds Barnier. Les assureurs ont sans doute aussi un rôle à jouer en orientant vers une reconstruction plus résiliente, plutôt qu’à l’identique…

    Quels sont les principaux leviers d’action ?

    Il faut passer d’une logique de réaction à une logique de prévention. Il y a un foisonnement d’initiatives inspirantes à l’échelle des territoires, mais cela reste encore trop hétérogène. Pour changer d’échelle, il faut sortir d’une organisation en « silos » pour adopter une approche horizontale et transverse. L’adaptation concerne à la fois les domaines de l’eau, de l’énergie, de l’agriculture, de la santé, du travail ou des infrastructures. C’est d’autant plus réalisable qu’elle est souvent perçue comme un sujet non partisan par les élus, l’adaptation touchant directement à la qualité de vie et à la sécurité des biens et des personnes.

    Sommes-nous engagés dans
    une course contre la montre
     ?

    En tout cas, nous sommes dans une course de vitesse : nos systèmes ont été pensés pour un climat qui n’existe déjà plus… Il faut accélérer ! L’enjeu, c’est de changer d’échelle et d’agir collectivement. S’adapter ne doit pas être perçu comme une contrainte : c’est vraiment une manière de se protéger collectivement, tout en améliorant notre quotidien.

  • L’Occitanie doit s’habituer aux fortes chaleurs

    L’Occitanie doit s’habituer aux fortes chaleurs

    « Les projections climatiques de Météo-France montrent des vagues de chaleur, plus intenses, plus fréquentes, plus longues et étalées sur une période plus étendue du printemps à l’automne », explique Florence Vaysse, prévisionniste pour Météo-France. « C’est la conséquence la plus visible du changement climatique que nous sommes en train de vivre », affirme cette dernière.

    Selon les projections de Météo-France fondées sur la trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique (Tracc), la température moyenne annuelle augmenterait en Occitanie de +2,2 °C à l’horizon 2050, et de +3,5 °C à l’horizon 2100. Un réchauffement légèrement supérieur à la moyenne nationale, accompagné d’hivers plus humides.

    À l’horizon 2050 en Occitanie, les températures estivales moyennes (juin, juillet, août) augmenteraient de l’ordre de +2,3 à +2,7 °C, les températures hivernales moyennes (décembre, janvier, février) augmenteraient quant à elles de +1,9 °C à +2,2 °C par rapport à la période 1976-2005. La chaleur est donc une composante avec laquelle il faudra apprendre à vivre.

    De plus en plus d’épisodes caniculaires

    Les plans de vigilances orange canicules ont été mis en place en 2004, suite à la canicule de 2003. Depuis 2006, les épisodes caniculaires ne cessent d’augmenter dans la région. « De 2004 à 2014 nous avons eu un été avec deux épisodes vigilances orange canicule, de 2015 à 2025 nous avons enregistré six étés impactés avec huit épisodes, dont 2023 et 2025 avec deux longs épisodes », détaille Florence Vaysse.

    « Les neuf températures les plus chaudes enregistrées à Montpellier-Fréjorgues datent toutes d’après 2017 », précise la prévisionniste. Des températures qui ont déjà dépassé les 40 °C à deux reprises : 40,3 °C le 16 août 2025 et 43,5 °C le 16 juin 2019.

    Selon Florence Vaysse, ces hausses de températures sont bel et bien une conséquence du dérèglement climatique. Des études comparent les évolutions de jours très chauds enregistrés depuis 1946 et les résultats ne laissent aucun doute quant à la direction. « Avant 1980 on enregistrait un à trois jours de temps en temps. Sur la période de 2016-2025, dernière décade, on relève 50 jours très chauds soit cinq par été en moyenne dont 16 jours en 2025 », alerte Florence Vaysse. Des résultats de mauvais augure pour la suite.

  • Penser différemment la ville pour faire face aux vagues de chaleur précoces

    Penser différemment la ville pour faire face aux vagues de chaleur précoces

    Chaque année, la Ville active son plan canicule. Mais cette année, les vagues de chaleur surviennent plus tôt. « On doit être beaucoup plus vigilant avec les vagues de chaleur précoces », souligne Peggy Pas, responsable sociale du CCAS d’Aubagne. Une à trois fois par semaine, selon le niveau de vigilance, le CCAS appelle les personnes vulnérables recensées, envoie des équipes de lutte contre l’isolement des personnes âgées et renforce ses actions de sensibilisation aux épisodes de canicule. Au-delà de ces actions essentielles de solidarité, ce sont les stratégies d’urbanisme qui permettent de s’adapter sur le long terme à la hausse des températures. « La nouvelle équipe municipale a cette volonté de créer des îlots de fraîcheur et de penser la ville différemment », précise Richard Guesnier, responsable du pôle numérique de la Ville.

    Objectif « ville basse température »

    Clémentine Fardoux, 1ère adjointe chargée de l’urbanisme, défend un plan global décliné sur trois temps – court, moyen et long – avec l’objectif d’une « ville basse température » dans laquelle la végétalisation de l’espace et l’eau seront la pierre angulaire. L’élue est convaincue qu’il est « essentiel de transformer la ville et ses usages ». Elle souhaite donner la priorité à la rénovation des logements sociaux et des logements du centre ancien, véritables passoires thermiques.

  • Le Domaine du Rayol doublement récompensé

    Le Domaine du Rayol doublement récompensé

    Il est l’un des diamants les mieux protégés du littoral méditerranéen, que la France entière envie au Var. Propriété du Conservatoire du Littoral, le Domaine du Rayol est un espace naturel protégé de 20 hectares de jardins paysagers composés de la flore de régions du monde biologiquement semblables à la sienne, et de 14 hectares maritimes, ouvert tous les jours de l’année. Jonché sur la corniche des Maures, au Rayol-Canadel-sur-Mer, entre le Lavandou et Saint-Tropez, en face des Îles d’Hyères, il est une nouvelle fois primé pour son engagement en faveur de la nature et du territoire, à travers ses actions de sensibilisation, de recherche et de conservation autour de la biodiversité méditerranéenne

    Le 9 avril dernier, il s’est vu remettre le Trophée « Esprit du Golfe » par l’Union patronale du Var (UPV) lors des 8e rencontres de l’économie du Golfe de Saint-Tropez. Un prix qui vient consacrer le Domaine en tant que « joyau touristique dans un espace naturel protégé, terrestre et maritime inscrit dans son territoire depuis 35 ans », et qui vient saluer l’engagement de ses équipes, sous la coupe de sa directrice Sybille Bernard, dans la préservation et le partage de ce site d’exception, qui revendique quelque 100 000 visiteurs chaque année.

    Un appel à financement pour le projet Bastidon

    La seconde distinction a été remise le 5 mai par le conseil départemental du Var à l’occasion de la 2e édition des Prix de l’innovation du département. Le Domaine du Rayol s’est vu remettre le Prix thématique « Valoriser notre terroir », pour sa pépinière d’acclimatation. Celle-ci a été conçue pour anticiper les effets du réchauffement climatique sur les paysages méditerranéens et viser une gestion durable de l’eau, en développant des essences végétales en provenance du monde entier, et reconnues pour leur résistance au stress hydrique. Ce projet permet de réduire l’irrigation des aménagements paysagers, avec pour ambition d’offrir aux professionnels, aux collectivités et aux particuliers des solutions scientifiquement éprouvées afin d’adapter leurs espaces verts. Ces deux prix viennent renforcer le développement du projet phare du domaine : la transformation du Bastidon, demeure construire au début du XXe siècle, dans laquelle résidait le chef jardinier, en galerie botanique immersive. Son ouverture est prévue pour 2028. Conçue autour de scénographies innovantes et de dispositifs sensoriels pédagogiques, elle visera à offrir aux visiteurs une plongée immersive au cœur de la biodiversité méditerranéenne.

    Une réalisation unique en Europe, qui bénéficie déjà du soutien de plusieurs partenaires nationaux et locaux : la Région Sud, le Département du Var, la Fondation du patrimoine, la Mission Stéphane Bern et Loto du patrimoine (130 000 € attribués en décembre 2025)… Et pour réaliser son ambition, elle lance désormais un appel aux entreprises et acteurs économiques du Var et de la région Sud, qui pourront, en tant que mécènes locaux, bénéficier du rayonnement d’un acteur économique et environnemental majeur. Mais surtout, œuvrer à la protection et à la mise en valeur de notre bien commun.

  • Une traque aux loups condamnée dans les calanques

    Une traque aux loups condamnée dans les calanques

    Le 6 septembre 2025 au matin, un cameraman était surpris par un garde du Parc national des Calanques, dissimulé derrière un filet de camouflage pour filmer des loups gris avec du matériel professionnel dans une zone de reproduction du loup. Pour le PNC, ce professionnel a perturbé la meute et ses louveteaux.

    Pièges photos et planque

    Alertés, des inspecteurs de l’environnement le contrôlaient. Il remettait son matériel après avoir conservé la carte SD. Plus tard, il montrait les images enregistrées le jour même où l’on voit des louveteaux, ainsi que des photos anciennes prises durant 15 jours en août grâce à des pièges photos. Ces « camtraps » étaient positionnés au cœur même du site d’élevage et de nourrissage de ces louveteaux nés en 2025.

    Une autorisation de tournage avait bien été délivrée à la société de production en vue d’un documentaire pour Arte sur les écosystèmes face au réchauffement climatique, mais elle avait expiré depuis un mois. Et surtout elle excluait explicitement les prises de vues de loups après refus catégorique et écrit du service d’instruction des autorisations du Parc en février 2024 : « S’agissant du loup, après discussion en interne, nous ne souhaitons pas qu’il y ait d’images de cette espèce. » La réalisatrice avait alors répondu : « C’est bien noté pour le loup, je transmets votre réponse à Arte. » Donc pas d’affût cinématographique du loup gris Canis Lupus.

    En audition, la réalisatrice a reconnu la frustration née de ce refus : « On était dégoûtés, toute la presse en parle et nous, on essaye de faire les choses correctement et on n’a pas le droit de parler de cette espèce. » D’ajouter : « On est tout le temps sur le fil entre l’envie de voir le loup et l’interdiction de le mettre dans le film. On espérait le voir. Pendant deux ans on n’a pensé qu’à lui. »

    Le tribunal a prononcé la relaxe du cameraman, de la réalisatrice et de la productrice du seul délit de « perturbation volontaire illicite d’une espèce protégée non domestique », estimant que la perturbation effective n’était pas caractérisée.

    Si un garde du Parc a témoigné que la meute de loups a délaissé le lieu de rencontre capté par l’opérateur trois ou quatre jours après et que les loups se sont alors déplacés près de la route de la Gineste, un louveteau ayant d’ailleurs été percuté par un véhicule, le garde a aussi précisé que ce déplacement pouvait s’inscrire dans le comportement normal des loups ou être causé par le passage d’un autre promeneur.

    L’intention de perturber est écartée au vu des nombreuses précautions professionnelles prises par l’opérateur qui s’était camouflé et qui gérait ses odeurs pour ne pas être détecté. Il indiquait avoir été à 150 mètres de la zone captée par le piège photo, correspondant au site de rendez-vous des loups, avoir estimé être à bon vent et avoir adopté des précautions olfactives. Il estimait avoir pris toutes mesures nécessaires pour ne pas perturber l’espèce.

    Pas d’autorisation

    En revanche, le tribunal a reconnu le chef opérateur et la réalisatrice d’exercice illégal d’une activité en cœur d’un Parc national. Les échanges d’emails et de messages sur WhatsApp prouvent qu’ils avaient bien conscience de l’expiration de l’autorisation et révèlent une stratégie pour filmer le loup en cachette afin de ne pas éveiller le Parc. Leurs intentions étaient d’intégrer le documentaire destiné à Arte.

    La productrice du documentaire est relaxée. Si la société était bien informée de l’interdiction globale du Parc, rien ne prouve qu’elle a participé aux échanges ni qu’elle avait validé ou rémunéré ce tournage avec des loups.

    Tenant compte de l’absence d’impact écologique direct des faits et de leur casier judiciaire vierge, l’opérateur écope de 2 000 euros d’amende avec sursis. Son matériel de tournage lui est restitué. La réalisatrice écope de 3 000 euros d’amende avec sursis. Une dispense d’inscription au bulletin n2 du casier judiciaire leur est accordée. En réparation de l’atteinte à sa mission statutaire et atteinte à son image, les deux condamnés devront verser 800 euros chacun au Parc national des Calanques. Constituées parties civiles aussi, quatre associations de protection de l’environnement (Aspas, Ferus, LPO Paca et One Voice) recevront chacune 1 000 euros en réparation de leur préjudice moral. Elles dénonçaient une « course aux images » aux conséquences dramatiques.